Speaker #0J'ai été une enfant adoptée. Aujourd'hui, j'habite le monde autrement. Bienvenue dans Là où j'habite le monde. Bonjour, moi c'est Juliette. Je suis une femme adoptée, une mère, et aujourd'hui, une citoyenne du monde. Dans ce podcast, je partage un chemin intime et engagé. Ce podcast est un espace de paroles intimes et engagées. Je ne raconte pas ici une histoire lisse ni exemplaire, je raconte simplement mon chemin. Celui d'une enfant adoptée qui est devenue adulte, qui a longtemps cru que tout allait bien, avant de comprendre que certaines blessures survivent au silence. Cette saison est le premier acte, là où tout commence. Dans cet épisode, je parle de l'enfant et de l'adolescente que j'ai été. De celle qui s'adapte, qui comprend vite, qui va bien en apparence. Je ne savais pas encore mettre des mots sur ce que je vivais. Mais déjà, quelque chose en moi se taisait pour survivre. Il paraît qu'on passe neuf mois dans le ventre de sa maman. Et que, pendant ces neuf mois, on crée un lien, fort, puissant, ce lien d'attachement. Mais parfois, comme on dit, rien n'est parfait dans la vie. Parfois, ce lien d'attachement, il devient différent. Je suis adoptée. Je me considère comme un être adopté. J'ai été adoptée quand j'avais trois semaines. Et j'avais envie de préciser neuf mois plus trois semaines. Je viens du Chili. Si tu m'écoutes, j'ai 35 ans, donc je suis née dans les années 90. Et surtout, au Chili, à cette époque-là, il restait encore une emprise un petit peu militaire. Sortie du coup d'État de Pinochet, la fin d'une dictature, un tournant au niveau... socio-économique au Chili, ce qui a fait en sorte que ma mère biologique, très tôt pendant sa grossesse, a dû prendre la plus difficile, mais aussi la plus dure des... la plus dure. Je me... Je ne suis pas très douée. Je reprends. La plus difficile, mais surtout la décision la plus courageuse qu'une mère peut faire à ses enfants. J'ai un demi-frère plus âgé que moi. Et au jour d'aujourd'hui, j'ai une demi-petite-sœur. Trois enfants, trois pères différents. Ok, on peut faire la petite doutade qu'en Amérique du Sud, les Latinos sont un peu chauds, mais j'en suis la preuve. Trois papas différents. Oui, je le dis avec le sourire, mais ça reste que j'ai une demi-fraterie à l'autre bout du monde. Mon frère avait à peine deux ans, deux ans et demi. Quand je suis partie de la maison, j'avais trois semaines. Décision prise alors que j'étais peinarde, tranquille, relaxe, dans la piscine du ventre de ma mère. Moi, est-ce que j'avais demandé à venir au monde ? Si je suis restée au monde, c'est que Dieu le voulait. Pas avec elle. Et ça, ça a été la décision, je pense, la plus courageuse qu'elle ait pu faire. Courageuse dans le sens où prendre la décision de le confier à ton enfant dans une période de la vie, de ta vie, qui est difficile. Tu ne sais pas si tu vas regretter ta décision. Tu ne le sais pas, tu ne connais pas l'avenir de ton enfant que tu portes. Mais tu décides de tout faire pour lui donner un avenir meilleur. Et pour ça, je trouve que c'est une décision qui est très... qui est très forte. Maintenant que je suis maman, je me dis, mais comment elle a fait ? Par où elle est passée ? Qu'est-ce qu'elle a pu traverser à cette époque-là ? Puis c'est un peu de cette histoire que je vais débuter. Car pour moi, c'est le commencement de ma vie. Donc la petite Juliette, trois semaines, qui ne demande ni rien à personne, est placée. Est placée. Et confiée à une famille en Europe. À ma mère biologique, que je vais appeler Rosa. Et mes parents adoptifs, qui sont mes parents, donc ma maman qui est Claudine et mon papa Gérard. ne pouvait pas avoir d'enfant. Ça aussi, c'est une sacrée épreuve de prendre la décision d'aller adopter un enfant à l'autre bout du monde. Clairement, l'Europe, le Chili, un continent de l'Amérique du Sud, que peu de monde connaît. Je t'invite à aller chercher sur une carte où est le Chili. Mais à quel point... À quel point ça a forgé une partie de la personne que je suis aujourd'hui. Cette rupture que j'ai vécue quand j'avais seulement trois semaines. De par le récit de Rosa, puis de mes parents, je suis arrivée au mauvais moment, mauvais timing. Comme je vous disais tantôt, des problèmes socio-économiques. Mais pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi tu gardes mon frère ? Et ça, je me souviens très jeune que mes parents me disaient qu'il y avait un petit garçon sur le parvis quand ils sont venus me chercher via un avocat. C'est l'avocat qui est venu, je vais le dire avec mon humour, qui est venu faire la transaction. Donc l'avocat qui est venu me retirer des bras de ma mère pour m'offrir au bras de mes parents. J'avais trois semaines. Imaginez-vous un bébé de trois semaines. Sans défense. Qu'est-ce que je peux dire ? Est-ce que j'ai le choix ? Non. Est-ce que c'est bon pour moi ? Je ne le sais pas. Et qui peut le savoir d'ailleurs si c'était bon pour moi de me faire adopter ? Je ne le saurais jamais. Mais la chose que j'ai grandi, car mes parents ne m'ont jamais caché que j'étais différente, que j'étais née à l'autre bout du monde, que j'ai eu une maman qui ne m'apportait pas dans neuf mois, puis qu'eux, ils sont venus me chercher car ils ne pouvaient pas avoir d'enfant. Telle adoption n'a jamais été taboue. L'infertilité n'a jamais été taboue dans ma famille. Et pendant longtemps, j'ai cru que c'était simplement comme ça. Je ne me posais pas de questions. Je vivais. Et parfois, survivre ressemble beaucoup à vivre.