Speaker #0Craco se trouve dans la province de Matera, en Basilicaté, une région de l'Italie méridionale. La commune de Craco abrite aujourd'hui 570 habitants, mais son centre historique en hauteur est devenu fantôme. Fantôme parce qu'évacué et laissé à l'abandon à la suite d'un glissement de terrain, c'était il y a plus de 60 ans, en 1963. Cette ville fantôme est devenue une destination touristique pour un grand nombre de personnes, et ce pour plusieurs raisons. La première, c'est que c'est un lieu où beaucoup de films ont été tournés. Et la deuxième raison, c'est le fait que cette ville de Krakow, et plus largement sa région, ont une grande histoire. Alors, ces régions sont habitées depuis très très longtemps. On commence à vivre dans les régions intérieures de la Basilicaté à partir de l'âge du fer. L'âge du fer, c'est cette période archéologique dans laquelle on a commencé à travailler le fer. Une période qui fait suite à l'âge de bronze. Et l'âge du fer a débuté vers 1200 avant Jésus-Christ. Alors entre le 8e et le 7e siècle avant notre ère, le site de Cracow commence à fleurir. Ça correspond à l'époque où les premiers colons grecs s'installent sur la côte italienne. Le nom de Cracow n'apparaît dans l'histoire qu'au XIe siècle. On l'appelle alors Graculum, qui signifie « champ peu labouré » . C'est en 1266 que Cracow s'apprête à connaître une période de développement relativement spectaculaire. Avec l'arrivée sur le trône de Charles Ier d'Anjou, il y a une université qui est fondée à Cracow en 1276, et puis en 1293, on crée là-bas une grande prison. Un signe plutôt clair que la population a augmenté et qu'il faut désormais des infrastructures. Alors les grandes familles médiévales vont se succéder à la tête de Craco. On a les Montfortés d'un côté, les Delbalzo de l'autre et puis les Sforza aussi. Et enfin les Sanseverino. Et c'est sous cette famille que la ville de Craco va atteindre son apogée. Au XVe siècle, quatre vastes palais dominent désormais la ville de Craco. Les palazzi Marona, Grossi, Carbone et Simonetti. La population est alors essentiellement paysanne. Des paysans qui vivent de la culture des céréales mais aussi de quelques légumes et de la production d'huile d'olive. Mais en 1656, tout va basculer pour Craco. La famine frappe de plein fouet la ville et elle fait plusieurs centaines de victimes. Un siècle plus tard. Nous sommes en 1799 et c'est la révolution également à Cracow. Les habitants se soulèvent contre les nobles, mais la répression est terrible et les troupes du cardinal Ruffo vont écraser les révoltés dans le sang. Cracow repasse sous le contrôle des Bourbons pour un temps, puis c'est au tour de Napoléon de débarquer et d'occuper ce territoire. À ce moment-là, la région est ravagée par les brigands, pillages... Violence, torture font le quotidien de cette région. En 1815, c'est la fin de l'épisode napoléonien. Mais après l'unification de l'Italie en 1861, eh bien la ville est toujours occupée par les brigands et la région bascule dans un climat de tensions extrêmes. Les tensions sociales sont alors devenues trop pesantes, les conditions agricoles sont intenables et 1922. Alors celles et ceux qui quittent Krakow vont émigrer presque tous vers l'Amérique du Nord. Pourtant, ce qui va se passer ensuite à Cracow ne relève ni de la guerre, ni de la criminalité. Il s'agit en fait d'une lente catastrophe annoncée. Nous sommes en 1959. Les enfants sont en train de jouer dans les ruelles, les maisons tiennent encore debout, mais sous les pieds des habitants, quelque chose travaille. Cette année-là... Une série d'éboulements progressifs va désagréger la ville, pierre après pierre. Des effondrements qui seraient probablement dus à des travaux qui ont eu lieu sur les réseaux d'assainissement et d'adduction d'eau. Oh, bien sûr, ces travaux ne sont pas la cause unique, non. Ils agissent juste comme éléments déclencheurs. Parce que Craco est bâti sur une colline sableuse et argileuse. Craco est donc structurellement instable. Cette colline repose elle-même d'ailleurs sur une faille géologique, ce qui n'arrange pas les choses. Une faille connue pour amplifier les secousses et les mouvements de terrain. Bon, à ce moment-là, on ne parle pas encore de catastrophes, on parle juste de fissures. Des murs qui se lézardent, des portes qui ne se ferment plus, les maisons qui commencent à glisser lentement. On ne le voit pas à la une nu, ce glissement, pourtant, les maisons bougent lentement, mais sûrement. Alors les éboulements ne sont pas spectaculaires, ils sont, vous l'avez compris, progressifs. Pourtant, le danger menace de plus en plus les habitants de la vieille ville de Craco. Et face à l'ampleur de ce danger, les autorités vont prendre une première décision, une décision radicale. Les autorités vont décider de la création d'un deuxième Craco, là, juste dans la vallée qui est en contrebas. C'est donc ici que va être créée une nouvelle localité. Pesquera, qui va devenir un lieu de relogement pour celles et ceux qui ont perdu leur habitation ou pour qui l'habitation est trop menacée. Ici, on accueille désormais les habitants sinistrés. A partir de 1963, le mouvement s'accélère. Les familles quittent progressivement leurs maisons, les volets se ferment, les clés restent dans les serrures et finalement toute la population est transférée. Alors, à ce moment-là, il y a encore des irréductibles qui ne veulent pas quitter leur ville et qui refusent donc de partir. Par attachement, sans doute, par nécessité, peut-être, et par déni, probablement. En tout cas, je peux vous dire que leurs conditions de vie ne sont pas belles à voir. Ces habitants vivent désormais au milieu des gravats, dans une ville qui s'effondre lentement autour d'eux. Et le coup final n'est pas encore arrivé. Le coup final, il arrive le 23 novembre 1980. Ce jour-là, un séisme frappe le sud de l'Italie. C'est le tremblement de terre d'Irpinia, l'un des plus destructeurs du XXe siècle en Italie. Une magnitude énorme, estimée à 6,9. Bilan, près de 3000 morts et des dizaines de milliers de sans-abri désormais. A Craco, déjà fragilisé, c'est le point de non-retour. Les derniers habitants, encore sur place, sont contraints d'évacuer définitivement la vieille Craco. Et désormais il n'y a plus de débat, plus de choix. Craco doit être vidé de fond en comble. Depuis lors, Craco n'est plus une ville habitée. Craco est officiellement classée comme ville fantôme. Les ruelles sont donc désertes, les façades éventrées, mais les palais eux tiennent par miracle. Au sommet, la tour du château domine toujours un paysage aride, nous sommes à 400 mètres d'altitude. Une ville abandonnée qui ne l'est pas pour autant par les touristes puisque désormais elle est devenue une destination touristique forte et même un lieu de tournage cinématographique, je vous le disais, avec un décor de fin du monde. Bon et vous, est-ce que vous êtes déjà allé à Craco ? Est-ce que vous connaissez ? Est-ce que vous êtes allé dans cette région de l'Italie ? Est-ce que vous avez visité d'autres villes fantômes ? On attend vos commentaires sur les réseaux sociaux de La Petite Histoire. Les commentaires également attendus sur Spotify et sur Youtube, n'hésitez pas une seule seconde. Et si cette petite histoire vous a plu, vous la partagez, vous la commentez, vous la likez comme d'habitude. Et n'oubliez pas de soutenir ce podcast de La Petite Histoire en vous abonnant à notre Patreon. Vous pourrez faire partie ainsi de la grande famille de La Petite Histoire pour 3 euros par mois. On compte sur vous !