Speaker #0Nous sommes en 1922, à Lowell, dans le Massachusetts. C'est là que Jacques Kerouac naît et grandit, dans une communauté franco-canadienne et catholique. Au début de sa vie, Kerouac ne parle même pas l'anglais, celui des américains, des vrais. Non, lui et sa famille parlent plutôt le joual, un français parlé. Au Québec. Alors on ne peut pas dire que Jacques Kerouac ait eu une enfance très joyeuse. Par exemple, quand il est très jeune, il va voir son frère Gérard mourir sous ses yeux alors qu'il n'a que 4 ans. Un épisode qui va rester, évidemment, un traumatisme pour Kerouac et qui va le hanter, le poursuivre toute sa vie. Bon, alors difficile de décrire Jacques Kerouac. Dans une lettre datée du 7 avril 1943 que Kerouac écrit à Georges Apostolos, il dit de lui... L'état complexe de mon esprit est divisé, pour ainsi dire, en deux parties. L'une, normale. L'autre, schizoïde. La partie schizoïde correspond au type déprimé, qui broie du noir et méprise le monde et sa médiocrité, son ignorance complaisante et sa bigoterie. Ma partie normale, celle qui t'est familière. C'est le côté arrière de football amateur, de putain de buveur de bière, de roi de la plonge, de paquet de nerfs, de critique de jazz, un moi qui appelle une Amérique puissante et coriace, qui exige la compagnie de complices fougueux à son chaud. Alors Jacques Kerouac a toujours été un individu à la double facette. Deux côtés, il y a le Kerouac cultivé, celui qui aime lire, celui qui aime écrire. Kerouac est à l'université de Columbia, il aime fréquenter les lieux culturels. Et puis de l'autre, il y a le Kerouac sportif, celui qui a prévu d'avoir une carrière de footballeur américain, mais qui va se faire une fracture du tibia à l'âge de 18 ans. Fracture qui mettra un terme définitif à ses ambitions sportives. Alors déjà à l'université de Columbia, Jacques Kerouac mène une vie de bohème. Il fume beaucoup, il boit beaucoup, il fréquente beaucoup les bordels. Au fond, Jacques Kerouac veut que sa vie soit un grand roman. Alors il mène une vie folle, une vie faite d'expériences en tout genre. Ce dont rêve Kerouac, c'est pas d'avoir une seule vie, non. Kerouac rêve de posséder plusieurs vies, des dizaines de vies, peut-être même des centaines. Très tôt, Jacques Kerouac se fait embarquer dans la marine. Et ça fera donc une première expérience. Cette expérience lui permettra d'ailleurs d'écrire un texte inédit. la mer Et mon frère. Vous voyez ici que Kerouac utilise son vécu, son expérience momentanée de marin, pour écrire son œuvre. Alors, faut quand même pas déconner, Kerouac, il n'a pas franchement envie de s'éterniser à l'US Navy. Surtout quand on lui demande de rejoindre un équipage de navires de guerre. Il évite donc l'écueil en se faisant passer pour fou. Fin 1942, Jacques Kerouac connaît donc l'hôpital psychiatrique vers lequel il est envoyé pour ne pas embarquer vers la guerre aux côtés de Lulias Nevy. Il va ainsi simuler la folie, mais cette folie imaginée et imaginaire finira, vous le verrez, par le rattraper plus tard. Car Kerouac est ce jeune homme fragile qui sera miné tout au long de sa vie par des dépressions chroniques. Pourtant, à le voir, quand on le rencontre, il n'en paraît rien. Kerouac est grand, une large carrure, un beau regard, ténébreux, des traits très séduisants. Les femmes, et les hommes aussi d'ailleurs, sont vraiment en admiration devant ce physique et cet esprit. On dit de Jacques Kerouac qu'il est, à l'époque, plus beau qu'un certain Marlon Brandeau. C'est dire. Il n'en reste pas moins que Kerouac est un homme... Perdu, profondément perdu. Il a beau être courtisé par de nombreuses personnes, Kerouac est seul. En tout cas, c'est comme ça qu'il se ressent. Alors il décide de partir sur la route. Et là, c'est le début de l'errance pour lui. Direction nulle part. Jacques Kerouac prend donc la route du nord, puis celle du sud, pour se diriger ensuite vers l'est, puis vers l'ouest. San Francisco, Los Angeles, la Nouvelle Orléans, le Mississippi et même le Mexique. Désormais, Jacques Ayroac se fait surnommer le vagabond céleste. En 1950, Jacques Ayroac arrive à Mexico. Là-bas, il profite du rythme latin, de la drogue, de la fête et des femmes. Il est là-bas avec des copains de la Beat Generation, Neil Cassidy, Frank Jeffries, Williamsboro. Ce dernier... a fui le Texas parce qu'il était pourchassé par la justice. Mais ça, c'est une autre histoire que j'aurai peut-être un jour l'occasion de vous raconter. Bon, toujours est-il que le Mexique savait un temps pour Kerouac, mais il finit par décider de rentrer aux Etats-Unis. En stop. Le Mexique sera tout de même une étape incontournable toute sa vie, et il n'aura de cesse d'y revenir. Par exemple, en 1955, cette année-là, il y rencontre au Mexique une jeune prostituée, avec laquelle il va vivre une passion. Passion qu'il racontera plus tard dans son œuvre « Triste est ça » . Alors un autre point de rendez-vous entre Kerouac et ses amis de la bite, c'est le Maroc, Tangier. Jacques Kerouac considère cette ville comme charmante, fraîche, délicieuse, avec une cuisine qui vous fait venir l'eau à la bouche. C'est ainsi que Kerouac décrit Tangier dans son ouvrage « Grand voyage en Europe » . Ici, Kerouac et ses potes passent leurs après-midi à boire. à fumer du cannabis, à se baigner et à manger. Ils se font des mélanges d'épices, de miel et d'autres douceurs du pays. Nous sommes à la fin des années 50 et Jacques Queyroac et ses amis Beats profitent de Tanger avant l'arrivée imminente des hippies au Maroc. Les Rolling Stones et autres Jimi Hendrix finissent par envahir ce lieu, alors direction Paris et un hôtel qui va rester mythique pour toute la Beat Generation, le Beat Hotel. Après le succès de son livre Sur la route, vient la popularité et son lot de mauvaises surprises. Jacques Kerouac est invité dans les médias, mais cette pub massive va lui faire du mal, beaucoup de mal. Oui, parce qu'à la télé, Jacques Kerouac semble mal à l'aise, alors on le juge. Certains disent qu'il est un écrivain égocentrique, d'autres soulignent la relation de Jacques Kerouac avec sa mère, une relation, selon eux, de dépendance. On zoome également sur les prises de parole de l'auteur, avec ses préjugés racistes ou sexistes. Alors Kerouac répond en disant qu'il vote Eisenhower, ou bien qu'il soutient l'armée américaine au Vietnam. Mais là encore, Kerouac est en fait perdu. Sur la route est devenu du jour au lendemain un best-seller, et Jack ne s'y est pas préparé. Fatigué par sa vie de débauche, sa célébrité mal gérée et ses admirateurs harceleurs, en 1959, Kerouac finit par se réfugier aux Etats-Unis. Retour au point de départ. Enfin, pas tout à fait parce qu'il décide d'aller le long de la côte ouest, à Bixour, dans une cabane. Il écrira plus tard depuis cette cabane « Je regarde l'Amérique défiler au dehors, de l'autre côté de ma fenêtre, mon écran personnel, vraiment heureux pour la première fois depuis trois ans. » Bon, pourtant ici, sur les falaises de Bixour, la solitude semble lui peser. En effet, peu de monde passe par là. Et la nature est bien hostile. Jacques Kerouac parle de l'agonie de la création du spectacle qui vous attend quand vous descendez le long de la côte par une journée ensoleillée, écarquillant les yeux sur des kilomètres et des kilomètres d'une mer dévastatrice. Jacques Kerouac aura eu toute sa vie des idoles, ou plutôt appelons cela des grandes références, des piliers, des hommes et des femmes qui l'ont inspiré, peut-être même un peu cadré. Ses amis de la Beat Generation en sont. Mais parmi celles et ceux qui font également vibrer le cœur de Kerouac, il y a l'écrivain Henri Miller et ses œuvres les plus connues. Tropique du cancer, Tropique du capricorne ou bien encore Printemps noir. Bon ben il se trouve qu'Henri Miller, ça tombe bien, il habite lui aussi au même endroit, Bixour. Alors, un jour, Jacques Kerouac décide d'appeler ce mentor pour lui rendre visite. L'appel de Kerouac est malheureusement très alcoolisé ce jour-là. Et au bout du téléphone, Miller, à qui Jacques propose de venir le voir. Le problème, c'est que Jacques se trouve ce jour-là à San Francisco et non à Bixour. Alors Miller lui répond « Je suis désolé Jacques, mais je suis un vieux monsieur et à 10h, je vais au lit » . Et vous ne serez jamais là avant minuit. Jacques Kéroac est pourtant bien décidé à partir à la rencontre du vieux Miller. Alors, il grimpe dans une voiture en direction des falaises de Bixour. Mais Kéroac se perd en chemin et on le retrouve le lendemain matin endormi devant une ferme dans une meule de foin. Ces années-là sont également pour Kéroac la recherche de l'adrénaline. Adrénaline avec la musique. Et notamment avec le jazz, particulièrement le bebop. Jacques Kerouac voit en effet dans cette musique l'extase secrète des contemplatifs beats. Il finit par admirer certains musiciens de jazz et s'en inspirer pour ces personnages de ses romans. Son musicien préféré, Charlie Parker. Et dans son ouvrage, Les Souterrains, Jacques Kerouac fait de Parker une entité magique. Kerouac dira d'ailleurs du musicien qu'il ressemble à Bouddha et que son visage est aussi beau et profond que l'image de Bouddha. Alors on ne peut pas évoquer la Beat Generation et Kerouac sans évoquer la mort et la folie. C'est vrai que le leitmotiv de la Beat Generation était de dire qu'il n'y avait pas de bonheur sans drogue, sans ivresse, sans jouissance. Et c'est ainsi que tous les écrivains de la Beat Generation ont fini, tôt ou tard. par avoir le nez coincé dans l'alcool, l'herbe, les amphétamines ou le LSD. Jacques Kerouac va mourir jeune. Nous sommes le 21 octobre 1969 en Floride. Ce jour-là, Jacques Kerouac succombe à un ulcère gastro-duodénal dit la mort des alcooliques. C'est une hémorragie digestive qui est due à une forme de cirrhose alcoolique massive et Jacques Kerouac n'avait que 47 ans. Voilà les amis pour cette petite histoire autour de la Beat Generation et notamment de son précurseur Jacques Kerouac. Si cette petite histoire vous a plu, n'hésitez pas à nous le dire en commentaire, sur les réseaux sociaux ou bien encore sur Spotify. Si vous avez envie qu'on vous fasse d'autres épisodes sur les autres personnages de la Beat Generation, Alan Ginsberg, Williams Burrow, Neil Cassidy et d'autres... n'hésitez pas à nous le signaler puis on essaiera de faire ça dans les prochaines semaines vous nous envoyez un petit message et moi je vous retrouve très vite pour une nouvelle petite histoire salut, bel été ! Avant de se quitter, je vous rappelle que La Petite Histoire est un podcast de La Fabrique Audio. La Fabrique Audio réalise des podcasts de marques et d'entreprises. Donc si vous cherchez pour vous, pour votre entreprise, pour votre marque, un studio pour faire des podcasts, n'hésitez plus, envoyez-nous un mail contact.lafabriqueaudio.com.