Speaker #0C'est la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les soldats américains rentrent progressivement du front. Les usines... tourne. Et Chicago est une immense ville industrielle. Donc dans cette ville, il y a du monde. Et dans cette ville, on va commencer à entendre parler de meurtre. Alors au début, ce sont des affaires qui n'ont pas encore de nom. Des affaires qui n'ont d'ailleurs pas de tueur. Mais ces affaires, les trois affaires dont je vais vous parler, vont petit à petit être réunies dans un même dossier. Commençons avec l'affaire Joséphine Ross. Nous sommes le 5 juin 1945. Une femme est retrouvée morte dans son appartement de Chicago. Cette femme, c'est Joséphine. Joséphine Ross, elle a 43 ans. Et son corps porte plusieurs blessures. Des blessures par arme blanche. La tête de Joséphine est enveloppée dans un vêtement. En arrivant sur place, les enquêteurs cherchent immédiatement une explication. Et on dit qu'un homme aux cheveux noirs a été vu près de l'immeuble. Oui, il aurait été vu en train de quitter les lieux par l'escalier de secours, un peu rapidement. Mais ce témoignage ne va pas permettre d'identifier le meurtrier. Quoi qu'il en soit, la police examine les relations de Joséphine Ross et plusieurs hommes de son entourage sont interrogés. Bon. Ça ne donne pas grand-chose. Pour le moment, aucune piste qui pourrait mener à une arrestation. Là, on ne parle pas encore du tueur au lipstick. Tout simplement parce que le rouge à lèvres n'existe pas encore dans l'histoire. Nous arrivons tout de suite à la deuxième affaire, celle de Frances Brown. Six mois ont passé depuis la mort de Joséphine et nous sommes le 10 décembre 1945. Nous sommes chez Frances Brown qui a 33 ans. Frances vit dans un hôtel résidentiel de Chicago. Mais cette nuit-là sera sa dernière nuit. En effet, Frances est découverte au petit matin dans son appartement. Elle est morte. Elle a été tuée. Elle a reçu plusieurs coups de couteau. Elle a également été touchée par balle à la tête. Et cette fois, le meurtrier a laissé quelque chose derrière lui. En effet, sur le mur, avec du rouge à lèvres, une phrase apparaît. En français, ça donne « Pour l'amour du ciel, attrapez-moi avant que je tue encore. Je ne peux pas me contrôler. » Alors la phrase est immédiatement relevée par les enquêteurs. Et vous l'imaginez, elle va également faire le bonheur des journaux. Parce qu'un meurtrier qui écrit sur un mur, après avoir tué, ça ne court pas les rues. Et surtout, ça ressemble à un défi. Alors la presse donne rapidement un nom au tueur. Le lipstick killer. Le tueur aux rouges à lèvres. Mais à ce moment-là de l'affaire, on ne sait pas qui a écrit ce message. Alors là encore, on s'affaire à chercher un coupable qui serait non loin de l'immeuble de Frances Brown. Et un témoin signale avoir aperçu un homme. Un homme décrit comme sombrement vêtu. Plutôt petit, plutôt trapu, qui semble nerveux. L'homme aurait, dit-on, quitté l'immeuble vers 4h du matin. Mais la description reste tout de même assez vague. Bon, ce qui est sûr, c'est que la police a un corps sur les bras. Et puis un message. Et puis un témoignage. Mais pas de nom. Pas d'arme non plus. Et donc, pas de meurtrier. Mais un mois plus tard, Chicago va basculer dans une autre dimension. Voici la troisième affaire, celle de Suzanne. Suzanne Dugnan. Nous sommes le 7 janvier 1946, et nous sommes dans une maison du quartier d'Edgewater, à Chicago. C'est la nuit, et une famille dort paisiblement. Dans cette famille, je vous présente la petite Suzanne. Suzanne a 6 ans, et c'est cette nuit-là que Suzanne disparaît de sa chambre. Quand les parents se rendent compte de l'absence de la petite, ils préviennent immédiatement la police. Et les recherches commencent. Et très vite, l'affaire prend une ampleur considérable. Car on ne parle plus d'une femme assassinée dans un appartement. Non, là on parle d'une enfant. Une enfant disparue dans sa propre chambre. Et il y a autre chose. Il y a une demande de rançon. Ouais, la famille doit réunir 20 000 dollars pour revoir la petite. Et on demande bien évidemment à la famille de ne surtout pas prévenir les autorités de cette demande de rançon. La lettre lue par les parents a été rédigée dans un anglais plutôt approximatif. Pas mal de fautes d'orthographe, pas mal de fautes de syntaxe, mais bon, passons. Ce qui est certain, c'est que l'auteur de cette lettre demande 20 000 dollars. Et l'auteur veut que l'argent lui soit préparé en petites coupures. Pendant ce temps-là, les policiers fouillent les environs. Les égouts, les rues, les maisons, les bâtiments. Des habitants participent aux recherches. Chicago, tout Chicago, veut retrouver la petite. Mais rapidement, les enquêteurs vont découvrir des restes humains dans différents égouts du quartier. Il s'agit du corps émietté de la petite Suzanne, semble-t-il. L'enfant aurait été tué et son corps aurait été découpé et des parties auraient été déposées dans les égouts proches du domicile. Bon, vous l'imaginez, à ce moment-là, la ville est sous le choc. Les journaux parlent désormais d'un crime qui dépasse tout ce que Chicago a connu jusqu'alors. Désormais, les enquêteurs se demandent si les trois affaires sont en lien. L'affaire Joséphine Ross, l'affaire Frances Brown et l'affaire Suzanne de Gdann. Trois victimes du même sexe, trois scènes différentes, ok, mais une même ville. Et puis un même suspect potentiel. Oui, parce que désormais... On parle d'un certain William. William Herens. Laissez-moi vous présenter William. William, il a 17 ans. qu'il étudiait à l'université de Chicago. William R. Hentz, c'est donc un étudiant, allez, on va dire qu'à 17 ans, c'est encore un adolescent, un jeune homme qui a intégré l'université à seulement 16 ans. Mais derrière cette image, eh bien, il existe une autre réalité. On découvre que Aarons est un voleur. Il vole depuis plusieurs années. D'ailleurs, William a déjà eu affaire à la justice auparavant. Par exemple, à 13 ans, il a été arrêté pour possession d'armes. Et il paraît que son activité de cambriolage a continué. William est entré dans des maisons à plusieurs reprises. William a volé à plusieurs reprises. William a accumulé des objets à plusieurs reprises. Bref, la police possède déjà un dossier William Haynes. Mais pour le moment, ce dossier ne concerne que des cambriolages, pas des meurtres. Alors en fait, c'est six mois après la mort de Suzanne que William Haynes a été arrêté. Mais William n'est pas arrêté pour meurtre à ce moment-là, non. En fait, il vient d'être surpris lors d'un cambriolage. Nous sommes le 26 juin 1946. Hayrens, il a 17 ans et soudain, son nom se retrouve propulsé dans le dossier du tueur Rouge Gorge. Parce que les policiers commencent à regarder son passé, ses cambriolages, ses déplacements et ses empreintes. Et les policiers commencent à chercher une connexion avec les trois meurtres. Alors pour l'affaire Suzanne, la police possède une empreinte qui a été retrouvée sur la demande de rançon. Donc évidemment la police confronte cette empreinte aux empreintes de Hayrens. Mais l'histoire n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire. Parce que certaines sources de l'époque indiquent que l'empreinte attribuée à Hayrens sur la note de la rançon, elle ne correspondait pas vraiment à tous les points exigés par les standards de comparaison utilisés par le FBI. Un récit du dossier, plutôt contemporain, indique notamment que 9 points correspondaient alors que 12 étaient considérés comme nécessaires pour une identification absolue et positive selon les standards de l'époque du FBI. Bon, alors tout ça ne signifie pas que l'empreinte n'est pas celle de William. Mais ça signifie quand même que l'identification n'est pas aussi claire que ce que la police a bien voulu dire à l'époque. Quoi qu'il en soit, William Ehrens est désormais au centre de l'enquête. Et les interrogatoires commencent. En 1946, les règles concernant les interrogatoires sont très différentes de celles qui existent aujourd'hui. William Ehrens n'a donc pas les mêmes garanties procédurales qu'un suspect arrêté aujourd'hui. La police veut obtenir des réponses, et quand la police veut obtenir des réponses, elle obtient des réponses. La police veut savoir qui a tué la petite Suzanne. La police veut savoir qui a écrit le message rouge à lèvres. La police veut savoir qui a tué Joséphine Ross. La police veut enfin savoir qui a tué Frances Brown. Alors au troisième jour de l'interrogatoire, les autorités font intervenir un psychiatre. Et on injecte à William du sodium pentotale, un produit qui se veut être un sérum de vérité. Mais attention, le terme de sérum de vérité peut être trompeur. Oui, parce que le sodium pentotale ne transforme pas quelqu'un en machine à vérité. Il provoque juste un état de conscience. altérée. Et surtout, les déclarations faites dans cet état ne constituent pas automatiquement des vérités. Un peu comme quelqu'un qui est bourré, voyez, il peut dire n'importe quoi. Alors pour l'administration de ce produit, aucune autorisation de Hayrens ou de ses parents n'a été obtenue. Mais peu importe, on administre tout de même le produit à Hayrens. Et sous l'effet du produit, eh bien William va commencer à parler. Et là, William se met à évoquer ses cambriolages, pour commencer. Et puis, petit à petit, il se met à parler de l'affaire de la petite Suzanne. Mais William fait entrer un nouveau personnage dans l'affaire. Désormais, il parle de Georges. Ouais, en effet, il attribue certaines choses à un mystérieux... William Ahrens finit par avouer. Et, encore sous l'emprise du produit qui lui a été administré, William reconnaît les trois meurtres. Alors, vous l'imaginez, la police est ravie. Et l'inspecteur en chef annonce fièrement avoir obtenu la confession du coupable. Alors là, les journaux se déchaînent. Chicago pense désormais que le mystère des trois meurtres est résolu. Et le jeune étudiant de l'université de Chicago devient donc officiellement le Lipstick Killer, le tueur au rouge à lèvres. Mais la version officielle de la police et la version racontée plus tard par Aarons ne sont pas les mêmes. Selon les autorités de l'époque, Aarons a avoué. Il a fourni des détails, il a reconnu les crimes, il a plaidé coupable. Mais des décennies plus tard, Aarons raconte une autre histoire. Et Renz, il va affirmer que ses aveux ont été obtenus sous pression. Et Renz va affirmer qu'il a été manipulé. Et Renz va affirmer aussi qu'il n'a jamais commis les trois meurtres. Alors William ne connaîtra finalement pas un grand procès devant jury au sens classique. Non, William, il plaide coupable au procès et le 5 septembre 1946, il est condamné. Condamné à trois peines de prison à vie consécutive. Mais, et Rens, il vient d'échapper à la peine de mort. Et à 17 ans, il a encore de longues années à vivre, mais en prison. Oui, parce qu'il va y rester pendant des décennies. 65 ans en prison. Alors, qui a écrit le message au rouge à lèvres ? Pendant l'enquête et les procédures, les autorités ont attribué le message à A.R.E.N.S. Ok, des experts en écriture ont même été appelés. Mais l'identification définitive n'a jamais pu se faire. Aucune démonstration n'a permis de dire que William Ahrens était l'auteur vraiment de cette phrase. Ce que nous savons, c'est que le message a bel et bien existé, qu'il a été retrouvé sur la scène de crime de Frances Brown et que les autorités de l'époque l'ont utilisé pour construire un dossier contre Ahrens. Mais à attribuer avec certitude cette écriture à Ahrens, c'est aller plus loin que ce que les sources permettent d'affirmer. Alors, et les trois meurtres ? Est-ce qu'il s'agit d'un seul et même tueur pour ces trois meurtres ou est-ce que ce sont des tueurs isolés ? C'est quand même la question centrale. William est-il réellement le meurtrier de ces trois victimes ? Eh bien la justice a répondu que oui. Et Aarons a même plaidé coupable. Et donc il a été condamné comme je vous le disais. L'affaire a donc officiellement en tout cas été réglée. Mais William a changé de version plusieurs fois, revenant sur ses aveux et maintenant son innocence pendant des décennies depuis sa petite cellule de prison de Chicago. Aarons aurait même dit « j'ai avoué pour vivre » . Ouais, selon lui, il aurait décidé de plaider coupable comprenant qu'il risquait la peine capitale s'il disait qu'il n'était pas le coupable. Et le fait de plaider coupable lui permettait donc d'échapper à la chaise électrique. Mais tout de même, on peut se demander pourquoi un homme innocent aurait accepté de plaider coupable et de passer 65 ans en prison. En effet, Williams a passé 65 années derrière les barreaux, je vous le disais, et il est même devenu l'un des détenus ayant passé le plus de temps en prison dans l'histoire américaine. Et pendant toutes ces années, il a continué de nier être le tueur au lipstick. Williams est mort il n'y a pas très longtemps, puisque c'était en 2012. Il est mort à Chicago, il avait 83 ans. Et il a emporté avec lui la vérité. A-t-il oui ou non tué Joséphine Ross ? A-t-il oui ou non, tu es Francis Brown ? A-t-il oui ou non, tu es Suzanne Degnan ? Voilà les amis pour cette petite histoire autour du tueur au rouge à lèvres. Une histoire qui a été proposée par David, c'était sur Spotify. Vous aussi, vous pouvez proposer vos histoires sur Spotify. Et moi j'ai une question pour vous. Selon vous, William Aarons... est-ce qu'il est réellement le tueur au lipstick ou est-ce que l'enquête de 46 a condamné un homme innocent ? Ben dites-le nous en commentaire sur Spotify, Deezer, Apple Podcasts, YouTube, les réseaux sociaux, la petite histoire. On va pas refaire l'histoire mais en tout cas si vous avez une opinion on sera On serait ravis de la lire. Et si l'épisode vous a plu, comme d'habitude, partagez-le autour de vous, likez-le et abonnez-vous à La Petite Histoire de partout. On compte sur vous. Et puis rendez-vous sur le Patreon pour 3 euros par mois. La possibilité de soutenir ce podcast qui nous demande du temps, de l'énergie, mais aussi qui nous passionne. Je vous dis à très vite pour une nouvelle Petite Histoire. Salut !