Speaker #0Comme je vous le disais en intro, les américains ont mené un projet sur la manipulation mentale. Et ce projet a commencé avant même la seconde guerre mondiale. A cette époque, c'est plus de la recherche théorique, mais on commence à en parler dans les hautes sphères du renseignement américain quand même. Les premières recherches militaires ont lieu pendant la seconde guerre mondiale dans certains camps de concentration dont Dachau, pour ne citer que lui. Là-bas, à Dachau, on teste les limites physiques et psychiques de l'être humain ou on fait des essais pharmacologiques, c'est-à-dire des tests cliniques, comme avec la mescaline par exemple. Entre 1942 et 1945, cette fois-ci nous sommes pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Office des services stratégiques américaine, l'OSS, va lancer la recherche d'un nouveau psychotrope qui serait capable d'influencer le comportement humain. L'idée, derrière ce programme, initié par le général William Donovan, est d'obtenir un agent chimique capable de forcer un individu à répondre aux questions et donc de divulguer toutes les informations qu'il aimerait garder pour lui. De nombreux essais vont avoir lieu avec différentes drogues, mais aussi avec de l'alcool, de la caféine, de la mescaline et bien d'autres. C'est finalement une substance à base de cannabis très concentrée qui va remporter la palme. Et cette substance est donc testée sur le personnel de l'OSS avant d'être utilisée en opération de façon très limitée. En 1947, le projet Chatter vient remplacer l'ancien projet dont les résultats étaient jugés trop aléatoires. Alors toujours le même objectif, celui de mener des interrogatoires tout en contrôlant l'esprit de manière chimique, vous l'avez compris. Cette fois-ci, le comité se penche sur une nouvelle drogue de synthèse. Une drogue qu'on connaît bien, elle s'appelle le LSD. Une drogue hallucinogène puissante fabriquée à base d'un champignon qui pousse sur le seigle et sur d'autres céréales. Les expérimentations vont se produire... jusqu'en 1953. En parallèle, la CIA a lancé également son propre projet en 1949. Un projet intitulé Blue Bird. La CIA va elle aussi se servir du LSD comme arme chimique. Et à la CIA, je peux vous dire qu'ils ne font pas les choses à moitié. Ils vont recruter de nombreux consultants sur ce projet et un partenariat secret défense va même être passé à avec le laboratoire Sandoz. C'est le labo qui, plus tard, va être chargé d'acheminer des millions de doses de LSD vers les différents sites du projet Bluebird. Tout ça est bien évidemment encadré par un comité de direction, lequel est dirigé par le colonel Sheffield Edwards. En 1951, Bluebird change de nom pour devenir Artichoke. Nouvelle procédure en place avec l'arrivée de l'hypnose en plus du LSD. et nouveaux protocoles d'interrogatoire. De nouvelles méthodes sont aussi mises en place comme l'induction d'une dépendance puis d'un sevrage forcé, des électrochocs, de la lobotomie et puis de la privation de sommeil. Tout ça est donc étudié et de nouvelles drogues sont testées. Parmi ces drogues, citons la cocaïne, l'héroïne mais aussi quelques amphétamines. En 1953, Richard Helms propose l'utilisation secrète de matériaux biologiques et chimiques dans le cadre des opérations clandestines de la CIA. Nom de code ? MKULTRA. Le 13 avril 1953, Alan Dules, fraîchement élu directeur de la CIA, approuve le projet, dont il confie la direction au Dr Sidney Gottlieb, qu'il avait déjà embauché en 1951 pour travailler sur Bluebird et Artichoke. Ce docteur, Gottlieb, va d'ailleurs être à l'origine de plein d'expérimentations et notamment de quelques opérations plutôt controversées, c'est le moins qu'on puisse dire. En ce qui concerne le projet MKUltra, son objectif est on ne peut plus clair. Il faut élaborer des méthodes techniques et scientifiques permettant d'influencer et de provoquer des comportements spécifiques, de manipuler la conscience et même de faire agir un individu ou un groupe d'individus de la manière qu'on le souhaite. Donc, à son insu. En fait, MKUltra, c'est surtout un regroupement de sous-projets pour tester telle ou telle drogue pour une action spécifique. Et le tout est financé par la CIA, ainsi que des fonds privés sous couvert de fondations humanitaires ou de recherches médicales. Tout ça, vous l'imaginez, c'est pour faire monter la cagnotte à plusieurs dizaines de millions de dollars. Alors, contrairement au premier projet testé sur des membres... de l'armée et de l'OSS, MKUltra, lui, est testé sur des personnes clairement non consentantes. Les premières expérimentations autour du LSD aux Etats-Unis vont se dérouler sur plusieurs sites clés. A Boston, au Boston Psychopathic Hospital, les premiers tests humains commencent en 1949 sur des volontaires. Ils sont là officiellement dans un cadre psychiatrique et thérapeutique. Oui, mais finalement... Ils vont être utilisés pour une autre cause. Et chez les voisins de Boston, New York, il va se passer quelque chose de dramatique. Au sein de l'Institut psychiatrique de l'État, des expériences sur des dérivés de la mescaline vont avoir lieu et elles vont conduire à la mort d'Harold Blower en 1953. Une affaire qui va être longtemps dissimulée par les autorités. Allez, on descend un petit peu plus dans le sud. Et direction Lexington, nous sommes dans le Kentucky. Dans un établissement du National Institute of Mental Health, à mi-chemin entre l'hôpital et le centre de détention, il y a un important site de tests sur la dépendance aux drogues. Certaines personnes y sont maintenues sous LSD pendant plus de deux mois. Enfin, un beau jour, les expérimentations vont quitter le cadre médical pour entrer dans le secret total avec l'opération Midnight Climax. La CIA a installé alors des appartements clandestins à New York, puis à San Francisco. Ces appartements sont équipés de miroirs sans teint et de systèmes de surveillance. Dans ces appartements, des individus sont drogués à leur insu, et ce, afin d'observer leur réaction. Chaque site a pour vocation de révéler une facette différente du programme. La recherche médicale d'un côté, la dérive carcérale de l'autre, et puis l'expérimentation clandestine. Et le Canada n'est pas en reste dans tout ça, puisque le Canada va avoir son propre centre de test. En effet, c'est à l'Institut Alan Memorial de Montréal qu'une technique de manipulation mentale va être mise en place. La CIA va financer le programme de Ewen Cameron, qui est à hauteur de 19 000 dollars par an. Pendant cette période, une centaine de personnes admises au centre pour troubles mentaux mineurs va se retrouver avec de graves séquelles. ce qui va conduire à l'arrêt du programme et à l'indemnisation d'une partie des familles des victimes. En Allemagne aussi, la CIA va installer un site au cœur d'une ancienne base nazie. Le Camp King va permettre de tester le programme MK Ultra sur des prisonniers hors du territoire américain. Et donc, hors de la juridiction américaine. Pratique tout ça en cas de poursuite. Je dis ça, je dis rien. Un projet de MK Ultra va aussi s'amuser avec des bactéries dites... non dangereuses. Ces bactéries vont être mises dans des ampoules électriques et vont être envoyées dans le métro de New York, en 1966 précisément. Tout ça pour calculer la vitesse de propagation en cas de guerre bactériologique. La CIA va même tester certaines de ces techniques sur un certain Fidel Castro, à Cuba donc, mais sans succès. Alors en 1963, Un tournant majeur intervient lorsque l'inspection générale de la CIA découvre l'existence des tests clandestins. Et c'est sur les expériences menées sur des personnes non consentantes que le rapport interne va zoomer. Il va en effet dénoncer ce rapport les expériences jugées contraires à l'éthique, en particulier celles qui ont été réalisées lors de l'opération Midnight Climax. Malgré ces critiques, le programme n'est pas stoppé. Il change simplement de nom et il devient MKSearch, permettant à la CIA de poursuivre ses recherches sous une nouvelle couverture. Au fil des années 60, le projet va continuer, mais avec des moyens réduits. Dans les années 70, en 1972, dans le climat explosif du scandale du Watergate et de la méfiance croissante envers les opérations secrètes, les dernières activités sont finalement arrêtées. L'année suivante, avant de quitter la direction de la CIA, Richard Helms va ordonner la destruction massive des archives du programme. Une grande partie des preuves disparaît alors, rendant encore aujourd'hui difficile de mesurer l'ampleur réelle des expérimentations. Ce n'est qu'en 1974, grâce à une enquête du journaliste Seymour Hersh, que l'affaire éclate publiquement, déclenchant plusieurs commissions d'enquête parlementaires. Après les premières révélations, plusieurs commissions d'enquête sont alors mises en place. Nous sommes en 1975. La première ? lancé par le président Gérard Ford et dirigé par Nelson Rockefeller, se concentre sur les activités clandestines de la CIA sur le territoire américain. Son rapport révèle que l'agence a mené des expérimentations sur des êtres humains, parfois sans leur consentement. Quelques semaines plus tard, le Sénat crée la célèbre commission Church. Pendant plus d'un an, cette commission va auditionner des centaines et des centaines de témoins. et elle va passer au crible des dizaines et des dizaines de milliers de documents. Les conclusions sont accablantes. Surveillance des citoyens américains ? Programme chimique secret ? Opération illégale menée aussi bien aux Etats-Unis qu'à l'étranger ? Bref, c'est un véritable raz-de-marée. En 1977, un nouveau coup de théâtre survient grâce au Freedom of Information Act. C'est une loi américaine. Et grâce à cette loi, des milliers de pages de documents oubliés vont refaire surface. Ces archives vont donc permettre de mieux mesurer l'ampleur du programme MKUltra, son financement secret, ainsi que l'implication de médecins, de laboratoires et de structures servant de couverture à la CIA et à l'armée américaine. En 1995, une nouvelle commission présidentielle va se pencher sur la question et va recueillir les témoignages de plusieurs personnes affirmant avoir subi, durant leur enfance, des expérimentations liées au contrôle mental comme l'injection de drogue, les électrochocs, des radiations, des manipulations psychologiques sur plusieurs années. Ces récits vont cependant rester controversés, et d'ailleurs difficiles à vérifier de manière indépendante. Mais ils vont tout de même contribuer à relancer le débat public. Alors, face à l'accumulation des révélations, Le président Bill Clinton présente la même année des excuses publiques pour certaines expérimentations qui ont bel et bien été menées sur le sol américain. Et Bill Clinton accompagne ces excuses en ordonnant la déclassification de nouvelles archives. Quoi qu'il en soit, à ce jour, aucune preuve définitive ne démontre que la CIA a réussi à contrôler totalement le comportement d'un individu. si le projet MKUltra reste associé à certaines des pages les plus sombres de l'histoire du renseignement américain. En tout cas, le projet MKUltra alimente encore aujourd'hui de nombreuses théories du complot. En même temps, tous les ingrédients sont réunis. Un programme secret d'un côté, des expériences douteuses de l'autre, des victimes vulnérables, et puis surtout, surtout, la destruction d'une grande partie des archives en 1973, sur ordre du directeur de la CIA de l'époque, Richard Helms. Alors, certaines théories tentent de relier MKUltra à des figures ou des événements majeurs, comme par exemple l'assassinat de Robert Kennedy, Charles Manson ou encore certaines fusillades célèbres. L'idée reste souvent la même, celle qu'il y a eu manipulation mentale capable de pousser un individu à agir contre sa volonté. Bon, il est toutefois important de rappeler qu'aucune preuve solide n'a permis de confirmer ces liens. La plupart de ces hypothèses reposent sur des témoignages contestés, des interprétations, ou alors l'absence claire de documents, ce qui laisse une large place à l'imaginaire. C'est précisément ce mélange de faits historiques avérés et de zones d'ombre qui continue d'ailleurs aujourd'hui de nourrir les fantasmes autour du projet NK Ultra. Voilà pour cette petite histoire autour du projet NK Ultra. Est-ce que vous connaissiez ce projet ? Est-ce que vous en aviez déjà entendu parler ? Est-ce que vous avez lu des bouquins là-dessus ? Si oui, n'hésitez pas, et d'ailleurs sinon aussi, à nous dire ce que vous en pensez de ce projet. Et n'hésitez pas aussi à nous dire ce que vous avez... Pensez à cet épisode, à le partager s'il vous a plu, à le liker. Et nous, on se retrouve très vite pour un nouvel épisode de La Petite Histoire. Salut !