Speaker #0 MARIE Il existe des voyages qui nous emmènent vers des territoires que nous ne connaissons pas. Et il en existe d'autres qui nous obligent à regarder autrement les territoires que nous pensions déjà connaître. Dans La Voix des Mondes Reliés, ce sont précisément ces rencontres que j'aime raconter. Celles qui relient les personnes aux territoires. Les voyages aux mémoires. Les expériences aux savoirs. Et parfois... des mondes qui se regardent, qui se croisent, mais qui ne prennent pas toujours le temps de s'écouter. Aujourd'hui, un nouveau récit commence. Quelque part entre l'attention du monde international... et les voix du bassin du Congo. Un explorateur gallois s'apprête à entreprendre une expédition de plus de 700 kilomètres sur la rivière Sangha, depuis Nola, en République centrafricaine, jusqu'à Mossaka, en République du Congo, principalement en kayak gonflable. C'est la première mission d'un programme qu'il appelle Project 6. Son nom est... [SILENCE] Ash Dykes. Peut-être le connaissez-vous. Peut-être avez-vous déjà vu l'une de ses aventures sur les réseaux sociaux ou dans un documentaire. Mais si vous vivez dans le bassin du Congo, peut-être aussi que ce nom ne vous dit absolument rien. Et c'est précisément pour cela que j'ai décidé de raconter cette histoire. POURQUOI CETTE SÉRIE ? MARIE Parce qu'il se passe quelque chose qui m'interpelle. À des milliers de kilomètres d'ici, des centaines de milliers de personnes suivent déjà les préparatifs de cette aventure. Et peut-être peu de personnes dans le bassin du Congo ? 1,8 M et 280 K. Une vidéo TikTok dans laquelle Ash Dykes annonçait être à 32 jours de son départ vers le bassin du Congo a dépassé 1,8 million de vues. Une autre, dans laquelle il présente tout ce qu'il prévoit d'emporter, dépassait 280 000 vues au moment où j'ai vérifié les résultats. Le public regarde son équipement. Son kayak. Ses préparatifs. Le compte à rebours. On parle de la distance. Des difficultés. De la forêt. Du danger. De ce qu'il pourrait rencontrer. Et pendant que cette histoire provoque déjà de la curiosité ailleurs... ici, dans notre région, beaucoup de personnes ne savent pas encore qu'elle est en train de commencer. Alors je me suis posé une question. Pourquoi devrions-nous attendre que le monde nous raconte ce qui se passe chez nous ? Pourquoi ne pas suivre cette aventure nous aussi... mais depuis notre rive ? C'est ce que je vous propose avec cette série spéciale de La Voix des Mondes Reliés. Nous allons créer un pont. Pas une opposition. Un pont. [IMAGE : Animation graphique élégante : deux rives reliées par un trait de lumière au-dessus du fleuve.] Entre celui qui arrive... et ceux qui sont là. Entre ce qu'un explorateur vient chercher... et ce que le territoire peut lui apprendre. Entre ce que les caméras internationales montreront... et toutes les histoires qui risquent de rester hors champ. 03:30 MARIE Pendant les prochaines semaines, nous allons donc suivre la progression de Ash Dykes. Nous allons regarder où il se trouve. Ce qu'il fait. Ce qui lui arrive. Ses réussites. Ses difficultés. Ses rencontres. Mais à chaque étape... nous ferons quelque chose de plus. Nous regarderons autour de lui. Où sommes-nous ? Qui vit là ? Quelle histoire traverse-t-il ? Quels savoirs existaient avant son arrivée ? Quelle relation les populations entretiennent-elles avec ces territoires ? Et surtout... quelles voix devons-nous entendre ? Parce qu'ici, nous ne racontalons pas seulement celui qui voyage. Nous écouterons aussi les mondes qu'il traverse. MARIE Je suis Marie Tamoifo Nkom. Vous écoutez La Voix des Mondes Reliés. Série spéciale : Sur les traces d'Ash Dykes. Le bassin du Congo raconté depuis le bassin du Congo. 04:30 | QUI EST ASH DYKES ? Alors maintenant que le décor est posé... faisons les présentations. Qui est Ash Dykes ? Et pourquoi son arrivée dans le bassin du Congo mérite-t-elle que nous nous y intéressions ? Ash Dykes est un explorateur et athlète d'endurance gallois. Son site le présente également comme auteur, conférencier et présentateur. Il y revendique cinq records du monde, dont quatre premières mondiales, obtenus au cours d'expéditions réalisées notamment en Mongolie, à Madagascar, en Chine et au Suriname. Mais plutôt que d'aligner les records... regardons le chemin. En 2014, à l'âge de 23 ans, il réalise une traversée de la Mongolie en solitaire et sans assistance. Son site officiel indique plus de 1 500 miles, soit environ 2 400 kilomètres, parcourus en 78 jours, notamment à travers les montagnes de l'Altaï et le désert de Gobi. Puis vient Madagascar. Une traversée de plus de 1 600 miles, soit plus de 2 500 kilomètres, durant laquelle il gravit également les huit plus hauts sommets de l'île. L'expédition dure 155 jours. Quelques années plus tard, direction la Chine. Cette fois, Ash Dykes suit le Yangtsé de sa source jusqu'à la mer. Son site présente un parcours de 4 000 miles réalisé en 352 jours. Puis vient l'Amazonie du Suriname. Une expédition à pied et en kayak, depuis la source jusqu'à l'embouchure de la rivière Coppename. [MUSIQUE : La musique s'éteint très progressivement.] [IMAGE : Plan fixe sur la carte d'Afrique centrale qui s'illumine au niveau du bassin du Congo.] Mongolie. Madagascar. Chine. Suriname. Et aujourd'hui... le bassin du Congo. 07:00 | PROJECT 6 [SON : Bruit mécanique distinct de fermeture Eclair d'un sac d'expédition.] MARIE Mais cette nouvelle expédition a quelque chose de particulier. Parce qu'elle ne constitue que le premier chapitre d'un projet beaucoup plus vaste. Son nom : Project 6. Six expéditions. Six environnements extrêmes. Douze mois. C'est ainsi que le programme est actuellement présenté sur le site officiel d'Ash Dykes. La première mission est publique. Les cinq suivantes restent pour le moment secrètes et doivent être annoncées progressivement par Ash Dykes sur ses propres plateformes. La première porte simplement le nom : Mission 01 : Congo. Et c'est là que notre histoire commence. 08:15 | OÙ VA-T-IL EXACTEMENT ? MARIE Prenons une carte. Parce qu'il faut immédiatement clarifier quelque chose. Lorsqu'on dit « Congo Basin », ou bassin du Congo, on ne parle pas simplement d'un pays. Et cette expédition, en particulier, n'est pas annoncée comme une traversée de la République démocratique du Congo. L'itinéraire officiel commence à Nola, en République centrafricaine, descend la rivière Sangha et doit se terminer à Mossaka, en République du Congo. Plus de 700 kilomètres. Principalement en kayak gonflable. [PAUSE] Sept cents kilomètres. Entendu comme cela... ce n'est qu'un chiffre. Ou peut-être une ligne bleue tracée sur une carte. Mais une rivière ne se mesure pas seulement en kilomètres. Une rivière se mesure en paysages. En villages. En saisons. En mouvements. En vies humaines. En espèces animales. En connaissances. En souvenirs. En histoires. Et c'est là que commence vraiment La Voix des Mondes Reliés. Parce que pour l'explorateur qui voyagera sur l'eau, la Sangha sera un itinéraire. Mais pour celles et ceux qui vivent avec elle... elle est autre chose. Et c'est cet autre chose que nous chercherons ensemble. 10:15 | POURQUOI LA SANGHA ? MARIE Le projet officiel décrit cette Mission 01 comme une descente de la Sangha à travers le bassin du Congo. Il précise également qu'avant la mise à l'eau, Ash Dykes doit passer du temps auprès de communautés vivant dans la forêt et disposant de connaissances du territoire transmises depuis des générations. Et cette partie de son projet m'intéresse énormément. Parce qu'elle nous oblige à interroger le mot... explorer. Qu'est-ce qu'explorer ? Est-ce arriver quelque part où nous ne sommes jamais allés ? Ou arriver quelque part que d'autres connaissent déjà profondément ? Lorsque quelqu'un sait lire une forêt... identifier ses changements... connaître ses chemins... vivre avec elle... la forêt est-elle encore inconnue ? Voilà pourquoi je ne veux pas que cette série reproduise simplement le récit classique : un homme face à une nature immense et dangereuse. Il y a bien sûr une aventure humaine. Il y aura probablement de l'effort, de la fatigue et des imprévus. Mais il existe derrière cette aventure une histoire autrement plus vaste. Celle d'un territoire déjà vécu. Déjà parcouru. Déjà pensé. Déjà nommé. Déjà raconté. Un territoire ne commence pas à exister au moment où un explorateur y arrive. Une rivière ne devient pas une histoire lorsqu'elle apparaît sur TikTok. Et une forêt ne devient pas connue lorsqu'une caméra internationale commence à la filmer. Alors oui... nous allons regarder ce qu'Ash Dykes découvre. Mais nous allons surtout essayer d'écouter ce que le territoire sait déjà. MARIE À l'international, une partie du récit autour de cette expédition insiste déjà beaucoup sur le danger. Ce n'est pas totalement surprenant. C'est spectaculaire. Cela attire immédiatement l'attention. Le site officiel de Project 6 mentionne explicitement le paludisme, les infections, une eau qui peut être impropre à la consommation, la chaleur, l'humidité et l'éloignement de l'aide médicale pendant une grande partie du trajet. Un entretien publié par People le 25 septembre 2026 évoque également la faune et explique que l'équipe prévoit d'utiliser des embarcations gonflables, des rations et de camper le long de la rivière. Ce sont des éléments réels de l'expédition. Nous ne les cacherons pas. Mais nous allons faire attention à une chose. Le bassin du Congo ne peut pas se résumer à une succession de crocodiles, de maladies, de serpents et de nuits inquiétantes. Parce que lorsqu'on raconte perpétuellement un territoire par ce qui pourrait nous y tuer... on oublie parfois de raconter... ce qui y vit. Cette nuance accompagnera toute cette série. Nous raconterons les difficultés lorsqu'elles se produiront. Mais nous raconterons aussi les relations. Les savoirs. Les habitants. La beauté. Les contradictions. Les questions environnementales. Et le quotidien. 14:20 | Et justement... revenons au présent. Parce que l'une des premières leçons de cette expédition est arrivée... avant même la Sangha. Ash Dykes a quitté l'Europe en direction de l'Afrique centrale. Sur sa chaîne YouTube, une publication indique l'itinéraire aérien Londres, Paris, Yaoundé, puis Nola, où doit commencer la mission de plus de 700 kilomètres. Une publication suivante annonce : « We have arrived in Cameroon », en précisant qu'un problème pourrait retarder l'équipe d'un ou deux jours. Et ce problème concerne... un bagage perdu. Une vidéo publiée sur YouTube porte précisément le titre : « Quick Update On Ash Dykes Lost Luggage in Cameroon On The Way To Congo Basin ». J'aime cette anecdote. Pas parce qu'elle est spectaculaire. Elle ne l'est pas. Des bagages se perdent tous les jours dans les aéroports. Mais parce qu'elle raconte parfaitement ce qu'est le début d'une aventure. Pendant des semaines... vous préparez. Vous vérifiez. Vous choisissez chaque équipement. Vous voulez maîtriser autant de paramètres que possible. Et puis... le voyage commence. Et brutalement... quelque chose échappe au plan. [PAUSE] L'expédition n'a même pas atteint son point de départ... que l'imprévu s'est déjà invité dans l'histoire. 16:00 | Et ce bagage nous conduit vers une question beaucoup plus intéressante. Que met-on dans son sac lorsqu'on s'apprête à parcourir plus de 700 kilomètres sur la Sangha ? Ash Dykes a précisément publié une vidéo TikTok consacrée à ce qu'il prévoit d'emporter pour le bassin du Congo. La vidéo dure un peu plus de trois minutes et avait dépassé 280 000 vues au moment de notre recherche. Une autre de ses publications récentes montre le kayak gonflable qu'il prévoit d'utiliser sur la Sangha pendant la mission. Alors oui... on peut préparer le matériel. On peut choisir un kayak. Prévoir des équipements. Organiser la logistique. Essayer de penser aux difficultés. Mais il existe quelque شيء qu'aucun bagage ne peut contenir. La connaissance d'un territoire. On ne met pas dans une valise la capacité de lire une rivière. On ne commande pas sur Internet des générations d'expérience de la forêt. On ne transporte pas, depuis Londres ou Paris, la mémoire des populations qui vivent le long de la Sangha. Et c'est exactement là... que les mondes commencent à se relier. 17:30 MARIE Alors voici notre pacte pour les prochaines semaines. Quand Ash Dykes arrivera quelque part... nous chercherons à savoir où il est réellement. Quand il rencontrera quelqu'un... nous nous demanderons qui est cette personne et quelle connaissance cette personne porte. Quand une difficulté surviendra... nous la raconterons sans transformer le bassin du Congo en décor de catastrophe. Quand une image spectaculaire apparaîtra... nous essayerons de regarder aussi ce qui se trouve juste en dehors du cadre. Parce que je ne veux pas choisir entre deux récits. Je ne veux pas dire : voici l'histoire de l'explorateur... contre l'histoire des habitants. Ce n'est pas cela, relier les mondes Je veux les mettre en conversation. Le regard de celui qui arrive. La connaissance de celui qui habite. L'expérience de celui qui traverse. La mémoire de celui qui reste. Parce que personne ne possède seul toute l'histoire d'un territoire. Aujourd'hui, nous avons fait les présentations. Nous savons qui est Ash Dykes. Nous savons d'où vient cette expédition. Nous connaissons son projet. Et nous savons où il souhaite aller. Mais l'histoire, elle... n'a pratiquement pas encore commencé. [SON : Bruit d'une pagaie qui plonge dans l'eau.] Dans le prochain épisode de La Voix des Mondes Reliés, nous allons ouvrir symboliquement son sac. Quel équipement emporte-t-il ? Comment prépare-t-on une expédition comme celle-ci ? Pourquoi certains objets deviennent-ils indispensables ? Et surtout... qu'est-ce que même le meilleur équipement au monde ne pourra jamais remplacer ? Nous parlerons de préparation. Mais aussi de savoirs. De ceux que l'on transporte... et de ceux que l'on ne peut acquérir qu'en acceptant d'écouter. 19:20 Ash Dykes poursuit son chemin. Nous poursuivons le nôtre. Bientôt... si le déroulement annoncé se confirme... il descendra la Sangha. Et nous... nous remonterons les histoires. Des histoires de fleuve. Des histoires de forêt. Des histoires de femmes et d'hommes. Des histoires de transmission. Des histoires qui nous rappellent qu'aucun monde n'existe seul... et qu'aucun territoire ne se résume au regard que l'on pose sur lui. Je suis Marie Tamoifo Nkom. Vous écoutez La Voix des Mondes Reliés. Série spéciale : Sur les traces d'Ash Dykes. Le bassin du Congo raconté depuis le bassin du Congo. Parce que raconter le monde... c'est aussi apprendre à le relier.