Speaker #0Bienvenue dans La Voix Réée, épisode 33, « Tenir le travail inlassable d'un enfant HPI » . Les enfants HPI tiennent. Ils tiennent à l'école, ils tiennent à la maison, ils tiennent dans les attentes, dans les règles. Dans les silences aussi. Certains ne font pas de bruit, ils ne débordent pas. Ils comprennent vite ce qu'on attend d'eux et ils s'ajustent. Mais cet ajustement ne prend pas toujours la même forme. Certains aussi ne font pas silence. Ils débordent, ils contestent, ils explosent même. Mais tous comprennent très tôt une chose. Dans ce cadre-là, il faut tenir. Tenir pour ne pas exploser trop fort. Tenir pour rester acceptable. tenir pour ne pas être disqualifié. Alors chacun s'ajuste à sa manière, par le retrait, par la colère, par l'ironie, par la suradaptation. Quand on regarde de l'extérieur, tout semble fonctionner, et pourtant, quelque chose travaille en permanence à l'intérieur. Bonjour à toutes et tous, je m'appelle Franck Robert, et je suis votre accompagnateur dans ce voyage dans le haut potentiel intellectuel. Aujourd'hui, je vous parle de ce travail invisible des HPI, et particulièrement des enfants. Je ne vous parle pas du cadre, celui de l'école, celui de la maison, celui des copains, celui du club de sport ou de la classe d'art. Pas de ceux qui posent le cadre, la famille, les parents, les enfants, les enseignants, les directeurs, les animateurs. Aujourd'hui, je vous parle de ce que les enfants HPI font d'eux-mêmes. Pour tenter à tout prix de rester dans les cadres. Un enfant HPI comprend très tôt une chose essentielle. Les cadres ne sont pas toujours négociables et ne sont pas toujours explicables. Alors quasiment tout de suite, par instinct viscéral certainement, il s'adapte. Il apprend quand parler, quand se taire, quand ralentir, quand lisser une pensée trop rapide, quand contenir une émotion trop vive. Ce n'est pas de la soumission, ce n'est pas de l'obéissance aveugle, c'est une stratégie. Une stratégie rationnelle et souvent efficace à court terme. Cet investissement psychique de leur part repose sur une idée simple, rarement formulée, mais très opérante. Si je fais ce qu'on attend de moi, je serai tranquille. Tranquille dans la relation, tranquille dans le regard des adultes, tranquille dans le groupe. Ce que vous voyez chez votre enfant aujourd'hui, vous l'avez peut-être fait avant lui. Vous avez choisi de tenir bon dans des cadres qui ne vous correspondaient pas. Et vous continuez peut-être encore, plus en sourdine, mais c'est là. Votre enfant comprend que sa sécurité et une certaine forme de quiétude passent par l'ajustement à son environnement. Alors il mobilise ce qu'il a de plus performant, son intelligence. Pour explorer, certes, mais surtout pour se contenir, pour masquer cette étincelle atypique qu'il craint de laisser voir et qui pourrait le pousser à l'extérieur de ses groupes de relations. Ce travail intérieur d'adaptation est constant. Il faut surveiller ce qui sort, ce qui dépasse, ce qui pourrait déranger. Il faut surveiller les réactions, les micro-signaux de surprise dans le regard et l'intonation de voix des autres, les indices de rejet potentiels dans les réponses, dans les attitudes, dans les mouvements. Il faut anticiper, corriger, réajuster, tout le temps. Et cela demande une énergie considérable. Mais comme cette énergie est investie avant un débordement, elle ne se voit pas. A l'extérieur, l'enfant va bien, à l'intérieur, il tient. Ce mode de fonctionnement a des bénéfices réels, ce qui le rend justement si difficile à remettre en question, enfant ou adulte. Il permet d'éviter le conflit, de maintenir une image stable de soi aux yeux des autres, de rester intégré dans les groupes et de réussir brillamment avec la reconnaissance qui va avec. Et voilà pourquoi ce fonctionnement s'installe durablement. Le problème n'est pas qu'il fonctionne, le problème est ce qu'il laisse penser. À force de se contenir, l'enfant apprend autre chose. Ce qu'il pense n'est pas toujours utile à dire. Ce qu'il ressent n'est pas toujours recevable. Ce qu'il est spontanément doit être filtré. Il ne s'agit pas d'un renoncement conscient, il s'agit d'un glissement progressif. L'enfant ne disparaît pas, il se met en sourdine. Ce type d'adaptation est souvent valorisé par l'environnement extérieur, l'école, les parents, la famille, les éducateurs, etc. On parle d'enfants sages, d'enfants matures, d'enfants fiables. Mais cette fiabilité, elle a un coût important qu'on néglige. Avec le temps, elle peut produire une fatigue diffuse, inexplicable mais réelle, une rigidité croissante dans le rapport aux adultes, aux systèmes, aux autorités. Un perfectionnisme défensif, une insatisfaction croissante, une perte d'élan comme si le moteur était brusquement cassé. Et parfois, un vide, difficile à nommer. Ce n'est rien de spectaculaire, ce n'est rien de bruyant, c'est juste une lente usure. C'est là que cette stratégie devient toxique. Pas parce qu'elle est mauvaise, parce qu'elle est autant entretenue par l'intelligence qu'elle détourne de sa fonction première. L'intelligence n'est plus un outil de compréhension du monde, elle devient un outil de contention de soi. Et ce renversement va finir un jour ou l'autre par se payer. Peut-être pas dans l'enfance, pas dans l'adolescence, pas dans les premières années d'adulte HPI, mais ce grain de sable va frotter, encore et encore, jusque dans la vie d'adulte, tant qu'on n'aura pas mis la lumière dessus et qu'on ne l'aura pas retiré pour de bon. Ce point est central en parentalité, l'effort psychique que les enfants HPI investissent dans la stabilité. Parce qu'un enfant qui va bien peut en réalité tenir à bout de bras un équilibre fragile. Parce qu'un enfant qui ne pose pas de problème peut être celui qui s'en pose le plus à lui-même. Je ne vous parle pas de ça pour vous inquiéter ou pour vous alerter d'une urgence absolue, mais parce que le comprendre est essentiel pour savoir ce que vit votre enfant HPI. Et commencer à y penser nourrit votre parentalité. Cela ne revient pas à casser le cadre, ni à encourager la transgression, ni à dramatiser. Cela permet simplement de changer de lecture. Un enfant qui se contient n'a pas besoin qu'on le pousse. Il a besoin qu'on reconnaisse l'effort invisible qu'il fournit déjà. Pas pour le féliciter, pas pour l'excuser, mais pour ne pas confondre adaptation et équilibre. Cet épisode ne vous propose pas de solution. Il pose un repère, un point d'appui. Et en parentalité, savoir repérer les décalages change profondément la manière d'accompagner. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si vous avez aimé, abonnez-vous et laissez-moi 5 étoiles et un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. Et partagez le podcast avec vos connaissances qui aimeraient en savoir plus sur le HPI. La voie rayée, c'est tout pour aujourd'hui. On se retrouve très bientôt pour un prochain voyage. Au revoir.