- Julie Denis
Hello et bienvenue dans le podcast La Psy des entrepreneurs. Je suis Julie Denis, je suis psychologue, j'accompagne les entrepreneurs à prendre soin d'eux pour qu'ils puissent, à leur tour, prendre soin de leur business. Parce qu'un entrepreneur bien dans ses baskets, c'est un des leviers clés du succès et de la durabilité de l'entreprise. Ici, on parle bien-être et épanouissement, mais aussi galère, challenge et santé mentale et surtout, comment on fait pour les gérer. Dans la série Sur le divan avec... J'interview des entrepreneuses inspirantes. Sur le divan comme chez la psy ou comme avec une copine, elles se livrent sur leur vécu plus que sur leurs accomplissements. Installez-vous confortablement et bonne écoute. Bonjour Cynthia et merci d'avoir accepté mon invitation aujourd'hui.
- Cynthia Luca
Avec très grand plaisir, je suis super contente d'être là avec toi aujourd'hui.
- Julie Denis
Enfin, parce que ça fait un petit temps qu'on en parlait. Alors, j'ai l'habitude de commencer les épisodes par une brève bio que moi je fais, mais avant de faire ça, j'avais envie aujourd'hui de te poser une première question, puisque, comme tu le sais, dans le podcast, on explique et on explore plus qui tu es et comment tu vis les choses plutôt que ce que tu fais. Alors, rentrons directement dans le vif du sujet. Aujourd'hui, au-delà de ce que tu fais, qui es-tu et qu'est-ce que tu aimerais qu'on retienne de toi au fond ?
- Cynthia Luca
Alors, qui je suis ? Je m'appelle Cynthia. Je suis l'heureuse maman de deux petits garçons, Romain et Nicolas, qui ont 8 ans et 11 ans. Je suis une maman solo, je suis entrepreneur, je suis en pleine réflexion par rapport à mon avenir. Et puis voilà, je suis une femme de la quarantaine qui a plein, plein, plein, plein de choses à vivre et qui a encore envie de croquer la vie à pleines dents.
- Julie Denis
Super. Alors, si je fais une brève intro bio. Tu as fait un baccalauréat en communication à l'ISFSC. C'est ça. Tu as travaillé chez Arte ensuite pendant deux ans comme assistante de rédaction et de production.
- Cynthia Luca
Oui.
- Julie Denis
Et ensuite, tu as travaillé chez AG pendant sept ans.
- Cynthia Luca
C'est ça.
- Julie Denis
Avant de lancer, il y a trois ans et demi, Bisc'oui, que je vais te laisser présenter juste après.
- Cynthia Luca
Oui.
- Julie Denis
Présenter et détailler où en est Bisc'oui et ce que ça va devenir. Mais avant ça, j'ai peut-être envie de te poser une première question. Qu'est-ce qui t'a donné envie de lancer ce projet ? Quel est ton pourquoi ?
- Cynthia Luca
Ce qui m'a donné envie de lancer ce projet, c'est que lorsque je travaillais chez AG Insurance, j'étais vraiment en quête de sens. Je faisais plein de trucs qui n'en avaient pas vraiment pour moi. Je suis devenue maman. Ça m'a posé énormément de questions et ça a remis vraiment un sens différent à ma vie. Et je me levais le matin en pleurant pour aller travailler. Je rentrais le soir j'étais en pleurs alors que j'avais tout pour être heureuse. J'ai fait un gros burn-out. Et à l'issue de ça, j'ai posé la question mais qu'est-ce que tu as envie de faire de ta vie ? Parce que je n'avais pas envie de retourner bosser dans la com, ça ne m'allait pas. Alors j'ai repris des études de boulangerie, pâtisserie et traiteur à ce moment-là parce que moi, je suis italienne et la nourriture, c'est ma vie, vraiment. J'ai vécu dans les cuisines de mes grands-mères, j'ai ce goût très particulier pour la bonne bouffe, pour la gourmandise et je ne me voyais pas faire autre chose que de la cuisine. Et en faisant ces études, moi, j'étais partie en me disant je vais rencontrer quelqu'un sur place et je vais m'associer parce qu'il est hors de question que je me lance seule. Je ne me sentais pas en capacité de faire les choses toute seule à l'époque. Et donc, je me suis associée avec une fille que j'ai rencontrée, avec qui ça a matché tout de suite. Ça s'est mal terminé par la suite, mais j'avais besoin vraiment de créer un projet à impact. Et donc, j'ai décidé de lancer une biscuiterie artisanale bio où on crée des biscuits. au départ à destination des enfants, avec très peu de sucre, et que des matières premières hyper goûtues et issues de producteurs locaux. Ça, c'était très important pour moi, c'était de travailler en mettant du sens dans ce que je faisais. Puis, j'ai perdu le sens parce qu'il fallait produire, produire, produire, être très productif pour réussir à être rentable, ce qu'on n'a jamais vraiment été au final. Et c'est reposer cette question de sens. À quoi ça sert de surproduire ? et de ne pas arriver à vivre de ce qu'on fait et de ne pas voir mes enfants comme je le souhaiterais, alors que pour moi, c'est la base de toute ma vie. Donc, on s'est séparés et j'ai décidé de lancer des ateliers de fabrication de biscuits, donc de cookie thérapie, c'est-à-dire que les gens viennent à l'atelier et fabriquent des cookies avec leurs mains, avec leurs doigts. Donc, toujours l'importance de bons ingrédients, mais cette fois-ci, on y met une valeur ajoutée entrepreneuriale qui est de se rencontrer de façon authentique. et faire émerger des discussions qu'on n'aurait pas forcément autour d'une table, mais qu'on a là parce qu'on se connecte vraiment à la matière. Donc, c'était une façon un peu originale de parler entrepreneuriat et de parler de difficultés entrepreneuriales aussi. Et puis là, aujourd'hui, j'en arrive à une fin de cycle. On en parlera peut-être un petit peu plus tard ou tu veux qu'on en parle maintenant ?
- Julie Denis
Tu peux, si tu veux.
- Cynthia Luca
Où je retrouve de nouveau plus de sens à ce que je fais parce que je m'épuise. Je m'épuise et que je n'arrive pas... à en vivre et j'ai l'impression de ne plus être complètement alignée. J'ai envie de faire des choses beaucoup plus grandes et je suis cantonnée et coincée dans ce petit atelier bruxellois alors que je veux briller beaucoup plus et impacter beaucoup plus de personnes. Donc, requestionnement.
- Julie Denis
Oui, requestionnement et décision.
- Cynthia Luca
C'est ça. Grande décision, c'est d'arrêter complètement ce projet, de le laisser partir. Comme tu sais on laisse partir les choses qui ne nous appartiennent plus vraiment, qui ne nous rendent plus vraiment heureux. Quand on devient entrepreneur on fait les choses avec avec bonheur, avec bonne humeur avec toute l'insouciance avec laquelle on se lance de se dire que ça va fonctionner, qu'on fait les choses parce qu'on a envie de les faire et ici j'ai plus ça. J'ai plus cette Voilà, cette petite étincelle de bonheur qui fait que j'ai envie d'y aller, que j'ai envie de me retrouver dans cet atelier. J'ai eu beaucoup de soucis dans cet atelier aussi, notamment. Donc là, j'ai envie d'arrêter complètement et c'est ce que je fais d'ailleurs.
- Julie Denis
Parce que, concrètement, du coup, quand tu dis que tu arrêtes ?
- Cynthia Luca
Parce que j'ai envie de faire autre chose. Là, maintenant, j'ai décidé de faire faillite et de mettre un stop complet à mon activité.
- Julie Denis
Je vais revenir à ça juste après. Avant ça, j'aimerais te poser quelques questions par rapport à, justement, l'entrepreneuriat, c'était prévu plus tard dans l'interview, mais on verra où nous mène la conversation. Avant de te lancer, quelle était ta vision de la vie d'entrepreneuse ? Parce que moi, je remarque souvent ça, que les personnes qui veulent se lancer, ou même les personnes qui sont salariées et qui rêvent un petit peu de cette vie d'entrepreneur, la vie qu'on voit sur les réseaux, qu'on nous vend, puis il y a la vie après. quand on y est vraiment, on y reviendra aussi. Mais avant de te lancer, toi, ta vision de la vie d'entrepreneuse, c'était quoi ?
- Cynthia Luca
La liberté totale, financière, au niveau de son emploi du temps, avoir du temps pour ses enfants. Pour moi, c'était une liberté totale d'être entrepreneur. Et en réalité, ça ne l'est pas du tout, c'est même tout à fait le contraire.
- Julie Denis
Oui. Aujourd'hui, ta réalité, ou jusqu'à aujourd'hui, puisque j'entends que tu as pris la décision d'arrêter cette activité-là, jusqu'à aujourd'hui, quelle était ta réalité ?
- Cynthia Luca
Ma réalité, c'est énormément de travail pour très peu de résultats financiers. C'est énormément de temps passé à élaborer des concepts, à courir après des clients, à faire beaucoup de comptabilité, à faire énormément d'administratif. et à dépatouiller tout ce qui se passe au niveau. Vraiment, l'admin, moi, c'est quelque chose dont je n'imaginais, je ne soupçonnais absolument pas l'existence en tant que telle. Je savais qu'il y aurait un petit peu d'administratif, mais c'est précisément ce que je ne voulais plus faire. Or, ça occupe quand même vachement beaucoup de mon temps. Et donc, je mets les enfants au lit. Et puis après, je continue à bosser jusqu'à une heure et demie, deux heures du matin. Je me couche et à six heures du matin, il faut se lever pour aller accompagner les enfants à l'école. Parce qu'en plus, j'ai décidé de ne pas les mettre à l'école là où j'habite. Ça aurait été très simple, mais non. J'ai décidé de les mettre de l'autre côté de Bruxelles. Donc, on met une heure et demie le matin pour aller à l'école. Donc, en fait, je passe énormément de temps dans ma voiture, dans les trajets. Alors, c'est très chouette. parce que j'ai plein de clients au téléphone, j'écoute de chouettes podcasts. Ça, c'est très intéressant, mais c'est vrai que le temps, c'est de l'argent et ça, je ne m'en rendais pas compte.
- Julie Denis
Oui, donc ce que j'entends, c'est que finalement, le cœur du métier de faire des biscuits au départ ou organiser des ateliers par la suite et/ou les deux, finalement, ne prend qu'une toute petite partie de ton temps et cette liberté que tu imaginais avant. finalement, n'est pas là parce qu'il y a aussi la partie, moi, j'ai souvent, il y a trois grandes casquettes, en tout cas, parapluies, parce qu'en fait, en dessous, il y a encore 10 000 casquettes, mais il y a le cœur du métier qu'on aurait aussi si on était salarié. Il y a la partie vente qui implique de la communication, le marketing, le branding, vendre ce que tu fais. Et puis, il y a toute la partie... CEO, gestion d'entreprise, appelle ça comme tu veux, mais qui comprend l'administratif, la comptabilité, les décisions stratégiques pour ton entreprise, etc. Et donc, oui, sous chaque chapeau, il y a énormément de fonctions différentes. Et tout ça pour une seule personne.
C'est ça,
- Cynthia Luca
c'est exactement ça. Et puis, tu es seule dans ton projet entrepreneurial, mais tu es seule aussi dans ta vie de maman. Et ça, il ne faut pas l'oublier, mais c'est un job à temps plein d'être maman. Et on a tendance à se dire, ça ira, je vais m'en sortir. Mais en fait, non. Ce n'est pas évident. Et plus les enfants grandissent, plus les difficultés sont différentes. Et j'ai énormément de chance. J'ai vraiment deux petits gars extraordinaires, mais ils s'en sortent hyper bien à l'école. Quand je vois certaines de mes amies qui galèrent avec des devoirs le soir, ce n'est absolument pas mon cas. Mais si je devais faire ça en plus, je ne sais pas comment je m'en sortirais.
- Julie Denis
Oui. Donc, l'avantage que toi, tu as là, c'est cette facilité-là avec tes enfants. Oui. La contrainte ou la difficulté, c'est que tu es toute seule. Ou en tout cas, une partie du temps, toute seule avec tes enfants.
- Cynthia Luca
Voilà, tout à fait.
- Julie Denis
Il n'y a pas de relais à ce moment-là. Qu'est-ce que tu aurais aimé qu'on te dise à l'époque, quand tu te lançais comme entrepreneuse ?
- Cynthia Luca
Je crois que de toute façon, quoi qu'on ait pu me dire, je n'aurais pas écouté, je me serais lancée. Parce que je fonctionne comme ça. Plein de gens essaient de nous donner des conseils. Je suis quelqu'un d'assez fonceur. donc quand j'ai une idée en tête en général... Il faut se lever tôt pour arriver à me faire changer d'avis.
- Julie Denis
Ce qui est une bonne qualité en tant qu'entrepreneur, je pense.
- Cynthia Luca
Oui, sans doute. Après, on fonce droit dans le mur aussi. Parce que quand on a des idées bien précises, tout le monde sait autour de nous que ça ne va pas fonctionner, mais nous, on fonce bien dedans. Je pense que j'aurais aimé qu'on me dise, je ne sais pas, de bien m'entourer peut-être, et de bien faire les choses au niveau de la gestion comptable. Parce que ça, c'est un truc qui est quand même vachement essentiel quand on se lance dans l'entrepreneuriat.
- Julie Denis
Oui, et qui est, et ça, moi, je les vois passer sur mon divan, virtuel ou physique ici, mais le financier est une très grosse source de stress, que ce soit parce qu'on n'est pas rentable, parce qu'on n'a pas de vue sur... Parfois, on croit ne pas être rentable, mais on l'est peut-être parce qu'on ne gère pas bien les finances. En tout cas, tout cet aspect financier joue énormément.
- Cynthia Luca
Oui, je suis d'accord avec toi. C'est hyper important. Et là, j'aurais aimé être un petit peu plus au fait de ce qui se passe, même si je ne sais pas si... Peut-être que je n'aurais pas écouté les conseils, mais en tout cas, ça aurait fait un petit truc dans un coin de ma tête, un petit warning de fais quand même attention à ce que tu fais.
- Julie Denis
Oui. J'allais te demander, avec ce que tu sais maintenant, est-ce que tu referais le même choix ? Mais je pense que tu as déjà répondu à la question. Oui, clairement, bien sûr.
- Cynthia Luca
je referais exactement la même chose exactement de la même façon parce que je pense que la vie est une expérience et qu'il faut passer par certaines étapes pour devenir la personne que l'on est au quotidien et je suis riche de plein plein plein d'expériences aujourd'hui et je me dis que ça sert à toutes les personnes à qui j'en parle ça sert à mes enfants aussi parce que quelque part ils ont un modèle qui n'est pas un modèle conventionnel devant les yeux ... mais qui va leur servir à faire les bons choix, peut-être, dans la vie plus tard.
- Julie Denis
Si on rebobine un petit peu dans ta vie, qui étais-tu enfant ? Quel enfant était la petite Cynthia de, disons, 9 ans ?
- Cynthia Luca
Alors, la petite Cynthia de 9 ans, c'était une petite fille parfaite qui faisait tout ce qu'on attendait d'elle, qui parlait très, très bien, qui faisait du théâtre, énormément de théâtre, d'éclamations, de l'art dramatique, de la diction aussi. J'adorais lire de la poésie. Ce qui était très bizarre à mon âge, j'étais un petit peu spéciale. Personne ne lisait de poésie dans ma classe. Mais je parlais très bien, j'avais déjà une idée très claire de ce que je voulais faire plus tard. Je voulais être avocate, c'était ça et rien d'autre. J'ai tenté par la suite, je suis vite revenue à autre chose, mais j'ai quand même tenté l'expérience. Et moi, une petite fille très sage qui faisait tout parfaitement, qui réussissait très bien à l'école. qui n'avait jamais de trous dans ses bas, qui ne se salissait pas, qui était très narreuse, très attentive, ne jamais avoir une petite mèche de cheveux qui dépasse. La petite fille parfaite.
- Julie Denis
Ça, c'est dans le comportement. Comment tu te sentais ?
- Cynthia Luca
Très angoissée. Très angoissée partout. Je me posais énormément de questions par rapport aux relations. Je ressentais beaucoup de choses et je n'arrivais pas à les expliquer. Et dans ma famille, on n'avait pas le droit d'exprimer. Alors, ce n'était pas dit clairement. On ne disait pas clairement, non, on n'a pas le droit de s'exprimer. Mais par contre, on mettait un stop et un frein quand on essayait de parler d'angoisse, quand on pleurait, tout simplement. On n'a pas le droit de pleurer. On vient d'une famille immigrée, on a la chance d'être dans un pays qui nous a accueillis, on a la chance de faire des études. Donc en fait, on n'a pas le droit de se plaindre, on continue. Et tes petits trucs de petite fille, là, ça ne sert à rien de s'en plaindre. Ça n'existe même pas. Donc j'étais très angoissée, très stressée. Et je ne savais pas quoi faire avec tous ces messages que je recevais qui me submergeaient complètement et qui venaient de l'extérieur. Je n'arrivais pas à analyser tout ça.
- Julie Denis
À neuf ans ?
- Cynthia Luca
À neuf ans.
- Julie Denis
C'est compréhensible qu'on peut ressentir les choses, mais pour les interpréter et du coup pouvoir les placer, donner une place à ça, c'est plus compliqué évidemment. Est-ce qu'il y a une ou plusieurs étiquettes qu'on t'a collées enfant et peut-être qui te collent encore à la peau aujourd'hui ?
- Cynthia Luca
Alors on a toujours dit que j'étais, je vais essayer de retrouver le terme, atypique, une enfant atypique. Et d'ailleurs, aujourd'hui, c'est une étiquette qui me colle encore à la peau et qui, je trouve, me va bien parce que, de fait, je ne fais pas les choses comme les autres. Je ne vis pas comme les autres. Il y a plein de sujets qui ont énormément d'importance pour plein de gens et qui, pour moi, n'en ont absolument pas. Donc, oui, je dirais ça. Une petite fille atypique, petite fille sage aussi. Ça, ça m'a collée très longtemps à la peau. Et c'est une étiquette qui m'a... fortement dérangée là dernièrement, quand j'ai fait ma crise de la presque quarantaine. Non, je ne suis pas une petite fille sage, je ne suis pas que ça en tout cas.
- Julie Denis
Donc ça, la partie atypique, tu la prends, tu la gardes. La partie sage, tu t'en détaches un petit peu.
- Cynthia Luca
Complètement, oui.
- Julie Denis
Si la petite Cynthia de 9 ans te voyait aujourd'hui, elle penserait quoi ? Elle te dirait quoi ?
- Cynthia Luca
Alors, je crois qu'elle serait hyper fière parce qu'elle a construit un truc toute seule, de ses petites mains. Et ça, ce n'était pas quelque chose qu'elle était consciente à l'époque qu'elle pourrait faire. Je pensais, et jusqu'à très tard, que j'aurais besoin de quelqu'un pour m'accompagner dans la vie, pour m'accompagner dans mon business, pour m'accompagner tout court. Et je réalise aujourd'hui que non, je suis capable de faire plein de choses toute seule. et ça c'est une victoire incroyable. Donc, elle me prendrait la main, elle me dirait, bien joué. Elle serait fière, je crois.
- Julie Denis
Oui, j'adore ce sentiment de fierté. C'est très puissant, je pense. Alors, on dit souvent que l'entrepreneuriat, c'est le meilleur chemin de développement personnel, ou en tout cas, moi, je le dis souvent. On se prend des murs, on fait face à nos propres fonctionnements, à nos limites, nos croyances, à nos forces aussi. Quels sont les événements ou les situations qui t'ont le plus... plus transformée dans ton parcours entrepreneurial et un peu lié à ça, qu'est-ce que ces événements ou l'entrepreneuriat en général a révélé en toi ?
- Cynthia Luca
Tellement de choses. Pour moi, c'est une formation complète de se lancer dans l'entrepreneuriat. Alors, il y a plusieurs choses. Il y a d'abord le fait de monter un projet avec une associée et puis que ça se termine du jour au lendemain parce que ça n'a pas fonctionné. Or, on n'avait pas fait de contrat ou de pacte d'associés, donc ça s'est très difficilement terminé. Puis il y a parfois certaines personnes qui te font miroiter des choses et en réalité, il ne se passe rien derrière. Et puis, tu rencontres d'autres personnes, tu espères faire un autre projet qui dépasse complètement le cadre de tes compétences et ça finit par se casser la figure aussi et tu te trouves là avec tes doutes, encore plus de crainte au départ, encore plus d'angoisse, parce que moi, je suis quelqu'un de très angoissée, de très stressée. Et puis, il y a toute la partie aussi personnelle qui impacte, parce que pour moi, on ne peut pas... Il n'y a pas deux vies différentes. Il n'y a pas la Cynthia entrepreneur et la Cynthia maman ou femme. Non, c'est une seule et même personne. Et tout ce qu'on vit dans notre vie privée impacte forcément notre business. Alors, il y a eu des séparations, il y a eu des annonces au niveau de la santé. Il y a eu tellement de choses, vraiment. Et ces deux dernières années ont été trepidentes, certes, mais vraiment très compliquées émotionnellement parlant aussi. Pour moi qui suis aux prises justement avec tout ce côté émotionnel.
- Julie Denis
On va y revenir peut-être un peu plus en détail après, mais je t'entends dire que tu étais enfant et que tu es encore aujourd'hui, qui a encore tendance à être plutôt angoissée, plutôt stressée. En même temps... C'est là où je disais, on reviendra après sur les détails de ce qui a pu se passer les deux dernières années. Il y a eu beaucoup de choses. Et en même temps, je te vois là aujourd'hui, mais aussi dans ta manière de communiquer. On sait que la manière de communiquer, c'est... C'est une partie de soi, c'est jamais 100% de soi, évidemment. Mais malgré tout, je sens chez toi ce doux mélange que moi j'aime beaucoup entre force et vulnérabilité. Je pense que c'est un super pouvoir incroyable, vraiment, vraiment, vraiment, de pouvoir être et vulnérable et avoir cette force, parce que ce n'est pas que l'angoisse et le stress sont là, que tous ces événements... génèrent du coup potentiellement plus de stress, plus d'angoisse et que du coup, tu ne fais plus rien. Non, ce n'est pas ce que je vois, ce n'est pas ce que j'observe, mais peut-être à tort, je ne sais pas.
- Cynthia Luca
Tu as tout à fait raison, je ne suis plus bloquée par tout ça. J'avance quand même et j'avance à grands pas vers cette connaissance de moi justement et vers toujours plus de connaissances et ça, c'est incroyable. Ça ne m'arrête pas et il y a un nouveau terme qui me colle à la peau aujourd'hui, c'est résiliente. C'est apprendre de tout ce qui se passe dans notre vie et transformer tout ça pour en faire une force. Alors que ce n'est pas gagné au départ. Parce que quand on annonce des choses vraiment très fortes et très difficiles, comment est-ce qu'on fait pour rebondir facilement ? Ce n'est pas quelque chose d'évident, mais je crois que j'ai toujours été comme ça. Alors, au moment même, bien sûr, je m'effondre et je pleure un bon coup. Je ne suis pas une sur-femme, mais j'utilise tout ça pour rebondir et je pense que c'est hyper important de faire preuve de cette vulnérabilité, de cette authenticité parce qu'elle fait partie de moi et quand je communique sur les réseaux sociaux par exemple, c'est moi, je ne joue pas un rôle et quand ça ne va pas, je le dis, quand ça va très bien, je le dis aussi, mais je pense qu'on impacte beaucoup plus les gens à dire les choses avec authenticité, qu'à expliquer qu'on gagne des cents et des milles par mois, ce qui est très bien aussi, et ce qui correspond peut-être à un certain type de public. Mais moi, en tout cas, ce qui m'impacte et ce qui me touche, c'est la vulnérabilité des gens. Et c'est pour ça que je suis comme je suis. Aucune raison de me présenter autrement que telle que je suis, finalement.
- Julie Denis
Comment tu fais pour... Alors, forcément et heureusement, j'ai envie de dire qu'il y a les pleurs et le temps pour ça et pour accueillir l'émotion au moment même aussi. Une fois que ça, ça a eu lieu, comment tu fais ? J'ai l'impression que l'émotion peut exister d'une part, mais qu'elle est dissociée du comportement et que tu y vas quand même, tu passes quand même à l'action malgré la présence d'angoisse ou de stress dans la manière dont tu l'expliquais. Comment tu fais pour dissocier les deux comme ça ?
- Cynthia Luca
J'ai une grande foi en la vie et en l'avenir et je me dis que de toute façon, ça ne peut pas être pire. Donc, on avance et on verra et que quoi qu'il se passe, ça va me permettre de grandir et d'arriver à une étape supérieure de transformation de moi.
- Julie Denis
Donc cette croyance, cette vision de la vie-là te permet de continuer, d'avancer tout le temps. J'entends continuer à avancer, mais aussi de le voir comme une richesse presque, parce que tout ce qui nous arrive et les émotions qu'on peut ressentir sont en fait des informations sur qui on est et on apprend à se connaître par les épreuves.
- Cynthia Luca
Ça, et d'autre part, je trouve que c'est un exemple incroyable pour mes enfants, de leur montrer que la vie, ce n'est pas tout rose. On va se casser la figure à plusieurs reprises, mais ce n'est pas ça qui est intéressant. Ce qui est intéressant, c'est comment est-ce qu'on se relève, comment est-ce qu'on continue à avancer, et surtout, comment est-ce qu'on accueille cette émotion qui est là, qui est positive, qui est négative, mais qui est là. Qu'est-ce qu'on en fait de cette angoisse qui nous bouffe le ventre ? Moi, je n'ai pas eu cette opportunité de l'exprimer enfant. Et je t'assure qu'aujourd'hui, je mets un point d'honneur à ce que ce soit le cas pour mes enfants. C'est parfois dur à comprendre pour les gens qui m'entourent, parce que ça a tellement d'importance que moi, je laisse vraiment l'émotion s'exprimer. Donc si mon plus petit garçon a besoin de péter une case parce qu'il y a un truc qui ne lui correspond pas, je vais le laisser faire, je vais aller dedans avec lui et on va en parler, en discuter, jusqu'à ce qu'il se sente mieux. Parfois, ça prend un petit temps et c'est vrai que... et qu'ils pleurent beaucoup, ils pleurent très fort, mais je m'en fiche. Pour moi, l'important, c'est que l'émotion soit acceptée et entendue, surtout. J'ose espérer que ce modèle-là va vraiment les aider dans leur vie pour la suite.
- Julie Denis
Dans tous les cas, je pense. Alors là, c'est vraiment la psy qui parle. Mais oui, être entendue et vue dans ses émotions, c'est tellement important. Parce qu'après, ce qu'on reçoit de nos parents, c'est ce qu'on internalise après. Et soi-même, combien d'adultes est-ce qu'on ne voit pas aujourd'hui, ne pas être en contact avec leurs émotions, ne pas être en contact avec leur corps. Ce sont les enfants qui n'ont pas eu...
- Cynthia Luca
Qui n'ont pas été écoutés.
- Julie Denis
Exactement. Donc, dans tous les cas, je pense que c'est hyper précieux pour eux. Tu as évoqué quelques fois les deux dernières années et les choses compliquées qui ont été compliquées les dernières années plutôt perso, même si effectivement, on ne fait pas forcément une distinction. C'est toi et qui tu es, aussi au niveau de ta santé. Tu me parlais d'un diagnostic qui avait été posé il y a deux ans. Tu peux m'en dire un peu plus ?
- Cynthia Luca
Ce premier diagnostic a été posé parce que justement, ce terme d'atypique me collait fortement à la peau et que je... Je me suis toujours posé beaucoup de questions. Et là, j'ai décidé de prendre les choses en main et d'aller consulter. Et à l'issue de plein de tests, j'ai été diagnostiquée autiste Asperger, qui est une forme d'atypisme, on le voit comme ça. Moi, je le vois comme un super pouvoir aujourd'hui. Je ne le voyais pas comme ça à ce moment-là. Ça a été quelque chose de terrible pour moi. Donc ça, ça a été un premier diagnostic dans ma vie il y a deux ans.
- Julie Denis
Pourquoi de terrible ? Comment tu l'as vécu au départ, ce diagnostic-là ?
- Cynthia Luca
Au départ, je l'ai vécu comme je suis hors norme, mais dans le sens négatif du terme. Aujourd'hui, je le vois comme je suis hors norme, mais dans le sens positif du terme. Et puis surtout, ça met des mots sur des ressentis que j'ai toujours eu en moi. Ça explique beaucoup de choses, ça met de la lumière sur... plein de parties de ma personnalité et ça fait de moi quelqu'un qui n'est pas complètement fou de ressentir tout ce qu'il ressent surtout. Parce que la petite fille de 9 ans, elle se sentait folle avec toutes ces choses qui l'assaillaient complètement. Aujourd'hui, je sais pourquoi est-ce que je ressentais tout ça. Et donc ça explique beaucoup de choses et je suis complètement apaisée avec tout ça.
- Julie Denis
Oui, c'est via ce diagnostic ou via ce prisme-là, en regardant les choses... Par cet angle-là, finalement, c'est normal, tout ce que tu ressens et ton fonctionnement. C'est ça.
- Cynthia Luca
Ça légitime un petit peu ce que je vis.
- Julie Denis
Donc ça, c'était il y a deux ans. Il y a un an et demi, tu as eu un autre diagnostic.
- Cynthia Luca
Alors, l'autre diagnostic, c'est une tumeur au cerveau. Je souffrais de maux de tête, de vertiges depuis un petit temps déjà. Et puis, je suis allée consulter et mon médecin traitant m'a fait faire une IRM de façon tout à fait… sans se poser aucune question. Tu as des douleurs à la tête, allons faire une IRM. Et là, on s'aperçoit qu'il y a une masse. Donc, dans la semaine qui a suivi, j'ai été prise en charge par toute une équipe dans un grand hôpital, faire des examens, des imageries. Alors, je déteste les aiguilles, je déteste les endroits clos. On me met dans des machines, mais horribles, qui font énormément de bruit. On me met des trucs froids dans les veines. C'est horrible parce que je vis tout ça comme une agression. Je ne comprends pas ce qui se passe et on ne m'explique rien. Et ce n'est qu'au bout de tous les examens qu'on m'annonce qu'en fait, on ne sait pas réellement ce que j'ai, mais visiblement, j'ai une tumeur au cerveau. Mais on ne sait pas. Elle est atypique, cette tumeur. C'est un dongue. Et aujourd'hui, j'en ris, mais je t'assure qu'au moment même, je n'en rigolais pas. Et aujourd'hui, on ne sait toujours pas ce que c'est.
- Julie Denis
Donc, tu ne sais pas si c'est une tumeur bénigne, maligne ?
- Cynthia Luca
Alors, on sait qu'elle n'est pas cancéreuse.
- Julie Denis
Ok.
- Cynthia Luca
On croit qu'elle n'est pas cancéreuse, ça fait visiblement 8 ans qu'elle est là, ou peut-être plus, ça on ne sait pas non plus. La seule chose qu'on sait, c'est qu'elle continue à augmenter et elle est mise de façon très atypique. On n'a aucun cas qui relate ce genre de tumeur à cet endroit-là. Donc si tu veux, pour donner un petit peu plus de détails, au niveau de l'hypophyse, il y a une tige qui s'appelle la tige pituitaire. En règle générale, les tumeurs poussent au-dessus ou en dessous. Ici, elle a poussé à l'intérieur de la tige. Ce qui fait que la membrane de la tige se dilate légèrement pour que la tumeur puisse s'expanser à son aise, n'est-ce pas ? Donc, on a voulu tester opération. On s'est dit d'abord, on va faire une biopsie. Ah ben non, c'est trop dangereux. Et en fait, les médecins n'arrivent pas à trouver de terrain d'entente. Certains veulent opérer, d'autres pas. Moi, il est hors de question qu'on m'ouvre le crâne si je ne sais pas ce qu'on va y faire. Donc là, on est avec cette... Avec ce truc, ce diagnostic qui est posé, et tous les six mois, des examens pour voir si ça grossit, pour voir ce qu'on décide de faire de six mois en six mois.
- Julie Denis
Comment tu vis ça, toi ? Parce que c'est un énorme doute. Il y a un diagnostic, mais en même temps, pas de protocole, pas de plan d'action. C'est attendre tous les six mois, on réévalue.
- Cynthia Luca
C'est une épée de Damoclès au-dessus de ma tête, clairement. Chaque fois, à l'approche des dates, des examens. Je vacille complètement parce que je me dis, si ça se trouve, on peut m'opérer demain, je peux mourir demain. On ne sait pas, en fait. Puisque c'est atypique et que ça n'existe pas ailleurs, il n'y a aucune littérature qui en parle. On ne sait pas ce qui va se passer. Et vivre dans l'incertitude, ça, c'est quelque chose qui m'angoisse terriblement. Moi, j'ai besoin de contrôle. J'ai besoin d'être dans ma petite routine. Et quand je n'en ai pas, je vrille complètement. Je sais que je dois rester en place parce que j'ai deux enfants et qu'il faut rester sur une certaine route. Mais j'ai très peur. Oui, évidemment que j'ai très peur. Et je me dis aussi que la vie est courte. Et est-ce que vraiment, on a envie de continuer à vivre quelque chose qui nous déplaît alors qu'on sait très bien qu'il y a un terme qui va être mis à cette vie et qui pourrait être mis beaucoup plus rapidement au final ? Donc là, aujourd'hui, j'ai décidé de vivre en faisant ce qui me plaît, comme ça me plaît, et je garde en tête le moment où j'ai envie de le faire. Je fais les choses. Voilà. Par exemple, je me rends compte que je n'ai pas assez d'argent pour partir en vacances, partir avec mes enfants. En fait, je m'en fous, je pars quand même, et je me dis que je réussirai d'une façon ou d'une autre à créer de l'argent au moment où je reviens. Donc toutes les décisions que je prenais avant sur un coup de tête, là, elles sont encore plus amplifiées aujourd'hui, sous le couvert de je ne sais pas ce qui va se passer demain. Donc, en réalité, vivons, vivons au jour le jour. Et voilà, je suis obligée de faire comme ça, en tout cas, même si ça m'angoisse.
- Julie Denis
Oui, j'entends la partie compliquée d'angoisse qu'amènent le doute et l'incertitude. Et en même temps, cette remise en perspective et cette soif de vivre aujourd'hui, du coup, et cette saveur presque de la vie qui est plus intense.
- Cynthia Luca
C'est ça. Et puis, cette intensité, c'est de la partager aussi. C'est de partager toutes les petites joies qu'on vit. Elles sont plus petites, elles sont grandes. Et on a envie de montrer et d'inspirer les gens aussi en disant, oui, OK, vous vivez des difficultés, mais je vous assure que la vie est belle quand même. Il y a plein de choses magnifiques qui se passent dans notre quotidien. Voilà. De base, je suis quelqu'un qui s'émerveille très facilement aussi. Je vois un nuage qui bouge. Je trouve ça très beau et je suis capable de m'émouvoir, de pleurer devant un coucher de soleil ou quoi que ce soit. Mais là, ça prend une dimension encore plus puissante aujourd'hui et encore plus authentique dans la transmission de ce que j'ai envie de renvoyer aux gens.
- Julie Denis
Je reviens avec mes deux termes, mais cette vulnérabilité et cette force combinée. Et j'entends beaucoup de résilience, comme tu l'as dit toi aussi tout à l'heure. Ce diagnostic, tout ce que ça implique, mais j'imagine probablement les maux de tête qui doivent encore être là du coup, tout ça, quel impact est-ce que ça a eu sur Bisc'oui, sur ton activité d'entrepreneuse ?
- Cynthia Luca
Ça a eu énormément d'impact. Parce que d'abord, quand on t'annonce une nouvelle pareille, tu te dis, j'arrête tout. Si je dois mourir demain, est-ce que vraiment j'ai envie de continuer à faire des biscuits ? Non, la réponse est non. et c'est là que ça a semé déjà une petite graine dans ma tête par rapport à ce projet entrepreneurial. Je ne sais pas très bien comment l'exprimer par rapport à ça, mais Bisc'oui a été très fortement impacté parce que j'avais envie de prendre du temps pour moi et que je m'interdisais de le faire étant donné que justement, j'ai un job. Je dois aller bosser, je dois satisfaire mes clients, je dois gagner de l'argent, parce qu'à la fin du mois, il faut quand même réussir à manger. Et tu sais, à partir du moment où tu mets des « je dois » et « il faut » dans ce que tu fais, c'est fini. Moi, c'est déjà mort, c'est terminé. Je dois y aller, puis j'ai commencé à être très négative par rapport à l'espace dans lequel je travaillais. Je n'avais plus envie de rien à ce moment-là. Et puis, les maux de tête font que tu ne peux plus travailler. tel que tu le faisais à 100% avant. J'avais énormément de vertiges aussi, je portais du poids, et puis toutes ces réflexions, c'était beaucoup trop pour moi à ce moment-là. Donc forcément, ça a été impacté.
- Julie Denis
Oui, c'est ça. Et donc j'entends aussi bien la partie, juste les conséquences ou l'impact de la maladie, les maux de tête, les vertiges, tout ça, qui font que juste physiquement, tu n'es pas capable de travailler.
- Cynthia Luca
C'est ça.
- Julie Denis
Et j'entends aussi la... de nouveau la remise en perspective et en question de si j'ai ça, est-ce que vraiment c'est cette activité-ci que j'ai envie de faire ?
- Cynthia Luca
Complètement. Et un jour, un de mes amis avec qui je t'ai allé manger m'a dit, tu sais, tu n'es pas qu'une pâtissière. Et ça, tu vois cette phrase, j'en avais fait un post d'ailleurs.
- Julie Denis
Oui, je me souviens,
- Cynthia Luca
je pense. Ça a été hyper fort parce que je me suis dit, mais non, en fait, je ne suis pas qu'une pâtissière et je n'ai pas envie qu'on me définisse comme étant une pâtissière. Ça me met dans une case et on m'a toujours mis dans des cases. Je ne veux plus de ça. Je veux sortir des cases. Et aujourd'hui, je transmets des choses tellement plus grandes que juste le fait de faire des cookies, que ça ne me correspond plus, tout simplement. Et c'est marrant parce que je me rends compte maintenant, en en discutant avec toi, que je crois que c'est... cette annonce de tumeur qui a mis un stop à cette activité dans ma tête.
- Julie Denis
Oui, quand on parle tumeur, ce n'est pas un petit diagnostic.
- Cynthia Luca
Non.
- Julie Denis
Ça implique, comme tu le disais, la fin de vie qui est potentiellement moins loin que ce qu'on l'imaginait. Et ça, dans tous les cas, que ce soit comme le décès d'un proche peut faire la même chose. La même remise en question, mais c'est effectivement qu'est-ce qui est important, qu'est-ce qui est vraiment important ? Parce que la vie est courte et que... Oui,
- Cynthia Luca
et c'est remettre l'essentiel au centre de notre vie. Et pour moi, l'essentiel, c'est plus la biscuiterie.
- Julie Denis
C'est quoi l'essentiel, du coup ? C'est une très belle transition.
- Cynthia Luca
Je m'attendais à cette question. Alors aujourd'hui, l'essentiel, c'est mes enfants. Ça, c'est mon essentiel. L'essentiel, c'est aussi l'alignement pour moi. C'est de me sentir bien dans ce que je fais. Même si ça demande de nouveau de l'inconfort, parce que dès qu'on change, qu'on vacille un petit peu, que ça bouge, forcément, ça va de pair avec un certain inconfort et une certaine dose d'angoisse, toujours. Mais être vraiment alignée et me sentir bien dans ce que je fais et dans qui je suis, surtout, dans l'image que je renvoie.
- Julie Denis
Alignée entre ce que tu penses, ce que tu sens, ce que tu fais, ce que tu renvoies comme image. Du coup, j'enchaîne. Je pense que c'est un bon enchaînement là. Tu as dit que tu arrêtais Bisc'oui. C'est quoi la suite pour toi ? Est-ce que c'est déjà clair à 100% ? Ou je pense qu'il y a une idée ?
- Cynthia Luca
Il y a une idée. Il y a une trame, en tout cas, narrative dans ma vie que j'exploite et que j'aime énormément. C'est la rencontre avec les autres entrepreneurs. Donc, j'ai envie de créer des possibilités de networking. Plus avec des cookies, évidemment, mais avec d'autres choses. J'ai envie de faire des nêtres de jolies collaborations et d'explorer un petit peu plus tout ça. Et puis, à l'issue de tout mon vécu, moi je remarque que c'est très difficile pour certaines femmes d'incarner complètement leur personal branding et j'ai vraiment envie de les aider à ça. J'ai envie de m'entourer d'experts et de leur proposer toute cette expertise pour leur permettre de briller sur les réseaux sociaux. Ça a été très rapide pour moi. Je n'avais même pas de compte LinkedIn il y a un an et demi maintenant. Je n'en avais jamais créé, je ne voyais pas l'intérêt. Je ne connaissais même pas le réseau. Et puis, on m'a dit, une de mes amies avec qui j'ai fait mes études de com, me dit, enfin, ce n'est quand même pas normal que tu n'aies pas de compte LinkedIn. En plus, tu te lances en tant qu'entrepreneur. C'est vraiment l'occasion de partager des choses. Je dis, oh là là, avec quoi tu viens ? Non, moi, ça ne m'intéresse pas de partager. Ça n'a pas de sens pour moi. Et puis je l'ai fait, je me suis lancée. Et là, j'ai découvert tout un autre monde. Et j'ai surtout rencontré des personnes incroyables. Parce qu'on ne le dit pas assez souvent, mais les réseaux sociaux, c'est un truc génial pour ça. Pour capter l'essence de l'entrepreneuriat, pour réussir à rencontrer des gens exceptionnels qui ont des parcours de vie incroyables. Moi, c'est ça qui m'intéresse, c'est l'humain. C'est ce que j'essayais de faire lors de mes cookies thérapie, c'est de capter l'humain et capter l'authenticité. Là, je peux le faire. de façon beaucoup plus grande. Ça rayonne beaucoup plus fort sur un réseau social. Je n'ai jamais eu de soucis avec le fait de... Au départ, si j'ai eu un problème avec mon image, je n'osais pas me montrer. Puis c'est venu assez naturellement et assez rapidement. Parce que je pense que quand on vit tout ce que j'ai vécu, l'image qu'on renvoie, au final, elle n'a plus vraiment beaucoup d'importance pour moi. Et j'ai envie d'aider les femmes à faire ça aussi, à ne plus avoir de soucis à poster. À ne pas dire « mais qu'est-ce qu'on va penser de moi ? Je ne vais peut-être pas mettre cette photo parce qu'on voit trop ceci, on ne voit pas assez cela. » Les aider complètement à se réinventer, à oser et à gagner leur vie et à trouver des clients grâce aux réseaux sociaux au final. Ce que moi, j'ai réussi à faire en très peu de temps. J'ai envie de donner ces clés à toutes les femmes formidables qui m'entourent et qui font partie de cette communauté au final.
- Julie Denis
J'entends toujours cette envie d'impacter.
- Cynthia Luca
Oui.
- Julie Denis
Et peut-être d'impacter plus de monde via les réseaux sociaux que ce que tu as pu le faire avec Bisc'oui. C'est ça. les dernières années. Un des sujets dont j'aime bien parler, c'est le syndrome de l'imposteur.
- Cynthia Luca
Oui.
- Julie Denis
Est-ce qu'il vient t'ennuyer une fois de temps en temps ?
- Cynthia Luca
Il m'ennuie souvent. Il m'ennuie très souvent.
- Julie Denis
Ok.
- Cynthia Luca
Il m'a toujours ennuyée toute ma vie. Même petite, quand je montais sur scène au théâtre, il m'ennuyait. Le seul domaine dans lequel il ne m'ennuie pas, c'est dans mon rôle de maman, où là, je n'ai pas d'hésitation, j'ai beaucoup de certitude et je me sens tout à fait à l'aise avec ce rôle. Dans mon rôle de femme, dans mon rôle d'entrepreneur, il y a énormément de questions. Et surtout quand tu changes comme ça complètement de carrière. Parce que je bossais dans la com. Alors au départ, c'était pour une émission de télé sur Arte Belgique, comme tu le disais tout à l'heure. C'était strass, paillettes. J'accueillais des vedettes en plateau. J'avais des contacts avec des maisons d'édition. C'était vraiment génial. mais en tant que fille qui sort d'études de communication, qui a à peine 21 ans, qui se retrouve à côtoyer des stars comme ça, je me disais « mais c'est pas ma place, qu'est-ce que je fais là, je vais pas savoir quoi leur dire » , etc. Puis après, je me retrouve à bosser chez AG Insurance, où je rentre un peu par dépit en me disant « je trouve rien d'autre, il faut absolument que j'ai un job parce que j'ai un prêt » . Je fais du front office, réponds au téléphone, etc. Jusqu'au jour où il y a un poste en com qui se libère. Et là, je postule. Mais à aucun moment, je me suis dit que ça n'allait pas aller. Puisque j'étais persuadée, encore une fois, j'avais pris ma décision. Je fonçais alors que j'étais enceinte de quelques semaines. Je me suis dit, tant pis, en fait, je tente et puis on verra bien. Et puis, je me suis mise à bosser dans une équipe quasi exclusivement néerlandophone. Je parlais pas néerlandais de façon parfaite. Donc là aussi, beaucoup de questionnements. Et puis c'était créer des textes, cette écriture, ce syndrome est revenu à ce moment-là aussi. Et puis bim, on arrête complètement, on reprend d'autres types d'études, on lance un projet entrepreneurial. Mais t'es qui pour lancer un projet au final ? Où sort cette idée complètement saugrenue que toi, la petite Cynthia, tu vas créer un truc comme ça de tes mains. Et puis là, maintenant, ça se termine et je dois faire autre chose. Comment est-ce qu'on fait pour demander un prix, un prix plus élevé ? Tout ça, bien sûr que le syndrome de l'imposteur, il fait partie de moi et il fait partie d'énormément de personnes que je rencontre.
- Julie Denis
Oui, bien sûr. Comment tu fais pour y aller quand même ? Ça revient un petit peu à ça. Et je pense que dans l'entrepreneuriat, que ce soit le syndrome de l'imposteur ou d'autres émotions, c'est ce dont on parlait tout à l'heure, d'angoisse, de stress, le passage à l'action est important. Et quand je dis passage à l'action, c'est à tout niveau. C'est ne pas se mettre sous la couette, de manière littérale ou figurée, mais aller se cacher dans un coin parce qu'on ne se sent pas légitime. Ici, c'est la légitimité. En fait, ça vaut pour beaucoup de choses. Comment tu fais pour y aller quand même, pour passer à l'action quand même ?
- Cynthia Luca
Je dirais qu'encore une fois, j'ai foi en la vie et je me dis que toutes les choses que je vis me poussent à devenir une version supérieure. Et je dirais qu'aujourd'hui, ce qui m'accompagne aussi, c'est toutes les personnes incroyables que j'ai rencontrées et qui sont entrepreneurs à mes côtés et avec qui j'ai des discussions passionnantes et qui, elles, ne doutent absolument pas.
- Julie Denis
Je te coupe, pardon. Elle ne doute pas d'elle-même ou elle ne doute pas de toi ?
- Cynthia Luca
Elle ne doute pas de moi. Elle ne doute pas de moi. Il n'y a aucun doute par rapport à ma réussite, par rapport à l'image positive que je renvoie. Ce sont des personnes que j'ai rencontrées et elles se comptent en dizaines, ces personnes. J'ai vraiment un noyau très, très dur à mes côtés, mais il y a des dizaines de personnes qui, elles, y croient. Et je me dis, si elle y croit, peut-être qu'il serait temps que moi aussi, j'y crois. Et puis, il y a le regard bienveillant de mes fils, qui, eux, sont juste incroyables, en disant, maman, go, en fait, ne te pose pas de questions, go, tu as déjà fait pire, donc vas-y, fais, et puis on verra bien. Et ce, on verra bien, tu vois, il me déculpabilise complètement, il me dit, c'est vrai, au final, tu sais, j'aime bien cette vision d'enfant, et même si tu te plantes, qu'est-ce qui se passe au final ? Oui, c'est vrai. Fais ta construction en Lego. Et si tu la plantes, on passe notre vie à leur dire, ce n'est pas très grave, mon petit chat. Si tu foires ça, tu recommenceras après. Pourquoi est-ce qu'il n'en serait pas pareil pour notre vie d'adulte et notre vie d'entrepreneur au final ? Donc, pour moi, c'est tout à fait OK. Je ne me pose plus toutes ces questions. En fait, je ne m'embarrasse plus de tout ça aujourd'hui. Je me dis, tu as envie de faire ceci ? Eh bien, teste. Ça ne va pas ? Ce n'est pas grave. Il y a d'autres choses qui t'attendent par la suite. Je m'encombre plus de tout ça. Alors, encore une fois, au moment même, au moment de prendre cette décision, évidemment que le stress est là, évidemment que l'angoisse est là, évidemment que l'émotionnel prend une place énorme. Mais j'y vais quand même parce que je suis riche de tout ça, de tout ce qui m'entoure.
- Julie Denis
Oui, et dans ce que tu dis, j'entends l'émotion est là et elle peut être là. Elle peut être entendue et vue, comme tu disais, avec ses enfants, la tout de suite. J'ai l'impression qu'une fois que ça y est, elle est bien ressortie, on l'a bien vécue. Tu te reconnectes à d'autres parties. Parce que c'est une partie, finalement, le syndrome de l'imposteur. Oui, c'est là. C'est là aussi pour nous protéger. Quand on sort de notre zone de confort, ça peut potentiellement être dangereux. Mais tu te reconnectes à d'autres parties, à cette partie de l'échec, ce n'est pas grave. Ce qui n'est pas évident parce que dans la société en Europe versus les États-Unis, ce n'est pas vraiment le message habituel. tu te reconnectes à cette vision que d'autres peuvent avoir de toi. Tu te reconnectes à d'autres, à ce que tes fils peuvent te dire, à ces autres parties qui t'aident à y aller quand même. J'aime bien que tu dises, je vois comment les autres me voient, ou en tout cas ces autres entrepreneurs, entrepreneuses autour de moi, elles n'ont pas de doutes. Et du coup, moi, ça apaise mes doutes.
- Cynthia Luca
C'est vrai.
- Julie Denis
De plus en plus, je trouve que c'est important de... donner du crédit et donner de l'importance à ça. Avec le développement personnel, les dernières années, on entend beaucoup « non, non, mais il faut le faire, ça doit venir de soi » . C'est comme dans les couples, il faut s'aimer soi-même avant de pouvoir être aimé par l'autre. Tu sais, ces discours un peu, ça doit d'abord venir de toi avant que ça puisse... Alors que, non, on se construit aussi par le regard des autres. Avec les autres et par le regard des autres. Et ça peut venir apaiser tellement de choses. Je ne dis pas qu'il faut d'office mettre cette responsabilité-là sur les épaules des autres. Mais quand ça vient, bien sûr qu'on se construit. Évidemment.
- Cynthia Luca
Et c'est tellement plus confortable aussi. Là, je déteste cette injonction. Avant de rencontrer quelqu'un, il faut absolument se sentir bien et réussir à se donner tout l'amour, tous ces trucs de développement personnel qu'on lit partout et qu'on voit partout sur les réseaux. Mais je ne suis pas d'accord. Pour moi, on peut grandir en couple. On peut s'apporter mutuellement des choses magnifiques qu'on n'aurait jamais pensé aller explorer si on avait été seul. Et pareil en amitié et pareil dans le business. Pourquoi se passer de la présence de l'autre, alors que l'homme est quand même un animal social au départ.
- Julie Denis
Tout à fait.
- Cynthia Luca
Donc pour moi, c'est un non-sens de ne pas aller vers l'autre, de ne pas accorder du crédit à ce que dit l'autre, surtout quand en plus c'est super positif et que ça t'aide à avancer. Je serais complètement à côté de la plaque de ne pas suivre l'avis de gens qui m'entourent et qui me veulent du bien, surtout.
- Julie Denis
Oui, alors il y a cette partie-là. Et de manière générale, j'entends le fait d'être entourée, de ne pas rester seule aide beaucoup aussi. J'ai entendu ça quelquefois dans ce que tu racontes.
- Cynthia Luca
Moi, ça me sauve aujourd'hui. Vraiment. Parce qu'il y a des choses difficiles dans la vie de chacun. Et le fait d'être entouré de plein de gens qui vivent ces choses-là aussi ou qui les vivent différemment et qui peuvent te donner leur avis plus impactant sur les choses en fonction de leur vécu, c'est tellement riche. C'est d'une richesse infinie pour moi. On est beaucoup plus riche de ça que d'autres choses, dans ma conception des choses. Et si on n'a pas ça, pour moi, on ne peut pas s'en sortir, ni dans l'entreprenariat, ni dans la vie de façon générale. Je pourrais pas être seule j'en ai pas envie et je ne pourrais pas de toute façon ça a une importance capitale.
Je pense que c'est capital et surtout quand on voit les chiffres là maintenant surtout depuis le Covid du sentiment de solitude qui augmente chez les personnes âgées, chez les jeunes aussi énormément quand on voit les chiffres en termes de santé mentale de l'impact sur les maladies longue durée etc c'est une catastrophe je pense que Une des clés, c'est de revenir vers plus de collectif, moins d'individualisme. Et on a encore du travail.
- Julie Denis
Oui, mais pour moi, c'est ce qui nous sauvera vraiment.
- Cynthia Luca
Quel est ton super pouvoir, ta force qui t'aide dans l'entreprenariat ?
- Julie Denis
Alors, mon super pouvoir, c'est mon regard d'enfant sur les choses. Je m'émerveille de plein de choses et de toutes les toutes petites choses. Et ça, ça me permet d'avoir une vision qui tient sur du long terme. Même si dans le présent, c'est compliqué, même si ce que j'ai vécu est difficile, ça me permet de garder une certaine trajectoire. Me dire que je suis capable de me réjouir de plein de petites choses magnifiques et des petites choses magnifiques, il y en a tous les jours. Je me rends compte que c'est un super pouvoir parce qu'il n'y a pas énormément de gens autour de moi qui sont capables de faire ça. Je sais que ça énerve certaines personnes aussi, parce que parfois on vit des choses très difficiles. Enfin, arrête avec tes petits bonheurs du quotidien, là c'est bon. Moi, ce que je vis est vraiment très difficile pour moi, j'entends. Mais moi, c'est ma façon de traverser la vie.
- Cynthia Luca
Oui, et l'un n'empêche pas l'autre.
- Julie Denis
Non.
- Cynthia Luca
On peut être très mal, d'une part, par ce qui se passe dans la vie, et à côté de ça, en même temps, voir tous ces petits bonheurs-là aussi. Si c'est que l'un que l'autre...
- Julie Denis
Oui, là, ça pose un souci.
- Cynthia Luca
Évidemment, un de mes chevals de bataille, c'est prendre soin de soi dans une culture où il faut toujours travailler plus, plus vite, la performance, même si j'aime le terme... Performance, mais pour moi, c'est vraiment l'intersection de la performance et du bien-être. Comment est-ce que toi, tu fais pour prendre soin de toi dans ton travail, dans ton quotidien ?
- Julie Denis
Ça a été quelque chose de très difficile pour moi à comprendre parce que je ne viens pas d'un milieu où on prend soin de soi, on prend soin des autres. Là, dernièrement, j'ai vécu une rupture amoureuse qui m'a permis de comprendre ça. De comprendre qu'en fait, je fais toujours tout pour les autres, mais jamais rien pour moi. Et maintenant, ça suffit. Donc, j'ai mis un stop de façon ferme et définitive et de façon concrète aussi. Prendre soin de moi, c'est reprendre au goût à la lecture et à lire beaucoup. Je ne faisais plus. Moi, c'est la culture. Aller voir des spectacles, aller voir des concerts, aller voir des expos, traîner dans les musées, aller me balader. C'est quelque chose que je n'ai jamais fait parce que les hommes qui ont partagé ma vie n'aimaient pas forcément ça. Pour faire plaisir à l'autre, je me suis complètement oubliée là-dedans. Aujourd'hui, je me reconnecte à ça et j'adore ça. Et puis, je prends soin de moi en passant de super moments avec les gens que j'aime, que ce soit en partant avec mes enfants, à les découvertes de plein de choses, que ce soit en allant au terme avec mes copines ou... en mangeant bien, en me préparant à manger. Tu sais que je me suis rendue compte d'un truc dernièrement aussi. J'ai passé ma vie à cuisiner pour les autres. La cookie thérapie, c'était ça aussi. Je fournissais des biscuits aux autres. Aujourd'hui, jusqu'à il y a très peu de temps, j'étais incapable de me cuisiner quelque chose. Quand je suis seule, je ne cuisine pas pour moi. Maintenant, je le fais. Et c'est une satisfaction dingue de se dire, je me suis fait plaisir. Tu vois, ce sont des toutes petites choses parfois.
- Cynthia Luca
Oui, et par rapport à la cuisine, d'autant plus, j'imagine que pour toi, la cuisine, ça a cette connotation de faire plaisir, de prendre soin de l'autre. Donc, si tu le fais rien que pour toi, ça veut dire que tu te fais plaisir, tu prends soin de toi. Cette connotation-là reste, mais elle ne fait orienter que vers toi.
- Julie Denis
Voilà, et puis c'est donner de l'amour aussi. quand on offre un repas à quelqu'un. on offre une partie de son cœur au final. Là, tu vois tout cet amour dont on parle dans tous les magazines. Il faut absolument prendre cet amour et se le donner à soi. Là, c'est la petite partie où je m'autorise à me donner cet amour et où je me dis que c'est trop bien. C'est vraiment trop bien de cuisiner pour soi. C'est incroyable à quel point c'était juste impossible il y a encore quelques semaines. Je suis super fière d'y arriver.
- Cynthia Luca
cette fierté, cette fameuse fierté pour toi aujourd'hui c'est quoi réussir ?
- Julie Denis
pour moi aujourd'hui réussir c'est être heureux quoi qu'on fasse la réussite elle est décorrélée du côté financier en tout cas il n'y a pas que ça oui bien sûr forcément je souhaite à tout le monde de réussir financièrement mais pour moi être heureux être entourée d'amour être entourée de gens qui nous apprécient ça n'a pas de prix pris. Et là, aujourd'hui, même si je suis en pleine faillite, même si je suis en pleine reconstruction après une rupture amoureuse, je sens que j'ai réussi. J'ai réussi parce que je deviens une version vachement plus intéressante de ce que j'ai toujours été.
- Cynthia Luca
C'est fort ce que tu dis. Tu dis, malgré, pour l'instant, aujourd'hui, je vis une faillite, une rupture amoureuse, et en même temps... J'ai le sentiment de réussir.
- Julie Denis
Oui.
- Cynthia Luca
C'est incroyable.
- Julie Denis
Oui, c'est complètement faux. Les gens qui nous écoutent vont se dire, mais qu'est-ce qu'elle raconte ?
- Cynthia Luca
Je vois très bien, mais je veux le souligner parce que vraiment, c'est ne pas attribuer ce sentiment de réussite. Parce que là aussi, j'ai envie de souligner que c'est un sentiment, que ce n'est pas quelque chose d'objectif. Objectivement, on a réussi, on n'a pas réussi. C'est subjectif à chacun. Mais de ne pas associer ce sentiment de réussite à la réussite. d'une entreprise, la réussite d'un couple, mais de moi qui je suis. C'est la personne que j'ai envie d'être aujourd'hui. Et le chemin, parce qu'on évolue toujours, le chemin que je suis en train de prendre et sur lequel je suis, correspond à ma vision de la réussite.
- Julie Denis
Il était temps que j'arrive à ça. La quarantaine me va bien pour ça. J'y suis enfin et je suis trop... trop contente, vraiment. Et c'est vrai que parfois, on me dit « Oh là là, mais comment est-ce que tu vas faire ? Comment est-ce que tu vas t'en sortir ? C'est terrible ce que tu vis. » Oui, oui, c'est vrai. C'est vrai que c'était dur, mais je n'ai pas de doute quant au fait que ça va bien aller. Je ne sais pas encore comment, je ne sais pas avec qui, mais je sais que ça va bien se passer. Et de toute façon, je n'ai pas de prise par rapport à ça. Donc, comme tu le disais tout à l'heure, je pourrais rester sous ma couette, bien le chaud, et voilà. et m'arrêter à ça. Mais je n'ai pas envie de ça. La vie est vraiment trop courte.
- Cynthia Luca
Quel mot ou quelle image résume ce que tu as envie de transmettre ici aujourd'hui avec cet épisode qu'on vient d'enregistrer ?
- Julie Denis
Moi, j'ai envie de voir un tournesol. Je vois un tournesol qui devient de plus en plus radieux, à force qu'il s'ouvre et qu'il se tourne. vers la lumière. Et cette lumière, c'est le chemin qui reste à parcourir, qui est fait de plein de choses positives ou un petit peu plus difficiles. Mais ce que j'ai envie de transmettre, c'est que peu importe où se trouve le soleil, le tournesol va toujours se tourner pour retrouver une position qui l'avantage et qui lui permet de bénéficier de cette lumière. Et je crois qu'on est tous capables de ça. Oui, c'est cette image-là que je donnerais. C'est beau !
- Cynthia Luca
Oui, c'est beau. J'adore les métaphores. Donc moi, là, je suis complètement partie, je visualise le truc.
- Julie Denis
Écoute, je ne m'attendais pas à la question, mais là, pour le coup, j'ai été très inspirée.
- Cynthia Luca
Est-ce qu'il y a quelque chose dont on n'a pas parlé et que tu veux encore absolument rajouter ?
- Julie Denis
Qu'est-ce que je pourrais encore rajouter par rapport à toute notre conversation qui a déjà été très, très riche ? J'ai envie de dire aux personnes qui nous écoutent que... peut-être par rapport à ce que je vis là maintenant, on n'est pas que ce que les gens disent de nous. On est ce que l'on est à l'intérieur. Et de garder toutes ces choses très positives, même si on nous dit du négatif, parce qu'il y a toujours des gens qui ont envie de nous détruire, qui ont envie de nous faire du mal. Il y a des gens qui ne sont pas très positifs de façon générale. Mais de garder ce truc en nous qui nous permet de rebondir quand même et de se dire que c'est un avis, ça appartient à la personne, mais que ça ne doit pas nous détruire pour autant. Ça, c'est quelque chose que j'ai compris très récemment et c'est une force supplémentaire et je voudrais pouvoir le transmettre à toutes les personnes qui nous écoutent.
- Cynthia Luca
Merci.
- Julie Denis
Merci à toi.
- Cynthia Luca
Merci pour tous ces précieux conseils, pour ta vision, parce que je pense qu'il y a beaucoup dans la vision et dans la manière dont tu regardes les choses. La résilience et vraiment cette combinaison de force et de vulnérabilité, qui pour moi, c'est quelque chose que j'admire beaucoup chez les gens quand je rencontre ça et qui est rare. Il y a peu de personnes qui arrivent à combiner comme ça les deux, qui peuvent paraître opposées de prime abord, cette vulnérabilité, cette force. Et en même temps, je pense que justement, c'est par la vulnérabilité qu'on montre et qu'on arrive à être dans sa force réellement. et je pense que tu incarnes ça mais tu es le parfait exemple de ça merci beaucoup,
- Julie Denis
ça me touche beaucoup ce que tu me dis et je suis vraiment très contente d'être là aujourd'hui avec toi et c'est vrai que ça faisait longtemps qu'on en discutait mais voilà, toutes les choses arrivent au bon moment et peut-être qu'aujourd'hui j'avais plus de choses à partager que à l'époque, tu vois donc les choses se mettent toujours bien de toute façon merci de m'avoir reçu merci beaucoup,
- Cynthia Luca
à bientôt
- Julie Denis
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