- Speaker #0
Bienvenue au club de lecture de Pernod Ricard, je suis Émilie Martin et tous les mois je vous propose de découvrir un nouvel auteur. Bonne lecture, ou plutôt bonne écoute ! Bonjour à tous ! Merci d'être là aussi nombreux. Bonjour Douglas Kennedy et bienvenue ici au siège de Père Ricard à Paris pour cette 24e édition de ce club de lecture et pour la première fois enregistrée en podcast. Alors, quel honneur de vous recevoir Douglas.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté cette invitation et merci mille fois à Angélique Vimon des éditions Bellefonds. Merci pour sa confiance car c'est elle qui a imaginé cette rencontre. Et j'avoue, Douglas, être quasiment tombée de ma chaise quand elle m'a envoyé un petit message pour me proposer de vous recevoir. Une proposition rêvée que je ne pouvais évidemment qu'accepter. Et je pense que vous êtes content d'avoir Douglas ici aussi. Car Douglas, on ne vous présente plus. Vous êtes un célèbre écrivain américain contemporain traduit dans une vingtaine de langues. Et vous comptez parmi les auteurs les plus appréciés en France où les ventes de vos romans dépassent les 8 millions d'exemplaires. J'aimerais quand même revenir. sur votre parcours un petit peu. Vous êtes né en 1955 à New York. Oui. On ne compte plus après, je ne dirai pas l'âge. Je me souviens, oui. Vous commencez avec le théâtre et le journalisme avant de vous consacrer pleinement à l'écriture, votre rêve depuis l'enfance. Votre premier roman, Cutsack, publié en 1994, pose déjà les bases de votre style. Mais c'est avec L'homme qui voulait vivre sa vie, publié en 1997, que vous accédez à la reconnaissance. internationale. Ce roman devenu culte, traduit en 24 langues, vous a valu, et je vous cite, la critique la plus élogieuse de votre vie dans le New York Times. Alors, on peut dire que ce roman a changé votre vie. En 2010, il a même été adapté au cinéma en France par Eric Lartigo, avec les acteurs Romain Duris, Marina Foyce et Catherine Deneuve.
- Speaker #1
Et Nils Arvestrup aussi.
- Speaker #0
Aussi.
- Speaker #1
Qui nous a quittés il y a deux ans.
- Speaker #0
Au fil des années, vous vous êtes imposé comme l'un des écrivains les plus talentueux, maîtrisant l'art du récit, où le hasard et les choix individuels s'entrelacent. Mais on peut dire que l'un des aspects les plus fascinants aussi de votre carrière, c'est votre lien privilégié avec le monde francophone. En 2006, la France vous a rendu hommage en vous décernant le titre de chevalier des arts et des lettres. Trois ans plus tard, vous obtenez le grand prix du Figaro Magazine pour l'ensemble de votre œuvre, une consécration littéraire. Votre nom est même entré cette année, je l'ai noté, dans le Petit Larousse illustré, édition 2027.
- Speaker #1
Je n'ai pas reçu le Petit Larousse. Pas encore. Peut-être que ça va arriver.
- Speaker #0
Vous êtes parfaitement bilingue et vous partagez votre temps entre les deux rives de l'Atlantique. Cela vous offre une distance qui nourrit votre réflexion sur les fractures de l'Amérique contemporaine. Et une fois par mois, Douglas publie une rubrique. Une chronique dans le journal La Tribune du Dimanche, où vous nous livrez votre regard sur les Etats-Unis et au-delà de leurs frontières, sur le monde.
- Speaker #1
Oui, avant La Tribune du Dimanche, j'ai écrit pour le journal du Dimanche, et puis un certain Bolloré est arrivé, et j'ai dit au revoir.
- Speaker #0
Aujourd'hui, vous êtes ici pour parler de votre dernier roman, le 27e, qui s'intitule L'Homme qui n'avait pas assez d'une vie, publié le 7 mai dernier aux éditions Belfont. Donc près de 30 ans après, vous signez ainsi la suite de l'un de vos best-sellers, L'homme qui voulait vivre sa vie. Et avant de rentrer dans le cœur de cette histoire, j'aimerais que vous nous parliez tout d'abord de votre lien privilégié avec la France. Vous êtes surnommé le plus européen des romanciers américains et vous vous décrivez vous-même comme un écrivain américain corrompu par la France. Alors comment expliquez-vous votre popularité en France, Douglas, et plus largement dans les pays francophones ?
- Speaker #1
Les Français ont un très bon goût, je pense. Oui. Oui. Pourquoi j'ai gagné, en fait, un grand succès en France ? Peut-être parce que je mélange deux choses. Mon style, c'est très accessible. en tient des pages avec moi mais aussi en fait je pose beaucoup de questions au sujet de la vie quotidienne et des sujets très existentiels surtout dans le nouveau roman qu'est-ce que c'est une identité qu'est-ce que c'est un père est-ce que c'est possible de vivre avec une culpabilité immense et est-ce que Est-ce qu'il y a quelqu'un ici, en dehors de la culpabilité ? Voilà, un grand silence en fait. Donc, mon sujet c'est toujours la condition humaine, mais en même temps je pense qu'il y a l'idée, si c'est la vraie littérature, c'est distant en fait, c'est difficile à lire. Je suis contre ça. j'aime le fait que je connais des humains universitaires de Sciences Po, de Paris 4, d'Economal, qui lisent mes romans, mais aussi ma concierge dans le dixième. Et j'aime le fait que j'ai un public très vaste. Le truc pour moi, chaque roman typiquement, c'est 5G. Ce n'est pas comme j'ai écrit et c'est fini. Le premier jeu, c'est pour moi-même, parce que c'est pas terrible. C'est toujours pas terrible, en fait, avec le nouveau roman. Voilà. En fait, j'ai terminé le livre l'année dernière, c'était le 26 juin à 10h15. Je me suis levé à 2h du matin, j'ai écrit jusqu'à 10h15 et puis j'ai trouvé un whisky. Et c'était 850 pages. Et avant d'avoir l'envoi à mon éditrice Carolina, qui est juste là-bas, c'était un été où j'ai coupé 300 pages. Ça, c'est le processus. Et donc, si en fait le roman est facile à lire, c'est en termes de pages, ça c'est du travail, toujours. L'écriture, c'est un art, tout à fait, mais c'est aussi un métier.
- Speaker #0
Alors, vous êtes épatant, Douglas, vous êtes parfaitement bilingue, on l'a dit, on l'entend. Vous vous exprimez dans un français incroyable et personnellement, je pense que c'est votre amour palpable pour la langue française et cette aisance à parler en français. qui séduit aussi votre public francophone. Alors moi, je me suis demandé quel était le déclic, l'élément déclencheur qui vous a donné envie et surtout la détermination, parce que je pense que c'est beaucoup de travail et beaucoup d'efforts de parler français et de devenir bilingue comme vous êtes.
- Speaker #1
C'était franchement... Le succès de l'homme qui voulait vivre sa vie, qui est publié ici par Édition Bellefonds en 1998. Je reste un écrivain des Éditions Bellefonds ces 20 ans. 28 ans maintenant. Plus qu'un mariage. Et honnêtement, c'est ma famille française. Mais à l'époque, mon deuxième roman, Les Dessois de Ned Allen, qui est pas mal, c'est un divertissement éthique, a été publié et j'ai fait la presse avec un traducteur. Et mon attaché de presse de l'époque, une femme magnifique, Brigitte Semler, j'ai toujours dit à Brigitte, elle est comme la mère supérieure. Mais on a déjeuné ensemble et en anglais, elle m'a dit, OK, Douglas, vous êtes au début d'une grande carrière ici en France, mais rien ne va avancer si vous n'êtes pas bilingue. Pourquoi ? un homme comme vous, cultivé, cosmopolite, pourquoi vous ne parlez pas une deuxième langue ? Très bonne question. Et elle avait raison. J'ai trouvé une prof privée. Ça, c'était fin de l'année 2000, et c'était huit ans de leçon privée. tous les jours, quatre fois par semaine. C'était une discipline aussi. Et après un an, je commence à faire des interviews partout. Je me souviens très, très bien d'une interview avec un très jeune François Bounel chez RTL. Et c'était pour mon roman La Poursuite du Bonheur. Et à la fin de l'interview, il m'a dit, ça, c'était pas terrible. Votre français a bombé Mais il faut continuer, en fait, oui. Maintenant, par exemple, il y a trois mois, j'ai décidé de prendre le saxophone. L'alto, l'alto. Et une copine m'a demandé récemment, oh, joue quelque chose pour moi, et j'ai dit absolument pas. Alors, c'est privé, je suis OK maintenant, mais donnez-moi un autre deux ans pour peut-être jouer dans le jam au Duc de Lambin ou à B-Flat à Berlin. j'aime le fait que c'est un peu comme l'écriture Je déteste un certain type d'écrivain qui a... qui pensent, je suis le grand écrivain. Maintenant, en fait, oui, ce n'est pas nécessaire d'apprendre des choses. Ça, c'est mon 27e livre, et avec chaque livre, en fait, il y a une crise au milieu de l'écriture, il y a des doutes, ça c'est normal, mais aussi, en fait... J'apprends des choses. Et ça, c'est, j'espère, la vie. Si on perd la curiosité, on est perdu.
- Speaker #0
Alors, vous êtes bilingue, mais vous écrivez vos romans en anglais. Et vos romans sont traduits en français par une certaine Chloé Royer, votre traductrice depuis quelques années maintenant. Comment on choisit une traductrice ?
- Speaker #1
Ah, ça c'est... Ça c'est une très très bonne histoire, honnêtement. J'avais un traducteur et il vit maintenant en Cambouche et on commence à avoir des problèmes. Je ne vais pas discuter de ça parce que ça c'est aussi privé. Mais j'ai appelé en fait mon éditrice, Françoise Trifaut. Franchement, je me souviens très, très bien quand Caroline est arrivée comme stagiaire à Bellefonte pour Françoise et maintenant elle dirige la maison. Très bonne histoire. Et Françoise qui était superbe. J'ai proposé un déjeuner. Et j'ai dit, je pense que c'est le moment de changer de traducteur. Et elle m'a dit, oh Dieu, merci. OK. Et la directrice des traductions chez Belfont, j'ai juste livré La symphonie du hasard, qui est en trois tomes. et il devient stagiaire à 23-24 ans Chloé Royer et en fait la directrice lui a donné, il a dit voici le nouveau Kennedy qui était trois tomes, 1500 pages il faudrait lire quelques chapitres et j'ai reçu en fait la traduction de François Zélie il y a quelques semaines après et j'ai appris François Zélie, c'est superbe Merci. qui est cette femme. Et j'ai découvert qu'elle a le même âge que mes enfants. Et elle est ma traductrice maintenant. Elle a commencé comme stagiaire. Elle est vieille maintenant. Elle a 30 ans. Non, mais la vérité, une traductrice, il y a un mot en allemand. En allemand. Je vis à Berlin. Il parle le allemand aussi. que j'adore, c'est un double ganger, un double et une traductrice. Oui, Chloé et ma double en français. C'est nécessaire de réinventer, en fait, mon texte anglophone de manière anglaise, mais garder le style, garder des nuances, et c'est complètement différent. Par exemple, Merci. C'est comme ça que je ressemble en Américain. Donc, quand je parle anglais, je ressemble différemment, n'est-ce pas ? Et c'est une modulation très différente de la voix. C'est un rythme très différent de la voix. Et quand je recommence en français, c'est aussi différent. C'est la même chose avec une traduction.
- Speaker #0
Merci, Douglas. C'est une belle histoire. Alors, revenons à votre dernier roman, ce 27e livre qui raconte la suite de l'homme qui voulait vivre sa vie, publié il y a plus de 28 ans. sur l'histoire d'un américain qui efface son identité pour repartir de zéro. Dans votre premier livre, il simulait sa mort pour changer de vie. Et dans ce nouveau roman, le rêve vire un petit peu au cauchemar puisqu'on découvre qu'il a désormais deux fils issus de deux familles, deux vies différentes. Les deux ne se connaissent pas et se retrouvent à être des ennemis. Alors qu'est-ce qui vous a donné l'idée d'écrire une suite 30 ans plus tard ? Est-ce que vous aviez toujours eu en tête... d'écrire un jour la suite de ce roman ou c'est arrivé dans un moment particulier de votre parcours de vie ?
- Speaker #1
Si j'écris un scénario d'après un de mes romans, j'ai co-écrit le scénario d'une relation dangereuse qui est un film pour France Télévisions qui sera diffusé à l'automne. Mais en dehors de ça... quand un roman est fini c'est publié c'est comme une histoire, c'est derrière de moi et honnêtement, c'est rare que franchement jamais que j'ai réécrit j'ai rélu un de mes romans c'était une soirée dans le Maine il y a deux ans et j'étais seul Un moment un peu difficile, je ne vais pas expliquer pourquoi, et j'ai vu l'homme qui voulait vivre sa vie sur mes étagères, c'était 19h, j'ai commencé et à 2h du matin j'ai tout fini et j'ai pensé pas mal, c'est ok ? et deux choses sont arrivées dans la tête la première chose Le premier roman, l'action se déroule pendant une époque complètement différente qu'aujourd'hui. Pourquoi ? Quand j'ai terminé le roman, c'était 96. On a manqué quoi à 96 ? L'internet. Il n'y a pas l'internet. Et aussi... Des portables. Et mon numérique, oui. Il y avait des portables que des golden boys de la finance a eu, mais c'était comme une pierre. C'était immense. pas cher. Donc, honnêtement, j'ai pensé, mon Dieu, c'est mon ringard, presque. Le télécopier, le fax, c'était, oui, en fait, oui, c'est difficile d'imaginer. J'ai livré mon manuscrit en papier, oui. À ma maison de Saint-Lioc, j'habitais à Londres à l'époque, ce n'était pas FedEx, mais c'était une manuscrite. Tout a changé, et aussi le fait qu'il n'y a pas une vie privée maintenant. Ça disparaît. Et honnêtement, la surveillance est partout, et de manière à ce que mon héros, l'homme qui voulait vivre sa vie à disparu, ce soit impossible de faire ça maintenant, parce que tout est numérique. Mais une autre chose, j'ai pensé, OK, mon narrateur qui commence sa vie comme Ben et puis Gary et puis un homme qui s'appelle Andrew Marville, je ne vais pas expliquer pourquoi. il faut que vous lisiez des romans. Et une autre chose, le nouveau roman, l'homme qui n'avait pas assez d'une vie, c'est autonome. Ce n'est pas nécessaire à lire l'homme qui voulait vivre sa vie. Ça, c'était franchement un début de roman. Mais j'ai pensé aussi, il a 70 ans maintenant. Et c'était juste avant mon 70e anniversaire, qui était, c'était moi, 71, j'ai 71 maintenant, c'est pas possible, mais voilà. Et aussi, son fils de deuxième mariage, Jack, et... Les deux fils qu'il a abandonnés quand il est mort. Mais il n'est pas mort. Ça, c'est l'intrigue de Romand. Qu'est-ce que c'est le lien ? Et quand j'ai trouvé, franchement, le lien entre le fils du deuxième mariage et le fils aîné du premier, ça, c'était le clic. Je commence d'avoir le roman. C'est intéressant. Je peux dire que le roman est hyper structuré et beaucoup, beaucoup d'intrigues. Je n'ai jamais fait un plan. Je n'ai jamais planifié des choses. Tout est arrivé entre mes oreilles pendant l'écriture. Ça, c'est mon style. Je n'ai jamais planifié un roman. Pourquoi ? Je n'en ai aucune idée, mais ça marche. Il y a des architechtes, chaque pierre, c'est en place, en avance. Pour moi, en fait, ça va tuer mon écriture. Ma méthode, ce n'est pas la méthode, c'est simplement ma méthode.
- Speaker #0
Alors, dans votre dernier roman, vous revenez sur le portrait de ce personnage central, Benjamin Bradford, devenu maintenant... Andrew Tarbell. J'aimerais vous lire, parce que j'aime bien lire des petits passages de livres dans mes interviews, ce passage, page 39, qui décrit la vie initiale de ce personnage de Benjamin. Benjamin Bradford, un fils unique qui, d'une certaine manière, a bénéficié de tous les avantages que l'Amérique peut offrir. Une éducation d'élite sur la côte est, un foyer où il ne manquait de rien, sauf sans doute d'amour parental, ce qui n'excuse en rien ce qu'il a fait. Il a appris à ses dépens, nous sommes les architectes de nos propres impasses. Il voulait être photographe, il avait du talent. Mais cédant à la volonté de son père, il a opté pour des études de droit dans une école prestigieuse et a travaillé dans un cabinet d'avocats renommé de Wall Street. Il a choisi de se spécialiser dans les fiducies et successions, non parce qu'il s'y intéressait, ce domaine n'a rien d'intéressant, mais parce qu'il avait trouvé un mentor au sein de son cabinet, Jack Bremer, et rapidement devenu la figure paternelle dont il avait toujours eu cruellement besoin. Jack comprenait qu'il aurait préféré être ailleurs, à parcourir le monde avec son appareil photo. À la place, il enfilait un costume cravate tous les matins pour prendre le train de 8h13 depuis New Caledon, Connecticut. À l'approche de la quarantaine, Benjamin Bradford avait deux enfants et une épouse constamment furieuses de l'existence étouffante et cossue dans laquelle il s'était enfermé. Alors ce Benjamin Bradford, ce personnage central, Douglas, avec toute l'intrigue romanesque qui tourne autour, il vous est apparu, je crois, un certain après-midi d'automne 94. alors que vous étiez en visite à New York. Alors, pouvez-vous nous raconter comment il est né dans votre esprit, ce personnage ? Oui,
- Speaker #1
en fait, je vais dire avant mon premier roman, Coup de sac, qui était publié à la série Noir de Gallimard, et maintenant, en fait, c'est publié chez Bellefonds, sous le titre Pierre-Jean-Pierre. Mais avant ça, j'ai écrit trois récits de voyage. à la fin des années 80 et au début des années 90. Donc, je suis devenu, en fait, romancier tardif. J'avais 30 ou 39 ans quand j'ai publié mon premier roman. Après avoir terminé le coup de sac, j'étais à New York seul pour quelques jours, c'était le Thanksgiving, et un camarade de classe de l'université m'a contacté et m'a dit qu'il me proposait un déjeuner dans le Connecticut. Je suis de la classe moyenne new-yorkaise. J'ai grandi dans un appart de 65 mètres carrés. Mes parents ont eu un mariage pas terrible. Je refuse d'être victimisé à cause de ça. Au contraire, d'une certaine manière, c'était un grand cadeau parce que je suis devenu indépendant très jeune et aussi je commence à observer. mais tous les étés quand on était jeune mes parents ont louer une maison près au bord de la mer dans la Connecticut, un petit village qui s'appelle O'Granage, que j'ai complètement détesté. J'étais à New York et voici en fait un endroit bien mieux bourgeois. Franchement, surtout après New York, tout le monde était blanc et blonde et très WASP, et j'ai toujours pensé, en fait, si mon destin c'est au Greenwich, Connecticut, en fait, je vais devenir alcoolique rapidement, et surtout pendant l'université, mon père, et j'étais en fait toujours un très bon étudiant, un très bon hôte des prix, oui, pour ma thèse, etc., etc. Et le but, c'était... au début d'être met en scène, j'étais pas mal mais pas comme Patrick Shero, Peter Puck et quand j'ai fui les Etats-Unis à la vingtaine et j'ai dirigé un théâtre à Dublin en Irlande, je commence à écrire tous les soirs entre 23h et 12h avec une machine à écrire manuel, tap à... Mon père, Tutankhamen, a dit L'idée que tu vas devenir un écrivain, c'est bof. Mon père était très conservateur, très catho, en fait, d'une caractère populaire. Et aussi, de plus en plus, comme je commence à comprendre, très limité. Il était dans sa propre prison et il a pensé en fédérant du Glacier, sa propre prison aussi. Je pense que c'était un con. Mais c'était là-bas, j'en suis sûr. Et tout le temps, je lui ai dit, je vais devenir écrivain. Et sans ton aide, je n'ai jamais demandé un centime après l'université, et même si à l'université, j'ai travaillé tous les étés. pour prendre des bières et des billets de concert, etc. J'étais toujours indépendant. Je reste très indépendant. Donc, en 1994, j'ai déjeuné avec cette camarade de classe qui vit à Old Greenwich, Connecticut. J'ai regardé, en fait, le village. J'ai pensé, Dieu merci, ce n'est pas ma vie. En fait, c'était la veille avant mon retour à Londres. J'habitais à Londres. Hey ! Et après le déjeuner, j'étais à la gare de Old Greenwich. C'était, oui, je me suis baladé un peu. Donc c'était à peu près 18h30. Le train à New York. Soudainement, le train de New York est arrivé. Et peut-être 50 hommes et femmes de fer sont quittés le train. J'ai regardé une mecque. Mon âge de l'époque, 39 ans, un costume, une cravate, un imperméable de berberie, ça c'était un oui. Et immédiatement j'ai pensé, un avocat qui veut devenir écrivain, et ça c'était le clic aussi. Le reste, oui, est arrivé après, mais... De temps en temps, il y a un moment quand je vois quelqu'un, je vois un lieu, etc., etc., et j'ai le clic. La vérité, un roman, c'est typiquement deux ans de ma vie. Et je n'ai jamais abandonné un roman quand je commence un roman. Mais honnêtement... Quand je commence un roman, je n'en ai aucune idée du trajet. Tout arrive pendant la culture. Pourquoi ? Je ne sais pas.
- Speaker #0
Alors votre dernier roman, comme beaucoup de vos romans, c'est un récit construit avec beaucoup d'intrigues et aussi beaucoup de surprises, de rebondissements. C'est très prenant, un peu comme une poupée russe. Une vérité en cache bien souvent une autre. Le roman s'ouvre justement sur le concept de la vérité. Je vais vous lire juste deux petits passages, mais très courts. Page 19. Et page 11, la vérité, quel concept absurde, en dehors de quelques certitudes empiriques, le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest, le mouvement des marées, au jour, le jour, il n'y a pas de vérité, seulement des interprétations. Et un autre petit passage. Tout récit est subjectif et notre manière de raconter est influencée non seulement par des considérations esthétiques que nous possédons tous à divers degrés de sophistification, mais aussi par tout ce qui fait de la personne la personne que nous sommes. Alors justement, en parlant de vérité, je crois que dans votre famille, Douglas, il y avait un grand secret et votre père, un jour, vous l'a dévoilé. Alors pourriez-vous nous raconter cette incroyable histoire ?
- Speaker #1
Ah oui, c'est partout cette histoire. Je suis très prudent avec la vie familiale. Comme je l'ai dit, je n'ai jamais écrit des choses au sujet de mes divorces d'une ex. Il y a certaines choses... Je vais parler parce que, en fait, mon père est mort maintenant et aussi parce que c'était très romanesque. J'ai étudié à Trinity College Dublin, qui est l'Oxford d'Irlande, et l'avais avant mon départ, oui, en Irlande, et c'était la première fois, en fait, pour moi, en Irlande. l'Europe aussi, au lieu de lancer le balcon d'Europe sur le côté. J'ai dîné avec mon père dans un resto japonais à New York. Mon père qui était... carvalhiste. Il travaille pour une entreprise des mines des cuivres. Et il a voyagé tout le temps. Je pense pour éviter ma mère. Et je comprends pourquoi. Franchement, elle était une femme très difficile, menailleuse et dépressive. Je comprends ça maintenant. Donc, c'est... Mon père était un grand bouleverseur. Et il a commencé. demandaient pour nous des sacatini. Un sacatini. Vous connaissez un sacatini ? Oui, oui. Ah, oui. Je demandais de bartender. Oui, c'est sake et gin. Oui, oui, voilà. Un peu de vermouth ? Oui, un peu de vermouth. J'étais bartender quand j'étais jeune. Ah, pour... En fait, pour me subventionner à l'université. Et un sacatini est mortel. OK ? Oui, après deux, c'est une vino véritable ou peut-être une vino stupidus. Et à l'époque, en fait, j'ai fumé comme pompier et c'était possible de fumer dans un resto. C'était les années 70 à l'âge d'or. Et mon père, après le deuxième sacretini, il m'a demandé... Tu comprends, Douglas, pourquoi j'étais à Port-au-Prince, à Haiti. Quand j'avais huit ans, mon père est revenu de Port-au-Prince avec un poupée voodoo pour moi, et il m'a dit que c'était un cadeau. le papadoc Duvalier, le dictateur, oui, vraiment, et aussi il était en Algérie, à Alger, et depuis 13 ans, en fait, au Chili, et je lui ai dit, oui, mais papadoc du Rijon Mine, dans le nord du Chili, qui était nationalisé après l'élection de Salvador Allende, et mon père m'a dit, oh, j'ai un autre boulot. Et ça c'est le moment quand j'ai découvert que mon père était un agent de CIA. Et aussi, derrière, en fait, le coup d'État contre Allende, et aussi, en fait, sa maîtresse, ça c'est le troisième sacretini, sa maîtresse était la fille du ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement du général Augusto Pinochet, le nouveau dictateur. Donc, mon... Mon père a couché avec le junta au Chili. Honnêtement, je n'ai pas choqué. J'ai pensé, wow Ça, c'est extraordinaire. Quelques mois après, j'avais une petite amie à Trinity College Dublin qui était hyper marxiste, hyper gauchiste. Et quand j'ai rencontré cette histoire, elle a coupé le pont avec moi immédiatement. Parce que je refuse à dire que c'est horrible. J'en suis sûr, c'était le moment, d'une certaine manière, je suis devenu romancier, mais aussi un de mes thèmes. Je n'ai jamais écrit, comme j'ai dit, un roman à clé, des choses... Comme ça, deux, trois, en fait, nouvelles autobiographies, mais très cachées. Mais clairement, quand on écrit, tout est là-bas. Même si ce n'est pas, en fait... Je déteste une certaine tendance dans la literature moderne, où, en fait, l'écrivain parle exactement de sa vie. Oui, j'ai vécu ça maintenant, voici une ronde, mais c'est sa vie. Je trouve ça par-dessus. Et aussi, je pense qu'on trouve une certaine vérité si on est un peu distant, en fait, du récit, mais sous le vernis, tout est là-bas. Et donc, un de mes thèmes, c'est des secrets et aussi une vie en parallèle. Voilà. Merci, papa.
- Speaker #0
Alors justement, la question du père est très présente dans votre dernier roman, à travers le personnage principal de Benjamin devenu Andrew. Vous nous livrez avec beaucoup d'émotion le portrait d'un père imparfait et très conscient de l'être. J'ai le sentiment qu'il y a un peu d'inspiration personnelle dans ce portrait de père. En sachant que tous vos personnages rêvent d'être artistes, est-ce que c'est quelque chose que vous avez fait aussi ? D'encourager vos enfants à devenir artistes.
- Speaker #1
Mon fils Max qui est autiste mais complètement autonome maintenant. Il est photographe à Londres, ce n'est pas facile mais il est complètement autonome. Il vit à mon appart, ma fille Amelia, il a 33 ans. Ma fille, Amelia, qui a 30 ans, elle est dramaturge en Lyon. Elle a eu sept pièces off of Broadway qu'elle a écrites. Des enfants très talentueux. Ce n'est pas facile d'être un artiste aujourd'hui. Pas du tout. Je pense que ma génération, ce n'est jamais facile. Mais le monde était différent. Des grandes villes comme Paris étaient abondables. Je me souviens très, très bien. Il y a 30 ans, en fait, j'ai connu des universitaires qui pouvaient acheter un appart ici, à Paris. Maintenant, c'est ridicule. C'est absolument ridicule. New York aussi, c'était une ville de la classe moyenne. Manhattan aussi, des artistes, c'était abordable. Tout a complètement changé de temps en temps, je pense, surtout avec, et je ne suis pas quelqu'un de gauchiste, ni gauche ni droite, je suis très centriste. Mais la vérité, on vit maintenant une économie du 19e siècle. Avec un pluton que c'est si riche, si si riche, c'est ridicule. Et ce n'est pas comme, c'est plutôt comme, sont des Medici. Ce n'est pas comme ils ont en fait subventionné l'éducation, la culture, etc. C'est comme Mosque avec ses bateaux spatiaux, des choses comme ça. Je vais éviter le sujet de Donald Trump parce que, oui, j'écris tous les mois au sujet de Trump. Mes trois derniers livres, même si ce n'est pas Trump, il y avait un aspect de ça. Et c'était intéressant avec le nouveau roman, le premier jeu, il y a beaucoup de références de Trump. Et j'ai presque tout enlevé. Il y a certains dans les livres parce que j'ai pensé non à cet impôt de la psychologie. psychologiquement dense, Trump va diminuer l'intrigue et aussi les subtilités. Et une autre chose, j'en ai marre de Trump.
- Speaker #0
Votre roman, c'est aussi une grande épopée. On traverse un territoire, celui des États-Unis. Trente ans après, on sillonne de nouveau les paysages grandioses du Montana. Ce qui est très intéressant, c'est que vous nous présentez cette ville, la Mountain Falls, qui a beaucoup changé en trois décennies. Et même si ce livre, vous l'avez dit, il est beaucoup moins politique que vos précédents romans, on trouve quand même, en léger filigrane, un constat de l'Amérique moderne, avec la standardisation des centres-villes qui se ressemblent tous, des allusions au coût de la vie, au prix de l'immobilier qui explose, à l'ubérisation du travail, au journalisme qui a diminué, au manque de politique sociale, à la révolution technologique. Alors Douglas, est-ce que vous pensez que le rêve américain existe toujours ?
- Speaker #1
Honnêtement, en fait... Bravo, vous avez touché tous les thèmes qui sont sous le vernis du roman. Pour moi, c'est impossible d'écrire quelque chose d'actuel sans une connaissance de la société actuelle. J'ai dit ça à des jeunes écrivains, j'ai enseigné l'année dernière à l'Université de Lausanne, une île. J'ai fait 15 discours au sujet, en fait, de l'écriture, et j'ai dit à mes étudiants, le sujet ce n'est pas le nombril, c'est la vie des autres et le monde actuel. Je lis cinq journaux par jour. Le Guardian, The New York Times, Le Monde et aussi The Washington Post, même si c'est Bezos maintenant. Typiquement aussi le délicat de graphe en Angleterre qui est très droite, très de la droite. C'est absolument nécessaire de comprendre toutes les perspectives, même si des gens d'extrême droite. Et aussi, même si ce n'est pas le sujet, c'est hyper important de comprendre l'argent. Je me souviens très très bien d'un rendez-vous avec un réalisateur, Pavel Palachovski, il y a 15 ans. Le film de la femme du cinquième qu'il a tourné avec Ethan Hawke et Kristen Scott Thomas. Et j'ai écrit le scénario, j'ai abandonné le scénario d'après un certain moment. Mais je suis arrivé au resto à Londres où j'habitais à l'époque. Et Pavel m'a demandé après quelques minutes, pourquoi vous lisez le Financial Times ? Et je l'ai dit parce que ma formation, c'est comme historienne, et j'ai une hypothèse derrière toutes les choses politiques, professionnelles, personnelles. Suivez l'argent. Malheureusement. Mais suivez l'argent, c'est toujours là-bas, c'est la grande question. Donc, pour moi, merci pour ça, parce que j'ai essayé de créer un portrait subtilement des États-Unis aujourd'hui, où en fait le monde a complètement changé. Le rêve américain, ça c'était le rêve de la classe moyenne. Une maison, en fait, on peut enseigner dans un lycée, on peut être fonctionnaire public, on peut travailler comme bibliothèque, et on peut acheter une maison, on peut avoir une voiture. Deux enfants, une machine à laver, 13 années 50, et peut-être deux semaines de vacances par an. Ça, c'était le rêve américain et ça existait pendant des années 50, 60, 70. Tout a changé avec Reagan. Et maintenant, la classe moyenne est détruite. Mais c'est la même chose en France. Si je peux, j'observe, je ne parle jamais en public. C'est la même chose en Allemagne, au Royaume-Uni où j'habitais. Et la vérité, quand la classe moyenne est déstabilisée, historiquement, fais attention, la Révolution française, mais aussi l'Allemagne en 1933. Quand la classe moyenne a voté pour Hitler, les États-Unis, 2016-2024, c'est ridicule. Trump a été jugé coupable en 23 de 34 charges fédérales de la corruption à cause de son aventure avec un star de porno qui s'appelle Stormy Daniels. Il était jugé coupable. C'était un procès, un procès privé d'une viol de journaliste. Je vais répéter ça. Le président des États-Unis était jugé capable d'une viol. Et 50% de mes compatriotes ont voté pour ce criminel en 1924. Pourquoi ? Kamala Harris était une femme. Ça c'est un grand problème aux États-Unis. Elle était moitié africaine-américaine, moitié indienne. Trump a menti tout le temps, en fait, le prix de vos courses va diminuer, en fait, je vais tuer l'inflation. L'inverse est arrivé, tout le monde est choqué, et maintenant on a franchement un président d'extrême droite avec aucun respect pour notre constitution, des lois, etc., etc. Je me souviens très très bien, j'ai dîné récemment dans le Maine avec une camarade de classe et son mari, très éduqué comme moi, elle a un doctorat de Harvard, lui aussi, on a parlé des choses. Et Frédéric a dit, ah oui, mais c'est des voyous du Midwest et du Sud, et j'ai dit, Fred, s'il te plaît, c'est nous. Il faut accepter une responsabilité en commune pour ça. C'est nous. Donc, en 27, en France, faites attention.
- Speaker #0
Alors, je crois bien que vous écoutez de la musique en écrivant, Douglas. Votre roman est littéralement porté par l'esprit du jazz. Andrew, votre personnage principal vénère Bill Charlap, un pianiste de jazz américain. Et vous êtes vous-même un vrai passionné, vous dites souvent que votre pays c'est aussi le jazz et que malgré toutes nos difficultés, il reste toujours le jazz. Alors aujourd'hui, j'ai justement une petite surprise pour vous, Douglas. Dans le public, il y a un jeune musicien professionnel qui s'appelle Amael Billard et qui va vous jouer, nous jouer, une mélodie qui je crois compte beaucoup pour vous. Alors, on accueille Amael qui est là.
- Speaker #1
Ça c'était « Round Midnight » de Thelonious Monk. Oui, je sais ça parce que c'était une des premières pièces de jazz que j'ai découvert, la version de piano solo de Monk. Et aussi avec mon prof cette semaine, on commence, je commence d'apprendre ça. Mais pas comme vous, vous jouez depuis longtemps ?
- Speaker #2
Oui, moi j'ai commencé quand j'étais tout petit à la clarinette. Mais quand ? À cinq ans.
- Speaker #1
Ah oui, 5 ans, voilà, bravo. J'ai l'espoir maintenant.
- Speaker #2
Voilà, et puis... Après j'ai fait du saxophone, plus tard j'ai appris tout seul.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Et maintenant je suis au conservatoire de Paris.
- Speaker #1
Bravo, c'est super. Non, Trop tôt,
- Speaker #0
Merci beaucoup Amael pour cette magnifique prestation.
- Speaker #1
Comme on dit à New York, je suis bête mais pas stupide. Vous utilisez l'octave fréquemment, comme prendre comme ça ? L'octave, oui, oui, voilà. Oui, ça c'est pour moi en fait une grande difficulté maintenant, la transition entre l'octave, oui. Surtout les flats et des choses comme ça, oui. C'est une autre langue, mais c'est passionnant et c'est le début de quelque chose. mais bravo, ça c'était en allemand en fait je suis bouversé par ça,
- Speaker #0
merci Merci Amael Le jazz accompagne plusieurs moments du roman et reflète les émotions des personnages, au début du roman vous citez le village Vanguard le plus ancien club de jazz de New York ouvert en 1935, alors pouvez-vous nous raconter quand et comment vous avez découvert cet endroit mythique. Ah oui,
- Speaker #1
en fait, j'ai écrit ça dans mon dernier livre Ailleurs chez moi. Quand j'ai découvert le jazz, quand j'étais un ado, c'était le même moment où j'ai découvert la musique classique. C'était une époque quand Bernstein a dirigé la Philharmonie de New York et Pierre Boulez. C'était possible de trouver des places sur 4M Wong, mais c'était 2 dollars, c'était rien. Et aussi le cinéma. Tous les ans, mon anniversaire, c'est le 1er janvier, bizarrement, mais tous les ans, en fait, j'ai demandé un abonnement du musée de l'art moderne de mes parents pour mon anniversaire parce que le Cinémathèque New Yorkais était là-bas et... Tous les films étaient gratuits. Ici, on a eu un bon monde. Donc, j'ai passé beaucoup de temps tous les week-ends. Franchement, c'était une enfance très seule. Pas beaucoup de copains, en fait. Je pense que mes parents, surtout mon père, ont pensé. il est bizarre, je n'ai pas très sportif. Je suis sportif maintenant, mais pas à l'époque. Mais la culture, je pense que ça m'a libéré d'une certaine manière. Le village Vanguard, quand j'avais 16 ans, à l'époque, il y avait des séances toutes les nuits à 21h, 23h et 1h. Maintenant, c'est 20h et 22h. Ça c'est le grand changement à New York. En fait, tout le monde travaille comme un dingue. C'est différent, ce n'est pas... C'est une ville des nuits, mais ça a changé. Donc, je suis arrivé à 20h en face de Vanguard, la visite attente. Le gardien du porte, la séance a commencé à 21h. Il m'a abordé, il m'a dit, OK, vous êtes quel âge ? Ne montez pas, j'ai 16 ans. Ok, vous pouvez en fait aller au zinc quand j'ouvre les portes. Vous pouvez fumer, à l'époque c'était illégal. Mais si vous commandez un verre d'alcool, au revoir. Et c'est permanent. Je n'ai jamais... oui. commander un verre d'alcool, mais après cinq semaines, le bartender, j'étais toujours là-bas avec mes cigarettes, 16 ans, c'est ridicule, et le bartender, il m'a donné un coke, il m'a dit, « Douglas, regardez-là, il a pris une bouteille de rhum, et donc j'ai une coupe à livres. » Mais en fait, ce samedi, j'ai écouté Bill Evans. qui reste un des légendes du jazz mythique. Vous êtes d'accord ? Oui. Un pianiste sans style pendant les années 50 quand il a joué avec Miles Davis. Merci. Il a joué avec Miles Davis et des autres. C'est comme un expert comptable. Mais c'était un accro d'héroïne extraordinaire. Et Oui. Oui, c'était 1971 et j'ai écouté une séance de Bill Evans. Et pendant le break, il était à côté de Zach, il m'a regardé, il a dit comme ça, et il a disparu. Ça, c'était le début d'une histoire qui a doré maintenant, oh mon Dieu, à 55 ans. Avec le Village Vanguard, même si je vis ici à Paris, quand je suis en New York, je suis toujours à Vanguard avec ma fille. J'étais là-bas il y a deux semaines et hier soir, j'étais au Docteur Lambert. Donc, j'ai mes Village Vanguard ici à Paris. Franchement, le sein du jardin, c'est excellent ici et à Berlin. C'est un aspect de ma vie. Et aussi, Je ne suis pas comme moi qui a besoin d'une cellule de silence quand j'écris. J'écris fréquemment dans un café, fréquemment dans le métro. Ce n'est pas une question d'avoir une heure particulière et franchement une atmosphère sereine. J'aime le fait que je peux écrire dans un train, je peux écrire dans un vol. Le truc pour moi, et c'est ma méthode aussi, Il y a des écrivains comme Flaubert, 300 signes par jour, 6 ans pour écrire, Madame Beauvau, l'éducation sentimentale, de l'autre côté, Semelon, Georges Semelon, 40 pages par jour, 300 livres pendant. sa vie. Moi, j'utilise la même méthode que Hemingway et Graham Greene à deux pages de manuscrits par jour. Si vous voudriez écrire un roman, un petit conseil, deux pages par jour par six, c'est douze. Pas quarante-huit avec des vacances, le premier jet. Mais le truc, est-ce que c'est possible à écrire deux pages par jour ? Ça, c'est la grande question. Et comme j'ai dit au début, avec chaque roman, je pense, oh mon Dieu, c'est pas terrible. Mais ça, c'est aussi un aspect de processus que je comprends après 27 livres.
- Speaker #0
Merci Douglas. Alors, j'ai encore une petite surprise pour vous. Alors, c'est plus simple. J'ai préparé des petits marque-pages. Et derrière chaque marque-page, il y a une question mystère ou une anecdote ou une histoire drôle. Je vous laisse piocher et puis répondre en quelques mots très rapidement à la question.
- Speaker #1
Très rapidement, oui, oui.
- Speaker #0
Allez-y, on pioche.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Celle-là. Alors, qu'est-ce qui vous caractérise comme américain ?
- Speaker #1
Trop optimiste.
- Speaker #0
Ça m'étonne pas. Une autre ? Quelle autre vie, métier auriez-vous voulu avoir ?
- Speaker #1
En privé, chez moi, je suis un chef d'orchestre. Mais la vérité, je n'ai pas le... en fait, d'être un chef d'orchestre, il faut diriger les gens, comme une capitaine en général, et ça ce n'est pas moi. Mais en privé, je peux diriger la symphonie fantastique de Berlioz, ah oui, avec un crayon et par mémoire, oui.
- Speaker #0
Une anecdote qui se déroule à Angoulême. Mon mari a lu votre livre.
- Speaker #1
Et il m'a quitté, oui. C'est quelqu'un qui a dit ça. Attention à la lecture du livre. Oui, oui, ça c'était l'homme qui voulait vivre sa vie. C'était une femme, c'est Angoulême. Elle m'a dit, vous êtes un con. et j'ai dit quoi c'est la première fois que je rencontre madame oui mon mari a lu alors il veut vivre sa vie et il m'a quitté et honnêtement j'ai répondu désolé parce que Ce n'est pas comme si c'était un guide, de quitter quelqu'un, au contraire. Mais en même temps, en fait, si on va provoquer quelque chose, ça c'est superbe. Ça c'est superbe, même si c'est un mauvais résultat. Je me souviens très très bien, en fait... C'était en fait du même fil d'attente, c'était l'époque quand j'ai publié un roman qui se perd, qui était Le Monde, et une femme, la cinquantaine, elle m'a abordé, elle m'a dit en fait, votre roman... a sauvé ma stabilité. J'ai perdu ma fille unique du cancer il y a six mois. Mon mariage a basculé. Elle était le centre de ma vie, etc. Et honnêtement, en fait, Je l'ai embrassé et je lui ai dit, Madame, vous avez validé mon existence. Je pense, j'ai dit ça fréquemment, j'ai dit ça à la Grande Librairie, en fait, lundi, qui s'est diffusée. Qui était ? Oui, qui était diffusée, en fait, le 27. Mais j'ai dit, on lit pour comprendre, on n'est pas seul.
- Speaker #3
Dernière,
- Speaker #1
dernière. Ok,
- Speaker #0
ça c'est la France ou les États-Unis ?
- Speaker #1
Les deux. Les deux. En fait, j'ai une hypothèse au sujet de la vie. Tout est supportable avec un billet à la retour. Et donc le fait que je suis en France, très à l'aise ici, aussi mon pays. J'ai deux passeports. J'ai un passeport irlandais aussi. Il y a un sénateur aux États-Unis qui veut terminer les deux passeports pour les Américains. On verra si ça va changer ou pas. Mais j'aime le fait que je sois ici et là. Mais si quelqu'un m'a dit demain, il faut que vous choisiez un lieu, je vais rester à Paris. J'en suis sûr.
- Speaker #0
Alors avant de passer aux questions du public, j'aimerais vous remercier Douglas. Merci pour ce roman et pour votre générosité car vous êtes un vrai conteur d'histoire et vous nous avez fait passer un moment incroyable. Ce roman c'est un coup de maître, un page-turner qu'on lit d'une seule traite. un thriller psychologique dense où les entités se brouillent et où chaque révélation vient questionner la possibilité de recommencer sa vie, une nouvelle vie. Vous avez cette capacité rare à raconter les failles humaines avec une très grande finesse et beaucoup d'émotion. C'était un défi de créer un roman autonome 30 ans plus tard qui nous replonge dans l'univers de l'un de vos personnages les plus marquants. Et c'est un défi relevé car il faut le préciser, il n'est pas... nécessaire, vous l'avez dit tout à l'heure, de lire le premier roman pour lire celui-ci. Ce livre plaira autant aux amateurs de thrillers psychologiques qu'aux lecteurs sensibles à l'univers du jazz. Alors, je terminerai cette interview par cette phrase qui clôture votre roman. L'heure est venue pour moi de m'éclipser une fois de plus. Eh bien, Douglas, on espère que ce ne sera pas pour longtemps car je pense que votre 28e roman est quasiment prêt à l'allure où vous écrivez. Et sachez que vous serez toujours le bienvenu ici au Club de lecture de Pernod Ricard. On vous attend. Et je vous retrouve très vite pour un prochain rendez-vous du Club de lecture. Nous aurons le plaisir d'accueillir Marie Vareille avec son nouveau roman qui vient d'être récompensé par le prix de la Maison de la Presse. Et je vous remercie encore, Douglas, d'être venu. Et merci à tous aussi pour votre participation. À très vite.