NicoJ'aime l'alcool. Et si tu écoutes ce podcast, il y a de fortes chances que toi aussi tu aimes l'alcool. Sur Le Barboteur, on parle principalement de bière, mais j'aime également d'autres alcools. Le whisky, le gin, le rhum pas trop sucré, et surtout j'aime découvrir des cocktails. J'étais parti à Madrid il y a quelques années pour le boulot et, avec mes collègues, nous étions allés au bar à cocktails, maintenant fermé, Bâton Rouge. C'était délicieux. Ce mélange de saveurs fumées, ces arômes de fruits, de céréales, d'épices et cette petite chaleur apportée par l'alcool. Bref, tout ce préambule pour te dire que j'aime l'alcool et qu'évidemment, il est à consommer avec modération ou l'est-il ? L'histoire de l'alcool est ancienne. A l'origine, on parle de fruits mal conservés qui ont commencé à fermenter naturellement. Le résultat était plutôt bon, il avait certains effets, donc on a continué à en faire. Pour te donner quelques ordres de grandeur, en Géorgie, on boit de l'alcool depuis au moins 8000 ans. En Chine, des archéologues ont trouvé des récipients contenant des restes de vin vieux de 9000 ans. Et dans une grotte en Israël, des restes de céréales maltées et fermentées trouvées dans des vieux mortiers de 13000 ans suggèrent qu'une boisson ancêtre de la bière aurait pu être brassée avant l'invention de l'agriculture. Savais-tu qu'en Europe au Moyen Âge, la consommation d'alcool par habitant était de 3 litres par jour, y compris pour les enfants. Ça s'explique car à cette période, l'eau était dangereuse. L'alcool avait un avantage crucial : il détruit les germes. Grâce à la fermentation qui intervient dans la fabrication de la bière et du vin, on a pu créer des boissons propres totalement dénuées de bactéries. L'alcool a permis de boire sans tomber malade. L'alcool n'a jamais été consommé uniquement pour ses raisons sanitaires. Son véritable pouvoir réside dans son rôle social et culturel. Quand on prend un verre, l'alcool libère des endorphines, les molécules du bien-être. Ces mêmes molécules qui sont libérées quand on rit, on chante, on danse. Après quelques verres, le monde paraît plus léger, surtout avec les autres. Les murs d'insécurité tombent. On se décontracte, la conversation coule mieux, les sourires durent plus longtemps, l'alcool agit comme un lubrifiant social. Au niveau culturel, boire ou offrir de l'alcool est souvent perçu comme une règle de savoir-vivre. Cette omniprésence crée une apérocratie, une société totalement immergée dans la consommation d'alcool partout, tout le temps. On ne réfléchit plus à son impact collectif. Pour ceux qui ne pensent pas avoir de problème avec l'alcool, il est facile de pointer du doigt ceux qui en ont. La normalisation est telle qu'il est difficile de refuser un verre sans s'attirer des remarques. Soit on est alcoolique, soit on boit normalement. Cette binarité empêche toute remise en question. Dans un seul verre, des triards, des millions de milliards de milliards ou 10 puissance 21 molécules d'alcool inondent ton estomac et ton intestin grêle. De là, elles se dirigent vers ton foie, ton centre de détoxification principal, et vers d'autres organes, notamment le cerveau. Mais ton foie ne peut traiter environ qu'un verre de bière toutes les 5 minutes. A moins que tu ne bois très lentement, il devient rapidement submergé tandis qu'un nombre croissant de molécules envahit ton cerveau. L'alcool engourdit tes neurones, les rendant plus lents et perturbant leur communication. Cela produit plusieurs effets immédiats. Il te séduit, effaçant la tension et le stress. Il paralyse ton cortex préfrontal, ton centre de prise de décision et d'autocontrôle, te rendant plus désinhibé. Il libère des endorphines, les molécules du bien-être. Mais c'est une pente dangereuse, car progressivement, tu passes de détente à désinhibition, à perte de coordination, à troubles de mémoire et à risque de coma éthylique. En phase de dégradation, ton foie transforme l'alcool en acétaldéhyde, une métabolite beaucoup plus toxique que l'alcool lui-même. Ce composé cause des dégâts importants sur tes cellules, notamment en endommageant ton ADN et en perturbant les mécanismes de réparation, ce qui peut favoriser le développement de maladies graves. A long terme, l'alcool engourdit tes neurones et détruit leurs connexions, rendant plus difficile la communication entre les différentes zones du cerveau. Cette consommation prolongée provoque une atrophie cérébrale avec une perte de tissu cérébral, ce qui impacte tes fonctions connectives comme la mémoire et la prise de décision. Tu auras aussi cet effet secondaire qu'on appelle la gueule de bois. Ça t'arrive car l'alcool inhibe la vasopressine, qui est l'hormone antidiurétique que ton corps utilise pour retenir l'eau. Résultat, tes reins se disent « ok, on peut faire beaucoup pipi » . Plus tu vas aux toilettes, plus tu te déshydrates. Et c'est notamment cette déshydratation qui provoque tes maux de tête. Quand ton corps manque d'eau, tes tissus se rétractent, y compris ceux du cerveau. Ton cerveau tire sur les membranes qui l'entourent, qui possèdent des capteurs de douleur à l'inverse de ton cerveau, et tu as mal au crâne. L'alcool tue plus que les guerres, le terrorisme, les homicides et les accidents automobiles réunis. Il tue plus de 2 milliards de personnes qui boivent dans le monde. Il provoque des dizaines de millions d'accidents, de violences et de crimes. L'alcool touche des centaines de millions de personnes à travers le monde, dont plus de 400 millions souffrent de troubles liés à sa consommation, incluant plus de 200 millions de personnes dépendantes à l'alcool. Il tue avec le cancer, les maladies du foie, les maladies cardiovasculaires, les accidents de la route. La violence et le crime, les maladies infectieuses. Mondialement, l'alcool cause 740 000 nouveaux cas de cancer. Du cancer de la bouche, de la gorge, des cordes vocales, de l'osophage, du foie, des intestins et du rectum, et des seins pour les femmes. Et entraîne 400 000 décès. Pour le foie, l'alcool disrupte le métabolisme des graisses causant leur accumulation dans les cellules hépatiques. Cette accumulation n'a généralement aucun sapton initial. Tu peux continuer à boire pendant que ton foie se transforme lentement en graisse, se gonfle avec inflammation et commence à faire des faux. Le stade final est la cirrhose. Ton foie est plein de cicatrices et fonctionne à peine. Cela pourrait prendre plus de 10 ans, mais une fois que la cirrhose apparaît, c'est largement irréversible. Chaque année, 600 000 personnes meurent car elles ont un foie détruit par l'alcool. Pour le cœur, l'alcool affaiblit ton cœur, élève ta pression artérielle et augmente ton risque d'accident vasculaire cérébral et de thrombose. Cela conduit à 500 000 décès par an dus aux maladies cardiovasculaires liées à l'alcool. Pour les accidents routiers, chaque année, les accidents liés à l'alcool tuent 500 000 personnes, 300 000 d'entre elles dans des accidents automobiles. Mais le pire, c'est que plus de la moitié des personnes qui sont mortes dans ces crashes n'ont pas bu. Elles ont simplement été tuées parce que quelqu'un d'autre avait bu. est l'une des principales causes de violence. 50% de tous les crimes violents et les agressions sexuelles sont commis par des agresseurs ivres. Chaque année, les crimes alimentés par l'alcool tuent environ 100 000 personnes. Enfin, par maladie infectieuse, on entend principalement la tuberculose. L'alcool affaiblit le système immunitaire, augmentant la susceptibilité aux infections tuberculeuses et aggravant leur évolution. La pneumonie, la consommation chronique d'alcool, diminue les défenses pulmonaires. Le sida ou le VIH, l'alcool peut favoriser les comportements à risque et affaiblir le système immunitaire. Les hépatites virales, l'alcool aggrave les dommages hépatiques causés par les virus des hépatites B et C. Les victimes les plus innocentes de l'alcool sont les bébés. 600 000 bébés naissent chaque année avec un trouble du spectre de l'alcool fétal. Des enfants nés avec des handicaps permanents à cause de l'alcool consommé pendant la grossesse. L'alcool peut devenir une addiction. Un nombre estimé de 400 millions de personnes, soit un adulte sur 14, a franchi la ligne invisible vers l'alcoolisme. Cette ligne est très floue, mais si tu bois régulièrement 8 bières par semaine en tant que femme, 15 pour un homme ou 5 le même jour, tu as soit franchi la ligne, soit tu marches dangereusement vers elle. Parmi ces 400 millions, plus de la moitié ont chuté dans l'indépendance. Une étude américaine a révélé que jusqu'à 50% de tous les alcooliques pourraient passer inaperçus. Ils ne sont pas cette image stéréotypée du sans-abri avec une bouteille, ce sont de jeunes adultes sans problème apparent ou des professionnels d'âge moyen avec des carrières réussies et des familles ? Bon maintenant qu'on sait tout ça, qu'est-ce qu'on fait ? Je dois être honnête. Je continue à boire et je brasse de la bière. Je sais que l'alcool tue plus de gens que les guerres, le terrorisme, les homicides et les accidents de la route réunis. Je sais que l'alcool est toxique pour le foie, le cœur, le cerveau. Je sais que 600 000 personnes meurent par an d'un foie détruit par l'alcool. Je sais que mon cerveau se rétrécit avec chaque verre, que c'est une drogue. Et pourtant, boire une bière faite avec soin me connecte à des millénaires d'histoires humaines. C'est un moment où je peux m'asseoir avec des amis, ralentir et simplement être. C'est probablement du déni. Mais ce que je sais, c'est que je fais un choix conscient de le faire avec la plus grande modération possible. Je ne bois pas tous les jours, je ne bois pas seul pour échapper à mon quotidien. Alors l'alcool est à consommer avec modération ? S'il était inventé aujourd'hui et connaissant tout ce que l'on sait de ses dégâts, le message serait sûrement à ne pas boire du tout. Mais nous ne vivons pas dans ce monde, et peut-être que l'honnêteté commence là. En admettant que nous savons que c'est mauvais, et en prenant la responsabilité de le faire aussi prudemment que possible. Le paradoxe de l'alcool pour moi, c'est exactement ça.