- Speaker #0
Comment tu vois au final le côté évolution par rapport aux attentes des collaborateurs aujourd'hui et par rapport aux besoins des entreprises ?
- Speaker #1
Je pense que ce n'est pas nécessaire d'être pro-CDI ou pro-freelance. L'équilibre d'une entreprise, c'est déjà de trouver son propre équilibre, parce que chaque entreprise, chaque secteur d'activité a son équilibre qui lui est propre. Ce qui est sûr aujourd'hui, c'est qu'en tout cas, ne rester que dans un modèle, sans basculer dans l'extrême qui serait aux antipodes d'avoir personne en CDI. Il y a plein de nuances à adopter et à comprendre pour pouvoir piloter son entreprise et se poser les bonnes questions et l'emmener là où on en vit l'an dernier.
- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, alors merci d'être présents pour ce nouvel épisode du podcast du Barbu qui parle RH et aujourd'hui on va parler d'un sujet de société qui nous touche tous, on va parler de l'hybridation des contrats de travail en entreprise. Fini l'ère du CDI. Et on n'est pas encore aujourd'hui à l'ère totalement décomplexée de la gigue économie, on est dans une époque d'hybridation où différents contrats de travail se rencontrent dans les entreprises. Et pour parler de ce sujet ultra important de présent et d'avenir, j'ai l'honneur et le plaisir d'accueillir Frédéric Bézier. Salut Frédéric, comment ça va ?
- Speaker #1
Salut Nicolas, ça va et toi ?
- Speaker #0
Bah écoute, je suis très content de parler du sujet. On a beaucoup parlé en off et maintenant je suis heureux de pouvoir l'évoquer devant les caméras et au micro.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Est-ce qu'en quelques mots, en quelques minutes, tu peux te présenter pour celles et ceux qui ne te connaissent pas ? Et pourquoi je suis très content de t'avoir, parce que je pense que ça fait quand même quelques années maintenant que tu travailles sur tous ces sujets. Oui, tu vois ces évolutions, et c'est pourquoi je suis content de pouvoir échanger sur ce sujet.
- Speaker #1
Eh bien pareil, merci pour l'invitation Nicolas. Avec plaisir. Écoute, ça fait effectivement 25 ans que je travaille dans le recrutement. J'ai rejoint une start-up qui s'appelle Aize, et qui est aujourd'hui un leader français et mondial du recrutement spécialisé. On a commencé notre pénétration sur le marché français, donc je suis PDG du groupe... sur des activités françaises, luxembourgeoises et marocaines. Quand on s'est installé en France, on était principalement un camion recrutement et on offrait nos services principalement pour le recrutement en CDI et en CDD. Ensuite, on a développé une partie justement de recrutement hybridé sur une activité de travail temporaire, mais qui existe en France depuis les années 50 à peu près. Et on a petit à petit continué notre développement en ouvrant des bureaux en région, en développant notre activité. Et depuis, on va dire 15 ans, on a une activité de mise en relation de prestataires indépendants, avec principalement des freelances pour livrer des services, principalement en tech ou en RH, sur des entreprises qui ont des besoins d'accompagnement sur des projets ou des missions.
- Speaker #0
Du coup, ça fait 15 ans que tu dis que vous commencez à faire ce sujet-là. Et donc, ça va être directement la première question que je vais te poser. On parle de communauté hybride aujourd'hui. C'est d'ailleurs toi qui m'en as parlé parce que moi, je n'avais pas ce terme-là dans les mots, dans la tête.
- Speaker #1
J'avais fait un webinar sur LinkedIn qui avait réuni à peu près 10 personnes sur le sujet. C'était un grand succès.
- Speaker #0
C'était quand ?
- Speaker #1
C'était en juillet dernier. Mais en fait,
- Speaker #0
c'est un sujet dont tout le monde parle.
- Speaker #1
Et sur lequel, parfois, les deux termes, communauté et hybride, les gens se disent, mais c'est quoi ce sujet ? Et je pense que c'est un phénomène qui est émergent, mais qui est émergent depuis 60 ans, en fait.
- Speaker #0
Mais c'est justement ce que j'allais te poser comme question. Depuis quand ça arrive ? Parce qu'aujourd'hui, on voit qu'on a quand même une arrivée de la gigue économie. qui fait un peu peur à tout le monde, on en parlait, l'ubérisation, le fait qu'on soit payé à la tâche ou des choses comme ça, mais en même temps, il y a plein d'autres sujets, il y a les sujets de ces fameux CDI de projet ou PDI, projet à durée indéterminée, des choses comme ça qui peuvent arriver dans plein d'entreprises. Il y a plein de choses qui s'entremêlent et on a l'impression que ça vient tout de suite maintenant. Mais toi qui es quand même sur le marché depuis un petit moment, est-ce que tu as vu ce CDI un petit peu s'évaporer depuis longtemps ? Ou est-ce que c'est vraiment aujourd'hui qu'il y a ces nouveaux contrats, ces nouvelles formes de relations entre entreprises et collaborateurs qui arrivent ?
- Speaker #1
Je pense que la législation a évolué progressivement. Je dirais qu'il y a une accélération depuis 15 ans, notamment par la création sous Nicolas Sargi du statut d'auto-entrepreneur. Après, il a évolué dans un statut micro-entrepreneur, l'accessibilité à l'entreprise, la désirabilité aussi de monter une start-up, qui depuis 20 ans est croissante. Et peut-être aussi des phénomènes sociaux dans lesquels les gens ne se reconnaissent pas nécessairement dans le fait de porter un projet en travail temporaire, parce qu'il y a une forme de connotation derrière le travail temporaire qui peut ne pas être séduisante. Alors que se présenter comme le CEO ou un freelance et montrer qu'on a plus d'indépendance dans son travail, c'est plus séduisant aujourd'hui, notamment chez une catégorie de gens qui sont soit les jeunes, soit des gens aussi qui sont experts, qui ont plus de 50 ans, qui veulent mettre à disposition leur expertise. Mais en vérité, là, je présente deux extrêmes, donc les jeunes et des personnes plus expérimentées. À aujourd'hui, l'indépendance ou le freelanceriat touche... toutes les catégories d'expertise, aussi bien les jeunes diplômés que des gens qui sont même en retraite et qui ont envie d'avoir des compléments de revenus, qui ont envie de continuer à bosser et qui mettent leur temps et leur expertise à leur disposition pour pouvoir porter des projets, s'inscrire dans des entreprises et voilà. Et ce qui fait qu'on a un monde du travail qui est hybridé parce qu'en fait, le législateur a mis en place plein de formats pour pouvoir flexibiliser. Le monde du travail, ce qui est parfois critiqué parce qu'on dit que flexibiliser, c'est aussi une perte des avantages sociaux et c'est potentiellement une moins bonne qualité de l'engagement de l'entreprise et du salarié. Mais c'est aussi une formidable opportunité et c'est surtout une réalité du moment qu'il faut saisir face à des pénuries de compétences qui sont toujours très prégnantes en France. Et parfois aussi pour les entreprises qui ont du mal à recruter, elles ne connaissent pas toutes les techniques ou tous les formats au travers desquels elles peuvent recruter des gens.
- Speaker #0
Avant de passer sur le côté intérêt, évolution et avenir de ces contrats, est-ce que tu as vu, toi, tu disais que ça fait 25 ans que tu as commencé, est-ce que tu as vu un moment charnière dans l'évolution de ces freelances ? Peut-être pas, mais est-ce que tu as vu un moment charnière dans l'évolution de ces typologies de contrats de travail ? Parce qu'au final, comme tu dis, le freelancing, ça existe depuis les années 60, tu disais. Oui,
- Speaker #1
depuis longtemps.
- Speaker #0
Ça existe depuis très longtemps. Ou depuis 60 ans, ce n'était pas les années 60, c'était depuis 60 ans.
- Speaker #1
Surtout pour le travail temporaire.
- Speaker #0
Oui, et donc du coup, voilà. Mais est-ce que tu as vu un point de bascule ? Parce qu'aujourd'hui, on a l'impression vraiment que ça a explosé depuis deux ans. Mais est-ce que tu as vu un point de bascule ? Est-ce que le Covid a été un point de bascule ? Est-ce que c'était avant ? Est-ce que tu as vu un point de bascule ?
- Speaker #1
En fait, il y en a eu deux. Vraiment, la création du statut d'auto-entrepreneur a été un déclencheur d'accessibilité, ce statut-là, qui avant était plutôt vu comme une fonction d'indépendant. Donc, soit je suis un artisan. Soit je suis une profession libérale, soit je suis... On avait des populations, par exemple, qu'on gérait comme ça. On était et on est toujours très présents sur le domaine de l'architecture. Et il y a beaucoup d'architectes qui travaillaient à leur compte. Mais il n'y avait pas ce phénomène de branding autour du freelance. Le deuxième déclencheur, donc il y a un premier déclencheur, c'est vraiment l'accessibilité de ce statut et le côté très simple de cet accès. Aujourd'hui, sur Internet, on peut être entrepreneur en même temps d'ailleurs que d'être en CDI chez un employeur. C'est vrai que ça arrive à beaucoup de personnes. Oui, et aussi l'idée sociale. En anglais, on dit « side hustle » , donc avoir une activité sur le côté. Et ça aussi, c'est un phénomène social qui s'est développé, de se dire « j'ai mon travail et j'ai envie d'avoir d'autres activités sur le côté qui sont des activités plus plaisir. » Ça peut être des activités musicales, artisanales ou des activités de business. et... Et donc ça, c'est des phénomènes qui se sont développés. Et après, est-ce que le Covid, par exemple, a été un deuxième déclencheur ? Oui, parce qu'en fait, notamment dans les fonctions de service, eh bien, on a vu aussi la possibilité de pouvoir travailler dans des formats à distance, plus flexibles et avec des désirs aussi, je pense, sociaux, que les gens se sont créés en se disant « en fait, je peux vivre différemment » . Et je crois que ça a aiguisé l'appétit de beaucoup de gens. Il y a aussi un dernier déclencheur, c'est l'écosystème startup qui s'est beaucoup développé. Les événements, les publications, les rédactions, tout ce qui s'est dit autour des startups et qui a contribué à la désirabilité sur notre travail.
- Speaker #0
Mais du coup, aujourd'hui, quel intérêt pour les entreprises d'avoir des personnes en freelance ou en contrat de freelancing ou en contrat spécifique ? Quel est l'intérêt pour les entreprises ? Je parle d'un point de vue plus général, parce qu'on sait que c'est une typologie de contrat qui marchait très bien pour les ESM ou un format qui pouvait marcher pour d'autres types d'entreprises. Mais pour une entreprise lambda, en quoi ça peut être intéressant pour elle d'avoir ce type de contrat ? En quoi ça peut être intéressant pour elle d'avoir ce type de contrat qui vit à côté de contrats CDI ou de contrats un peu plus classiques ? On verra après pour les types d'entreprises. Mais déjà, en quoi ça peut être intéressant pour une bosse ?
- Speaker #1
La première chose que je te dirais, c'est l'accès au talent. Saku. Si aujourd'hui tu n'essaies d'attirer les talents dont tu as besoin qu'en CDI et que tu oublies de pouvoir adresser un public qui potentiellement est dominant, où il y a un certain volume en tout cas de compétences qui sont en freelance, tu ne les attireras pas. Parce que ces gens-là, ce n'est pas en leur proposant un CDI qu'ils vont venir bosser pour toi. Donc c'est vraiment important de pouvoir aussi les séduire en leur proposant des projets. Donc l'accès aux talents, c'est sans doute le premier critère. d'intérêt pour une entreprise d'avoir recours à l'indépendance ou au freelanceriat.
- Speaker #0
L'accès au talent, est-ce que tu vois autre chose ? Alors après, c'est vrai que j'allais te dire potentiellement dans les nouvelles attentes des collaborateurs, mais au final, nouvelles attentes des collaborateurs, ça va dans le sens de ce que tu viens de dire. Parce que l'accès au talent, c'est justement ça, c'est avoir accès à ces talents qui ont ce modèle-là. Est-ce que le côté... Alors j'ai posé la question, est-ce que tu en vois d'autres ? Et est-ce qu'aujourd'hui, on peut peut-être définir un certain nombre de contrats ou de typologies de relations entreprise, collaborateurs, collaboratrices qui existent ? ou qui pourraient exister et qui devraient exister ? Deux questions en une. Non, t'as pas posé deux questions.
- Speaker #1
Non, c'est bien. J'aime bien plusieurs questions à la fois. Il faudra que tu me guides, par contre. Il faudra que tu me recates plusieurs fois.
- Speaker #0
Je suis le maître du chôme ratio.
- Speaker #1
Super. Le deuxième avantage, c'est de pouvoir faire l'exercice d'hybrider sa population managée. Et donc, une fois qu'on rentre... dans des populations avec pas simplement que des gens CDI, mais on apprend à travailler en projet. Et une entreprise, elle est toujours pleine de projets, parce qu'elle doit rebondir, parce qu'il y a plein de changements, parce qu'on a des changements de stratégie. Donc, savoir travailler en projet, c'est évidemment... On peut travailler en projet uniquement avec des gens CDI, mais c'est aussi parfois que les gens qu'on a en CDI, on se dit, tiens, j'ai pas les bonnes compétences, il faut que je m'ouvre à d'autres gens, d'autres secteurs d'activité, il faut que j'aille chercher de l'expérience et du talent qui soient en dehors. de mon microcosme et mon écosystème. Et ça, c'est une gymnastique intellectuelle qui est super importante pour la survie de l'entreprise, pour son développement, pour son apport d'idées, pour simplement son développement. Donc, le deuxième avantage qui se voit, c'est l'ouverture au monde. Quand on travaille dans une entreprise de 5 personnes, de 10 personnes, de 50, de 100, de 1 000, on peut vite rester entre soi et ne pas avoir la richesse des idées du monde qui nous entoure. Et le monde qui nous entoure, il est nécessairement plus grand que nous. Donc, le deuxième avantage, c'est intégrer des compétences, des points de vue qui viennent de l'extérieur. Et ça, c'est une richesse importante. Et le troisième que je t'ai glissé, c'est le pilotage de son entreprise au travers de projets.
- Speaker #0
Ça, ça m'intéresse. Parce que ça, en fait, ça amène... Le deuxième point est hyper intéressant, parce que je suis complètement d'accord qu'une entreprise ne peut avancer qu'à partir du moment où elle a des influences et des incidences extérieures qui arrivent. Ce pourquoi on sait que le turnover est nécessaire pour une entreprise. On attend de savoir que le turnover doit toujours être le plus bas possible. Oui, mais il est nécessaire parce que les forces vives font du bien.
- Speaker #1
Il y a aussi beaucoup d'aspects positifs.
- Speaker #0
La diversité est importante. On en parle tout le temps, la diversité des points de vue. Ce n'est pas juste un joli mot qui fait plaisir à la RSE en mode bullshit. La diversité est intéressante pour les entreprises. C'est une réalité parce que c'est différents points de vue qui amènent à penser justement différemment et donc du coup à appréhender certaines choses différentes. Je suis complètement d'accord. J'aimerais bien qu'on avance sur ce côté projet. parce que j'ai entendu parler plusieurs fois de ce fameux CDI projet à durée indéterminée PDI projet à durée indéterminée ou CDI de projet ou CDI comme ça existe aujourd'hui dans le BTP notamment, des CDI de chantier ou des choses comme ça est-ce que c'est quelque chose qui se développe de ton côté, est-ce que tu vois ça est-ce que tu vois d'autres manières de contractualiser les relations encore une fois est-ce que tu vois d'autres types de contrats encore une fois deux questions en une
- Speaker #1
CDI intérimaire Oui, en fait, c'est toujours essayer d'allier deux choses. Un, la stabilité et l'engagement du salarié. Et de venir lui apporter des acquis sociaux par égalité de traitement avec les gens qui travaillent dans l'entreprise. Ça, c'est important. C'est se dire, OK, mais on intègre des gens dans l'entreprise. Ils vont passer un moment avec eux, avec nous. D'ailleurs, c'est hyper important dans l'intégration de si j'anime une communauté hybride avec des gens qui sont à la fois des salariés en CDI, des gens qui sont en CDD. Des gens qui sont en intérim, des gens qui sont en CDI de chantier de projet, des CDI d'intérim, et tous les formats. Est-ce qu'on peut leur faire ressentir, pour les intégrer et que ça soit productif, une différence de traitement ? Est-ce qu'un freelance, il ne fait pas partie de l'entreprise au moment où il est dans l'entreprise ? Mais il doit faire partie de l'entreprise. C'est essentiel. Culturellement, si vous avez une culture qui est dans l'ostracisme, je pousse un peu le mot exprès, ça ne marche pas. Au contraire, on doit intégrer. Sur les intérimaires, souvent, il y a un peu de mauvaise perception du travail intérimaire qu'on essaie de combattre au quotidien, parce que ça a beaucoup d'avantages, le travail temporaire, à la fois pour les salariés intérimaires que pour les entreprises. Et le traitement d'un intérimaire ne doit jamais, au regard du projet qui est mené, que ça peut être une journée, dix jours de travail, un an de travail, doit être traité différemment. Donc l'aspect culturel, d'ailleurs, c'est un beau miroir pour une entreprise. Si on n'est pas capable d'être fonctionnel et d'animer une communauté diverse avec des gens qui sont freelance, intérimaires, en CDD ou en CDI, c'est sans doute qu'on a quelque chose... en nous, qui n'est vraiment pas fait d'ailleurs pour manager le projet, pour inclure les autres, pour inclure des points de vue différents. Et s'il y a plein de gens qui, dans l'entreprise, se disent « Ouais, mais bon, lui, il n'est pas là, il ne va pas rester longtemps, et puis il n'est pas très engagé » , c'est une vraie problématique. Et je pense que les entreprises qui font ce chemin et qui savent intégrer, engager une pluralité de points de vue, une pluralité de contrats de travail, et que les gens ne se disent pas « Ouais, mais lui, il n'est pas en CDI, donc il n'est pas comme nous » , Ça, c'est un travail au-delà de la mission d'entreprise. C'est un travail culturel, c'est un travail d'ADN. Et c'est, à mon sens, une super compétence interne pour que l'entreprise, elle survive, elle se développe et elle surfe sur tous les moments économiques dans lesquels elle est là.
- Speaker #0
Ça, c'est le côté management. Et on va y revenir après. Je reviens sur ma question précédente. Est-ce que pour toi, l'avenir des contrats en entreprise c'est le CDI, est-ce que pour toi, c'est plein de contrats vraiment différents ? Ou est-ce que pour toi, l'avenir, ça sera plutôt le CDI de projet, le projet à durée indéterminée, des choses comme ça ? Parce que comme tu le dis si bien, aujourd'hui, on a différents projets. Et in fine, tu peux avoir des jobs où ton projet dure 10 ans, 15 ans, 20 ans, parce que ton projet, en fait, c'est d'amener la boîte à tel endroit, ou plutôt de te dire, tu as différents CDI de projet ou projet à durée indéterminée qui arrivent les uns après les autres. Comment tu vois au final le côté évolution par rapport aux attentes des collaborateurs aujourd'hui et par rapport aux besoins des entreprises ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y aura toujours besoin d'un mix et d'une variété de types de contrats entre des gens qui sont en CDI et tous les autres formats qu'on a décrits. Et je pense que c'est la symbiose de toutes ces forces qui peuvent marcher. Mais je trouve qu'en même temps, la question que tu pourrais me poser aussi, c'est Est-ce que demain, on pourrait être uniquement une entreprise, une grande entreprise, avec beaucoup de succès, sans salariés en CD ? Question qu'on pourrait se poser, que je me pose souvent aussi. Je crois que oui, en fait. Je crois que oui. Et ça pourrait pousser à se dire, mais qu'est-ce qui crée de l'engagement dans l'entreprise ?
- Speaker #0
C'est ce que j'allais dire. Si jamais tu crées ce type d'entreprise, il faut que tu aies quand même une culture qui soit ultra forte. Parce que le sous-entendu, c'est de se dire... Est-ce que finalement, on peut avoir une stabilité ? Est-ce qu'on peut avoir une base saine si on n'a pas de personnes qui restent de manière pérenne dans l'entreprise ? Et là, pour le coup, tu dois avoir un système de management, une culture initiale qui est forte.
- Speaker #1
Qui doit être forte, avec un projet qui est fort.
- Speaker #0
Mais donc, du coup, le projet doit être quand même incarné et sui.
- Speaker #1
Oui, et donc la question qu'on peut se poser, c'est est-ce que toutes les entreprises devraient basculer dans un modèle comme celui-ci ? Non, parce que ça dépend de la mission, du projet, du leadership, des moyens. Ça dépend de plein de choses. Ce qui est sûr aujourd'hui, c'est que... en tout cas ne rester que dans un modèle, sans basculer dans l'extrême qui serait aux antipodes d'avoir personne en CDI, il y a plein de nuances à adopter et à comprendre pour pouvoir piloter son entreprise et se poser les bonnes questions et l'emmener là où on en vit l'emmener.
- Speaker #0
Aujourd'hui, cette différence de contrat, et là quand on était en train de discuter, j'étais en train de réfléchir, mais je t'avais posé une question, j'avais préparé une question qui était est-ce que cette différence de contrat, est-ce que cette... multi-contracts, multi-contrats au sein de l'entreprise, est-ce que c'est au final uniquement voué à être géré par des grosses entreprises ou est-ce que toutes les entreprises peuvent le gérer ? J'avais une forme à répondre, mais je vais te laisser répondre avant parce qu'en fait j'ai réfléchi pendant que j'étais en train de te parler.
- Speaker #1
T'as itéré la question, il y en a d'autres.
- Speaker #0
J'ai réfléchi à d'autres choses. Vas-y,
- Speaker #1
je te laisse répondre. C'est une bonne question parce que la réponse la plus simple, ça serait de te dire oui, parce qu'en fait, si t'es une toute petite entreprise, Je ne sais pas, t'es un commerce, ou tu pilotes une boîte de 5, 10, moins de 50 personnes, il faut quand même des ressources pour pouvoir intégrer ces gens, penser l'accès à ces ressources. Il faut du temps en fait, quand même. Et potentiellement, et on va y venir, et je pense que c'est aussi la clé du succès, c'est qui fédère ces personnes-là ? Qui les manage ? Qui coordonne ? Qui orchestre leur travail ? Et ainsi de suite. Et si on n'a pas au moins cette ressource-là, Ça peut être le rôle du PDG, le rôle du créateur de cette petite entreprise. Donc, si on n'a pas toutes ces ressources-là, j'aurais tendance à dire que ça peut être compliqué. Mais ça dépend de la culture, comment on a créé son entreprise. Si déjà, on a créé un écosystème qui est flexible, sur lequel on a cultivé un réseau et on sait travailler avec des gens qui viennent de plein d'horizons différents, je pense que ça peut ne pas être un problème. Et le chef d'orchestre, il peut se trouver à plein d'égards. Et nous, on le voit dans les ressources qu'on détache. Il y a des personnes qu'on détache, pardon, qu'on détache, pas qu'on détache, mais qu'on détache, qu'on place au sein d'une entreprise pour mener à bien une mission et un projet. Et... Leur rôle se développe rapidement dans un rôle d'orchestration. Parce qu'ils ont les compétences, parce qu'ils ont le leadership, parce qu'ils ont l'envie, parce qu'ils savent fédérer une équipe. Et donc ça c'est aussi important d'avoir, quelle que soit la taille d'entreprise, une philosophie de travail où le pouvoir d'orchestration et l'autorité pour le faire ne soit pas que concentré entre les mains d'une personne. Si elle est fortement concentrée au sein d'une personne, l'animation de comités hybrides... elle pose problème. Si elle est déconcentrée et qu'il y a plein de gens qui peuvent avoir l'autorité pour pouvoir orchestrer des ressources et les porter au même titre que le patron, ça décuple les forces de l'entreprise aussi petites soient-elles.
- Speaker #0
Ce que j'étais en train de penser pendant qu'on en parlait, c'est que pour moi, ce modèle hybride existe déjà depuis très longtemps sur plein de typologies de boîtes, dans des secteurs qui sont bien identifiés. Je t'ai un exemple, j'ai croisé tout à l'heure une boulangère, en boulangerie potentiellement, et surtout dans la restauration, cette gestion de communauté hybride existe. Parce que dans la restauration, tu as des personnes en CDI, tu as des personnes... Des saisonniers. Des saisonniers, tu as des personnes qui font coupure, tu as des personnes qui font des temps pleins, tu as des personnes qui font tout ça, donc tu as plein de modèles qui sont différents, et pourtant, on n'a jamais entendu... C'est un secteur que je connais parce que je travaillais dedans pendant pas mal de temps. Je n'ai jamais entendu personne se plaindre de « ah bah tiens, lui il a ci, lui il a ça, lui il a ci, lui il a ça » , parce que finalement, tu as des choses qui sont établies dès le départ, où les gens arrivent dans tel, tel, tel format, qu'ils acceptent et qu'ils veulent arriver dans ce format-là, et que tout le monde arrive justement avec une culture managériale qui est traitée de la même manière, et tout le monde est traité de la même manière. Pareil dans le domaine de, alors là on a parlé de la restauration, mais pareil dans le domaine du tourisme, parce que tu parlais des saisonniers, dans le domaine du tourisme il y a des saisonniers, moi j'ai un... J'ai un pote qui a un gros camping, il y a des gens qui bossent à l'année dans ce camping, puis il y a des gens qui bossent pendant un mois, et puis il y a des gens qui ont des... Voilà, il y a tout. Donc au final, il y a des toutes petites entreprises qui savent très bien gérer ce type de contrat. C'est juste qu'aujourd'hui, on est en train de changer un modèle qui était des entreprises qui étaient basées sur le CDI, qu'on est en train de les faire baser sur autre chose. Mais in fine, si jamais on regarde ce qui a déjà été fait, ça marche très bien.
- Speaker #1
Ça marche très bien. C'est parfaitement fonctionnel. Mais comme tu dis, c'est souvent l'apanage de certains secteurs qui ont toujours été exposés. en fait, à des cycles liés à la saisonnalité, liés à des moments particuliers où il faut se staffer différemment qu'à d'autres moments. Donc, ils doivent composer en permanence. Ou tous les secteurs d'activité dans lesquels tu sais, il y a beaucoup de turnover et du manque de personnel. Donc, rapidement, les artisans ou les entrepreneurs qui sont dans ces secteurs d'activité, ils sont doués pour improviser. Et ils se créent en fait des communautés. d'improvisation pour pouvoir gérer les flux de travail quand on en a plus, quand on en a moins, quand il y a des gens qui ne se présentent pas le matin. Il faut livrer le service et faire le show. Du coup, si on fait partie d'un écosystème, c'est vrai que c'est un mot qui est très galvaudé, là aussi, l'écosystème. On parle d'écosystème et de communauté à tout voir aujourd'hui. Mais en fait, c'est des super mots parce qu'ils symbolisent ces réalités dont les entreprises ont besoin pour pouvoir se développer. Et effectivement, aujourd'hui, Ces communautés, ces écosystèmes et cette malliabilité, ces capacités à gérer des formats hybrides, elles percolent pour tous les acteurs économiques. Et ce n'est plus l'apanage que de quelques secteurs d'activité.
- Speaker #0
Et au final, est-ce que ce n'est pas quand même l'avenir ? Parce qu'on est bien d'accord qu'aujourd'hui, et on le voit, l'IA d'un côté, mais plein d'autres sujets bouleversent le monde du travail, bouleversent cette acquisition de compétences, ce maintien de compétences. Et que, par exemple, je vois deux aspects qui sont importants. C'est-à-dire qu'il y a des boîtes qui n'ont pas besoin de toutes les compétences à tout moment, et donc, du coup, qui peuvent avoir besoin d'une compétence ciblée à un moment donné. Et donc, tu as des personnes, soit qui sont obligées de l'acquérir, soit qui ne le font pas très bien, soit tu as des personnes qui sont recrutées, qui ont cette compétence, mais qui, la majeure partie du temps, du coup, se font chier parce qu'ils ne font pas ce qu'ils aiment faire et ce pour quoi ils sont faits. Donc, ce type de personnes pourraient même bosser d'une manière régulière et stable dans plusieurs boîtes pour apporter ces différentes compétences. Et le deuxième point qui, pour moi aussi, est super important, c'est qu'on voit quand même qu'aujourd'hui, il y a plein de métiers, plein de secteurs dans lesquels il y a des compétences critiques qui sont en train de disparaître et qu'on aurait besoin qu'il y ait justement des personnes qui aient ces compétences-là qui viennent reformer de manière régulière dans tous ces secteurs-là, dans toutes ces boîtes-là, reformer les personnes qui pourront prendre la suite. Pour moi, il y a plein de sujets en plus du sujet des attentes des collaborateurs qui sont des attentes plus, comme tu disais, d'avoir... Un esprit de liberté, un esprit... Ce qui n'est pas toujours le cas. Après, on pourrait philosopher dessus, mais un esprit de l'IPRD sur le côté freelancing et compagnie, machin. Mais il y a vraiment un besoin, clairement, structurel par rapport à l'évolution du monde du travail.
- Speaker #1
Et tu as raison sur un truc, c'est que... Je pense que ce n'est pas nécessaire d'être pro-CDI ou pro-freelance. L'équilibre d'une entreprise, déjà, il faut trouver son propre équilibre parce que chaque entreprise, chaque secteur d'activité a son équilibre qui lui est propre et a ses challenges et ainsi de suite. Donc, pour moi, le plus important, c'est où est-ce qu'on place ce curseur ? Où est-ce qu'on trouve son point d'équilibre ? Et aussi bien du côté entreprise que du côté salarié ou talent, en fait. Parce qu'effectivement, travailler dans un monde qui est uniquement ubérisé ou uniquement avec des indépendants crée aussi potentiellement pas mal d'anxiété. Parce qu'il y a juste à échanger avec des gens qui sont indépendants. Au début, c'est l'euphorie de l'autonomie, de l'indépendance et ainsi de suite. Et il y a aussi tous les travers de l'indépendance qui est le besoin de sécurité qu'on a tous pour se dire « Ok, est-ce que mon rôle de freelance, il est périn dans le temps ? Est-ce que je vais pouvoir être freelance jusqu'à ma retraite ? » Et si j'ai commencé à 25 ans, est-ce que je vais pouvoir faire toutes ces années en indépendant ? Et autour de ça et de tous ces problèmes, ça crée plein d'acteurs économiques, dont nous, nous sommes un, c'est-à-dire l'intermédiation entre des besoins en compétences et une offre en compétences, et de pouvoir justement éclairer les gens. Et quand je dis les gens, c'est les acteurs économiques qui emploient ces compétences et qui n'ont pas toujours connaissance de tous les formats de travail qui existent. et à la fois les gens qui offrent leurs compétences, sur lesquelles on les accompagne en étant leur premier ambassadeur, en leur donnant accès à des entreprises sur des projets, ainsi de suite, et une variété de choses. Donc, en tout cas, je suis d'accord avec toi, cette évolution-là, on ne peut pas l'empêcher. Et on en discutait aussi tout à l'heure en préparation du podcast, c'est qu'il y a l'intelligence artificielle, qu'il y a un autre phénomène émergeant depuis... Enfin, il n'est pas qu'émergeant, mais... Il est démocratisé aujourd'hui et tout le monde en parle. Et on sait que l'intelligence artificielle fait déjà et fera plus en plus des tâches à la place d'être humain. Et donc, l'IA devient un acteur économique des entreprises. Et donc, la question qu'on peut se poser, c'est dans quelle mesure les entreprises de demain, dans leur communauté hybride, implémenteront de l'intelligence artificielle ? Hier, on le voyait résumé à « Ok, j'intègre un CRM » . un ERP. Mais le CRM et l'ERP de demain, en fait, c'est une tête. C'est une intelligence qui va faire un travail avec lequel on va pouvoir échanger pour pouvoir travailler en projet, avancer sur des choses. Donc je pense que ce qui est important, en tout cas, c'est de s'exposer, c'est de prendre ces sujets-là en fonction de sa maturité, de ses besoins. Effectivement, je ne sais pas si je suis un artisan en boulangerie, est-ce que j'ai besoin de réfléchir à lire ? Oui et non, ça dépend du type d'artisan qu'on a envie d'être. Et là encore, c'est toujours le dessin d'entreprise, sa vision, le sens qu'on souhaite donner, comment on a envie d'emmener les gens derrière soi, c'est quoi le projet ? Et ça, ça doit guider beaucoup de cet accès à ces talents. Je pense que d'une manière générale, on devrait tous poser la question, parce que c'est simple de se la poser, et ça permet de refléter une chose, c'est de se dire, tiens, en fait, c'est quoi mon projet d'entreprise ? Où est-ce que je vais ? Et ça, itérer ce projet-là, même quand on est artisan boulanger, Ok, on peut juste baisser la tête et se dire ok, je me réveille à 4h du mat et je fais mon job tous les jours comme je le faisais avant mais c'est bien aussi, c'est simple de se poser de temps en temps et de se dire bon, en fait on va où ? Où est-ce qu'on en est ? Qu'est-ce qui se passe autour de soi ? Et potentiellement s'inspirer essayer une nouvelle chose et avancer avec d'autres talents
- Speaker #0
Sur le projet, je vais juste revenir sur l'IA. Je suis complètement d'accord sur l'IA parce que forcément, ça va arriver étant donné qu'il y a déjà les premières offres d'emploi qui sont passées pour recruter des agents IA. Il y a des offres d'emploi qui sont passées dessus. Alors bien évidemment, il y a une personne derrière l'agent IA, mais il y a des premières offres d'emploi qui sont arrivées pour bosser sur ce sujet-là. Sur le côté projet d'entreprise, je suis complètement d'accord aussi parce que déjà, c'est nécessaire pour une entreprise de savoir où elle va au-delà de son rôle matériel premier, d'avoir le projet, la vision de l'entrepreneur. C'est nécessaire non seulement pour pouvoir embarquer ses équipes, mais c'est aussi nécessaire pour pouvoir se dire, OK, quelle est ma vision ? Donc du coup, comment je veux me développer demain ? Parce que souvent, le problème des entreprises, et je pense que tu le sais encore mieux que moi, parce que justement, tu réponds à leurs besoins, c'est qu'ils se réveillent beaucoup trop tard quand ils ont besoin de quelque chose, qu'ils ne le prévoient pas. Donc comme ils ne le prévoient pas, ils sont en galère. Ce qui amène aussi à une augmentation d'une certaine pénurie, d'une certaine tension du marché. Donc le projet amène aussi à détendre cette partie-là. Mais du coup, au-delà du projet, parce que le projet, c'est bien, mais c'est des mots. Et quand on parle justement d'hybridation, on a parlé de certains secteurs qui le font depuis très longtemps, pour lesquels il n'y a pas de souci, parce que chez eux, c'est intégré, c'est dans les mœurs, c'est tout. Mais là, aujourd'hui, si jamais on parle de secteur tertiaire, parce que tu es un peu plus sur le côté tertiaire, si jamais on parle de secteur tertiaire, qui est celui qui est le plus... prédominant en France et qui est celui qui va être le plus touché aujourd'hui par cette hybridation et de manière la plus impactante, la plus forte, la plus violente parce que ça a été justement quelque chose qui a été rapide, tu vois comment tu fais pour manager, est-ce que t'as des tips, est-ce que t'as des points de vue, est-ce que t'as des comment dire, des idées pour manager justement ces communautés hybrides manager les différentes problématiques qu'il peut y avoir en dehors du projet, parce que le projet c'est bien mais les gens vont dire ok ton projet c'est cool mais Moi, Karim, j'ai tel statut. Jean-Michel, il y en a un autre. Qu'est-ce qu'on fait ? C'est clair.
- Speaker #1
Et potentiellement, c'est source de tension en interne. La première chose que j'ai envie de dire, c'est avant de penser à la tension que ça peut apporter, il faut déjà tendre les bras. Et l'inclusion, elle est déterminante. Et pour pouvoir inclure, il faut avoir une culture d'entreprise qui inclue. Premier sujet. Ça, c'est mon premier tips. Si je n'ai pas une culture d'entreprise qui est orientée vers l'extérieur, vers l'inclusion, vers l'inconnu et d'autres gens, ça va être difficile. Parce que chaque nouvelle personne qui va intégrer l'entreprise, ne serait-ce qu'avec un contrat différent, un statut différent, une admiration différente, sera vue comme un intrus. Et donc le groupe, potentiellement, va vouloir l'exclure. Deuxième chose, c'est l'orchestration de ses compétences. Et pour orchestrer, il faut deux choses. Il faut savoir orchestrer et il faut avoir le leadership. Donc un, savoir orchestrer. C'est ce que je disais tout à l'heure. C'est quoi un projet ? Comment ça se norme ? Comment ça se prépare ? Ça commence quand ? Ça finit quand ? Comment on itère ? Après, il y a plein de types de projets. Il y a des projets qui sont un peu tech, il y a des projets qui sont transversaux, il y a des projets qui sont avec un niveau d'expertise qui est élevé. Le plus important, c'est comprendre ce qu'est le management de projet. Et il y a beaucoup d'entreprises de service qui, pour moi, devraient être très sachantes sur cette notion de management de projet. et qui ne le sont absolument pas. Et d'ailleurs, il n'y a pas de rôle de PMO dans ces entreprises-là. C'est encore un phénomène un peu émergent. On disait, tiens, le PMO, il fait quoi en fait ? Et ainsi de suite. Mais avant, c'était le boss qui faisait ça. Mais ton boss, il ne sait pas manager un projet. Il sait livrer quelque chose, il sait organiser des équipes, il sait livrer un service ou une production. Manager un projet, c'est une autre compétence, c'est d'autres codes, c'est d'autres vocabulaires. Et il faut savoir faire. Et la dernière chose, c'est... On peut être une entreprise culturellement super inclusive, on peut avoir une grande capacité à mener des projets. Par contre, on peut manquer fondamentalement de leadership. La vision, comment on emmène les gens, comment on crée de l'engagement, comment on se regarde dans le miroir quand on a fait plein de bêtises, comment on occupe le devant de la scène. Et ça, c'est essentiel parce que s'il n'y a pas ce leadership, et avoir le bon leadership, ça ne veut pas dire faire plaisir à tout le monde. Il ne faut pas tomber dans... L'autre extrême qui est de dire, ok, du coup, je vais être dans l'inclusion, je veux bien manager mon projet, je veux bien faire. C'est vraiment important, mais cette dimension de leadership, elle fait qu'on a des communautés qui sont fonctionnelles, qui sont productives, qui livrent les projets dont on a besoin pour pouvoir faire avancer l'entreprise. Et que, la dernière chose, c'est un plaisir de le faire. Alors, et ce plaisir-là, il n'est pas censureur. C'est un plaisir qui est fait évidemment de sueur. Je fais toujours attention à ces mots de plaisir, de bien-être, parce qu'effectivement, quand on parle plaisir et bien-être, parfois les gens disent « oui, mais bon, voilà » . Non, non, c'est évidemment plein de travail, tout ça, et plein de remises en question et d'efforts. Mais je crois qu'in fine, si c'est fonctionnel, la bonne mesure de cette fonctionnalité, de cette productivité, c'est le plaisir d'aboutir à quelque chose.
- Speaker #0
Je trouve ça hyper intéressant ce que tu dis, parce que du coup, j'ai un peu la vision... de ce que tu veux mettre en place, de ce dont tu parles, ce que tu conceptualises, qui est le fait de se dire qu'on va reségumenter le travail en différents projets. Chaque projet doit être managé d'une manière particulière par quelqu'un qui va orchestrer toute l'équipe et qui va manager le projet. Le tout qui sera potentiellement leadé par cette personne-là, mais aussi potentiellement leadé par un lead global sur un projet qui englobe l'ensemble des projets inhérents à lui. Et ça, je trouve ça intéressant. Parce que ça veut dire que du coup... Il faut que tu aies une personne qui ait une vision globale, et qu'à l'intérieur de cette vision globale, on ait des micro-visions de chaque espace. temps, travail, puisse être pris en main par une équipe et qu'à l'intérieur de ça, forcément, si jamais tu fais en sorte de complémentarité, de complémentarité, de compléter, pardon, les différentes compétences pour pouvoir justement atteindre quelque chose, ça veut dire que tu arrives à un point. Est-ce que tu ne penses pas que la réussite de ça doit passer obligatoirement par une forte reconnaissance de chaque finalisation du projet ? Parce que la finalisation, la reconnaissance de chaque finalisation du projet amènera à une reconnaissance. d'équipe projet, et donc du coup qui donnera de la consistance à ce moment de travail, et qui de fait créera des liens entre des personnes au-delà du contrat en lui-même, et un petit peu au-delà de leur situation, parce que là on parle de contrat, mais au final t'es sur une question qui est un peu plus holistique, qui est un peu plus globale, justement de l'inclusion en tant que telle, parce que finalement, d'après ce que tu dis, et j'avais jamais eu cette vue-là, et je le conçois, les différents contrats sont une forme d'inclusion d'entreprise. Est-ce que tu penses que justement... Parce que je ne pense pas que cette reconnaissance est vraiment primordiale.
- Speaker #1
Si, mais je crois que c'est toujours le cas en fait. Je pense que si le travail qui conduit à la production de quelque chose n'est pas reconnu, que ce soit dans une forme financière ou dans une forme sociale, on va dire. Sociale, ce que j'entends par là, c'est la mise en avant du projet. la reconnaissance du travail de chacun dans ce projet, une forme de mise en avant qui ne soit pas forcément pécuniaire. Je crois que c'est la dernière élite de nous tous, c'est d'être fier de ce qu'on fait, c'est de voir l'impact de ce qu'on fait et de se dire que ce qu'on fait apporte et contribue à quelque chose. Et donc la reconnaissance, c'est déjà la mise en avant de cette contribution. Et tout ce qui peut en découler. Est-ce que c'est une contribution qui nécessite, je ne sais pas, une récompense financière, une promotion, l'investissement sur un autre projet, le fait de pouvoir accepter une demande, et ainsi de suite ? Si. Et je pense que c'est le pouls de n'importe quelle entreprise. On a tous besoin de reconnaissance. Et quand on travaille ensemble avec des gens à plein d'égards. Même si ces gens-là, ils ne restent pas dans l'entreprise demain, ils repartent parce qu'ils ont accompli leur mission. Être capable de les mettre en avant et de les remercier pour leur contribution à l'entreprise, ça me paraît essentiel parce qu'en espérant que demain, on ait un autre projet, ça serait super de pouvoir les appeler et d'avoir des ambassadeurs qui vont dire « Tiens, j'ai pensé à toi » . Peut-être que Nicolas, tu me diras « Non, mais écoute, moi, j'ai pas le temps en ce moment. Par contre, tu me feras une super recommandation. » pour pouvoir rebondir sur quelqu'un d'autre et dire, tiens, je pense à quelqu'un d'autre qui est vraiment super et qui pourrait t'aider. Et c'est l'histoire de communautés, d'écosystèmes et de se dire, on connaît des gens et ça nous permet de nous soutenir dans nos efforts, dans nos projets d'entreprise ou dans notre département et dans notre activité.
- Speaker #0
On a parlé de l'émergence des communautés hybrides qui datent d'il y a un petit moment. On a parlé de ces communautés un petit peu partout, de la manière dont elles se manageaient, du fait que... demain, ça sera peut-être quelque chose qui sera obligatoire. En tous les cas, l'évolution du monde du travail va être une certaine hybridisation pour plein de sujets différents. Si jamais je devais te poser une dernière question, comment tu le vois, l'avenir des contrats d'entreprise ? Est-ce que tu vois une perduration du CDI ? Est-ce que tu vois une gigification ? Une explosion de la gigéconomie ? Comment tu le vois, l'avenir de la relation entre les collaborateurs et les entreprises ?
- Speaker #1
Écoute, je pense qu'elle sera de plus en plus fluide. Là encore, c'est un mot qui est à la mode, mais ce qu'on voit dans les comportements des talents, c'est des jeunes qui font leur entrée sur le marché du travail directement dans un format de freelance et qui, au bout de trois ans, se disent « Ok, j'ai pas assez de cadres, j'ai pas assez de repères. » Il faut que je m'inscrive dans une entreprise qui va me cadrer, qui va me donner des normes, qui va me donner un moule. Tout ce que les autres jettent, en fait, après avoir fait 10 ans dans une bonne, c'est pas possible. Il me faut de l'indépendance. J'ai envie d'avoir plus de flexibilité. J'ai envie d'avoir plus de latitude. Mais on voyait des gens, en fait, aussi au travers de gens qui sont en CDI et qui disent, souvent, les gens qui viennent de petites entreprises, disent « Ouais, bon, c'est super, on touche à tout, on fait tout. » Ça manque de structure. Et les gens qui sont dans les grosses boîtes, ils disent « Ah non mais bon, la structure, elle m'écrase, j'en peux plus, il me faut plus de latitude, il me faut plus d'indépendance. » Et donc moi, je rêve de travailler dans une entreprise qui est plus flexible. Donc, il y a toujours plein de paradigmes dans lesquels, au travers de notre carrière, notre personnalité, le temps qui avance, nos désirs, en fait, ils changent. Et je pense que... la capacité à passer d'une entreprise d'un format de travail à un autre, et ça sera le cas demain de se dire, ok, j'ai commencé ma carrière en indépendant, c'était super, mais aujourd'hui j'aimerais bien avoir de la sécurité, avoir un CDI, et à l'inverse, j'ai fait la moitié de ma vie où j'ai fait mes premières années de ma carrière en CDI, et j'ai envie de plus d'indépendance, j'ai envie d'autonomie, bah, demain c'est ça, et je pense qu'il y aura des ponts qui seront de plus en plus aisés, notamment parce qu'en France, on a une chance incroyable. Il y a beaucoup d'aide autour de la formation que les gens, d'ailleurs, n'utilisent pas assez pour pouvoir rebondir, pour pouvoir investir dans leurs compétences, pour préparer le prochain pas, en fait, de leur vie professionnelle. Et il faudra, à mon sens, de la formation pour passer d'un statut de CDI à du freelance, parce qu'en fait, les codes changent. Parce que l'autorité, l'écosystème, l'environnement auquel je suis ne m'offre plus du tout les mêmes choses. Et si on s'y apprend, On ne s'y prépare pas. On ne se forme pas de ça. Je pense qu'il y a aussi beaucoup de gens qui vont revenir et qui seront déçus et qui rateront des étapes professionnelles parce que demain, oui, c'est grisant de pouvoir se dire que je suis à mon compte, je facture quand je veux, je me lève le matin quand je veux, je rends des comptes quand je veux. La réalité, c'est est-ce que je suis capable de le faire ? Est-ce que je suis capable de bosser en autonomie ? Est-ce que je suis capable de... de me donner la discipline de le faire. Est-ce que demain, je serai capable de bosser et de designer des choses, concevoir des choses ? Il y a des gens qui ont des désirs et il faut juste en tout cas les encourager, les éclairer au bon endroit pour leur dire, super, faites-le. Par contre, il faut aussi de la formation, il faut aussi faire des rencontres. Ça, c'est aussi important. Et dans ce futur fluide que je vois. Il y a aussi un autre élément émergent, c'est les communautés digitales. Aujourd'hui, on peut facilement, avec son expertise, former une communauté. Très facilement. Et ça, c'est un support, c'est d'ailleurs un moyen de se former, c'est un moyen d'apprendre, c'est un moyen d'échanger de l'information, c'est un moyen de sécuriser son futur. Et d'ailleurs, je trouve que c'est le propre aujourd'hui principalement des indépendants. Mais ça ne devrait pas être le propre des indépendants, ça doit être le propre de n'importe quel professionnel qui s'intéresse à un sujet et qui va partager ses tips sur, je ne sais pas, une expertise, un sujet, comme les gens le font sur du gaming, sur plein de sujets, et ils font partie de communautés. D'un point de vue pro, c'est plus structuré côté des indépendants que des non-indépendants.
- Speaker #0
J'aime bien cet avenir de communauté, mais surtout ce que je retiens, parce que ça se développe de plus en plus, ça c'est hyper intéressant, mais surtout ce que je retiens, vraiment, d'hyperimportance et ce côté fluidité dans lequel tu crois. Je suis persuadé aussi que ce sera la même chose. J'espère que ce sera la même chose. Je vois bien aussi une fluidité du côté des entreprises qui elles-mêmes seront beaucoup plus flexibles dans leur manière d'appréhender et qui seront capables de répondre aux différents moments de vie des personnes qu'elles intègrent chez elles. Et surtout, j'adhère mille fois à ce côté formation nécessaire pour passer d'un statut à un autre. Parce qu'on l'a vu, et ça a été une hécatombe stratosphérique après le Covid. de toutes ces personnes qui sont parties en freelance, qui sont parties en autre entrepreneur, qui n'avaient aucune idée de ce que ça pouvait être que de monter une boîte, que de faire du commerce, comme tu le dis, que de faire tout ça. Et que si elles avaient été formées, soit elles se seraient dit, non, j'y vais pas, soit elles auraient eu les billes pour peut-être passer autour. Donc ce côté formation, pour moi, il est vraiment essentiel. Il est vraiment essentiel. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci à toi. Merci pour l'invitation.
- Speaker #0
C'était cool. C'était super. C'était très bien. Merci à toutes et à tous. J'espère que ça vous aura plu. Si jamais vous avez des questions, n'hésitez pas à me les poser en commentaire. N'hésitez pas surtout à les poser à Frédéric. Je vous mettrai tous les liens en dessous dans la description de l'épisode. J'espère que ça vous aura plu. En tous les cas, c'est un épisode que j'ai trouvé hyper sympa parce qu'on a parlé d'avenir, mais du vrai avenir. On n'a pas parlé du faux avenir. On a parlé de l'avenir qui est en train de se construire des entreprises. On ne sait pas si demain, ça sera ça. Mais en tous les cas, on a essayé une projection qui était plutôt très intéressante. Donc, merci beaucoup, Frédéric. Et moi, je vous dis à très vite pour un nouvel épisode. Merci. Merci à toi. Félicitations ! Vous avez encore écouté un épisode du Barbu jusqu'au bout. Le Barbu vous donne des clés pour décortiquer le monde du RH d'aujourd'hui et de demain. C'est gratuit et surtout, c'est fait avec l'occurrence. Le meilleur moyen de vous aider ? Vous avez juste à mettre un avis 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée. Je compte sur vous et à très vite !