Speaker #0Bienvenue dans cette série de 7 épisodes autour de ces petites histoires que les coiffeuses peuvent parfois se raconter quand la fatigue s'installe, quand elles arrivent à saturation ou simplement quand elles essaient de continuer à tenir. A chaque épisode, je vais vous parler d'une de ces histoires. Bonne écoute ! L'histoire du sacrifice, cette petite phrase mensongère que beaucoup de coiffeuses se racontent jour après jour. Je vais juste faire un dernier effort et ça ira mieux après. Alors pourquoi j'appelle ça une phrase mensongère ? Parce qu'on sait pertinemment que c'est quelque chose qu'on se répète pour se rassurer, mais surtout que l'on sait que l'on va répéter au fil des jours, des semaines, voire des mois ou des années. Et là, c'est plutôt le côté sacrifice dans le sens où je vais donner encore un peu plus de ma personne et je vais encore faire plus plaisir. Mais à quel prix ? On en parle tout de suite dans ce nouvel épisode. Le cheveu fil de l'âme. Ce podcast s'adresse aux coiffeuses qui sentent que la coiffure commerciale ne répond plus à leurs besoins de sens. Je suis Marie-France, coiffeuse depuis plus de 40 ans. J'ai longtemps pratiqué la coiffure de transformation, avant de réaliser que les cheveux ne demandent pas toujours à être changés, mais à être écoutés. A travers mon parcours, j'ai compris que les cheveux parlent, qu'ils racontent l'histoire intérieure des femmes, leurs émotions, leurs passages de vie, leurs besoins inconscients. et que dans notre posture de coiffeuse, soit on peut rester à la surface, soit devenir un véritable espace de rencontre humaine. Je suis sûre que tu as déjà pratiqué de cette manière depuis tellement longtemps que c'est devenu une routine. Accepter une cliente supplémentaire pendant ta pause de midi, terminer au moins une demi-heure plus tard, tu repousses tes rendez-vous perso et tu te dis que ce n'est qu'une période compliquée et puis qu'après, tu vas pouvoir souffler. Sauf que ce dernier effort, comme tu penses donner, bien souvent, il finit par devenir tellement un mode de fonctionnement que les semaines, elles passent, puis les mois et bien souvent les années. Alors, si tu continues à tenir grâce à l'idée qu'un jour, ça va passer, je crois que ça va être très difficile. Parce que ce fameux après, Il arrive jamais vraiment. Je suis sûre que tu l'as déjà remarqué, mais c'est devenu tellement ton mode de fonctionnement que je pense que tu ne te poses peut-être même plus la question. Pourtant, ton corps t'a envoyé des signaux. Il t'en envoie tous les jours. Tu te sens lourd, tu es fatigué, tu bloques, tu es agacé. Et souvent plus vite qu'il ne le faudrait. Mais malgré ça, tu continues. Oui, je sais, tu aimes ton métier. Tu as envie de bien faire. puis tu as envie surtout de ne décevoir personne. Alors, moi je te dirais qu'à force de vivre en attendant ce fameux prochain répit, on oublie parfois de se demander combien de temps on va encore fonctionner comme ça. Et puis cette question, on se la pose parfois après longtemps, parce que là vraiment le corps à un moment peut-être que lui il n'en peut plus. Et c'est là où on va peut-être commencer à se poser les questions. Qu'est-ce que ça peut cacher ? Tu sais, derrière cette histoire, il y a souvent la peur de ralentir, la peur d'être jugée parce qu'on est moins courageuse ou moins professionnelle. Et puis, il y a toute cette croyance qu'il faut mériter le repos. Tu sais, le fameux « il faut travailler dur pour y arriver » . Alors toi, peut-être que dans ton éducation, il y a une croyance ancrée comme ça en toi, de par cette réflexion qu'on t'a peut-être faite quand tu étais plus jeune. Ou bien en te voyant assise, en te disant mais enfin t'as rien d'autre à faire. Moi ça me rappelle un truc, quand ma maman me disait, parfois elle avait l'impression qu'elle me voyait tourner en rond dans la maison, et systématiquement elle me disait, tu sais pas quoi faire de tes dix doigts toi. Elle dit, moi de mon temps on s'ennuyait jamais, nous étions toujours occupés. Alors en fait j'ai jamais su si c'était vraiment par amusement qu'elle était occupée, ou si c'était à travailler. Mais comme j'ai pris cette remarque plutôt comme une critique, alors moi j'imaginais qu'elles travaillaient. Bon, il faut quand même savoir qu'ils étaient 8 enfants dans la famille, alors j'imagine qu'ils devaient sûrement devoir donner un coup de main dans la maison. Pour ma part, moi, la croyance c'était qu'il fallait travailler beaucoup pour gagner beaucoup d'argent. Et puis en fait, comme mes tarifs étaient plutôt bas, imagine un peu le nombre de clientes par jour que j'aurais dû faire pour bien gagner ma vie. Mais là de nouveau, ça appartient à chacun, c'est quoi bien gagner sa vie ? Mais surtout j'ai envie de dire, à quel prix ? Est-ce que tout ça vaut vraiment la peine ? Alors je pense qu'à nos débuts, on ne se pose pas la question, on y va franco. On se dit on est là, on bûche, En plus on a aussi cette fameuse phrase qui se répète, ouais mais tant que t'es jeune, vas-y, profites-en, c'est maintenant que t'as toute l'énergie qu'il faut à donner. Ouais. Ok, c'est une façon de voir en fait. Alors pour revenir à ces exemples que tu vois certainement en routine chez toi, le fait, tu sais, tu ajoutes ta cliente au bout de l'agenda, alors que tu sais très bien que ton agenda il est complet. Mais non, tu ne veux pas décevoir. Tu vas donc t'empêcher de dîner, parce qu'il faut que tu gagnes cette heure-là quelque part pour ne pas postposer toutes les autres qui vont suivre. Et donc le soir, ça te rallonge tes journées. Et puis quand tu rentres chez toi, tu te dis... Ça y est, il va mieux demain. Et puis bien souvent, demain, c'est le même scénario. Pose-toi une question. Depuis combien de temps es-tu en train de faire un dernier effort ? Alors, je t'invite à une petite piste de réflexion. Juste une petite action simple que tu peux tester. Disons que pendant une semaine, tu vas observer chaque fois que tu prononces les mots « aller » Encore une fois, c'est la dernière. Et puis tu le notes sur une feuille. Et puis tu vas découvrir peut-être à quel point cette phrase elle rythme tes journées, tes semaines. Peut-être que tu le dis tellement par habitude que tu ne t'en rends même pas compte. Et tu ne te le dis même plus, tu le fais. Alors au fond de toi, qu'est-ce qui te pousse tant à fournir autant d'efforts ? Qu'est-ce que cela t'apporte ? versus qu'est-ce que cela te coûte ? Peut-être que tu vas découvrir quelque chose en toi qui va émerger et puis t'aider à comprendre ce mode de fonctionnement. C'est quoi qui te fait te sentir obligé ? Et je ne sais même pas si c'est te sentir obligé, c'est presque un automatisme en fait, c'est devenu normal. C'est là où c'est dangereux, parce que cette normalité, on ne la remet plus en question. puisqu'elle est normale. On ne se demande pas si c'est juste ou si ce n'est pas juste. Et là, j'en reviens à questionne ton corps. Qu'est-ce que lui, il te dit quand tu as fini ta journée ? Ou quand tu as accepté une cliente que tu as hésité, mais bon, pour ne pas décevoir, je la prends quand même. Est-ce que tu as senti cette résistance dans ton corps qui disait « Non, ne fais pas ça ! » Mais oui, je le fais quand même. Ton corps qui fait sentir la fatigue, qui fait sentir l'énervement peut-être plus rapide que d'habitude. Des choses qu'avant te paraissaient banales qu'aujourd'hui tu supportes de moins en moins. Tu vois, tous ces petits détails qui à un moment donné vont percuter et te dire « Mais tu ne me reconnais plus, c'est quoi ce cirque ? Je n'étais pas comme ça avant. Là j'ai l'impression d'être toujours à bout de nerfs, d'être sur le qui-vive, de réagir du tac au tac, d'être… » excité, énervé tout le temps. Alors dis-toi qu'en plus, c'est les clientes qui vont finir par trinquer, ça c'est sûr. Donc au bout du compte, t'auras beau vouloir faire plaisir, ça va se payer, tôt ou tard. C'est un peu comme le fameux de ne pas oser dire non, mais de se dire, ben voilà, je prends cette personne-là, parfois même à contre-cœur, parfois tu le fais certainement avec plaisir, mais même. C'est là où je te demande, pose-toi la question, si c'est avec plaisir ou à contre-cœur, qu'est-ce qui te motive derrière ces deux décisions ? Si tu le fais à contre-cœur, pourquoi vraiment alors tu le fais ? Qu'est-ce que ça va venir nourrir derrière qui va te dire « Ouais mais si, il faut quand même parce que » et puis le parce que, il t'appartient. Et puis si tu le fais de bon cœur, ah bah ouais, moi aussi c'est chouette, on est encore une cliente, je suis contente, puis j'ai encore de l'énergie, et puis ça va être de l'argent en plus, et puis je ne sais pas, de nouveau, ça t'appartient. Même si c'est dans le bon sens, qu'est-ce que tu viens nourrir ? Alors tu peux me dire, bah mon métier, j'aime ce que je fais. Mais quand tu commences à dépasser des heures pareilles, à les ressalonger tes journées, et que malgré tout la fatigue est là, et c'est souvent quand on le fait d'ailleurs même, de bon cœur, ah si, allez, ça va être sympa, machin, bazar. Même si je suis fatiguée, ce n'est pas grave, je sens que je peux encore le faire. Et c'est là où on s'oublie, c'est dans sa fatigue physique. qui va tourner à fatigue psychologique, mentale, émotionnelle. Et puis tout ça, ça va faire une grosse boulette et à un moment on va se sentir tellement mal qu'on va s'écrouler. Alors le sacrifice il est bien gentil, mais si le jour où vous tombez malade parce que vous ne pouvez plus assumer, dites-vous bien que vos clientes, elles vont aller ailleurs parce qu'elles, elles sont bien gentilles, compatissantes et tout ce que vous voulez, empathiques, mais leurs cheveux continuent de pousser. Et donc, il faut bien qu'elles aillent se faire coiffer. Alors oui, elles vont peut-être aller ailleurs le temps que vous vous requinquez, et puis elles reviendront. Et puis il y en a qui ne reviennent pas. Bon, ça, pour diverses raisons. On ne peut pas toujours le savoir. Mais on n'est pas irremplaçable. Tu n'es pas unique. Alors tu peux l'être tant que tu vas bien aux yeux de tes clientes. Parce que tant que tu donnes, c'est OK. Et ce n'est pas méchant, ce n'est pas non plus envers la cliente ou quoi que ce soit, c'est que c'est même humain. On prend là où on nous donne. Et puis quand on ne donne plus, on va chercher ailleurs. Et puis parfois on va peut-être trouver mieux, peut-être moins bien. Ils iront encore ailleurs et ils chercheront, ils continueront de chercher. Et peut-être qu'ils reviendront près de toi. Mais tout ça. Est-ce que ça vaut la peine de mettre la santé à ce point en jeu ? Alors même si derrière, malheureusement, ce qui nous pousse souvent, c'est le côté financier, de nouveau, c'est bien, mais gagner autant d'argent pour en fait finir par le mettre dans tes soins médicaux, j'entends, c'est peut-être pas aussi intéressant que ça en fait. Enfin voilà, je voulais t'amener un petit peu à ce questionnement que tu pourrais te faire sur ce côté du sacrifice. Même si le terme peut te sembler fort, moi je trouve que non. Parce que je suis persuadée que si au nombre des années que tu travailles, tu as dû en faire un sacré paquet de sacrifices. Que ce soit à contre-cœur ou pas. Mais bon, derrière le mot sacrifice, en général, il n'y a pas une connotation hyper positive, on va dire. Parce que dès l'instant où c'est un sacrifice, se sacrifier, c'est violent quand même, non ? Mais quand on accumule, ça devient ça en fait. Dis-moi un petit peu de ton côté ce que tu en penses. Dis-moi un petit peu comment tu as pu vivre toi-même ces situations-là. Est-ce que tu les vis encore ? Et est-ce que tu peux réussir à mettre les mots dessus, à réellement creuser en toi ? Et ça, ça te prend vraiment un moment d'introspection, mais vraiment quand tu es seul, tranquille, au calme. Et vraiment d'aller voir c'est quoi que tu nourris profondément à l'intérieur, au-delà du j'ai envie de faire plaisir à mes clients, j'ai besoin de gagner d'argent, ça c'est très superficiel. Mais au fond, c'est quoi que tu nourris ? C'est quoi qui te motive ? Est-ce une croyance installée depuis ta petite enfance ? Ou même depuis peu, n'importe, mais est-ce que c'est une croyance qui te fait penser que ça doit être comme ça et pas autrement ? Et qu'est-ce que ça t'apporte à toi ? Et de nouveau, ça va aller toucher tes propres valeurs. Si tu viens m'en parler, je me ferai un plaisir de te répondre et puis de converser avec toi pour voir un petit peu comment ça se passe pour toi au salon, dans ta vie de tous les jours, parce que ça se reflète effectivement dans la vie de tous les jours. Mais là, on parle vraiment salon de coiffure et ton lien avec les clientes dans le mode sacrifice. Si cette histoire vous a parlé ou si vous avez simplement envie de prendre un peu de temps pour y repenser, alors je vous ai préparé un petit e-book qui reprend les 7 histoires dont je vous parle dans cette série. Vous trouverez le lien pour le télécharger directement dans la description de cet épisode et vous pourrez ainsi retrouver les différentes histoires, les relire tranquillement et qui sait, peut-être laisser certaines choses faire leur chemin à votre rythme. Dans le prochain épisode, j'ai envie de te parler d'une autre histoire, celle que l'on pourrait appeler la normalisation. Je te laisse la découvrir la semaine prochaine. En attendant, je te dis à bientôt et merci de ton écoute. Au revoir.