- Speaker #0
Toutes les études le montrent, le fait d'avoir un cadre qui est établi permet à l'ado de se situer là-dessus, même s'il fait des écarts, il le suit quand même grosso modo.
- Speaker #1
Hello, bienvenue dans Le Passage. Je suis Laure, médecin, maman créatrice du média Le Coeur Net. Dans le podcast, on parle d'adolescence autrement, vous avez l'habitude maintenant avec le cœur, avec la science, et toujours sans jugement, j'y tiens. Et dans ma newsletter qui est dans les notes de cet épisode, vous pouvez aller... un petit peu plus loin et lire le bonus podcast gratuit qui contient des conseils concrets, des données à retenir pour prolonger cet épisode à la maison. Aujourd'hui, on va parler du sommeil. Il y a d'ailleurs quelque chose d'assez injuste dans cette histoire. À la maternité, on nous promettait que nos bébés, une fois ados, dormiraient à poing fermé. Et non ! 10-15 ans plus tard, c'est pas forcément... faciles, ils n'arrivent parfois pas à fermer l'oeil, pendant que nous on aimerait bien les voir juste dormir. Donc bref, le sommeil c'est un sujet que beaucoup de familles connaissent trop bien avec des nuits qui n'en finissent pas et aussi parfois des réveils impossibles pour aller en cours et nous on pense souvent qu'il suffit de dire couche-toi tôt ou éteins ton tel pour que tout rentre dans l'ordre. Vous allez voir, spoiler, c'est pas si simple, c'est pas du tout juste une question de volonté. Pour en parler, j'ai la chance d'accueillir le docteur Sylvie Royan-Parola. Elle est psychiatre, spécialiste du sommeil, fondatrice du réseau Morphée et la rédactrice en chef de la revue en ligne Le Monde du Sommeil.fr. Avec elle, on va comprendre ce qui se joue vraiment dans le corps d'un ado quand il dort, pourquoi son horloge biologique se décale naturellement, et surtout ce qu'on peut faire, nous les parents, pour l'accompagner sans se transformer en gendarme du coucher. Je vous souhaite à tous une bonne écoute. Bon, enchantée Sylvie, merci d'être là. Bonjour. Enchantée aussi. Quelle était votre musique d'ado alors ?
- Speaker #0
Ah, je crois qu'ado, ce que j'ai écouté en boucle, c'est l'Aigle Noir de Barbara.
- Speaker #1
Magnifique. Puisqu'on est sur la thématique du sommeil, est-ce que vos parents étaient pénibles sur la question du sommeil ?
- Speaker #0
Non, parce que j'étais quelqu'un qui avait besoin de beaucoup de sommeil ado, et je ne tenais pas le soir, donc ils avaient vraiment besoin de rien dire. Je me précipitais au lit et je dormais.
- Speaker #1
D'accord, et le fait d'avoir été à l'aise comme ça avec le sommeil, finalement, ce n'était pas un sujet. Ça prédit le fait de venir après médecin chercher un peu sur cette thématique ou pas plus que ça ?
- Speaker #0
Ce que j'avais repéré, c'est que le sommeil, c'était extrêmement réparateur pour moi, mais vraiment quelque chose de magique. C'est-à-dire, si j'étais fatiguée, malade, etc., je dormais plus, mais après, je me réveillais vraiment en forme. Donc, pour moi, le sommeil, ce n'était à la fois pas un sujet parce que ce n'était pas un problème, en tout cas. Mais ce qui était très remarquable déjà,
- Speaker #1
c'était que c'était quelque chose qui était très réparateur. J'imagine. Et je sais que beaucoup d'enfants qui s'écoutent un petit peu arrivent à capter cette notion de réparation par le sommeil. Et d'ailleurs, justement, j'aimerais bien qu'on écoute ensemble des micro-trottoirs, des collégiens, des lycéens. Et j'aimerais bien que vous me donniez votre avis ou que vous réagissiez à chaud. Alors le premier, c'est un jeune homme que j'ai croisé hier, un collégien.
- Speaker #2
Moi, quand je suis mal dormi, je suis... Je ne suis pas concentrée, j'ai envie de m'endormir. Dès que je m'ennuie, j'ai suridée, je n'arrive pas à tenir une conversation. Quand je vois ce signe, j'essaie de tenir jusqu'à chez moi. Quand je suis chez moi, je dors.
- Speaker #0
C'est tout moi ça, quand j'étais ado. Oui, mais c'est vrai qu'il y a des enfants qui le perçoivent très bien et pour lesquels ce lien avec le sommeil est extrêmement fort. Voici maintenant une lycéenne.
- Speaker #1
Moi, je suis très déphasée. Le soir, je n'arrive pas trop à bien dormir. Et du coup, si je dors tôt, je vais forcément me réveiller vers 2h, 1h du matin et je ne pourrai plus me rendormir. Je ne reste pas debout par plaisir. C'est juste parce que je n'arrive pas à dormir du tout.
- Speaker #0
Oui, on va sûrement en reparler, mais il y a effectivement des enfants et des ados qui vont avoir un sommeil tardif et qui ont une horloge un petit peu qui est décalée. Bon, il y a quand même un certain nombre de choses justement à faire ou à ne pas faire. pour pas accentuer cette tendance, mais cette jeune fille est tout à fait là-dedans.
- Speaker #1
Ouais, tout à fait, comme beaucoup de jeunes. On parle aussi de retard de phase, c'est ça ? Oui, oui, oui. Ok, extrait suivant. Les parents, ils doivent parler avec leurs ados pour le sommeil et tout, parce que vu qu'on est encore jeunes, on sait pas ce qui est bien pour nous ou pas. Et juste avoir la bonne façon de parler avec ses enfants pour pas leur mettre de la pression. Pour bien dormir la nuit et tout, pour... Il faut faire des activités pendant la journée, comme ça le soir on est fatigué et on récupère tout ce qu'on a fait pendant la journée. Je fais beaucoup de marche le soir, après de manger, ça fait du bien et quand je rentre je dors direct.
- Speaker #0
Oui, mais cette jeune fille souligne tout à fait le fait que finalement, il n'y a jamais d'éducation au sommeil. Alors les parents, ils sont un petit peu démunis parce qu'on ne leur a jamais rien appris. Et ce qu'ils vont essayer de transmettre, c'est par rapport à leur sommeil à eux. Mais en réalité, il y a effectivement toute une physiologie des règles, une organisation du sommeil qu'il faudrait connaître. Et là, pour le coup, ça devrait être à l'école qu'on apprend ça.
- Speaker #1
Oui, c'est juste. Mais c'est vrai qu'on parle beaucoup du sommeil des jeunes enfants, des bébés. Non mais c'est vrai, les... Les trains du sommeil, on parle beaucoup de choses à la toute petite enfance, mais finalement plus tard chez l'ado, c'est vrai qu'on n'éduque pas, et à l'école non plus, à ce que je sache. Extrait suivant.
- Speaker #3
Donc pour mieux m'endormir, je mets en place pas grand-chose, je ferme les volets, je me douche, je me brosse les dents, et je me couche. Je me couchais quand j'étais jeune, du coup maintenant je débarque à trois.
- Speaker #0
Donc il assise sur le rituel et... Le rituel pour s'endormir, c'est important parce que c'est un moment de préparation et on ne peut pas zapper ce moment de préparation. C'est autant de petits signaux qui donnent à notre corps et à notre cerveau le signe que bientôt on va dormir.
- Speaker #1
Justement, nous les parents, on a tendance à dire parfois il a besoin de dormir plus, il ou elle en tout cas, mais concrètement, qu'est-ce qui se joue dans le corps, dans le cerveau d'un ado quand il dort ?
- Speaker #0
Ce qui se passe dans le cerveau de l'ado quand il dort, c'est exactement pareil. Avec des fonctions un peu plus spécifiques, parce qu'un ado, il est en train de grandir, il est en train d'apprendre beaucoup. Mais c'est pareil que chez l'adulte, à tout moment, en fait, le cerveau, il est vraiment là pour finalement retraiter l'information de la journée. Stocker ce qu'il faut stocker, enlever ce qu'il faut enlever. Et puis, sur le plan physique, sur le plan de l'énergie, être le reconstituant de tout ce qui va se passer.
- Speaker #1
Et si on manque de sommeil pendant plusieurs nuits d'affilée, à partir de quand ça devient vraiment un problème ? problème pour un ado ?
- Speaker #0
Tout dépend de combien on dort en moins, en fait. Si c'est une grosse privation, ça peut aller très vite parce qu'il va y avoir des conséquences immédiates rapidement. Si, en revanche, c'est dormir en moins une heure ou deux heures, il va y avoir des conséquences qui, là, pour le coup, vont être plus longues à se ressentir, notamment sur le poids, par exemple, sur la régulation du poids, où il faut un certain temps pour que Les mécanismes qui devraient se mettre en place ne se mettent pas en place du fait de la privation de sommeil. Et du coup, que les aliments soient à la fois ingérés en plus grand nombre et pas métabolisés comme ils devraient, donc l'ado se met à grossir.
- Speaker #1
Justement, il y a vraiment un lien, c'est un peu contre-intuitif en fait, je trouve, entre le poids et le sommeil. Ça, ça s'explique à quel niveau ?
- Speaker #0
Ça s'explique très bien, enfin très bien depuis les années 2000, puisqu'il y a eu des travaux qui ont montré à ce moment-là exactement ce qui se passait. Il y a des hormones qui vont couper l'envie de manger et des hormones qui vont permettre d'éliminer plus les aliments. C'est la leptine et la gréline. Et ce sont des produits qui, quand on est en privation de sommeil, ne vont plus être sécrétés de la même façon et du coup ne vont plus du tout jouer son rôle ou même au contraire avoir un rôle qui va être complètement inversé.
- Speaker #1
Et donc vraiment, il faut s'imaginer qu'on régule moins bien notre faim. Quand on dort moins bien, c'est ça. Ça, je pense qu'un jeune, il peut l'entendre. Souvent, d'ailleurs,
- Speaker #0
les jeunes qui sont en privation de sommeil, il y a le sentiment d'un manque d'énergie. Donc, ils vont essayer de manger un peu plus pour être un peu boostés, en quelque sorte.
- Speaker #1
Avec un peu de sucre, on se dit, allez, ça va repartir. Ça,
- Speaker #0
c'est le pire, parce qu'après, c'est pouf. Erreur.
- Speaker #1
Et on parle aussi beaucoup des écrans, le fait de scroller sur les écrans, avoir des discussions interminables au téléphone avec nos amis. Ça semble assez anodin, habituel maintenant pour les ados. Souvent, c'est le soir aussi, après le collège, le lycée. C'est quoi le risque derrière tout ça ?
- Speaker #0
C'est essentiellement de ne plus sentir les signaux de sommeil et donc du coup, ne pas avoir envie de dormir et donc éventuellement s'endormir très tard. Et ça, toutes les études le montrent. Dès qu'il y a un téléphone, enfin un smartphone plus précisément, qui arrive dans la vie d'un jeune, et parfois c'est très tôt, on le voit... Même au cours élémentaire 2, il y a des enfants qui ont déjà un téléphone. Et quand on compare ceux qui ont un téléphone et ceux qui n'en ont pas, on voit que le temps de sommeil se réduit. Donc c'est ça le gros souci.
- Speaker #1
On a beaucoup parlé de la lumière bleue aussi, des écrans, qui n'est pas terrible pour le sommeil.
- Speaker #0
Non, parce qu'effectivement, il y a à la fois le temps qu'on passe sur le téléphone qui va empiéter, bien sûr, sur le sommeil, mais c'est en parallèle aussi avec la sensation de ne pas avoir sommeil. C'est-à-dire que non seulement il y a la dynamique de l'action que l'on mène, discuter avec l'autre ou chatter avec l'autre, mais il y a aussi un effet physiologique qui est lié à un effet direct de l'écran qui est proche des yeux, donc qui stimule énormément la rétine avec une lumière plutôt bleutée. Tous ces super écrans rétina, c'est ce qu'ils apportent. Et du coup, il y a un blocage de la mélatonine qui va contribuer à cette non-sensation de sommeil. La mélatonine, c'est une hormone qui va ouvrir un espace où l'on peut dormir. C'est-à-dire que c'est vraiment un donneur de temps. Donc ça va permettre... que le sommeil soit possible dans cet espace-là au moment où elle est sécrétée. Et du coup, il y a effectivement un rythme qui est particulier chez l'adolescent parce que spontanément, elle est retardée un petit peu. Et du coup, le rythme d'un ado, il est globalement et statistiquement plus souvent décalé plus tard le soir que quelqu'un qui va être plus âgé.
- Speaker #1
Hyper intéressant. Et en fait, si on devait donner des repères aux parents, des repères plutôt de chiffres, Ce serait quoi la fourchette normale pour un ado ? À partir de quand on va parler de privation de sommeil ? Au contraire, à partir de quand on peut être rassuré ?
- Speaker #0
C'est difficile d'avoir des fourchettes de chiffres parce que le sommeil est individuel. C'est-à-dire qu'il y a des gens qui sont court-dormeurs, des gens qui sont long-dormeurs. Donc quelqu'un qui est long-dormeur et qui aurait besoin de 10-11 heures par nuit, surtout un ado, s'il ne dort que 8 heures, il va déjà être en privation. Mais si c'est un ado qui a plutôt besoin de 8 heures, S'il dort 8 heures, il sera très bien. Mais où on se met tous d'accord, c'est qu'on est en alerte. C'est quand on voit un adolescent qui dort moins de 6-7 heures par nuit. Là, c'est que ce n'est pas suffisant par rapport à sa physiologie, qui demande beaucoup de sommeil pour arriver à grandir, pour arriver à réguler le poids, pour arriver à assimiler tout ce qu'il y a à assimiler au moment de l'adolescence en termes de connaissances, notamment et d'apprentissage. l'adolescent ne va pas bien fonctionner s'il n'a pas ce temps-là de sommeil.
- Speaker #1
Et quand on a préparé cette interview, vous parliez de deux moteurs, la durée et le rythme, avec cette image de train de sommeil dont je parlais tout à l'heure. Pourquoi il faut distinguer ces deux termes ?
- Speaker #0
Souvent, quand on pense sommeil, on pense uniquement à la durée de sommeil, c'est-à-dire qu'il faut que je dorme tant de temps pour être en forme. Mais il y a un autre paramètre, c'est que... qu'il faut aussi qu'on dorme d'une façon régulière en termes d'horaire, parce que le sommeil est par essence une fonction qui est cyclique. C'est-à-dire que tous les jours, à peu près à la même heure, on va s'endormir et tous les jours, à peu près à la même heure, on va se réveiller. Et ce côté cyclique, c'est un peu une organisation temporelle qui est très importante parce que ça va permettre à notre corps, à notre cerveau, d'organiser tout ce qui doit être fait. C'est-à-dire que notre cerveau va organiser les choses pour que la force physique soit maximale à tel moment où justement on a besoin de faire des choses, que l'acuité intellectuelle soit plus performante à certains moments, qu'on ait faim à certains moments. Bref, des fonctions un peu comme si vous avez un super agenda qui est déjà organisé. Et si vous vous venez en disant « non, je ne vais pas faire ça maintenant, je vais le faire après » , c'est ce que vous faites dans la vie de tous les jours si vous avez déjà des choses organisées. Dès qu'il y a quelqu'un qui vient vous mettre un pataquès pas possible en vous disant « Non, non, ça ne va pas se faire maintenant » , c'est beaucoup plus stressant, beaucoup plus fatigant. Notre cerveau et notre corps fonctionnent de la même façon. Si le rythme n'est pas conservé, établi, il va y avoir à ce moment-là beaucoup plus de stress et beaucoup plus de demande d'énergie que si c'est fait déjà programmé en quelque sorte.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Et donc, puisqu'on parle aussi de rythme, c'est quoi pour vous le moment de la journée où les parents se trompent ? le plus dans ce qu'ils demandent à leur ado.
- Speaker #0
La chose la plus importante au niveau de la régulation des rythmes sur le plan chronobiologique dans notre organisme, c'est le lever. C'est le lever qui va commander toute la séquence, toute l'organisation temporelle des fonctions de notre corps. Donc ce lever, il est vraiment très très important parce que si vous commencez à le faire bouger très tôt un moment, puis après très tard, ça désorganise très vite toute cette structure temporelle. Donc, Donc ce qui va être primordial, ça va être effectivement que l'ado se lève à des horaires... À peu près régulier. À peu près régulier, il ne faut pas rêver, parce qu'effectivement, le week-end, il va se décaler un peu, mais c'est le « un peu » qui est important, c'est-à-dire deux heures, maxi trois heures, mais pas cinq heures ou six heures, comme on le voit avec un super jet lag, comme si vous faites un Paris-New York.
- Speaker #1
Puis pour avoir bossé ma newsletter sur le sujet du sommeil, quand on dit « se lever » , il faut quand même préciser que ce n'est pas traîner dans son lit et même lire ou être sur son téléphone. C'est se lever. C'est se lever, c'est ouvrir nos volets, se mettre à la lumière. C'est ça aussi qui est important, hormonalement parlant, d'avoir de la lumière à des horaires réguliers. Et le dîner aussi, le soir, c'est un levier qu'on sous-estime. J'ai l'impression, est-ce que je me trompe, si l'heure du repas influence le coucher ? Je sais que c'est compliqué pour certains ados qui ont des activités, qui font un peu de sport, par exemple.
- Speaker #0
Le dîner est effectivement un moment physiologique. Politiquement, idéalement, il faudrait qu'il soit pris tôt et qu'on voit beaucoup d'adolescents et de familles qui décalent parce que tout le monde travaille surtout en région parisienne. Je pense que c'est quand même un élément très spécifique où les gens rentrent à 8h30 et dîner à 9h, voire 9h30 du soir. Ce n'est pas rare. Mais là, pour le coup, ça va décaler tout le reste parce que le fait qu'il y ait une répression gastrique Il y a un temps de la digestion, il y a des horloges aussi au niveau de l'estomac que vous stimulez. Si vous remplissez l'estomac, vous repoussez les horaires de sommeil.
- Speaker #1
Clairement, si on peut, je sais que c'est toujours facile à dire, mais on mange un peu plus tôt, quitte à faire ce que j'appelle les temps calmes. C'est des temps un peu plus détente. Ou même chez soi, si on peut avoir une lumière un peu plus douce. Toutes ces petites choses-là, ça favorise quand même le sommeil. Et est-ce qu'on peut donner les mêmes conseils, par exemple, à un collégien de 12 ans qu'à un lycéen de 17 ans ? Ou est-ce qu'il faut vraiment distinguer le avant après 15 ans, par exemple ?
- Speaker #0
Alors, à l'adolescence, effectivement, il y a des besoins de sommeil qui peuvent être différents en fonction du degré de maturité de l'adolescence. Et globalement, quand même, le temps de sommeil d'un jeune ado de 12 ans est plus important, enfin, les besoins sont plus importants qu'un gamin de 17 ans. Donc, vous allez avoir encore plus. Avant 15 ans, un jeune qui dort 6 heures au moins, c'est quelqu'un réellement en danger. Après, quand ils arrivent à 17-18 ans et qu'ils sont en prépa ou des choses comme ça, ils peuvent avoir des périodes où ils vont se mettre en privation de sommeil. Ce n'est pas souhaitable, mais c'est plus fréquent et ils le supportent mieux.
- Speaker #1
Et les ados, le week-end ? Parce que là, on a un peu, grosso modo, le schéma de la semaine. Donc, le week-end, ils sortent. souvent, ils vont voir leurs copains un peu tard. Donc j'ai bien retenu cette idée du lever qui ne doit pas se décaler tant que ça. Alors si on devait vraiment schématiser concrètement pour un parent, alors il rentre à 2h du mat. Qu'est-ce qu'on fait ? On lui dit de ne pas se lever après midi, après 13h ? On lui donne une barrière horaire ?
- Speaker #0
Déjà un ado qui se couche à 2h du matin, ça ne doit pas être un ado de 13 ans, 14 ans ou 15 ans. Il a déjà 17 ans ou 18 ans parce que sinon on n'est effectivement pas du tout dans le rythme. Mais pour cela, et l'adolescence, ça pousse parfois jusqu'à 22-23, il ne faut pas oublier. Les ados qui se couchent tard, disons un soir de la semaine, ce n'est pas un souci s'ils se décalent et qu'ils maintiennent quand même un horaire de lever plutôt avant midi, c'est-à-dire vers 11h-11h30. Mais s'ils se couchent très tard, le vendredi soir et le samedi, il va y avoir vraiment une grosse difficulté à ce moment-là pour se rassynchroniser le dimanche soir et pouvoir reprendre une activité. avec des horaires scolaires ou universitaires, où ils doivent commencer tôt.
- Speaker #1
Donc, on peut se dire que le dimanche, ça devrait être quand même la journée où on essaye le max possible de se lever un poil plus tôt, quitte à faire une petite sieste pour retrouver le...
- Speaker #0
Voilà, ce qui va permettre de garder à la fois, disons, une certaine énergie dans la journée, parce que la nuit était courte, sans pour autant casser le rythme. Ce n'est pas de se lever à 2h de l'après-midi, c'est de se lever à 11h et éventuellement faire une sieste.
- Speaker #1
Bon, on note.
- Speaker #0
En milieu de journée.
- Speaker #1
Pas simple, mais bon, ceci dit, quand on a fait la fête, la veille, en général, la petite sieste, on n'est pas contre.
- Speaker #0
Oui, et puis de toute manière, si vraiment on s'est couché très tard et qu'on a fait la fête, le lendemain, ce n'est quand même pas une super journée. Non.
- Speaker #1
Bon, allez, on arrive sur notre dernière partie avec le rôle des parents, parce que nous, on est là, mais des fois, on s'inquiète aussi, on essaye d'être... pas trop rabat-joie, en même temps, c'est pas forcément simple. Quand les parents sont attentifs comme ça, qu'on garde le cadre, les effets se voient, en général. On parlait de concentration tout à l'heure. Qu'est-ce qu'on fait pour pas que ce soit un bras de fer avec notre ado, pour qu'il arrive à prendre ses bonnes habitudes dont on parle ?
- Speaker #0
Déjà, je pense que c'est bien, dans la famille, de parler du sommeil, d'expliquer à quoi ça sert. Alors bon, même si les parents ne savent pas, il y a quand même des livres. ou des podcasts qui font ça très bien, qui expliquent. Et c'est bien d'en parler avec son adolescent déjà, quand ils sont enfants et quand ils ont 10-12 ans, déjà pour qu'il y ait cette conscience de l'importance du sommeil. Ensuite, l'adolescent... Il a besoin, dans sa physiologie, dans sa régulation, de se confronter à des limites. C'est-à-dire que les parents sont là pour mettre des limites. Et par rapport au sommeil, les parents ont à mettre des limites. Alors, après, le jeu entre les parents et l'adolescent, c'est qu'un adolescent, quand il a une limite, il va souvent au-delà. Mais il sait qu'il va au-delà. Et c'est important parce que ça veut dire que si vraiment il va... Trop au-delà, il y a un moment où il va se dire non, là, ça ne va pas. Et il se régule. Mais les parents qui lâchent le truc en disant de toute manière, ils ne m'écoutent pas ou ça ne sert à rien, il y a eu des études qui montraient que quand les parents ne donnaient pas de consignes à leurs enfants, le décalage était effectivement plus important. Et il y avait une souffrance plus importante de l'ado qui, quand on interrogeait et les parents et les ados, disait que finalement, les parents n'étaient pas intéressés et qu'ils s'en fichaient un peu. Ce qui est quand même le comble. C'est terrible. Voilà, donc oui, les parents ont un rôle. Et c'est très important qu'ils disent les choses et qu'ils donnent une règle. Et puis si la règle, elle n'est pas respectée, ce n'est pas totalement grave, mais c'est au moins entendu. Ça, c'est quelque chose d'important.
- Speaker #1
C'est vrai que dans ce podcast, on parle beaucoup de cadre et de souplesse dans les limites du cadre. Parce qu'effectivement, de temps en temps, on va déroger et ce n'est pas très grave. mais par contre... C'est intéressant parce que j'ai fait un épisode sur les alcoolisations en soirée, sur le rapport des jeunes avec l'alcool. Et la spécialiste qui était là me disait exactement la même chose, que ça a été prouvé qu'il y avait moins de consommation d'alcool chez les jeunes dont on avait mis du cadre et dont on avait dit nos règles, tu n'as pas le droit, etc. Et finalement, d'avoir amené du cadre dans le sommeil, de dire tu n'as pas le droit de te coucher après minuit ou en semaine, quand il y a collège par exemple, après telle ou telle heure. C'est nos règles familiales et l'enfant doit l'entendre. Après, moi, je sais qu'en tant que maman, quand c'est un peu la bataille, ce que je fais, j'avoue, c'est que je leur dis d'aller dans leur chambre et de lire. Et je leur dis, la solution, c'est si le sommeil ne vient pas, j'entends, mais là, ce n'est plus mon problème. Je veux que tu ailles dans ta chambre. Et c'est vrai que j'avoue que ça fonctionne à peu près. Tout à fait,
- Speaker #0
il faut au moins mettre un cadre sur le type d'activité. Ne pas accepter sous prétexte qu'il n'a pas sommeil, qu'il soit en train de jouer sur sa console jusqu'à pas d'heure, ou sortir. Je me souviens d'un gamin de 15 ans, ses parents le laissaient sortir, aller dans la rue, etc. jusqu'à 11h, minuit, 1h, ce qui n'est pas possible.
- Speaker #1
C'est inapproprié. Je dis le pauvre, parce que forcément, l'ado, tu lui proposes d'aller voir ses potes à n'importe quelle heure, il dit oui. Tous les ados. Mais c'est sûr, ce n'est pas l'idée. Est-ce qu'il y a un exemple de... je ne sais pas, de cadre particulier qui fonctionne vraiment sans conflit et qui passe à tous les coups, ou alors c'est du cas par cas ?
- Speaker #0
Il y a quelque chose qui est intéressant, c'est quand les parents arrivent à organiser une activité le matin, le week-end, qui plaît à l'ado, qui le motive, et qui fasse qu'il ait envie de se lever le matin. Parce que comme on l'a vu, le lever, c'est vraiment l'élément le plus synchronisant au niveau du sommeil. Et si l'ado est renforcé dans cette idée qu'il faut se lever, Mais pour faire quelque chose qui l'intéresse et qui lui donne envie, on gagne sur tous les plans.
- Speaker #1
Donc l'activité physique, artistique, tout ce qu'on veut, on la prévoit le samedi matin. C'est top. Bon, en même temps, ça nous oblige à nous lever aussi.
- Speaker #0
Et oui.
- Speaker #1
Donc finalement, ça nous permet d'avoir une bonne routine. Et à partir de quand, le parent, il doit s'inquiéter ? Quand est-ce qu'on vient vous voir en consulte, plutôt que de continuer à laisser les choses s'ajuster toutes seules ? Parce qu'on sait aussi des fois que le temps fait les choses. Il faut aussi prendre son temps avant de dire mon enfant ne dort pas, il ne dort jamais. On laisse passer quelques semaines, admettons. Mais c'est quoi les signes qu'il va faire quand on signe ?
- Speaker #0
Il y a plusieurs types de signes. Il y a déjà les signes stricto par rapport au sommeil, c'est-à-dire l'ado qui n'arrive jamais à se lever, qui rate les cours du début de la matinée, qui semble fatigué dans la journée, qui s'endort éventuellement à 5-6 heures et du coup après n'a pas sommeil pour le coup. mais aussi il y a tous les aspects qui joue sur l'humeur, le sommeil qui est insuffisant, ça va très vite se traduire par une incapacité à être en forme et être de bonne humeur. d'avoir des idées dynamiques et pas être sur le versant plutôt dépressif. S'il y a cet aspect-là, là, il faut vraiment consulter.
- Speaker #1
S'il y a l'aspect dépressif ? Dépressif,
- Speaker #0
et qu'au niveau du matin, c'est plus possible de se lever avec, effectivement, un retentissement scolaire, parce que les cours sont ratés, là, il faut vraiment consulter vite fait.
- Speaker #1
C'est vrai qu'à ce moment-là, la nuance entre de la déprime, ça existe, de la dépression, de la déprime chez un ado, Et une humeur dépressive ou de la déprime liée au sommeil, elle est faible en fait, on ne peut pas vraiment le savoir, sauf si on connaît très bien notre adeux et qu'on sait qu'il ne dort pas.
- Speaker #0
Non, non, mais c'est tellement lié de toute manière que... Alors, il peut y avoir une dépression sans pour autant qu'il y ait des troubles du sommeil massifs, mais les deux vont souvent de pair quand même.
- Speaker #1
Et à l'inverse, arrêtez-moi si je me trompe, mais on peut aussi avoir un gène qui ne régule pas ses émotions et qui du coup va être... tout le temps en colère, limite s'en prendre à nous, parce qu'en fait, au fond, il est pas comme nous les adultes, quand on manque de sommeil, on peut être irritable. Oui,
- Speaker #0
il y a aussi l'irritabilité, bien sûr.
- Speaker #1
Ça marche avec. Est-ce que vous êtes OK pour un petit vrai-faux ? Un ado qui se couche tard le fait forcément par manque de volonté ?
- Speaker #0
Non, non, non, je pense pas. Je pense qu'il y a le chronotype qui fait qu'il peut être du soir. Il peut le faire parce que... il est entraîné dans des tas d'activités et qu'il n'arrive pas à y mettre fin. Ce n'est pas nécessairement de l'ordre de la volonté.
- Speaker #1
Dormir jusqu'à midi le week-end permet de rattraper le sommeil perdu dans la semaine ?
- Speaker #0
Alors ça, non, pas complètement. C'est-à-dire que dormir un peu plus tard le week-end permet de rattraper un peu, mais il faut une limite. Et midi, c'est par rapport à un ado qui va se lever à 7 heures, ou peut-être moins, plus tôt encore en semaine, ça fait un gros décalage et c'est trop tard. Parce que ça va désorganiser les rythmes.
- Speaker #1
Un cadre parental stable sur les horaires améliore réellement le sommeil des ados ?
- Speaker #0
Alors ça oui, toutes les études le montrent. Le fait d'avoir un cadre qui est établi permet à l'ado de se situer là-dessus, même s'il fait des écarts, il le suit quand même grosso modo.
- Speaker #1
Donc il y a vraiment l'idée du rythme, du nombre... d'heures de sommeil, mais aussi de la régularité dans le rythme. C'est-à-dire à peu près tous les jours, on s'endort à peu près à la même heure et surtout, si possible, on essaye de se lever à peu près aux mêmes heures. Quel est l'écart idéal entre le repas et le coucher ?
- Speaker #0
Il faut au moins deux heures de temps, idéalement trois, mais enfin bon, parfois c'est difficile si vraiment on mange très tard. Mais bon, deux heures, c'est acceptable.
- Speaker #1
Et la dernière, qu'est-ce qui change vraiment après 15 ans ?
- Speaker #0
Ce qui change après 15 ans, c'est que le temps de sommeil va être un petit peu moins qu'au début de l'adolescence. Et puis, souvent, il y a une prise de conscience de tout ce qu'il y a à faire. Et finalement, on voit que ce sont souvent les ados les plus jeunes qui vont avoir des comportements les plus excessifs. par rapport à des ados un peu plus tardifs.
- Speaker #1
Il devient plus raisonnable après, alors ?
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'est assez étonnant. C'est intéressant. Du sommeil, oui. Et si vous deviez donner, on va dire, un conseil ou un truc à retenir quand on est parent et qu'on vient d'écouter cet épisode, ce serait lequel ? Tenez bon.
- Speaker #0
Et n'oubliez pas de dire à votre ado d'aller se coucher et de le lever le matin.
- Speaker #1
Bonne chance. Merci beaucoup. Où est-ce qu'on peut trouver tout votre travail ? Alors on peut le trouver,
- Speaker #0
déjà il y a beaucoup de choses dans mon livre « Notre sommeil, une urgence absolue » aux éditions Audit Jacob qui reprend beaucoup ces éléments-là. Ensuite j'ai mis en ligne une revue en ligne qui est gratuite et accessible qui s'appelle « Le monde du sommeil.fr » où il y a vraiment une mise au point sur toutes les nouveautés, disons, dans la littérature sur le sommeil et qui est vérifiée avec un comité éditorial de grands scientifiques.
- Speaker #1
et puis c'est à la pointe, pour nous c'est la référence Merci beaucoup, je suis hyper flattée que vous ayez accepté cette invitation et j'ai hâte de partager cet épisode avec tout le monde. Merci beaucoup. Merci à vous. Merci d'avoir écouté cet épisode. Si vous êtes arrivé jusque là, c'est peut-être qu'il vous a plu. Alors n'hésitez pas à vous abonner à ce podcast, à lui laisser un avis 5 étoiles et un commentaire pour qu'il voyage davantage. Retrouvez-moi sur lecoernet, posez vos questions, partagez votre expérience et échangez avec une communauté franchement bienveillante. Et si vous voulez du concret, du précis, du vraiment utile au quotidien, inscrivez-vous à ma newsletter santé dans les notes de cet épisode, au programme des tips, des docs, des recommandations médicales et psy pour vous éclairer et surtout vous aider vraiment.