Speaker #0Bonjour à toutes et à tous. Aujourd'hui, je vais aborder un phénomène que l'on nomme rarement et qui pourtant concerne de nombreuses victimes après la rupture, le stalking post-rupture. Pas le harcèlement judiciaire autour de la garde des enfants. C'est un autre sujet. déjà largement traitées. Non, je veux parler de cette forme de persécution plus souterraine, la surveillance, l'intrusion, l'empoisonnement patient de la vie que la victime tente de reconstruire. Je reçois souvent en consultation des femmes qui me disent « je devrais aller mieux, ça fait deux ans que je l'ai quittée » . Et pourtant, elles ne vont pas mieux. Elles ont changé les serrures, coupé tous les canaux, refait leur mot de passe. Et quelque chose continue. Un message anonyme sur un réseau social. Une rencontre fortuite dans un lieu où elles ne viennent jamais. Un ami commun qui leur donne de ses nouvelles sans qu'elle les demandait. Une rumeur qui revient par trois chemins différents. Un conte qui les suit depuis un pseudonyme inconnu. Quand je leur dis le mot « stalking post-rupture » , je vois souvent la même chose dans leurs regards. Un mélange de soulagement et d'effroi. Soulagement, parce que ce qu'elles vivent a un nom. Effroi, parce qu'elles comprennent d'un coup que ce n'était pas dans leur tête. Pourquoi le pervers narcissique ne lâche pas ? Pour comprendre le stalking post-rupture, il faut comprendre ce que représente psychiquement la rupture pour le pervers narcissique. Ce n'est pas la perte d'un partenaire aimé. Il n'y a pas eu d'amour au sens ordinaire. C'est la perte d'une source. d'un approvisionnement narcissique, d'un miroir, d'une proie sur laquelle exercer l'emprise. Et surtout, c'est une blessure faite à son image de toute puissance. Si c'est la victime qui est partie, l'humiliation est double. Elle a osé, elle a vu, elle a échappé à ce qui devait être un contrôle absolu. Cette expérience est insupportable dans l'économie psychique du pervers narcissique. Elle contredit sa position de surplomb. Elle introduit dans son monde l'idée qu'il n'a pas été tout puissant. Cette idée doit être effacée, annulée, démentie. Le stalking est la réponse à cette blessure. Il vise moins à récupérer la victime, bien que le hoovering fasse partie de son répertoire, qu'à maintenir une forme de contrôle sur elle, même à distance, même sans relation. Le message essentiel est « tu ne m'as pas échappé, je suis encore là » . « Je sais ce que tu fais » . Cette affirmation, même silencieuse, restaure partiellement l'illusion de toute puissance. Chez certains pervers narcissiques, le stalking devient une activité quasi addictive dans la pré-rupture. Surveiller les réseaux sociaux de la victime, tenter de deviner ses déplacements, collecter des informations sur sa nouvelle vie, ces actions occupent l'esprit, structurent le temps, donnent un objet à l'obsession. Elle remplace partiellement la relation perdue. Cette obsession n'est pas de l'amour, même quand elle en prend les habits. C'est une fixation persécutrice déguisée en passion. Le pervers narcissique peut écrire dans un message tardif « Je n'arrive pas à t'oublier » . Et cette phrase est objectivement vraie. Mais ce qu'il n'arrive pas à oublier, ce n'est pas la personne qu'il a aimée. C'est la blessure qu'elle lui a infligée en partant. Ce qu'il cherche, ce n'est pas elle, c'est la réparation de son narcissisme atteint. Les formes spécifiques du stalking narcissique. Première forme, la surveillance numérique. C'est la plus universelle. Les réseaux sociaux de la victime, même privés, sont épluchés, directement quand le profil est accessible, via des comptes anonymes ou par l'intermédiaire de personnes interposées, quand il ne l'est pas. Chaque photo, chaque publication, chaque interaction est analysée. Avec qui est-elle ? Où ? Semble-t-elle heureuse, triste, seule, accompagnée ? Je me souviens d'une patiente qui, trois ans après avoir quitté son ex-conjoint, a reçu un message d'un compte anonyme commentant la photo d'un dîner entre amis qu'elle avait posté quelques heures plus tôt. Le commentaire mentionnait le prénom d'une de ses amies, présente sur la photo. Cette amie n'était pas étiquetée. Il fallait la connaître pour l'identifier. Elle est venue me voir le lendemain et la première chose qu'elle m'a dite, c'est « je ne sais plus si je deviens folle ou si c'est vraiment lui » . C'était lui, évidemment, mais le doute à ce moment-là était devenu plus habitable pour elle que la certitude. La surveillance peut s'étendre au LinkedIn pour suivre la vie professionnelle, aux recherches Google. à la vérification de sa présence sur les applications de rencontre. La victime, elle, en sait souvent très peu. Elle peut avoir la sensation d'être surveillée sans pouvoir la prouver. Cette impression vague, récurrente, contribue à entretenir un état d'hypervigilance qui l'empêche de se sentir vraiment sortie de la relation. Elle est libre dans les faits. Elle ne l'est pas dans son ressenti. Deuxième forme, les comptes anonymes et faux profils. Le pervers narcissique peut créer des comptes anonymes sur les réseaux sociaux, conçus pour suivre la victime, commenter ses publications, interagir avec ses proches, parfois envoyer des messages directs. Ces faux profils servent plusieurs fonctions. Ils permettent de collecter des informations sans que la victime identifie la source. Ils peuvent être utilisés pour entrer en contact avec le nouveau partenaire et semer le doute. Ils permettent parfois de se faire enlever. d'envoyer des messages à peine menaçants, qui ne peuvent pas être juridiquement qualifiés, mais qui entretiennent un climat d'inquiétude. La victime qui identifie un tel conte traverse une expérience déstabilisante. Elle comprend qu'elle n'était pas paranoïaque, qu'il y avait bien quelque chose, que ce quelque chose dure peut-être depuis longtemps. Cette révélation s'accompagne rarement de soulagement. Elle ouvre sur une question vertigineuse. Que sait-il d'autre ? Que fait-il de ces informations ? Où cela s'arrête-t-il ? Troisième forme, l'empoisonnement de la réputation. Le stalking passe aussi par la construction patiente d'une version défavorable de la victime auprès de l'entourage commun. Cette campagne peut se poursuivre pendant des années après la rupture, alimentée par des ajouts réguliers, anecdotes fabriquées, interprétations malveillantes d'événements anciens, Information présentée hors contexte. Le pervers narcissique n'a pas besoin de mentir frontalement pour empoisonner. Il peut suggérer, insinuer, poser une question en apparence neutre. Est-ce qu'elle va mieux ? J'entendais dire qu'elle traversait une période difficile. Qui installe dans l'esprit de l'interlocuteur l'idée d'une fragilité. Sur des années, ces petites touches composent un portrait qui colore durablement la façon dont la victime est perçue. dans son propre cercle social. Cette forme de stalking est particulièrement dévastatrice parce qu'elle atteint la victime par des canaux qu'elle ne peut pas bloquer. On ne met pas ses amis en « no contact » . L'emprise continue à circuler dans un monde social que la victime croyait sûr. Quatrième forme, les apparitions fortuites. Certains pervers narcissiques pratiquent ce que l'on pourrait appeler le « stalking de présence » . Organiser leur emploi du temps pour croiser la victime dans des lieux qu'elle fréquente. Le café du matin, la salle de sport, le chemin de sortie du travail. J'ai eu en consultation il y a quelques années un homme, car les hommes aussi sont victimes, qui me disait avoir croisé son ex-compagne quatre fois en trois semaines dans quatre lieux différents. Quatre fois. Jamais les mêmes circonstances. Et chaque fois, elle avait l'air aussi surprise que lui. Il a fini par comprendre, en reconstituant les moments, qu'il avait, sans le savoir laisser pendant leur relation, beaucoup d'indices sur ses habitudes hebdomadaires. Elle les connaissait mieux qu'il ne s'en rendait compte. Ses apparitions sont soigneusement présentées comme des hasards. « Tiens, je ne savais pas que tu venais ici. » Elles peuvent être accompagnées de conversations brèves où le pervers narcissique laisse entendre qu'il sait des choses qu'il ne devrait pas savoir. Un détail sur la vie quotidienne de la victime. Une référence à un événement récent. L'effet recherché est double. Déstabiliser la victime en lui faisant comprendre qu'elle ne lui échappe pas vraiment. Et maintenir dans son propre monde psychique l'illusion que la relation n'est pas vraiment terminée. Cinquième forme, le hoovering. Le hoovering, cette tentative de réaspirer la victime dans la relation par des messages, Des appels, des cadeaux inattendus, est une forme de stalking en soi. Même quand il semble affectueux, même quand il prend les traits de la contrition, il participe de la même logique. Maintenir un lien, susciter une réaction, empêcher la clôture. Le hoovering suit souvent un calendrier précis. Il intervient fréquemment au moment où la victime semble aller mieux, comme si le pervers narcissique percevait à travers ses canaux de surveillance que la cicatrisation avance et cherchait à la réouvrir. Les contextes les plus fréquents. Le stalking post-rupture est statistiquement plus fréquent et plus intense quand c'est la victime qui a pris l'initiative de partir. Cette asymétrie renvoie à la blessure narcissique dont j'ai parlé. C'est l'humiliation d'avoir été quittée qui alimente la persécution. Les victimes qui partent les premières, et dont on pourrait penser qu'elles sont les plus protégées par leur lucidité retrouvée, sont en réalité celles qui paient le prix le plus élevé dans l'après. Autre contexte important, les relations sans enfants. Quand la relation a produit des enfants, le stalking passe souvent par le harcèlement judiciaire et l'instrumentalisation de la coparentalité. Un terrain largement documenté. Quand il n'y a pas d'enfants, le pervers narcissique perd ce levier, mais pas l'obsession. Le stalking prend alors des formes plus souterraines. plus difficile à nommer et à prouver. Paradoxalement, ces victimes sans enfants sont souvent plus isolées dans leur expérience. Le harcèlement qu'elles subissent n'est pas visible. Ils ne donnent pas matière à des procédures. Ils passent souvent inaperçus de leur entourage, qui ne comprend pas pourquoi elles semblent encore hantées par une relation pourtant terminée depuis longtemps. Le stalking par personnes interposées. Une forme particulièrement insidieuse passe par des tiers qui ne se perçoivent pas eux-mêmes comme des relais. Un ami commun qui, innocemment, demande à la victime comment elle va, parce qu'il l'a vue un peu fatiguée l'autre jour dans la rue. Une connaissance qui mentionne, apparemment au hasard, que le pervers narcissique va beaucoup mieux maintenant. Message soigneusement calibré pour susciter soit de la culpabilité, soit de l'inquiétude. Ces tiers ne sont pas des complices, ils sont des instruments à leur insu. Le pervers narcissique les utilise en leur confiant, sur un ton de confidence, des informations destinées à circuler, sachant qu'elles reviendront vers la victime par des chemins qu'il n'aura pas à emprunter lui-même. Cette manipulation indirecte est redoutable parce qu'elle ne peut pas être bloquée. Quand la victime reconstruit une nouvelle relation, Le pervers narcissique peut aussi déplacer une partie de son stalking vers le nouveau partenaire. Recherche sur son identité, tentative de contact, envoi de révélation sur le passé de la victime, pression destinée à semer le doute. Ce déplacement permet d'atteindre la victime sans l'attaquer directement. La souffrance éventuelle du nouveau partenaire se répercutera sur elle. Ce que le stalking produit sur la victime. La séquelle psychique la plus profonde du stalking post-rupture est l'impossibilité d'achever le deuil de la relation. Pour que le deuil s'accomplisse, il faut un arrêt, un moment à partir duquel la relation appartient au passé. Le stalking empêche précisément cet arrêt. La relation continue à produire des effets dans le présent, même sous forme fragmentaire. Le passé n'a pas le droit de devenir passé. Dans ma pratique, C'est l'une des plaintes qui revient le plus souvent. Je ne comprends pas pourquoi je ne passe pas à autre chose. Je pose alors quelques questions. Le blocage sur les réseaux, c'est fait. Les affaires récupérées, c'est fait. La thérapie en cours, c'est fait. Et puis, presque à chaque fois, en discutant, un détail surgit. Un message reçu six mois plus tôt. Un coup de fil d'un ami commun qui l'a troublé. Un regard croisé au supermarché. Rien d'énorme, juste de quoi empêcher le système nerveux de baisser la garde. Cette incapacité à clore est souvent vécue par la victime comme une faiblesse personnelle. Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à tourner la page ? Pourquoi est-ce que j'y repense encore ? Est-ce que je l'aime encore malgré tout ? Ces questions ignorent la réalité. La page ne peut pas être tournée parce que quelqu'un en face la rouvre à intervalles réguliers. Il y a aussi l'hypervigilance chronique. La victime surveille son téléphone, ses réseaux sociaux, les rues qu'elle emprunte, les personnes qui la regardent un peu trop longtemps. Elle vérifie, elle anticipe. Elle se demande, devant chaque événement inhabituel, si c'est lui. Cette hypervigilance est épuisante. Elle mobilise une ressource psychique considérable au service d'une vigilance qui ne peut jamais se relâcher. Elle colore tout, le sommeil, La capacité à se concentrer, l'ouverture aux nouvelles relations. Il y a la difficulté à faire confiance. Qui parmi les amis communs relaie des informations vers lui ? Qui peut être croisé par hasard et qui l'est par calcul ? Ce compte qui vient de la suivre sur Instagram est-il authentique ? Ces questions, répétées sur des mois ou des années, usent progressivement la capacité à faire confiance. y compris aux personnes qui n'ont rien à voir avec la relation passée. Ce n'est pas de la pathologie. C'est la trace d'une expérience réelle qui a démontré que la confiance pouvait être instrumentalisée sur des années sans être détectée. Il y a enfin une honte particulière, celle de ne pas arriver à passer à autre chose, comme la culture ambiante l'exige. Notre époque valorise la résilience, le renouveau, La capacité à se relever. La victime de stalking, qui des années après la rupture, se sent encore hantée par son ex-partenaire, peut éprouver la honte de ne pas répondre à ses injonctions. Cette honte est une injustice de plus. Elle fait porter à la victime la responsabilité de son propre enfermement, alors que celui-ci est activement entretenu de l'extérieur. Se protéger. Face à un stalking qui peut sembler insaisissable, la première protection est documentaire. Tenir un journal précis des événements, date, heure, contexte, ce qui s'est passé. Conserver des captures d'écran. Archiver les messages. Cette documentation a plusieurs fonctions. Elle permet, si une procédure devient nécessaire, de disposer d'éléments concrets. Elle offre aussi à la victime un rempart contre le doute « suis-je en train d'exagérer ? » . d'inventer, d'interpréter. Les faits consignés résistent au gaslighting intériorisé. Couper tout canal numérique accessible aux pervers narcissiques est indispensable, mais souvent insuffisant. Blocage sur tous les réseaux sociaux. Filtrage des numéros. Changement des mots de passe. Vérification des appareils partagés. Ces mesures élémentaires doivent être complétées par une attention à ce qui reste accessible à travers les cercles sociaux communs. Fermer certains accès peut impliquer de demander à des amis de ne pas relayer d'informations. En France, le harcèlement, y compris le cyberharcèlement, est reconnu par la loi. Les apparitions répétées, les messages insistants malgré un refus clair, la surveillance, l'usurpation d'identité. Autant de qualifications possibles. Porter plainte n'est pas toujours facile. Mais c'est parfois la seule façon d'établir un cadre légal qui redonne un peu de consistance à la situation. Et surtout, le stalking post-rupture produit des séquelles psychiques qui ne se résolvent pas seules. L'hypervigilance, la difficulté à clore, la perte de confiance, tout cela demande un travail thérapeutique spécifique. Ce travail vise à reconnaître la réalité de ce qui se passe pour cesser de le minimiser, à identifier les séquelles et les nommer pour éviter de les confondre avec des défauts de caractère, à reconstruire progressivement la capacité à habiter son propre espace, psychique comme physique, sans la sensation permanente d'une présence intrusive, la sortie du stalking. Le stalking finit par s'éteindre. Ce n'est pas une consolation abstraite, c'est une réalité clinique. Quand le pervers narcissique trouve une nouvelle source d'approvisionnement narcissique, quand sa vie prend un autre tour, quand la rentabilité symbolique du stalking diminue, l'obsession se déplace. Mais cette extinction ne signifie pas nécessairement la fin des séquelles. Les habitudes de vigilance, les réflexes de méfiance, la difficulté à faire confiance, peuvent persister. au-delà de la fin du stalking lui-même. En 35 ans de pratique, je n'ai jamais vu un stalking durer indéfiniment. Mais j'ai vu des victimes se reprocher pendant 10 ans de ne pas aller mieux parce que personne ne leur avait jamais expliqué ce qui leur arrivait vraiment. C'est pour elle, surtout, que j'ai enregistré ce podcast. Il reste enfin quelque chose qui n'est pas une séquelle mais un acquis, la lucidité. Les victimes qui ont traversé le stalking post-rupture développent souvent une capacité particulière à repérer les signes d'obsession, les dynamiques de contrôle, les façons dont la manipulation se prolonge après la rupture. Cette lucidité a un coût. Elle a été payée par des années d'épuisement. Mais elle existe. Ce qu'il faut tenir pendant cette période, la réalité de ce qui s'est passé n'est pas une construction de votre esprit. Votre vigilance n'était pas de la paranoïa. Votre épuisement n'était pas une faiblesse. Ce que vous avez vécu avait un nom, des formes, des effets documentés. Et cela, personne ne peut vous le retirer, pas même le silence qui finit par s'installer et dans lequel vous pourrez enfin, lentement, recommencez à respirer. Si vous vous reconnaissez dans ce que je viens de décrire, je vous invite à ne pas rester seul avec cette expérience. Vous pouvez me retrouver sur pervers-narcissique.com où j'ai publié plus de 340 articles sur ces questions. Vous y trouverez également les informations pour une consultation personnalisée en visioconférence. Merci de m'avoir écouté. A très bientôt. Depuis plus de 30 ans, mon équipe de psychologues spécialisés et moi-même avons accompagné des milliers de victimes de pervers narcissiques partout dans le monde et grâce à la vidéoconsultation. Continuez à nous suivre sur cette chaîne et sur www.pervers-narcissique.com