- Speaker #0
Le peuple des algues. Partons à la découverte des habitantes de l'est. Le peuple des algues Épisode 10 Faire la révolution Le terme révolution revêt plusieurs définitions. A l'échelle astronomique, il définit la rotation des astres sur eux-mêmes ainsi qu'autour d'autres astres. Et à l'échelle humaine, il définit un changement majeur dans notre société. Les macro-algues de l'estran sont dépendantes de la révolution de la Lune autour de la Terre, qui engendre les marées. Et aujourd'hui, Vincent Doumezel, conseiller océan au Pacte mondial des Nations Unies, plaide pour une révolution des algues. soulignant les multiples liens unissant les sociétés humaines et ses organismes marins.
- Speaker #1
Vincent Doumézel, conseiller océan au Pacte mondial des Nations Unies et auteur du livre La Révolution des algues. Alors, j'ai absolument aucun lien à la mer depuis mon plus grand âge, puisque j'ai grandi à Montreuil et ma famille, elle vient de Bourgogne. Je ne mange pas mes crêpes beurrées, je ne navigue pas, je sais très mal nager, je porte très mal la marinière, donc non, je n'ai aucun... Bon, si, après, il y a un drôle de parcours, clairement, parce que je travaillais dans l'agroalimentaire depuis 20 ans, je gérais tout ce qui était conformité des filières alimentaires. J'allais vérifier que dans le monde entier, tous les fournisseurs de Nestlé, en fait, respectaient. un peu ses cahiers des charges. Après, j'ai quitté cette société, j'ai rejoint des Anglais, qui appartenaient à une fondation. J'ai développé un petit projet avec la fondation qui possédait la société pour développer des fermes d'algues en haute mer, entre les éoliennes. Et donc, moi, je me dis, finalement, des fermes éoliennes... Il y en avait pas mal déjà à l'époque aux Pays-Bas et en Angleterre. Et finalement, il y a des pylônes où on pourrait étendre des câbles pour faire pousser des algues. Et puis en plus, ça permettait d'envoyer des bateaux qui allaient entretenir l'éolienne et puis récolter les algues. Ça faisait un peu de la mutualisation. Donc il y avait ce côté de mutualisation. multi-usages de l'océan. Donc on a lancé un petit projet avec la fondation d'un demi-million pour juste définir une espèce de concept. Et ce concept, il a bien plu. Et l'Union Européenne, deux ans plus tard, nous a dit, on met 20 millions sur la table et on veut bâtir les premiers démonstrateurs de ce concept. Donc là, il y a un emballement, je me deviens un peu la voix de ce concept, et je suis invité un peu par hasard aussi à Washington. La fondation me dit, tu sais, il y a une réunion de l'ONU, et deux jours de réunion absolument ennuyeuses et déprimantes, avec des déclarations de pays... tout à fait convenu, complètement déprimant. Et à la fin, il restait du temps, donc on nous dit, est-ce qu'il y a des observateurs, qui n'ont pas l'air de parler normalement, qui veulent dire quelque chose ? Et là, je lève la main, je sors mon speech en six minutes sur les algues. Pourquoi les algues ? Parce que voilà, nourriture... Et là tout le monde est là Waouh Et là, tout le monde vient me voir à la fin, un grand directeur de la FAO, un grand directeur de Global Compact, de WWF, de la Banque Mondiale, en me disant, nous, on a adoré ce que t'as dit, pourquoi personne n'en parle ? Qu'est-ce qu'on peut faire ? Comment on peut t'aider ? Moi, je leur dis, écoutez, c'est très simple. Moi, ce dont j'aurais besoin, c'est d'un document qui soit consensuel, qui soit mondial et qui agroupe les meilleurs sur le sujet. Et les gars, ils me font d'accord. Tous les 15 jours, on se fait une conf call, on réunit les meilleurs et nous, on leur demande de travailler pour toi. On crée cette communauté des algues. Donc je crée cette coalition, ça marche très très bien, il y a un superbe engouement, il y a des investissements qui montent, on récupère pas mal de sous de ci de là, WWF, Bezos et compagnie investissent. Je passe à la radio et donc je me retrouve à écrire ce livre et le livre sort et il marche très très très bien. Enfin je dis ça sans aucune... Attention arrogance parce que c'est vraiment pas... Pour moi c'est un livre collectif qui véhicule le message que j'avais entendu. En fait j'ai juste rassemblé des histoires que j'avais entendues au cours des 5 ou 6 années précédentes. précédente dans ce livre. Le livre y portait un message d'espoir avec des solutions. Ça, c'est quelque chose qui parle énormément aux jeunes. Et à une époque où on sortait d'une des plus grandes crises avec le Covid, une des plus grandes anxiétés de l'histoire, enfin récente en tout cas, je pense que les gens avaient beaucoup besoin d'entendre parler de solutions. Ça a été absolument dément, comme la rencontre avec les présidents, avec Macron, avec Dost, etc., comme emballement. Et je me suis retrouvé un peu, malgré moi, habitant Dijon, donc loin des algues, me retrouver au centre d'un certain emballement médiatique à devenir l'ambassadeur mondial des algues.
- Speaker #0
Le réchauffement climatique n'est plus un secret pour personne. Depuis l'ère industrielle, du fait de l'activité humaine, la quantité de CO2 dans l'atmosphère n'a cessé de grimper. Les forêts, de par l'activité photosynthétique des plantes, captent ce carbone. Mais les océans aussi. 30% du CO2 d'origine anthropique est absorbé par les océans, dont 85% par les algues et le plancton. Ces plantes aquatiques sont l'un des plus grands puits de carbone de notre planète. Et elles forment des forêts sous-marines dont une multitude d'organismes vivants dépendent.
- Speaker #1
Les algues vont avant tout être une bombe nutritionnelle excellente pour la santé des hommes, des animaux et des plantes. Donc nourrir les hommes avec des algues, avec des bénéfices nutritionnels et des bénéfices santé qui vont être colossaux. Alors, on ne va pas tous devenir mangeurs d'algues demain, donc nourrissons des animaux avec des algues, à minima. Ça sera mieux pour leur santé, il y aura moins besoin d'antibiotiques, elles digéreront mieux, émettront beaucoup moins de méthane et donc protégeront mieux l'environnement en général. Utilisons les algues pour aider les plantes, remplaçons les fertilisants et les pesticides par des algues qui vont renforcer naturellement la santé des plantes qui font qu'on n'aura plus besoin de ces produits chimiques là. Remplaçons les plastiques avec des algues, on connaît tous le problème de la... pollution plastique dramatique. Le plastique c'est quoi ? C'est issu du pétrole. Le pétrole c'est quoi ? C'est des algues et des micro algues qui sont décomposées et qui ont sédimenté sur des millions d'années. Donc on va retrouver exactement les mêmes polymères dans les algues que dans le plastique. Donc c'est de se dire qu'on va utiliser une ressource vivante pour emballer nos affaires plutôt qu'une ressource morte. Innover dans les médicaments. Il y a un ensemble de molécules et de gènes qui sont complètement inconnus dans les algues et qui vont apporter des solutions. Vous connaissez tous le gaviscon qui est fait à base d'algues. Et on voit qu'aujourd'hui, au niveau des traitements anti-cancer, des traitements antibactériens, les algues sont naturellement antivirales, antifongiques, antibactériennes, anti-inflammatoires. Et ce sont les prébiotiques naturelles les plus puissants au monde. Donc la médecine doit utiliser les algues. Après les algues, elles vont réparer la biodiversité dans les océans et aujourd'hui cette biodiversité est à risque. On pleure tous quand on voit les forêts amazoniques qui flambent, mais personne ne s'inquiète de ces forêts d'algues qui disparaissent. Et pourtant, il y a un incendie sous l'océan puisque ces forêts d'algues sont à risque avec nos pollutions, avec la non-gestion de ces écosystèmes et l'acidification et le réchauffement climatique. Et enfin... parce qu'on ne fait pas de révolution sans s'attaquer aux injustices sociales, apporter des sources de revenus et d'emplois aux populations côtières, dans les pays les plus pauvres, dans ces zones précises où les ressources de la pêche aujourd'hui disparaissent, avec des conséquences dramatiques pour les populations. En fait, l'océan, et les algues, les micro-algues, et tout le plancton, etc., ils recyclent tous les éléments sur Terre. Le carbone... L'eau douce, l'oxygène, nitrate, tout les éléments passent par l'océan pour être recyclés. L'océan, c'est la matrice de la vie sur Terre. Et ça, je pense qu'on l'a oublié. Moi, je travaillais pendant des années avec Danone et Nestlé qui me parlaient d'agriculture régénératrice. Mais il n'y aura pas d'agriculture régénératrice et circulaire tant qu'on n'aura pas inclus les océans dedans. Les écosystèmes terrestres, c'est essentiellement lié aux océans. Donc, en quelque part, les océans détiennent en général la solution à nos grands problèmes, je pense.
- Speaker #0
En France, vu de nos côtes, il n'est pas rare d'observer sur la mer des installations rectilignes qui tranchent avec la forme des vagues. Ce sont des parcs austrélicoles destinés à la production d'huîtres. De l'autre côté de la planète, dans des pays comme la Chine, le Japon ou la Corée du Sud, des formes similaires affleurent à la surface face de l'eau. Elles sont destinées à la production d'algues. En Asie, la culture de ces légumes de la mer est courante. Elle produit des millions de tonnes d'algues et emploie des millions de personnes. On peut donc se demander pourquoi une telle différence avec l'Europe. La réponse est simple et tient autant à ce qui se niche dans nos assiettes qu'à notre histoire récente. Nos habitudes alimentaires.
- Speaker #1
Je me suis rendu compte que un des problèmes de la filière des algues, c'est son extrême fragmentation. C'est-à-dire que si on enlève l'Asie, pour le reste du monde, on a quelques braves pionniers qui sont tout seuls, qui ne savent pas à qui demander, qui réinventent la rousse, c'est-à-dire qui se disent comment on va faire pousser ça, comment on va récolter ça, comment on va extraire ça. On l'a déjà fait 40 fois dans d'autres pays. et c'est déjà le cas en France, mais vous n'imaginez pas au niveau mondial. Et c'est toujours la... Poulet love, c'est-à-dire que les producteurs disent « Bah ouais, mais nous, on a besoin d'acheteurs, on est sûr que ce soit acheté à la fin. » Et donc les acheteurs disent, les Nestlé disent « Bah ouais, mais nous, on veut bien partir sur les packagings à base d'algues, mais on ne veut pas 1000 tonnes d'algues, on veut 10 millions pour faire nos packagings. » Donc c'est un peu le problème aujourd'hui, de savoir qui va investir premier. C'est en ça que la coopération, elle est vitale et elle est critique, pour que les grands de l'agroalimentaire, les transformateurs, les producteurs se parlent. Se mettre d'accord, créer des plans stratégiques à se dire ok alors là je vais produire tant, toi tu vas les transformer, toi tu vas les acheter. Ça marche, on fait comme ça. Les algues, on est sur des promesses de rentabilité à un temps moyen, voire long. Et tous les pionniers des algues qui se sont lancés depuis quelques années souffrent énormément de cette situation. Parce qu'aujourd'hui, ils sont obligés de refinancer. Et on leur dit, attendez, ça fait 10 ans que vous avez commencé, là, vous n'êtes toujours pas rentable. C'est là que l'État doit, encore une fois, dérisquer avec ce qu'on appelle la blended finance, où on vient coller des investissements publics à des investissements privés. Donc ça, ça va prendre du temps. Et pour tout le reste, c'est pareil. Pour les réglementations, il va falloir du recul. Il faut du temps aussi parce qu'on ne veut pas faire les choses n'importe comment. On veut les faire bien. La question que j'ai toujours, et je m'en félicite, quand je présente même dans un collège à des enfants relativement jeunes, c'est comment on peut être sûr qu'on ne va pas faire les mêmes erreurs en mer que ce qu'on a fait sur Terre. Et moi je me félicite que des enfants de 13 ans posent cette question, parce que moi je pense déjà à 13 ans je ne l'aurais pas posé à mon époque, donc ça veut dire qu'il y a eu un changement de mentalité. Et ma réponse elle est toujours la même, elle est de dire « En fait, c'est à vous de dessiner cette filière. » Là les algues, personne n'en dépend et personne n'en fait rien. Donc ces enfants, je leur dis « Mais dessinez cette page comme vous le voulez. » en tirant la leçon des erreurs qu'on a faites sur Terre. Et cette génération, moi je souhaite qu'elle soit la première au monde à nourrir l'intégralité de sa population, tout en réduisant l'injustice, tout en réduisant le réchauffement climatique et tout en réduisant la perte de biodiversité. Musique La révolution, elle se fera pas en un soir.
- Speaker #0
Le Peuple des algues est une création originale du collectif SER. Ce projet a reçu le soutien financier de l'Office français de la biodiversité et du Parc naturel marin de l'estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis. Nous tenons à remercier chaleureusement Vincent Doumezel ainsi que le Pacte mondial des Nations Unies. S'il vous a plu, n'hésitez pas à partager ce podcast. Et rendez-vous ! sur l'estran