- Speaker #0
Bonjour Hansgaard.
- Speaker #1
Bonjour Lilou.
- Speaker #0
Je suis ravie de pouvoir te recevoir aujourd'hui. Merci de venir depuis la Suisse, un veuvet.
- Speaker #1
Oui, merci Lilou pour m'accueillir et pour me donner l'occasion de parler de mon livre, de ses messages. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Avec grande joie. Et ta pratique depuis plus de 25 années de psychiatrie. Donc c'est très très intéressant ton parcours et là tu sors cet énorme bébé qui s'appelle Vampyrosène. Tu travailles avec des personnes, et ta patientèle, on va dire, si on peut dire, et des personnes qui ont connu des traumatismes profonds. Tu pratiques le MDR, tu pratiques les psychadéliques aussi dans un cadre clinique. Donc je suis très très intéressée par cette interview et le contenu, ce qui va en ressortir, parce que tu nommes des choses profondes et qui ne sont pas forcément nommées, qui ne plaisent pas à tout le monde. Et je trouve LangueLangue très intéressant. Et on va pouvoir découvrir beaucoup de choses sur nous finalement. Parce qu'à travers les personnes que tu as reçues en cabinet, il y a beaucoup de choses que tu as apprises sur l'être humain, sur notre société. Et le constat quand même, il n'est pas joli joli de dire que nous sommes des adultes. avec des traumatismes d'enfants qui sont encore présents et donc on n'est pas tout à fait des hommes conscients qui avons créé une société qui est finalement en déséquilibre total parce qu'on n'est pas aboutis nous-mêmes finalement, c'est ça.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça le message principal. Donc,
- Speaker #0
qu'est-ce que le traumatisme finalement ? Démarrons par là parce qu'il faut bien comprendre qu'on est, comme je viens de le dire, des adultes qui fonctionnons là avec notre traumatisme et ça, ça a des conséquences. sur notre vie, sur les autres, sur la société, sur le monde, sur nos évolutions, sur les progrès, etc. Qu'est-ce que c'est le traumatisme à la base ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
Parce qu'il faut d'abord rappeler que le stress, c'est normal. On est des organismes qui ont été faits par la nature pour gérer le stress, intégrer le stress, le stress, surmonter le stress, digérer le stress. Donc, il ne faut pas se plaindre du fait qu'il y a des stresseurs et le stress dans la vie. Ça, c'est une chose. Mais de l'autre côté, il faut aussi reconnaître que certains événements stressants, certains facteurs de stress sont trop forts et que ça dépasse les capacités de digestion de l'organisme. C'est comme une sorte de plat qu'on nous demande de manger et qu'on essaie d'intégrer ça, de digérer ça, à un moment donné, ça ne passe pas. Ça reste un peu bloqué à travers le corps. On peut utiliser cette idée-là d'un plat indigeste.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'on n'a pas les éléments pour le digérer, l'événement arrive trop vite, on n'est pas prêt pour ça, on sait quoi.
- Speaker #1
C'est un événement, c'est une situation qui dépasse, qui met en question notre conception de base de la vie et du monde, de nous-mêmes. Donc à savoir, je pense, en tant qu'enfant, on est tous nés avec cet enthousiasme pour la vie, avec cette volonté de découvrir, de jouer. D'aller en contact avec les autres, de faire confiance, de s'émerveiller, tout ça c'est un peu les compétences et l'élan vital de l'enfant. Et par la suite, malheureusement, il y a des événements qui arrivent ou alors les omissions de soutien, donc la négligence, qui font que tout d'un coup on est face à quelque chose qui est pénible à vivre et qu'on ne sait plus quoi faire avec, parce que c'est une contradiction profonde avec notre... notre élan vital de base et notre croyance sur comment est la vie. Et quand on n'arrive plus à intégrer ça, donc c'est un déficit d'intégration, ça reste un peu bloqué à travers, on ne sait pas quoi faire, on ne peut pas le partager non plus parce que l'entourage nous fait comprendre qu'il n'y a aucun problème, donc il y a une non-validation de ces difficultés-là et la personne, l'enfant, va un peu le mettre à côté en disant « je ne sais pas quoi faire avec » . Et malheureusement, on sait que les choses qu'on n'a pas digérées psychiquement vont continuer à faire des symptômes.
- Speaker #0
Oui, ils vont continuer à faire des symptômes. Non mais c'est passionnant, moi là je suis complètement à fond avec toi et je veux en savoir plus. Donc il y a des conséquences, il y a des symptômes, qu'est-ce qui se déclenche à partir du moment qu'il y a cet état d'être là, qu'il y a ce traumatisme qui reste bloqué quelque part dans notre corps.
- Speaker #1
Donc les conséquences... d'un grand stress. Tu connais ça, les quatre réactions physiologiques de l'organisme, c'est la fuite, c'est l'attaque, c'est le freeze, donc la paralysie, et le quatrième dont on ne parle pas assez, à mon avis, c'est la soumission. On a ces quatre réponses biologiquement ancrées, et l'organisme, selon le contexte, va essayer de fuir, attaquer, il va se mettre dans une paralysie, ou alors il va se soumettre.
- Speaker #0
Un exemple de la soumission ?
- Speaker #1
C'est d'être gentil et gentiller en quelque sorte avec l'agresseur. Pour essayer de soumettre pour ne pas provoquer l'agresseur. Et dans l'espoir, en établissant une sorte de relation calme et de soumission avec l'agresseur, on peut survivre, on peut échapper à la prochaine maltraitance. C'est ça la soumission.
- Speaker #0
Et ça, les conséquences de la soumission, concrètement ?
- Speaker #1
Si on reste durablement dans une attitude de soumission, on a tendance, par la suite, de généraliser cela, parce que c'est notre mode de survie, et que ça nous amène souvent à accepter des choses inacceptables. plus tard dans la vie.
- Speaker #0
Et donc d'agir en fonction de ça. Parce que quelqu'un qui accepte des choses et qui agit, qui accepte des choses inacceptables, ça donne quoi comme adulte ?
- Speaker #1
On dirait que c'est un adulte et ça c'est un peu la critique que je fais de notre société, à savoir qu'on va expliquer à nous-mêmes et aux autres que c'est normal d'accepter des choses inacceptables parce que la vie est comme ça, il ne faut pas se plaindre, il faut faire avec. Il faut faire des efforts, il faut rien dire, il faut faire des efforts. Et ça, ça mène pour moi une sorte de ce qu'on appelle l'attachement traumatique. Donc, on va s'identifier profondément avec cette logique-là. Je vis peut-être des choses très difficiles, qui sont objectivement peut-être, on doit dire, inacceptables. Mais je ne vais pas même le dire à moi-même. Donc, je vais essayer de m'expliquer à moi-même et aux autres que c'est normal. C'est tout à fait cohérent comme je me comporte et le système n'est pas maltraitant, au contraire. C'est au contraire un système qui ne peut pas être autrement.
- Speaker #0
Donc on se raconte des histoires. À la suite de ces traumatismes, on se raconte beaucoup de choses. On vit dans une espèce de boîte d'histoires qu'on s'est créée au fur et à mesure pour se donner raison.
- Speaker #1
Voilà, et ça c'est un peu là.
- Speaker #0
Ou pour survivre.
- Speaker #1
En effet, ce que tu dis là, c'est la tragédie de nos compétences intellectuelles très développées que nous sommes capables, avec notre puissance intellectuelle, De construire des histoires qui vont expliquer, normaliser, même renforcer des choses absurdes et maltraitantes.
- Speaker #0
Qu'on va très bien camoufler, même à soi-même.
- Speaker #1
Oui, on a tendance à, et en quelque sorte, avec ces récits-là, on peut contourner un peu même toute la situation en disant « je ne suis pas la victime, mais je suis plutôt quelqu'un qui a du succès dans le système » . Donc en fonction de quelle manière on va s'expliquer cela. On peut même retourner un peu cette notion de soumission, en disant que je suis gagnant dans ce système. Mais vu avec une certaine distance, ce que j'essaie de développer dans mon livre, on a quand même l'impression que c'est des situations de vie dans lesquelles il y a beaucoup de négligence, beaucoup de violence, beaucoup de choses absurdes, et que tout le monde, c'est un peu le constat globalement de notre société, elle normalise ça et va même dire que c'est une bonne vie si on vit ça comme ça.
- Speaker #0
Et donc, comment ça se combine, ces différents types de traumatismes qui existent entre nous en tant qu'adultes ? Parce que je suppose que l'un joue sur la fuite, l'autre est sur cette dévotion presque. Comment tout cela interagit dans notre société ? Parce que finalement, ce que j'entends, c'est qu'on est tous des traumatisés à différentes échelles, non ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et aucun de nous qui est pleinement abouti en tant qu'adultes, non ?
- Speaker #1
Malheureusement, oui. Je suis d'accord avec ça.
- Speaker #0
Comment ça s'interagit tout ça ensemble ? Qu'est-ce que ça crée au final une société qui quoi ?
- Speaker #1
À mon avis, ça vient d'une société qui a des tâches aveugles par rapport à des choses essentielles qui concernent notre condition humaine. Et moi, je dis toujours, c'est le traumatisme qui s'accumule à travers des millénaires. Donc, notre culture, elle est formatée profondément avec aussi beaucoup de, quasiment toute notre culture. culture intellectuelle, culture artistique, les pensées, les concepts philosophiques, politiques aussi, dans notre image de l'être humain, qui est profondément formatée par cette notion de homo homini lupus est, nous sommes des loups dangereux, et c'est la nature humaine, c'est pourquoi on doit nous surveiller, nous contrôler par des lois, par un État. Parce que sinon, ce sera l'anarchie dangereuse. Et c'est pour ça que nous sommes prêts à nous soumettre, à transmettre notre autonomie à l'État, notamment par les lois, parce que sinon, la communauté humaine, ce sera un cauchemar. Et c'est ça qui fait que, bien sûr, il y a beaucoup d'avantages de vivre dans une société réglée par les lois, je ne veux pas mettre ça en question, mais il faut développer une conscience, un peu, quelle est l'image de l'être humain. sous-jacente.
- Speaker #0
Pourquoi on est si attaché à la souffrance ?
- Speaker #1
Parce que je pense...
- Speaker #0
Pourquoi on reste dans cet état-là, en silence, intérieurement, avec cette souffrance qui est là ? On a l'impression que ça fait partie de la vie.
- Speaker #1
Oui, en effet, c'est une question sur laquelle, c'est un constat sur lequel on doit s'interroger. Pourquoi on est autant en train de trouver normal de souffrir, de se sacrifier ? Et à mon avis, on trouve cela déjà dans la Bible, dans l'Ancien Testament, c'est le livre de la Genèse, que l'être humain est chassé du paradis et qu'on explique par punition aux femmes qu'elles doivent souffrir dans l'accouchement. Et les hommes doivent souffrir dans le travail. Et comme ça, on pose un peu les bases de notre culture, de notre civilisation. Et par la suite, je pense que c'est des concepts qui ont une certaine utilité, en effet, dans le monde réel pendant des millénaires. Parce que c'est vrai, le lien entre travail dur et avoir plus de garants de sécurité dans un environnement hostile, par le climat notamment, c'était un garant de survie, en effet. Donc ça s'est confirmé quand même à travers des millénaires. Donc ça paraît évident. Je travaille dur, j'ai des fruits de mon travail, et comme ça j'ai des garanties de pouvoir me nourrir et ma famille quand l'hiver vient et il n'y a plus de recueil pendant plusieurs mois. Donc ça paraît évident. Mais je trouve qu'aujourd'hui, avec tout le progrès technologique qu'on a, il faut questionner cela parce que nous avons maintenant des machines et des algorithmes qui travaillent pour nous. qui produit suffisamment de biens et qu'on pourrait questionner cette équation. On a besoin de travailler dur pour survivre parce que ça devient un anachronisme en quelque sorte. Et c'est ça qui détruit aussi la planète.
- Speaker #0
Quand tu parles de ce pan émotionnel-là, tu appelles ça le pan, P-A-N, qui couvre le P-E, c'est ça ? Le pan émotionnel. Est-ce que tu peux nous expliquer cette dynamique-là pour comprendre à quel point on met une façade et qu'il y a un truc qui est presque une véritable bombe à retardement derrière ?
- Speaker #1
En effet, le concept que je présente dans mon livre, ça s'appelle la dissociation structurelle traumatique. Ça, c'est un concept qui était bien développé dans les neurosciences, dans la psychothérapie, depuis à peu près une vingtaine d'années par des chercheurs. C'est hautement intéressant, ce concept. Et ça reprend d'autres concepts plus anciens, identifiés qu'avec l'agresseur, le syndrome de Stockholm, ce genre de choses qui déjà sont connues dans la littérature, ceux de la relation et ce traumatisme. Et ce modèle, ça explique qu'une personne qui doit faire face à une surcharge traumatique répétitive, à laquelle elle ne peut pas échapper, pour survivre dans cette situation, dans une dynamique de soumission et d'arrangement, Elle doit un peu se diviser dans une partie qui vit la surcharge traumatique pénible, qu'on appelle la partie émotionnelle, qui est douloureuse, qui est agitée, qui souffre. Et puisqu'on ne sait pas quoi faire avec cette souffrance, on la prend moins loin, dans ce qu'on peut appeler une torse au tiroir de la dissociation, où elle est cachée. Et l'autre partie qui essaye de survivre dans la vie de tous les jours et qui... qui essaye de se prouver à elle et aux autres que tout va bien, tout est au contrôle, et elle fait même partie des personnes qui ont réussi la vie. Et cette partie qui essaie de survivre, on appelle ça la partie apparemment normale, la panne. Donc il y a deux parties de la personnalité, une qui est cachée, supprimée, la partie émotionnelle qui porte l'évidence du trauma, et l'autre partie... prétend tout va bien et qui va montrer à tout le monde regardez comme je suis beau et fort et je gère tout bien mais elle ne fait rien d'autre que de masquer une souffrance qui est toujours présente, cachée et quand est-ce qu'elle s'active alors cette souffrance cette partie émotionnelle donc la partie émotionnelle elle s'est créée au moment d'une surcharge traumatique souvent pendant l'enfance c'est à dire une maltraitance mais aussi une négligence profonde. L'enfant vit un état émotionnel très fort et réalise que les adultes ne peuvent pas le soutenir, ne s'intéressent même pas ou ne vont même pas le valider. Donc l'enfant va mettre sa détresse dans ce compartiment de la dissociation de la partie émotionnelle. Et par la suite, cette partie reste active en latence, en manière cachée, et plus tard dans la vie, ça peut se réactiver dans des situations à l'âge adulte qui sont similaires à la situation initiale. Notamment, on observe ça souvent en psychiatrie, dans les suivis, quand il y a un stress majeur sous forme de rupture, rupture émotionnelle, un rejet important, notre perte de travail, une mise à l'écart, ou alors un deuil parce qu'une personne a un problème. importante et décédée. Et ces états-là, bien sûr, vont déclencher une réaction émotionnelle profonde, qu'on va peut-être appeler une dépression réactive. Mais quand on comprend un peu le parcours de la personne, on réalise que cette activation correspond aussi au retour à la surface de la partie émotionnelle qui était toujours là, de manière cachée.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il y a de mieux à faire dans ces cas-là ? Quand on est dans ce... parce qu'on peut le réaliser, on peut en être conscient que cette partie-là est active.
- Speaker #1
Oui, donc c'est quand même un travail de...
- Speaker #0
Qu'il y a une partie inconsciente.
- Speaker #1
Oui, mais elle se montre pendant un moment de crise. Elle se montre quand même. C'est pourquoi je dis toujours que les crises sont importantes, parce que ça apporte un message. Donc quand il y a une personne qui va peut-être vivre un licenciement, et qui pourrait, ce n'est pas un grand problème parce qu'elle n'a pas été blessée dans cet endroit-là, elle va voir ça comme une opportunité. et elle a d'autres possibilités. Mais pour une autre personne, ça peut tout mettre en question, et ça remplit toute son émotionnalité, toute sa conscience sur le moment, et ça peut vraiment beaucoup l'affecter. Et peut-être un psychiatre qui va voir cette personne, elle va diagnostiquer une dépression réactive par rapport à un stress de licenciement, mais un psychotraumatologue, il va plutôt avoir une lecture, et là, il y a l'enfant blessé qui se réveille et qui se montre dans ce contexte-là. Donc pour moi, c'est important de développer une lecture cohérente qui contient toutes les apprentissages de la vie de la personne, et pas seulement la situation du moment. Et pour moi, la solution par rapport à une telle crise, c'est pas seulement de dire, ok, on va essayer de retrouver du travail au plus vite, mais aussi de voir comment on peut aider et soutenir cet enfant blessé qui a vécu une blessure d'abandon, par exemple, et de trahison relationnelle.
- Speaker #0
quand on commence à ouvrir ces dossiers là il y a une première partie qui est quand même difficile on réactive certaines choses on en a peur en fait d'y aller pour la plupart d'entre nous on a peur de réactiver cette blessure on a l'impression qu'on l'anesthésie
- Speaker #1
un petit peu qu'on la met à l'écart justement mais on se leurre oui ça fait très peur parce que ça prend beaucoup de place les gens en effet sont plus capables de vivre leur vie, de faire les démarches, parce qu'ils sont terrassés par cette émergence d'émotionnalité difficile.
- Speaker #0
Quand on démarre une démarche comme ça, psychiatrique ou autre, ou d'en prendre conscience, on peut réouvrir des anciens dossiers, et ça peut être difficile, la première phase, justement.
- Speaker #1
Et surtout, on veut que ça s'arrête au plus vite, et qu'on ne ressente pas trop cette douleur. D'où aussi le réflexe de prendre des substances, à savoir euh de l'alcool ou des drogues, pour anesthésier cette douleur-là qui se réveille, ou alors des médicaments psychiatriques, les antidépresseurs, les neuroleptiques, ce sont aussi des substances qui peuvent contenir cette douleur-là.
- Speaker #0
Quelle est l'importance de ressentir cette douleur, de la voir en face de là ? Parce que c'est vraiment un des messages profonds du livre, c'est d'y aller dans cet espace-là, c'est ce que tu recommandes. d'aller dans cet espace, de le voir, mais il faut qu'il y ait un cadre quand même, il faut qu'il y ait une structure. Comment oser aller vers cette souffrance, la vivre, et quelle est l'importance en fait de la traverser, de la voir,
- Speaker #1
plutôt que de la fuir ? Oui, en effet, nous avons tendance, notre culture à mon avis, de mettre ça loin, alors que la souffrance, la douleur de l'âme, en quelque sorte c'est comme un bras cassé qui me montre qu'il y a une surcharge. de stress sur un organe, sur un os, ou alors sur mon psychisme, ça fait mal. Et donc, la douleur psychique qu'on éprouve lors d'une attaque de panique ou d'un état dépressif, c'est la même chose, c'est un signal de notre organisme pour dire, regarde là, il se passait quelque chose de vital. Et donc, tu devrais essayer de regarder ça, trouver des solutions durables, et pas juste anesthésiées. Pas juste mettre un pansement et un traitement antidouleur à ce moment, mais essayer de Merci. de guérir cette cassure-là. Et donc, pour moi, c'est toujours une invitation de regarder le message des symptômes et ne pas les pousser loin. Parce que dans le système dissociatif, on a toujours ces antipodes entre, d'un côté, l'émergence intrusive non contrôlable de cette douleur qui peut émerger par des déclenchements variables, parfois plusieurs fois par jour, que les gens sont activés par des discussions, par des images. Des ressentis corporels, ça active la PE et ils vivent un moment d'anxiété, de stress, de pensée négative. Donc il y a le côté intrusif d'un côté et de l'autre côté, la PAN, la panne, elle a l'habitude de vouloir tout de suite mettre ça loin, l'évitement on appelle ça, de pousser ça loin pour ne pas le sentir. Oui,
- Speaker #0
elle a ses propres mécanismes.
- Speaker #1
Voilà. Et donc l'organisme, il s'épuise dans cette lutte à l'intérieur et que les gens sont épuisés à porter ça.
- Speaker #0
Et on ressent ce vide quand même. Parce qu'on voit dans notre société, il y a un manque de sens, on ressent à l'intérieur ce vide, je pense, beaucoup d'entre nous, qu'on essaye d'échapper. Ça correspond à quoi, je veux dire, en psychiatrie, ce vide intérieur qu'on ressent ? Pourquoi il y a un vide ? Pourquoi il y a un espace qui ne paraît... pas touchable, qui est dissocié, ou qui est... comment ?
- Speaker #1
Moi, dans ma lecture, ce vide-là, ça correspond à la perte ou l'absence de l'attachement sécure avec soi-même. À savoir, on a perdu un peu cette notion, je peux faire confiance à moi-même et à la vie, au monde, et que quoi qu'il se passe autour de moi, positif ou négatif, ce n'est pas important. Je m'accepte et je m'apprécie, et si on veut, je m'aime comme je suis. Et si on a perdu ça à cause des expériences traumatiques qui nous ont surchargé, on ressent un peu ce vide, on a perdu la capacité de s'aimer, de s'auto-rassurer. Et qu'est-ce qu'on cherche pour remplir le vide ? On recherche ça en utilisant des apports de l'extérieur. Et ça, c'est aussi pour moi l'explication de l'épidémie du narcissisme, où on doit s'appuyer sur d'autres. personnes pour remplir le vide qu'on a en nous-mêmes et qu'on a constamment besoin de validation externe pour ne pas sentir ce vide existentiel.
- Speaker #0
Tout le monde a ce vide ?
- Speaker #1
À mon avis, oui, c'est très très répandu, c'est même un prérequis dans notre société, en tout fonctionner, c'est d'avoir un égo fort, une identification avec des récits, avec nos fonctions, avec nos rôles, très très fort. C'est comme une addiction. on a toujours besoin de se valider par des apports externes par les personnes par le succès, par des symboles de réussite et sur les social media aussi c'est ça, ça a dû s'accentuer avec les réseaux sociaux voilà les gens qui vont nous applaudir c'est un peu un substitut pour cet attachement sécure perdu qu'on a externalisé parce qu'on n'a pas développé de le porter nous-mêmes
- Speaker #0
Qu'est-ce qui se passe lors de MDR, donc ces Rapid Hive Movement, c'est ça ? Explique-nous le mécanisme de l'EMDR et à quel point justement... Parce que je me souviens avoir interviewé il y a très longtemps quelqu'un à Chicago qui travaille avec les vétérans de guerre, Alan Botkin, je ne sais plus, quelqu'un de connu là-bas, qui avait fait un travail considérable pour aider les vétérans de guerre à utiliser l'EMDR pour... Comment ça fonctionne ? Et à quel point c'est efficace ? Et pourquoi c'est efficace ? Parce que ça fait partie des techniques que tu proposes à tes clients, non ? Il y a des informations précieuses aussi.
- Speaker #1
Je suis d'avis que l'EMDS est une approche thérapeutique très précieuse qui existe depuis 30-40 ans, qui a vraiment amené beaucoup de nouveautés dans les thérapies des traumatismes. Et il y a un des concepts, donc c'est une manière euh amplifié, modifié de traitement de l'information. Donc on aide la personne à digérer des choses qui ont jusqu'alors été indigestes. Et une des explications qu'on a par rapport à cette technique, on travaille avec des mouvements oculaires ou avec une stimulation bilatérale qui est effectuée pendant que la personne imagine des situations, soit des situations agréables des ressources, mais aussi bien sûr des situations traumatiques. Et qu'on a, avec ces mouvements des yeux que le patient doit suivre en même temps, ça correspond au niveau neurobiologique comme une sorte de tâche double. Donc il y a deux tâches qui sont effectuées en même temps, à savoir je me souviens, j'imagine quelque chose, et en même temps avec mes yeux je suis des mouvements. Et que c'est une sorte de confusion pour le cerveau qui doit faire deux tâches discriminatoires en même temps. Et en quelque sorte, si on doit faire deux tâches en même temps, à savoir écrire un email et calculer, on va réaliser que c'est difficile de faire ça. On doit faire des allers-retours et on est ralenti, on est freiné par cette double tâche. Et on pense que ce côté d'interférence qu'on crée avec cette stimulation, ça empêche. que le traitement de l'information va activer des automatismes traumatiques qui vont prendre toute la place. Donc au lieu que ça s'active et ça devient ingérable, attaque de panique ou dissociation, avec ces stimulations simultanées, ça reste dans une zone où on peut encore traiter l'information de manière différente. Donc les patients vont dire que c'est un peu bizarre, j'arrive plus à penser comme d'habitude, ça va un peu différemment dans mon corps. Mais au final... On arrive encore à traiter l'information de manière différente. Et c'est ça qui est thérapeutique. Parce que tout d'un coup, on peut se souvenir, ah oui, mais c'est terminé, je suis en sécurité maintenant, ce n'est pas ma faute. Et on peut mettre tous ces éléments importants ensemble et arriver à une nouvelle intégration de l'événement.
- Speaker #0
C'est une forme d'hypnose ou pas ?
- Speaker #1
Je dirais que non. Peut-être qu'il y a certaines similitudes, mais c'est vraiment une sorte de disruption du traitement habitué de l'information, pas cette double tâche. qui permet à l'organisme, en quelque sorte, de remettre les pièces, les fragments d'informations, ensemble, d'une nouvelle manière.
- Speaker #0
Mais il y a une autosuggestion de la part de la personne.
- Speaker #1
Pas tellement, non. Non.
- Speaker #0
C'est vraiment l'être en lui-même qui est en train de vivre ça, qui s'autorégule.
- Speaker #1
Oui, je dirais qu'il y a moins d'effets suggestifs comme dans l'hypnose, mais... Quand même, on prépare, dans la préparation de l'EMDR, il y a aussi ce qu'on appelle une pensée positive. Qu'est-ce qu'on pourrait penser de manière positive de la situation vécue ? Donc on prépare ça quand même, mais on ne va pas pousser la personne à aller directement dans cette direction-là, mais c'est le psychisme lui-même qui va trouver une manière, et parfois c'est très surprenant, d'intégrer et de lire cet événement de manière différente.
- Speaker #0
Un peu comme l'ostéopathie alors.
- Speaker #1
Ça, tu dois m'expliquer. Non, non, non,
- Speaker #0
mais c'est que j'ai l'impression qu'après, le corps s'autorégule, c'est-à-dire qu'on met les choses en place, et ensuite, il y a ce qui se passe intérieurement pour retrouver sa place et un élan beaucoup plus sain, en fait. C'est-à-dire qu'on l'aide un tout petit peu, et après, le corps fait le reste, non ?
- Speaker #1
Oui, c'est aussi qu'on peut appeler ça l'autoguerrisseur, le guérisseur interne, donc cette instance organique, psychique, qui fait que L'organisme va trouver des solutions.
- Speaker #0
Mais pourquoi des fois ça marche et des fois ça ne marche pas ? Parce que ça s'est énormément développé le MDR. Il y a plein de personnes qui font le MDR. Il y a des personnes avec des compétences complètement différentes. Il y a des coachs, des thérapies brèves, etc. qui ont incorporé le MDR. Ce n'est pas un petit peu dangereux ? Ça peut être mal utilisé, je veux dire, par certains. Il faut peut-être faire un petit peu attention et mettre un petit bémol. Bien sûr,
- Speaker #1
oui. L'EMDR, c'est une technique puissante où on peut aussi déstabiliser une personne. Elle peut être dans un état de fragilité, même longtemps après les sciences. Mais normalement, les thérapeutes qui font ça, ils préviennent, ils anticipent ça, ils accompagnent cela. Mais il faut savoir que toute démarche thérapeutique efficace, que ce soit la chirurgie ou la psychothérapie efficace, a aussi le potentiel de nuire. Et donc ça fait partie des...
- Speaker #0
Pour en être conscient, oui. Ce n'est pas anodin de démarrer une telle démarche.
- Speaker #1
Et de l'éthique professionnelle des gens qui le pratiquent, de se former correctement, d'être en supervision et de développer un regard d'identologie propre sur leur méthode.
- Speaker #0
Donc ça marche très bien sur quoi le MDR ?
- Speaker #1
Notamment toutes les conditions post-séquilaires traumatiques, des états de post-traumatique. divers, comme le stress post-traumatique, ou alors des difficultés souvent dans une dépression chronique aussi, récurrente, on trouve aussi ce qu'on appelle le trauma constituant. Donc ce que j'ai expliqué au début, c'est là où la partie émotionnelle s'est créée, dans des situations de rejet, d'abandon, et que c'est un peu le traumatisme constituant qui explique pourquoi, plus tard dans la vie, dans des événements un peu similaires, Cet activiste active sous forme d'une souffrance, état dépressif, et que quand on creuse et qu'on comprend un peu des parallèles, on réalise, on ne traite pas seulement le stress d'une situation récente de rejet, mais aussi l'enfant blessé, abandonné à l'âge de 5 ou 6 ans.
- Speaker #0
Ça, on a tous la blessure d'abandon, non ?
- Speaker #1
Je pense qu'on porte ça beaucoup, oui.
- Speaker #0
Ça a du sens, non ? Dans cette incarnation, à un moment, se sentir abandonné, dissocié, enfin pas dissocié, mais détaché de l'amour des parents, même de quelque chose de peut-être plus grand, non ? À la base, de la source ?
- Speaker #1
Je pense que c'est un des... Pour moi, c'est ça, l'essence. Donc vraiment, le noyau profond des problèmes qu'on vit aujourd'hui au niveau collectif et aussi individuel, qu'on a un peu perdu le lien avec l'attachement sécure, avec la connexion d'origine.
- Speaker #0
Et ça, il n'y a que nous-mêmes qui pouvons le retrouver.
- Speaker #1
Je l'espère qu'on arrive à, à un moment donné, développer des approches pour nous-mêmes et de s'ouvrir à l'idée de travailler sur ce problème-là. pour nous-mêmes et pour nos proches, et peut-être idéalement pour la société aussi.
- Speaker #0
Donc quotidiennement, dans notre vie de tous les jours, quelle est la démarche de fond, quelle est l'attitude ou l'ouverture qu'il faut avoir pour justement combler ce vide ou reprendre cette connexion plus profonde et se donner cet amour ?
- Speaker #1
Je pense que la première chose, c'est déjà de nommer le problème.
- Speaker #0
On peut le faire sans un professionnel ?
- Speaker #1
Peut-être à un moment donné, on ressent le besoin de partager ça avec quelqu'un, mais déjà de cultiver ce que j'appelle basiquement l'authenticité, à savoir quand je ressens quelque chose, je ne vais pas essayer de me le cacher vis-à-vis de moi-même et les autres prétendent que tout va bien, ça c'est la panne qui prétend.
- Speaker #0
Ou de pointer du doigt vers les autres ?
- Speaker #1
Ou alors les autres sont fautifs, oui, ça c'est un réflexe aussi, projeter ses propres problèmes sur les autres. Et pour moi, c'est vraiment quelque chose que j'ai l'impression qu'on ne fait pas encore assez de nommer vraiment l'origine du problème parce que ça, ça fait très très mal de voir l'ampleur de la traumatisation qui nous concerne et qu'on a tendance à mettre de côté parce que c'est très très mal. Ça fait mal.
- Speaker #0
Alors c'est intéressant parce que je pense notamment à Stéphane Alix que j'ai interviewé plusieurs fois et je l'ai entendu plein de fois de personnes qui ne comprenaient pas pourquoi ils avaient une certaine manière de réagir face à certains événements et qu'ils ne se souvenaient même pas de cet événement, que c'était effacé de leur mémoire et que lui ne se rappelait pas de ce qu'il a vécu avec son oncle à un plus jeune âge. et que c'est lui dans le contexte de de cliniques, de prises de psychédéliques à faible dose et de manière structurée, entourée, médicale, etc. Donc là, on entre dans un terrain glissant, mais je vais y aller, parce que c'est intéressant de voir, déjà d'une, comment retrouver ces éléments-là, comment retrouver cette pièce du puzzle qui nous manque, parce que c'est comme pas accessible. ça a tellement été douloureux à un moment qu'on l'a effacé. C'est quoi le mécanisme de suppression de cette donnée ? C'est quand même un traumatisme profond, non ?
- Speaker #1
En effet, ça interpelle beaucoup ce phénomène que tu décris à l'exemple de Stéphane Alix, de ne pas pouvoir se souvenir des éléments hautement significatifs et douloureux. On peut beaucoup s'interroger là-dessus. Pourquoi on ne peut pas se souvenir ? Est-ce que ça veut dire que ça n'a même pas eu lieu ? Et donc l'explication scientifique qu'on connaît aujourd'hui, on appelle ça l'amnésie dissociative. Et l'amnésie dissociative, aujourd'hui, on la comprend très bien, on peut la même voir sur les scans cérébraux, à savoir que quand on se souvient d'un événement hautement douloureux, un deuil, une violence, etc., le cerveau va, à un moment donné, bloquer l'accès à cette information, et ça correspond à l'activation d'une oeuvre cérébrale qu'on appelle l'amygdale. Donc l'amygdale va s'allumer, elle va dire stop, tu ne vas pas plus loin. Et comme ça, on est protégé de s'exposer à quelque chose qui est indigérable, qui n'est pas intégré et qui risque de nous déstabiliser. Donc on sait aujourd'hui que l'amnésie dissociative, elle est fréquente. C'est un phénomène qui concerne tout le monde, à des degrés variables, qu'on se protège pour continuer à vivre. Mais cette charge émotionnelle traumatique reste active ou elle peut être déclenchée par ce qu'on appelle des triggers, des facteurs déclenchants. et que... Donc, ça explique ce que tu as décrit chez Stéphane et Alix. Tout d'un coup, on peut à nouveau accéder à ces fragments d'informations et par la suite, on doit les intégrer, les digérer. C'est ça le travail thérapeutique qu'on doit faire. Et peut-être pour parler dans ce contexte des psychédéliques, on sait que notamment la MDMA a cette vertu... MDMA,
- Speaker #0
c'est quoi ?
- Speaker #1
MDMA, c'est l'ecstasy. On appelle ça aussi. C'est une substance qui va calmer la suractivité de l'amygdale, l'activation de ce blocage, et du coup, sous effet de la MDMA, on peut accéder à des choses auxquelles on n'a pas accès en temps normal.
- Speaker #0
Alors, on va revenir là-dessus parce que c'est croustillant, mais qu'est-ce qui... Toi, comment tu as découvert ce modèle-là, cette modalité ou cette façon d'opérer avec les psychédéliques ? Qu'est-ce qui a fait qu'à un moment dans ta pratique, tu l'as ajouté ?
- Speaker #1
Je me suis toujours intéressé à trouver des bonnes thérapies pour mes patients dont je constatais qu'ils sont quasiment tous très traumatisés. Donc je me suis d'abord formé en EMDR et commencé à pratiquer ça. J'ai beaucoup appris dans ces formations. ça a vraiment... Modifier mon regard sur la souffrance humaine, je dois le dire, et sur les concepts qu'on porte. Et par la suite, j'ai eu la chance, avec surtout un réseau de contacts dans mon germanophone, en Allemagne et en Suisse alémanique, où j'ai pu me former dans ces approches-là des psychédéliques et par la suite les appliquer avec l'autorisation du gouvernement suisse.
- Speaker #0
Parce qu'en Suisse, c'est légal. En France, ça ne l'est pas.
- Speaker #1
En Suisse, c'est soumis à autorisation gouvernementale. Ce sont des substances qui sont illégales, comme en France. Mais dans le cadre médical, on peut demander à l'OFSP, l'Office fédéral de la santé publique, en Suisse, d'avoir des autorisations pour nos patients nominatifs et pour les substances spécifiques. Ça, c'est possible. Et donc, on peut pratiquer cette thérapie par le site dans le cadre légal.
- Speaker #0
Elles ne sont plus pratiquées en Allemagne, donc forcément.
- Speaker #1
En Allemagne, il y a...
- Speaker #0
En Europe, c'est comment la cartographie, à peu près de ça ?
- Speaker #1
Donc ça, bien sûr, ça se développe de plus en plus, ou ça commence et se développe en France aussi, mais la Suisse est particulièrement avancée déjà dans la pratique de ces apprenants.
- Speaker #0
Parce qu'il faut être quand même très rigoureux dans la démarche, la pratique et l'encadrement.
- Speaker #1
Oui, en effet, c'est pas mal régulé. Donc on doit faire des demandes, des dossiers pour justifier. L'indication est que c'est soumis à l'autorisation par cet office-là. Parfois, on a aussi un refus ou des demandes de compléments d'informations. Et par la suite, on doit commander les substances dans une pharmacie spécialisée. Donc, c'est tout est très contrôlé. Et on doit aussi faire des rapports une fois par année pour décrire un peu l'évolution et justifier un peu cette autorisation.
- Speaker #0
Donc, c'est particulièrement efficace sur quoi ?
- Speaker #1
Je pense pour un grand éventail de diagnostics, quand même. Dépression, troubles anxieux, état de stress post-traumatique, aussi complexe, mais aussi de la souffrance peut-être somatique en lien avec des troubles somatophores, peut-être une dépression liée avec des symptômes douloureux, par exemple, chez les patients, ce genre de choses, troubles alimentaires. Donc quand même pas mal d'indications sont possibles.
- Speaker #0
Et donc qu'est-ce qui se passe dans une séance concrètement alors là ? Ça se fait sur plusieurs fois ? C'est en une fois ? Il y a une préparation avant ça ? Qu'est-ce qui se passe pendant la... Juste pour bien qu'on comprenne. Oui,
- Speaker #1
bien sûr, ce sont des séances... C'est des séances longues ! Longues, qui durent une journée. Ça c'est la substance. Les substances ont une activité sur l'organisme pendant plusieurs heures. 5-6 heures pour la MDMA, pour l'LST c'est jusqu'à 10-11-12 heures, donc c'est des longues journées où on doit accompagner de près le patient. Mais ce n'est pas que ces séances-là, mais c'est aussi tout un travail de préparation de la séance et surtout aussi après les séances qu'on appelle le suivi d'intégration où on doit voir de quelle manière mettre en pratique dans la vie de tous les jours les choses. qu'on a compris et travaillé pendant le séance psychédélique.
- Speaker #0
Il y a des séances qui se passent mal ?
- Speaker #1
Ça peut, je dirais, ça ne se passe jamais mal, mais ça peut aller dans une...
- Speaker #0
Ça peut réveiller vraiment quelque chose de très grand ?
- Speaker #1
Bien sûr, ça peut aller dans une direction qui n'était pas prévue, où tout d'un coup, il y a des choses difficiles qui émergent, ou qu'on ne peut même pas comprendre, on n'arrive pas à faire une lecture, et parfois, c'est vraiment un processus à long terme. Il ne faut vraiment pas croire que... C'est un raccourci, quoi. Non, c'est vraiment, c'est toujours un travail psychothérapeutique, vraiment très profond, dans une longue durée qui a eu lieu.
- Speaker #0
À quelle fréquence ?
- Speaker #1
Je ne fais pas plus que maximum trois séances par année, avec des substances autorisées, mais c'est surtout entre les séances, dans l'intervalle, qu'il y a vraiment un travail psychothérapeutique approfondi par rapport à... Qu'est-ce que j'ai appris dans les sciences ? Où sont mes problèmes ? Où je dois peut-être rectifier, réaménager ma vie, mes relations, mon rapport à la réalité matérielle ? Où je dois peut-être réaménager cela pour que, bien sûr, certains s'inscrivent dans une transformation réelle. Parce que si on ne fait pas ce travail d'intégration, on risque de pratiquer du psychonautisme, à savoir on va vivre dans un parc d'attractions, montagne russe, on va vivre des choses très intenses, mais ce n'est pas connecté à la réalité de la vie, à comment je gère mes relations et comment je suis en contact avec moi-même. Donc c'est très important d'accompagner les personnes et de vraiment insister. De rappeler aux gens, il ne suffit pas de vivre des choses profondes et intenses, mais aussi il faut mettre certaines choses en place qui tiennent compte de cela dans la vie de tous les jours.
- Speaker #0
Parce que quand on se rappelle d'informations dont on n'avait pas eu accès depuis un certain temps, qu'est-ce que ça provoque chez le patient ?
- Speaker #1
Souvent de panique ou de désespoir ou de profonde tristesse de réaliser à quel point... C'est vraiment souvent une tristesse, un deuil profond par rapport à réaliser... Tiens, je réalise, j'ai passé toute ma vie à essayer de ne pas voir le problème de base et de contourner avec plein d'efforts, plein de difficultés. J'ai tourné en rang et j'ai perdu beaucoup d'années précieuses de ma vie parce que j'ai porté quelque chose qui a eu un impact majeur dans mon fonctionnement relationnel. et que je n'ai pas pu voir parce que c'était trop pénible. Et de réaliser que là, il reste encore tout un travail de faire, de mise en question aussi, de questionner sa propre identité, son fonctionnement, ses réussites aussi. Tout ce dont je suis fier...
- Speaker #0
Toute la fondation est Ausha, toute la fondation est perturbée.
- Speaker #1
En effet, ce n'est pas seulement la partie émotionnelle qui doit être vue et intégrée, mais c'est aussi la partie apparemment normale. qui prétend qu'elle est puissante, qu'elle a bien géré les choses, qu'elle a réussi plein de trucs de réussite formelle.
- Speaker #0
Il y a plein de choses à valider quand même.
- Speaker #1
Et il faut aussi amener à questionner ça, à dire je n'en ai plus pas besoin. Donc je n'ai pas besoin de continuer cette recherche effrénée de preuves que je suis une bonne personne. Et à un moment donné, je dois aussi mettre ça de côté et de vraiment poser la question qui je suis à la base.
- Speaker #0
Et ça, on y arrive à cette question ? Le LSD ou l'ecstasy, ça aide à avoir cette vision-là, à retrouver cet amour-là, à accéder à cet espace-là ?
- Speaker #1
Bien sûr, pendant la séance...
- Speaker #0
C'est pas seulement que ça éveille le traumatisme, je veux dire. Oui,
- Speaker #1
pendant la séance, on sait que pendant les séances psychédéliques profondes, il peut y avoir une émergence d'une certaine évidence traumatique. on réalise qu'on a qu'on a vécu des choses pénibles qu'on n'a pas encore digérées, mais on peut aussi être en contact avec des expériences mystiques ou spirituelles où on réalise qu'on est en contact avec quelque chose de plus grand. Et donc ces deux contenus peuvent aussi émerger pendant une même séance des choses très très sensibles, très difficiles, et des choses aussi très lumineuses.
- Speaker #0
Les témoignages doivent être troublants, non ? Il doit y avoir des choses qui se croisent dans les témoignages lumineux, par exemple. Qu'est-ce qui revient assez souvent ?
- Speaker #1
De réaliser qu'on fait partie de quelque chose de plus grand. Et que ce n'est pas parce qu'on a vécu des choses difficiles et qu'on a vécu dans une illusion qu'on aurait perdu notre essence profonde. Et juste peut-être aussi de reconnaître... que les choses difficiles, le traumatisme qu'on a vécu, ça a aussi eu un sens, a contribué, pour comprendre qui nous sommes. Je dis toujours, il faut écouter les messages des choses qu'on vit, et un traumatisme profond, c'est peut-être aussi le passage nécessaire pour se réveiller, pour réaliser, ah tiens, c'est tellement grave, qu'est-ce qui se passe là ? Qu'est-ce que j'accepte ? Et qui je suis à la base ? Et peut-être le traumatisme, ce choc-là, est un choc aussi qui nous réveille par rapport à cela.
- Speaker #0
Dans une évolution globale, c'est ce qu'on avait à vivre ?
- Speaker #1
Oui, que peut-être les expériences difficiles, c'est aussi un message de la vie à nous pour se réveiller et pour se poser des questions, faire une démarche transformative, psychothérapeutique, commencer une quête. Oui, c'est une porte de transformation. Voilà. De l'autre côté de ce chemin-là, il y a aussi beaucoup de lumière, à savoir, je réalise peut-être, je me définis par mes traumatismes, mais au-delà de tout cela, je suis un être qui, en quelque sorte, vit, ou peut-être même a choisi de vivre cette expérience pour faire un apprentissage profond sur la vie et sur l'univers, en quelque sorte.
- Speaker #0
Parce que forcément, quand il y a eu un traumatisme et quelque chose qui s'est figé, Il y a énormément aussi de lumière qui, dans le coup, on n'a plus accès. Je veux dire, ça paraît normal qu'une fois que le traumatisme se libère et se dissout petit à petit, qu'on se sent encore mieux, plus présent, plus lumineux, qu'il y a quelque chose de plus aimant qui est là naturellement et notre nature profonde émerge.
- Speaker #1
Oui, c'est ce processus que tu décris, ça on appelle ça post-traumatic growth.
- Speaker #0
Growth, post-traumatic growth, I love it. C'est grandir,
- Speaker #1
grandir, gagner maturité, en confiance, à travers les traumatismes qu'on a vécu, et par la suite, devenir une personne qui ne peut plus être affectée par des choses difficiles, et qui aussi est Merci. indemne en quelque sorte par rapport à la séduction des choses positives. Donc on n'a plus besoin d'orienter sa vie pour cumuler des belles choses et des preuves qu'on est une bonne chose parce qu'on a réalisé que ce n'est pas important. Et ça pour moi c'est très important de réaliser dans cette structure traumatique dissociative, on a ce besoin compulsif d'aller vers des choses positives, mais ça aussi ça devient un problème à un moment donné, on devient addict. de cette confirmation, de cette validation. Et quand on a accédé à cette maturité à travers ces apprentissages, on devient libre. On ne se laisse plus intimider par les choses négatives et on est de plus en plus soumis à la séduction de vouloir cumuler des choses positives. On est un peu dans une certaine indifférence. Et c'est ça pour moi la réelle liberté et l'autonomie.
- Speaker #0
Là, il y a tellement de choses et ce livre est tellement riche et c'est un bonheur. Merci de l'avoir écrit parce que c'est quand même un gros bébé. Gros bébé de 600 pages.
- Speaker #1
500.
- Speaker #0
500. On est sur un bon kilo là. Le titre, Vampire au Seine. Maintenant, on peut le comprendre, je pense. Parce que j'osais à peine dire le titre aux éditions Guitre et Daniel. Comment ? comprendre et surmonter l'engrenage traumatique à l'origine de la crise de notre civilisation. Donc tu parles énormément aussi de ce que notre époque vit, tu dénonces certaines choses, enfin voilà, tu as quand même un avis, des choses que tu mets en avant. Pourquoi ce titre ? Pourquoi, je veux dire, pourquoi cette... Il faut oser quand même un tel titre. Il y a le mot vampire quand même dedans.
- Speaker #1
En effet.
- Speaker #0
On parle de loups-garous aussi à un moment. On parle des monstres. Et des zombies.
- Speaker #1
Oui, en effet.
- Speaker #0
C'est monstrueux.
- Speaker #1
Pour moi, c'était un souhait de nommer les choses correctement, de nommer un chat un chat, à savoir que moi, je suis d'avis que notre civilisation, on ne devrait pas l'appeler anthropocène, mais on devrait plutôt l'appeler vampirocène. Parce que dans ma compréhension, toute notre civilisation depuis 10 000 ans ou 12 000 ans, comme je le décris dans mon livre, était formatée profondément par une succession Merci. interminable de maltraitance qui s'inscrit profondément dans notre culture, dans nos croyances, dans notre manière de penser, dans notre réactivité dans les relations et dans la manière de dominer la nature et d'avoir développé une culture interpersonnelle de comparaison, de compétition et au final de maltraitance entre nous. Et pour moi, ça vient maintenant dans la crise collective, la métacrise. ça qu'une... culmine, c'est son apogée et je suis d'avis qu'on est en train de vivre les derniers instants du vampiro-sène et qu'il s'agit maintenant de préparer de manière consciente si possible ce qui va venir par la suite Le nouveau monde ? Je l'appelle le vrai anthropocène à venir Le ? Le vrai anthropocène à venir
- Speaker #0
Et ça, c'est quoi ?
- Speaker #1
Pour moi, l'anthropocène c'est vraiment où on a développé une culture qui tient compte de l'essence humaine à savoir nous sommes des êtres vivante, extatique, curieuse, ouverte, qu'on veut partager, qu'on veut vivre avec les autres, qu'on veut s'émerveiller, qu'on veut être créatif, qu'on veut vivre des bons moments, tout simplement. Et qu'on arrive à établir une culture qui va soutenir cela au lieu de nous amener dans quelque chose qui est absurde et qui est très douloureux, la culture actuelle. Et donc moi, je... J'entreprends dans ce livre une tentative d'expliquer les mécanismes neurobiologiques, psychologiques, sociétals, transgénérationnels qui expliquent pourquoi nous sommes tellement habitués à une situation de maltraitance et nous trouvons ça normal. Et ce qui est plus grave encore, on a tendance à dire que c'est une loi naturelle. L'homme est comme ça, il est violent, il est égoïste, il est compétitif et la seule chose qu'il reste à faire pour régler ça, c'est d'augmenter le contrôle. et On vit dans un excès de contrôle dans lequel on va suffoquer, à mon avis. Et à un moment donné, ça ne va plus. fonctionner, ça va s'effondrer.
- Speaker #0
À quel moment la bascule va se faire alors ?
- Speaker #1
Je suis en train de... Je pense qu'on est en train de le vivre en ce moment.
- Speaker #0
On est en train de le vivre.
- Speaker #1
Les fondements, on est en train de le vivre morceau par morceau. Et c'est une bonne chose. C'est suffisant ? Ça fait peur de réaliser que notre monde, comme on la connaît, est en train de s'effondrer. Mais c'est aussi une lueur d'espoir parce que par la suite, je l'espère, on arrive à construire quelque chose qui est beaucoup plus adapté à la nature humaine. Et on sort en quelque sorte de ce cauchemar du vampirocène, du patriarcat on peut le dire, du hyper contrôle, de la domination dans la nature. C'est un cauchemar qu'on vit depuis dix mille ans, qu'on peut expliquer par la neurobiologie, de l'adaptation au stress, couplé aux capacités intellectuelles très développées de l'être humain, qui permet de raconter tout et n'importe quoi pour justifier l'abus.
- Speaker #0
Et l'IA dans tout ça ?
- Speaker #1
L'IA, bien sûr, joue son rôle et est très inquiétante parce que l'IA, à ce stade, est formatée, développée dans une logique de domination et de tromperie. Elle est très efficace pour faire ça. Dans quelques années, ou déjà maintenant, quand on regardera les écrans, on ne saura plus ce qui est vrai ou faux. C'est très important de ramener à nous-mêmes notre responsabilité de faire notre propre compréhension des phénomènes qui nous concernent. Et tout ça, c'est nécessaire pour, à un moment donné, sortir de cet engrenage traumatique profond, et pour commencer à établir et construire une nouvelle culture humaine qui est beaucoup plus adaptée à la vraie nature humaine.
- Speaker #0
Merci. Merci pour cette délicieuse interview, ce livre, cette écriture, d'avoir osé écrire ce livre. Je sais que ce n'est pas anodin, il y a certaines portes qui se ferment, mais il y en a d'autres qui vont s'ouvrir. Il faut oser dans ce monde.
- Speaker #1
Merci de nous donner l'occasion d'en parler ici.
- Speaker #0
Avec grande joie. Merci et n'hésitez pas à partager cette vidéo avec toutes les personnes autour de vous qui puissent en bénéficier elles aussi. N'hésitez pas à lire ce livre Vampire au Seine aux éditions Guitre et Daniel. Un livre passionnant, détaillé, vraiment captivant, encore plus captivant que cette interview. On prend le temps de le digérer et de se faire du bien et d'avoir cette compréhension pour prendre ce recul sur cette société, sur nous-mêmes, sur notre vie. Donc merci d'avoir suivi cette vidéo, merci de l'écouter. Vous pouvez aussi l'écouter en podcast dans la voiture et écouter, il y a d'autres choses qui vont venir. Parce que quand on la réécoute, il y a encore d'autres infos, c'est riche en informations. Donc merci beaucoup, je vous embrasse très très fort et abonnez-vous à cette chaîne. Gros bisous, au revoir.