Description
Les carrières oubliées des Molières
a partir d'un texte original du groupe “mémoire au village“
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Les carrières oubliées des Molières
a partir d'un texte original du groupe “mémoire au village“
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
les carrières oubliées des molières à partir d'un texte original du groupe mémoire au village les molières c'est notre village un village de l'essone aujourd'hui tranquille bordé de champs et de bois Et pourtant, pendant plus de trois siècles, ce village a nourri la France. Pas de blé, non, mais ce sans quoi aucun pain n'aurait jamais pu voir le jour. Bienvenue au Molière, car ici, sous la terre apparemment banale, se cachait une richesse essentielle, la pierre de Molière, cette pierre dure et rugueuse qui, une fois façonnée, devenait la meule, le cœur battant de chaque moulin. A première vue, le nom même du village semble une évidence. Molière, Meule, Meulière. Et pourtant l'histoire est plus subtile. Certains y voient une origine latine, Molis, la terre molle, humide, marécageuse. D'autres pensent que le nom dit tout simplement la vérité du lieu. Un territoire façonné par la pierre, par l'effort humain, par le bruit du fer frappant le roc. Dès le Moyen-Âge, les carrières sont là. Dès 1162, on trouve dans les archives la mention des terres dites des Molières. En 1190, les Templiers eux-mêmes possèdent des droits sur les carrières voisines. Et en 1291, le roi confirme un privilège fondamental. Chaque meule extraite rapporte un droit, un impôt, une reconnaissance officielle de sa valeur. Mais ce n'est pas une industrie flamboyante, ici point de grande forge. Point de fumée noire, les carrières sont à ciel ouvert, modestes, nombreuses, disséminées dans la plaine et les bois. On y travaille à la force des bras, avec des outils simples, piques, coins de fer, marteaux, treuils de bois. Les hommes qui travaillent ces trous peu profonds à ciel ouvert ne sont pas ouvriers d'usine, ce sont des meuliers, un métier rude, incertain, dépendant du hasard de la pierre. Car encore faut-il trouver la bonne pierre. Pas trop tendre, elle userait trop vite. Pas trop creuse, elle gâcherait la farine. La meule parfaite est dure, abrasive, presque éternelle. Elle ne polie pas le grain, elle l'arrache, le libère, le transforme en farine claire et saine. Une fois la pierre repérée, on creuse. On dessine dans la roche un cercle de près de 2 mètres. On insère les coins de fer, on frappe, encore. Et encore. Et soudain, la pierre se détache. Deux tonnes de matière brute arrachées à la terre. Mais au Molière, on a une particularité. On ne fabrique presque jamais de meule d'un seul bloc. Trop lourde, trop difficile à transporter. Alors, on invente. On assemble. La meule devient un peu le zé de pierre, un cœur central, appelé leillard, et autour, des carreaux, soigneusement... ajustés, cerclés de fer, scellés au plâtre. Une technologie avant l'heure, plus solide, plus précise, plus durable. Chaque année, ce sont des centaines de meules qui quittent le village. 300, parfois 400. Selon les années, la météo, les hommes disponibles. Elles partent sur des charrettes grinçantes tirées par des chevaux fatigués. Vers la Beauce, la Sarthe, le Loiret, parfois bien au-delà. A 50 km, le meulier vend directement aux meuniers. A 150 km, il passe par des marchands, des négociants, des rouliers. Les meules des meulières moulent le grain de 10 départements français au début du XIXe siècle. Et pourtant, les meuliers ne sont ni riches, ni puissants. Ils ne sont ni seigneurs, ni notables. Ils sont partout dans la vie du village, sans jamais dominer. Ils sont bedots, maîtres d'école. Comines notaires. Le premier maire élu en 1790 est un carrier. Leurs noms remplissent les registres paroissiaux, les contrats de mariage, les actes de décès. Certaines familles marquent le paysage pendant des siècles. Les Fleuraux, par exemple, six générations, près de 350 ans à extraire, tailler, assembler la pierre. Et quand un fils quitte le métier, la lignée meulière s'éteint avec lui. comme si la pierre ne se transmettait qu'à ceux qui l'acceptent pleinement. Puis vient le XIXe siècle. Les techniques changent. Les gisements s'épuisent. Les carrières ferment, parfois dans l'illégalité, parfois dans un oubli administratif. En 1867, un dernier carrier écrit au préfet. Il avoue Son ignorance de la loi. Il explique qu'il n'a fait que comme ses pères avant lui, extraire la pierre. Toujours. Mais c'est la fin. Les meules disparaissent, les carrières se comblent, les champs recouvrent les trous, et bientôt, personne ne se souvient vraiment que ce petit village fut un jour l'un des grands fournisseurs de meules de France. Il ne reste que quelques pierres abandonnées, une croix posée sur deux meules, Des cartes postales jaunies, et cette certitude pourtant, sans les Molières, sans ces carriers, sans ces meuliers anonymes, des millions de pains n'auraient jamais été pétris. Car l'histoire, parfois, ne se cache pas dans les palais, mais dans les entrailles de la terre.
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