- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast des timbres pour partager avec vous,
- Speaker #1
différemment qu'au concert,
- Speaker #2
un espace d'échange sur ce qui nous passionne et nous définit.
- Speaker #1
Bonne écoute !
- Speaker #2
Et bienvenue dans ce premier épisode de podcast des timbres. C'est un exercice un peu particulier que nous nous prêtons aujourd'hui, puisque nous allons parler de nous. Chose un petit peu compliquée on trouve, mais qui répond manifestement à un certain nombre de questions qu'on a régulièrement posées à la fin des concerts. Et on avait envie, au travers d'une conversation parfois un petit peu à bâton rompu, mais vous faire part de ce qui nous semble nous définir, des sujets qui nous passionnent dans notre travail. A3, Yoko, Myriam et moi. Bonne écoute ! Notre ensemble les timbres, c'est un peu rigolo en fait, c'est un ensemble qui est né sans qu'on ait vraiment décidé de le créer.
- Speaker #1
D'ailleurs on ne s'appelait pas les timbres.
- Speaker #2
C'est vrai.
- Speaker #0
On s'appelle l'ensemble l'Estampe.
- Speaker #2
En fait on s'est rencontré lors de nos études au CNSM de Lyon. Yoko tu peux peut-être raconter comment toi tu as rencontré d'abord Myriam ?
- Speaker #0
Alors moi, j'ai rencontré Myriam. Un an avant l'arrivée au CNSM, c'était dans un cadre de stage que je venais du Tokyo à Barbast. Et c'était vraiment complètement par hasard que j'ai choisi ce stage, mais donc Myriam, elle était là aussi. L'année d'après, j'ai choisi pour tenter le concours d'entrée. J'ai appelé Myriam pour demander si je pouvais venir à Lyon pour voir le conservatoire. Et il y avait une amie japonaise qui était dans le couloir de CNSM, je crois, et qu'elle y a passé parce que je parlais tellement mal l'anglais.
- Speaker #1
Et moi aussi.
- Speaker #0
À l'époque, en tout cas. Et donc, elle y a passé le téléphone. Oh, au secours, une Japonaise ! Et du coup, j'ai pu parler en japonais tranquillement et elle m'a invitée à venir voir Lyon. Et l'année d'après, j'ai passé le concours.
- Speaker #1
J'avais très envie de convaincre Yoko de venir étudier au conservatoire à Lyon, dans mon conservatoire, parce que quand j'ai rencontré Yoko, j'ai senti qu'il y avait une évidence musicale et humaine et que Yoko allait faire partie de ma vie, donc je n'avais pas envie de la louper. Et donc, quand elle est restée, elle a pris le deuxième stage de Barbast en Europe pour pouvoir visiter différents conservatoires. Je crois que tu voulais voir Paris aussi, peut-être Amsterdam ? Je suis.
- Speaker #0
Oui, je suis allée aussi à Paris.
- Speaker #1
Et puis finalement, elle s'est dit, tiens, pourquoi je ne visite pas aussi le conservatoire de Myriam ? Alors vite, vite, vite, quand elle a appelé, comme Yoko a dit, j'ai trouvé une japonaise dans le couloir et je lui ai dit, dis-lui de venir. Alors qu'en fait, le conservatoire était fermé parce que c'était les vacances. Donc c'était un peu de la publicité mensongère. On est allées voir le conservatoire qui a un beau cloître, mais on n'a pas pu rentrer dedans. Mais apparemment, ça a convaincu Yoko. Et après, on a commencé à jouer ensemble et c'était, comme j'avais espéré, complètement magique. Il nous a manqué un clave ciniste pendant un certain temps.
- Speaker #2
Et puis j'ai fait un Erasmus. Oh ! Et je me suis retrouvé à Lyon. Et puis en fait on a commencé à jouer ensemble.
- Speaker #1
Voilà. Et puis on s'est dit que pour faire des progrès, on devait peut-être passer des concours, avoir des échéances en trio. Donc on a passé des concours et...
- Speaker #2
Il fallait qu'on ait un nom.
- Speaker #1
Voilà. Donc on s'est dit, "estampe", c'est pas mal, c'est joli, Yoko est japonaise, et puis on a passé des concours, et on les a gagnés, et tout d'un coup on est devenu un trio constitué, et plus seulement des étudiants qui validaient une classe de musique de chambre, et donc on a continué, on a continué, mais notre nom il nous convenait plus tellement, il est peut-être un peu trop doux.
- Speaker #2
Et puis il y a eu un problème.
- Speaker #1
Et puis il y a eu un problème. On raconte le problème ou pas ?
- Speaker #2
On a reçu un courrier d'un ensemble qui s'appelait Estampe. Et du coup on s'est dit, ça tombe bien, finalement on va changer de nom.
- Speaker #1
Et au début on était un petit peu choqués. Puis après on s'est dit, c'est le destin, on va trouver quelque chose de mieux. Et donc on a décidé de s'appeler L'Éteindre parce qu'on avait un amour très fort pour les sonorités en général, les sonorités des cordes pincées ou frottées. Et puis c'est aussi le nom d'une pièce de François Couperin. Et puis les timbres à l'époque, ça signifie aussi les tubes, les hits musicaux. Donc on aimait bien cette idée aussi. Et puis on avoue qu'avec un petit accent sur le E à la fin, ça nous va pas mal aussi.
- Speaker #2
Et du coup, notre ensemble, effectivement, comme tu le disais, avec le violon que joue Yoko. La viole de gamme que joue Myriam, le clavecin que je joue moi, c'est vraiment avec ce plaisir des couleurs différentes qu'on aime bien travailler, qu'on enrichit d'ailleurs parfois avec d'autres, quand on invite certaines personnes à rejoindre les timbres, comme on l'a fait pour plusieurs projets. Mais en sachant que vraiment le noyau, ce qui constitue l'ensemble, c'est vraiment nous trois.
- Speaker #1
On a des timbres habitués, des guest stamps. qui nous rejoignent parfois, notamment Harmonia Lenis, un duo du Japon, constitué de Hakimimura Kami Oklasin et Kenichi Mizuuchi à la Flutabec, avec lequel on a un partenariat depuis bientôt 15 ans. Donc tous les deux ans, on va faire une tournée avec eux au Japon, et tous les deux ans en quinconce, ils viennent ici faire une tournée en France. On travaille aussi avec quelques chanteurs comme Yula Kirchner, Elodie Fonard ou bien Marc Moyon. Et puis également avec des acteurs, Emmanuel Ménard et Céline Barbarin. Et puis aussi avec d'autres disciplines que vous découvrirez, on l'espère, si vous continuez à écouter nos podcasts et à venir à nos concerts.
- Speaker #0
Donc nous sommes le trio, le classin, la viol de gambe et le violon. Notre répertoire est aussi pas seulement passe continue et le dessus, mais vraiment un trio. Ça veut dire que la partie de basse de viol de Myriam, aussi une partie solo, on peut dire. Et donc tous les trois, la voix égale, on peut dire.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, c'est exactement ça. C'est-à-dire que c'est de la sonate en trio, mais au lieu que ça soit pour deux dessus aigus. Et basse continue, c'est pour un dessus aigu, le violon, un dessus médium, la viole de gambe et la basse continue. Ça c'est un peu le cœur de notre travail et dans notre discographie. Ça s'illustre bien puisqu'on a enregistré l'intégrale des sonates en trio pour violon, viole de gambe et classe 1 de Buxay-Wood. Aussi l'intégrale de la musique de chambre de Marais-Marais pour violon, viole de gambe et basse continue. Et puis les pièces de classe 1 en concert de Rameau qui sont une écriture un peu spécifique mais qui font aussi partie du cœur de notre répertoire. Ce sont les premiers trios à clavier d'Histoire de la musique, c'est-à-dire que Classen a un rôle soliste et il est accompagné. Accompagné ne veut pas seulement dire un accompagnement discret, mais en tout cas il dialogue avec le violon et la viol de gambe.
- Speaker #2
Oui, la grande différence par rapport aux autres pièces qu'on joue, c'est que dans ce cas-là, je ne réalise pas la basse continue, mais j'ai une partie tout à fait écrite et soliste, on va dire, au même titre que celle que vous avez dans... dans un peu toutes les pièces qu'on fait. Mais comme tu le dis, Yoko, même s'il y a pas mal de répertoires dans lesquels je fais du coup seul la basse continue, puisque Myriam, toi, tu as une partie soliste, moi, je n'ai pas du tout l'impression que dans la façon dont on travaille, dans la façon dont on envisage la musique, ce ne soient pas des voix égales. Et par contre, qu'au contraire, même dans la façon dont on travaille, qu'on essaye d'attacher vraiment de l'importance ça. aux trois voix, y compris celle de la basse que je joue toute seule sur le clavecin. Et même, par exemple, on parlait des timbres au point de départ, on s'est rendu compte il n'y a pas si longtemps que quand on jouait avec un instrument autre que mon clavecin, c'était vraiment difficile pour vous, presque plus que pour moi, parce que mon clavecin, je l'ai harmonisé d'une façon qui me plaît bien, mais aussi en sachant ce qu'on fait comme travail, d'une façon qui fonctionne bien pour ça, avec la basse qui est plutôt bien sonore, etc. Parfois, c'était difficile.
- Speaker #1
Ça nous amuse presque parce qu'on a l'impression d'être devenus, Yoko et moi, « chauchottes » , je mets des guillemets, parce que c'est vrai que quand Julien joue avec un autre clavecin, on ne retrouve pas les habitudes de timbre qu'on a, et donc créer des subtilités intenses et immenses avec nos trois instruments, c'est plus difficile. Ce n'est pas impossible et ça apporte d'autres choses, mais c'est vrai qu'on aime bien garder nos trois instruments et pouvoir présenter ce travail d'aboutissement et de maturation intense.
- Speaker #2
qui est très logique, qu'on imagine facilement, je trouve, que vous fassiez entre les deux cordes, c'est-à-dire qu'on a des tas de pièces qu'on a jouées dans lesquelles c'est tantôt le violon qui est au-dessus et la violon en dessous, c'est quand même le plus courant, mais parfois le violon repasse par en dessous, la violone passe par au-dessus, la façon dont vous mélangez, ou au contraire, il y en a une ou l'autre qui ressort plus, etc. c'est quelque chose qu'on imagine relativement facilement comme comme recherche entre les cordes, mais effectivement on s'est rendu compte qu'il y avait aussi ce même type de travail finalement avec le clavecin.
- Speaker #1
En tout cas notre cœur de répertoire est vraiment instrumental, et le trio est évidemment la musique baroque, avec quelques incursions à droite et à gauche, c'est-à-dire vers la musique renaissance, vers la musique... pré-classique et parfois un grand écart pour aller toucher la musique contemporaine. On a aussi un peu des spécialités qui sont peut-être la musique française. On est un ensemble français, même si je suis la seule française, puisque Julien est belge et que Yoko est japonaise. Mais on a développé une esthétique en étudiant aussi dans une école française qui est très tournée vers la musique française, mais pas que, la musique allemande aussi.
- Speaker #2
On a quand même... La musique italienne,
- Speaker #1
la musique anglaise. Et puis on a travaillé aussi un aspect assez important qui est l'improvisation à plusieurs qu'on a développé quand on a fait notre master de musique de chambre il y a maintenant plus de 15 ans au CNSMD de Lyon. Et cette improvisation à plusieurs, on l'a travaillé aussi bien dans les répertoires anciens que dans la musique contemporaine. Donc ça nous a aussi donné une forme de confiance et de liberté sonore les uns par rapport aux autres. Donc quand Julien disait qu'il n'y a pas... une prédominance d'une voix ou d'une personnalité je crois que dans notre trio c'est quelque chose de très important, de très fort, qui fait que l'énergie circule beaucoup et je crois aussi que c'est particulièrement pour ça que j'aime énormément jouer avec Yoko c'est que quand Yoko joue la première voix elle nous assomme pas avec sa première voix elle danse avec nous, même si on peut s'appeler l'accompagnement, Julien et moi en fait on peut aussi s'appeler l'architecture la basse continue et Yoko elle sent ça très fort je trouve et Merci. Et j'aime que ça danse à la fois la mélodie ou le glaçage du gâteau et l'architecture.
- Speaker #0
Bien dit. Alors, une autre chose un peu spécifique, pour moi en tout cas, de notre trio avec une viol de gambe, c'est-à-dire que par rapport à mon instrument violent, on n'est pas dans la même famille, pas exactement. Le violon, c'est une famille de violons, donc la basse, c'est avec le violoncelle. La viol, c'est la famille de viol de gamme, donc c'est avec des frettes accordées très différemment que chez les violons en quinte, donc sonorités différentes. Quand on joue ensemble, on devait naturellement chercher un peu de... Des combinaisons. Voilà, ça c'était une chose que je crois qu'on a beaucoup travaillé dessus. Et viol, comme la texture est énorme, c'est un son, donc elle passe grave. très grave ou très aiguë mais au-dessus du violon aussi ça arrive naturellement souvent donc pour moi l'écoute change beaucoup, la couleur change beaucoup donc ça c'est des années de travail ensemble qu'on a l'habitude de passer aussi le rôle entre le dessus et la basse entre Myriam et moi j'ai l'impression que tout ce que tu dis ce que tu disais Myriam avec que...
- Speaker #2
L'improvisation, etc., ça fait aussi au final qu'on a, moi je trouve, un certain sentiment de liberté dans les espaces qu'on a chacun. C'est-à-dire que vous pouvez justement, vous savez vraiment bien les types de couleurs qui peuvent se combiner d'une façon ou d'une autre en fonction de ce qu'on recherche, etc. Et avec cette connaissance-là, en fait, ça nous crée... Des espaces différents, je trouve, où on connaît les limites, on va dire, et on ne doit pas chercher juste la chose, mais on connaît l'amplitude qu'on a dans les limites. Et une chose pour laquelle je trouve que c'est très parlant aussi pour moi, c'est peut-être dû au côté extrêmement précis des attaques du clavecin, mais c'est le sentiment du jeu ensemble. Je trouve que c'est, en tout cas... par rapport à ce que je peux faire avec d'autres ensemble, il me semble qu'on se pose, par exemple, très très très peu la question de savoir comment on va faire pour être ensemble.
- Speaker #1
Je me souviens même d'un ami musicien qui était venu nous écouter et qui avait comme petite critique « vous êtes trop ensemble » . Évidemment, on met des gros guillemets à ceci, mais c'est vrai que parfois, on fait l'exercice d'essayer de ne pas être ensemble et en fait, on n'y arrive pas.
- Speaker #2
Oui, mais parfois, même en faisant des montages de disques et des choses comme ça, d'entendre que mathématiquement on pourrait dire on n'est peut-être pas tout à fait ensemble parce que les notes ne tombent pas pile au même moment mais que l'impression générale elle-même, quand on écoute vraiment la musique, est justement d'être tout à fait ensemble comme si les gestes étaient communs mais en ayant chacun la possibilité d'avoir dans ce geste commun aussi son geste propre et ça j'ai l'impression que c'est pour ça que je parlais d'espace tout à l'heure c'est comme si dans un cadre défini oui on va aller d'un tel temps à un autre temps mais à l'intérieur de ça chacun a l'espace de pouvoir être un peu libre et que ça fait au final quelque chose qui sonne plus ensemble parce que le geste est partagé.
- Speaker #1
Oui, puis ce sont des espaces de confiance aussi parce qu'on peut essayer dans un trio où on se connaît depuis 20 ans des choses qui nous déséquilibrent et qui peuvent peut-être nous faire tomber sans se sentir en insécurité parce qu'on sait déjà qu'on ne va pas être jugé sur cette chute. On a énormément de routes en commun. Donc on sait ce que ça signifie aussi. Les autres ont aussi une idée des risques qui sont pris. Et aussi, on va être soutenus. Pour moi, je pense notamment à cette expérience d'avoir joué et travaillé les pièces de Clavecin en concert de Rameau avec une viole à huit cordes. La seule copie qui existe du seul original qui existe. L'original est à la Cité de la Musique à Paris. La huitième corde est une corde dans l'aigu dont ça déstabilise énormément. le jeu et les repères. Donc parfois, je me suis retrouvée, même en concert,
- Speaker #2
à la carte.
- Speaker #1
C'est pas un petit décalage, c'est un gros décalage. Mais c'est un risque que j'ai pu prendre avec Yoko et Julien, parce que c'est aussi un espace de confiance. Par contre, cette viole qui a été pensée pour interpréter ces pièces, elle donne une grande liberté aux joueurs et aussi aux trios, parce que... Sur une viol à 7 cordes, je dois démancher énormément, donc jouer à l'équilibriste dans l'aigu, tandis que Yoko est dans sa tessitire de confort dans le violon. Donc la sensation du violon par rapport à la sensation équilibriste de la viol est très différente. La viol est très tendue, le violon est tout détendu. Avec une viol à 8 cordes, je suis de nouveau dans la tissiture globale de l'instrument qui passe facilement au-dessus du violon, le violon est en dessous. Bref, ça fait des équilibres sonores magnifiques et tout à fait à propos pour accompagner le classe 1. Clave 5, où Julien a aussi pris des risques, puisque le papa de Julien a plusieurs métiers, mais un de ses métiers, c'est facteur de Clave 5.
- Speaker #2
Son métier depuis de longues années maintenant, oui.
- Speaker #1
Oui, son deuxième métier. Et tu peux raconter peut-être le Clave 5 que tu as utilisé, par exemple, puisqu'on est dans les pièces de Clave 5 en concert pour cet enregistrement, mais c'est toujours des questions qui nous accompagnent pour les projets qu'on fait.
- Speaker #2
En fait, on a eu beaucoup de chance parce qu'il venait de faire la copie d'un Clave 5 de Hemsch. et on sait que Rameau a joué sur des instruments de Henri Hemsch et du coup c'est cet instrument-là qu'on a utilisé. C'est vrai que le petit risque qu'on a pris, c'est qu'il était encore assez neuf comme instrument mais en même temps on l'avait déjà entendu.
- Speaker #1
Et puis comme à l'époque.
- Speaker #2
Oui, finalement comme à l'époque, tout à fait. Oui, dans les choses qu'on a dites à propos d'une espèce de définition, on peut dire peut-être un petit peu de notre ensemble, une chose que je trouve qui en fait est assez importante pour nous et dont on n'a pas parlé du tout encore, c'est que bien sûr, les timbres, c'est vraiment notre ensemble, c'est hyper personnel, c'est hyper important pour chacun de nous trois. mais ce n'est pas du tout la seule chose qu'on fait et chacun d'entre nous joue aussi beaucoup avec d'autres personnes et à l'inverse un petit peu par exemple je sais pas moi d'un quatuor à cordes qui ne ferait que le quatuor à cordes à peu près je trouve que c'est quelque chose qui est très très en fait très précieux aussi pour nous dans l'équilibre qu'on a on va même dire les inspirations etc et tout ça c'est tellement chouette aussi de savoir que Yoko qui a été jouer, faire telle série avec X ou Y, quand on va se retrouver, du coup, on aura peut-être des idées, des choses qui viennent de ça, qui forcément, on n'est pas indemne de quand on va faire des concerts avec d'autres grands musiciens avec qui on adore jouer. Du coup, ça nourrit aussi notre ensemble. Et puis ça, oui, je ne sais pas, d'une certaine façon, peut-être que c'est une des clés du... Du plaisir complet qu'on a toujours après autant d'années à jouer ensemble, à se retrouver, à passer aussi bien du moment musical qu'amical. tous les trois ensemble.
- Speaker #1
Moi j'appelle ça une oxygénation, comme une rivière qui a besoin pour être très vivante de moments calmes, ensuite de petits remous, puis d'une petite chute d'eau. On a ça en ayant la chance d'avoir des projets variés et de se retrouver depuis 20 ans au sein de notre trio. Générique La spécificité de jouer en trio dans notre activité globale de musicienne et de musicien, elle est évidente déjà par le répertoire, c'est le seul endroit où tous les trois on joue. des sonates pour violon, viol de gambe et classin, mais aussi c'est vraiment un projet qu'on porte en commun. Donc même si on est totalement investi musicalement dans les autres groupes et les autres ensembles qu'on rejoint, on aura toujours une position plus respectueuse du travail du chef de l'ensemble, de celui qui initie le projet, pas que je ne sois pas respectueuse du travail de Julien et Yoko, mais j'ai l'espace, j'ai le droit presque, qui me demande si je peux de bousculer leurs avis, de les remettre en question pour qu'on arrive à un travail véritablement commun. Donc pour moi, c'est le seul endroit où je peux notamment tenter de réaliser les idées que j'ai, idées musicales, mais aussi pour moi tout autant les idées sur la forme du concert, la place du musicien dans la société, l'enseignement de la musique, donc sans les timbres. j'aurais tout un espace qui ne me serait pas accessible au niveau personnel de musicienne et d'être humain.
- Speaker #2
C'est formidable de se mettre au service de la façon la plus complète, et quand même toujours avec notre personnalité, parce que je crois qu'on ne peut pas jouer autrement qu'en laissant paraître des choses de ce qu'on est, mais au service d'un autre ensemble, d'une idée musicale. Il faut bien... Généralement, il y a toujours un autre... Un chef dans ces ensembles qui va quand même donner une direction et de se mettre vraiment au service de cette direction musicale, c'est passionnant, c'est formidable, c'est génial, mais ça n'est pas comparable. C'est vraiment complémentaire, l'espace où, en fait, on fait...
- Speaker #0
ce qu'on veut, nous à trois.
- Speaker #1
Pour moi aussi, de jouer en trio avec les timbres, c'est un endroit où on a tous les trois des espaces à dire des choses vraiment complètement égales. En étant violoniste, de jouer l'orchestre, c'est aussi une chose complètement différente que jouer tout seul sa partie. Souvent, l'assement avant, ou même le clavecin, ou la viole, ça dépend. Mais la partie seule à jouer à une partie, c'est très différent qu'à plusieurs à jouer. De jouer avec les autres aussi, ça complète beaucoup de choses. Et puis de regarder, rien que regarder les autres, comment ils réagissent, comment ils jouent. C'est très différent de moi-même. Et c'est aussi intéressant pour encore se regarder moi-même après, d'apprendre des choses. Et comme disait Julien, d'autres directions musicales, évidemment, c'est la source que je récupère toujours. Même la répétition que pendant que je ne joue pas, et que le chef ou quelqu'un explique quelque chose, et puis, pourquoi pas ? Vraiment, c'est le moment aussi que je nourris des informations ou inspirations. Donc, tout est intéressant.
- Speaker #2
Le collectif des timbres s'est formé avec les années, avec des points forts des uns et des points forts des autres. Donc, on a maintenant assez de confiance les uns les autres pour se laisser diriger quand ce n'est pas notre point fort.
- Speaker #0
Tout à fait. C'est clair que la personne qui a le plus d'idées, c'est toi, par exemple, Myriam.
- Speaker #2
D'idées globales,
- Speaker #0
hein ? Oui, d'idées globales, c'est généralement... Et puis ça arrive souvent qu'Yoko, elle vienne juste redire un petit truc qui va recadrer un tout petit peu cette idée dans une direction et puis hop, ça lui donne sa direction réelle.
- Speaker #2
Oui, c'est un équilibre à trois... On a la chance d'avoir trouvé et touchant du bois, on essaye de le garder au maximum. C'est vrai que je me sens en confiance avec Julien et Yoko pour déverser presque toutes les idées, même les plus farfelues qui traversent mon cerveau, en sachant qu'ils vont les accueillir avec bienveillance, mais quand même aussi avec rigueur et analyse. Mais non, enfin,
- Speaker #0
pas du tout, c'est pas possible !
- Speaker #2
Voilà, voilà. Et puis, Yoko, en tant que japonaise, a une manière de... d'être beaucoup plus ennuancée que nous, belges ou françaises. C'est-à-dire qu'elle connaît plus de choses que le oui et le non. Et donc souvent, grâce à son aide, on trouve l'intermédiaire qui fait que c'est réalisable. Tandis que sinon, on aurait fait oui et en fait, ça aurait été un échec. Et non, c'est forcément un échec dans l'absolu.
- Speaker #1
C'est parce que je ne sais pas dire, je crois.
- Speaker #2
Et toi Julien, j'ai l'impression qu'en répétition, tu as une forme de vision absolue, instantanée de la musique. Tu ne trouves pas Yoko ?
- Speaker #1
Oui, et puis de confirmation ou de vérification. Confirmation pour les choses, c'est... Toi tu es très fort Julien.
- Speaker #0
Sauf quand je change d'avis. le lendemain, quand on re-répète la...
- Speaker #1
Mais qui n'en est-ce ?
- Speaker #2
On rigole souvent avec Yoko, parce que Julien nous demande parfois de faire ci et faire ça, alors on note précisément, parce qu'on n'aurait pas eu forcément l'idée, et puis parfois, effectivement, c'est le lendemain, mais ça peut être aussi quelques années plus tard, Julien confirme son idée, ou bien il nous demande l'inverse. Alors là, on rigole toujours, mais je pense que quelqu'un m'a demandé de faire cette note très courte, apparemment, il faut manoeuvrer la façon...
- Speaker #0
Ça ne peut pas être moi !
- Speaker #2
Voilà, donc vous avez compris, on rigole beaucoup et on essaye d'être à l'écoute tout en laissant parler nos poids forts. Un des trucs qui caractérisent notre identité musicale, c'est la manière dont on travaille. On aime beaucoup s'approprier une œuvre dans la longueur, c'est-à-dire qu'on va commencer à travailler une pièce doucement, on va y revenir, on va commencer à l'incorporer dans un programme dans lequel il y a des œuvres qu'on a déjà beaucoup jouées. Donc en fait c'est un travail de musique de chambre où la maturation a une place très importante. C'est très rare, exceptionnel, lié souvent à des contraintes, qu'on va vous présenter une pièce qu'on travaille seulement depuis un mois. En général, on joue en concert des pièces qu'on travaille maintenant depuis des années et des années, voire une et bientôt deux décennies.
- Speaker #0
En fait, je dirais que dans l'élaboration des projets et des nouveaux programmes, etc., On a un fonctionnement qui finalement rappelle un petit peu la fondation de l'ensemble. C'est-à-dire qu'il y a souvent aussi des envies de choses qui finalement prennent corps petit à petit et qui sont pas... c'est pas on arrive et on décide, on fait un nouveau programme de ceci, mais ce sera plutôt pour... on a envie de faire tel... type de projet, tel type de, je sais pas. Mais par exemple, si on prend le dernier enregistrement qu'on a fait, lui est assez directement issu du programme qu'on avait donné pour notre première tournée itinérante, dont on vous parlera plus en détail dans un prochain podcast, mais où en fait on s'est retrouvé à jouer des programmes qui étaient consacrés chacun à un compositeur différent parce qu'on avait plusieurs lieux de concerts qui s'enchaînaient et qu'on avait envie qu'il y ait un lien entre tous ces concerts et que ça nous a paru être une très bonne idée. Et puis finalement, en commençant à explorer ça, on s'est rendu compte que c'était vraiment très intéressant comme répertoire, que ça pouvait donner des éclairages assez intéressants et peut-être un peu nouveaux sur la façon dont les... compositeurs à l'époque se voyaient les uns les autres et puis finalement ça a débouché sur ce qui sera notre prochain disque.
- Speaker #2
Oui, je dirais pour résumer qu'on ne cherche pas les idées, on laisse émerger les idées. Et donc ce dernier disque est consacré à Couperin, Forqueret, Marais, Rameau avec que des pièces qui leur sont dédiées, donc des portraits ou bien des autoportraits et donc au final on a ces 4 compositeurs plus 8 Autre compositeur dont certains relativement inconnus comme Monsieur Laffont.
- Speaker #0
Tout à fait, la grande star du disque.
- Speaker #2
Donc en tirant sur un fil, on déroule une première pelote qui était attachée à une deuxième et à une troisième et hop encore deux. Et puis après on s'immerge, vous l'avez compris, dans cette musique et on la laisse nous imprégner et puis s'imprégner de nous aussi. C'est une sorte de conversation. Et la liberté finalement d'interprétation devient assez immense, tout d'abord parce qu'elle est nécessaire dans ce répertoire. Il y a une grande partie de notre musique, vous le savez sans doute, qui n'est pas notée. C'est-à-dire la partition, évidemment, est un vecteur primordial, principal, avec énormément d'indications, mais elle sous-entend plein de choses qui n'avaient pas besoin d'être notées à l'époque, un peu comme dans le français, on ne note pas les liaisons. C'est la même chose, donc à nous de rajouter les liaisons, mais aussi à nous de rajouter l'intonation, l'intonation, l'intonation, l'intonation, le caractère, le sentiment, les ornements, les ornements, là c'est une page toute. toujours très agréable pour nous parce que c'est une partie improvisée et qui amène beaucoup d'émotions, d'émotions aussi sur le moment parce que toute la musique qui est créée sur le moment a par essence un côté... magique pour l'auditeur et pour nous-mêmes parce que c'est un moment unique qui ne pourra pas se répéter ce qui est vrai de toute façon dans toute forme de musique parce que les toutes petites finesses de micro-nuances micro-timings sont toujours uniques mais là encore un peu plus et évidemment dans la partie de Julien qui réalise la basse continue il y a aussi une grande part d'improvisation et peut-être tu veux nous raconter un peu plus comment tu envisages l'ornementation dans les parties mélodiques Merci.
- Speaker #1
Les ornamentations, les improvisations, c'est genre, évidemment, beaucoup de parties mélodiques, c'est-à-dire que la violence, c'est la voix de dessus, donc forcément ce qu'on entend peut-être plus dans la musique, parce que c'est aigu et souvent c'est plus mélodique que peut-être moins la voix de basse. Même on sait que c'est la voix égale, mais on entend peut-être plus la mélodie. Les ornements, on les ajoute quand on a envie de donner certaines directions dans la musique. C'est pour ça qu'on va ajouter les ornements. Ce n'est pas pour décorer n'importe quelle couleur, n'importe quelle chose. Oui,
- Speaker #0
l'ornement rajoute toujours un geste musical qui serait déjà présent. Ce n'est pas lui qui va créer quelque chose de rien, mais juste il vient renforcer.
- Speaker #2
l'expression oui c'est ça exactement et je suis toujours très comment dire bluffée c'est pas le mot mais très je me sens vibrée quand Avec Julien, on propose une note architecturale à Yoko, par exemple un fa dièse qui est souvent une note expressive, et tout d'un coup, là, on va la proposer très douce, et l'ornement de Yoko va y répondre avec une super grande suavité, ça sera un ornement très coulé, peut-être avec des enflés, etc. Et puis si on propose le fa dièse au contraire très dur, l'ornement de Yoko va être beaucoup plus agressif, probablement plus de notes, probablement plus attaqué, et c'est magique de sentir cette réponse instantanée à un dialogue. qui se passe de mots et qui donc aussi peut être reçue de manière très différente par l'auditeur, parce qu'en musique, il y a bien sûr la voix qui parle, nos instruments, mais tout aussi important, voire plus important, l'oreille qui écoute. Et ce qui est assez magique avec la musique instrumentale, c'est qu'en plus, elle se passe de mots. Donc, le message perçu peut être différent et même fort différent entre les différentes oreilles qui écoutent.
- Speaker #1
Merci Myriam. mais parce que aussi Julien et Myriam, quand ils jouent ensemble, la partie de basse continue, ou simplement parce que Myriam, quand elle joue la basse de viol, forcément la texture vient très proche de basse continue, la main gauche de Julien.
- Speaker #0
Oui, ou parfois on fait aussi des pièces où il y a la même partie pour nous deux, et où toi tu as une partie de dessus, enfin on ne fait pas que du trio, exclusivement.
- Speaker #1
Du coup, quand ils jouent vraiment ensemble la partie, c'est vraiment une ligne ensemble. Et du coup, parfois ils ne sont pas tout à fait d'accord, mais quand même c'est aussi rigolo d'entendre cette partie, que c'est moi qui se mets entre les deux, ça m'arrive aussi. Et en plus Myriam, quand elle fait la basse continue à la viol, parle aussi, elle donne, elle exprime beaucoup. Donc je ne peux pas dépasser sa musique. Ce n'est pas juste la mélodie qui décide la musique. Je le sens aussi beaucoup. C'est pour ça que j'apprends toujours à construire la musique toute hiérarchie ou harmoniquement. J'ai beaucoup appris, c'est Julien qui est vraiment beaucoup conscient aussi des harmoniques. Et du coup, ma droite, Julien aussi, c'est très précis et très décidé. Alors ça me permet aussi de comprendre comment ça marche. Et parfois, je me trompe complètement et je demande toujours à Julien, alors cette harmonie, comment ça marche ? Comment ça doit sonner ? Du coup, ça me donne des idées. Donc après mettre les ornements, ah ici c'est tendu, ici c'est détendu, tout ça, ça donne des idées. Donc voilà.
- Speaker #0
En fait, c'est vrai, Yoko, par rapport à ce que tu dis, l'histoire du rôle de la main droite dans la basse-contenue, c'est une chose aussi que moi je trouve tellement chouette de pouvoir, justement quand on se connaît tellement, on a tellement d'habitude, de pouvoir vraiment avoir des réactions comme ça, qui viennent dans tous les sens, une communication qui passe vraiment de tous les côtés. Quand on fait la basse continue au clavecin, on a évidemment la main gauche qui joue la basse, qui pour moi reste vraiment la basse de la musique. C'est-à-dire que le premier truc quand je travaille une pièce, c'est que je veux être sûr que je joue ma basse avec la logique qui est la sienne, qu'elle raconte elle-même quelque chose. Et puis ça, c'est une chose qu'on aime vraiment beaucoup aussi, Myriam et moi, d'arriver à partager vraiment cette idée de ce qu'on veut faire de la basse, C'est pas du tout juste jouer les notes, mais que c'est elle qui est à la base de l'idée musicale, on va dire. Et puis après, dans la réalisation de la main droite, une chose que j'adore, c'est vraiment de pouvoir lui donner des rôles tout à fait différents. Et par rapport à ce que tu disais, Yoko, à certains moments, venir vraiment avec toi ce que tu fais sur le dessus. À d'autres moments, venir vraiment complètement avec la basse. À d'autres moments, être juste dans un rôle rythmique. à d'autres moments être... dans un rôle mélodique qui va venir enrichir, embellir encore les mélodies qui sont faites par au-dessus. Et ça c'est aussi vraiment, je trouve, en tout cas personnellement pour moi, c'est vraiment une énorme satisfaction d'avoir dans notre ensemble l'espace de pouvoir essayer, pratiquer toutes ces choses différentes, avec vos retours aussi sans cesse, que ce soit simplement musicalement, que j'entends que ça fonctionne, ou bien... Que vous me dites, ah non, oui, oui, c'est très bien. Par rapport à l'improvisation, etc., peut-être qu'une chose un peu rigolote qui peut pas mal illustrer le type de travail qu'on fait. en fait un peu pareil dans la musique ancienne mais qui est illustrée de façon assez claire avec une aventure qui nous est arrivée quand on a passé il y a bien longtemps le concours de Bruges en musique de chambre il fallait qu'on joue une pièce qui soit, il y avait deux possibilités soit un arrangement de l'art de la fugue soit une pièce écrite pour l'ensemble On n'avait pas très envie de faire un arrangement de l'art de la FU qui ne nous inspirait pas tellement. Par contre, on a eu envie de demander à un compositeur de nous écrire une pièce. Un compositeur qui a réagi de façon très enthousiaste et dont on a eu petit à petit de moins en moins de nouvelles jusqu'à ce que la date à laquelle il fallait rendre le programme pour le concours approche dangereusement. Et à ce moment-là, il nous a dit, je suis désolé, mais je n'y arrive pas, je suis un peu bloqué par le violon baroque, figurez-vous, parce qu'il n'imaginait pas très bien comment utiliser le violon baroque spécifiquement par rapport au violon moderne. Et du coup, dans l'urgence, on s'est dit, qu'est-ce qu'on va faire ? On va écrire une pièce nous-mêmes, mais quand même, on a un petit peu honte de ce que ça sera comme résultat. Donc on va la... appelée, écrite par un certain Yojumi Kawori en prenant les premières syllabes de nos prénoms et noms. Et comme on n'est pas compositeur, on va faire quelque chose qui se base principalement sur de l'improvisation. On a écrit une pièce qui avait des cellules, des tas de petites cellules. On se baladait d'une cellule à l'autre avec certaines règles et puis avec des cellules qui étaient communes aux trois instruments, des cellules spécifiques. pour chacun d'entre nous. Et figurez-vous qu'il y avait un concours de la meilleure composition contemporaine et lors de la proclamation de ce concours a été dit le compositeur qui gagne ce concours est Yojumi Kawori. Évidemment, nous avons éclaté de rire dans l'auditoire où nous étions pour la proclamation. Et puis, on a bien dû aller devant et expliquer la supercherie ce qu'il y a. Fait éclater de rire également le jury. Mais toute cette histoire raconte bien... En fait, on n'est pas compositeur. On a écrit une pièce, sans doute, d'un point de vue de la composition, relativement nulle. Mais la chose que le jury et le public, qui avait aussi apprécié, a dû sentir, c'est justement ce travail qu'on avait fait, parce qu'on avait beaucoup travaillé la pièce, sur comment réagir les uns et les autres à toutes ces ambiances. ces propositions improvisées que l'on proposait.
- Speaker #2
Avec Yojumi Kaori, on avait de la chance parce qu'on a aussi pu dialoguer directement avec le compositeur, le compositeur à trois têtes. Et donc c'était aussi très intéressant d'aller fouiller à l'intérieur de nous-mêmes pour donner un avis décomplexé de « est-ce qu'on traduit bien ? » l'idée, le regard, l'envie du compositeur. Donc ça, c'était aussi un travail très intéressant et presque plus direct en termes d'émotion et d'énergie. Mais évidemment, dans notre répertoire habituel, c'est très rare qu'on ait la possibilité de parler avec le compositeur. Ça arrive quand on joue la musique contemporaine, mais en général, pour des raisons tout à fait techniques, on ne peut plus lui parler. Heureusement, on a beaucoup de textes décrits, de descriptions. qui nous donne des renseignements précieux sur la manière dont cette musique était jouée. Et là, on arrive dans un espace où on navigue avec grand plaisir entre l'idée d'un travail qu'on appelle historiquement informé, et moi j'aime mieux l'appeler historiquement inspiré, parce que ça me semble une source d'inspiration complètement folle. que tous ces traités qu'on a, tous ces textes écrits, parfois ce n'est pas directement des traités, mais qui nous donnent aussi des éléments très importants, des lettres qui racontent des concerts, par exemple, ou d'autres choses, et qui, en fait, nous donnent des nouvelles idées. Bien sûr, ça aide aussi à rentrer en compréhension plus intime avec une époque et une musique, mais aussi ça donne des idées qu'on n'aurait pas eues. Et ça, je trouve vraiment très précieux. Donc, c'est un travail qu'on développe régulièrement par à-coups parce que ça demande aussi... une sorte de digestion des nouvelles idées. Souvent, quand on essaye pour la première fois une nouvelle chose en musique, on est quand même aussi bercé d'habitudes d'écoute qui font que ça peut être amusant, mais c'est quand même un peu déroutant. Donc je dirais qu'il y a aussi toujours une phase de digestion de ces nouvelles possibilités jusqu'à trouver une mesure qui soit à nouveau cohérente. et personnelle. Je ne sais pas comment tu vois ça Yoko ?
- Speaker #1
Dans l'histoire des violoncelles, peut-être plus que la viol, je ne sais pas. Dans un orchestre même, dans un orchestre aussi, un coup d'archer pour nous c'est un truc. C'est-à-dire qu'on en parle beaucoup, il faut qu'on décide quelque chose, de réfléchir à ça, pourquoi pousser, pourquoi... tirer, tout ça. Il y a un peu des indices dans beaucoup de traités. En plus, quand on commence à réfléchir à ça, il faut aussi réfléchir à les outils, donc les archers, qu'il y a plusieurs types d'archers, des archers originaux, on peut dire. Évidemment, les archers outillés, aussi, ils apprennent et puis, au fait, avec l'inscription, l'inspiration même. Ils inventent aussi plusieurs archets de formes. Et du coup, ça nous aide aussi à inspirer pour la musique, le type. Et ça nous aide à comprendre certains codarchets, la position du violon, grâce à des sources. L'iconographie dans les tableaux, on commence à se poser des questions. Pourquoi c'est écrit comme ça ? Comment c'est dessiné comme ça ? Peut-être on faisait, peut-être... Tiens, on va essayer. J'imagine pour Julien, c'est pareil. Les différents types de clavecins. Si on connaît plusieurs types copiés, beaucoup copiés, j'imagine que comme ça, on peut savoir, imaginer, on peut dire savoir, peut-être imaginer la réponse. Pourquoi les compositeurs ont écrit comme ça ?
- Speaker #0
Tout à fait, tout à fait. Mais là, tu parlais, il y a évidemment, Myriam, tu parlais plus de traité, d'écrit, etc. Là, Yoko, toi, tu parlais plus de facture. Mais par exemple, moi, par rapport à la facture, je sais qu'il y a une chose qui a énormément fait progresser et questionner. Oui, qui m'a poussé à aller chercher plus loin. C'est le moment où j'ai décidé que mes instruments seraient emplumés en vraie plume et pas en plastique d'ailerine qu'on utilise presque toujours, parce que c'est plus facile à en trouver, ça demande moins d'entretien, etc. Mais le moment où j'ai décidé de mettre la plume, ça a ouvert encore une fois des possibilités que je ne connaissais pas. Exactement comme tu disais, ces recherches, c'est vraiment très chouette comme elles nous ouvrent des possibilités. Et puis après, comme tu le disais Myriam, il faut prendre le temps de se les approprier. Et puis finalement, on fait quand même de la musique nous aujourd'hui. Donc comment est-ce que nous aujourd'hui, on retraduit ça dans ce qu'on veut faire passer au public finalement ?
- Speaker #2
Pour certaines pièces, ça fait plus de dix ans qu'on les joue, et on pourrait se demander, est-ce qu'on est encore ému quand on connaît une pièce aussi intimement de l'intérieur ?
- Speaker #1
Moi, je dirais oui. Ce qui me touche toujours, c'est que j'ai l'impression de connaître ou d'entendre différemment, petit à petit. Et de rejouer les mêmes morceaux aussi, comme avec les amis, où les gens, à force de beaucoup parler, discuter, on a l'impression de connaître d'autres côtés.
- Speaker #0
Moi j'ai l'impression aussi qu'on a une énorme chance quand même, c'est de pouvoir jouer uniquement des pièces vraiment... Magnifique. Je pense qu'on peut dire que dans le répertoire qu'on joue, rares sont les pièces qui ne sont pas de qualité splendide. Et je ne sais pas qui serait fatigué de voir un tableau du Caravage tous les jours. En fait, c'est exactement la même chose. Chaque fois qu'on revoit, qu'on réentend, qu'on est de nouveau en contact avec un chef-d'œuvre. En tout cas, moi, je m'émerveille toujours davantage. Pas sur les mêmes choses peut-être, mais tout autant, c'est sûr.
- Speaker #2
Et puis, il y a quelque chose de spontané, non ? Je crois que nous trois, ça ne nous fatigue pas de rejouer des pièces de génie depuis 20 ans et qu'on n'a pas l'impression d'avoir perdu de la fraîcheur. Au contraire, d'en trouver sans arrêt. Mais on peut aussi mettre en place des petites choses qui nous permettent de raviver cette fraîcheur comme on raviverait un... des braises dans un foyer, et on en a parlé déjà dans cette émission, mais tout ce qui est autour de l'improvisation, que ce soit l'improvisation de notes, mais aussi l'improvisation de sensations, d'émotions, de caractères, de nuances, qui est propre à notre musique où il y a une grande partie non notée, ça permet aussi, dans une journée où peut-être on serait moins extasiés, mais ça ne nous arrive jamais, de pouvoir avoir cette fraîcheur. totalement ravivés et il ne faut pas aussi oublier qu'on joue pour des gens qui ne sont jamais les mêmes. Donc aussi l'énergie qui nous est renvoyée du public nous transforme, transforme la musique transforme l'écoute et fait qu'il n'y a pas une fois, même si le répertoire est semblable, où le cancer sera identique.
- Speaker #0
Mais je rejoins complètement ce que tu viens de dire. Moi, en tout cas, j'ai l'impression qu'en tant que musicien, mon but c'est de faire entendre les choses incroyables qui sont dans la musique au public qui écoute. Mais en fait, du coup, si je trouve que telle pièce est tellement géniale, qu'il y a telle chose, telle note qui est tellement magnifique, je veux la faire entendre au public. Et donc, que je l'ai jouée 50 fois déjà avant, ça n'enlève pas que je veux la faire entendre au public.
- Speaker #2
Attention, je viens entendre brûler d'enthousiasme. Et bien voilà, on espère qu'on vous a donné un aperçu assez large, coloré et enthousiaste de notre travail, de notre musique, de notre passion. Et si vous avez encore des questions, surtout n'hésitez pas à venir nous les poser à la fin de notre prochain concert. A bientôt !