- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast sur l'adaptation climatique de Terre d'Igredaë.
- Speaker #1
Aujourd'hui, la donnée climatique informe, l'euro décide.
- Speaker #2
Depuis les années 80, la facture des dégâts climatiques pour les entreprises européennes a été multipliée par 5.
- Speaker #1
Ouais, 5 fois plus, c'est énorme.
- Speaker #2
C'est ça, 5 fois plus de pertes financières pures. Et en fait, le plus inquiétant dans les données de notre exploration d'aujourd'hui, c'est même pas ce multiplicateur.
- Speaker #1
Non, c'est qu'une très grande partie de ces pertes n'est tout simplement plus couverte par les assureurs aujourd'hui.
- Speaker #2
Exactement. Bienvenue dans une époque où la météo ne dit plus seulement s'il faut prévoir un parapluie, elle dicte carrément si une entreprise entière risque la faillite.
- Speaker #1
C'est un point de départ assez saisissant, c'est clair. Le risque climatique physique a complètement changé de statut ces dernières années.
- Speaker #2
Il est passé du petit paragraphe écolo au bilan comptable, c'est ça ?
- Speaker #1
Tout à fait. Pendant hyper longtemps, c'était juste un concept abstrait. Un truc qu'on mettait à la fin des rapports de responsabilité sociale pour faire bien.
- Speaker #2
Et aujourd'hui ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, toutes nos sources le montrent sans aucune ambiguïté. C'est devenu une donnée financière brute, implacable et surtout non négociable.
- Speaker #2
Et c'est justement l'objectif de notre décryptage aujourd'hui. Pour tous les esprits curieux de notre audience qui s'intéressent à l'économie, on va aller au-delà des grands discours.
- Speaker #1
Ouais, on va regarder la mécanique.
- Speaker #2
Voilà. Comment on passe concrètement d'un gros orage géolocalisé Un trou béant dans la trésorerie. Et surtout, comment cette fameuse adaptation est passée d'un coût subi à un vrai levier de rentabilité.
- Speaker #1
C'est vital de comprendre ça. C'est littéralement aussi indispensable aujourd'hui que de maîtriser, je ne sais pas, l'évolution des taux d'intérêt ou l'inflation.
- Speaker #2
Ceux qui l'ignorent naviguent à l'aveugle en gros.
- Speaker #1
Carrément à l'aveugle.
- Speaker #2
Bon, alors plongeons direct dans le vif du sujet. Les pertes multipliées par 5. Ok ? Comment un phénomène météo se transforme en facture financière ? Il y a une équation bien précise, non ?
- Speaker #1
Oui, il y a quatre piliers fondamentaux qu'il faut absolument distinguer pour comprendre.
- Speaker #2
Vas-y, on t'écoute.
- Speaker #1
D'abord, tu as l'aléa. Ensuite, l'exposition. Puis vient la vulnérabilité. Et enfin, le résultat final, l'impact financier.
- Speaker #2
D'accord, donc si on n'a pas cette chaîne logique, on ne calcule rien de fiable.
- Speaker #1
Absolument rien.
- Speaker #2
Prenons un cas hyper concret pour ne pas perdre notre audience. Une inondation. Par exemple, l'aléa, si je lis bien nos notes, c'est uniquement l'événement naturel en lui-même.
- Speaker #1
C'est ça. L'aléa, c'est purement physique. C'est la quantité de pluie qui tombe du ciel et qui va créer, disons, une certaine hauteur d'eau à un endroit donné.
- Speaker #2
Ok, avec une probabilité que ça arrive. Et l'exposition alors ?
- Speaker #1
L'exposition, c'est juste une question de coordonnées géographiques. Est-ce que le bâtiment de l'entreprise est physiquement sur le chemin de cette eau ?
- Speaker #2
Ah oui, donc si l'usine est sur une colline, l'exposition est nulle.
- Speaker #1
Voilà, et si elle est dans la cuvette en bas, l'exposition est totale.
- Speaker #2
Logique. Mais là où l'équation devient fascinante, je trouve, c'est sur le troisième pilier. La vulnérabilité.
- Speaker #1
Oui, parce qu'à exposition égale, les conséquences peuvent être radicalement différentes en fait.
- Speaker #2
C'est ça. Imaginons deux usines strictement identiques, au même endroit, dans la même zone inondable. 50 cm d'eau entre dans le bâtiment. Le résultat financier, il n'a rien à voir selon ce qu'il y a à l'intérieur.
- Speaker #1
C'est le... Au cœur du problème, la vulnérabilité, c'est vraiment la sensibilité spécifique de ton actif.
- Speaker #2
Donc, si la première usine a mis ses serveurs informatiques ou ses machines d'eau de précision direct au rez-de-chaussée...
- Speaker #1
Avec 50 cm d'eau, c'est fini. Destruction totale du matériel critique.
- Speaker #2
Alors que la deuxième usine a anticipé le truc, elle a tout mis au premier étage. L'eau entre en bas, détruit deux ou trois chaises, il faut faire un grand ménage, mais l'outil de production tourne toujours.
- Speaker #1
Exactement. L'aléa est le même, l'exposition est la même, mais la vulnérabilité change. absolument toute la donne.
- Speaker #2
Et c'est là qu'on en vient aux outils de modélisation financière, non ?
- Speaker #1
Oui. Pour calculer l'impact final en euros, on utilise des fonctions de dommage. Ça, c'est pour évaluer la destruction matérielle pure. Le remplacement des machines, des stocks, des murs.
- Speaker #2
Mais le dommage matériel, nos documents le disent bien, c'est que la partie émergeait de l'iceberg.
- Speaker #1
Ah bah oui, totalement.
- Speaker #2
Ils assistent à son sur les fonctions d'interruption. Et c'est là que la facture explose, quoi.
- Speaker #1
Absolument. Remplacer une machine inondée, ça peut coûter, disons, un million d'euros.
- Speaker #2
Ok.
- Speaker #1
Mais si cette machine met six mois à être livrée et réinstallée...
- Speaker #2
Ah oui, pendant six mois, l'usine est à l'arrêt.
- Speaker #1
Voilà. L'entreprise ne produit plus, elle ne vend plus rien, elle perd ses clients. Et pendant ce temps, les charges fixes continuent de tomber.
- Speaker #2
Donc le coût de l'arrêt est hyper supérieur aux dégâts initiaux. C'est pour ça qu'on dit que l'unité de mesure du risque climatique, ce n'est pas le millimètre de pluie.
- Speaker #1
Non, c'est l'euro. C'est la seule langue que parlent les bilans comptables de toute façon.
- Speaker #2
Attends, je me fais un peu l'avocat du diable là. Réévaluer le risque spécifique de chaque bâtiment, le type de machine, l'étage des serveurs, et ça pour chaque usine dans le monde.
- Speaker #1
Ouais, je te vois venir.
- Speaker #2
Ça me paraît être une usine à gaz monumentale pour collecter la donnée, pourquoi on se prend la tête alors qu'il y a des scores de risque standardisés partout sur le marché.
- Speaker #1
Ah, le fameux risque faible, modéré, élevé.
- Speaker #2
Voilà. Plein de gros fonds d'investissement s'en contentent très bien.
- Speaker #1
C'est une question cruciale. Et c'est précisément là qu'il y a une illusion super dangereuse.
- Speaker #2
Comment ça ?
- Speaker #1
Bah, ces scores génériques, en fait, ils n'ont jamais été conçus pour piloter le risque opérationnel d'une vraie entreprise.
- Speaker #2
Mais ils servent à quoi alors ?
- Speaker #1
À des gestionnaires de portefeuilles qui brassent des milliers d'actions. Eux, ils ont juste besoin de faire des moyennes à la louche.
- Speaker #2
D'accord, donc quand une agence dit « risque modéré » , elle s'en fiche de savoir si le serveur est au sous-sol.
- Speaker #1
Mais complètement. Elle prend... une entreprise moyenne du secteur, un bâtiment moyen, et elle applique des hypothèses standards.
- Speaker #2
C'est flippant quand même !
- Speaker #1
Et le pire, c'est qu'ils font des moyennes géographiques. Imagine une boîte avec 10 usines. 5 sont dans une zone mortelle, niveau climat, et 5 sont dans un endroit ultra sûr.
- Speaker #2
L'agence de notation va juste faire la moyenne et dire que le risque global est modéré.
- Speaker #1
Exactement. Ça donne un faux sentiment de sécurité qui est redoutable. Un score synthétique pour l'action, ça ne sert strictement à rien.
- Speaker #2
C'est clair que tu vas voir un directeur financier en lui disant « Bon, votre risque est modéré, il ne peut prendre aucune décision. »
- Speaker #1
Lui, ce qu'il veut savoir, c'est quels sites précis vont couler, combien ça va nous coûter et comment on répare ça.
- Speaker #2
Et pour répondre à ça, il faut des acteurs spécialisés. Nos sources mentionnent par exemple Tardigrade et AI. Comment ils font pour avoir cette granularité sans envoyer un expert avec un mètre ruban dans chaque sous-sol ?
- Speaker #1
Ils utilisent des jumeaux numériques financiers. En gros, ils croisent des données climatiques mondiales de très haute résolution avec de la topo par satellite.
- Speaker #2
Ah ouais, de l'imagerie pointue.
- Speaker #1
C'est ça. Et ils fusionnent ça avec les données d'ingénierie que l'entreprise fournit, les marges, la valeur des actifs. L'algorithme traduit directement la physique en impact sur la trésorerie.
- Speaker #2
Ok, c'est du sur-mesure, mais ça soulève un autre gros problème. L'incertitude.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #2
Modéliser le climat de 2030 ou de 2050, on ne joue pas un peu au deviner qu'avec un tableur Excel. Comment on sait que ces prévisions en euros sont justes ?
- Speaker #1
Alors, il faut vraiment qu'on change notre rapport à l'incertitude. Les dirigeants veulent toujours un chiffre unique et certain. Mais en finance, l'incertitude, c'est la norme.
- Speaker #2
C'est pas faux.
- Speaker #1
Regarde les primes d'assurance automobile pour une grande flotte d'entreprises. Ça varie déjà énormément d'un assureur à l'autre selon leurs algorithmes.
- Speaker #2
Et ça les empêche pas de brasser des milliards ?
- Speaker #1
Exactement. D'ailleurs, nos documents montrent que pour le risque physique climatique, les estimations peuvent varier du simple double entre deux assureurs.
- Speaker #2
Donc il n'y a pas de vérité absolue ?
- Speaker #1
Pas de chiffre unique, non. Mais il y a une robustesse scientifique qu'il faut exiger. Les fameuses fonctions de dommage, elles ne sortent pas d'un chapeau.
- Speaker #2
Les sources citent la FEMA, par exemple, l'Agence américaine des urgences.
- Speaker #1
Voilà. Ou le Joint Research Center, en Europe. On parle de décennies de données et de retours d'expérience après des vraies catastrophes naturelles. C'est très solide.
- Speaker #2
Et une fois qu'on a ces modèles solides, il faut bien les lire. J'ai vu passer des acronymes assez barbares dans les textes. Genre, l'EOL, c'est quoi concrètement pour ceux de notre audience qui ne font pas d'assurance ?
- Speaker #1
L'EOL, c'est la perte annuelle moyenne attendue. En gros, ça dit aux dirigeants, si on lisse tous les risques climatiques sur les 20 prochaines années, voilà combien ce site va vous coûter en moyenne chaque année.
- Speaker #2
Ah, c'est super pratique ! Ça permet de comparer un site exposé aux ouragans avec un autre exposé à la sécheresse.
- Speaker #1
Exactement, de manière totalement homogène.
- Speaker #2
Mais la moyenne, ça cache les extrêmes. Et en entreprise, on a toujours peur du scénario noir, le fameux événement qui te met en faillite du jour au lendemain.
- Speaker #1
C'est pour ça qu'on utilise d'autres métriques à côté, comme la VAR climatique, la Value at Risk.
- Speaker #2
Ça mesure quoi, ça ?
- Speaker #1
Les pertes extrêmes. Ça répond à la question, dans le pire des cas, avec 99% de probabilité, combien on risque de perdre au maximum cette année.
- Speaker #2
Le chiffre qui fait transpirer le conseil d'administration.
- Speaker #1
Oh que oui ! Savoir si on a la trésorerie pour survivre au choc. Mais le vrai déclencheur stratégique, c'est encore un autre concept. Le coût de l'inaction.
- Speaker #2
Ah, j'allais y venir. C'est le cumul projeté de toutes ces pertes futures si l'entreprise décide de juste fermer les yeux.
- Speaker #1
C'est ça le point de bascule. Et ce calcul, il n'intègre pas que les dégâts physiques. Il prend en compte l'inflation des matériaux de construction, le fait que les machines coûteront plus cher dans 10 ans et le coût du capital.
- Speaker #2
Et c'est là que le paradigme change totalement pour un décideur.
- Speaker #1
Com... Complètement, quand tu mets face à face le coût d'un petit mur anti-inondation aujourd'hui et les millions garantis de pertes dans 5 ans si tu fais rien.
- Speaker #2
La dépense change de nature, c'est plus une contrainte réglementaire agaçante.
- Speaker #1
C'est plus un bouclier hors de prix qu'on achète pour faire du greenwashing, non. Ça devient un investissement ultra rationnel.
- Speaker #2
Avec un vrai retour sur investissement, un ROI démontrable, en protégeant tes actifs, tu sécurises ton bilan.
- Speaker #1
Et tu sécurises l'entreprise sur plusieurs fronts. Hyper vitaux. D'abord, on l'a dit au début, l'assurabilité.
- Speaker #2
Pour éviter que les primes n'explosent.
- Speaker #1
Voilà. Ou pire, de devenir inassurable. Ensuite, il y a l'accès au financement.
- Speaker #2
Ah oui, les banques regardent ça de près maintenant.
- Speaker #1
De plus en plus, elles font des stress tests climatiques. Une boîte qui prouve qu'elle a géré son risque aura des taux beaucoup plus bas qu'une entreprise vulnérable.
- Speaker #2
Implacable. Mais attention, il y a un piège énorme qui est décrit dans l'analyse. Le syndrome de l'entreprise forteresse, on pourrait appeler ça.
- Speaker #1
Ouais, le fait de blinder ses propres usines en pensant être sauvé.
- Speaker #2
C'est ça. On surélève les machines, on met des digues, tout est parfait. Mais on oublie un détail minuscule.
- Speaker #1
La supply chain.
- Speaker #2
Exactement. La chaîne d'approvisionnement. Gérer ses propres murs, c'est cool, mais si on ne gère pas ses dépendances, on est mort.
- Speaker #1
C'est l'exemple classique des inondations en Thaïlande en 2011. C'est un cas d'école parfait.
- Speaker #2
Raconte-nous ça rapidement pour qu'on visualise bien le problème.
- Speaker #1
Bah en fait, de grosses zones industrielles ont été inondées en Thaïlande. Pour les géants de la tech américains ou européens, leurs sièges sociaux et leurs propres usines n'avaient pas vu une goutte d'eau. Le risque sur le papier était nul.
- Speaker #2
Sauf que...
- Speaker #1
Sauf que ces zones inondées en Asie, elles produisaient une part immense des composants microélectroniques mondiaux.
- Speaker #2
Ah, les disques durs, les petites puces...
- Speaker #1
Voilà. Résultat, une usine de pièces détachées sous l'eau en Thaïlande, et ça a paralysé les chaînes de montage des plus grandes marques partout dans le monde pendant des mois.
- Speaker #2
Des milliards de dollars de pertes d'exploitation à cause d'un fournisseur sous-traitant ?
- Speaker #1
C'est vertigineux. Donc si ton modèle financier n'intègre pas les failles de tes fournisseurs critiques, ta vare climatique est complètement fausse.
- Speaker #2
On voit bien avec ça que le risque climatique a muté. Ce n'est plus une fatalité météo, c'est un paramètre physique, traduisible en euros, qu'on peut modéliser et gérer.
- Speaker #1
Et l'adaptation devient vraiment un avantage concurrentiel massif.
- Speaker #2
Justement. On arrive vers la fin de notre décryptage et il y a une piste de réflexion assez provocatrice qui ressort des textes. Une idée pour ceux qui aiment anticiper les mouvements de marché.
- Speaker #1
Je vois de quoi tu parles. Les fusions acquisitions.
- Speaker #2
Exactement. Si on suit la logique jusqu'au bout, l'inaction fait chuter la valeur des actifs vulnérables et l'adaptation, elle, sécurise les bilans.
- Speaker #1
Du coup, qu'est-ce qui va se passer ?
- Speaker #2
Est-ce qu'on ne va pas voir les entreprises adaptées, celles qui ont été intelligentes très tôt, racheter à prix cassé les usines dévaluées de leurs concurrents vulnérables ?
- Speaker #1
C'est hyper crédible. C'est un peu un darwinisme économique moderne. Tu rachètes bas, tu finances les travaux de protection et tu fais une plus-value dingue.
- Speaker #2
La sélection naturelle ne se fera plus sur la taille, mais sur la bonne lecture des données climatiques. C'est fascinant et effrayant à la fois.
- Speaker #1
Oui, c'est le nouveau jeu des marchés tout simplement.
- Speaker #2
C'est le moment de conclure cette exploration. Merci de nous avoir suivis sur le podcast de Tardigrade AI. A très bientôt pour un prochain épisode. A bientôt, au revoir.
- Speaker #0
Merci pour votre écoute. Retrouvez-nous sur le site www.tardigrade-ai.com A bientôt. pour un prochain épisode.