- Speaker #0
Je pense qu'il n'y a aucune femme qui fait mon métier qui te dirait qu'elle n'a pas été harcelée en ligne au moins un peu.
- Speaker #1
On se dit tout ?
- Speaker #2
Allez, on ose.
- Speaker #1
C'est les confessions du désir.
- Speaker #2
Bienvenue sur les confessions du désir, le podcast d'interview du son du désir. Retrouvez régulièrement Alexis et ses invités qui décryptent le désir, les émotions, l'érotisme, le sexe.
- Speaker #1
plongée dans l'intime, elle a construit sa carrière loin des parcours tout tracés. Elle s'installe à Paris, rate une année de psycho, se lance dans le journalisme et finit par devenir une des voix les plus écoutées sur tout ce qui touche au couple, au désir, au doute, au chagrin et au recommencement. C'est vrai tout ça. Dans C'est compliqué, son courrier du cœur moderne, elle a reçu les confidences de celles et ceux qui n'osent parfois pas parler à personne d'autre. Et elle, elle répond sans juger mais sans bêtifier non plus. Autrice prolifique, elle parle d'amour et de corps comme d'un chantier permanent. Elle a écrit Aimer, c'est compliqué, petit traité d'éducation féministe, masturbation, kamasutra et polyamoureuse, entre autres, où elle raconte sa propre manière d'aimer au pluriel. Lucille ne se contente pas d'observer les normes, elle les retourne, les questionne et montre qu'on peut vivre autrement sans forcément exploser tout le monde en vol au passage. Et au milieu de tout ça, il y a sa vie de femme, de mère de trois enfants, de personne qui a connu la maladie et a décidé de remettre le curseur. Du côté du sens et du bien-être, Lucille Bélan, c'est finalement quelqu'un qui nous rappelle que nos histoires d'amour avec les autres et avec nous-mêmes sont souvent bancales. Parfois drôles, parfois douloureuses, mais qu'on peut toujours en faire quelque chose de beau, à défaut de parfait. Bonjour Lucille Bélan, tout cela est correct ?
- Speaker #0
Oui, tout est correct.
- Speaker #2
Les Confessions du Désir vous sont offertes par Le Son du Désir, la première plateforme d'audio érotique immersif. Retrouvez-nous sur Le Son du Désir.
- Speaker #0
C'est bien, je devrais te demander tous les matins de me faire un petit speech comme ça pour me présenter et me motiver pour le reste de la journée.
- Speaker #1
Je ne sais pas, je vais mettre mon cerveau au service d'une intelligence artificielle spéciale pour le soutenir. Tous les jours un petit message. Dans vos chroniques et vos livres, vous montrez à quel point l'amour c'est un chantier permanent. Et alors, qu'est-ce qui aujourd'hui vous étonne encore ? dans la manière dont nous aimons.
- Speaker #0
Ce qui m'étonne aujourd'hui, c'est la nouvelle génération. Parce que c'est normal, moi j'ai connu un monde, j'ai connu la pornographie en physique et pas sur internet. Donc du coup, il y a eu toute une évolution par rapport à ça qui est très intéressante sur le rapport au corps, à la sensualité, à la sexualité. Et sur l'amour, pareil, il y avait eu beaucoup de choses à déconstruire. Et aujourd'hui, il existe une génération qui a en partie déconstruit ces choses-là, qui sort de ces codes-là et qui n'est pas dans la souffrance des débuts de sa vie amoureuse ou sexuelle. Et en parallèle de ça, c'est une génération, là je parle des 15-25, qui est très clivée. C'est-à-dire qu'il y a cet aspect, on est un peu dans un monde où on a déconstruit, on veut déconstruire, où c'est déjà fait. Et il y a ceux qui ont un retour aux valeurs traditionnelles, traditionnalistes.
- Speaker #1
Oui, j'allais y venir parce que j'étais très étonné par ce début de discours. On me dit, mais est-ce qu'on voit la même chose ?
- Speaker #0
Non, eh bien, en fait, c'est vraiment coupé en deux comme ça. Et c'est assez fascinant à regarder puisque ça crée une société où le futur de cette société coupé en deux, avec des valeurs qui n'ont rien à voir, qui ne se respectent pas, mais presque, qui sont en guerre en tout cas. Et donc ça, ça m'étonne parce que moi, j'ai grandi, j'ai vécu ma vie de femme avec une sorte de... Je ne suis pas si vieille, mais j'ai envie de dire une sorte de monde un peu post-droite à la papa, avec des valeurs qui étaient traditionnalistes, mais sans être non plus très, très oppressantes. Ou quand même le mariage, le couple, la monogamie, ça faisait partie de la culture tout simplement. Mais en même temps, tout le monde trompait tout le monde. Donc, on était un peu chill là-dessus. Et puis du coup moi ma différence avec ça, là où je me suis placée, c'est sur dire les choses au grand jour, assumer, admettre et puis être fière aussi. Et c'était très important pour moi de casser ça. Et là c'était le clivage avec ma génération et la génération précédente. La nouvelle ça n'a rien à voir et je trouve ça assez fascinant à regarder et en même temps je trouve que c'est un peu plus facile de faire. Je trouve que ça va, on va voir dans très peu de temps, c'est un peu à l'image du monde, je pense beaucoup de violence sur comment ça va se démêler. Donc ce qui m'étonne, c'est ça.
- Speaker #1
C'est hyper flippant. Le rapport au corps avec les nouvelles technologies, vous l'aviez évoqué, ça nous fait poser beaucoup de questions, rien que sur le rapport au corps des femmes, à ce qu'on en voit, à ce que l'homme peut fantasmer dessus, l'homme ou la femme d'ailleurs.
- Speaker #0
Déjà tout le monde fantasme sur tout le monde, j'ai envie de dire j'espère, c'est mieux comme ça. Et puis en réalité, cette semaine sur les réseaux sociaux, j'ai vu quelqu'un qui disait qu'il y avait une énorme dysmorphophobie sur le corps des femmes et des jeunes femmes. Et qu'à cause des filtres, c'est un truc qu'on disait de façon un peu anecdotique, tout le monde met des filtres, on ne sait plus à quoi on ressemble. Mais en réalité, il y a un vrai truc qui se passe au niveau cognitif, au niveau mental. En réalité, plus personne ne sait à quoi il ressemble de la nouvelle génération encore une fois. Je pense que tout le monde, moi, je traite très peu ce réflexe. Donc, il y a ça. Il y a cette espèce de souffrance comme ça, inhérente à être quelque chose qu'on n'est pas vraiment ou à essayer d'aspirer à être quelque chose qu'on ne saura jamais. Je ne suis pas très positive aujourd'hui. Et en réalité, oui, en fait, là où on en vient, c'est que le fantasme, la fantasmagorie, nous amène à fantasmer sur tout des... des choses qui ne sont pas réelles. On le voit avec l'érotisme à l'écrit en fiction. Il y a un énorme développement de fantasmes sur des... Alors j'allais dire des... Pas des métamorphes, mais des choses comme ça, des choses qui sont humanisées. On va être sur des dinosaures, des dragons, des vampires, tous les animaux du bestiaire fantastique.
- Speaker #1
On pourrait fantasmer sur Avatar, c'est un peu ça.
- Speaker #0
Il y a de ça qui est en train de se créer et on est vraiment sur des archétypes. et sur des corps, encore une fois, qui n'existent pas. Donc ça pose vraiment la question d'à quoi va ressembler la sexualité d'après, puisqu'on voit que la statistique fait que, enfin ce qu'on prouve pour l'instant, c'est que la nouvelle génération est assez peu portée sur pratiquer le sexe. La sexualité en tant que fiction, fantasmagorie, peut-être un peu masturbation, j'espère pour eux, mais pratiquer le sexe avec une autre personne, avec l'altérité, c'est assez complexe a priori, dans les chiffres pour plus ou moins toutes les franches. Donc c'est pareil, vers où on va, j'en sais rien du tout.
- Speaker #1
Moi, quand j'étais petit, il y avait une série qui s'appelait Sauvé par le Gong, et je rêvais de ressembler à Marc-Paul Gosselaar, qui était une sorte de blond, alors que j'étais pas blond, qui était bien coiffé, j'étais mal coiffé, qui avait la peau toute nette, j'avais plein de boutons. Et vous, vous vous fûtes en tasse mienne d'être qui ?
- Speaker #0
Moi, j'ai 40 ans, donc je connais Sauvé par le Gong. J'ai connu la VHS. Et donc, du coup, on est de ma génération. Moi, je suis très... À l'époque, on se moquait un peu. On parlait des partouzeurs de gauche et de droite, d'ailleurs. Et c'est ma génération, en fait. Donc, on est très dans le physique. On est très dans le pratiquer le sexe et aimer le sexe pour ce qu'il est. Et du coup, oui, pour moi, c'est très... Cette virtualité, elle m'angoisse un peu parce qu'elle faisait partie de la fiction. Elle faisait partie de ce qu'on imaginait du futur. en ayant peur de ça, c'est-à-dire avec des bébés qu'on faisait dans des espèces de machines, et les gens ne couchaient plus jamais ensemble. Il y avait ça dans Demolition Man, il me semble, il y avait ce délire là-dessus, où les gens faisaient l'amour, mais assis dans un canapé, avec chacun un casque. Et on peut le faire aujourd'hui, en l'occurrence, avec de la VR. Donc, c'est pas ouf, en vrai, je pense, aujourd'hui encore.
- Speaker #1
C'est pas super. Et justement, je me demandais, le sexe, finalement, a-t-il un... A-t-il une orientation politique ? Le sexe libertin est-il de droite ? Le texte tout-zard est-il de gauche ? Comment elle voit ça ?
- Speaker #0
Alors, on a un peu abordé avant d'enregistrer, mais moi je pense que tout est politique, effectivement. Surtout dans le monde dans lequel on vit, où on est obligé de politiser ou de voir avec une vision politique ce qu'on fait, puisqu'on n'est pas dans un monde confortable où on pourrait faire les choses juste pour la beauté du geste gratuitement. On peut le faire. On peut se dire que c'est le cas, mais cette beauté du geste, en réalité, elle a un contexte et elle a une couleur politique en réalité. Et donc, du coup, est-ce que le sexe est politique ? Oui. Est-ce qu'il y a des gens de... Il y a un film qui est très cool qui s'appelle Le Nom des gens, avec Sarah Forestier. Et c'est drôle parce que c'est une femme de gauche, une jeune femme... Avec des gens d'extrême droite, c'est ça ? Une femme qui veut évangéliser, en fait, par le sexe, elle... Oui, c'est ça. Avec des gens de droite, de droite, pas d'extrême droite, pour les transformer en gens de gauche. C'est une comédie, c'est très drôle.
- Speaker #1
Est-ce que vous pourriez coucher avec un masculinisme pour essayer de le convertir ? Non, et puis en fait,
- Speaker #0
ce n'est même pas possible. Déjà, c'est dangereux, en réalité, parce que là, cette histoire d'homme qui refuse la capote ou pense que c'est normal d'enlever la capote pendant le sexe, ce qui est une agression sexuelle, ce qui est un viol, par la reconnaissance... par la loi, pour une jeune femme, n'y allez pas, ne prenez pas ce risque, c'est très dangereux. Surtout que ce n'est pas des gens qui sont dépistés, donc n'y allez pas. Et puis en plus, en vrai, est-ce qu'on peut vraiment transformer les gens par le pouvoir du sexe ? Je pense qu'on peut montrer à des personnes qu'avoir une sexualité libre, heureuse, où on accepte les différences des autres, où on trouve que c'est une richesse, où on essaye des choses, c'est des valeurs que je trouve humanistes. et donc du coup sans lui donner une couleur politique même si pour moi ça en a une humaniste c'est bien déjà et ça pour le coup on peut le montrer à des gens qui seraient peut-être de droite molle on pourrait leur dire regardez le monde est merveilleux mais la droite molle ouais non c'est pas négatif on parle pas de bon des hommes molles mais non des gaullistes des choses comme ça c'est nul non mais du coup oui est-ce que la partouze c'est de gauche ou de droite bah maintenant je pense que ça peut être de plein d'autres Merci. En fait, il y a des sex-parties inclusives, il y a des sex-parties qui sont aussi en non-mixité, il y a des choses qui sont réfléchies en réalité par la génération jeune, moins jeune, réfléchie dans les milieux militants en l'occurrence. Et puis sur le libertinage, pour moi, le libertinage, c'est un peu complexe. Je pense que j'ai vu de tout chez les libertins, j'ai interviewé beaucoup de libertins, c'est un milieu dans lequel je fraye un petit peu pour des raisons, parce qu'il y a plein de valeurs que j'aime dans le libertinage. Mais il y a une bourgeoisie dans le libertinage, évidemment. Il y a une culture, moi je me moque un peu, j'espère que les gens ne se sentiront pas offensés, mais il y a un truc de la culture du libertin qui porte des chemises avec des petites fleurs un peu trop ouvertes et qui boit du champagne rosé. Big up à ceux qui le font, on s'est beaucoup croisés. Et en l'occurrence, je pense qu'il y a plein de choses comme ça qui sont une forme de bourgeoisie et où tu ne te demandes pas trop si les gens sont de gauche ou de droite parce que tu doutes bien qu'eux. Et puis, il y a ce cliché. Moi, je suis partie beaucoup en reportage dans les territoires, comme on dit.
- Speaker #1
En région.
- Speaker #0
C'est en région. On dit plus en province. Non, mais un peu partout en France, en réalité, parce que c'est important pour moi de ne pas raconter aussi juste les Parisiens qui sont aussi une catégorie socio-professionnelle, un cliché en soi. Et t'as le notaire, le mec qui bosse dans l'agence immobilière. On est dans ce délire-là, évidemment. Par contre, je trouve que quand tu creuses un peu, Là ça va être plutôt sur les anciens en réalité, avec certaines personnes de la nouvelle génération, il y a une réflexion autour du libertinage que je trouve fascinante. Pour certaines personnes, il n'y a pas de code, il n'y a pas d'étiquette d'orientation sexuelle par exemple, et des gens qui aiment tellement le sexe et qui réfléchissent tellement le sexe et le plaisir, et la question de plaisir, que c'est des hommes qui vont dire moi aussi je peux coucher avec un homme parce que dans le moment, dans machin, parce que j'ai envie, parce que la personne m'intéresse, s'estiment pas du tout bisexuels. C'est juste libertin. Et j'aime beaucoup cette réflexion-là. Alors après, pareil, on est dans un monde où les étiquettes ont un sens et une importance.
- Speaker #1
Il y a beaucoup de stables libertins qui tolèrent les relations entre hommes, mais en même temps, ils disent que c'est un peu bizarre.
- Speaker #0
On met en avant les relations entre femmes et assez peu les relations entre hommes. Je suis d'accord, c'est le cas au Cap d'Agde aussi. Parfois, c'est un peu mal vu. Mais il y a une ouverture en ce moment des clubs sur la question queer. Donc, c'est en train de changer doucement. Mais du coup, il y a ça déjà. Et puis moi, j'adore cette vision du libertinage qui... Alors pareil, c'est bourgeois, évidemment que c'est bourgeois, mais sur le plaisir juste, sur le bon livre, sur partager quelque chose avec des gens. Parfois, le libertinage, c'est juste partager un bon repas, une bonne bouteille de vin, parler de choses, prendre le temps de parler des choses, débattre, parce qu'on aime débattre. J'aime ce libertinage-là. Dans le monde dans lequel on vit, c'est un luxe et c'est une bourgeoisie, mais j'avoue que cette réflexion m'intéresse beaucoup et me plaît.
- Speaker #2
Tu taisis les confessions du quoi ?
- Speaker #1
Tout à l'heure, on parle un peu de la sexualité, du monde dans son ensemble, mais comment vous en êtes venu à traiter de ce sujet-là, alors que, comme je l'ai présenté dans l'introduction, vous, c'était plutôt le cinéma, à la base ?
- Speaker #0
Moi ce que j'aime c'est la culture mais je pense qu'on peut développer son empathie par la culture. Je crois que la question de l'empathie elle est majeure quand tu parles d'intimité. Pour moi en fait il y a la même chose, on en revient au même truc. J'ai des valeurs humanistes, qui n'est pas le truc de quand les gens veulent pas dire qu'ils sont féministes, ça c'est de la merde. Mais globalement je pense que les gens ont énormément en commun, que en l'occurrence la passion. qui peut être la passion que tu as dans un sport, dans la culture, quand tu vois un film que tu adores qui t'a fait pleurer, dans un livre que tu as lu qui t'a bouleversé, qui change ta vie, mais qui passe aussi par l'amour, l'amitié, le rapport filial, le sentiment très fort que tu as. pour les gens qui sont autour de toi et qui passe aussi parfois par le deuil, la détestation, la haine parfois. Ce sont des choses qui nous rapprochent. Toutes ces choses-là nous rapprochent parce que nous les partageons, nous ressentons les mêmes choses. Et donc, pour moi, la culture, le cinéma, la critique cinéma, ça passait aussi par là. C'est-à-dire décrypter les films pour qu'on arrive à trouver des choses qui nous parlent en commun et qui nous marquent en commun et qui fassent qu'on devienne des meilleures personnes globalement. Pour moi, il y avait une mise en avant de notre identité d'humain dans tout ça. Et je suis arrivée à l'intime, un peu en ayant cette réflexion-là, ces valeurs-là. Et en vrai, il y a un rédacteur en chef, un jour, qui m'a dit « On essaye de faire un courrier du cœur. » Alors, ce n'est pas un courrier du cœur. On a l'image courrier du cœur, un peu de magazine féminin. En l'occurrence, c'était le média Slate, qui à l'origine est un média américain. Et aux États-Unis, ils ont une vraie culture de ce qu'on appelle la colonne, qui est en fait un éditorial d'un journaliste. ou d'une journaliste qui répond à des problématiques de société. On est sur vraiment un délire sociétal. Les gens racontent quelque chose qui est un peu un polaroïd de là où on est à l'instant T. Et c'est compliqué, c'était ça. En fait, la version française de Slate, donc Slate.fr, ne trouvait pas le ton de la colonne à la française, puisque les Américains, le fond, depuis très longtemps, avaient leur ton, avaient leur délire là-dessus. Et en France, on ne le faisait pas. Il y avait vraiment cette critique. le courrier du cœur du féminin, mais pas du tout la colonne éditorialisée de médias généralistes et un peu politisés, évidemment. Progressistes, dirons-nous. Et sur Twitter, Twitter à l'époque, à sa grande époque de Twitter, un rédacteur en chef avec qui j'étais en contact et qui partait de Slate, Johan Uffnagel, qui partait à Libération. Je lui ai écrit à ce moment-là, parce qu'on se parlait un peu vite fait sur Twitter, et je lui ai dit « c'est triste parce qu'on bossera jamais ensemble, j'aurai jamais l'occasion de bosser à Libé, j'avais pas cette prétention » . Et je disais, j'aurais adoré qu'on bosse ensemble à Slate, mais ce n'était pas sans arrière-pensée aucune, c'était juste un petit au revoir. Et en fait, là, il m'a dit, on devrait essayer de le faire ensemble, ce sera mon cadeau d'adieu de Slate. Et on a échangé jour et nuit pendant plusieurs jours des tests. On a écrit, en fait, ça n'a jamais été publié, mais on a écrit une fausse question. Et puis, j'écrivais des réponses et on testait quelles réponses marchaient le mieux, quel est le ton qu'il fallait. Et en fait, il m'a juste demandé d'être moi. Et en septembre, je suis arrivée, il était parti lui. Il y avait d'autres rédactrices en chef, en l'occurrence. Et j'ai commencé. Et j'ai fait ça à 8 ans.
- Speaker #1
Vous avez été victime de la ligue du lol il y a quelques années.
- Speaker #2
Il y a longtemps,
- Speaker #1
oui. On en parle un peu ?
- Speaker #0
On peut en parler, il n'y a pas de souci.
- Speaker #1
Quand on est victime de harcèlement en ligne, est-ce qu'on en vient ensuite à se protéger, à faire plus attention à ce qu'on dit, à ce qu'on met sur les réseaux ? ce qu'on fait.
- Speaker #0
Moi, je ne sais pas me protéger. Il y a un truc, une valeur qui est très importante pour moi et qui vient d'un film qui s'appelle Short Bus. Un film de John Cameron Mitchell qui parlait globalement de la sexualité à New York après le 2001, après le 11 septembre 2001. C'est un film très, très beau et très positif et très joyeux sur un endroit qui s'appelle le Short Bus. Et à un moment, il y a un personnage qui dit cette phrase magnifique qui dit, à un moment dans ma vie, j'ai arrêté d'être perméable aux autres, aux gens et au monde et à ce qui se passait. Et je le regrette. Et en voyant ce film qui m'a beaucoup bouleversée, je me suis dit que je ne serais jamais perméable. Enfin, je ne serais jamais imperméable, pardon. Et je resterais toujours perméable. Et donc, ça m'oblige à être un peu en danger. Donc, à être visible parfois, à parler de moi parfois. Je ne me protège pas. Je n'ai pas de pseudonyme. Tu m'as appelé Lucille Bélande depuis le début de cette interview. C'est le nom avec le... Bien sûr, c'est mon nom. Mais c'est le nom avec lequel je fais les réunions de parents d'élèves aussi. Et c'est le nom avec lequel tout mon travail est publié, que ce soit Kamasutra ou mon travail purement journalistique sur le féminin, quand je parle de maquillage ou quoi que ce soit d'autre. Quand on me prend en travail ou même en amie ou même n'importe quoi, ou même mes enfants qui sont obligés, eux ils n'ont pas choisi, c'est Lucille Bélan avec toutes ses faces là. Et que ce soit le libertinage encore une fois et tout le reste. Et donc cette imperméabilité qui ne me plaît pas en tant que personne, qui ne correspond pas à mes valeurs, elle fait partie avec le fait de se mettre en danger. Et donc c'est le harcèlement en ligne qui a toujours fait partie de ma vie et de ma carrière. Quand on est une femme qui parle de sexualité et d'intime, ça fait aussi partie de la carrière. Je pense qu'il n'y a aucune femme qui fait mon métier qui te dirait qu'elle n'a pas été harcelée en ligne, au moins un peu. Que ce soit les influenceuses ou les journalistes, ou les autrices d'ailleurs. Et donc, du coup, ça fait partie de notre métier. Moi, je me suis retrouvée à avoir le cuir un peu durci au début avec cette histoire de la Ligue du LoL, qui était encore plus douloureuse pour moi, puisque je n'ai pas fait d'études. Je ne viens pas...
- Speaker #1
Je peux recontextualiser un peu la...
- Speaker #0
Expliquer, en gros...
- Speaker #1
La Ligue du LOL.
- Speaker #0
Alors, la Ligue du LOL, c'est un groupe non officiel. C'est pas un truc... C'est ni politique, ni un groupe de personnes avec des cartes de visite ou quoi. C'est des personnes qui, avec un humour commun sur les réseaux sociaux, et en particulier Twitter, ont créé un groupe Facebook pour faire des vannes initialement. Il s'avère que ces personnes, sur le Twitter de l'époque, avaient des métiers entre haut placés ou influents, ou dans les médias, dans la publicité. dans des artistes, un peu tout, des gens qui globalement étaient le groupe des cools.
- Speaker #1
Mais pas dans le bas de plafond de base.
- Speaker #0
Non, c'est ça. Et puis des gens cools, quoi. Des gens cools avec qui tu n'as pas envie de te faire humilier par eux, en fait. Avec qui ils se font déconner, il ne faut pas y prendre mal. Et c'était un peu le principe. Donc au début, c'était sur Twitter et c'était un peu agressif. Après, ils ont créé un groupe Facebook privé. Et le fait d'être privé a lâché un peu leur type d'humour. C'est-à-dire qu'il y a des choses qui ont été dites, des montages photos qui ont été faits. Ça a été très très loin. Et puis sur Twitter, après la compétition d'être encore plus drôle, de faire encore rire le groupe un peu plus, a existé. Donc il y a eu un petit groupe de personnes dont je faisais partie, mais qui étaient malheureusement aussi souvent des militants. Des militants de gauche, des féministes, des gens moins cool selon les images de la société aujourd'hui. Ça a un peu changé ces dernières années et qui se faisaient juste vanner perpétuellement, mais pas vanner. encore une fois on n'était pas dans la drôlerie parfois c'était juste humiliant et quand tu te fais humilier par des journalistes, des rédacteurs en chef pareil des gens de la pub des gens sous pseudonyme aussi beaucoup ça fait un peu mal au cul donc au début c'est un peu t'es pas très très content, tu passes pas une bonne journée tu passes pas une bonne soirée et puis quand ça dure des années, quand c'est très fort quand après ils te créent un archétype de toi tu deviens un peu ta propre parodie et les gens autour voient ces conversations ils te voient te faire humilier par ces gens publics au niveau mental ça crée des vrais dommages
- Speaker #1
Le procès c'est une éventualité ?
- Speaker #0
Il y a eu une plainte de plusieurs personnes, il y a eu enquête d'ailleurs le gouvernement s'en est saisi puisque ça a fait grand bruit au niveau médiatique c'était un peu complexe parce que certaines de ces personnes se sont très bien protégées le groupe Facebook a été en partie vidé ou totalement vidé Merci. C'est du procès d'intention aussi beaucoup. Et donc, du coup, il y a eu une très grosse enquête. Il y a des gens qui ont été en garde à vue. Mais en gros, personne ne veut qu'il y ait un procès. Même les gens concernés de mon côté de la barrière, parce que ça remue. Au moment où il y a eu l'affaire médiatique, l'affaire est sortie dix ans après. C'est-à-dire qu'en fait, ce n'était pas full terminé. Il y avait encore quelques petites réminiscences, mais tout le monde vivait avec, en gros. et où avait construit sa carrière avec aussi. Et du coup, c'était comme ça, c'était une mauvaise histoire de Twitter. Et quand l'affaire est sortie médiatiquement, ça a été une grande violence pour tout le monde. C'est-à-dire les personnes de la Ligue qui n'avaient jamais été attaquées, ont été attaquées, c'était très violent pour certains. Les personnes qui étaient concernées par le côté harcèlement ont dû en parler dans les médias, j'en fais partie, ont dû se justifier, ont dû faire peut-être des enquêtes de moralité pour dire... Regardez, j'étais quand même gentille, donc du coup, c'était pas sympa de me parler comme ça. C'était très complexe et très dur. Et donc aujourd'hui, on est post tout ça. En gros, c'est un peu comme un MeToo. C'est-à-dire que c'est le moment où tout explose et ça fait du mal à tout le monde. Et au final, c'est peut-être une bonne chose parce que là, on dit, vous pouvez pas dire n'importe quoi sur les réseaux à n'importe qui de manière très agressive et penser que vous allez vous en tirer comme ça. Et puis en fait, le monde a changé aussi. Et en fait, en vrai, sur le Twitter de maintenant, on peut. On disait le monde est dur, le monde est violent, ça en est une preuve.
- Speaker #1
J'ai envie de vous prendre dans mes bras. Lucille Bélan, on vous a connue féministe, on vous a connue reporter, intervieweuse, mais il y a également l'autrice de fiction.
- Speaker #0
Exactement, c'est nouveau, enfin c'est pas nouveau, mais c'est nouveau de l'embrasser en tout cas. c'est mon année, j'ai dit 2026 j'admets que je suis écrivaine aussi c'est le terme, je suis très attachée au terme c'est mon côté bourgeoise et donc du coup le terme écrivaine me faisait peur je me sentais pas légitime à l'utiliser alors que j'ai écrit plusieurs en l'occurrence manuscrits de fiction j'ai été publiée sur de la fiction je fais des lectures érotiques en l'occurrence pour le moment de fiction aussi et vous avez un groupe Whatsapp oui j'ai un groupe Whatsapp ça c'est pareil, c'est un changement de temps je pense que les gens aujourd'hui on parle des gens qui ne lisent plus de livres on parle de la taxe Amazon qui fait que les gens ont acheté moins de livres cette dernière année les gens lisent encore des livres en l'occurrence les femmes lisent plus que les hommes on le sait statistiquement, elles lisent beaucoup de livres je pense qu'il y a aussi une volonté dans le monde d'aujourd'hui d'avoir de l'humain derrière le livre, que ce soit de la rencontre en librairie, de la rencontre avec les gens et de la lecture en public. Et j'ai réfléchi à ça beaucoup parce que c'est des réflexions qu'on a avec plusieurs groupes de copines d'écriture, d'autres écrivaines. Et cet été, j'ai fait un Nervos Meltdown énorme. J'étais pas bien. Une grosse breakdown,
- Speaker #1
une grosse dépression. Une énorme dépression. Un énorme coup de blues. Ouais,
- Speaker #0
un coup de blues. Il se passait des trucs dans ma vie, j'étais pas bien. Et je me suis dit que ma réponse, c'est toujours ma réponse, j'avais besoin d'écrire. Et j'avais besoin de me forcer à écrire. Et j'avais besoin qu'on me regarde et qu'on me dise, tu vas écrire. Et donc, j'ai mis en place un groupe WhatsApp. J'ai fait une vidéo sur Instagram pour dire « Venez m'envoyer un DM. Si on se connaît, si on ne se connaît pas, je m'en fous. » C'est gratuit. Je fais un groupe WhatsApp et j'intègre tous les gens qui veulent me voir écrire en direct une fiction sur un mois et demi à raison de trois épisodes par semaine d'environ 10 000 signes.
- Speaker #1
J'étais éclatée et je me suis inscrite.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Bien sûr. Et je voyais, au début, je me suis dit « Bon, alors, elle va le faire combien de temps ? » Une semaine, deux semaines ? J'ai fini mon manucu. C'est une aventure. Je pense que tout le monde avait envie de savoir ce qui se passait. Larguer un projet littéraire, communauté, avec divers sous-groupes pour que les personnes puissent discuter entre elles.
- Speaker #0
C'était une problématique. Le groupe WhatsApp est fermé. Les gens peuvent tous venir avec une invitation de ma part, mais je laisse tout le monde venir. En gros, je ne surveille pas. Là, il y a une 120 personnes, plus ou moins.
- Speaker #1
Ce qui est vachement bien Le dernier épisode c'est l'épisode 26 Du deuxième projet
- Speaker #0
En fait j'ai écrit deux romans J'ai écrit Largué qui est l'histoire d'une femme Qui s'est fait larguer salement Et qui du coup se reconstruit Il y a un côté très névrotique C'est une comédie Comédie de la santé mentale qui est pas ouf Du coup ça m'a fait beaucoup rire d'écrire ça Qui était aussi une déclaration A l'amitié féminine Je pensais qu'il y avait beaucoup de femmes à remercier et qu'on en parle très peu de la sororité, c'est une valeur très importante. Et le deuxième, un truc dont mon agent m'avait parlé il y a plusieurs années en me disant « il faut faire ça, tout le monde veut ça » , j'ai écrit une romance lesbienne, mais à ma manière, c'est-à-dire en reprenant les codes existants, en twistant ceux qui ne me plaisaient pas et en mettant plus de sexualité parce que c'était important pour moi. Et donc j'ai écrit ces deux projets en un mois et demi chacun, à raison de trois épisodes par semaine. Et je vais reprendre, à partir de janvier, je fais la suite de la romance lesbienne. Il y aura deux épisodes supplémentaires, deux livres supplémentaires. Et Largué aura une suite également, probablement dans l'été. Donc on va partir sur, quasiment de façon permanente, je fais des pauses de trois semaines entre chaque projet, pour me reposer un peu.
- Speaker #1
Le papier existera pour ces projets ?
- Speaker #0
Peut-être. C'est en discussion actuellement. Mais au moins pour la romance lesbienne, on est un peu avancé. Il y a des maisons d'édition qui sont en discussion. On est bien, on est bien. Normalement, oui. En fait, ce n'était pas le but au départ. Le but au départ était vraiment de me forcer à écrire. Je n'ai pas la prétention de faire la rentrée littéraire. Je viens vraiment de nulle part, il faut le dire. On ne l'a pas dit, j'ai beaucoup dit que j'étais une bourgeoise et tout, mais en réalité, j'ai grandi à la campagne, mes parents étaient fonctionnaires. Je n'ai pas fait d'études, je ne viens pas du milieu. J'ai un manopratin, j'ai débarqué à Paris à 20 ans avec rien et des études pas finies. Et je fais partie... Pareil dans les suites de génération, je suis partie de la génération, je pense, la dernière à pouvoir écrire en n'ayant rien d'autre que sa carte de visite avec rien à présenter derrière. Et à dire, je suis juste passionnée et j'ai envie d'écrire, laissez-moi écrire.
- Speaker #1
Vous savez quoi ? On partage ça.
- Speaker #0
Ça me fait plaisir. Il faut parler des autodidactes, c'est important. Et je pense que c'est pour ça que je mets de la valeur à ma bourgeoisie actuellement, c'est parce que je l'ai... Je me suis battue pour que mes enfants ne connaissent pas ce que j'ai connu. Et je continue de me battre pour ça, d'ailleurs, c'est pas simple. Mais du coup, je pense que oui, ce truc de dire qu'on est écrivaine, pour moi, c'est un truc d'écrivain de Saint-Germain-des-Prés et qui vient du bon milieu. Et c'est un truc que je veux m'approprier maintenant. Toutes mes amies, elles le disent partout, dès que je vais quelque part, que je suis écrivaine, et les enfants aussi. Et écrire, je pense que c'est très important. Pour moi, je suis très graphomane. j'écris beaucoup d'ailleurs j'ai écrit 500 000 caractères donc un demi million de caractères en 4 mois pour ces fictions là et j'ai écrit en parallèle tout mon travail de journaliste qui doit à peu près faire la même chose donc mon poignet est flingué j'écris pas à la main j'écris à l'ordinateur mais j'ai un poignet dominant qui est un peu détruit et du coup ouais c'est donc ce projet interactif presque de on est un groupe on le fait ensemble et je vous partage des trucs très personnels Merci. C'est de la fiction, mais il y a quand même beaucoup de moi dedans. Et en fait, plus de trois épisodes par semaine pour une fiction qui n'est pas écrite au préalable, qui est écrite au fil de l'eau. J'écrivais ça entre 1h et 3h du matin. J'envoyais ça direct dans le groupe. Il n'y a pas de relecture. On n'a plus de filtre après. Il y a vraiment...
- Speaker #1
Il y a un effet d'entraînement.
- Speaker #0
C'est du Lucille Bélan chimiquement pur à ce stade. Et aussi, il y a ce truc de... Moi, je ne dis pas que je suis une mal-aimée des réseaux sociaux, mais comme je n'ai jamais joué cette histoire de l'influence, justement de vous allez m'aimer, il faut qu'on m'aime et tout, je pense que c'est la première fois que je me dis que j'ai de la chance d'avoir des gens qui me suivent, qui ne partent pas et qui ont juste moi sans filtre. Là, on est sur le sans filtre, tu vois. Il y a toutes mes névroses, toutes mes obsessions, les trucs que j'aime, la sexualité que j'aime, des personnages qui me font plaisir. Il y a parfois des portraits de gens que je connais, avec évidemment le filtre de la fiction, mais c'est tout, très peu. Et la façon de parler aussi. Je pense que pour la première fois, j'ai l'impression qu'il y a de l'amour dans ça et ça me touche beaucoup.
- Speaker #1
In bed with Lucille Belland.
- Speaker #0
Un peu.
- Speaker #1
Un peu ça. Merci beaucoup Lucille. Pour juste terminer, je te demanderais un mot. Le mot de la langue française qui est le plus sexy, le plus érotique, le plus évocateur. Y en a-t-il un ?
- Speaker #0
Y en a beaucoup. Y a des phrases qui me viennent. Est-ce qu'il y a des mots qui me viennent ?
- Speaker #1
Alors une phrase. Un groupe de mots. On en prendra un, on pioche pas.
- Speaker #0
C'est une image qui me vient, alors du coup, ça va être une phrase. J'ai envie que tu m'embrasses contre un mur. Je trouve ça pas mal. Parce qu'il y a une action.
- Speaker #1
C'est beau.
- Speaker #0
Ça me fait penser à un film de Louis Mal aussi qui s'appelle Fatale. Voilà. S'embrasse beaucoup contre des porcs cochères et je trouve ça très, très sexy.
- Speaker #1
Très bien. Merci beaucoup, Lucille Bélan.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #2
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