- Speaker #0
Il ajoutait des majuscules amérales, des points d'exclamation à mes spasmes. Et moi, je m'ouvrais un peu plus à chaque instant.
- Speaker #1
Cette semaine, dans le son du désir, place à une des histoires gagnantes de notre concours d'écriture érotique. Numéro 4, une des plus sexy. Écoutez le corps du texte de Fabien Bernard.
- Speaker #0
Le désir est parfois aussi... ironique que le destin. Il avait suffi d'un rayon de soleil dérobé entre deux nuages d'octobre pour que je me décide à sortir de ma salle des profs à l'ambiance mortifère, en quête d'un refuge plus vivant. Sur la grande place, les barres pullulaient. J'en remarquais un, discret, avec du lierre qui serpentait le long de la gouttière et dont l'auvent était resté replié. Comme s'il refusait encore l'automne. Il était déjà là. Casque sur les oreilles, le regard absorbé dans un carnet de cuir rouge. Un espresso refroidi l'attendait, oublié. Ses mains, longues et tachées d'encre, traçaient des lignes d'un geste souple, presque lassif. Le crissement du stylo plume avait quelque chose d'intime. Je me suis assise sans un bruit, presque trop discrètement, comme si je redoutais de briser cette bulle créative. Il ne m'a pas regardée, ou afin de ne pas le faire, mais je l'ai sentie. Un léger mouvement de tête, un frémissement des narines, subtil mais présent. Il avait senti ma présence.
- Speaker #1
En podcast, certaines scènes restent suggérées. En VIP sur lesonsdudésir.fr, les histoires vont plus loin. Version intégrale, plus longue, plus intense, plus explicite. Avec des centaines d'audios réservées aux abonnés. Retrouvez l'expérience complète sur lesonsdudésir.fr. Je répète, lesonsdudésir.fr.
- Speaker #0
Comme un animal en demi-sommeil, conscient d'une silhouette inoffensive et choisissant de ne pas réagir. Je sortis mon carnet, pas de cuir, ni de papier noble, juste un vieil agenda acheté pour dix centimes chez un bouquiniste. Je suis graphomane. J'écris comme je respire, pensée, recette, fantasme. J'y note les livres lus, les amants croisés, pas pour compter, mais pour prolonger l'instant. Je ne parle pas de taille ni de durée, ou alors au détour d'une phrase. Ce que j'écris, c'est le ressenti, l'odeur. À bout. Ces pages ne sont pas faites pour être lues. Elles m'appartiennent. Comme une extension de mon corps, un lien intime et organique. Les jours suivants, je suis revenue. Lui aussi. Toujours penché sur ce carnet de cuir. Toujours cette concentration brûlante qui semblait couler de lui. Comme une fièvre retenue, affleurant à chaque jet. Il écrivait le front plissé, parfois les lèvres entreouvertes, comme s'il goûtait ses propres mots avant de les offrir au papier. Il ne semblait nullement troublé par le vacarme qui grondait autour de lui, cette rumeur moite de fin de semaine. Des rires trop forts, des vers qui s'entrechoquent, des corps déjà agités par l'alcool et les hormones en réveil. Mais lui restait là, dans son silence brûlant, comme s'il écrivait depuis l'intérieur de son propre corps. Rien ne semblait pouvoir l'en distraire,
- Speaker #1
et moi,
- Speaker #0
j'avais envie d'être le bruit qui le ferait enfin lever les yeux. Le week-end venu, j'ai cherché un prétexte pour traîner dans le quartier, à défaut d'en trouver un valable. J'y suis simplement retournée. La météo était clémente, alors j'ai marché, repassé plusieurs fois devant la terrasse, comme par un hasard répété. Il n'y était pas. Et moi, je regardais l'endroit comme on se crut une scène abandonnée. Le frisson visuel du mouvement de son stylo me manquait. Cette écriture, en train de naître, sous mes yeux. Je pensais que ça passerait, comme une pulsion éphémère. Mais tout le week-end... Son absence m'a collée à la peau comme une chaleur sourde.
- Speaker #1
Je revoyais ses mains, le geste précis de son poignet, la façon dont il inclinait légèrement la tête, ce corps concentré. Je n'arrivais pas à décrocher.
- Speaker #0
Alors le samedi soir, seule, dans mon lit, je n'ai pas résisté, j'ai fermé les yeux et je l'ai imaginé. Sa main n'écrivait plus, elle possédait. Ses doigts brûlaient entre mes cris. Sa paume sur ma bouche m'a réduite au silence. J'ai joui dans son odeur, dans son regard. Rivée, non sur une page, mais sur... Mon corps nu. Le lundi matin, je n'ai pas réfléchi, ou plutôt j'ai trop réfléchi. Et j'ai osé. Je me suis levée. En passant devant sa table, j'ai arraché une page de mon carnet. Mes doigts tremblaient à peine. Je laissais glisser vers lui comme une caresse tombée par accident. Quelques mots qui avaient flambé toute la nuit dans ma tête. « Tes mots fuient par le coin de ta bouche. Je veux les rattraper avec mes lèvres. » Il ne m'a pas regardé, mais il a souri légèrement avec un frisson retenu. Le lendemain, quand je suis arrivé, il était déjà là, et sous ma tasse, soigneusement pliée, un papier attendait.
- Speaker #1
« Tu ignores ce que mes mots peuvent faire à ta peau. »
- Speaker #0
J'ai relu la phrase trois fois. Et chaque fois, elle s'est imprimée un peu plus bas. Nous n'avons pas échangé un mot, pas une syllabe, pas même un regard appuyé le reste de la semaine. Juste ce jeu, ce délicieux manège de papier dissimulé glissé dans un journal plié, une serviette enroulée entre les pages d'un roman. J'écrivais aussi, bien sûr, mais mes mots n'étaient plus les miens. Ils étaient devenus des caresses déguisées, des soupirs enveloppés dans des syntaxes moites. Mes phrases s'ouvraient, s'étiraient, s'offraient, telle une jupe qu'on relève d'un seul geste brusque. Je voulais qu'il me découvre, qu'il me feuillette, me renifle et m'écarte ardemment. Je ne rêvais pas d'un texte, je voulais jouir d'une phrase qui naîtrait au creux de ses reins. Le vendredi, il a écrit
- Speaker #1
« Ce soir, 21h, dernier étage, ascenseur hors service » .
- Speaker #0
Le rouge m'est monté aux joues et avec une chaleur insidieuse a commencé à couver en moi. J'ai grimpé les six étages, sans ascenseur et sans culotte. Chaque marche rappelait l'anticipation entre mes jambes. Sur la porte, pas de nom. Juste une feuille scotchée. J'ai obéi. La pièce était nue, comme un cahier vierge tendu sous la lumière. Une seule lampe, posée au sol, projetait un halo doré sur un matelas d'effet. Tout sentait l'attente. Le désir. Le trouble. Il était là, assis. Le carnet rouge, toujours. Posé sur ses genoux. Silencieux, il m'attendit le carnet. Juste une phrase. Griffonné.
- Speaker #1
« Laisse-moi t'écrire. »
- Speaker #0
Sans un mot, j'ai ouvert mon chemisier. Comme on en trouve une lettre d'amour jamais envoyée. Il n'y avait plus que ma peau. Il s'est approché. Ses doigts m'ont effleuré avec la précision d'un calligraphe amoureux du grain du papier. Il ne caressait pas. Il rédigeait. Chaque geste était une phrase lente, posée, gorgée de tension. Il traçait des virgules brûlantes sur mes hanches, ouvrait de larges parenthèses sur mes cuisses, écrivait entre mes seins. Des guillemets haletants qui enfermaient mon souffle. Ces paumes épousaient mes formes comme on récite un poème par le toucher, ligne après ligne, jusqu'à ce que chaque mot devienne une plainte. Puis il a descendu. Sa langue m'a lu jusqu'au vertige. Je ne comprenais rien, mais je sentais tout. Il ajoutait des majuscules amérales. Des points d'exclamation à mes spasmes.
- Speaker #1
Et moi,
- Speaker #0
je m'ouvrais un peu plus à chaque instant. entière, offerte. Il m'a lu jusqu'au bout, jusqu'au point final. J'ai joué dans un silence incandescent, un cri muet qui lui a traversé la... Je voulais parler, dire un mot, mon prénom peut-être, mais il a posé sa main sur ma bouche, fermement. Il n'avait pas fini son œuvre. Alors ? Il est retourné entre mes jambes. Sa langue a repris là où il s'était arrêté. Un style plus affirmé. Il m'a relu et corrigé jusqu'à l'extase. Puis il s'est redressé, m'a prise par les hanches, et sans un mot, m'a retourné pour voir ce qu'il ne connaissait pas encore. Mes paumes ancrées dans ce matelas,
- Speaker #1
les reins cambrés par son désir.
- Speaker #0
J'ai senti son corps me happer à nouveau. Ses hanches cognaient aux miennes comme une phrase qu'on martèle pour en extraire le sens. Il me récitait à l'envers, soupir après soupir. J'étais son poème renversé. Et dans ce silence fauve, il m'a épelé jusqu'au dernier son. Puis le mot est venu et avec lui tout le reste. Il a repris son carnet. Les doigts encore marqués de moi. Une phrase tracée à la hâte.
- Speaker #1
« Tu as l'histoire que je veux relire. »
- Speaker #0
Quand je me suis réveillée, il n'était plus là. Mais son odeur s'accrochait à mes cuisses. Et les draps avaient la mémoire de son corps. Dans mon sac, un carnet de cuir rouge, vierge, comme si tout restait à écrire. Oh !
- Speaker #1
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