Speaker #0Hello, hello ! Je suis Élodie, photographe spécialiste et surtout passionnée de la maternité, et également accompagnante à la naissance physiologique, mais aussi maman de 4 enfants. Bienvenue dans Le Té Papote, le podcast où l'on parle de la maternité dans toute sa richesse et sa complexité, de la grossesse au premier mois avec bébé, et même au-delà. Installe-toi confortablement, prépare-toi une boisson chaude et prends cette pause rien que pour toi. Prête ? Alors c'est parti ! Hello et bienvenue dans notre rendez-vous mensuel. Aujourd'hui, je vais te parler d'une période de ma vie, de mon histoire, qui a tout changé pour moi. Et j'espère que les leçons que j'en ai tirées pourront t'aider. J'avais 24 ans à ce moment-là, j'étais enceinte de 18 semaines améliorées de mon troisième enfant. Et un matin, le couperet tombe. Je veux divorcer. Je ne vais pas rentrer dans les détails de cette relation, mais ce que je peux te dire, c'est que... Ma vision de la famille était telle que partir me semblait inconcevable, même si j'étais malheureuse. Pour moi, mes enfants devaient grandir avec leurs deux parents, point. C'était une certitude gravée en moi. Alors quand tout s'est effondré, j'ai fait ce que je fais toujours dans les moments difficiles, j'ai cherché une solution, immédiatement. J'ai organisé, j'ai planifié le déménagement, les meubles à racheter, la vie à séparer en deux, tout ça enceinte et avec deux enfants en bas âge. de 2 et 5 ans. Mais sous toute cette agitation, il y avait une question qui me terrorisait. Comment je vais faire ? Parce que j'étais en congé parental, donc grosso modo je gagnais 380 euros par mois, j'allais devoir prendre un appartement HLM, j'étais assistante maternelle, donc déménager ça voulait dire perdre mon agrément, perdre mon travail. Et là-dessus, il y avait un nouveau-né qui allait arriver. Et puis, on avait un projet d'accouchement à domicile, qui du coup n'était plus possible, donc il a fallu faire ce deuil aussi, et tout réorganiser. Au final, il y a eu tellement de choses difficiles à accepter à ce moment-là. Et c'est étrange, mais depuis le début de la grossesse, je sentais que quelque chose n'allait pas se passer comme prévu, que j'allais perdre quelque chose, et pourtant, j'étais persuadée que ce n'était pas mon bébé, je sentais que ça allait bien en fait. Et puis, il y a eu quelque chose que j'ai longtemps eu honte. d'avouer. Une part de moi, une toute petite part, s'est dit « c'est pas possible, je peux pas avoir ce bébé, pas dans ces conditions » . Alors je dis « une part de moi » parce que l'autre part, elle, elle aimait déjà ce bébé de tout son cœur. Mais cette semaine-là, la semaine de la séparation, j'étais dans le déni total, paralysée par ma peur. Et je voyais vraiment pas comment j'allais m'en sortir. Et puis quelque chose s'est passé. J'étais chez mes parents, j'y allais dès que possible parce que la situation à la maison était difficile. Et là, j'ai commencé à perdre un peu de temps, enfin léger, mais j'avais des contractions. Donc j'ai rapidement été rassurée aux urgences. Tout allait bien finalement, mais j'ai eu peur. J'ai eu une peur viscérale. Et dans cette peur, j'ai réalisé quelque chose. Je ne voulais pas perdre ce bébé, je ne l'avais jamais voulu. Elle était déjà là, elle faisait déjà partie de ma vie et il n'y avait pas d'autre option que de me battre. Pour elle, pour ses frères et sœurs et pour moi. Je crois que le corps sait avant que la tête accepte. Il nous envoie des signaux et ce soir-là, le mien m'a dit que je devais me ressaisir. À partir de là, j'ai posé mes mains sur mon ventre. Ça faisait quelques jours que je n'y arrivais plus. Et là, ma fille est venue me donner un coup. Comme pour me dire... Je suis là, t'inquiète pas, tout va bien. Et elle s'est nichée dans mes mains. Et c'est comme ça qu'on a avancé, elle et moi. J'ai déménagé dans mon appartement début juillet, donc après trois mois d'aller-retour entre le domicile conjugal et chez mes parents. Et c'était la première fois que j'avais un chez moi, juste à moi. Un appartement refait entièrement à neuf. Franchement, je ne pouvais pas rêver mieux, j'ai eu une chance de fou. Et cet appartement... est rapidement devenue mon refuge, mon cocon. La fin de grossesse a été difficile. C'était l'été, donc pas d'école, les enfants avec moi 100% du temps, pas de relais, et les émotions de tous à accueillir, en plus des contractions, de la fatigue, de l'œdème, ça on adore, et aussi de mes peurs. J'avais très peur d'accueillir ce bébé en étant solo. Alors bien sûr, j'avais la chance d'avoir ma maman qui m'accompagnait aux échographies, mes proches étaient impliqués dans la grossesse et je savais que ce bébé était attendu au moins par moi, par son frère, sa sœur et par ma famille. On est d'accord que ça remplace pas un papa. Et puis, Lisa est née le 10 septembre, dans la baignoire de la maternité, entourée de ma maman et d'une précieuse amie. Cette naissance, sans péridurale, sans médicalisation tout court d'ailleurs, a été une traversée qui m'a permis de retrouver ma puissance et de me rendre compte que j'étais capable de tout, même seule. J'ai été le seul parent de ma fille jusqu'à ce que je refasse ma vie et qu'elle rencontre mon conjoint, donc elle avait 18 mois à ce moment-là. Et au fond, je crois que le plus dur pour moi dans les premiers mois de sa vie, ça a juste été l'injustice profonde que je ressentais face à tout ça. Et tu vois, mon erreur à ce moment-là, ça a été de laisser ma colère, ma colère contre cette injustice. Ma colère contre cet abandon, contre le rejet, me bouffait. Vraiment. Parce qu'en réalité, quand tu as l'impression que quelqu'un te plante un coup de poignard, tu as la responsabilité de ne pas laisser ce poignard enfoncé et de continuer à appuyer dessus. Tu as la responsabilité d'enlever ce poignard et de penser tes blessures. Et ça, j'ai mis quelques mois, voire une année. à le comprendre. Je suis rentrée de la maternité 24 heures après l'accouchement. J'avais hâte parce que ma nouvelle vie commençait ce jour-là et j'avais besoin de la prendre en main tout de suite. Alors je suis rentrée chez moi avec mon nouveau-né et quelques heures après, mes aînés sont arrivés. Ce que personne ne te dit quand tu vis ça, quand tu es maman solo, c'est à quoi ressemble la solitude réelle. celle que tu n'étais pas prête à vivre, celle du soir quand tu fermes la porte et que tu es seule, celle de la nuit quand ton bébé pleure depuis des heures et que tu n'arrives pas à le calmer et qu'il n'y a personne à côté de toi pour prendre le relais, même cinq minutes. Ma fille avait un gros RGO. Elle avait des allergies au gluten et aux protéines de lait de vache, donc j'ai dû adapter mon alimentation parce que je la laitais. Elle pleurait énormément, forcément, elle souffrait, et je ne pouvais pas la poser. même pour aller à la douche. Je la mettais devant moi et je chantais en me lavant. Alors tu m'imagines en train de chanter les marionnettes. Mais même comme ça, elle pleurait. Je suis persuadée qu'elle ressentait tout. Et moi, je culpabilisais qu'il n'y ait que moi comme parent dans sa vie, même si j'y étais pour rien, c'était plus fort que moi. Vraiment, j'ai laissé ce sentiment me bouffer. Et puis, j'avais aussi deux aînés qui, eux aussi, avaient leurs émotions, leurs questions, leurs besoins. Et là-dessus, j'avais perdu quelque chose d'autre. Mon identité. Je m'en suis rendue compte un jour, quand quelqu'un m'a demandé ce que j'aimais comme musique. En fait, j'ai réalisé que j'allais répondre ce que mon ex-mari aimait. J'ai réalisé que je m'étais éteinte, que je ne savais plus qui j'étais, en dehors de cette relation finalement, et ni en dehors de mon rôle de maman en fait. Il y a une expression qui dit qu'il faut toucher le fond pour avoir l'élan de remonter. Moi, la vie a fait en sorte que je le touche vraiment ce fond. Et c'est là que quelque chose a changé. J'ai arrêté de me battre contre ce que je ne pouvais pas contrôler. J'ai arrêté de vouloir que les choses soient comme dans ma vision parfaite de la vie. J'ai accepté que je ne pouvais pas décider pour les autres, que chacun est maître de sa vie, de ses choix, même si certains choix me brisaient le cœur. Le jour où j'ai lâché prise sur ça, je me suis sentie libérée. mais vraiment libérée. Et là, t'as peut-être la chanson de la Reine des Neiges dans la tête et j'en suis désolée. Et puis j'ai commencé à me raccrocher aux petites choses de la vie. La chaleur du soleil sur ma peau, le rire de mes enfants, les câlins, les « je t'aime » de mes bébés, mon nouveau-né qui dormait contre moi en écharpe de portage, le seul moment où elle dormait d'ailleurs, et ce silence, cette douceur, juste elle contre moi et... le chant des oiseaux dehors. C'était déjà merveilleux ça en fait. J'avais un toit sur la tête. Mes enfants étaient en bonne santé et je les avais près de moi. J'étais entourée et j'avais toujours une main tendue quand j'en avais besoin. C'était l'essentiel, c'était tout ce qui comptait en réalité. Le reste c'était que matériel. Et plus je me concentrais sur ces petits bonheurs, plus j'en voyais. Alors c'est pas de la pensée magique en réalité, c'est de la neurosciences. Quand tu envoies à ton cerveau le message que les petits bonheurs comptent, il commence à te les montrer partout. Et petit à petit... Les rayons du soleil prennent de plus en plus de place et la tempête s'éloigne. La reconstruction, c'est pas linéaire. Il y avait des jours où j'allais mieux et des jours où je me recassais la figure. Et puis j'allais mieux et je retombais encore. Mais avec le recul, je me suis rendu compte que, malgré les hauts et les bas, j'avançais, je me reconstruisais, je grandissais. Et petit à petit, j'ai appris à danser sous la pluie. Ça m'a pris du temps. Il a fallu d'abord me retrouver moi, dans mon entièreté, et pour ça il a fallu accepter, accueillir, avancer, jour après jour, pas après pas, en ayant la certitude que demain serait meilleur, même si j'en avais pas la preuve. Puis me retrouver en tant que femme, reprendre une vie sociale. Et puis j'ai rencontré mon conjoint quand ma dernière avait un an et demi. Il est devenu la figure paternelle. dont elle avait besoin. Et avec ça, j'ai appris une autre leçon. Même quand les choses sont difficiles, même quand elles paraissent injustes, il y a forcément un sens à tout ça, même si sur le coup tu ne le comprends pas. Après la pluie, vient le beau temps. Et ça, c'est devenu l'un de mes mantras préférés. Aujourd'hui, je ne regrette rien, absolument rien. Parce que cette épreuve, elle m'a offert quelque chose de précieux. Une reconnexion à moi-même et à la vie. Il y a en toi un coffre. Un coffre secret où sont rangées toutes tes ressources. Ta force, ta résilience, ta capacité à traverser des choses que tu n'aurais jamais imaginé traverser. La clé de ce coffre, elle est en toi. Elle l'a toujours été. Mais quand il y a trop de brouillard, trop de bruit, trop de tempête autour, tu ne la vois pas. Ce qui m'a permis de retrouver cette clé, c'est d'avancer un pas après l'autre. De ne pas regarder le sommet de la montagne parce que quand je regardais tout ce qu'il fallait résoudre en même temps, clairement j'avais le vertige. Mais juste avancer jour après jour. Pas après pas en acceptant ce qui est. En accueillant. En étant bienveillante avec moi-même. En me laissant de l'espace pour revenir à moi, dans mon corps. en habitant le silence pour entendre ma petite voix intérieure et en mettant mon attention sur chaque rayon du soleil qui entre dans ma vie. Alors pourquoi je te raconte tout ça aujourd'hui ? Parce que ce que j'ai traversé m'a enseigné quelque chose qui guide tout mon travail, toute ma mission aujourd'hui, que ce soit en photographie ou en accompagnement à la naissance. On ne maîtrise pas toujours ce qui nous arrive dans la vie. certains événements sont hors de notre zone de contrôle. Mais ce qui compte vraiment, c'est ce que tu décides de faire toi. Et c'est ce choix qui va déterminer la suite de ta vie. Tu peux choisir de subir ou de reprendre ta responsabilité et ton pouvoir. Tu n'as pas la responsabilité de ce que les autres font, mais tu as la responsabilité de tes propres réactions, de tes décisions, de la direction que tu donnes à ta vie. C'est exactement ce que je vois se passer dans un accouchement physiologique. Une femme qui choisit de s'informer, de comprendre ce qui se passe dans son corps, de décider en conscience plutôt que de subir un protocole, elle reprend sa responsabilité. Elle retrouve son pouvoir. Et elle se donne les moyens d'aller ouvrir ce petit coffre qu'elle a en elle pour ancrer en elle une confiance qu'il apportera pour le reste de sa vie. Et en réalité, c'est pas réservé à l'accouchement. C'est valable pour tout dans la vie. Une séparation, une reconversion, dans ce moment où tu ne sais plus qui tu es, où tu as besoin de te retrouver toi, pour toutes les transformations de ta vie en fait. Le message il est toujours le même, tu as les ressources, elles sont en toi. Accepte la tempête, Ausha au petit bonheur, avance un pas après l'autre et aie confiance, en la vie et surtout en toi. On m'a souvent dit lorsque j'étais maman solo, oh là là je sais pas comment tu fais. La vérité, c'est que je n'avais simplement pas le choix. Et le fait de ne pas avoir le choix et décider quand même de sortir plus forte de cette épreuve, c'est ce qui m'a permis de trouver toutes les ressources en moi. Et toi aussi, tu peux les trouver. Tu peux trouver ce petit coffre si précieux que tu as à l'intérieur de toi. Si tu t'es reconnu dans ce que je t'ai partagé aujourd'hui, n'hésite pas à me le dire en message privé sur Instagram. Ces témoignages comptent énormément pour moi, vraiment. Et si tu penses à une femme de ton entourage qui traverse une période difficile, partage-lui cet épisode. Parfois, juste de savoir qu'on n'est pas seul, ça change tout et ça fait énormément de bien, crois-moi. A très vite. Merci d'avoir partagé ce moment avec moi. On se retrouve très vite pour une nouvelle pause bienveillante. D'ici là, prends bien soin de toi et rappelle-toi, chaque instant avec ton bébé est un souvenir précieux à en devenir. Si cet épisode t'a plu... N'hésite pas à me soutenir en laissant 5 étoiles au podcast et viens me retrouver pour échanger sur le sujet du jour. J'adorerais connaître tes retours et partager avec toi. Je te souhaite une très belle journée, soirée ou nuit et je te dis à très vite.