Speaker #0Bienvenue dans ce nouvel épisode du Delbrief. D errière le micro toujours en solo, c'est moi, Del. Et ici l'idée, c'est de débriefer de tout et de rien, enfin plus de tout que de rien, et en particulier de ce qui me fait vibrer : c iné, litté, photo, expo, dernier coup de cœur ou coup de gueule. N e rien s'interdire, tout s'autoriser, bref, delbriefer en toute simplicité. Le Delbrief vient de souffler sa première bougie. Et pour fêter ce premier anniversaire, il me semblait intéressant de faire un épisode un peu spécial. Cette fois, je ne vais delbriefer ni d'un film, ni d'un livre, ni même d'une sortie. J'ai décidé de vous parler en toute simplicité, comme toujours, de ce qui m'a amené à créer Le Delbrief et de vous dévoiler en quelque sorte les origines de ce podcast. Après 21 épisodes, dont 16 consacrés à des films, des réalisateurs ou des festivals, vous aurez compris qu'entre le cinéma et moi, c'est une belle histoire d'amour. Laissez-moi vous la raconter cette histoire, à travers quelques moments forts qui, bon an mal an, m'ont conduite à vous parler derrière ce micro. Les fidèles du podcast m'ont déjà entendue dire que je suis tombée dans la marmite très tôt. Le premier film que j'ai vu au cinéma en famille, c'était L'Ours de Jean-Jacques Annaud. Je devais avoir 5 ans. Et tout ce dont je me souviens, c'est que je ne me suis jamais remise de la mort de la maman ours et que j'ai pleuré tout le long du film. Bref, l'histoire d'amour a plutôt mal commencé avec un drame animalier et l'appréhension de la mort à l'écran. Pendant les quelques années qui ont suivi cette première expérience lacrymogène, la mort à l'écran, ça a été un sacré problème. C'est simple, dès qu'il y avait un mort à l'écran, je pleurais à chaudes larmes. Et peu importe qui mourait, un bon, une brute ou un truand, même combat : les chutes du Niagara. Imaginez un peu quand je regardais un western avec tous ces Indiens massacrés par des cow-boys : je chialais du début à la fin. Et alors s'il s'agissait du personnage principal qui passait l'arme à gauche, mais laissez tomber, j'étais inconsolable. Ceux d'entre vous qui ont écouté l'épisode consacré au film Christy le savent, à la fin du film Champion, j'ai lavé la moquette avec mes propres larmes. Mais progressivement, à force de voir des films, j'ai heureusement appris à mettre un peu de distance avec toutes ces émotions et j'ai cessé de m'identifier à corps perdu aux personnages. Et à un moment, j'ai même arrêté de distribuer mes larmes au premier clampin qui clamsait dès le début d'un film. Tes larmes, tu ne verseras pas à tout va. Voilà l'un des premiers commandements cinématographiques que j'ai mis en pratique. Alors, je ne me souviens plus à partir de quel film la pratique a été un succès, mais ce que je sais, c'est que lorsque j'ai vu mon premier film au cinéma, toute seule comme une grande, j'étais définitivement débarrassée de mon hypersécrétion lacrymale. Et heureusement, car ce premier film, c'était Jurassic Park. Un film qui a laissé une empreinte indélébile, puisque plus de trente ans plus tard, je ne loupe aucun volet de cette saga, et je continue de me passionner pour tous les films avec des dinosaures. Preuve en est avec La Fin d'Oak Street, de David Robert Mitchell, dont j'ai parlé dans le dernier épisode. À l'époque, parce que... oui, je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, on allait au cinéma de temps en temps. Le rythme de séances dans l'année n'avait rien à voir avec ma frénésie actuelle. Et les cartes de cinéma en illimité, ça n'existait même pas. Et pourtant, j'ai réussi à voir de nombreux classiques et à me forger, doucement mais sûrement, une petite culture cinématographique. A défaut du cinéma, y avait la télévision. Mais pas question pour mes parents de me laisser regarder n'importe quoi. Et la télé, c'était avec parcimonie. Le seul soir en semaine où j'avais l'autorisation de regarder la télé, c'était le mardi soir. Tout simplement parce que j'avais pas école le lendemain. Autant vous dire que le mardi, ça a été pendant très longtemps mon jour de la semaine préférée. Et je priais donc chaque semaine pour qu'un bon film soit diffusé le mardi soir. Heureusement pour moi, le mardi soir, y avait souvent des bons films. C'est là qu'est née notamment ma passion pour les James Bond. Je ne me lassais jamais de ses génériques d'ouverture trop stylés et précurseurs, avec ses jeux d'ombre, ses effets d'optique et surtout, sa musique culte. Mais pour moi, la meilleure invention à l'époque, c'était le magnétoscope, qui permettait de se faire une petite réserve de films et donc d'en voir beaucoup plus. Non seulement on pouvait enregistrer un film que je n'étais pas autorisée à voir en direct, mais que je pourrai voir ultérieurement, mais on pouvait surtout ne pas avoir à choisir entre deux bons films qui passaient, comme par hasard, le même soir. On en regardait un tout en enregistrant un autre. Ça peut vous sembler bien banal aujourd'hui où on peut voir presque tous les films qu'on veut d'un simple clic, sans avoir programmé le moindre enregistrement, mais ceux qui sont de ma génération, vous savez de quoi je parle. Et dans cette programmation, il y avait un vrai bonheur à repérer les films qu'on allait pouvoir enregistrer sur des cassettes vidéo vierges sur lesquelles on apposerait les jaquettes des films préalablement découpées dans Télé K7. C'est avec ce magazine hebdomadaire qu'est né aussi mon intérêt pour les affiches de films qui me permettaient de connaître d'une certaine façon des films sans même les avoir vus. Donc, grâce au magnétoscope, on pouvait regarder le week-end en journée des films enregistrés en soirée la semaine. C'est ainsi que j'ai découvert les films du maître du suspense, Alfred Hitchcock, que j'ai ri aux larmes avec ma mère devant Le Dictateur de Chaplin, que j'ai vu et revu des grands westerns, et sans pleurer s'il vous plaît, et que j'ai aussi répété certaines répliques incontournables du cinéma avec ma sœur, comme : « Je suis Spartacus ! » Et les films d'horreur dans tout ça, vous allez me dire ? A moins de considérer Psychose ou Les Oiseaux comme des films d'horreur en tant que tels, ce genre est arrivé dans ma vie assez tardivement. Mais comme vous le savez, je me suis bien rattrapée depuis. Le premier film d'horreur que mon père m'a autorisé à voir, c'était Les Dents de la mer. Et ce film, vu sur la télévision familiale en noir et blanc, a laissé aussi des traces. A croire que je me passionne pour les grosses bestioles, puisque après les films de dinosaures, sachez que je suis également fan des films de requins. Peut-être que je consacrerai un épisode à ce petit plaisir coupable. Quant au premier film d'horreur vu sur grand écran au cinéma, je garde en mémoire The Faculty et Hantise. Ma cinéphilie, elle s'est surtout construite grâce à deux tournants dans ma vie. Le premier tournant, c'est un accès facilité au cinéma grâce à un tarif inégalable. A la suite d'un déménagement, me faisant quitter la région parisienne pour la ville de Nantes, je découvre avec stupeur et bonheur qu'il est possible d'aller au cinéma pour la modique somme de 10 francs. Oui, oui, 10 francs, 10 balles seulement ! Et après avoir eu l'habitude de payer cinq fois plus cher pour une seule place, je peux vous dire que j'avais l'impression d'être la reine du pétrole. Ce cinéma qui proposait ce tarif exceptionnel et que je n'ai jamais retrouvé depuis, c'était l'Apollo. Et dès que ça m'était possible, j'acceptais la mission d'être envoyée sur la planète Apollo plutôt cinq fois qu'une. Seule condition : être OK avec le fait de voir des films six mois après leur sortie en salle. C'est vraiment à cette période que j'ai commencé à aller très régulièrement au cinéma, avec mes amis, avec mes parents, et seule aussi. C'est là que j'ai commencé à m'ouvrir à d'autres genres et à d'autres horizons. J'y ai découvert Matrix, Le Sixième Sens, Requiem for a Dream, Tigre et Dragon, La Pianiste, Minority Report, Irréversible et j'en passe. Et comme l'appétit vient en mangeant, plus je voyais de films, plus j'avais envie d'en voir d'autres. Alors c'est à cette même période que j'ai fait mon baptême de la Fête du cinéma. Dix francs la place là encore, mais cette fois pour des films récents. Et donc, bien avant le Festival de Gérardmer, c'est là que j'ai appris à faire un programme aux petits oignons pour voir le plus de séances dans une journée, à condition de savoir courir vite d'une salle à l'autre. Et en sortant de séances qui m'ont profondément marquée, j'ai eu envie de poursuivre l'expérience à la maison. Alors, je me suis mise à acheter les CD des bandes originales de films pour revivre en quelque sorte l'émotion de la salle à domicile. Et ma soif d'apprendre, d'en savoir plus sur les acteurs, les coulisses des tournages, semblait inextinguible. C'est donc à cette période aussi que j'ai commencé à acheter le mensuel Première, que je préférais d'ailleurs largement à son concurrent Studio, dont je me procurais seulement les numéros spéciaux. L'occasion de collectionner les affiches de films à travers les posters et les cartes postales détachables. Deuxième tournant dans ma cinéphilie et pas des moindres, la carte ciné illimitée. Et cet accès au cinéma à volonté, c'est ma sœur qui m'en a fait cadeau pendant un an. Un tel concept, « cinéma en illimité », m ais ça me semblait tout simplement fou à l'époque. Alors j'ai pas boudé mon plaisir. Et le jackpot, ça a été au moment du rapprochement de deux marques qui étaient jusqu'à présent rivales : UGC et MK2 dans une même carte. Et à partir de là, ça a été l'occasion pour moi de m'ouvrir à un cinéma à la fois plus pointu et plus éclectique. Un abonnement que je n'ai jamais interrompu depuis 2004. La seule pause de mon abonnement, elle n'est pas de mon fait et elle m'a été imposée, vous vous en doutez, à la période du Covid et des confinements successifs. Dès les premiers mois de mon abonnement ciné, j'ai pris l'habitude de parler à mes proches de mes dernières découvertes en salle et de leur faire à ma façon une petite revue ciné. Un ami m'avait alors rapidement encouragée à écrire un blog autour du cinéma, c'était la mode à l'époque. Mais je ne me sentais pas assez légitime. J'ai préféré choisir le cinéma comme sujet de mémoire de master. Un alibi parfait, vous l'aurez compris, pour voir encore plus de films. Les années ont passé, l'abonnement illimité est resté, tout comme mon envie de partager ma passion pour le cinéma. Alors certes, j'ai réussi à en convertir quelques-uns qui ont succombé à l'appel de la carte de ciné illimitée, mais c'était loin d'être suffisant. Et j'avais constamment une petite voix dans ma tête qui me disait que ce serait quand même pas mal de faire un podcast qui parlerait entre autres de cinéma. Un projet en gestation depuis de nombreuses années. Mais à cause de la peur de me lancer, à cause de ce sentiment d'illégitimité, à cause de la volonté de créer à tout prix un premier épisode parfait, au moment parfait, j'ai repoussé ce projet d'année en année. Jusqu'à ce jour, à l'été 2025, où j'ai décidé de relever le défi de me lancer enfin dans le podcast. Et le mois suivant, Le Delbrief était né. Je voulais donc adresser un grand merci à Rémy et Aurélie. Merci d'avoir été l'étincelle qui a fait jaillir la flamme du Delbrief. Je remercie aussi tous ceux qui ont ensuite écouté les épisodes du Delbrief, quand bien même le film présenté était à mille lieux de leurs goûts cinématographiques. Et merci à toutes les personnes qui ont pris le temps de me faire des retours. Vous n'imaginez pas le bonheur que c'est pour moi de savoir que plusieurs d'entre vous ont été conquis à leur tour par les films ou les livres recommandés dans Le Delbrief. Vous donner envie d'aller au cinéma, v ous donner envie de vous ouvrir à d'autres univers, vous donner l'impression, le temps d'un épisode, de m'accompagner dans la salle et de partager une expérience collective avec d'autres spectateurs, voilà quelques-unes des missions de ce podcast. Et pour la nouvelle année du Delbrief, je ne manque pas d'idées, soyez-en certains. Alors je compte sur vous pour me soutenir dans la poursuite de cette aventure. Plus que jamais, il est temps de vous abonner et de mettre une pluie de commentaires sur vos plateformes d'écoute préférées. C'est vraiment essentiel pour faire grandir la communauté des Delbriefés. En attendant de vous retrouver pour un prochain épisode, allez au ciné, lisez, cultivez votre curiosité, osez vous lancer, et comme toujours, n'oubliez pas... d'en delbriefer.