Speaker #0En 2009, et à l'occasion d'un documentaire que j'ai été tourné en Chine, je me dis au culot, je vais aller présenter ma bande démo aux chaînes chinoises. On sait jamais, ils auront peut-être du boulot pour moi. Pour faire une histoire courte, les chaînes chinoises voient ma bande démo à Shanghai, se disent, monsieur, vous savez faire des choses qu'on ne sait pas faire, monsieur, on travaille avec vous. Ok, super. En revanche, vous êtes étrangers, nous sommes des chaînes publiques nationales chinoises, nous ne pourrons pas vous payer. Nous vous offrons des cases de prime time et vous vous démerdez pour financer le projet. Comment est-ce que j'ai fait pour faire trois ans de télévision en Chine en mandarin avec des Chinois ? Les difficultés culturelles que j'ai eues avec eux sont de plusieurs ordres. Et il a fallu à un moment que je comprenne ce qu'était un Chinois. Différents exemples. Les Chinois n'écoutent pas. C'est-à-dire que quand vous êtes dirigeant et que vous leur demandez de faire des choses, s'ils ne veulent pas faire cette chose-là, ils ne la feront pas. C'est contre-intuitif, mais c'est un pays où les gens sont très individualistes. Pourquoi ? Entre autres parce qu'il y a la politique de l'enfant unique. Depuis 1950, quand on est seul enfant dans une famille, parfois on peut être un peu plus gâté que la moyenne, et donc on est peut-être un peu plus égotique que les autres, et donc on écoute un peu moins que les autres. Quand vous avez 150 Chinois dans votre équipe, c'est compliqué quand personne n'écoute. Comment est-ce que je fais pour qu'ils m'écoutent ? Comment je partage avec eux la vision de l'émission que je veux créer pour la télévision chinoise, sachant que je suis entouré ? De deux fois cette salle, donc 150 personnes qui vont bosser avec moi pour faire cette émission de télé pour Sephora. Première chose que je fais, c'est que je prends mes bouquins d'histoire et je révise. Donc je reprends l'histoire de la Chine du XXe siècle. Je m'acculture. Je veux comprendre qui sont ces gens, c'est-à-dire d'où ils viennent. Et quand j'ai eu l'idée de faire une émission de maquillage, un concours de maquillage, c'est parce que je savais culturellement qu'à la cour chinoise, le maquillage était un élément fondamental dans la mise en scène. de la cour, notamment des femmes et des concubines de l'empereur de Chine. S'intéresser à la culture de son interlocuteur pour être capable de lui parler même de son pays et d'interagir avec lui inconsciemment basé sur cette culture et cette histoire, moi, a été fondamental. Point 3, j'ai passé un an derrière des vides centains à écouter des consommatrices chinoises. Ça, c'est spécifique de mon métier. On me demande de faire une émission de télé pour Sephora et on veut parler à 200 millions de Chinoises. Alors moi, je suis parisien. Je les connais un peu, mais enfin, bon. Donc j'ai bossé. Et j'ai embauché une équipe, des sociologues. Et coup de bol, il y avait des Français à Shanghai qui accompagnaient les agences de pub et qui faisaient des études sociologiques sur la manière dont les Chinois fonctionnaient. Donc pendant un an, j'ai écouté des consommatrices chinoises se cacher derrière une vie de centain, comme au commissariat de police. On fait ça beaucoup en télé. On regarde les gens parler de sujets culturels pour soi-même se nourrir et comprendre. La quatrième étape, c'est la socialisation. c'est de rentrer en contact physique et émotionnel avec l'autre. Mais je pense que ça aide de connaître l'histoire de la personne en face, de pouvoir le faire. Je prends un exemple. En Chine, il y a 25 pays qui représentent à peu près l'Europe. La Chine, c'est l'Europe. Donc vous imaginez les 22 pays de la communauté européenne, vous avez 22 régions chinoises, c'est pareil. Ils ont une langue commune. En Europe, on va dire que c'est l'anglais. En Chine, c'est le mandarin. Mais tous parlent des langues différentes. connaître la région et la ville de la personne à qui vous parlez est essentielle parce que ça permet de dépasser les lieux communs qu'on a sur les Chinois, les Brésiliens ou les Indiens. Le Brésilien de Rio de Janeiro n'est pas le même que celui de São Paulo. C'est pas le même. Et l'accent n'est pas le même. Donc il faut faire un petit effort que j'ai fait. Après, il y a la langue. Bon, j'ai pas appris tout le chinois, mais j'ai appris 100 mots de chinois. Vous savez pourquoi j'ai appris 100 mots de chinois ? Pour faire rire mes équipes. Pas pour leur dire de faire des trucs. pour les faire rire, parce que je voulais rentrer en connexion émotionnelle avec eux. Ça a créé beaucoup d'amitié, ça a créé beaucoup de proximité. Cinquième idée, lorsque vous faites du business en Chine, ce qui était mon cas, pour signer des contrats, ce qui était ce que je voulais faire, à un moment, votre interlocuteur veut vous tester la manière dont on socialise le soir et la nuit, y compris avec force. alcool est un élément structurant du business en Chine. Ça commence par un dîner dans une salle où vous avez une table ronde et vous avez toutes sortes d'animaux non identifiés qu'il faut manger. Après, on vous emmène dans un karaoké où là, il faut essayer de chanter. Et enfin, le test ultime, c'est la boîte de nuit. La boîte de nuit où là, il va falloir boire à peu près un litre d'alcool fort jusqu'à ce qu'on tombe et que là... s'engage la conversation. C'est la manière chinoise et donc, en Chine, sois chinois. C'était tellement essentiel que j'ai appris un truc et je vous donne ce petit tip. Dans ma chambre d'hôtel, je buvais un petit verre d'huile d'olive pour me remplir l'estomac et empêcher que l'alcool ne rentre trop vite dans mon sang. Ce qui faisait que je pouvais prétendre être un petit peu sous, je l'étais, mais beaucoup moins que. Et l'enjeu là, c'est d'essayer de garder un petit peu La main. J'ai compris qui étaient les Chinois. Les Chinois, ce sont les Italiens de l'Asie. Et c'était pas du tout évident quand je suis arrivé. J'ai compris qu'en fait, c'était des gens qui étaient dans l'émotion, comme moi. Et que même s'ils avaient les yeux bridés, que j'arrivais pas à imaginer qu'ils puissent être mes cousins, c'était mes cousins. Et donc la question c'est que vous arriviez à avoir une image mentale qui vous simplifie la compréhension de leur complexité. Parce que c'est complexe, ils nous ressemblent pas physiquement. Ils parlent généralement très mal anglais. Vous parlez moyennement anglais. Et tout ça, donc, doit donner lieu à un truc qui marche. Quelques tips complémentaires. A été essentiel pour moi en Chine, la traduction. Donc moi, en tout cas, je ne sais pas si vous pouvez le faire, mais je vous invite à trouver des solutions pour le faire. Dans certains meetings clés, j'avais des traducteurs. Je parle en français ou en anglais. Mon traducteur qui connaît et comprend ma langue... traduit en chinois, le chinois répond, le traducteur me traduit. Et j'avais à côté de moi mes deux coproductrices qui parlent, l'une était chinoise, l'autre française, mais qui parlent chinois, qui pouvaient même corriger la traduction du traducteur. La langue et sa spécificité et sa complexité rendent les choses fluides ou bordéliques. Et surtout de ne pas se comprendre crée des nœuds énormes. Donc parfois il vaut mieux aller lentement, je crois que ça a été dit par quelqu'un, pour aller vite. C'est-à-dire faire traduire, faire répéter. Et in fine, le compte-rendu était un élément clé. Compte-rendu en anglais, traduit en chinois, mais validé par des traducteurs. Le chinois et le français, il y a des concepts très différents. Donc la traduction, elle peut être littérale, mais après elle doit intégrer la subtilité de ce que vous dites. À un moment, j'ai appris des mots-clés. Et il y en a dix pour dire, c'est ça que je veux. Et je donnais le mot. Je terminerai en disant, en Chine... Tout le monde a un avis sur ce que vous faites. Pour arriver à un moment où tout le monde se taise et fasse ce que vous demandez, il faut se mettre dans une posture d'autorité. Je ne suis pas sûr qu'en Inde ça fonctionne, mais paradoxalement en Chine, il faut être collégial au début, et puis après se poser en boss. Et ils le respectent. En Chine, il y a un moment où on bascule, et si vous êtes le chef, vous avez la main. Il faut savoir le faire pas trop tôt et au bon moment. Et quand j'ai dû tourner mon émission de télé, et que le décor... énorme de 2000 m² n'était pas prêt. Je me suis fâché. Et là, j'ai 50 personnes qui ont travaillé toute la nuit et on était dans les temps. C'est fatigant et c'est aussi enthousiasmant.