Speaker #0Bonjour et bienvenue dans Les Clés du Monde, le podcast qui décrypte les grands enjeux de droit et de géopolitique. Aujourd'hui, cet épisode sera consacré au Soudan, un pays d'Afrique du Nord-Est plongé dans une crise violente depuis avril 2023. Le conflit au Soudan est souvent qualifié de guerre oubliée. À côté d'autres crises très médiatisées dans le monde, il a reçu relativement peu d'attention. Pourtant, les violences et la souffrance des civils y sont bien réelles. Aujourd'hui, j'ai choisi d'en parler parce que nous avons tous un rôle à jouer, notamment par la documentation, le partage et l'information. Même simplement en parler, c'est déjà un geste pour que ces événements ne restent pas ignorés et chacun de nous peut contribuer à son échelle à documenter et diffuser ces informations. Nous allons donc analyser le conflit en cours, ses conséquences dramatiques pour les civils et ce que cela implique en termes de droit international et de justice humanitaire. Ce podcast s'adresse à toutes celles et ceux qui veulent comprendre les enjeux de ce conflit et le rôle de la communauté internationale pour protéger la population. Pour bien comprendre la situation actuelle, il est essentiel de revenir sur l'histoire du Soudan et sur les tensions qui ont structuré et façonné ce pays. Commençons par le contexte historique et politique. Le Soudan a été marqué par des décennies de conflits internes, notamment dans les régions du Darfour et du Cordofan. Ces guerres civiles ont été alimentées par des tensions ethniques, des inégalités régionales et une fragilité persistante de l'État. De 1989 à 2019, le pays était dirigé par Omar el-Bechir. Son régime a été associé à des violations des droits humains, documentées par plusieurs organisations internationales. En 2019, une mobilisation populaire a conduit à la chute d'Omar el-Bechir et à la mise en place d'un gouvernement de transition civile, composé de représentants civils et militaires, chargé de préparer le pays à des élections démocratiques. Cette transition a toutefois été fragile en raison de tensions entre civils et militaires et de la complexité des réformes à mettre en œuvre dans un État affaibli. En octobre 2021, un coup d'État militaire a renversé ce gouvernement de transition. Depuis, le pouvoir est partagé entre deux généraux. Abdel Fattah al-Bourhan, chef de l'armée régulière, et Mohamed Hamdan Daglo, surnommé Hemedti, commandant des forces de soutien rapide que l'on appellera FSR. Ces FSR sont issus d'anciens groupes armés du Darfour. Bien qu'ils soient officiellement intégrés à l'armée, ils conservent une autonomie notable et une influence politique et économique importante. Le conflit actuel dépasse le simple contrôle militaire. Il s'agit également d'un affrontement pour le pouvoir politique et l'accès aux ressources économiques du pays, notamment les terres, les minéraux et les revenus pétroliers. Ces tensions ont des conséquences directes sur la sécurité des populations civiles, entraînant des déplacements massifs et des pressions humanitaires importantes. Pour comprendre la situation présente, il est essentiel de prendre en compte ces dynamiques historiques et politiques. Les alliances et rivalités observées sur le terrain sont profondément liées à des décennies de tensions ethniques, régionales et institutionnelles. Voyons maintenant quels sont les principaux acteurs et comment ils se positionnent dans ce contexte complexe. Selon différents rapports internationaux, les FSR bénéficient de soutiens extérieurs et d'un approvisionnement en armes provenant de plusieurs pays. Cela contribue à la complexité du conflit et rend plus difficile l'acheminement de l'aide humanitaire. Les FSR tirent également profit du contrôle de certaines mines d'or, notamment dans le Darfour. Cette ressource leur permet de financer leurs opérations ... et de conserver une autonomie vis-à-vis de l'armée régulière. L'or joue ainsi un rôle important dans la dimension économique du conflit et dans les relations entre acteurs armés. L'armée soudanaise, de son côté, cherche à maintenir l'intégrité du pays et la sécurité de ses bases stratégiques, tout en gérant les interactions avec différentes milices et groupes paramilitaires. Selon plusieurs rapports d'ONG et d'organismes internationaux, certaines communautés du Darfour, comme les Massalit, les Zaghawa, ou les Fur, ont été affectés par des violences dans certaines régions. Ces événements s'inscrivent dans un contexte de conflits complexes qui mêlent à la fois des enjeux militaires, économiques et politiques. Après avoir présenté les principaux acteurs et leurs alliances, examinons maintenant comment ces tensions se sont concrètement traduites sur le terrain au cours des derniers mois. Le nombre total de morts dans le conflit soudanais reste inconnu. De nombreuses zones sont inaccessibles et beaucoup de décès indirects liés à la guerre la famine, les maladies ou encore le manque d'accès aux soins, ne peuvent pas être recensés. Selon différentes estimations, le bilan pourrait varier d'environ 50 000 décès directement attribuables au combat à plus de 150 000 si l'on prend en compte que les décès sont récits. prend en compte les morts indirectes. Pour donner une idée concrète de l'ampleur, cela correspondrait à la disparition de l'ensemble de la population d'une ville comme Nîmes, en France, ou encore comme Ingolstadt, en Allemagne. Le 26 octobre 2025, après environ 18 mois de siège, les FSR ont pris le contrôle d'Elfacher. Selon différents rapports officiels, près de 260 000 civils étaient encore piégés dans la ville avec un accès limité. à l'aide humanitaire. Les violences graves ne cessent d'être signalées. Selon l'OMS, le 28 octobre dernier, plus de 460 personnes ont été tuées à la maternité d'El Fasher et Human Rights Watch rapporte des exécutions extrajudiciaires filmées. Certaines organisations parlent d'attaques systématiques visant des civils. Ces événements ont bien évidemment des conséquences dramatiques pour la population, entraînant des déplacements massifs et aggravant sans cesse la crise humanitaire. Selon l'ONU, le conflit a provoqué le déplacement d'environ 13 millions de personnes, dont 8,4 millions à l'intérieur du pays et plus de 4 millions dans les pays voisins. On compte plus de 30 millions de personnes qui ont actuellement besoin d'aide humanitaire, soit une grande partie de la population du pays. Les infrastructures médicales sont largement affectées, on a de nombreux hôpitaux qui sont hors service, le personnel manque et l'accès à l'eau et à la nourriture reste très limité dans plusieurs zones. Les femmes et les filles sont particulièrement vulnérables. Des violences sexuelles, parfois signalées dans le cadre du conflit, ont été documentées par certaines sources. Les camps de déplacés comme Zamzam près d'Alfacher subissent une pression constante. Les bombardements et les difficultés d'accès humanitaire compliquent la vie quotidienne des habitants. Les ONG et les agences internationales ne cessent de documenter ces événements afin d'alerter la communauté mondiale et de soutenir les initiatives de reddition de comptes. La situation reste bien entendu fragile, avec de nombreux civils piégés dans des zones assiégées et coupés de l'aide. Mais au-delà des souffrances humaines, ces violations ont également des implications importantes pour le droit international et pour le droit humanitaire. En effet, les événements récents constituent des violations graves du droit international humanitaire, un droit qui regroupe l'ensemble des règles visant à protéger les personnes qui ne participent pas au combat, tels que les civils, les blessés ou encore les prisonniers. L'objectif étant aussi de limiter les moyens et les méthodes de guerre. Selon ces règles, certaines exactions relèvent de crimes de guerre, c'est-à-dire des violations graves des lois de la guerre, et d'autres de crimes contre l'humanité, c'est-à-dire des attaques systématiques contre des populations civiles. Le bureau du procureur de la Cour pénale internationale dirigé par Karim Khan a indiqué qu'il existe des motifs sérieux de croire que toutes les parties, y compris les FSR, commettent des exactions dans le Darfour. La CPI, pour rappel et pour ceux qui ne savent pas, est une juridiction internationale permanente chargée de poursuivre les crimes les plus graves et de veiller à ce que les responsables rendent des comptes devant la justice. Parmi les violations documentées figurent les exécutions extrajudiciaires, les déplacements forcés massifs, les violences sexuelles utilisées comme armes de guerre, ainsi que les attaques ciblant certaines communautés ethniques. Le droit international joue un rôle essentiel puisqu'il permet de documenter ces crimes, de sanctionner les responsables, et de créer un cadre légal pour protéger les civils. Certes, dans la pratique, son efficacité dépend de la coopération des États et de la communauté internationale. Même s'il ne peut pas toujours prévenir chaque atrocité en temps réel, il établit des normes claires et prépare le terrain pour que la justice soit rendue à long terme. L'embargo sur les armes, limité au Darfour, s'est révélé insuffisant, puisque des flux d'armes continuent d'alimenter le conflit. Et cela montre que le droit international fonctionne mieux lorsqu'il est soutenu par des mesures diplomatiques concrètes, des sanctions ciblées et la responsabilité partagée des États fournisseurs. En d'autres termes, la loi seule ne peut pas suffire. Bien évidemment, elle doit être accompagnée d'une action diplomatique et une pression internationale pour protéger efficacement les civils. Plusieurs acteurs internationaux appellent à un cessez-le-feu au Soudan, à une solution politique durable. Les États du G7 ont demandé un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel. L'ONU via son bureau de coordination des affaires humanitaires, alerte sur une crise humanitaire sans précédent et plaide pour une action coordonnée. L'Union africaine est également impliquée dans les efforts diplomatiques visant à réduire la violence et à protéger les civils. Par ailleurs, comme je l'ai soulevé plus tôt, mais j'insiste vraiment dessus, des ONG et des experts internationaux ont signalé que les forces de soutien rapide utilisent des armes et des équipements militaires qui proviennent de plusieurs pays. Cela souligne la difficulté de garantir que le matériel militaire soit employé dans le respect du droit international humanitaire et met en évidence l'importance d'un contrôle plus strict et d'une responsabilité partagée de tous les États fournisseurs. Pour limiter la crise, la communauté internationale doit s'accorder sur quatre priorités. Premièrement, garantir un accès humanitaire sûr et rapide. Ensuite, documenter les violations afin de permettre la justice. Troisièmement, renforcer le contrôle et les sanctions sur le commerce des armes. Et enfin, soutenir des négociations politiques inclusives et durables. Vous l'aurez compris, la stabilité régionale et la protection des droits fondamentaux dépendent d'une coopération internationale forte, d'une action diplomatique coordonnée et du respect du droit humanitaire. Le Soudan traverse aujourd'hui une crise humanitaire et juridique majeure. Les civils restent piégés dans les zones de conflit. et voient leurs droits fondamentaux menacés si ce n'est leur vie. Le rôle de la communauté internationale reste donc essentiel pour limiter les pertes humaines et favoriser la justice. Et voilà, l'épisode touche à sa fin. Je vous remercie en tout cas d'avoir été avec moi jusqu'à la fin. Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode.