- Speaker #1
Bonjour et bienvenue dans le podcast Les décideurs de l'agro. Pour ce premier numéro, nous recevons Jacques Trottier, président du groupe Labeyrie Fine Foods depuis 2020. Nous allons parler ensemble de production durable, comment concilier la performance économique et la responsabilité sociétale. Bonjour Jacques Trottier.
- Speaker #2
Bonjour, Adrien.
- Speaker #1
Alors avant de commencer, quelques mots de présentation sur votre groupe. Labeyrie Fine Foods, ce sont des marques bien connues des consommateurs. Labeyrie, Delpierre, Blini et Atelier Blini notamment. Elles représentent 3300 salariés, 12 sites de production, dont 9 en France, pour un chiffre d'affaires global de 901 millions d'euros en 2025. Vous avez choisi de faire de la responsabilité sociétale un axe moteur de développement de votre groupe. Ça passe par trois piliers. L'amant agricole, l'industrie, l'outil de transformation. et des engagements sociétaux et humains. Alors l'amant agricole et les relations avec les producteurs, concrètement ça passe par quoi ?
- Speaker #2
Alors effectivement vous l'avez dit, le premier pilier de notre stratégie RSE est sur les interactions qu'on a avec les filières que l'on a, elles sont d'ordre divers. On a beaucoup de filières agricoles bien évidemment, on a aussi des filières marines. Dans l'ensemble de ces filières, on a déjà un premier engagement, c'est d'avoir 90% de ces filières qui soient labellisées. ou en cours de labellisation. On est déjà à 90% et l'horizon, c'est à horizon 2 ou 3 ans, d'être à 100% de nos filières qui soient labellisées. Donc ça concerne le saumon, le cabillaud, le harang, la crevette, le canard, le pois chiche, l'avocat. Bref, on a beaucoup de filières, donc c'est un engagement qui est fort. Et peut-être si je fais un focus plus particulier sur la France et sur l'amant agricole français, on a trois initiatives qui, maintenant, sont bien achevées et qui sont des belles réalisations. autour de la labellisation Agriéthique France, qui tourne autour aussi bien de la juste rémunération des producteurs et des éleveurs, et qui est aussi sur des logiques de contractualisation pluriannuelle qui permettent de donner de la visibilité à l'amont. Et ça, c'est quelque chose qui est essentiel.
- Speaker #1
Dans quelles filières ?
- Speaker #2
Alors je disais, oui, effectivement, trois filières. Dans l'ordre, on va dire, d'apparition, on a démarré avec la filière blé pour réaliser nos blinis à marque blini. Et puis après, on a développé toute une filière autour du pois chiche avec une coopérative que nous connaissons bien, parce que c'est Lur Berri Coopérative Basque, qui est aussi actionnaire de Labeyrie . Et puis une coopérative avec la Kavak dans l'ouest de la France. Donc agriéthique, on l'a fait sur le pois chiche pour réaliser tous nos houmous. Il faut savoir que le houmous, c'est le produit numéro un du groupe en termes de vente. Donc c'est quelque chose d'important.
- Speaker #1
Devant le saumon et le foie gras ?
- Speaker #2
Oui, ça peut paraître, on est effectivement très connu sur la partie saumon et foie gras, mais le houmous, la marque Blini Atelier Blini est un produit très connu. Et puis, la dernière filière, Canard, qui est une filière qui est très importante pour nous. Nous sommes la première filière Canard labellisée agriéthique. Et ça aussi, c'est un engagement qui est très, très fort, sur lequel nous sommes très, très fiers.
- Speaker #1
Alors ça, c'est la labellisation, mais il y a aussi d'autres outils que vous avez mis en place. Donc, je crois qu'il y a des accords tripartites.
- Speaker #2
Oui, les accords tripartites, en fait, sont des accords qui lient l'amont, nous, en tant que transformateurs, et puis nos clients. Donc sur ces deux dernières années, on a initié deux accords tripartis très importants sur la filière canard. On a scellé cet accord-là, c'était au dernier SIRHA en début d'année avec Métro et avec Lur Berri pour avoir des contrats sur trois ans. Ce sont des contrats qui sont très importants parce qu'ils donnent une très belle visibilité de durabilité, on va dire, sur notre amont agricole. Ça permet à des éleveurs de canards de projeter des investissements. Ce qui est important, vous savez, le canard... on l'élève pour sa viande, pour son foie, mais ce qui est important, c'est d'avoir un équilibre, c'est-à-dire qu'on puisse être sûr, dans les débouchés, de vendre autant de magrets, autant de confits, autant d'aiguillettes, autant de manchons que de foie. C'est pour ça que l'accord que l'on a avec Métro, Métro s'engage pour avoir un juste écoulement de l'ensemble des parties du canard, qui d'un point de vue aussi RSE, est quelque chose de très important, parce que ça permet véritablement d'avoir une utilisation complète de l'animal.
- Speaker #1
Donc ça c'est avec Métro?
- Speaker #2
pour la distribution et pour la consommation hors domicile, dans la livraison des différents restaurants, et puis pour la consommation à domicile, on vient de sceller un accord au mois d'octobre, avec ce même accord tripartite, toujours avec Labeyrie, Lur Berri, et là maintenant Coopérative U, qui est sur le même esprit, sur trois ans, sur la même démarche, sur le canard, pour avoir un écoulement harmonieux de l'ensemble des pièces du canard, et là de la même façon, ça permet, et à Lur Berri. en tant que mise en place des canards avec ses producteurs, avec ses éleveurs. À nous d'avoir de la sécurité aussi, de pouvoir se projeter sur trois ans. Et puis bien évidemment, à la coopérative U qui du coup se voit avoir une assurance sur de l'approvisionnement de qualité et avec une juste rémunération du producteur.
- Speaker #1
Alors un autre volet de votre stratégie dans le développement durable, ça concerne votre savoir-faire, le savoir-faire industriel. Vous engagez chaque année de lourdes dépenses pour réduire votre empreinte carbone, à la fois sur vos sites industriels mais aussi au niveau des emballages de vos produits. Comment vous avancez ? Quelles sont vos priorités ?
- Speaker #2
Alors la priorité, vous savez on a une responsabilité qui est importante, parce qu'on a effectivement des sites avec un besoin fort d'énergie, un besoin fort au niveau des eaux, des enjeux aussi de rejet dans l'environnement. Ce sont des enjeux qui sont très importants. Et donc, on s'est fixé depuis maintenant un certain nombre d'années une ambition très, très forte de baisser de 25 % nos émissions totales de carbone. Donc, ce sont des trajectoires.
- Speaker #1
À quelle échéance ?
- Speaker #2
Alors, le premier jet en 2019, c'était à échéance de 2025. Nous avons donc pu valider ce premier, première réalisation puisque nous avons réussi cette trajectoire de moins 25 %. Alors, ce moins 25 %, il était bâti sur les accords de Paris. sur le réchauffement maximum d'1,5 degré à horizon 2050, comme vous le savez. Donc, c'est valider notre objectif et valider Paris BTI. Et donc là, on est reparti pour un nouvel engagement de réduction de nos émissions.
- Speaker #1
À quel horizon ?
- Speaker #2
De nouveau à 5 ans à horizon 2030. Donc, ce qu'il faut savoir, c'est que la réduction de consommation et tous les sujets d'économie circulaire, on va traiter des sujets de réduction de notre consommation au niveau de l'électricité. Ce qu'on a réalisé à ce jour, c'est plus de 1000 MWh, donc à l'échelle d'une entreprise comme la nôtre, c'est vraiment important, d'électricité qui est consommée en moins. Alors comment on fait ? On modernise nos groupes froids, nos compresseurs, parce que forcément, si on investit sur des nouveaux compresseurs, les générations en 2025 ont une performance, une efficience qui est bien meilleure qu'il y a 10 ans, 15 ans ou 20 ans. Donc c'est déjà une source d'amélioration. Et puis, on arrive aussi à traiter des consignes de froid dans nos frigos qui sont différenciés entre la semaine et le week-end pour avoir vraiment la juste consommation dans chaque zone de froid de chacune de nos usines pour qu'on soit vraiment encore plus précis sur vraiment l'énergie dont nous avons besoin. Parce que dans une entreprise comme la nôtre, c'est le froid quand on fait des produits frais, c'est le froid qui est le principal consommateur d'énergie. Donc d'avoir une approche, un monitoring plus serré, ça nous permet aussi de faire des économies. J'ai parlé électricité, mais il y a aussi le volet eau, parce que l'eau est aussi une ressource au niveau de la planète, qui est une ressource qui est précieuse. Là aussi, via la réutilisation, parce qu'on a beaucoup d'eau pour nous qui sont utilisées pour refroidir les machines. Donc on a une réutilisation de cette eau qui nous permet d'économiser beaucoup d'eau. Et puis on a aussi, mine de rien, nos 12 usines en Europe, c'est beaucoup de mètres carrés. Et la détection de fuites d'eau est une chasse permanente de nos équipes. Donc pour faire ça Il faut avoir des compteurs, multiplier les compteurs, pour savoir à un moment donné détecter les consommations anormales, les consommations qui révèlent une fuite évidente. Et avec ces deux sujets, la réutilisation de l'eau et la détection des fuites, on a réduit notre consommation d'eau de près de 11 000 m3 d'eau. C'est quelque chose que depuis 2020, depuis qu'on a démarré le projet. Et donc cette réduction maintenant est stabilisée, ce qui permet à... à niveau de volume équivalent, bien évidemment, d'avoir descendu d'une marge de façon très forte notre consommation.
- Speaker #1
Alors, est-ce qu'il y a encore des marges de progrès quand même ?
- Speaker #2
Oui, il y a des marges de progrès. Je pourrais citer le sujet des coproduits, parce que vous savez, quand dans nos usines, on fait rentrer un saumon entier ou un canard entier, on utilise une grande partie, bien évidemment. Sur le saumon, on va utiliser le plus possible le filet, mais il y a bien évidemment plein de choses qu'on n'utilise pas. La tête, la queue, la peau, les arêtes. Et donc le sujet de comment on ne gâche pas, comment on ne gaspille pas ces éléments-là et comment on arrive à mieux valoriser nos coproduits, c'est quelque chose de très important. On a beaucoup progressé ces dernières années en ayant un bien meilleur tri de ces coproduits qui permet une bonne valorisation pour ceux qui nous les achètent, au niveau de l'alimentation humaine, quelquefois, au niveau de l'alimentation animale ou au niveau de la parapharmacie. Donc il y a plein de types de possibilités et on sait qu'on n'est pas encore au bout. On a plein de matières premières dans le groupe. Il y a des matières premières sur lesquelles on est assez mûrs, j'ai envie de dire, au niveau de l'utilisation de ces coproduits. Il y en a d'autres où on a encore beaucoup de choses à faire. Donc oui, je pense que le sujet de l'économie circulaire est peut-être un sujet sur lequel on peut encore progresser.
- Speaker #1
Sur les emballages de vos produits, est-ce qu'il y a aussi des choses que vous avez mises en place en termes de décarbonation des emballages, réduction du plastique, passage au carton ?
- Speaker #2
Bien évidemment, c'est un sujet central pour nous. Vous voyez un sachet de saumon, un pack de foie gras, une barquette de crevettes, etc. Les petits pots Blini ou Atelier Blini, on est, je l'avoue, très utilisateurs de plastique. Donc on a eu un premier enjeu qui a été de dire comment sur nos emballages, tout en gardant une qualité de nos emballages, on arrive à faire qu'ils soient moins épais, qu'ils soient moins consommateurs de plastique. Quelquefois, lorsqu'on avait des pots avec un scellage au film plus un couvert, comment on peut enlever le scellage au film, comment on peut assurer la conservation des produits et utiliser moins de plastique. Je prends un autre exemple sur le saumon. On avait lancé il y a une quinzaine d'années, qui était une révolution à l'époque, des intercalaires entre chaque tranche de saumon qui rendaient un service incroyable aux consommateurs. Et le même consommateur était capable de dire c'est vachement pratique, c'est super, c'est génial. Et en même temps, ça fait quand même beaucoup de plastique dans vos emballages. Donc il y a un peu plus d'un an et demi. On était pris dans cette espèce d'antagonisme et on a décidé d'enlever ces emballages en l'expliquant aux consommateurs, en leur racontant pour expliquer que oui, c'était pratique, mais qu'on allait faire beaucoup d'efforts dans la dépose des tranches pour qu'elles soient beaucoup plus facilement préhensibles et qu'on n'ait pas besoin de ce plastique qui devient inutile si on prend beaucoup de soin à les déposer sur une plaque de saumon.
- Speaker #1
Et les consommateurs vous ont suivi ?
- Speaker #2
Oui, les consommateurs continuent à gagner des parts de marché. Donc, j'estime qu'ils ne nout ont pas lâcher par rapport à ça. Donc, c'est un point important. Mais c'est vrai que ça demande de la pédagogie. Et c'est vrai que quelquefois, on peut être pris dans des choses qui sont un peu antagonistes, qui sont un peu contradictoires. Et même le consommateur, que nous sommes tous, on peut tous être contradictoire. On voudrait des produits plus verteux. Et puis en même temps, des fois, on trouve pratique, on trouve très, très beau d'avoir un carton très épais sur nos produits. Donc voilà, il faut arriver à trouver. Et à un moment donné, lorsqu'on a contradiction, il faut aussi réussir à prouver qu'on est capable de faire des choix « courageux » , entre guillemets, en suivant la performance des produits, mais des choix courageux. Et c'est ce qu'on a fait avec les intercalaires de saumon.
- Speaker #1
Alors, produire durable, c'est souvent long, on vient de le voir, et complexe à mettre en place. Comment fait-on pour franchir les différents obstacles qu'on peut rencontrer au quotidien ou sur une période plus longue ?
- Speaker #2
Moi, si j'avais peut-être un conseil à donner, très modestement, bien évidemment, mais c'est le retour d'expérience dans le groupe Labeyrie Fine Foods, c'est qu'on a vraiment accéléré la démarche lorsqu'on a mis le sujet de la RSE au... au cœur de notre stratégie et au cœur de notre gouvernance. Alors au cœur de notre gouvernance, je pense que la première décision que j'ai prise quand j'ai été nommé président, c'est que la fonction RSE, nos directrices de la RSE, soient nommées au comité exécutif pour signifier à l'ensemble de l'organisation que le sujet RSE, allait être centrale et allait pas être la variable d'ajustement suivant la santé de l'entreprise. Donc ça, c'est le premier point. Deuxième point, si on veut embarquer, vous l'avez dit tout à l'heure, on a 3 000... un peu plus de 3 200 collaborateurs. Si on veut embarquer ces collaborateurs, il faut que sur des sujets de RSE, on va avoir plein de générations où ils vont être très très sensibles à ça. Mais même sur les générations jeunes très sensibles à ça, on a besoin de faire de la pédagogie. Ce qu'on a mis en œuvre, c'est un e-learning, c'est-à-dire qu'on a formé, avec une Climate School, près de 700 collaborateurs qui ont participé à cette Climate School, qui est un vrai sujet certifiant et qui permet de comprendre les enjeux de la RSE, les enjeux du réchauffement climatique et surtout comment nous, acteurs de l'agroalimentaire, on peut avoir un rôle sur quel levier et comment aller plus vite dans cette démarche-là. Donc ça, c'est un point qui est important. Et puis peut-être le dernier conseil que je peux donner, c'est que comme sur beaucoup de variables de performance, si on ne mesure pas nos avancées en termes de RSE, si on n'a pas des indicateurs clés que l'on bâtit et que l'on suit tous les mois, eh bien on ne le contrôlera pas, on ne le suivra pas et c'est une démarche qui va mourir de sa petite mort. Donc je pense qu'on a vraiment besoin de faire en sorte que tous les mois, de la même façon qu'on reporte... Le chiffre d'affaires, la marge, les big das, le taux de fréquence des accidents. De la même façon, il faut que notre consommation énergétique, où en est-on au niveau du taux de recyclage ?
- Speaker #1
Ça veut dire que là, aujourd'hui, tous les mois, vous avez des indicateurs qui suivent ces différents paramètres.
- Speaker #2
Non seulement, tous les mois, on le suit au COMEX et on le communique auprès de nos collaborateurs, mais il faut savoir que tous les partenaires financiers qui nous accompagnent, notamment au premier lieu, nos actionnaires, On a un de nos deux actionnaires qui est un fonds d'investissement financier qui s'appelle PAI. On pourrait imaginer que ces sujets de RSE soient quelque part jugés plus accessoires, mais bien au contraire, eux-mêmes nous demandent un reporting mensuel là-dessus parce que ceux qui leur prêtent de l'argent, effectivement, ont envie d'investir cet argent dans des participations qui soient vertueuses parce qu'ils savent très bien que l'avenir de l'économie mondiale sera un avenir... vertueux ou ne sera pas.
- Speaker #1
Ça facilite les financements.
- Speaker #2
Tout à fait. C'est-à-dire que demain, lorsqu'on veut se faire prêter de l'argent ou lorsque demain, on veut avoir un nouvel actionnaire qui vient de rejoindre le tour de table pour notre société, nous savons très bien que si nous ne cochons pas les bonnes cases en termes de responsabilité, on va être beaucoup moins attrayant. Et même au-delà de ça, ça peut même être une possibilité de deal-breaker, j'ai envie de dire, de casser l'affaire si véritablement on n'a pas pas les éléments qui prouvent qu'on a une stratégie vertueuse et qu'on est dans une situation où on envisage l'avenir avec la RSE au cœur de notre stratégie.
- Speaker #1
Et est-ce que sur le collectif aussi, avec d'autres entreprises ou des fédérations, c'est important d'en faire partie et d'avoir un appui aussi pour avancer et franchir des obstacles ?
- Speaker #2
Oui, je pense que c'est comme beaucoup de sujets que l'on a, d'un point de vue business de façon générale, on sait que lorsqu'on s'ouvre sur l'extérieur et lorsqu'on est accompagné, alors je parlais de Pactalim par exemple, Pactalim dans lequel nous sommes très présents, très contributeurs, et c'est vrai tous les groupes de travail qui ont été mis en oeuvre par Pactalim auxquels nous participons de façon active sur l'éco-conception des emballages, sur la perte et les gaspillages alimentaires sur des groupes de travail aussi sur la qualité sur certains produits, sur la bien-traitance sur le bien-être animal, c'est plein de groupes de travail qui ont été mis en oeuvre par Pactalim dans lesquels on participe donc bien évidemment on contribue on peut amener nous des choses, on a l'impression d'être mûr d'un point de vue RSE mais même si on a l'impression d'être mûr on vient aussi aller pêcher des choses on vient aller récupérer des choses parce que Lorsqu'on partage à une dizaine, une quinzaine d'entreprises, c'est quelque chose d'important. Et puis, dans ce rôle pédagogique, je pense que nous, on est une entreprise de taille intermédiaire. On n'est ni un grand groupe mondial, ni une petite PME. Au niveau de Pactalim, il y a beaucoup de PME et je pense que ce travail collectif sert aussi à ce que l'ensemble de l'industrie agroalimentaire, de la toute petite entreprise jusqu'au grand groupe alimentaire, avance dans le même sens. Et donc, cet échange d'expérience est quelque chose qui est très riche et je trouve très vertueux pour l'industrie agroalimentaire.
- Speaker #1
La production durable, ça a aussi un coût non négligeable. Ce n'est pas toujours facile à prioriser dans les entreprises en des temps de crise, notamment de la consommation. Est-ce que c'est facile de valoriser ces surcoûts auprès de la distribution et des consommateurs ? Est-ce que vous y arrivez ?
- Speaker #2
Il y a deux questions dans votre question. Sur la distribution, les distributeurs font leur job. Eux, ils considèrent que c'est normal qu'on le fasse. Je ne dis pas qu'ils ne le valorisent pas. C'est quand même très compliqué de leur dire, j'ai X%, 3, 4, 5, 10% de mon prix de revient qui est lié à toutes les démarches de responsabilité et je voudrais qu'on passe ces coûts-là dans le tarif. Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'écoute, je dis que l'écoute est quand même très difficile. Et donc ça, c'est un des enjeux que l'on a. Donc nous, ce qu'on essaye de faire par rapport à ça, c'est déjà d'accompagner les distributeurs parce que les distributeurs ont aussi leur agenda RSE, ont aussi créé des structures dans leur organisation pour implémenter cette stratégie RSE. Donc on essaie d'être très très proche de ces structures-là, d'être en communication permanente, de raconter à nos clients distributeurs ce que l'on met en œuvre, en interne dans l'entreprise, mais jusqu'à l'innovation de nos produits, pour voir comment on accélère la démarche avec eux. Puis après, on essaye aussi avec une communication forte auprès de nos consommateurs, qui peut passer par le packaging, que ce soit des sujets de labellisation, que ce soit des sujets de bien-être animal, que ce soit des sujets de juste rémunération des producteurs. Dès qu'on peut communiquer sur le pack, sur ces sujets-là, à travers des labels, On le fait. On a la chance de communiquer en télé, donc on a aussi la chance de mettre en avant ces labels. C'est un gros budget. C'est un gros budget, bien évidemment, mais ça permet de montrer aux consommateurs qu'en prenant nos marques, ils achètent non seulement un produit qui lui fera plaisir, dans lequel il aura plaisir à le partager avec sa famille, avec ses amis, mais il fera aussi du bien pour la planète. Et là, on boucle la boucle pour reprendre votre question. Est-ce qu'on arrive à convaincre les distributeurs ? C'est partir du moment où nos produits sont préférés. Du coup, forcément, le distributeur qui ne peut pas émettre ses intérêts, il valide le fait qu'effectivement, ces avantages que l'on amène en plus, ce petit supplément d'âme, on va dire, lié à la RSE qu'on amène sur nos produits, fait que les ventes sont meilleures et donc ça, forcément, le distributeur, il achète.
- Speaker #1
Donc, est-ce que ça veut dire derrière que les consommateurs, une fois que c'est mis en rayon, sont prêts à payer plus cher pour de l'éthique, du durable sur leurs produits de saumon, de canard ? Est-ce que vous voyez ça ?
- Speaker #2
Moi, je suis convaincu que oui. Avec un petit bémol, il ne faut pas que ce surcoût de prix soit inaccessible. Je pense que le consommateur, il est prêt à comprendre que produire mieux quelque part peut avoir un coût. Il faut juste être proportionné et il faut que par ailleurs, ça ne soit pas au détriment du reste. Demain, je ne vois pas les consommateurs préférer un produit plus durable, mais moins bon, il faut qu'il soit bon et durable. Ils veulent les deux. Ils veulent le beurre et l'argent du beurre. C'est normal. On est tous consommateurs et donc à nous prouver qu'on a les meilleurs produits, qui sont les plus premium, les plus verteux d'un point de vue organoleptique, etc. En plus de ça, on rajoute un contrat supplémentaire, une espèce d'exhausteur de plaisir qui est amené par la responsabilité avec laquelle on élabore nos produits.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un surcoût maximum à ne pas dépasser ?
- Speaker #2
Ça va être difficile, parce que ça va dépendre de l'engagement, de la promesse. Par exemple, nous faisons des produits bio. Sur les produits bio, c'est quelque chose qui est clairement perçu par le consommateur. Là, on va pouvoir avoir des premiums de prix de 10, 15, 20 % qui peuvent être achetés sur des promesses qui sont encore plus naissante dans la compréhension du consommateur, c'est là où ces promesses-là ne peuvent pas à elles seules justifier un prémium de prix de 5, 10 ou 15 %. Donc, ça dépend des catégories de produits, ça dépend du niveau de maturité avec lequel le consommateur se sent à l'aise par rapport à ça. Mais je pense qu'il faut vraiment raisonner en se disant qu'au bout du bout, le consommateur finira par préférer des produits qui sont avec des animaux qui sont bien élevés, bien nourris, avec une entreprise qui est très soucieuse de l'empreinte carbone qu'elle laisse. Et je pense que ça, c'est un peu un contrat global et d'entreprise et de marque qui, à un moment donné, fera la différence auprès du distributeur. et fera la différence aussi auprès du consommateur.
- Speaker #1
Très bien, merci beaucoup Jacques Trottier pour vos réponses très intéressantes. Merci pour votre participation à ce premier numéro des Décideurs de l'agro. Et on se retrouve très prochainement pour un nouveau numéro.
- Speaker #2
Merci Adrien.
- Speaker #0
C'était les Décideurs de l'agro, un podcast RIA en partenariat avec Pactalim, la fédération des PME et ETI françaises de l'alimentation.