- Speaker #0
Bienvenue sur les décideurs de l'agro. Le podcast de RIA en partenariat avec Pactani, la fédération des PME et EPI françaises de l'alimentation. Nous donnons la parole aux dirigeants et décideurs qui façonnent l'agroalimentaire pour analyser les enjeux, les stratégies et les grandes transformations du secteur. Un podcast présenté par Adrien Cahuzac, rédacteur en chef de RIA, la revue de l'industrie agroalimentaire.
- Speaker #1
Bonjour et bienvenue dans le podcast Les Décideurs de l'agro. Pour ce deuxième numéro, nous recevons Antoine Wassener, le président de la PME familiale Sabaro-Wassener depuis 2016, spécialisé notamment dans les légumes secs, les champignons déshydratés et les escargots en conserve que les consommateurs retrouvent au rayon épicerie des GMS. Antoine Wassener, bonjour.
- Speaker #2
Bonjour Adrien.
- Speaker #1
Vous êtes le représentant de la septième génération de la famille à la tête de cette entreprise créée en 1819. par votre aïeul Jean-Pierre Sabaro en Haute-Loire. Et aujourd'hui, le groupe Sabaro, c'est 160 salariés, deux usines en Haute-Loire et près de 80 millions d'euros de chèques d'affaires. Alors, ensemble, nous allons parler d'automatisation et de robotisation et vous allez tout nous dire, ou presque, de vos secrets pour rester compétitifs. Après un gros investissement de 20 millions d'euros en 2018 pour moderniser votre force logistique, vous allez à nouveau investir 20 millions d'euros pour développer votre outil de production. Alors en quoi ça va consister ?
- Speaker #2
En fait, on est parti d'un constat important. La végétalisation des assiettes est une évidence aujourd'hui. Les consommateurs veulent avoir de plus en plus de légumineuses dans leurs repas. Et on essaie d'accompagner dans cette démocratisation par la cuisson et surgélation de légumineuses et céréales. Sabaro est souvent reconnue pour ses légumes secs et céréales qu'on vend secs à des industriels ou dans la restauration en foyer ou en GMS. Mais on a vraiment cette tendance qui est de manger plus de légumineuses, des lentilles, des pois chiches, des haricots. Et donc en 2018, on a eu un projet de cuisson sur gélation de légumineuses. Ce projet a très bien marché. Grosso modo, en 4 ans, on a saturé l'outil. Et on a décidé du coup de réinvestir 20 millions d'euros pour pouvoir le multiplier par 4. C'était un pari pour notre entreprise parce que c'est un nouveau métier, même si on était déjà dans le surgelé à travers les champignons surgelés. Mais là, on est vraiment dans une technologie d'un produit qui est prêt à manger. Donc voilà, il faut le décongeler bien sûr, mais il est prêt à l'utilisation. Et il y a beaucoup de débouchés là-dessus, notamment à la fois pour les industriels qui veulent simplifier leur processus pour aller plus vite. On peut donner l'exemple, par exemple, des... Il y a des gens qui aiment bien le houmous. Le houmous, l'été, ça cartonne. Donc, du coup, accélérer le mouvement et l'industriel peut travailler directement à poids chiche pour pouvoir faire son houmous et être plus dans le coup et réactif. A contrario, vous avez aussi dans la partie RHF, restauration en foyer, les consommateurs veulent de moins en moins manger. Enfin, ils mangent encore des jambon-beurre, des pizzas ou des kebabs, mais ils ont besoin d'une alimentation plus saine. plus végétales, puisqu'on va chercher le bon et le sain et le naturel, qui est un triptyque chez nous, chez Sabaro. Et ils vont manger des salades, des poke-balls, et ils vont chercher un petit peu de diversité. Et nous, on accompagne en fait cette croissance-là, on accompagne les leaders de cette restauration rapide, notamment dans cette végétalisation de l'assiette, parce qu'on se rend compte que le consommateur ne veut pas des produits ultra transformés, il veut vraiment des produits qui y sont sains.
- Speaker #1
Et alors ce gros projet industriel que vous préparez activement aujourd'hui, qu'est-ce qui va vous permettre de réaliser demain ?
- Speaker #2
C'est un investissement qui est important pour nous, c'est une étape. On est à peu près à 3500 tonnes par an, on va passer à 15 000 tonnes. On en profite aussi pour faire les choses bien. C'est-à-dire qu'on fait des rétrofits complets de notre installation, notamment au niveau des gaz en utilisation pour la production de froid. On a eu un défi qui était de dire, euh... On va essayer de consommer autant d'eau et autant d'énergie pour 3500 tonnes que pour 15000 tonnes. Donc ça, c'est un enjeu assez important pour nous. On a essayé de le travailler au fur et à mesure et de l'analyser avec mes équipes pour pouvoir répondre à cette demande-là.
- Speaker #1
Alors la notion de coût de production et de compétitivité est très importante dans vos métiers. Comment vous faites justement pour rester compétitif ?
- Speaker #2
On va chercher les économies. La performance, c'est vraiment aujourd'hui, c'est ce pilotage de la performance qui est l'étape le plus important. C'est vraiment d'arriver à aller déjà tous les coûts liés aux énergies. Un peu l'exemple que je vous ai cité précédemment, on va essayer de faire autant avec moins d'énergie ou autant d'énergie et autant d'eau, mais faire plus. Donc ça, c'est vraiment quelque chose, on va chercher chaque économie sur cette partie-là. Mais également aussi dans l'automatisation des process de production. et de logistique, parce qu'il y a des étapes qui sont assez régulières, assez basiques, où aujourd'hui finalement d'avoir un salarié, il n'y a pas forcément une vraie plus-value. La plus-value, on va la chercher dans les équipes qui vont accompagner ce changement. Donc aujourd'hui, c'est là-dessus qu'on va chercher nos économies.
- Speaker #1
Et comment vous faites justement pour déployer cette automatisation et robotisation dans vos usines ?
- Speaker #2
On a déjà des équipes autour de nous, avec forcément un service technique, la production, la maintenance. maintenance et puis la logistique en fonction des sujets. Puis on a un service aussi industrialisation, qui est une étape nouvelle aussi pour une PME. C'est quelque chose d'assez basique dans les grands groupes. Souvent, j'ai la chance de pouvoir discuter avec mes homologues dans Pactalim, où on peut voir un petit peu qu'est-ce qui se fait bien. On a des grands groupes, on a la chance d'avoir des grosses ETI. Et donc, on va chercher un petit peu quelques idées pour pouvoir se les approprier dans nos PME. Et ces services industrialisation, aujourd'hui, ils analysent vraiment toutes les étapes, tous les héroïs qui sont possibles sur l'automatisation des lignes.
- Speaker #1
Ce service d'industrialisation, vous l'avez mis en place depuis quand ?
- Speaker #2
Ça fait huit ans aujourd'hui. Aujourd'hui, il est composé de trois personnes. À l'échelle de notre entreprise, c'est déjà une belle étape. Mais clairement, on a pu vraiment optimiser et chercher et chasser des coûts à chaque étape.
- Speaker #1
Comment vous arrivez à faire accepter la robotisation auprès de vos salariés ? Est-ce que ça passe bien ou parfois ça va être un peu compliqué ?
- Speaker #2
Ce qui est important, on le sait, c'est qu'il faut donner une vision à long terme à nos équipes. Et à partir du moment où on leur donne vraiment le cap et vers où on va, il y a une acceptation qui est beaucoup plus importante. Et clairement, aujourd'hui, on est une entreprise un peu ancienne, donc du coup, on a aussi des départs à la retraite. On profite de ces départs à la retraite pour se reposer beaucoup de questions. Et puis on forme, on évolue. Clairement aujourd'hui, les équipes sont plutôt assez favorables. On le voit même dans nos recrutements, on a la chance, je sais que c'est souvent difficile dans l'industrie, mais nous on a la chance d'avoir pas de problème de recrutement parce que justement l'automatisation, la robotisation fait partie des choses qui intéressent énormément du nouveau personnel.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des tâches qui sont plus robotisables que d'autres ? Et justement, quelles sont les parties ? de vos usines qui ont été plus robotisées ?
- Speaker #2
Moi ce que j'aime bien, c'est quand je fais visiter mon usine et que j'ai les salariés qui ont les bras croisés. Grosso modo, ils sont dans le contrôle et pas du tout dans l'exécution. Alors qu'avant on a plutôt l'image d'une usine où les mains on utilise énormément les mains. Donc aujourd'hui, les premières, ce qui est plus facile, ce qu'on a commencé d'ailleurs, c'est les fins de ligne. L'automatisation des fins de ligne et puis de tout le processus qui est derrière. C'est-à-dire qu'aujourd'hui les palettes chez nous sont prises en charge par des AGV. qui vont emmener ça dans notre dépôt logistique qui est complètement automatisé. Et finalement, d'avoir quelqu'un qui, avec un chariot-lévateur, tombe des palettes toute la journée, nous, aujourd'hui, c'est des robots qui le font, des transtalkers. Des choses assez basiques, mais qui permettent d'être efficaces et d'aller chercher vraiment la plus-value ailleurs.
- Speaker #1
Donc, c'est davantage sur les fins de ligne et la logistique ?
- Speaker #2
Fin de ligne... logistique, ça c'est les étapes clés, c'est ce qui est le plus facile aujourd'hui. Et puis après les contrôles, vous pouvez aussi avoir tous les contrôles qui étaient aujourd'hui faits avec les yeux. On peut adjoindre un petit peu d'IA notamment dans l'analyse d'images, pour vraiment détecter les problèmes sur ligne. Ça c'est des choses qui aujourd'hui, il y a un peu moins d'erreurs du coup, voire même pas du tout par rapport à l'œil humain qui de temps en temps a le droit de se reposer.
- Speaker #1
Et le Lean Manufacturing, est-ce que c'est quelque chose que vous déployez également dans vos usines ?
- Speaker #2
C'est une vraie culture, c'est une culture qu'on doit mettre. Alors forcément, en 8 ans, en créant le service méthode d'industrialisation, forcément on a vraiment accéléré sur cette partie-là, notamment sur les 5M qui pour analyser les 5 points clés de l'usine. Et spécifiquement, on a un dossier qui est important, c'est le changement de... D'outillage, l'optimisation de fin de ligne, c'est-à-dire que voilà, comme on a beaucoup de produits, il faut pouvoir optimiser ça. Et le SMED, SMID, sur lequel on a travaillé, a vraiment apporté un plus là-dessus.
- Speaker #1
Est-ce que l'intelligence artificielle, c'est quelque chose que vous déployez, vous l'avez un petit peu évoqué à l'instant. Comment vous faites pour l'utiliser et abonner ? et que ça vous amène de la compétitivité ?
- Speaker #2
Pour nous, l'IA c'est un assistant. Il faut vraiment s'en servir pour pouvoir optimiser des tâches, optimiser le travail des équipes. Aujourd'hui, on s'en sert vraiment pour analyser les pannes, pour optimiser tout notre circuit de la distribution, la supply chain, vraiment de A à Z, prévoir, automatiser ces tâches. On essaie de bannir Excel depuis quelques années dans l'entreprise notamment, puisqu'on a ERP, WMS et autres logiciels qui appuient l'entreprise classiquement. Mais là, on a fait un test qui était intéressant, notamment dans cette nouvelle extension et cette première phase où, avant d'arriver à fois 4, on a un fois 3 juste intermédiaire. Ce fois 3, on l'a testé, ce changement de ligne notamment, et on savait qu'on devait arrêter 15 jours. Et avec le logiciel suédois d'un de nos fournisseurs, on a pu voir qu'on était capable de faire ce changement en une semaine. Donc on lui a vraiment donné toutes les données liées à ce changement-là. Et il a été capable de repenser notre mode opératoire de modification de ligne. On l'a testé il y a trois semaines quand on a justement fait passer nos lignes dans le nouveau site. Et on a fait ça en une semaine. Donc c'était très intéressant de voir que là, l'IA était capable d'optimiser même un processus de réorganisation dans une usine.
- Speaker #1
Et donc, vous allez continuer à développer, utiliser davantage l'IA demain dans vos usines ?
- Speaker #2
Oui, on l'incite dans tous les cas, vraiment. Je le répète souvent dans nos équipes, même au sein de Pactalim, on échange là-dessus. On dit attention à l'IA, il faut faire attention à nos données, parce qu'on a des données aussi. Même si on ne pouvait pas penser que nos données sont sensibles, en fait, toutes les données sont sensibles. Donc, il faut bien maîtriser ça et il faut en faire véritablement un assistant pour nos équipes et essayer de... toujours d'être le plus efficace possible, vraiment chercher l'humain pour le maximum de ses compétences.
- Speaker #1
Vous avez une idée des gains de compétitivité que vous avez réussi à obtenir grâce à ces différentes technologies, automatisation, robotisation et maintenant aussi IA ?
- Speaker #2
Alors oui, on l'a chiffré. Aujourd'hui, on estime qu'on est quasi à 5% de gains. Et ce 5% est très important. Parce que pour nous, il nous permet, on l'a déjà opéré au début, on le perd encore aujourd'hui et ça nous permet de réinvestir. Si on fait une PME qui fait 80 millions, qui vient de faire 20 millions, encore 20 millions, c'est qu'aujourd'hui, c'est les économies. On a pu les investir dans le futur, vraiment semer les graines qui vont faire vraiment notre succès futur. Donc oui, c'est très important parce que souvent, c'est négligé. On pense à certaines économies, mais on ne pense pas à ces économies-là. Et clairement, c'est un vrai plus et ça va nous donner un avantage sur les années qui arrivent.
- Speaker #1
Et en termes de retour sur investissement, c'est combien de temps selon les équipements, bien sûr ?
- Speaker #2
Alors, chez nous, on analyse, il faut qu'on soit à peu près... Chaque dossier qui soit analysé, il faut au moins 5 ans de retour sur investissement. En haut-dessus, ce n'est pas possible. Par contre, on priorise bien sûr les rendements autour de 3 en 3 ans. Mais voilà, on a même eu sur certains process des rendements en 1 an. qui ont pu être optimisées, ou même sur des changements juste d'énergie, on a pu optimiser aussi vraiment ces retours sur investissement. Donc ça, il faut avoir cette culture d'entreprise. Dans tous les cas, il faut avoir cette culture financière de dire, ce n'est pas juste de dire, on va faire une belle usine, c'est bien pour l'image. C'est comment on va faire pour qu'elle soit vraiment plus rentable, plus opérationnelle, plus efficace. Et surtout parce que ça contribue au recrutement de notre personnel de main. C'est vraiment un enjeu fort dans nos entreprises. Donc, il faut bien prendre tous ces sujets en considération.
- Speaker #1
Très bien. Merci beaucoup, Antoine Wassner, pour vos réponses très intéressantes. Et on se donne rendez-vous très prochainement pour un nouveau numéro des Décideurs de l'agro.
- Speaker #2
Merci.
- Speaker #0
C'était les Décideurs de l'agro, un podcast RIA en partenariat avec Pactaline, la fédération des PME et ETI françaises de l'alimentation.