- Speaker #0
« Bienvenue dans les Dialogues Théologiques, le podcast de la nouvelle revue théologique, la revue qui s'écoute autant qu'elle se lit. »
- Speaker #1
« Bonjour et bienvenue dans le podcast, les Dialogues Théologiques. » « Bonjour Père Alban Massie. »
- Speaker #2
« Bonjour Laurène. »
- Speaker #1
Alors avec le Père Alban Massie, directeur de la nouvelle revue théologique, la NRT, nous recevons aujourd'hui le Père Jean-Baptiste Arnaud, qui est éditeur scientifique du cahier de la NRT, qui s'intitule « 25 ans de théologie à Paris, une faculté diocésaine en mission » . Ce livre rassemble les actes du colloque, organisé en mars 2025, pour le quart de siècle de la faculté Notre-Dame du diocèse de Paris.
- Speaker #2
Bonjour Père Jean-Baptiste Arnaud. Bonjour Alban, bonjour Lorraine.
- Speaker #1
Dans ce podcast, nous allons revenir sur l'histoire et donc l'intuition de cette faculté voulue par le cardinal Jean-Marie Lustiger. Mais nous allons aussi essayer de comprendre ce qui fait aujourd'hui sa place originale dans le paysage théologique parisien. Si je comprends bien, une théologie enracinée dans l'étude de la parole de Dieu qui ouvre à la prière, dans la lecture de l'écriture, dans la tradition vivante de l'Église. et attentive aux grandes questions du monde contemporain. Père Jean-Baptiste Arnaud, vous êtes docteur en théologie, prêtre du diocèse de Paris, président de la Faculté Notre-Dame, qui est installée au cœur du Collège des Bernardins. Ce livre célèbre les 25 ans de la Faculté Notre-Dame, en 1999, le studium du séminaire est érigé en Faculté de théologie. Avant d'entrer dans son contenu de manière plus précise, Pouvez-vous nous rappeler pourquoi cette faculté a été créée en 1999 et quelle était l'intuition du cardinal Jean-Marie Lustiger, alors archevêque de Paris ?
- Speaker #2
Comme vous l'avez dit, cette faculté était d'abord le studium du Séminaire de Paris, le lieu d'études des séminaristes. Le Séminaire de Paris ayant été créé en 1984 avec l'ouverture de la Maison Saint-Augustin, année de propédeutique, en 1985 avec l'ouverture de la première année. du séminaire. Donc tout ça nous ramène plutôt en fait il y a 40 ans. C'était à la fois l'anniversaire l'année dernière des 25 ans de la faculté et des 40 ans du séminaire. Pour être encore plus précis et à la fois encore plus large, il faudrait ajouter que ce studium du séminaire, il a tout de suite trouvé sa place au sein d'une autre réalité qui s'appelle l'Ecole cathédrale, qui a été inaugurée elle dès 1982 par le cardinal Lustiger, alors qu'il n'était pas cardinal à l'époque, pas l'archevêque de Paris, en 1982. pour être le lieu de formation du peuple de Dieu à Paris. Et ce lieu diocésain de formation des chrétiens et de toute personne voulant se mettre à l'écoute de l'écriture, de la tradition, il était prévu pour accueillir dès le départ les séminaristes en son sein. La création du séminaire de Paris s'inscrit donc à l'intérieur même de cette école cathédrale pour que les séminaristes soient formés. au milieu du Peuple de Dieu. Ça, c'était une intuition fondatrice. Les séminaristes, les futurs prêtres, étudient, vivent au milieu du Peuple de Dieu. Cette école cathédrale, lorsque le Collège des Bernardins a été ouvert en 2008, elle a trouvé sa place ici, au Collège des Bernardins. Et donc, la Faculté Notre-Dame est à l'intérieur de l'école cathédrale qui est à l'intérieur du Collège des Bernardins. En 1999, le 8 décembre exactement, à la fin de l'année 1999, ce studium... a été érigé comme faculté, fruit d'un discernement et d'un travail mené pendant plusieurs années en dialogue avec la Congrégation pour l'éducation catholique à Rome, qu'on appelle aujourd'hui Dicastère pour l'éducation et la culture. Et l'objectif, il était d'asseoir vraiment la réalité de cette faculté, que ce soit pas seulement un lieu on pourrait dire interne au séminaire, mais qu'il puisse aussi accueillir des laïcs qui se forment avec les séminaristes. non seulement par des cours communs, mais pour que des laïcs puissent obtenir un diplôme en théologie, le même que celui qu'obtiennent les séminaristes. Premier objectif. Deuxième objectif, de pouvoir ouvrir cette faculté, non seulement à ce qu'on appelle le premier cycle, c'est-à-dire le baccalauréat canonique que préparent les séminaristes, mais aussi à un deuxième, puis un troisième cycle, pour des prêtres qui viennent étudier après leur ordination, ou pour des laïcs qui se forment avec eux en vue d'avoir une licence canonique, c'est ce qu'on appelle. master et en vue d'avoir un doctorat canonique. Ces réalités aujourd'hui, elles ont pris de l'ampleur et de l'importance dans la faculté qui donc reste vraiment... fondée pour le Séminaire de Paris. Et parce qu'elle est fondée pour le Séminaire de Paris, elle est ouverte à des laïcs et à des prêtres qui viennent s'y former avec eux.
- Speaker #1
Grâce à vos paroles, on distingue mieux les intuitions fondatrices de la faculté. Quelles évolutions structurelles et figures marquantes aimeriez-vous nous partager ?
- Speaker #2
Les évolutions structurelles, j'en ai déjà nommé une, qui est le fait que ce qui était un lieu pour les séminaristes est devenu... aussi un lieu pour des laïcs ou des religieux, des consacrés avec eux, du diocèse de Paris et d'autres diocèses, et aussi que des prêtres et des laïcs sont venus et continuent de venir, et un peu plus nombreux aujourd'hui encore, se former pour la licence canonique et pour le doctorat prêtres et laïcs du diocèse de Paris et d'autres diocèses de France et aussi de l'étranger, bien sûr. On pourrait dire au fond une première évolution. La deuxième évolution, c'est la place de la faculté au sein du Collège des Bernardins. Le fait d'être au Collège des Bernardins, au sein de l'école cathédrale, lieu de formation, ça c'est un pôle du collège dont notre archevêque nous a rappelé plusieurs fois que c'était le cœur battant du Collège des Bernardins, l'étude de la théologie à la faculté et à l'école cathédrale. Mais au Collège des Bernardins, il y a d'autres pôles, en particulier un pôle de recherche, consacré à des dialogues, à des travaux sur les sujets qui touchent les relations de l'Église et de la société. de la théologie et des sciences humaines, que ce soit les questions politiques, économiques, écologiques, numériques. Eh bien, pour la faculté, c'est aussi une évolution structurelle parce qu'un certain nombre de professeurs de la faculté se retrouvent engagés dans ce pôle de recherche. Comme directeur de recherche, co-directeur, il y a toujours un directeur théologien ou théologienne et un directeur universitaire. Et puis, aussi comme participant, comme intervenant. Et ça a aussi un retentissement pour la recherche. en théologie proprement dite, qui existe aussi à l'intérieur de la faculté, qui s'est développée avec l'ouverte du troisième cycle, du cycle de doctorat. Et donc, il y a aussi des groupes de recherche en théologie sur des questions proprement théologiques, bibliques, sacramentaires, morales, et d'autres sujets encore, où des théologiens de la faculté cherchent et travaillent avec d'autres théologiens de l'extérieur. Et alors, Lorraine, vous vous invitez à... à faire mémoire de figures marquantes pendant tous ces 25 ans. Moi, je pense au père Kowalski. Vous l'avez connu, ce fameux père Kowalski, dont on n'a pas grand-chose comme écrits. Le père Thomas Kowalski, je l'ai eu comme professeur. J'étais tout jeune séminariste et il était déjà malade. Donc, ça a été un an et demi avec lui, trois semestres, quand même assez entrecoupés d'absences. Et puis, ses obsèques ont été célébrés alors que j'étais encore... au séminaire et que je l'avais encore en cours. Le père Kowalski est une figure évidemment très marquante, qui faisait partie un peu des fondateurs de la faculté de théologie. Il avait connu le cardinal Lustiger lorsque, ou plutôt le père Lustiger à Sainte-Jeanne-de-Chantal, lorsque le père Lustiger travaillait avec ses paroissiens et aussi pour lui-même l'écriture sainte, et cherchait des théologiens, des biblistes qui puissent avoir une lecture théologique de l'écriture. Il faut mesurer que Et l'apport du père Kowalski, c'est d'ailleurs le candidat de l'Ustigé qui nous l'avait dit lui-même lors d'une rencontre des séminaristes, c'était vraiment de faire le pari que l'exégèse historico-critique, l'interpellation et l'interprétation historique, critique des textes bibliques, n'étaient pas d'abord là pour les contester ou pour les déconstruire, mais au contraire, pour enfonder la vérité. Et la vérité, dans l'ordre du salut, du mystère de Dieu, de la révélation de qui est Dieu et de son amour pour les hommes. Ça a marqué profondément le père Lustiger devenu cardinal. Et ça a correspondu aussi à une autre source qui a été importante, on pourrait dire même dans la préhistoire de la faculté, mais aussi dans son histoire, qui est l'Institut d'études théologiques de Bruxelles, où le père Lustiger a rencontré aussi pendant ses années de curé de Sainte-Jeanne-de-Chantal des prêtres étudiants, des jésuites belges qui venaient étudier à Paris, et a commencé ce compagnonnage aussi qui a donné... qui a donné au cardinal Lustiger l'intuition de refonder l'Ecole cathédrale, le séminaire, la faculté. dans la suite et se laissant inspirer par ce qu'avait fait le père Albert Chapelle, le père Jean Radermakers pour l'Ecriture, puisqu'on parlait du père Kowalski, le père Jean-Marie Hennaux pour la théologie morale et la théologie spirituelle. Et tout cela, en fait, a permis à constituer un milieu dont nous avons tant reçu et auprès desquels nous sommes tellement reconnaissants, qui a donné lieu à la création du séminaire et de la faculté Notre-Dame. Sur le père Kowalski... Il y a eu un colloque en 2005, donc il est mort en 2003. Il y a eu une journée d'études à Sainte-Jeanne-de-Chantal, qui a été sa paroisse à l'époque avec le père Lustiger, qui est un colloque qu'on trouve sur Internet sur le site de l'Institut Lustiger, qui en fait a recensé beaucoup des écrits et des transcriptions orales de ce que le cardinal Lustiger avait produit pendant son vivant. Donc on peut trouver les actes de cette journée d'études sur Thomas Kowalski. il y a aussi un article je pense dans dans la revue Communio, c'est une autre revue, mais de Anne-Marie Pelletier sur exégèse et prédication à l'école de Thomas Kowalski. Donc on a quelques sources, mais c'est vrai que c'est une transmission orale de Thomas Kowalski. Ce sont des cassettes enregistrées parce qu'il donnait cours aux séminaristes et puis il donnait cours à tous les fidèles qui venaient. À une époque, il faisait cours peut-être toute la journée, pendant quatre jours ou cinq jours par semaine. Et donc ça a été tout ça enregistré et transcrit. Et ça continue d'être transmis par des professeurs de la faculté aujourd'hui. qui en vivent et qui le transmettent. Et puis aussi, bien sûr, en font leur propre enseignement dans les circonstances actuelles qui ne sont plus tout à fait les mêmes qu'il y a 25 ou 40 ans. Une petite pause dans notre podcast. Pour vous rappeler, vous pouvez vous procurer ce volume qui rassemble les actes du colloque des 25 ans de la Faculté Notre-Dame du diocèse de Paris. Il est au prix... de 22 euros pour 176 pages. Vous pouvez le trouver dans votre librairie préférée ou tout simplement le commenter sur le site de la NRT dans la rubrique Cahiers sur www.nrt.be. Reprenons notre discussion avec Lorraine et Jean-Baptiste Arnaud.
- Speaker #1
On plonge maintenant un peu dans le concret de ces actes. Je vois qu'il y a plusieurs textes de ce livre qui reviennent sur trois fidélités mémorielles qui semblent constitutives de son identité. La Parole de Dieu, avec une insistance sur son efficacité, mais aussi la fidélité à la vie du diocèse et à la tradition vivante d'Israël. Alors, comment ces trois dimensions se traduisent-elles concrètement dans la manière d'enseigner la théologie à la faculté Notre-Dame ?
- Speaker #2
Pour les prendre dans l'ordre, la fidélité à la parole de Dieu. Donc la parole de Dieu, c'est l'Écriture sainte, et plus que l'Écriture sainte. L'Écriture sainte, lue dans la tradition vivante de l'Église. Dieu parle, pas seulement par l'Écriture sainte, mais pour que nous comprenions et que nous réalisons qu'il parle par d'autres canaux, en particulier peut-être celui de la conscience, nous avons besoin de l'attestation concrète, si je puis dire, de l'Écriture sainte. Cette fidélité à la parole de Dieu, elle se traduit par le fait que, comme le dit le Conseil Vatican II, c'est une de nos intuitions fondatrices, l'Écriture sainte est comme l'âme de la théologie. L'Écriture sainte, lue dans la tradition vivante de l'Église, est pour la théologie comme son âme. Et donc, nous allons faire de la théologie à partir de l'Écriture sainte. Ça peut paraître étonnant, mais ça n'a pas toujours été le cas et ce n'est pas toujours le cas dans toutes les institutions. Nous faisons de la théologie non pas d'abord à partir des concepts de l'esprit humain, mais à partir de la révélation que Dieu fait de lui-même, de son amour, de son alliance, de sa vie donnée et partagée à l'humanité, dans l'Écriture sainte, lue par les pères de l'Église, toute l'histoire sainte, des théologiens, des personnes qui le vivent aujourd'hui. Et c'est là qu'on rejoint la deuxième fidélité, c'est la mission vivante de l'Église aujourd'hui. Nous sommes une faculté diocésaine. Dans le colloque, ce point avait été discuté, notamment par le professeur Philippe Valin, en disant... Il faudrait mieux parler d'une faculté du diocèse. Faculté du diocèse de Paris, au fond, cette expression met encore mieux en valeur la réalité de l'Église. Bien sûr, il y a à Paris d'autres facultés, faculté Loyola, faculté de l'Institut catholique de Paris, avec lesquelles nous avons beaucoup de liens, de collaborations. Ça aussi, c'est une évolution structurelle, on pourrait dire, qui est importante. Et aujourd'hui, nous avons chacun notre histoire, notre spécificité. C'est d'ailleurs pour ça qu'à la fin de ce colloque, mais je crois que ça n'a pas été... malheureusement transcrit dans le livre parce que c'était une conversation plutôt qu'une intervention. Il y avait donc un échange entre les trois doyens des trois facultés de théologie. Donc la spécificité de la faculté Notre-Dame, c'est d'être la faculté du diocèse de Paris. C'est-à-dire que nous sommes enracinés dans la vie du diocèse de Paris, pas pour s'y enfermer. Nous accueillons beaucoup d'autres séminaristes, mais c'est la responsabilité de l'évêque de Paris de faire vivre cette faculté dont il est le chancelier, et de faire en sorte que dans cette faculté, il y ait un permanent dialogue entre la théologie et la pastorale. C'est ça vraiment une des caractéristiques fondamentales. La théologie et la pastorale ne cessent de dialoguer. Au fond, toute théologie est missionnaire, toute théologie a une dimension pastorale. Et toute la vie pastorale, toute l'activité apostolique de l'Église, tout son dynamisme missionnaire, il est aussi un lieu théologique.
- Speaker #1
Et donc c'est une théologie qui accepte de se laisser déplacer et ne se fasse plus uniquement depuis les centres de pouvoir ou de savoir. Et donc se laisser déplacer par les pauvres et les périphéries, par le dialogue. avec les sciences humaines au pôle de recherche, comme vous en avez parlé tout à l'heure, et par les transformations numériques. Est-ce que c'est une manière de dire que la théologie ne peut être vraiment fidèle à sa tradition qu'en affrontant les questions nouvelles de son temps ? Autrement dit, une théologie capable d'habiter les tensions de notre temps sans perdre sa force prophétique.
- Speaker #2
Oui, vous avez tout à fait raison. C'était un des enjeux de ce... colloque et de cette journée d'études qui transparaît dans ce livre, de montrer qu'au fond, la théologie, elle nous ramène sans cesse au centre la Parole de Dieu, l'Écriture sainte. Elle se fait bien davantage, elle commence bien davantage dans un oratoire que dans un laboratoire, mais qu'elle nous conduit toujours à la périphérie. Toutes les réalités que vous avez évoquées, et donc ce colloque a été construit de cette manière-là, à la fois... en reprenant notre histoire propre, notre identité singulière, pour la confronter, pour la faire entrer en dialogue, en conversation et en relation avec des questions qui sont celles de la vie de l'Église aujourd'hui. On pourrait ajouter la synodalité et d'autres questions, bien sûr, et puis des questions qui sont celles de la vie de la société et du monde. Ça, c'était une première manière. Et la deuxième manière, c'était de faire intervenir à la fois des enseignants de la Faculté Notre-Dame et d'autres enseignants d'autres facultés. pour se rappeler qu'en fait, la théologie, elle est fondée sur le dialogue. Pour être encore plus précis, c'est ce que disaient les moines qui, ici au Collège des Bernardins, étudiaient la théologie au XIIIe siècle. C'est ce que le pape Benoît XVI a rappelé lorsqu'il est venu inaugurer le collège. Une triade, lectio disputatio praedicatio. Lire, lecture, discuter, questionner, dialoguer et prêcher, annoncer. La théologie, elle comprend ces trois temps. Lire sans raciner dans l'écriture, dans la parole de Dieu, dans la tradition de l'Église. Et puis lire aussi les signes des temps. Lire aussi les autres expressions culturelles, artistiques, réflexives de l'esprit humain. Lire pour, et aussi lire à haute voix, c'est ce que vous allez moindre, lire pour discuter, pour dialoguer entre nous et avec d'autres. C'est la méthode qu'ici nous appelons la méthode des séminaires. fonctionnant par... par séminaire de travail, où les étudiants, de manière fraternelle, guidés par un enseignant, ça c'est ce que nous avons reçu de l'Institut d'études théologiques de Bruxelles, travaillent ensemble, discutent, examinent les objections, les arguments, ça permet d'explorer les questions difficiles aussi, et puis de s'exercer un dialogue qu'il s'agit aussi de pratiquer avec d'autres, avec les sciences humaines, avec d'autres disciplines de la théologie. Dans ces séminaires, il y a toujours plusieurs professeurs de différentes spécialités, car on est jamais possesseur d'une part de la théologie ou d'une spécialité. Et puis, en vue d'une annonce, en vue d'une prédication, bien sûr liturgique, mais pas seulement, en vue d'un témoignage. C'est ce qu'avait dit le carnal Lustigier lorsqu'il était venu pour une rentrée académique vers la fin de son épiscopat à Paris, en s'adressant à tous les étudiants qui étaient là. Nous avons tous à prêcher. Il ajoutait, c'est-à-dire à témoigner de Dieu. Il donnait ça comme axe pour l'année. Nous avons tous à prêcher, c'est-à-dire à témoigner de Dieu. Et donc ça, c'est la dimension pastorale. On va prêcher, on va aller rencontrer des personnes. J'ajoute simplement que ce n'est pas seulement que la théologie va vers le monde ou vers ces réalités nouvelles que vous évoquiez, c'est qu'aussi la théologie se laisse interpeller. Et la théologie elle-même se laisse déplacer, transformer par ces interpellations, par ces questions. Et aujourd'hui, on pourrait parler de l'intelligence artificielle, on peut parler bien sûr des conflits qui traversent... notre monde et notre temps, comment est-ce que la théologie non seulement a quelque chose à dire, mais aussi quelque chose à entendre et à recevoir pour se laisser façonner, transformer ?
- Speaker #1
Merci, Père Jean-Baptiste. Je lis dans votre conclusion que vous insistez sur quatre dimensions qui sont liées entre elles. On en a déjà parlé, l'étude, la prière, la fraternité et la mission. Pourquoi est-ce si important pour vous que la théologie ne soit pas seulement un travail intellectuel et qu'elle s'inscrive dans une communauté de vie et de prière ?
- Speaker #2
La théologie mobilise en effet les ressources de l'intelligence humaine, c'est certain. et là elle a pour ça une vraie dimension scientifique, qui lui permet d'ailleurs de dialoguer avec les autres sciences. Mais la théologie, si on la reprend aussi dans sa définition la plus large, la théologie, ce n'est pas d'abord parler de Dieu. C'est d'abord écouter Dieu qui parle, l'écouter. C'est d'abord parler à Dieu, entrer dans un dialogue avec lui. Dieu est dialogue, il est dialogue trinitaire. C'est la communion de trois personnes qui échangent entre elles. Il nous introduit dans ce dialogue. Et alors, on est habilité à parler de lui. Et cette parole, elle ne mobilise pas seulement l'intelligence, elle mobilise la personne toute entière, sa volonté, bien sûr, sa mémoire, sa volonté parce que c'est un choix, c'est une décision, c'est un engagement libre qui vient travailler la liberté au plus profond, sa mémoire, parce que notre propre histoire personnelle, l'histoire de l'église, est habitée par ces traditions qui n'est pas un passé, qu'il s'agirait de... préservée, mais qui au contraire nous engage vers l'avenir, nous faisons mémoire pour avancer dans l'espérance. Et puis elle mobilise aussi le corps, elle mobilise dans ce qu'il a de plus incarné, c'est-à-dire comme lieu où Dieu vient s'incarner parce que le corps est fatigué, parce que le corps est rempli de désirs, parce que le corps est enthousiasmé par cette étude, et puis parce que le corps surtout est le lieu de nos relations fraternelles, et que nous n'étudions pas la théologie comme on étudiait un objet extérieur à nous. Si nous étudions le mystère du Christ, c'est parce que nous en faisons partie. On pourrait le faire d'une manière distante. Notre choix d'une théologie chrétienne, une théologie confessante aussi, comme on le dit parfois, une théologie dans une faculté du diocèse, une théologie ecclésiale, c'est d'étudier la théologie en étant concerné, impliqué, engagé, là aussi bouleversé par le mystère dont nous parlons, qui est aussi celui que nous vivons. Être membre du corps du Christ, vivre des relations fraternelles les uns avec les autres, qui ne sont pas extérieures au sujet que nous étudions.
- Speaker #1
Et donc, pour reprendre les mots des actes, si la faculté n'est qu'au début de son histoire, quels sont aujourd'hui les grands défis de la faculté Notre-Dame pour les 25 prochaines années et ses enjeux théologiques ? Et donc, que peut-elle apporter de spécifique à l'Église qui est à Paris, mais aussi aux débats intellectuels et culturels contemporains ?
- Speaker #2
Les grands défis pour les 25 ans qui viennent, c'est les 25 ans qui nous le diront, mais c'est sûr que c'était une phrase que disait souvent le cardinal Lustiger aussi, nous ne sommes qu'au commencement de l'histoire. L'histoire est encore à écrire, le christianisme est encore devant nous. Donc ça donne quand même une vraie espérance. Il y a clairement un défi qui est aujourd'hui l'accompagnement d'étudiants beaucoup plus diversifiés qu'au moment de la fondation de la faculté, à la fois parce que... il y a moins de vocations sacerdotales aujourd'hui, en tout cas que pour la faculté Notre-Dame qu'il y a 25 ans. Ça, encore une fois, c'est un chiffre qui peut être de circonstance. Et donc, on peut espérer que si c'est la volonté de Dieu qu'il y en ait d'autres. Mais c'est surtout qu'ils viennent de différents diocèses, de différents pays, beaucoup d'Afrique, beaucoup d'Asie. Et donc, accompagner ces étudiants, les aider à entrer dans la parole de Dieu, dans la théologie qui est quand même née de la rencontre entre... entre la foi juive et chrétienne et la pensée grecque. C'est quand même... Et donc les aider à y entrer, c'est un vrai défi. Accepter aussi que nous travaillons pour d'autres églises. Et donc c'est ce qui évidemment élargit le cœur aux dimensions de l'église, sans renoncer au fait que nous sommes une église particulière et dans une histoire singulière. Et que c'est notre contribution, qui est aussi sans doute celle du diocèse de Paris, de la ville de Paris, a apporté que... sa pierre à l'information d'autres diocèses, d'autres régions de France et d'autres parties du monde, sans vouloir les faire rentrer tous dans ce que nous sommes. Ce n'est pas ça l'objectif, les servir pour elles-mêmes, ces personnes, ces communautés qui nous envoient des étudiants, et en même temps leur apporter ce que nous avons reçu et que nous croyons être pertinent. Sur les questions de la société, je le mets tout à l'heure, la question de la synodalité dans l'Église, la question de l'intelligence artificielle. la question de la construction de la paix. La question du dialogue interreligieux. Cette année, la faculté ira à Marseille pour une session de théologie sur le terrain. C'est intéressant parce qu'à la fois pour la méthode théologique, nous allons écouter des personnes, ceux qui s'éveillent dans l'histoire de Marseille, un des premiers lieux d'évangélisation de la France, bien sûr, avec les premiers chrétiens, les pères de l'Église, ceux qui se vivent aujourd'hui, en particulier dans le dialogue interreligieux, dans l'amitié sociale, dans la place des plus pauvres, dans toutes les questions. et ce qui se jouera demain dans l'avenir de la Méditerranée. dans la question des migrations, de l'écologie, tout cela, ce sont des lieux théologiques qu'il s'agit d'explorer pour voir comment la théologie a une lumière à apporter et s'en trouve elle-même confortée et aussi décalée et transformée.
- Speaker #1
Un grand merci, Père Jean-Baptiste. Alors, puisque nous avons regardé la faculté des Bernardins, visitée par Benoît XVI en 2008, quelles attentes avez-vous sur la venue imminente de Léon XIV à Paris.
- Speaker #2
Une attente précise sur la théologie. J'ai beaucoup d'attentes, mais puisqu'il va venir à l'Institut catholique de Paris, où j'aurai la joie d'être en tant que membre de l'Assemblée d'Église à l'Assemblée Provinciale, ça aussi c'est une question, je l'ai évoqué un tout petit peu peut-être avec la synodalité, on peut dire les nouveaux visages de l'Église. Tous ces catéchumènes, ces néophytes qui n'étaient pas attendus dans cette mesure-là. Donc le pape vient les rencontrer et rencontrer ceux qui les accompagnent et qui travaillent avec eux. Et vient aussi rencontrer, il le sait bien, à l'Institut catholique pour donner une parole sur ce qu'est la théologie. Donc moi, mon attente, c'est dans les différentes interventions du Saint-Père, ça viendra peut-être à d'autres moments aussi, bien sûr, mais particulièrement pendant sa visite à l'Institut catholique, que nous puissions recevoir une parole d'encouragement, d'affermissement sur ce qu'est faire de la théologie aujourd'hui. Je prends la parole pour dire merci beaucoup Jean-Baptiste Arnaud et merci Laurène. Moi-même, j'ai beaucoup de joie à venir régulièrement au Bernardin. Merci beaucoup Laurène d'avoir préparé cette émission et merci Jean-Baptiste d'y avoir répondu.
- Speaker #1
Merci beaucoup à tous les deux et à très bientôt.
- Speaker #0
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