Speaker #0Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans le podcast Les Mots des Tiennes. Alors aujourd'hui, comme promis, nous allons faire un saut vers la fainéantise ou vers l'oisiveté. Bref, je vous propose d'écouter, simplement d'écouter, la mise en condition de tout ce que nous avons travaillé dans les épisodes passés. Pour ce faire, nous allons suivre les premiers pas à Paris de Marie. Et ces audiobooks que je vais vous proposer auront tous comme nom les carnets de Marie. Le premier épisode aujourd'hui, les carnets de Marie, nous permet de suivre Marie, donc Marie Dubois, 26 ans, qui vient d'arriver à Paris depuis Angers pour commencer son stage au cabinet d'avocats Mercier et Associés. À travers son journal audio, elle raconte son premier jour dans la capitale. Le choc culturel, les codes parisiens, le rythme effréné. Mais lors de sa pause déjeuner, elle observe quelque chose d'étrange, deux collègues qui échangent un dossier d'une manière suspecte. Son esprit de juriste apprenti s'emballe et elle mène une enquête pendant plusieurs jours, avant de découvrir une vérité beaucoup plus simple. Alors, voici partie des carnets de Marie, premier épisode, le mystère du dossier secret. Acte 1. Journal audio de Marie. Lundi 4 septembre, 20h30. Bon alors, voilà. Je commence ce journal audio, test, test, ça marche ? Oui, ça marche ? Ok. Pourquoi je fais ça ? Pourquoi est-ce que je parle toute seule dans mon minuscule studio parisien un lundi soir à 20h30 ? Bonne question. La réponse, c'est ma prof de français de la fac, Mme Roche. Elle m'avait dit il y a deux ans, Marie, si tu veux vraiment améliorer ton français, parle, parle tout le temps. Raconte ta vie, même si personne ne t'écoute. Enregistre-toi si tu veux, écoute-toi, corrige-toi. C'est comme ça qu'on progresse vraiment. Alors voilà, me voilà, moi, Marie Dubois, 26 ans, fraîchement débarqué à Paris, en train de parler à mon téléphone comme si c'était mon meilleur ami. Bon, laissez-moi me présenter correctement, parce que si je tiens vraiment ce journal, autant commencer par le début. Je m'appelle Marie, Marie Dubois. Oui, je sais, c'est probablement le nom le plus banal de toute la France. Chaque fois que je me présente, les gens font cette petite grimace polie qui veut dire « Ah oui, encore une Marie Dubois. Il y en a partout. » Dans mon lycée à Angers, on était quatre Marie Dubois. Quatre ! Du coup, on nous appelait par nos deuxièmes prénoms. Moi, c'était Marie-Louise, mais tout le monde disait juste Louise parce que Marie-Louise, franchement, ça fait mamie. Donc voilà, Marie Dubois, 26 ans, née et élevée à Angers. Vous connaissez Angers ? C'est dans les pays de la Loire, à environ 300 km au sud-ouest de Paris. Une jolie ville moyenne avec son château médiéval, ses bords de Loire, ses rues pavées. Calme, paisible. Tout le contraire de Paris en fait. J'ai fait toutes mes études à Angers. Bac littéraire au lycée David-Danger, puis licence de droit à l'université d'Angers, puis Master 1 en droit privé, et maintenant Master 2 avec un stage de 6 mois dans un cabinet d'avocats parisiens. Et il y a deux mois, en juillet, j'ai reçu LA lettre. Celle que j'attendais depuis des semaines. Englobe blanche, logo élégant en Ausha gauche, cabinet Mercier et associé. J'ai ouvert avec les mains tremblantes. « Mademoiselle Dubois, nous avons le plaisir de vous informer que votre candidature a été retenue pour un stage de six mois au sein de notre cabinet, à compter du 4 septembre. Veuillez trouver six joints, et blablabla, et blablabla. » J'ai hurlé, littéralement hurlé de joie. Ma mère est accourue, paniquée, pensant qu'il s'était passé quelque chose de grave. Quand je lui ai montré la lettre, elle m'a serré dans ses bras en pleurant. « Ma petite fille va à Paris ! » Sauf que maintenant que j'y suis, je ne sais plus trop. Paris, c'était mon rêve. La grande ville, les opportunités, la vie trépidante. Mais voilà, le rêve et la réalité, ce n'est pas toujours la même chose. Je suis arrivé il y a trois jours. Vendredi dernier. Mon père m'a aidé à déménager. On a fait le trajet en voiture, ma vieille Clio chargée jusqu'au toit avec mes cartons. Trois heures de route, arrivée à Paris vers midi. Mon studio, 18 mètres carrés, oui, 18. Dans le 11e arrondissement, rue Oberkampf. Quatrième étage, sans ascenseur, loyer, 850 euros par mois, charges comprises. À Angers, pour ce prix-là, j'aurais un grand deux pièces avec balcon, voire même une maison. Mais bon, c'est Paris, tout le monde m'avait prévenu. À Paris, tu payes pour l'adresse, pas pour la surface. Et au moins, je suis bien situé. Métro parmentier à 3 minutes à pied, bar, resto, petit commerce partout. Le Marais à 15 minutes de marche. Le week-end, je l'ai passé à déballer mes cartons. À essayer de faire entrer ma vie dans 18 mètres carrés. À me familiariser avec le quartier. Samedi soir, je suis quand même sorti prendre un verre dans un bar de la rue Jean-Pierre Thimbault, toute seule, pour m'obliger à affronter ma nouvelle vie. C'était bizarre. Être seul dans un bar, bondé, entouré de groupes d'amis qui rient, qui parlent fort et qui ont l'air tellement à l'aise. Moi, je sirotais mon petit verre de vin blanc en regardant mon téléphone pour avoir l'air occupé. Le truc classique de la fille seule qui ne veut pas avoir l'air pathétique, quoi. Dimanche, j'ai préparé ma tenue pour le lundi. Mon premier jour de travail, j'ai essayé trois tailleurs différents. Trop street, trop décontracté, trop je-sais-pas. À la fin, j'ai choisi le tailleur gris anthracite avec un chemisier blanc. Classique, sombre, professionnel. Les chassures à talons moyens, pas trop parce que je dois marcher et prendre le métro, mais pas plate non plus parce que je veux avoir l'air professionnel. Et ce matin, ce matin c'était le grand loup. Journal audio de Marie, lundi 4 septembre, 21h. Alors laissez-moi vous raconter cette journée dans les détails. Parce que franchement, c'était intense. 6h45, mon réveil sonne. J'ai mis trois alarmes pour être sûr. Je me lève d'un bon, douche, café. Je m'habille en vérifiant dans le miroir que tout est impeccable. Un petit coup de stress en me demandant si le tailleur est trop formel. Trop tard pour changer de toute façon. 7h30, je sors de mon immeuble. Direction métro parmentier. C'est la première fois que je prends le métro parisien aux heures de pointe. j'avais testé le samedi Mais c'était le week-end, évidemment, donc ça allait. Là, là c'était autre chose. La station parmentier était déjà bondée. Les gens descendent les escaliers rapidement avec cette efficacité mécanique des habitués. Moi je suis là avec mon pass Navigo, tout nuts, en train de chercher le bon portique, de le bipper, de me faire bousculer par quelqu'un qui était pressé. Sur le quai, une foule compacte attend la ligne 3, direction Pont de la Valois-Bécon. La rame arrive, les portes s'ouvrent, et là, et là c'est la cohue. Les gens sortent, les gens entrent, tout le monde se pousse poliment mais fermement. Je me glisse tant bien que mal dans la rame. Compressé, c'est le mot, j'étais compressé. Entre un monsieur en costume qui sentait une autre colonne trop forte, et une dame avec un énorme sac à dos qui me rentrait dans les côtes à chaque mouvement du métro. Et personne ne parle. C'est ça qui m'a le plus frappé. Le silence. Enfin, pas vraiment le silence. Il y avait le bruit du métro, les annonces, quelques conversations téléphoniques. Mais globalement, les gens sont dans leur bulle, quoi. Écouteurs dans les oreilles, regards fixés sur leur téléphone, ou simplement les yeux dans le vide. À Angers, quand je prenais le tramway, les gens se disaient bonjour. Ils souriaient, ils commentaient la météo. Ici... Rien. Anonymat total. Bon. Changement à République, ligne 8 direction Ballard, même cohue, même compression. Je commence à transpirer dans mon tailleur. J'espère que mon déodorant tient le coup. Descente à Saint-Augustin, 8h50. 10 minutes d'avance. Parfait. Je remonte à la surface, je reprends mon souffle, je vérifie mon reflet dans une vitrine, ça va, je suis présentable. Le cabinet est au 47 boulevard Malherbe. Un immeuble haussmanien magnifique. Vous savez, ces immeubles typiquement parisiens, avec leur façade en pierre de taille, leurs grandes fenêtres, leurs balcons en fer forvé, leurs moulures sculptées. imposant, élégant, intimidant quand même. Je pousse la lourde porte vitrée. À l'intérieur, c'est encore plus impressionnant. Sol en marbre blanc et noir, comme un échiquier, plafond haut de 4 mètres avec des moulures dorées, un grand escalier en pierre avec une rampe en fer forgée, au fond, enfin, l'ascenseur, une cage de verre et de métal. À gauche, le bureau d'accueil. Une jeune femme, impeccablement coiffée, chemisier blanc, sourire professionnel. « Bonjour, je peux vous aider ? » « Euh, oui, bonjour, je suis Marie Dubois, je commence mon stage aujourd'hui. » Ma voix tremble un peu. Je m'en rends compte, j'espère qu'elle ne le remarque pas. « Ah oui, mademoiselle Dubois, on vous attend. Deuxième étage, bureau de maître Mercier. Vous prenez l'escalier ou l'ascenseur ? » L'escalier, merci. Pas question de prendre l'ascenseur, je suis trop nerveuse. J'ai besoin de bouger, de brûler un peu d'adrénaline. Je monte donc les escaliers. Mes talons claquent sur la pierre. Premier étage. Deuxième étage. Couloir feutré. Moquette épaisse qui absorbe tous les bruits. Porte en bois massif avec des plaques dorées. Maître Jean Fontaine, droit commercial. Maître Sophie Arnaud, droit des affaires. Maître Pauline Mercier, droit de la famille. Je m'arrête devant la porte de Maître Mercier. Je respire profondément. Je frappe. Trois coups. Pas trop fort. Pas trop faible. Entrez ! J'ouvre la porte. Bureau spacieux, bibliothèque murale remplie de codes et de jurisprudence, grand bureau en bois sombre, et derrière ce bureau, maître Mercier. 55 ans environ, feuveux gris, coupé très court, presque en brosse, lunettes rectangulaires à monture noire, tailleur strict gris foncé, regard perçant, elle lève les yeux de son ordinateur et me fixe. « Mademoiselle Dubois ! » « Bonjour, maître. » « Asseyez-vous. » Je m'assieds. Le fauteuil en cuir grince légèrement. J'ai lu votre dossier. Université d'Angers. Mention très bien en licence. Mention bien en Master 1. Mémoire sur le droit des successions. Correct. Ici, nous travaillons vite. Nous travaillons bien. Nous ne tolérons pas l'approximation. Vous allez apprendre énormément. Si vous êtes prête à travailler dur, l'aide-vous. « Euh, oui, maître, absolument. » « Bien. Léa va vous faire visiter et vous expliquer les procédures. Des questions ? » « Non, maître, merci. » « Parfait. » Elle appuie sur un bouton de l'interphone. « Léa, vous pouvez venir ? » Trente secondes plus tard, la porte s'ouvre, et là, j'ai eu mon premier soulagement de la journée. Léa. Léa Moreau. 32 ans, assistante juridique de Maître Mercier depuis cinq ans. Quand elle est entrée dans le bureau, j'ai immédiatement senti que ça allait bien se passer. Elle avait un grand sourire chaleureux, des yeux pétillants, cheveux châtains détachés jusqu'aux épaules, jean noir, blazer gris, petite basket blanche. Le contraire absolu de Maître Mercier. « Salut Marie, bienvenue au cabinet. Tu es prête pour la visite guidée ? » Son tutoiement m'a immédiatement détendu. On est sorti du bureau de Maître Mercier et Léa a commencé la visite. Alors, voilà, on est au deuxième étage. C'est l'étage du droit de la famille et du droit du travail. Premier étage, c'est le commercial et les affaires. Troisième étage, c'est l'administratif et la compta. Et au rez-de-chaussée, tu as l'accueil et la salle de réunion principale. Elle m'a montré chaque bureau, me présentant rapidement les occupants quand ils étaient là. « Ici, c'est le bureau de Maître Fontaine. Jean Fontaine, 58 ans, spécialisé en droit commercial. Attention, il est adorable, mais grognons le matin. Ne lui parle jamais avant 10 heures. Jamais ! Il a besoin de ses trois cafés avant d'être un humain. » J'ai ri. Léa continuait. Là, c'est le bureau de Maître Arnaud. Sophie Arnaud, 32 ans, droit des affaires, brillante, ambitieuse, elle parle beaucoup, mais elle est trop sympa, tu verras. Et on a continué la visite. La bibliothèque juridique. Tu vas y passer beaucoup de temps, prépare-toi. La salle de pause. Notre sanctuaire. Le royaume du café et des potins. Les toilettes. Et la salle de photocopie. Et voilà ton bureau. Cool. Un petit bureau dans une pièce partagée avec un autre stagiaire. Thomas. Thomas Dufresne. 27 ans. Master 2. Endroit des affaires. Grand. Cheveux bruns un peu en bataille. Sourire facile. « Salut, t'es la nouvelle ? Bienvenue dans notre palace partagé ! » Il m'a montré mon bureau, une table, un ordinateur, une lampe, un téléphone. Basique quoi, mais fonctionnel. La matinée est passée à toute vitesse. Léa m'a expliqué les systèmes informatiques, les codes d'accès, les procédures internes, comment remplir les feuilles de temps, comment utiliser la base de données juridiques, comment s'organiser quoi. J'ai pris des notes frénétiquement, page après page. J'avais l'impression de boire à la lance incendie. À midi et demi, Léa est venue me chercher. « Allez, viens, pause déjeuner, je vais te montrer notre petit resto préféré. » Et c'est là que tout a basculé. Journal audio de Marie, lundi 4 septembre, 22h15. Alors on est sortis du cabinet, Léa et moi, direction une petite brasserie rue de la Boétie, à deux rues de là. Une vraie brasserie parisienne typique. Napa carreau rouge et blanc, chaise en retain, menu à l'ardoise, serveur en gilet noir qui slalome entre les tables avec une efficacité impressionnante. Il a salué le serveur, visiblement un habitué, et on s'est installé en terrasse malgré le temps un peu gris. Alors, première matinée, pas trop dure ? Intense, mais bien, tout le monde a l'air sympa. Tu vas voir, c'est une bonne équipe. Maître Mercier, elle est stricte, mais juste. Et elle adore les stagiaires motivés, donc si tu bosses bien, elle va t'adorer. On a commandé, salade César pour elle, croque-monsieur pour moi, et un verre de vin blanc pour moi, parce qu'à Paris... On boit du vin blanc le midi, apparemment. C'est normal. Léa m'a posé plein de questions. D'où je venais ? Pourquoi le droit ? Comment je trouvais Paris ? Où j'habitais ? Elle était vraiment intéressée. Elle m'écoutait vraiment. Ça m'a détendu. Pour la première fois de la journée, je me sentais un peu moins perdu. Et puis, à un moment, en levant les yeux vers la rue pour reprendre mon souffle dans la conversation, je les ai vus. De l'autre côté de la rue, sur le trottoir d'en face. Maître Fontaine et une jeune femme que je ne connaissais pas encore. Grande, brune, tailleur impeccable gris clair, attachée caisse en cuir, allure professionnelle assurée. Et ils avaient un comportement... étrange. Maître Fontaine regardait autour de lui, pas de manière naturelle, de manière furtive, comme s'il vérifiait que personne ne les observait. Lui a sorti quelque chose de sa mallette en cuir, Un dossier, une chemise cartonnée rouge assez épaisse, elle l'a tendue rapidement à la jeune femme. Elle l'a pris, il l'a glissé immédiatement dans son sac, sans même le regarder. Ils ont échangé quelques mots, je ne pouvais pas entendre bien sûr, et puis ils se sont séparés, rapidement. Lui est reparti vers le cabinet, elle a tourné dans une rue perpendiculaire et a disparu. Toute la scène a duré peut-être 30 secondes, 40 maximum. Mais il y avait quelque chose de bizarre. L'attitude de Maître Fontaine, ce regard nerveux, cette rapidité, cet échange presque secret. Pourquoi échanger un dossier dans la rue ? Pourquoi pas au bureau ? Pourquoi ce comportement furtif et bizarre ? Je me suis demandé si je devais en parler à Léa, mais j'ai hésité. C'était mon premier jour, je ne voulais pas passer pour une parano, pour quelqu'un qui voit des complots partout. Alors j'ai gardé ça pour moi, mais impossible de ne plus y penser. Léa continuait à me parler des différentes personnes du cabinet, des anecdotes amusantes, mais moi dans ma tête, je rejouais la scène, l'échange, le dossier rouge, le regard nerveux. Qu'est-ce que c'était ? Une affaire confidentielle ? Des documents qu'il ne fallait pas faire circuler officiellement ? Une collaboration secrète ? Mon cerveau de juriste apprenti s'emballait. À la fac, en cours de procédure pénale, le professeur nous avait dit « Un bon avocat, c'est quelqu'un qui remarque les détails, les incohérences, les choses qui ne collent pas, parce que souvent, c'est dans ces détails que se cache la vérité. » Et là... Quelque chose ne collait pas. Journal audio de Marie, mardi 5 septembre, 19h. Deuxième jour au cabinet, et l'affaire du dossier rouge continue de me travailler. Ce matin, pendant la réunion d'équipe hebdomadaire, j'ai observé Maître Fontaine. Discrètement. Il avait l'air normal, concentré, peut-être un peu stressé, mais pas plus que les autres. Il a présenté ses dossiers en cours, a posé des questions techniques à ses collègues. Rien de suspect. Et puis, à la pause café, j'ai croisé la jeune femme brune, celle d'hier. Elle était à la machine à café en train de discuter avec deux autres avocats. Thomas était avec moi, je lui ai demandé discrètement. « C'est qui la femme brune là-bas ? » « Ah, Chloé, Chloé Beaumont, avocate associée spécialisée en droit du travail. Elle est au cabinet depuis trois ans. Pourquoi ? » « Non, rien, je voulais juste mettre un nom sur les visages. » Chloé Beaumont, droit du travail. Et Maître Fontaine, c'est du droit commercial. Deux domaines différents. Pourquoi échangerait-il un dossier en cachette ? À moins que ? À moins que ce soit quelque chose qui concerne les deux domaines ? Une affaire complexe ? Ou alors quelque chose de personnel ? L'après-midi, j'ai essayé de me concentrer sur mon travail. Maître Mercier m'a confié un premier dossier, un divorce avec partage de biens. Mon rôle, faire une recherche juridique sur la jurisprudence récente. Excitant. Enfin excitant pour une stagiaire. Pour les autres, c'est probablement routinier. Mais même en travaillant, je pensais au dossier rouge. Impossible de le sortir de ma tête. Journal audio de Marie, mercredi 6 septembre 20h30. Troisième jour. Troisième jour et je commence à me sentir ridicule. J'ai passé les deux derniers jours à épier mes collègues comme une détective amateur. Résultat, rien. Absolument rien de suspect. Maître Fontaine fait son travail, Chloé fait son travail, tout le monde fait son travail, tout le monde est normal, professionnel et courtois. Ce matin, j'ai tenté une approche plus directe. Pendant la pause déjeuner, j'ai posé des questions à Léa, subtilement. « Dis Léa, Maître Fontaine et Chloé, ils travaillent souvent ensemble ? » Elle m'a regardé bizarrement. « Fontaine et Chloé ? » « Non, pas vraiment. Lui, c'est du commercial, elle, c'est du droit du travail. Deux mondes différents. Pourquoi tu demandes ça ? » « Non, rien. Je me demandais juste comment les collaborations fonctionnent ici. » Elle a haussé les épaules et a continué à manger sa salade. « Bon. Donc, ils ne travaillent pas ensemble. » Ce qui rend l'échange de dossiers encore plus étrange. Cet après-midi, Thomas m'a surprise en train de regarder fixement Maître Fontaine à travers la vitre de son bureau. « Euh, Marie, ça va ? » Je me suis retourné brusquement, un peu gêné. « Oui, oui, je réfléchissais. » « Euh, tu le regardais quand même depuis genre cinq minutes, c'est un peu flippant. » « Ah, merde. » « Bon, ok. Tu promets de ne pas te moquer ? » « Promis. » Et je lui ai tout raconté. L'échange de dossiers dans la rue, mon observation, mes théories farfelues, mon enquête ridicule. Évidemment, Thomas a éclaté de rire. Quand Thomas a fini de rire, ce qui a pris un moment, il m'a regardé avec un grand sourire. « Marie, tu es géniale, vraiment. Mais je crois que je sais ce que c'est. » « Ah oui ? » Mon cœur battait vite, j'allais enfin savoir. Lundi, c'était l'anniversaire de Maître Mercier. Elle a eu 55 ans. Tout le cabinet lui a offert un cadeau, un voyage. Une semaine en Toscane dans une villa de luxe avec des cours de cuisine italienne. Tu sais, elle adore l'Italie. Ok, et ? Et Chloé et Fontaine ? « T'es chargé de préparer tout ça, de réserver la villa, de préparer l'enveloppe, de collecter l'argent de tout le monde, d'organiser la surprise. Le dossier rouge que tu as vu, c'était probablement les documents de réservation, les vouchers, les infos pratiques. Il voulait garder la surprise, donc il faisait ça discrètement, en dehors du bureau. » J'ai cligné des yeux et je me suis senti un peu bête, plusieurs fois comme si mon cerveau refusait de traiter l'information. « Quoi ? » « Oui, un cadeau d'anniversaire, c'est tout. Pas de complot, pas d'affaire louche. Juste une surprise pour la patronne. » Oh mon Dieu, je me suis mis à rire. D'abord un petit rire nerveux, puis un vrai fou rire. Thomas a ri avec moi. « Je suis tellement bête. » « Non, t'es pas bête, t'es observatrice, c'est bien. C'est juste que parfois, la vérité est beaucoup plus simple qu'on ne le pense. » Et il avait raison, complètement raison. J'avais passé trois jours à imaginer des scénarios complexes, des affaires secrètes, des documents confidentiels, et en réalité, c'était juste un cadeau d'anniversaire. Une gentille surprise. Rien de bien mystérieux. Journal audio de Marie, dimanche 10 septembre, 18h. Alors voilà, ma première semaine à Paris, ma première semaine au cabinet, et ma première leçon, ne pas tout compliquer. Oui, je me suis trompé. Oui, j'ai vu un mystère là où il n'y en avait pas. Mais en même temps... Je pense que Thomas avait raison. C'est bien d'observer. C'est bien de remarquer les détails. C'est bien de se poser des questions. Parce qu'un jour, peut-être, il y aura vraiment quelque chose d'étrange. Et je le remarquerai. Et j'aurai raison de le remarquer. Mais pour l'instant, je dois apprendre à faire la différence entre une vraie incohérence et une simple surprise partie. Cette semaine, j'ai aussi appris plein d'autres choses. Comment naviguer dans le métro ? Comment commander dans une brasserie parisienne ? Comment parler à des avocats seniors sans bafouiller ? Comment utiliser une photocopieuse industrielle ? Comment faire une recherche juridique efficace ? Et surtout, surtout j'ai compris que Paris, c'est différent. C'est rapide, c'est intense, c'est parfois un peu froid. Mais il y a aussi de la chaleur. Léa qui m'a prise sous son aile, Thomas qui m'a fait rire, le serveur de la brasserie qui a commencé à reconnaître ma tête. Je commence à trouver mes marques. Lentement, mais sûrement, un jour à la fois. Ce soir, en regardant par la fenêtre de mon studio, je vois les toits de Paris, les lumières qui s'allument, le bruit de la ville qui ne s'arrête jamais, et je me dis « Ok Marie, tu es là, tu vas faire des erreurs, tu vas te tromper, tu vas parfois te sentir perdue, mais c'est ok, c'est normal, parce que c'est comme ça qu'on apprend. » Bilan, première semaine, terminé. Et vous savez quoi ? Malgré tout, je crois que je vais aimer cette vie parisienne. Voilà, c'est fini pour aujourd'hui. Vivement la semaine prochaine. Alors voilà, c'est fini pour le premier épisode des Carnets de Marie. J'espère que vous aurez pris du plaisir à l'écouter comme moi j'en ai eu, à vous le conter. A bientôt pour les prochains épisodes.