Speaker #0Bonjour à tous et bienvenue dans Les mots d'Étienne et notre série Les carnets de Marie. Alors au cours de ce deuxième épisode, la routine personnelle, nous allons voir le mystère de la voisine du cinquième. En résumé, Marie observe un changement radical dans la routine de sa voisine du cinquième étage, Madame Beaumont. Pendant trois ans, Madame Beaumont est partie tous les matins à 8h30 précise, habillée de manière impeccable, mais depuis quinze jours, tout a changé. Départ à 7h45, tenue décontractée, sourire radieux. Intrigué par ce bouleversement mystérieux, Marie mène sa petite enquête et découvre une histoire touchante de réinvention personnelle. Journal audio de Marie, mercredi 20 septembre, 21h. Bon, ça fait maintenant trois semaines que j'habite à Paris et je commence à comprendre un truc fondamental sur la vie en immeuble parisien. On ne connaît pas vraiment ses voisins, mais on connaît leurs habitudes. C'est bizarre quand on y pense. Je ne sais presque rien de mes voisins en tant que personnes. Leur prénom, parfois leur nom de famille sur les boîtes aux lettres, c'est à peu près tout. Mais leur routine, leurs horaires, leur petite manie, ça, je les connais par cœur. Par exemple, le couple du deuxième étage, ils partent courir tous les matins à 6h30. Je les entends dévaler les escaliers, lui a un pas lourd, elle est plus légère. Ils reviennent une heure plus tard. essoufflés, et je les entends monter lentement, s'arrêtant à chaque palier. La jeune femme du troisième joue du piano tous les soirs entre 19 et 20 heures. Toujours les mêmes gammes pour commencer, puis des morceaux classiques que je ne reconnais pas toujours. Des fois c'est joli, des fois c'est dissonant, mais c'est régulier comme une horloge. Monsieur Chen, lui le gardien de l'immeuble, arrive tous les matins à 7 heures pile. J'entends sa clé dans la serrure de la porte d'entrée, puis ses pas dans le hall, puis le bruit de son balai sur le carrelage. Tous les jours, sans exception, même le week-end. Et puis, et puis il y a Mme Beaumont. Mme Beaumont habite au cinquième étage, juste au-dessus de chez moi. Soixante ans environ, élégante, toujours impeccablement habillée, cheveux gris coiffés en chignon strict, maquillage discret mais présent, tailleur coordonné. chaussures à talons, sacs à main en cuir. Le premier jour où je l'ai croisée dans l'escalier, elle m'a souri poliment et m'a dit « Bienvenue dans l'immeuble, mademoiselle. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à frapper, cinquième étage, porte de droite. » Une voix douce, un ton posé, un sourire bienveillant. Et depuis trois semaines, j'ai intégré sa routine dans mon paysage sonore du quotidien. Parce que Mme Beaumont... C'était l'horloge humaine de l'immeuble, la routine incarnée. Tous les matins, du lundi au vendredi, à 8h30 précise, et je veux dire précise, à la minute près, j'entendais sa porte s'ouvrir. Puis ses pas dans le couloir au-dessus de ma tête. Puis sa descente dans l'escalier. Clac, Le bruit régulier de ses talons sur les marches en bois. Toujours le même rythme. Ni trop rapide, ni trop lent. Mesurée, élégant, quoi. Je la croisais parfois dans le hall, toujours le même sourire poli, toujours la même tenue, tailleur street, marine, gris ou noir, chemisier blanc ou crème, escarpin assorti, sac à main en cuir cognac, les cheveux tirés en arrière, le maquillage parfait. Bonjour, mademoiselle. Belle journée, n'est-ce pas ? Bonjour, madame Beaumont. Oui, très belle. Et elle disparaissait dans la rue, direction le métro j'imagine, pour aller travailler quelque part dans Paris. Elle rentrait tous les soirs vers 19h, même scénario, clac clac clac dans l'escalier, porte qui s'ouvre, porte qui se referme, silence jusqu'au lendemain matin. Trois semaines d'observation, trois semaines de routine parfaite. Jamais de variation, jamais de surprise. C'était rassurant en fait. Dans ma vie parisienne encore un peu chaotique, la routine de Mme Beaumont était un point fixe. Et puis, il y a quelques jours, tout a changé. C'était un lundi matin, le 11 septembre. Je m'en souviens précisément parce que c'était le jour où Maître Mercier m'a confié mon premier vrai dossier en autonomie. Ce matin-là, je prenais mon café dans ma cuisine, dans ma mini-cuisine. Enfin, dans un coin de ma cuisine, quoi, parce que dans 18 mètres carrés, on ne peut pas vraiment parler de cuisine. Il était 7h40. J'écoutais les bruits de l'immeuble qui se réveille, le couple du deuxième qui revenait de son jogging, la fille du troisième qui fermait sa porte pour partir au travail. Et puis j'ai entendu des pas au-dessus de ma tête, dans l'appartement de Mme Beaumont. Mais attendez, il était seulement 7h40. Madame Beaumont ne partait jamais avant 8h30. Qu'est-ce qu'elle faisait debout si tôt ? J'ai entendu sa porte s'ouvrir, puis ses pas dans le couloir, et là, surprise, pas de talons, des pas légers, amortis, des baskets peut-être. Elle a descendu l'escalier rapidement, beaucoup plus rapidement que d'habitude. Je suis sortie sur le palier, curieuse. Et j'ai aperçu son dos qui disparaissait dans la cage d'escalier. Jeans. Elle portait un jean. Madame Beaumont, l'incarnation de l'élégance classique, portait un jean. Et pas seulement un jean. Un sweatshirt ample, des baskets, et elle avait un grand sac de sport à l'épaule. J'ai cligné des yeux. Est-ce que c'était vraiment elle ? Est-ce que je rêvais encore ? Mais non. C'était bien elle. Je l'ai reconnue à sa silhouette. Ça démarre, même si tout le reste avait changé. Je suis retourné dans mon studio, perplexe. Bon, elle avait peut-être un rendez-vous médical ou une urgence familiale. Ça arrive. Sauf... Sauf que le lendemain, mardi, même scénario, 7h45. C'est pas dans l'escalier, un jean, un sweatshirt, des baskets... Un sac de sport et un départ rapide. Mercredi, même chose. Jeudi, pareil. Vendredi, encore. Une semaine entière, sept jours consécutifs, la routine parfaite de Mme Beaumont, établie depuis des années visiblement selon M. Chen, avait complètement explosé. Plus de tailleur, plus de talon, plus de chignon strict, plus de départ à 8h30. Maintenant, jean, basket, cheveux détachés, et départ à 7h45. Et surtout, et c'est ça qui m'a le plus frappé, elle souriait. Elle souriait vraiment. Le sourire poli et mesuré d'avant, non, un vrai sourire. Large, lumineux, le sourire de quelqu'un qui est content, vraiment content, de partir quelque part. Je l'ai croisé vendredi matin dans le hall. Elle fermait sa boîte aux lettres. Bonjour, madame Beaumont. Ah, bonjour, Marie, belle matinée, n'est-ce pas ? Même voix douce, mais quelque chose avait changé dans son ton, plus léger, plus joyeux. Oui, très belle. Vous allez faire du sport ? J'avais posé la question sans réfléchir. Un peu direct, peut-être, mais j'étais trop curieuse. Elle a souri encore plus largement. « En quelque sorte, oui. J'ai une nouvelle activité le matin et ça me fait un bien flou. Bonne journée, Marie. » Et elle est partie, le pas léger presque bondissant. Une nouvelle activité. Bon, ça répondait à une question, mais ça en soulevait mille autres. Quelle activité ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, pourquoi ce changement radical, soudain, après des années ? de routine immuable. Journal audio de Marie, jeudi 21 septembre, 19h30. Bon, je sais ce que vous pensez, pourquoi est-ce que ça m'intéresse autant ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas simplement me dire Tant mieux pour elle, elle a trouvé une nouvelle passion et est passée à autre chose. La réponse est simple. Est-ce que je suis comme ça ? Curieuse, observatrice. Mon prof de droit pénal à Angers disait toujours « Marie, vous avez l'esprit d'une enquêtrice, vous ne lâchez jamais une question sans réponse. » C'était un compliment, je crois. Ou peut-être une manière polie de dire que je suis chiante quand quelque chose m'intrigue. Bref, j'ai décidé de mener ma petite enquête, discrètement, juste pour comprendre. Lundi matin, j'ai commencé par interroger M. Chen. M. Chen, c'est le gardien de l'immeuble, 65 ans, d'origine chinoise, en France depuis 40 ans. Il connaît tout le monde. Il voit tout, il sait tout. C'est la mémoire vivante de l'immeuble. Je l'ai trouvé dans sa loge, en train de trier le courrier. Bonjour M. Chen. Ah bonjour Marie. Comment vas-tu ce matin ? Il me tutoyait depuis la deuxième semaine. J'avais passé le cap du vouvoiement formel. Ça m'avait fait plaisir. Bien, merci. Dites, M. Chen, je peux vous poser une question un peu bizarre ? Bien sûr, vas-y. Mme Beaumont, du cinquième, vous avez remarqué qu'elle a changé ses horaires récemment ? Il a levé les yeux de son courrier et m'a regardé avec un petit sourire en coin. Ah ! Toi aussi, tu as remarqué ? Oui, oui. Depuis deux semaines. Elle part maintenant à 7h45 au lieu de 8h30. Et regarde ! Il s'est penché et a sorti quelque chose de sous son bureau. Un grand sac de sport bleu marine. Elle a demandé si elle pouvait laisser ce sac ici pendant la journée. Il est trop lourd pour le porter toute la journée au bureau, apparemment. Alors elle le dépose le matin et elle le reprend le soir. Et vous savez ce qu'il y a dedans ? Il a haussé les épaules. « Je n'ai pas regardé, bien sûr, mais c'est lourd. Et ça a l'air mouillé parfois quand elle le reprend. Peut-être de la natation. » « De la natation ? Possible. Ça expliquerait les cheveux détachés, le sac de sport, les horaires matinaux. Et elle vous a dit pourquoi ce changement soudain ? Non, mais je peux te dire une chose. Elle a l'air heureuse, vraiment heureuse. » En trois ans que je la connais, je ne l'avais jamais vue sourire comme ça. Trois ans. Donc la routine de 8h30 durait depuis au moins trois ans. Et d'un coup, tout change. Il y avait forcément une raison. Le lendemain, mardi midi, j'en ai parlé à Léa au déjeuner. Léa et moi, on avait pris l'habitude de déjeuner ensemble deux ou trois fois par semaine. C'était devenu notre moment pour papoter, décompresser, parler de tout et de rien. On était installés dans notre brasserie habituelle, terrasse ensoleillée, salade niçoise pour elle, croque-madame pour moi. « Léa, je peux te raconter un truc bizarre ? » « Oh là là ! Encore une de tes observations mystérieuses ! Allez, vas-y, je t'écoute. » Je lui ai raconté l'histoire de Madame Beaumont. Les trois ans de routine, le changement soudain, les horaires, la tenue, le sac de sport. Léa m'a écouté attentivement. Puis elle a souri. « Tu sais ce que j'en pense ? » « Je pense qu'elle a eu un déclic. » « Tu sais ces moments dans la vie où tu te dis « Bon, c'est maintenant ou jamais » . Peut-être qu'elle a toujours voulu faire du sport le matin, mais qu'elle n'osait pas. Peut-être qu'elle s'est dit qu'à 60 ans, c'était le moment de retrouver quelque chose qu'elle aimait avant. » « Tu penses que c'est quelque chose qu'elle faisait avant ? » « Peut-être. » « Ou quelque chose qu'elle a toujours rêvé de faire. » « Tu sais, moi j'ai une tante qui a 55 ans. » « C'est mise au tango. » « Comme ça. Du jour au lendemain. » Tout le monde était surpris. Mais en fait, elle y pensait depuis des années. Elle s'était juste jamais autorisée à le faire. Et un jour, elle a décidé. « C'est maintenant. » Intéressant. S'autoriser à faire quelque chose. Briser sa propre routine, oser changer. Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi après trois ans de routine stricte ? Léa avait haussé les épaules. Peut-être qu'il s'est passé quelque chose. Un anniversaire qui fait réfléchir, un ami qui lui a parlé de quelque chose, une pub, un article. Parfois, ça prend pas grand-chose pour déclencher un changement, une nouvelle habitude. Peut-être. Journal audio de Marie, samedi, 23 septembre, 9h30. Samedi matin, je me suis levé tôt, enfin, tôt pour un week-end, genre 8h. J'avais décidé de faire quelque chose que je n'ai jamais fait. Suivre Mme Beaumont. Bon, je sais, ça sonne un peu bizarre, mais écoutez, j'étais vraiment trop curieuse. Et puis, c'était dans un lieu public, pas chez elle. Je ne franchissais aucune ligne vraiment problématique. Enfin, je me suis persuadé de ça. 7h40, j'étais déjà habillé. Café avalé, prête. J'ai entendu ses pas au-dessus, puis dans l'escalier. J'ai attendu quelques secondes, puis je suis sorti discrètement. Je l'ai vu tourner au coin de la rue. Je l'ai suivi à bonne distance. Elle marchait d'un bon pas, son sac de sport sur l'épaule, les écouteurs dans les oreilles. Elle avait l'air... « Libre. C'est le mot qui m'est venu. Libre. » Elle a pris le métro à Parmentier, ligne 3 direction Pont-de-le-Vallois. Je suis monté dans la rame d'à côté. Je la voyais à travers les vitres entre les wagons. Elle regardait par la fenêtre, perdue dans ses pensées. Un petit sourire aux lèvres. Changement à République, ligne 5 direction Bobigny. Elle est descendue à Quai de la Rappe. Quai de la Rappée. « Près de la Seine. » Je l'ai suivie à distance. Elle a marché le long de la Seine vers l'Est, jusqu'à un endroit que je n'avais jamais remarqué. Un petit club nautique presque caché sous un pont. Une pancarte. Club de kayak de Paris. Inscription ouverte. « Kayak. » Madame Beaumont faisait du kayak. Je me suis caché derrière un arbre. Oui, je sais, très discret. Et je l'ai observée. Elle est entrée dans un petit bâtiment du club et en est ressortie quelques minutes plus tard en combinaison néoprène. Elle a rejoint un groupe d'une dizaine de personnes sur le quai. Un moniteur leur parlait, expliquait des gestes, montrait des techniques. Et puis, ils sont tous montés dans leur kayak et se sont élancés sur la scène. Au début, maladroitement, certains zigzaguaient, d'autres avaient du mal à coordonner leurs mouvements. Mais Mme Beaumont, elle, elle pagaillait avec aisance, fluidité, avec grâce, comme si elle avait fait ça toute sa vie. J'ai regardé pendant une heure, le soleil se levait sur la scène, les kayaks glissaient sur l'eau dorée et Mme Beaumont souriait, vraiment souriait, en pagaillant. Journal audio de Marie, lundi 25 septembre, 20h. Lundi soir, en rentrant du travail, j'ai croisé Mme Beaumont dans l'escalier. Elle montait, moi je montais aussi. On s'est retrouvés au troisième étage. « Bonsoir Marie. » « Bonsoir Mme Beaumont. » On a continué à monter ensemble, et là, je me suis lancé. « Mme Beaumont, je peux vous poser une question ? » « Bien sûr ma chère. » « Samedi matin, je vous ai vu au club de kayak. » Elle s'est arrêtée sur le palier du quatrième. Elle m'a regardé avec un petit sourire amusé. « Ah bon ? Tu m'as suivi ? » J'ai rougi, évidemment. « Euh... Oui, pardon, c'était très indiscret. Mais j'étais tellement curieuse. Vous aviez changé toute votre routine et je... Pardon. » Elle a ri, un vrai rire, chaleureux. « Ne t'excuse pas, c'est plutôt mignon cette curiosité. Tu veux savoir pourquoi ? Si vous voulez bien me le dire, oui. Monte. Je vais te faire un thé et je vais tout te raconter. » Son appartement était magnifique, lumineux, bien rangé, décoré avec goût. Des photos au mur, des paysages, des rivières, des montagnes. Et sur une étagère, une vieille photo encadrée, une jeune femme d'une vingtaine d'années en combinaison de kayak, pagaie à la main, sourire immense. « C'est vous ? » « Oui, j'avais 22 ans. C'était en Bretagne, où j'ai grandi. » Je faisais du kayak depuis que j'avais 15 ans. C'était ma passion, ma vie. Elle m'a servi le thé et on s'est assises dans son salon. Et puis, la vie est arrivée, les études, le travail, le mariage, les enfants, Paris, toutes ces choses importantes, tu vois. Et petit à petit, le kayak est devenu un souvenir. Quelque chose que j'avais fait avant, quelque chose de ma jeunesse. Vous avez arrêté complètement ? Oui, pendant quarante ans, quarante ans sans pagailler une seule fois, sans sentir l'eau glisser sous le kayak, sans voir le soleil se lever sur la rivière. Sa voix était douce, mais je sentais l'émotion. Et il y a trois semaines, je marchais dans le marais et je suis tombé sur une affiche. Club de kayak de Paris, cours le matin, débutant accepté. J'ai pris la rue en photo. Je suis rentré chez moi et j'ai passé toute la soirée à me demander pourquoi pas. Et vous avez décidé de le faire. Oui, le lendemain j'ai appelé. Je me suis inscrite et depuis, tous les matins, je vais pagayer sur la scène. Et tu sais quoi ? C'est comme si j'avais retrouvé une partie de moi que j'avais oubliée. Ou plutôt que j'avais mise de côté pendant trop longtemps. On a parlé pendant une heure. Elle m'a raconté ses souvenirs de Bretagne, les rivières qu'elle descendait, les compétitions auxquelles elle participait, la sensation de liberté sur l'eau. Et puis, elle m'a dit quelque chose qui m'a vraiment touché. « Tu sais, Marie, les routines, c'est rassurant. Ça nous donne une structure. Mais parfois, les routines nous figent. On devient nos habitudes. On oublie qu'on peut changer. » Qu'on peut oser, qu'on peut retrouver ce qu'on a aimé. Vous regrettez d'avoir attendu si longtemps ? Non, non, parce que maintenant, je sais que c'était le bon moment, et surtout, je sais qu'il n'est jamais trop tard. Journal audio de Marie, dimanche, 1er octobre, 8h. Ce matin dimanche, je me suis levé à 7h. J'ai enfilé un vieux jogging, des baskets, et je suis allé au club de kayak. Madame Beaumont m'attendait sur le quai, déjà en combinaison, avec un sourire complice. « Tu es venu ! » Vous m'avez donné envie. Le moniteur m'a prêté une combinaison et un kayak. J'ai écouté les instructions, un peu nerveuse. Et puis je me suis lancé sur l'eau. C'était difficile au début. Je zigzaguais, je perdais l'équilibre. Mais petit à petit, j'ai trouvé le rythme, la cadence. Et j'ai commencé à glisser sur l'eau. Le soleil se levait sur Paris. Les immeubles haussmanniens dorés par la lumière du matin. La Seine qui scintillait. Le silence juste rompu. par le bruit des pagaillés dans l'eau. C'était magique. Et Mme Beaumont, qui pagayait à côté de moi, était radieuse. Ce que j'ai compris ce matin-là, c'est que les routines, ce n'est pas le problème. Le problème, c'est quand les routines deviennent des prisons. Quand on fait les choses par habitude, plutôt que par choix. Mme Beaumont n'a pas détruit sa routine. Elle l'a transformée. Elle a décidé de faire de la place pour quelque chose qu'elle aime vraiment. Et moi ? Eh bien, je crois que je vais ajouter une nouvelle routine à ma vie parisienne. Tous les dimanches matins, sur la Seine, avec ma voisine du cinquième qui m'a appris qu'il n'est jamais trop tard pour retrouver ce qu'on aime. Nous voici donc arrivés à la fin de ce deuxième épisode des Carnets de Marie. Merci de l'avoir écouté. J'espère que vous avez pris plaisir à l'écouter justement. A bientôt pour le troisième épisode. Et en attendant, n'oubliez pas d'écouter les mots d'Étienne pour travailler votre vocabulaire, vos pratiques et votre français du quotidien. A bientôt !