- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast de l'Office National de Diffusion Artistique, mais vous pouvez nous appeler Onda. Merci d'avoir appuyé sur le bouton lecture de cet épisode. Nous vous emmenons avec nous à la rencontre de professionnels et artistes inspirants et inspirantes du spectacle vivant, qui viennent d'ici et d'ailleurs. À Onda, ce qui nous a... anime et fait vibrer, c'est de faciliter, soutenir, mettre en relation, écouter, conseiller, toujours dans l'optique d'être utile aux opérateurs et opératrices du spectacle vivant. Pour en savoir plus sur nous et sur notre actualité, rendez-vous sur Dans ce nouvel épisode, nous vous invitons à rencontrer Nicolas Fayol et Johana Malédon, deux chorégraphes, danseurs et participants au matinée pitching du Focus Dance 2025, organisé en partenariat par la Biennale de Lyon, Onda et l'Institut français. Après avoir présenté aux professionnels du secteur leurs projets en diffusion et en cours de création, ils reviennent avec les conseillers Régis Plot et Anne Routin sur leur parcours, leurs démarches artistiques et la façon dont ils appréhendent cette expérience de mise en réseau. Bonne écoute !
- Speaker #1
Bonjour Johana Malédon, tu es originaire de Guyane, tu vis à Paris, tu es interprète mais également chorégraphe de la compagnie MAL. Je te laisse te présenter.
- Speaker #2
Alors je suis Johana, chorégraphe et interprète. Les deux termes, pour moi, se nourrissent beaucoup. Et actuellement, en Allemagne, je peux l'ajouter aussi en création au Tonsminster et en train de développer deux projets, titre provisoire plus, qui est la suite de mon solo qui est sorti en janvier 2025. et Trash Hole qui sera pour fin 27, je l'espère. Mon travail part de la création de la compagnie, donc Mal. On m'a beaucoup demandé pourquoi Mal, vu que c'est une compagnie qui initialement était vraiment formée de femmes, uniquement d'artistes féminines. Je prends le terme Mal dans son sens premier de prise d'espace, de territoire, de prendre une voie aussi, de se poser et de pouvoir s'imposer également dans une manière de s'exprimer. exprimer du plateau, de prendre des décisions. Et donc ma démarche, elle part de cette envie-là de prendre l'espace et de mon rapport à l'espace et comment on peut se positionner différemment et comment le corps, il évolue justement dans tous ces espaces-là. Donc en passant par à bientôt, ma première pièce qui était dans le déplacement, dans le départ, comment on le vit comme un simple déplacement d'un point à l'autre, mais aussi comme un arrachement et qu'est-ce que ça évoque aussi dans le corps et qu'est-ce que ça déclenche. Et puis dernièrement, titre provisoire, qui se passe un peu dans l'entre-deux. cette idée de transformation et de déviation vers autre chose qui peut toucher aussi à la créature. Je prends vraiment le corps comme un espace de jeu, mais aussi qui est assez révélateur de tout ce qu'on a pu apprendre dans notre éducation, mais tout ce qu'on accueille aujourd'hui, et comment, par lui-même, mettre en place des éléments, des processus qui permettent de révéler ces choses-là. Et donc aussi le choix des interprètes est hyper important dans mon travail.
- Speaker #1
Ce que je lis quand même dans le titre... provisoire, c'est quand même l'affirmation d'une femme, aux multiples identités, mais d'une femme qui s'affirme. Et donc, ça m'amène aussi à savoir comment toi, tu revendiques cette chose-là. Et puis aussi, pour la suite dans Trash Hole, comment effectivement tu vas façonner ton équipe ?
- Speaker #2
Oui, dans titre provisoire, ça vient d'un ras-le-bol, à vrai dire. D'un Nicolas Fayol, je dirais, mais en tant qu'interprète, j'ai pu avoir différentes expériences. Et il y a eu une chose où quand je suis arrivée en France, j'ai eu envie de pouvoir m'adapter au maximum. Il y a ce rapport-là aussi d'adaptation qui, je pense, découle de la transformation et de la créature, mais de devoir façonner aussi mon corps ou mes pensées pour pouvoir correspondre ou qu'on ne me ramène pas aussi à ce qu'on peut y mettre directement comme étiquette. Et c'est parti de quelques réflexions qui m'ont vraiment marquée à un moment. Et je me suis dit, en fait, moi, je ne me vois pas ici et je ne me vois pas non plus là. Et je me vois vraiment dans cet entre-deux. L'idée de pouvoir utiliser ça, mais quand j'en ai envie ou pas, de pouvoir me confronter aussi à ces images-là ou ces clichés et de prendre ces décisions-là en étant dans une recherche de liberté et en effet d'affirmation. Et moi, mon affirmation, elle est dans cet entre-deux-là. Et pour Trash Hall, c'est bien sûr une continuité de ce travail-là, de toujours se questionner, dans un groupe et un collectif, où est-ce qu'on se place ? Qu'est-ce qui nous... impacts, quels choix on prend. Et en effet, il y a un gros questionnement par rapport justement à ces espaces qu'on peut mettre de côté, qu'on peut chercher à effacer. Ça a été très difficile pour moi, et ça l'est encore vu que je suis encore en train de travailler sur cette pièce, de pouvoir définir où est-ce que je place cette création. Parce qu'il y a beaucoup de sujets qui s'ouvrent là. On peut parler du corps de la femme quand elle a plus de 50 ans, en tant que danseuse aussi interprète. On peut parler aussi de toutes les discriminations également, mais aussi tous les aspects politiques ou même géographiques ou encore environnementaux. Il y a plein de choses qui ressortent. Mais ce que je retiens, c'est que dans ces espaces-là, il y a énormément de beauté, de force. Et dans ce qu'on peut voir comme désuet... passé ou peut-être trop mis en avant aussi, parce qu'en effet, ce sont des sujets qui ont déjà été abordés. Je ne débarque pas, mais qui sont toujours au centre de pas mal de problématiques et que je pense que la nouvelle génération aussi a des choses à apporter dans tout ça.
- Speaker #1
Donc effectivement, il y a toute cette affirmation-là. Et puis mon autre question, elle est plutôt effectivement sur... Là, tu es en train de t'affirmer en tant que chorégraphe, même si tu continues aussi à être interprète. Il y a aussi cette question-là, aujourd'hui, on est à la Biennale, on est dans le Focus Dance, il y a un moment de visibilité, on t'a invité à venir te présenter lors d'une séance de pitching. Comment tu envisages ces moments de visibilité ?
- Speaker #2
Cet exercice-là, il m'a montré et permis de pouvoir aussi me poser, et prendre le temps de me poser et mettre des mots sur mon travail, et de commencer à définir, parce qu'on est souvent dans l'action. Et ces temps de rencontre me sont forcément essentiels. J'essaye de ne pas les prendre comme quelque chose d'ultime, mais plutôt comme un exercice qui permette de pouvoir rencontrer aussi d'autres artistes et de pouvoir mettre un petit pied aussi dans des sphères où on n'a pas forcément l'opportunité dès le départ de rentrer et de pouvoir comprendre un peu aussi comment ça se passe et comment les autres fonctionnent. Je suis plutôt en fait en retrait et en observation de comment ça se passe quand je viens dans ces espaces-là. Essayer aussi de capter et de comprendre quels sont les choix aussi de certains, sur quoi ils mettent un peu plus le point pour... toujours penser à l'après. Je pense à comment faire mieux et comment aussi mettre des petites graines dans certains endroits mais toujours en gardant une attention de rester aussi propre à mes valeurs. Et je pense que ce sont plein de questions que beaucoup de chorégraphes déjà bien positionnés ont, mais encore plus quand tu es émergent, ce fameux terme aussi d'émergence. Quand est-ce qu'il arrive et jusqu'à quand il s'applique aussi et qu'est-ce qu'il donne comme... possibilités et droits également.
- Speaker #1
On parle effectivement de ne pas se perdre et ce que je trouve intéressant aussi c'est qu'effectivement il y a tes origines géographiques, il y a le fait que tu sois installée ici dans l'Hexagone à Paris, mais aussi tu développes plein d'activités en Europe, tu parlais de l'Allemagne, donc effectivement il y a aussi cette envie de s'ouvrir largement.
- Speaker #2
Complètement, il y a cette envie et ce besoin de m'ouvrir aussi à d'autres territoires. Parce qu'en fait, mon territoire, par nature, est lié à d'autres territoires. Onda, malheureusement, je pense, mais aussi c'est une richesse, un besoin d'ouverture et de devoir se projeter. Il y a un moment, juste un exemple, quand tu fais tes études, il faut que tu partes si tu veux faire plus. Il y a cette idée-là, toujours, d'aller chercher ailleurs ce que tu ne peux pas avoir sur le territoire. Après, il y a peut-être aussi un besoin de commencer à réfléchir à comment créer aussi sur le territoire ce genre d'opportunités. Mais j'ai une éducation qui est portée sur ça aussi, sur la richesse. Pour moi, c'est dans la confrontation qu'on grandit et qu'on peut remettre en question aussi des choses et que c'est compliqué de le faire seul. Et donc, à la fois, les rencontres sont importantes, à la fois aussi de pouvoir proposer son travail ailleurs. Et c'est vrai que j'ai pu ressentir ou découvrir beaucoup de choses sur mon propre travail en me le montrant sur d'autres territoires comme en Afrique de l'Ouest, par exemple, où c'était une pièce bientôt de femmes. où il y a très peu de danseuses féminines, en fait la scène est masculine, et il y a un réel questionnement sur le corps de la femme et sur sa représentation dans l'espace public, également à cet endroit-là, et ma pièce venant d'un tout autre territoire avec d'autres problématiques, je ne l'avais pas forcément mis au premier rang des sujets. Et donc ça permet aussi de pouvoir élargir le prisme de ses propres créations, et donc en recherche c'est encore plus riche.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #2
Merci Régis.
- Speaker #3
Bonjour Nicolas Fayol, on est très heureux de te recevoir. Onda pu voir faire fleurir dans le programme New Voices, coporté par la Biennale de danse de Lyon, l'Institut français et Onda. Ce programme ouvre des espaces de présentation pour des premiers gestes chorégraphiques. J'aimerais bien, dans un premier temps, que tu puisses me raconter ton parcours.
- Speaker #4
En effet, Faire fleurer est une première pièce que je signe seule et qui fait suite, je pense, à une longue sédimentation de tout plein de couches de danse et d'approche de la danse différente. J'ai commencé à danser avec le break à la campagne, donc j'ai jamais été... Hyper influencé par les espèces de grosses modes de break, parce qu'il y a quand même des façons de faire qui sont très fortes. J'ai toujours été un tout petit peu à côté des bases, des codes. Même si aujourd'hui j'adorerais plus avoir ces bases pour pouvoir plus communiquer avec les breakers et les breakerses. Voilà, j'ai fait ça, et puis ensuite j'ai fait une école de danse, et puis j'ai assez vite travaillé avec des chorégraphes, des metteurs en scène.
- Speaker #3
tu peux en citer quelques-uns ?
- Speaker #4
En ce moment, je dirais le dernier Christian Rizzo parce que c'est le plus présent et parce que j'aime beaucoup travailler avec lui alors je l'ai fait d'à côté une pièce jeune publique en 2017 et ensuite un solo qui s'appelait En son lieu qu'on a créé en 2020 et qui va continuer de tourner jusqu'à l'année dernière qui peut encore tourner et là je suis dans D'après une histoire vraie dans la reprise de D'après une histoire vraie
- Speaker #3
Et comment l'envie est née de faire ton propre travail, de signer tes propres créations ?
- Speaker #4
Il y a plein de raisons pour faire fleurir. En tout cas, il y a deux choses qui sont très combinées. Il y a ce truc où, en fait, il y a tout un pan de danse que je ne faisais jamais sur scène avec les chorégraphes. Parce que c'est une danse qui a besoin de proximité pour être reçue. En fait, c'est des danses, si tu fais, que tu regardes depuis loin le public, elles sont dures d'accès. C'est des danses petites. Mais finalement, comme le break qui est créé, quand on crée le break, quand on s'entraîne au break, il y a les gens qui sont autour de nous. Ils ne sont pas dans le public loin. et finalement c'est comme ça que cette danse est créée c'est comme ça qu'elle est restituée dans les cercles,
- Speaker #3
dans les battles c'est une danse qui est créée avec un public qui est proche Faire fleurir a été présenté dans ce programme des New Voices avec quand même une forte présence de programmateuristes à la fois nationaux et internationaux par ailleurs on t'a proposé également de faire un pitch, vraiment de présenter ton travail pas plus tard que ce matin pareil avec une forte mobilisation du secteur professionnel est-ce que pour toi dans ton premier geste artistique dans ta condition de déploiement d'un artiste émergent est-ce que des plateformes comme celle-ci sont vraiment importantes ?
- Speaker #4
Alors déjà je suis hyper reconnaissant du fait de pouvoir vraiment partager mon travail avec tous ces professionnels qui arrivent de partout je sais qu'il y a souvent une sorte d'appréhension avec les danseurs, danseuses, les chorégraphes sur ce truc. le truc de « Ah, il y a des pros, le public de pros. » Mais en fait, moi, je suis hyper heureux de danser devant des pros parce que je me dis que c'est des gens qui aiment la danse, en fait. Et qui sont même passionnés par la danse. Ils vont voir des spectacles tout le temps. Ils aiment plus la danse que moi. Donc, à cet endroit-là, je suis maintenant hyper heureux, en fait, de jouer devant des pros. En fait, je trouve quand même, sur cette question de visibilité, ce truc avec les pros, il y a une séparation qui est presque juste au niveau des mots entre les pros et les artistes. Finalement, je trouve qu'on est des gens qui aimons la danse, en fait. et que... Moi j'ai juste envie de partager ça d'abord, avant de parler business, de s'accorder sur les choses qu'on aime, sur les choses qu'on a vues, sur les choses qui se passent en ce moment, sur à quoi ça sert la danse, sur pourquoi on le fait, parce qu'elle est là la puissance. Elle est là la puissance de notre art aux danseurs, aux danseuses, elle est là la puissance des gens qui programment, c'est qu'on fait confiance à cet art qui est quand même très étrange, à cet art qui remue l'espace, qui fait confiance à l'invisible, qui fait confiance au fait que quand on danse, on part, Onda laissé quelque chose derrière nous. qui fait confiance aux souvenirs, parce que finalement, le seul endroit où s'imprime réellement le geste, c'est dans les souvenirs. Donc, les programmateurs, les programmatrices, les danseurs, les danseuses ont fait confiance à ça.
- Speaker #3
Ce serait réussi pour toi d'avoir participé à un New Voices, si quoi ?
- Speaker #4
Que ça offre des possibilités aussi que je n'aurais pas pu aller chercher tout seul, parce qu'avec ce New Voices, c'est plein de gens qui viennent à toi. Alors que souvent, quand même en tant qu'artiste, en tout cas à mon niveau, c'est moi qui vais chercher les gens et dire j'ai envie qu'on travaille ensemble. Et donc là, il y a tout plein de gens qui sont venus à moi, donc peut-être que ça peut ouvrir des espaces que je n'aurais même pas imaginé voir. Donc ça, ça serait super.
- Speaker #0
Merci beaucoup Nicolas. Merci pour votre écoute. Vous pouvez retrouver les podcasts de Onda sur toutes les plateformes d'écoute et sur notre site internet Onda dans la partie actualité et médias.