Description
L'interview d'exception de Julie Nadal, opératrice de vol habité chez MEDES.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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L'interview d'exception de Julie Nadal, opératrice de vol habité chez MEDES.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Alors, je m'appelle Julie Nadal, j'ai 25 ans et ça fait donc deux ans maintenant que je travaille pour une entreprise qui s'appelle le MEDES. En tant que, donc c'est un titre assez générique, qui est le poste d'ingénieur vol habité. On reviendra, je pense, un peu plus tard au cours de la réunion sur ce que ça implique. Et donc, je travaille sur Toulouse, ça fait maintenant cinq ans, un peu plus de cinq ans que j'y suis. Je viens de Montpellier originairement et j'ai fait quelques années par-ci par-là, notamment à Toulouse, à Lyon d'abord, et puis à l'étranger et ensuite à Toulouse.
Alors, quel a été votre parcours d'étudiante en fait ?
Donc moi, comme je le disais, j'ai commencé à Castelnau-le-Lest, donc juste à côté de Montpellier. Pour reprendre à peu près au niveau du bac, j'ai passé mes années de lycée au lycée Georges Pompidou à Castel-Lolulès, sur des études qui correspondent à un bac scientifique, donc aujourd'hui l'équivalent ce seraient les spécialités maths et physique. Donc j'ai fait mes années là-bas, je suis partie ensuite pour deux ans à Lyon en classe préparatoire, où j'ai fait une première année en MPSI, donc maths, physique, sciences de l'ingénieur. une deuxième année en PSI, physique et sciences d'ingénieur, avant de passer mes concours grandes écoles. Et après quoi, j'ai intégré l'ISAE Super Hero. C'est là que je suis arrivée à Toulouse. J'ai fait quatre ans à l'ISAE, dont un an de césure, donc trois ans effectifs sur l'école. Et sur la dernière année en particulier, j'ai fait un double master, qui est le master... ASEP avec l'université Paul Sabatier de Toulouse et donc ASEP ça veut dire astrophysique science de l'espace et planétologie et c'est comme ça que j'ai conclu mes études
Alors la question qu'on peut se poser c'est que en fait Isaeus Super Hero est très orienté à l'aérospatiale en lien avec l'astronomie et l'astrophysique mais pleinement sur les grands projets aérospatiaux et aéronautiques. La question, c'est pourquoi avoir enchaîné, s'être engagé au sein d'ISAE Supaéro, alors que plutôt dans le domaine de l'astronomie, de l'astrophysique, il y avait une possibilité de s'orienter vers un cursus de recherche, comme l'Observatoire de Midi-Pyrénées ou l'Observatoire de Paris ou plein d'autres observatoires.
Oui, alors c'est une bonne question. C'est vrai que j'ai assez tôt eu une appétence vers les domaines de la cosmologie et de l'astrophysique. Déjà quand j'étais enfant et assez simplement par le biais de regarder le ciel étoilé l'été avec ma famille. Ça s'est traduit aussi assez jeune dans mes lectures. J'étais peut-être une des seules à 12-13 ans. à voir mes livres d'Hubert Reeves, mes copains ne comprenaient pas forcément trop, que moi non plus, je ne comprenais pas vraiment, mais qui parlaient d'étoiles et donc qui me faisaient un peu briller les yeux. Notamment, il y a de très bonnes lectures, comme l'univers expliquait à mes petits-enfants, qui se comprennent très bien pour les plus jeunes. Et donc, c'est vrai que j'avais cette appétence-là, mais qui était restée, disons... parallèle à mon éducation et donc à la scolarité. Et au lycée, j'avais de plutôt bons résultats en maths physique. La suite logique, c'était la classe prépa. Pas que la voie universitaire ne me tentait pas, mais plus parce que ça permettait de me garder aussi plus de portes ouvertes. Et donc, après la classe prépa... La voie un peu logique, c'était les concours aux grandes écoles et derrière, une grande école. Et en fait, au contraire, là où c'est vrai que ce que tu dis, c'est que ça dénote un peu avec le parcours classique de l'astrophysique ou la cosmologie. Mais pour moi, c'était presque le moyen de me rapprocher de ces thématiques-là, puisque c'est une des seules écoles qui propose... Alors, c'est une école qui se veut généraliste, mais qui propose vraiment cette spécialisation qui a une forte... composantes aérospatiales et aéronautiques. Et en fait, c'est un peu Donc c'est pour ça que je l'ai choisi. Et très rapidement, dès la première année, j'avais la possibilité, et ça je le savais même avant d'y rentrer, de choisir des options plus orientées astrophysique, cosmologie, etc. Donc moi j'avais pris physique stellaire en première année, physique des particules, cosmologie, donc j'avais toute la totale. Et même en dernière année, on a des domaines, des filières. Dès que je pouvais, j'avais pris en filière observation de la Terre et sciences de l'univers. Tout ce que je pouvais prendre plutôt orienté à astrophysique, je l'ai fait. Maintenant, c'est vrai que dans le choix plus professionnel, j'ai eu d'autres opportunités. Je ne me suis pas forcément orientée vers la thèse et la recherche. Je cherchais aussi et j'avais des choses très intéressantes, notamment par le biais du master. que j'ai fait en dernière année. Mais j'ai eu d'autres opportunités. Donc voilà, c'est ce que pour l'instant, j'ai choisi. Mais je ne suis pas à l'abri d'une réorientation.
Alors, ça reste très, très... Les deux cheminements sont extraordinaires, qu'on se voit clair et explicite. Mais c'est vrai que quand on connaît un petit peu le monde de la recherche dans le domaine de l'astronomie et de l'astrophysique, et en parallèle, le domaine... de l'aérospatiale, on peut se poser effectivement cette question. Alors, peux-tu nous présenter cette entreprise qui est MEDES et qui n'est pas forcément connue du grand public, mais également les relations qu'elle a avec Airbus, le Airbus A300-0G et l'Agence spatiale européenne ?
Oui, bien sûr. Alors, MEDES… Étymologiquement, c'est médecine espace. Tout simplement, ça peut se résumer comme ça. Maintenant, dans des termes un peu plus formels, c'est l'Institut de médecine et de physiologie spatiale. C'est une compagnie qui promeut les applications de la recherche spatiale dans le domaine de la santé, qui a un peu plus de 35 ans. Elle a été fondée en 1989, si je ne me trompe pas. Et elle est centrée sur trois axes. Donc le premier, c'est la recherche clinique. Donc elle a une clinique spatiale qui a été fondée en 1996 et en fait dans laquelle cette clinique-là, elle est justement à Toulouse. Et au sein de la clinique, il y a des études qui sont menées pour simuler au sol les effets de la microgravité ou de la pesanteur pour développer des moyens préventifs ou des contre-mesures. Donc ça, c'est un des grands axes du MEDES. Le second, et c'est celui dans lequel je travaille, c'est le support aux missions spatiales. Ça, c'est depuis 2006 environ. Et ça a lieu au sein du CNES, le Centre National d'Études Spatiales, dans un département qui s'appelle le CADMOS. C'est le Centre d'Aide au Développement des Opérations en Microgravité et Opérations Spatiales. C'est un centre dans lequel on a ce support aux missions spatiales et dans lequel intervient le MEDES. Et le troisième grand axe, c'est l'application, l'innovation. Il y a tout un pôle de développement au MEDES qui va permettre de la mise au point d'expérience à travers le développement de hardware et de software, donc des logiciels ou de matériel. propres à la réalisation de ces expériences. Et donc, voilà, ça c'est le troisième pôle qu'on a au MEDES. Tu parlais des différentes relations avec les autres agences. Un des grands collaborateurs, disons, du MEDES, c'est bien l'agence spatiale européenne. Et ce, à différents niveaux. Il y a de la collaboration, par exemple, on parlait du pôle développement. Il y a ce qu'on appelle les payload developers, des personnes qui sont responsables du développement de matériel qui sera utilisé dans le cadre d'expériences. Et ces expériences, il y en a beaucoup qui sont européennes et qui sont choisies par l'ESA, et dans lesquelles le MEDES intervient en mettant à disposition un matériel et un logiciel. Ça, c'est au niveau de développement.
Petite parenthèse, enfin, petite rupture. À l'international, ça doit être... C'est très concurrencé ou pas du tout ? Parce que c'est vrai qu'on n'a pas forcément, nous, la visibilité de tous ces aspects. On se dit, par exemple, sur l'actualité, il y a Thomas Pesquet, Sophie Adnault qui vont dans l'espace, mais on n'a pas conscience de toutes ces expériences qui sont menées en amont et qui permettent, qui favorisent, bien entendu, ces réalisations humaines pour les astronautes.
Alors, il y a énormément de niveaux qui interviennent là-dedans, parce qu'en fait, dans... dans les expériences, et là on parle d'expériences spatiales, c'est-à-dire qui ont lieu dans l'espace. Dans l'espace, oui. Voilà, c'est ça. Avec comme sujet des astronautes, dont Thomas Pesquet, dont prochainement Sophie Adnault. Donc de base, il y a énormément de projets d'expériences. Ces expériences ne voient pas toujours le jour. Et c'est l'ESA, en tout cas au niveau européen, qui est chargée de sélectionner... certaines expériences en fonction des budgets, en fonction de l'intérêt scientifique aussi, de ce vers quoi porte la recherche scientifique sur le moment. Et donc, il y a une sélection qui est faite par l'ESA et ensuite l'ESA fait appel à ce qu'on appelle les USOC, qui est en fait un centre qui va permettre l'application, la mise en place de ce concept opérationnel-là. donc là il y a différents usos au niveau européen, dont l'USOC français, c'est le CADMOS au CNES. Et on va avoir également l'appel à des payloads développeurs, donc des gens qui vont permettre de mettre à disposition le matériel. Donc, en fait, il y a toute une collaboration. Et là, je parle seulement au niveau européen parce qu'après, bien sûr, au niveau international, ça complexifie encore la chose. Mais voilà, il y a tout cet agencement, cette collaboration, en fait, entre différents acteurs, avec l'ESA en tête. d'épingle et qui va choisir les scientifiques, l'expérience, et puis ensuite, le centre qui va implémenter opérationnellement cette expérience, et puis le centre qui va fournir le matériel dédié. Donc voilà, il y a ces différents acteurs qui rentrent en jeu. Donc c'est une énorme collaboration, en fait, sur le plan, ne serait-ce qu'européen.
Sur du très haut niveau, il faut le rappeler.
Oui, c'est sûr. Et après, je ne sais pas si tu voulais approfondir. Non,
il n'y a aucun problème. C'était une petite précision juste.
Parfait. Et après, tu parlais des relations avec Airbus, le R0G. Alors ça, c'est une collaboration qui est plus ponctuelle. Donc l'Air 0G, déjà, c'est l'avion qui permet de faire des vols paraboliques. Il y a une entreprise qui s'appelle Novespace et qui est donc responsable de ces campagnes de vols paraboliques. Nous, dans le cadre du MEDES et de nos activités, on fait appel de temps en temps, on participe aux campagnes de vols paraboliques dans le but de soit tester, donc pour ma part en tant qu'opératrice vol habité, je vais venir tester des protocoles expérimentaux en apesanteur. Pourquoi ? Parce qu'on met au point des procédures, on met en point tout un concept opérationnel, mais quand nous, on les met en place, on est au sol et on n'a pas tout cet impact de l'apesanteur, justement. Et donc, on a beau se projeter, on a beau s'imaginer comment ça va être, c'est jamais la même chose qu'en apesanteur. Donc, du coup, venir tester ces protocoles-là... dans une campagne de vol parabolique, ça peut avoir un certain intérêt. Ce n'est pas du tout fait à chaque fois, mais ça peut avoir un intérêt en fonction de l'expérience. Ça, c'est la partie opérationnelle. Et sinon, toujours dans le cadre de développer du matériel qui sera utilisé dans les expériences, ces matériels-là, ça prend en compte des capteurs qui peuvent se comporter différemment en apesanteur et donc venir tester les différents outils qui vont être utilisés. dans le cadre des campagnes de vols paraboliques. Pareil, ça peut avoir un intérêt pour nous. Donc, dès que s'il y a une application qui est nécessaire, on peut faire appel à Novespace.
Très bien. Alors, peux-tu nous faire part d'une à deux grandes missions, un à deux grands projets actuels dans le domaine de ta spécialité ?
Alors moi, ma spécialité, ce qu'il faut comprendre un peu, comment s'articule ce travail-là d'opératrice volabité, l'idée c'est qu'on a certaines expériences. Donc on parlait tout à l'heure de l'ESA qui fait appel à un centre qui vient implémenter un concept scientifique dans l'espace, dans la Station Spatiale Internationale. Donc nous, on travaille pour faire ce biais-là. en tant que... opératrice, moi je vais être responsable de certaines expériences et cette responsabilité là elle s'articule sur deux axes différents la préparation très opérationnel et les opérations, la phase opérationnelle. Donc la phase antérieure, elle va avoir lieu à peu près de un an à un mois avant que la première expérience avec le premier sujet voit le jour. Et donc elle consiste à comprendre un peu quelles sont les contraintes scientifiques, comment on va les mettre en place, quelles sont les procédures qu'on va utiliser, etc. Donc tout ça, ça a lieu à peu près un an. avant le début de l'expérience. Et ensuite, il y a la phase opérationnelle, donc de un mois au temps réel, où là, on va être plus en termes de planning. Comment est-ce que le jour J, on va gérer l'opération au support temps réel, quand en fait l'astronaute est en train de réaliser l'expérience et a des questions ou s'il y a des problèmes, nous, on est là en support. Donc, il y a ces deux grandes phases-là. Et nous, en tant que responsable d'expérience, du coup, on a un petit pool de, disons, Merci. trois, quatre, cinq expériences différentes qu'on gère sur des durées de parfois plusieurs années jusqu'à ce que le dernier sujet ait fait sa dernière session d'une expérience donnée. Donc moi, si je dois citer deux grands projets sur lesquels je travaille, je dirais que le premier, c'est le premier qui m'a été attribué, qui s'appelle Muscle Stimulation, la première expérience pour laquelle j'étais responsable. Muscle stimulation, c'est un projet européen qui étudie des moyens de contre-mesure à l'atrophie musculaire. L'atrophie musculaire, normalement, c'est un sujet qui parle au grand public puisque c'est une des composantes les plus connues des effets de la microgravité sur le corps humain. Comment le corps étant sollicité différemment, perdre rapidement la masse musculaire. Et Massive Stimulation, donc, Le principe de cette expérience-là, c'est de venir appliquer des stimulations électriques au niveau des jambes sur différents groupes musculaires. L'astronaute va avoir une anode et trois cathodes pour stimuler trois grands groupes musculaires. Il va suivre pendant une trentaine de minutes un protocole donné qui va venir compresser les différents muscles. Et ce, six fois, juste avant son retour sur Terre. Donc on va avoir six sessions espacées de quelques jours qui commencent à peu près un mois avant son retour, pendant lesquelles l'astronaute va appliquer ces stimulations-là. C'est assez connu parce que beaucoup de personnes ont l'occasion de tester ces stimulations dans le cadre du kiné ou ce genre de choses, ou même en ce genre d'appareil à la maison. Et donc voilà, ça c'est un des premiers grands projets sur lesquels j'ai travaillé.
Et le lien avec la médecine, parce que l'idée c'est d'étudier tout l'aspect physiologique, et notamment au niveau des éléments essentiels, oligo-éléments et autres, qui vont permettre l'activité optimale des muscles, et notamment des enzymes musculaires qu'on appelle les CPK, pour ne pas rentrer un peu plus dans un domaine de spécialité, Toutes ces choses-là, vous avez cette grille de lecture pour tous les astronautes. Par exemple, je vais donner un exemple. Nous, pour rester terre à terre, quand on regarde les spécialistes, les grands sportifs, on voit que quand ils font du sport, les professionnels, ils vont avoir de l'explosion de leur propre enzyme musculaire. Mais tout ça, c'est la résultante d'une diversité de réactions chimiques entre 300 et 500, si ma mémoire ne fait pas défaut, qui vont permettre, bien entendu, cet apport énergétique. Or, ce que tu as parfaitement indiqué, c'est que quand on est dans l'ISS, on fait beaucoup moins d'efforts, il y a beaucoup moins d'efforts musculaires. Donc, on peut être lié à ce qu'on appelle la... perte de masse musculaire, de la sarcopénie ou d'autres domaines.
C'est ça. Et donc, c'est pour ça qu'il y a aussi une recherche médicale assez importante pour trouver des moyens de contre-mesure. Aujourd'hui, ce qu'il faut savoir, c'est que dans l'ISS, dans le planning des astronautes, il y a entre une heure et demie et deux heures et demie de sport par jour pour compenser un peu le manque d'activité dû au simple fait que notre corps n'est plus en résistance contre la gravité. en continu. Et donc, il y a aussi la recherche d'autres moyens parce que faire du sport deux heures et demie par jour, ça prend beaucoup de temps, un temps qui est cher aussi pour les astronautes. Et donc, avoir certains moyens, notamment des stimulations électriques qui pourraient être appliquées alors même si ce ne serait pas le plus confortable, j'en conviens, pendant le sommeil ou pendant une phase où où l'astronaute pourrait... continuer à travailler sur un écran ou même se détendre, ça pourrait avoir un certain avantage. Donc là, on reste sur un plan assez général, puisqu'on parle de procédés assez simples, mais l'idée, c'est de venir les tester pour développer des choses qui pourront être utilisées, que ce soit dans l'ISS ou même dans le cadre de futures missions, si pendant plusieurs mois, des astronautes se retrouvent à voyager entre la Terre et Mars. Et donc ça, c'était un premier projet. Et le deuxième dont j'aimerais parler, parce qu'il est très actuel, c'est une expérience qui s'appelle Physiotool, qui a été mise en place pour justement la deuxième astronaute française, Sophie Adnaud, qui va partir dans quelques jours dans la Station Spatiale Internationale. Donc là, c'est un projet qui est français, pas européen, mais bien français, qui a été aussi développé par le CNES et qui a pour but d'étudier en parallèle différents signaux physiologiques. Ce qui est assez intéressant dans cette expérience-là, c'est que ça fait une bonne vingtaine, voire trentaine d'années qu'on fait des expériences dans l'espace. Donc on a une vision plus ou moins poussée des changements de différents signaux physiologiques, de la température, des électrocardiogrammes, etc. Mais il y a... relativement peu, voire très peu d'études, qui étudient en parallèle ces signaux. Et donc là, le principe même de Physiotool, c'est d'avoir toute une panoplie de capteurs un peu partout sur le corps pour mettre en corrélation des électrocardiogrammes, des électromyogrammes, l'activité électrodermale, l'aplatismographie, tout un tas de signaux différents, et venir observer ça pendant une certaine période et mettre en corrélation. les signaux observés avec des activités spécifiques, des phases ambulatoires, de l'exercice, des tâches neurosensorielles, donc tout un tas d'activités différentes, et venir étudier très précisément ces changements-là en microgravité en comparaison avec ce qu'on peut avoir sur Terre. Donc, on a les opérations dans quelques semaines qui commencent avec Sophie.
Ça va prendre beaucoup de temps pour Sophie Adnaud, par exemple ?
Alors, dans le cas de Physiotool, on a trois sessions qui sont requises, quatre sessions qui sont désirées. Donc, pour l'instant, on est sûr d'avoir les trois sessions requises qui ont lieu au début, en milieu et en fin de son vol. Et chaque session prend à peu près quatre heures de temps astronautes qu'on répartit avec le rassemblement du matériel, ce qu'on appelle le don. donc l'installation de tous les capteurs, la phase ambulatoire, donc là on ne compte pas ça en tant que crew time, en tant qu'astronaute, le moment où on enlève tous les capteurs et le transfert des données.
D'accord. Alors, est-ce que tu as eu durant ton parcours d'étudiante une rencontre particulière qui t'a… qui a favorisé ton orientation dans le domaine de l'astronomie et du spatial en particulier ?
Alors, des rencontres, c'est difficile d'en citer une seule. Je pense que... Dans mon insertion professionnelle, mes choix en termes d'éducation aussi, ma prof de maths de terminale a eu une influence assez extraordinaire sur moi puisqu'elle a été celle qui m'a poussée à aller voir des classes préparatoires en dehors de Montpellier, qui est quand même une bonne classe prépa, mais je pense que c'est aussi une... un beau défi personnel et une belle ouverture que d'aller voir ailleurs. J'avais demandé la prépa du parc à Lyon, j'avais demandé aussi des prépas parisiennes. Donc, ça m'a donné un peu cet élan d'aller voir un peu plus loin que ce qu'il y avait juste à côté de chez moi. Maintenant, même si ce n'est pas des rencontres physiques, je ne peux pas ne pas citer Hubert Reeves, qui est du coup le premier astrophysicien que j'ai lu. puisque quand même je pense que ça a eu un impact assez fort sur moi.
Très médiatisé à l'époque et il a la particularité lui d'avoir, de très bien vulgariser, de rendre la connaissance très accessible au grand public et avec une dimension un petit peu philosophique. Ce qui fait que beaucoup de personnes pouvaient s'intéresser à l'ensemble de ses propos. et voire même s'engager dans un contexte humain, ce qu'on ne trouve plus aujourd'hui pour différentes raisons parce qu'il y a une rapidité d'informations ou même les astrophysiciens vont parler dans un domaine précis mais raconter, présenter la recherche et nos connaissances dans le domaine de l'astrophysique et de l'astronomie en général, c'était vraiment ultra intéressant. On rappelle qu'il était spécialiste de la nucléosynthèse, Hubert Ries, un expert reconnu mondialement, ce que peu de gens ont plutôt connaissance, puisque quand il parlait, on disait, oui, c'est un astrophysicien. Il nous montrait les belles nébuleuses, les galaxies et toutes ces choses-là, mais on oublie qu'il a été un très, très grand expert dans le domaine de la nucléosynthèse, les débuts de l'univers.
Oui, c'est vrai. D'ailleurs, je trouve qu'aujourd'hui, il y a une très belle relève avec Christophe Galfard, dont j'ai lu beaucoup de romans, de vulgarisations, notamment « L'univers à portée de main » . Et je trouve que justement, on retrouve, moi aussi, ce qui m'a beaucoup attirée quand j'étais petite, le lien entre... l'astrophysique, la cosmologie et la composante un peu plus philosophique, puisqu'on en vient à l'origine de la vie, l'origine de l'univers. Et je trouve que Christophe Galfard arrive à adresser ces sujets d'une très belle manière.
C'est vrai, c'est vrai. Alors, quels sont... Oups, ouais. Quels sont les challenges de ta spécialité en ce début du XXIe siècle ? Peux-tu nous en citer une ou deux ?
Oui, bien sûr. C'est vrai qu'il y a énormément de challenges liés à la recherche spatiale. C'est difficile d'en citer que deux. Disons qu'en premier, je dirais la composante même de la recherche spatiale, l'idée même derrière, c'est vraiment... la compréhension et la protection du corps humain dans l'espace. Aujourd'hui, on vise à mettre au point des missions qui seront de plus en plus longues et qui visent à aller de plus en plus loin. Donc, il est essentiel dans le cadre de la recherche spatiale de bien comprendre à la fois les effets de la microgravité, mais aussi ceux des radiations, pour garantir la santé des astronautes et aussi développer les technologies qui vont leur permettre une certaine indépendance. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, quand on fait de la science dans la Station Spatiale Internationale, on est en mesure d'avoir de la vidéo, d'avoir des communications presque en temps réel avec eux. S'il y a besoin de fournir un support médical, même si c'est à distance, on va pouvoir communiquer en temps réel, ce qui ne sera pas possible de faire dans le cadre de missions plus lointaines, où il y aura nécessairement besoin d'une certaine indépendance. donc voilà il y a Il y a une forte composante qui est liée à la compréhension même du corps humain et des effets du vide stellaire ou des atmosphères hostiles de Mars. Ça, c'est le premier. Le second, je pense que ce qui est important de noter, c'est comment, en tant que recherche spatiale, on fait face ou on peut faire face au changement de contexte politique et économique. Aujourd'hui, et on en a un peu parlé, la recherche spatiale, c'est le fruit d'une collaboration internationale qui repose sur un équilibre assez fragile d'entente et de travail commun. entre différentes puissances. Sur l'ISS, ce qu'il faut savoir, c'est qu'on a les agences spatiales américaines, canadiennes, européennes, russes, japonaises qui travaillent ensemble dans le but de la recherche scientifique et de l'apport de la connaissance au niveau international. Mais aujourd'hui, quand on a des changements de stratégie, même politiques, on peut avoir de gros impacts sur cette recherche-là, que ce soit au niveau du... budget qui va être choisi pour de nouvelles expériences, le choix des missions, le choix des priorités, le choix des astronautes au sein de ces missions. Tout ça, ça peut avoir un fort impact sur la recherche elle-même. Alors, peux-tu nous citer trois femmes scientifiques modèles, vivantes ou non vivantes ?
Oui, et c'est important de citer des femmes. Donc, la première, je dirais Sophie Adnaud, puisque c'est une thématique très actuelle, puisqu'elle part pour l'instant vendredi dans la station spatiale. Et voilà, c'est la deuxième femme astronaute française. après Claudie et Nirey. Et j'ai grandi, j'ai fait mes dernières années d'études et mon début de carrière professionnelle avec Sophie en formation. Moi-même, j'étais en formation en tant qu'opératrice quand elle faisait sa formation en tant qu'astronaute. Je l'avais rencontrée au Centre européen des astronautes à Cologne pendant ma formation. Et puis moi, je suivais un peu émerveillée quand elle s'apprêtait à faire des sortes, des entraînements pour les sorties extravéhiculaires. Donc voilà, pour moi, c'est une grande source d'inspiration et j'ai hâte de travailler avec elle.
Tu la connais un peu plus, enfin de près, si je puis dire, dans le sens où tu connais l'excellence de ces investissements.
C'est ça, c'est ça. Et puis, donc moi, j'avais observé, mais vraiment... En tant qu'observatrice, c'est son entraînement à elle en tant qu'astronaute. Et puis là, un peu plus récemment, comme elle est suivie sur des expériences qui sont gérées par le CNES, le CADMOS et le MEDES, en fait, on a eu l'occasion de communiquer avec elle. On a fait ce qu'on appelle des BDC, donc Baseline Data Collection. C'est des prises de mesures qui ont lieu avant et après le vol des astronautes pour pouvoir comparer avec les mesures qu'on a à bord. Et donc, dans ce contexte-là, elle a pu venir sur Toulouse. On a eu l'occasion de la rencontrer, puisque comme on va être amené à travailler avec elle, c'est toujours plus facile de travailler avec quelqu'un avec qui on a déjà eu un contact. Donc, voilà. Voilà pour mon premier modèle. En second, j'aimerais bien citer Catherine Johnson, qui est mathématicienne, physicienne et ingénieure spatiale américaine. Elle a longtemps... tant été invisibilisées car femmes et femmes afro-américaines dans un contexte où les femmes étaient déjà assez invisibilisées elle a participé au calcul des trajectoires notamment sur l'émission Mercury Apollo et moi j'avais lu le livre qui a ensuite été adapté en film pour les figures de l'ombre et voilà c'est aussi un très beau film qui met bien en avant et cette femme-là et d'ailleurs c'est collaboratrice donc c'est une belle inspiration aussi et en troisième je dirais Emmanuel Charpentier pour sortir un petit peu du cadre du spatial qui est une microbiologiste française qui travaille donc sur la régulation, l'expression des gènes du point de vue de l'ARN microbien et qui a participé à la mise au point technique de Merci. CRISPR, pour lequel elle a eu un prix Nobel de chimie en 2020, je crois.
Et qui est aujourd'hui à l'Institut Max Planck, il me semble, si même moi on ne fait pas défaut. Et c'est le lieu d'une très grande révolution du côté médical, sur toutes les problématiques des grandes maladies, bien entendu, et françaises.
Donc voilà, deux grandes femmes, oui c'est ça, et françaises.
C'est important. Très bien, très bien. Trois grands et beaux modèles.
Oui, c'est ça.
Alors, au regard de ton expérience, en fait, quelles sont les idées, l'esprit que tu souhaiterais que les femmes aient en tête pour réussir ?
Je pense que ça peut être assez naturel de se mettre des barrières. On évolue dans un contexte social qui est relativement complexe. On est souvent bombardé d'images de personnes qui sont mises en lumière, qui s'expriment très bien, qui réussissent très bien. Et ça peut être impressionnant, notamment quand on est une jeune fille, dans le cadre des études ou en début de carrière professionnelle. Et je pense que cette confiance-là en ses capacités, ça vient énormément de l'encouragement qu'on reçoit en tant que jeune personne. qui peut être malheureusement un peu moins présent chez les jeunes filles que chez les jeunes garçons qu'on a tendance à toujours pousser vers le haut, à qui on apprend à courir vite, à être le plus fort si on rentre dans les stéréotypes. Et ça, ce genre d'encouragement, ça se traduit en grandissant sur le fait d'avoir confiance en soi, confiance dans ses capacités. C'est très bien de douter, c'est un signe d'intelligence, mais quand ça se transforme, en enfreint, et notamment en enfreint au niveau des choix de parcours, là, ça peut devenir un problème. Donc, c'est important de réussir à s'affranchir de ces barrières-là, de tenter, au pire, échouer et apprendre. Mais voilà, pour moi, la clé de la réussite, c'est vraiment avoir confiance en ses capacités et tenter. Et pour les jeunes filles en particulier, on est en train de véhiculer de plus en plus ce message-là, de les encourager. de les inviter à se mettre le moins possible de barrières, mais ça vient petit à petit. Et je pense que c'est vraiment très important d'accentuer ça chez les jeunes femmes et leur dire qu'il faut tenter et elles en sont capables.
Les associations scientifiques et techniques sont-elles pour toi une nécessité au sein de notre société ?
Alors, je peux répondre que par l'affirmative, parce que les associations scientifiques, c'est vraiment des organisations qui vont permettre de rendre les connaissances accessibles. Le but même de la science, c'est la transmission. Sinon, sans transmission, quel est l'intérêt ? Donc, ça va permettre à cette transmission-là de lutter aussi contre la désinformation. Aujourd'hui, on est submergé d'informations et c'est important d'avoir... des associations scientifiques envers lesquelles on a confiance pour apprendre. Ça va être aussi des espaces d'échange et de transmission. On a aussi besoin de modèles. On a parlé tout au long de ce meeting de personnes à admirer, de sources d'inspiration qui sont importantes déjà dans l'apprentissage, mais aussi dans les choix de carrière. Donc voilà, ça va permettre en fait tout un... tout un panel pour faire rayonner aussi les activités scientifiques et inciter, et aussi notamment chez les plus jeunes, leur faire ouvrir les yeux vers ces milieux-là, les inciter, leur donner des modèles à suivre dans les choix aussi de carrière.
Alors, pour finir, quels sont les conseils que tu pourrais donner aux étudiantes qui souhaitent s'engager dans les domaines scientifiques ? mais dans une dynamique de réussite collective. Je m'explique. Aujourd'hui, l'une des spécificités paradoxalement de notre société, c'est la spécificité de notre époque, c'est la brisure de tous les couples sur tous les domaines, à la fois dans le domaine scientifique, on voit la physique nucléaire, etc., mais dans notre réalité sociale. Et aujourd'hui, quand on valorise des personnes, on les valorise. d'une manière individuelle. Quand je dis on valorise, c'est plutôt l'aspect médiatique qui crée une dynamique de valorisation individuelle. Alors que l'objectif, c'est véritablement valoriser le collectif. C'est-à-dire que quand je vais dans une entreprise, je vois bien qu'il y a la présence de femmes. Des femmes qui sont très investies, je vais discuter, elles vont m'orienter, elles vont me conseiller, etc. Mais dans notre réalité à l'extérieur, on a plus une affirmation très individuelle d'hommes, majoritairement avec peu de femmes à l'extérieur, et qui n'est pas forcément le véritable écho de notre réalité.
Oui, c'est vrai. Alors, bien sûr, je pense que ce genre de problème que tu soulèves, c'est des choses contre lesquelles il faut toujours se battre en tant que... femme et en tant que personne qui veut faire avancer les choses. L'invisibilisation des femmes, elle est présente depuis très longtemps et elle est toujours présente aujourd'hui, malgré les différents combats qu'il y a sur le féminisme. Maintenant, à titre personnel, dans le cadre scientifique, on est amené à travailler en tant que groupe. Je le vois, nous, on est une équipe, on travaille sur l'implémentation d'expériences et tout. Il y a des personnes qui, à titre individuel, sont mises en avant. Femme ou homme, ça arrive, mais quand on travaille au sein d'une équipe, ce qui est aussi important, c'est de regarder un peu comment bien mettre en corrélation les différents atouts qu'ont ces différentes personnes. Ça, c'est une thématique qu'on apprend souvent en fin d'études, mais moins au cours d'un parcours scolaire. Donc, il y a toutes ces composantes-là. On arrive dans la vie professionnelle, on se retrouve à travailler souvent dans le cadre d'équipe. donc il faut réussir à... faire avec les différences de chacun. Maintenant, quand on va ensuite sur le regard de la société ou la réussite de certaines personnes au sein de ces collectifs, je pense que c'est aussi dépenser peut-être trop d'énergie si, à titre personnel, on prend à cœur les injustices qu'il peut y avoir. On peut... peut-être trouver des hommes plus mis en avant que de femmes, ou même de femmes ou de personnes simplement, mises plus en avant que d'autres sur des travaux collectifs. Malheureusement, ça, c'est quelque chose qui arrive et qui arrivera toujours et qui est en fait une certaine forme d'injustice parce qu'on aime, comme tu dis, valoriser des individus parfois plus que le collectif qu'il y a derrière. Peut-être aussi parce que c'est plus compliqué de citer 15 personnes là où un an, ça se retient plus facilement. Mais il faut en fait jouer avec ces dynamiques-là. C'est ce qui est un peu difficile quand on arrive dans la vie professionnelle parce que on se retrouve dans un tout nouveau monde avec des injustices aussi. Donc ce qui est important, c'est de toujours faire valoir son travail et qui on est et être pour moi un droit dans la personne et dans les valeurs qu'on veut véhiculer. Maintenant, c'est vrai qu'il faut réussir en parallèle à ne pas dépenser trop d'énergie et se faire aussi bouffer parfois par ce genre de problème qui peut être résiduel et avoir lieu tout au long de la vie professionnelle.
Description
L'interview d'exception de Julie Nadal, opératrice de vol habité chez MEDES.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Alors, je m'appelle Julie Nadal, j'ai 25 ans et ça fait donc deux ans maintenant que je travaille pour une entreprise qui s'appelle le MEDES. En tant que, donc c'est un titre assez générique, qui est le poste d'ingénieur vol habité. On reviendra, je pense, un peu plus tard au cours de la réunion sur ce que ça implique. Et donc, je travaille sur Toulouse, ça fait maintenant cinq ans, un peu plus de cinq ans que j'y suis. Je viens de Montpellier originairement et j'ai fait quelques années par-ci par-là, notamment à Toulouse, à Lyon d'abord, et puis à l'étranger et ensuite à Toulouse.
Alors, quel a été votre parcours d'étudiante en fait ?
Donc moi, comme je le disais, j'ai commencé à Castelnau-le-Lest, donc juste à côté de Montpellier. Pour reprendre à peu près au niveau du bac, j'ai passé mes années de lycée au lycée Georges Pompidou à Castel-Lolulès, sur des études qui correspondent à un bac scientifique, donc aujourd'hui l'équivalent ce seraient les spécialités maths et physique. Donc j'ai fait mes années là-bas, je suis partie ensuite pour deux ans à Lyon en classe préparatoire, où j'ai fait une première année en MPSI, donc maths, physique, sciences de l'ingénieur. une deuxième année en PSI, physique et sciences d'ingénieur, avant de passer mes concours grandes écoles. Et après quoi, j'ai intégré l'ISAE Super Hero. C'est là que je suis arrivée à Toulouse. J'ai fait quatre ans à l'ISAE, dont un an de césure, donc trois ans effectifs sur l'école. Et sur la dernière année en particulier, j'ai fait un double master, qui est le master... ASEP avec l'université Paul Sabatier de Toulouse et donc ASEP ça veut dire astrophysique science de l'espace et planétologie et c'est comme ça que j'ai conclu mes études
Alors la question qu'on peut se poser c'est que en fait Isaeus Super Hero est très orienté à l'aérospatiale en lien avec l'astronomie et l'astrophysique mais pleinement sur les grands projets aérospatiaux et aéronautiques. La question, c'est pourquoi avoir enchaîné, s'être engagé au sein d'ISAE Supaéro, alors que plutôt dans le domaine de l'astronomie, de l'astrophysique, il y avait une possibilité de s'orienter vers un cursus de recherche, comme l'Observatoire de Midi-Pyrénées ou l'Observatoire de Paris ou plein d'autres observatoires.
Oui, alors c'est une bonne question. C'est vrai que j'ai assez tôt eu une appétence vers les domaines de la cosmologie et de l'astrophysique. Déjà quand j'étais enfant et assez simplement par le biais de regarder le ciel étoilé l'été avec ma famille. Ça s'est traduit aussi assez jeune dans mes lectures. J'étais peut-être une des seules à 12-13 ans. à voir mes livres d'Hubert Reeves, mes copains ne comprenaient pas forcément trop, que moi non plus, je ne comprenais pas vraiment, mais qui parlaient d'étoiles et donc qui me faisaient un peu briller les yeux. Notamment, il y a de très bonnes lectures, comme l'univers expliquait à mes petits-enfants, qui se comprennent très bien pour les plus jeunes. Et donc, c'est vrai que j'avais cette appétence-là, mais qui était restée, disons... parallèle à mon éducation et donc à la scolarité. Et au lycée, j'avais de plutôt bons résultats en maths physique. La suite logique, c'était la classe prépa. Pas que la voie universitaire ne me tentait pas, mais plus parce que ça permettait de me garder aussi plus de portes ouvertes. Et donc, après la classe prépa... La voie un peu logique, c'était les concours aux grandes écoles et derrière, une grande école. Et en fait, au contraire, là où c'est vrai que ce que tu dis, c'est que ça dénote un peu avec le parcours classique de l'astrophysique ou la cosmologie. Mais pour moi, c'était presque le moyen de me rapprocher de ces thématiques-là, puisque c'est une des seules écoles qui propose... Alors, c'est une école qui se veut généraliste, mais qui propose vraiment cette spécialisation qui a une forte... composantes aérospatiales et aéronautiques. Et en fait, c'est un peu Donc c'est pour ça que je l'ai choisi. Et très rapidement, dès la première année, j'avais la possibilité, et ça je le savais même avant d'y rentrer, de choisir des options plus orientées astrophysique, cosmologie, etc. Donc moi j'avais pris physique stellaire en première année, physique des particules, cosmologie, donc j'avais toute la totale. Et même en dernière année, on a des domaines, des filières. Dès que je pouvais, j'avais pris en filière observation de la Terre et sciences de l'univers. Tout ce que je pouvais prendre plutôt orienté à astrophysique, je l'ai fait. Maintenant, c'est vrai que dans le choix plus professionnel, j'ai eu d'autres opportunités. Je ne me suis pas forcément orientée vers la thèse et la recherche. Je cherchais aussi et j'avais des choses très intéressantes, notamment par le biais du master. que j'ai fait en dernière année. Mais j'ai eu d'autres opportunités. Donc voilà, c'est ce que pour l'instant, j'ai choisi. Mais je ne suis pas à l'abri d'une réorientation.
Alors, ça reste très, très... Les deux cheminements sont extraordinaires, qu'on se voit clair et explicite. Mais c'est vrai que quand on connaît un petit peu le monde de la recherche dans le domaine de l'astronomie et de l'astrophysique, et en parallèle, le domaine... de l'aérospatiale, on peut se poser effectivement cette question. Alors, peux-tu nous présenter cette entreprise qui est MEDES et qui n'est pas forcément connue du grand public, mais également les relations qu'elle a avec Airbus, le Airbus A300-0G et l'Agence spatiale européenne ?
Oui, bien sûr. Alors, MEDES… Étymologiquement, c'est médecine espace. Tout simplement, ça peut se résumer comme ça. Maintenant, dans des termes un peu plus formels, c'est l'Institut de médecine et de physiologie spatiale. C'est une compagnie qui promeut les applications de la recherche spatiale dans le domaine de la santé, qui a un peu plus de 35 ans. Elle a été fondée en 1989, si je ne me trompe pas. Et elle est centrée sur trois axes. Donc le premier, c'est la recherche clinique. Donc elle a une clinique spatiale qui a été fondée en 1996 et en fait dans laquelle cette clinique-là, elle est justement à Toulouse. Et au sein de la clinique, il y a des études qui sont menées pour simuler au sol les effets de la microgravité ou de la pesanteur pour développer des moyens préventifs ou des contre-mesures. Donc ça, c'est un des grands axes du MEDES. Le second, et c'est celui dans lequel je travaille, c'est le support aux missions spatiales. Ça, c'est depuis 2006 environ. Et ça a lieu au sein du CNES, le Centre National d'Études Spatiales, dans un département qui s'appelle le CADMOS. C'est le Centre d'Aide au Développement des Opérations en Microgravité et Opérations Spatiales. C'est un centre dans lequel on a ce support aux missions spatiales et dans lequel intervient le MEDES. Et le troisième grand axe, c'est l'application, l'innovation. Il y a tout un pôle de développement au MEDES qui va permettre de la mise au point d'expérience à travers le développement de hardware et de software, donc des logiciels ou de matériel. propres à la réalisation de ces expériences. Et donc, voilà, ça c'est le troisième pôle qu'on a au MEDES. Tu parlais des différentes relations avec les autres agences. Un des grands collaborateurs, disons, du MEDES, c'est bien l'agence spatiale européenne. Et ce, à différents niveaux. Il y a de la collaboration, par exemple, on parlait du pôle développement. Il y a ce qu'on appelle les payload developers, des personnes qui sont responsables du développement de matériel qui sera utilisé dans le cadre d'expériences. Et ces expériences, il y en a beaucoup qui sont européennes et qui sont choisies par l'ESA, et dans lesquelles le MEDES intervient en mettant à disposition un matériel et un logiciel. Ça, c'est au niveau de développement.
Petite parenthèse, enfin, petite rupture. À l'international, ça doit être... C'est très concurrencé ou pas du tout ? Parce que c'est vrai qu'on n'a pas forcément, nous, la visibilité de tous ces aspects. On se dit, par exemple, sur l'actualité, il y a Thomas Pesquet, Sophie Adnault qui vont dans l'espace, mais on n'a pas conscience de toutes ces expériences qui sont menées en amont et qui permettent, qui favorisent, bien entendu, ces réalisations humaines pour les astronautes.
Alors, il y a énormément de niveaux qui interviennent là-dedans, parce qu'en fait, dans... dans les expériences, et là on parle d'expériences spatiales, c'est-à-dire qui ont lieu dans l'espace. Dans l'espace, oui. Voilà, c'est ça. Avec comme sujet des astronautes, dont Thomas Pesquet, dont prochainement Sophie Adnault. Donc de base, il y a énormément de projets d'expériences. Ces expériences ne voient pas toujours le jour. Et c'est l'ESA, en tout cas au niveau européen, qui est chargée de sélectionner... certaines expériences en fonction des budgets, en fonction de l'intérêt scientifique aussi, de ce vers quoi porte la recherche scientifique sur le moment. Et donc, il y a une sélection qui est faite par l'ESA et ensuite l'ESA fait appel à ce qu'on appelle les USOC, qui est en fait un centre qui va permettre l'application, la mise en place de ce concept opérationnel-là. donc là il y a différents usos au niveau européen, dont l'USOC français, c'est le CADMOS au CNES. Et on va avoir également l'appel à des payloads développeurs, donc des gens qui vont permettre de mettre à disposition le matériel. Donc, en fait, il y a toute une collaboration. Et là, je parle seulement au niveau européen parce qu'après, bien sûr, au niveau international, ça complexifie encore la chose. Mais voilà, il y a tout cet agencement, cette collaboration, en fait, entre différents acteurs, avec l'ESA en tête. d'épingle et qui va choisir les scientifiques, l'expérience, et puis ensuite, le centre qui va implémenter opérationnellement cette expérience, et puis le centre qui va fournir le matériel dédié. Donc voilà, il y a ces différents acteurs qui rentrent en jeu. Donc c'est une énorme collaboration, en fait, sur le plan, ne serait-ce qu'européen.
Sur du très haut niveau, il faut le rappeler.
Oui, c'est sûr. Et après, je ne sais pas si tu voulais approfondir. Non,
il n'y a aucun problème. C'était une petite précision juste.
Parfait. Et après, tu parlais des relations avec Airbus, le R0G. Alors ça, c'est une collaboration qui est plus ponctuelle. Donc l'Air 0G, déjà, c'est l'avion qui permet de faire des vols paraboliques. Il y a une entreprise qui s'appelle Novespace et qui est donc responsable de ces campagnes de vols paraboliques. Nous, dans le cadre du MEDES et de nos activités, on fait appel de temps en temps, on participe aux campagnes de vols paraboliques dans le but de soit tester, donc pour ma part en tant qu'opératrice vol habité, je vais venir tester des protocoles expérimentaux en apesanteur. Pourquoi ? Parce qu'on met au point des procédures, on met en point tout un concept opérationnel, mais quand nous, on les met en place, on est au sol et on n'a pas tout cet impact de l'apesanteur, justement. Et donc, on a beau se projeter, on a beau s'imaginer comment ça va être, c'est jamais la même chose qu'en apesanteur. Donc, du coup, venir tester ces protocoles-là... dans une campagne de vol parabolique, ça peut avoir un certain intérêt. Ce n'est pas du tout fait à chaque fois, mais ça peut avoir un intérêt en fonction de l'expérience. Ça, c'est la partie opérationnelle. Et sinon, toujours dans le cadre de développer du matériel qui sera utilisé dans les expériences, ces matériels-là, ça prend en compte des capteurs qui peuvent se comporter différemment en apesanteur et donc venir tester les différents outils qui vont être utilisés. dans le cadre des campagnes de vols paraboliques. Pareil, ça peut avoir un intérêt pour nous. Donc, dès que s'il y a une application qui est nécessaire, on peut faire appel à Novespace.
Très bien. Alors, peux-tu nous faire part d'une à deux grandes missions, un à deux grands projets actuels dans le domaine de ta spécialité ?
Alors moi, ma spécialité, ce qu'il faut comprendre un peu, comment s'articule ce travail-là d'opératrice volabité, l'idée c'est qu'on a certaines expériences. Donc on parlait tout à l'heure de l'ESA qui fait appel à un centre qui vient implémenter un concept scientifique dans l'espace, dans la Station Spatiale Internationale. Donc nous, on travaille pour faire ce biais-là. en tant que... opératrice, moi je vais être responsable de certaines expériences et cette responsabilité là elle s'articule sur deux axes différents la préparation très opérationnel et les opérations, la phase opérationnelle. Donc la phase antérieure, elle va avoir lieu à peu près de un an à un mois avant que la première expérience avec le premier sujet voit le jour. Et donc elle consiste à comprendre un peu quelles sont les contraintes scientifiques, comment on va les mettre en place, quelles sont les procédures qu'on va utiliser, etc. Donc tout ça, ça a lieu à peu près un an. avant le début de l'expérience. Et ensuite, il y a la phase opérationnelle, donc de un mois au temps réel, où là, on va être plus en termes de planning. Comment est-ce que le jour J, on va gérer l'opération au support temps réel, quand en fait l'astronaute est en train de réaliser l'expérience et a des questions ou s'il y a des problèmes, nous, on est là en support. Donc, il y a ces deux grandes phases-là. Et nous, en tant que responsable d'expérience, du coup, on a un petit pool de, disons, Merci. trois, quatre, cinq expériences différentes qu'on gère sur des durées de parfois plusieurs années jusqu'à ce que le dernier sujet ait fait sa dernière session d'une expérience donnée. Donc moi, si je dois citer deux grands projets sur lesquels je travaille, je dirais que le premier, c'est le premier qui m'a été attribué, qui s'appelle Muscle Stimulation, la première expérience pour laquelle j'étais responsable. Muscle stimulation, c'est un projet européen qui étudie des moyens de contre-mesure à l'atrophie musculaire. L'atrophie musculaire, normalement, c'est un sujet qui parle au grand public puisque c'est une des composantes les plus connues des effets de la microgravité sur le corps humain. Comment le corps étant sollicité différemment, perdre rapidement la masse musculaire. Et Massive Stimulation, donc, Le principe de cette expérience-là, c'est de venir appliquer des stimulations électriques au niveau des jambes sur différents groupes musculaires. L'astronaute va avoir une anode et trois cathodes pour stimuler trois grands groupes musculaires. Il va suivre pendant une trentaine de minutes un protocole donné qui va venir compresser les différents muscles. Et ce, six fois, juste avant son retour sur Terre. Donc on va avoir six sessions espacées de quelques jours qui commencent à peu près un mois avant son retour, pendant lesquelles l'astronaute va appliquer ces stimulations-là. C'est assez connu parce que beaucoup de personnes ont l'occasion de tester ces stimulations dans le cadre du kiné ou ce genre de choses, ou même en ce genre d'appareil à la maison. Et donc voilà, ça c'est un des premiers grands projets sur lesquels j'ai travaillé.
Et le lien avec la médecine, parce que l'idée c'est d'étudier tout l'aspect physiologique, et notamment au niveau des éléments essentiels, oligo-éléments et autres, qui vont permettre l'activité optimale des muscles, et notamment des enzymes musculaires qu'on appelle les CPK, pour ne pas rentrer un peu plus dans un domaine de spécialité, Toutes ces choses-là, vous avez cette grille de lecture pour tous les astronautes. Par exemple, je vais donner un exemple. Nous, pour rester terre à terre, quand on regarde les spécialistes, les grands sportifs, on voit que quand ils font du sport, les professionnels, ils vont avoir de l'explosion de leur propre enzyme musculaire. Mais tout ça, c'est la résultante d'une diversité de réactions chimiques entre 300 et 500, si ma mémoire ne fait pas défaut, qui vont permettre, bien entendu, cet apport énergétique. Or, ce que tu as parfaitement indiqué, c'est que quand on est dans l'ISS, on fait beaucoup moins d'efforts, il y a beaucoup moins d'efforts musculaires. Donc, on peut être lié à ce qu'on appelle la... perte de masse musculaire, de la sarcopénie ou d'autres domaines.
C'est ça. Et donc, c'est pour ça qu'il y a aussi une recherche médicale assez importante pour trouver des moyens de contre-mesure. Aujourd'hui, ce qu'il faut savoir, c'est que dans l'ISS, dans le planning des astronautes, il y a entre une heure et demie et deux heures et demie de sport par jour pour compenser un peu le manque d'activité dû au simple fait que notre corps n'est plus en résistance contre la gravité. en continu. Et donc, il y a aussi la recherche d'autres moyens parce que faire du sport deux heures et demie par jour, ça prend beaucoup de temps, un temps qui est cher aussi pour les astronautes. Et donc, avoir certains moyens, notamment des stimulations électriques qui pourraient être appliquées alors même si ce ne serait pas le plus confortable, j'en conviens, pendant le sommeil ou pendant une phase où où l'astronaute pourrait... continuer à travailler sur un écran ou même se détendre, ça pourrait avoir un certain avantage. Donc là, on reste sur un plan assez général, puisqu'on parle de procédés assez simples, mais l'idée, c'est de venir les tester pour développer des choses qui pourront être utilisées, que ce soit dans l'ISS ou même dans le cadre de futures missions, si pendant plusieurs mois, des astronautes se retrouvent à voyager entre la Terre et Mars. Et donc ça, c'était un premier projet. Et le deuxième dont j'aimerais parler, parce qu'il est très actuel, c'est une expérience qui s'appelle Physiotool, qui a été mise en place pour justement la deuxième astronaute française, Sophie Adnaud, qui va partir dans quelques jours dans la Station Spatiale Internationale. Donc là, c'est un projet qui est français, pas européen, mais bien français, qui a été aussi développé par le CNES et qui a pour but d'étudier en parallèle différents signaux physiologiques. Ce qui est assez intéressant dans cette expérience-là, c'est que ça fait une bonne vingtaine, voire trentaine d'années qu'on fait des expériences dans l'espace. Donc on a une vision plus ou moins poussée des changements de différents signaux physiologiques, de la température, des électrocardiogrammes, etc. Mais il y a... relativement peu, voire très peu d'études, qui étudient en parallèle ces signaux. Et donc là, le principe même de Physiotool, c'est d'avoir toute une panoplie de capteurs un peu partout sur le corps pour mettre en corrélation des électrocardiogrammes, des électromyogrammes, l'activité électrodermale, l'aplatismographie, tout un tas de signaux différents, et venir observer ça pendant une certaine période et mettre en corrélation. les signaux observés avec des activités spécifiques, des phases ambulatoires, de l'exercice, des tâches neurosensorielles, donc tout un tas d'activités différentes, et venir étudier très précisément ces changements-là en microgravité en comparaison avec ce qu'on peut avoir sur Terre. Donc, on a les opérations dans quelques semaines qui commencent avec Sophie.
Ça va prendre beaucoup de temps pour Sophie Adnaud, par exemple ?
Alors, dans le cas de Physiotool, on a trois sessions qui sont requises, quatre sessions qui sont désirées. Donc, pour l'instant, on est sûr d'avoir les trois sessions requises qui ont lieu au début, en milieu et en fin de son vol. Et chaque session prend à peu près quatre heures de temps astronautes qu'on répartit avec le rassemblement du matériel, ce qu'on appelle le don. donc l'installation de tous les capteurs, la phase ambulatoire, donc là on ne compte pas ça en tant que crew time, en tant qu'astronaute, le moment où on enlève tous les capteurs et le transfert des données.
D'accord. Alors, est-ce que tu as eu durant ton parcours d'étudiante une rencontre particulière qui t'a… qui a favorisé ton orientation dans le domaine de l'astronomie et du spatial en particulier ?
Alors, des rencontres, c'est difficile d'en citer une seule. Je pense que... Dans mon insertion professionnelle, mes choix en termes d'éducation aussi, ma prof de maths de terminale a eu une influence assez extraordinaire sur moi puisqu'elle a été celle qui m'a poussée à aller voir des classes préparatoires en dehors de Montpellier, qui est quand même une bonne classe prépa, mais je pense que c'est aussi une... un beau défi personnel et une belle ouverture que d'aller voir ailleurs. J'avais demandé la prépa du parc à Lyon, j'avais demandé aussi des prépas parisiennes. Donc, ça m'a donné un peu cet élan d'aller voir un peu plus loin que ce qu'il y avait juste à côté de chez moi. Maintenant, même si ce n'est pas des rencontres physiques, je ne peux pas ne pas citer Hubert Reeves, qui est du coup le premier astrophysicien que j'ai lu. puisque quand même je pense que ça a eu un impact assez fort sur moi.
Très médiatisé à l'époque et il a la particularité lui d'avoir, de très bien vulgariser, de rendre la connaissance très accessible au grand public et avec une dimension un petit peu philosophique. Ce qui fait que beaucoup de personnes pouvaient s'intéresser à l'ensemble de ses propos. et voire même s'engager dans un contexte humain, ce qu'on ne trouve plus aujourd'hui pour différentes raisons parce qu'il y a une rapidité d'informations ou même les astrophysiciens vont parler dans un domaine précis mais raconter, présenter la recherche et nos connaissances dans le domaine de l'astrophysique et de l'astronomie en général, c'était vraiment ultra intéressant. On rappelle qu'il était spécialiste de la nucléosynthèse, Hubert Ries, un expert reconnu mondialement, ce que peu de gens ont plutôt connaissance, puisque quand il parlait, on disait, oui, c'est un astrophysicien. Il nous montrait les belles nébuleuses, les galaxies et toutes ces choses-là, mais on oublie qu'il a été un très, très grand expert dans le domaine de la nucléosynthèse, les débuts de l'univers.
Oui, c'est vrai. D'ailleurs, je trouve qu'aujourd'hui, il y a une très belle relève avec Christophe Galfard, dont j'ai lu beaucoup de romans, de vulgarisations, notamment « L'univers à portée de main » . Et je trouve que justement, on retrouve, moi aussi, ce qui m'a beaucoup attirée quand j'étais petite, le lien entre... l'astrophysique, la cosmologie et la composante un peu plus philosophique, puisqu'on en vient à l'origine de la vie, l'origine de l'univers. Et je trouve que Christophe Galfard arrive à adresser ces sujets d'une très belle manière.
C'est vrai, c'est vrai. Alors, quels sont... Oups, ouais. Quels sont les challenges de ta spécialité en ce début du XXIe siècle ? Peux-tu nous en citer une ou deux ?
Oui, bien sûr. C'est vrai qu'il y a énormément de challenges liés à la recherche spatiale. C'est difficile d'en citer que deux. Disons qu'en premier, je dirais la composante même de la recherche spatiale, l'idée même derrière, c'est vraiment... la compréhension et la protection du corps humain dans l'espace. Aujourd'hui, on vise à mettre au point des missions qui seront de plus en plus longues et qui visent à aller de plus en plus loin. Donc, il est essentiel dans le cadre de la recherche spatiale de bien comprendre à la fois les effets de la microgravité, mais aussi ceux des radiations, pour garantir la santé des astronautes et aussi développer les technologies qui vont leur permettre une certaine indépendance. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, quand on fait de la science dans la Station Spatiale Internationale, on est en mesure d'avoir de la vidéo, d'avoir des communications presque en temps réel avec eux. S'il y a besoin de fournir un support médical, même si c'est à distance, on va pouvoir communiquer en temps réel, ce qui ne sera pas possible de faire dans le cadre de missions plus lointaines, où il y aura nécessairement besoin d'une certaine indépendance. donc voilà il y a Il y a une forte composante qui est liée à la compréhension même du corps humain et des effets du vide stellaire ou des atmosphères hostiles de Mars. Ça, c'est le premier. Le second, je pense que ce qui est important de noter, c'est comment, en tant que recherche spatiale, on fait face ou on peut faire face au changement de contexte politique et économique. Aujourd'hui, et on en a un peu parlé, la recherche spatiale, c'est le fruit d'une collaboration internationale qui repose sur un équilibre assez fragile d'entente et de travail commun. entre différentes puissances. Sur l'ISS, ce qu'il faut savoir, c'est qu'on a les agences spatiales américaines, canadiennes, européennes, russes, japonaises qui travaillent ensemble dans le but de la recherche scientifique et de l'apport de la connaissance au niveau international. Mais aujourd'hui, quand on a des changements de stratégie, même politiques, on peut avoir de gros impacts sur cette recherche-là, que ce soit au niveau du... budget qui va être choisi pour de nouvelles expériences, le choix des missions, le choix des priorités, le choix des astronautes au sein de ces missions. Tout ça, ça peut avoir un fort impact sur la recherche elle-même. Alors, peux-tu nous citer trois femmes scientifiques modèles, vivantes ou non vivantes ?
Oui, et c'est important de citer des femmes. Donc, la première, je dirais Sophie Adnaud, puisque c'est une thématique très actuelle, puisqu'elle part pour l'instant vendredi dans la station spatiale. Et voilà, c'est la deuxième femme astronaute française. après Claudie et Nirey. Et j'ai grandi, j'ai fait mes dernières années d'études et mon début de carrière professionnelle avec Sophie en formation. Moi-même, j'étais en formation en tant qu'opératrice quand elle faisait sa formation en tant qu'astronaute. Je l'avais rencontrée au Centre européen des astronautes à Cologne pendant ma formation. Et puis moi, je suivais un peu émerveillée quand elle s'apprêtait à faire des sortes, des entraînements pour les sorties extravéhiculaires. Donc voilà, pour moi, c'est une grande source d'inspiration et j'ai hâte de travailler avec elle.
Tu la connais un peu plus, enfin de près, si je puis dire, dans le sens où tu connais l'excellence de ces investissements.
C'est ça, c'est ça. Et puis, donc moi, j'avais observé, mais vraiment... En tant qu'observatrice, c'est son entraînement à elle en tant qu'astronaute. Et puis là, un peu plus récemment, comme elle est suivie sur des expériences qui sont gérées par le CNES, le CADMOS et le MEDES, en fait, on a eu l'occasion de communiquer avec elle. On a fait ce qu'on appelle des BDC, donc Baseline Data Collection. C'est des prises de mesures qui ont lieu avant et après le vol des astronautes pour pouvoir comparer avec les mesures qu'on a à bord. Et donc, dans ce contexte-là, elle a pu venir sur Toulouse. On a eu l'occasion de la rencontrer, puisque comme on va être amené à travailler avec elle, c'est toujours plus facile de travailler avec quelqu'un avec qui on a déjà eu un contact. Donc, voilà. Voilà pour mon premier modèle. En second, j'aimerais bien citer Catherine Johnson, qui est mathématicienne, physicienne et ingénieure spatiale américaine. Elle a longtemps... tant été invisibilisées car femmes et femmes afro-américaines dans un contexte où les femmes étaient déjà assez invisibilisées elle a participé au calcul des trajectoires notamment sur l'émission Mercury Apollo et moi j'avais lu le livre qui a ensuite été adapté en film pour les figures de l'ombre et voilà c'est aussi un très beau film qui met bien en avant et cette femme-là et d'ailleurs c'est collaboratrice donc c'est une belle inspiration aussi et en troisième je dirais Emmanuel Charpentier pour sortir un petit peu du cadre du spatial qui est une microbiologiste française qui travaille donc sur la régulation, l'expression des gènes du point de vue de l'ARN microbien et qui a participé à la mise au point technique de Merci. CRISPR, pour lequel elle a eu un prix Nobel de chimie en 2020, je crois.
Et qui est aujourd'hui à l'Institut Max Planck, il me semble, si même moi on ne fait pas défaut. Et c'est le lieu d'une très grande révolution du côté médical, sur toutes les problématiques des grandes maladies, bien entendu, et françaises.
Donc voilà, deux grandes femmes, oui c'est ça, et françaises.
C'est important. Très bien, très bien. Trois grands et beaux modèles.
Oui, c'est ça.
Alors, au regard de ton expérience, en fait, quelles sont les idées, l'esprit que tu souhaiterais que les femmes aient en tête pour réussir ?
Je pense que ça peut être assez naturel de se mettre des barrières. On évolue dans un contexte social qui est relativement complexe. On est souvent bombardé d'images de personnes qui sont mises en lumière, qui s'expriment très bien, qui réussissent très bien. Et ça peut être impressionnant, notamment quand on est une jeune fille, dans le cadre des études ou en début de carrière professionnelle. Et je pense que cette confiance-là en ses capacités, ça vient énormément de l'encouragement qu'on reçoit en tant que jeune personne. qui peut être malheureusement un peu moins présent chez les jeunes filles que chez les jeunes garçons qu'on a tendance à toujours pousser vers le haut, à qui on apprend à courir vite, à être le plus fort si on rentre dans les stéréotypes. Et ça, ce genre d'encouragement, ça se traduit en grandissant sur le fait d'avoir confiance en soi, confiance dans ses capacités. C'est très bien de douter, c'est un signe d'intelligence, mais quand ça se transforme, en enfreint, et notamment en enfreint au niveau des choix de parcours, là, ça peut devenir un problème. Donc, c'est important de réussir à s'affranchir de ces barrières-là, de tenter, au pire, échouer et apprendre. Mais voilà, pour moi, la clé de la réussite, c'est vraiment avoir confiance en ses capacités et tenter. Et pour les jeunes filles en particulier, on est en train de véhiculer de plus en plus ce message-là, de les encourager. de les inviter à se mettre le moins possible de barrières, mais ça vient petit à petit. Et je pense que c'est vraiment très important d'accentuer ça chez les jeunes femmes et leur dire qu'il faut tenter et elles en sont capables.
Les associations scientifiques et techniques sont-elles pour toi une nécessité au sein de notre société ?
Alors, je peux répondre que par l'affirmative, parce que les associations scientifiques, c'est vraiment des organisations qui vont permettre de rendre les connaissances accessibles. Le but même de la science, c'est la transmission. Sinon, sans transmission, quel est l'intérêt ? Donc, ça va permettre à cette transmission-là de lutter aussi contre la désinformation. Aujourd'hui, on est submergé d'informations et c'est important d'avoir... des associations scientifiques envers lesquelles on a confiance pour apprendre. Ça va être aussi des espaces d'échange et de transmission. On a aussi besoin de modèles. On a parlé tout au long de ce meeting de personnes à admirer, de sources d'inspiration qui sont importantes déjà dans l'apprentissage, mais aussi dans les choix de carrière. Donc voilà, ça va permettre en fait tout un... tout un panel pour faire rayonner aussi les activités scientifiques et inciter, et aussi notamment chez les plus jeunes, leur faire ouvrir les yeux vers ces milieux-là, les inciter, leur donner des modèles à suivre dans les choix aussi de carrière.
Alors, pour finir, quels sont les conseils que tu pourrais donner aux étudiantes qui souhaitent s'engager dans les domaines scientifiques ? mais dans une dynamique de réussite collective. Je m'explique. Aujourd'hui, l'une des spécificités paradoxalement de notre société, c'est la spécificité de notre époque, c'est la brisure de tous les couples sur tous les domaines, à la fois dans le domaine scientifique, on voit la physique nucléaire, etc., mais dans notre réalité sociale. Et aujourd'hui, quand on valorise des personnes, on les valorise. d'une manière individuelle. Quand je dis on valorise, c'est plutôt l'aspect médiatique qui crée une dynamique de valorisation individuelle. Alors que l'objectif, c'est véritablement valoriser le collectif. C'est-à-dire que quand je vais dans une entreprise, je vois bien qu'il y a la présence de femmes. Des femmes qui sont très investies, je vais discuter, elles vont m'orienter, elles vont me conseiller, etc. Mais dans notre réalité à l'extérieur, on a plus une affirmation très individuelle d'hommes, majoritairement avec peu de femmes à l'extérieur, et qui n'est pas forcément le véritable écho de notre réalité.
Oui, c'est vrai. Alors, bien sûr, je pense que ce genre de problème que tu soulèves, c'est des choses contre lesquelles il faut toujours se battre en tant que... femme et en tant que personne qui veut faire avancer les choses. L'invisibilisation des femmes, elle est présente depuis très longtemps et elle est toujours présente aujourd'hui, malgré les différents combats qu'il y a sur le féminisme. Maintenant, à titre personnel, dans le cadre scientifique, on est amené à travailler en tant que groupe. Je le vois, nous, on est une équipe, on travaille sur l'implémentation d'expériences et tout. Il y a des personnes qui, à titre individuel, sont mises en avant. Femme ou homme, ça arrive, mais quand on travaille au sein d'une équipe, ce qui est aussi important, c'est de regarder un peu comment bien mettre en corrélation les différents atouts qu'ont ces différentes personnes. Ça, c'est une thématique qu'on apprend souvent en fin d'études, mais moins au cours d'un parcours scolaire. Donc, il y a toutes ces composantes-là. On arrive dans la vie professionnelle, on se retrouve à travailler souvent dans le cadre d'équipe. donc il faut réussir à... faire avec les différences de chacun. Maintenant, quand on va ensuite sur le regard de la société ou la réussite de certaines personnes au sein de ces collectifs, je pense que c'est aussi dépenser peut-être trop d'énergie si, à titre personnel, on prend à cœur les injustices qu'il peut y avoir. On peut... peut-être trouver des hommes plus mis en avant que de femmes, ou même de femmes ou de personnes simplement, mises plus en avant que d'autres sur des travaux collectifs. Malheureusement, ça, c'est quelque chose qui arrive et qui arrivera toujours et qui est en fait une certaine forme d'injustice parce qu'on aime, comme tu dis, valoriser des individus parfois plus que le collectif qu'il y a derrière. Peut-être aussi parce que c'est plus compliqué de citer 15 personnes là où un an, ça se retient plus facilement. Mais il faut en fait jouer avec ces dynamiques-là. C'est ce qui est un peu difficile quand on arrive dans la vie professionnelle parce que on se retrouve dans un tout nouveau monde avec des injustices aussi. Donc ce qui est important, c'est de toujours faire valoir son travail et qui on est et être pour moi un droit dans la personne et dans les valeurs qu'on veut véhiculer. Maintenant, c'est vrai qu'il faut réussir en parallèle à ne pas dépenser trop d'énergie et se faire aussi bouffer parfois par ce genre de problème qui peut être résiduel et avoir lieu tout au long de la vie professionnelle.
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Description
L'interview d'exception de Julie Nadal, opératrice de vol habité chez MEDES.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Alors, je m'appelle Julie Nadal, j'ai 25 ans et ça fait donc deux ans maintenant que je travaille pour une entreprise qui s'appelle le MEDES. En tant que, donc c'est un titre assez générique, qui est le poste d'ingénieur vol habité. On reviendra, je pense, un peu plus tard au cours de la réunion sur ce que ça implique. Et donc, je travaille sur Toulouse, ça fait maintenant cinq ans, un peu plus de cinq ans que j'y suis. Je viens de Montpellier originairement et j'ai fait quelques années par-ci par-là, notamment à Toulouse, à Lyon d'abord, et puis à l'étranger et ensuite à Toulouse.
Alors, quel a été votre parcours d'étudiante en fait ?
Donc moi, comme je le disais, j'ai commencé à Castelnau-le-Lest, donc juste à côté de Montpellier. Pour reprendre à peu près au niveau du bac, j'ai passé mes années de lycée au lycée Georges Pompidou à Castel-Lolulès, sur des études qui correspondent à un bac scientifique, donc aujourd'hui l'équivalent ce seraient les spécialités maths et physique. Donc j'ai fait mes années là-bas, je suis partie ensuite pour deux ans à Lyon en classe préparatoire, où j'ai fait une première année en MPSI, donc maths, physique, sciences de l'ingénieur. une deuxième année en PSI, physique et sciences d'ingénieur, avant de passer mes concours grandes écoles. Et après quoi, j'ai intégré l'ISAE Super Hero. C'est là que je suis arrivée à Toulouse. J'ai fait quatre ans à l'ISAE, dont un an de césure, donc trois ans effectifs sur l'école. Et sur la dernière année en particulier, j'ai fait un double master, qui est le master... ASEP avec l'université Paul Sabatier de Toulouse et donc ASEP ça veut dire astrophysique science de l'espace et planétologie et c'est comme ça que j'ai conclu mes études
Alors la question qu'on peut se poser c'est que en fait Isaeus Super Hero est très orienté à l'aérospatiale en lien avec l'astronomie et l'astrophysique mais pleinement sur les grands projets aérospatiaux et aéronautiques. La question, c'est pourquoi avoir enchaîné, s'être engagé au sein d'ISAE Supaéro, alors que plutôt dans le domaine de l'astronomie, de l'astrophysique, il y avait une possibilité de s'orienter vers un cursus de recherche, comme l'Observatoire de Midi-Pyrénées ou l'Observatoire de Paris ou plein d'autres observatoires.
Oui, alors c'est une bonne question. C'est vrai que j'ai assez tôt eu une appétence vers les domaines de la cosmologie et de l'astrophysique. Déjà quand j'étais enfant et assez simplement par le biais de regarder le ciel étoilé l'été avec ma famille. Ça s'est traduit aussi assez jeune dans mes lectures. J'étais peut-être une des seules à 12-13 ans. à voir mes livres d'Hubert Reeves, mes copains ne comprenaient pas forcément trop, que moi non plus, je ne comprenais pas vraiment, mais qui parlaient d'étoiles et donc qui me faisaient un peu briller les yeux. Notamment, il y a de très bonnes lectures, comme l'univers expliquait à mes petits-enfants, qui se comprennent très bien pour les plus jeunes. Et donc, c'est vrai que j'avais cette appétence-là, mais qui était restée, disons... parallèle à mon éducation et donc à la scolarité. Et au lycée, j'avais de plutôt bons résultats en maths physique. La suite logique, c'était la classe prépa. Pas que la voie universitaire ne me tentait pas, mais plus parce que ça permettait de me garder aussi plus de portes ouvertes. Et donc, après la classe prépa... La voie un peu logique, c'était les concours aux grandes écoles et derrière, une grande école. Et en fait, au contraire, là où c'est vrai que ce que tu dis, c'est que ça dénote un peu avec le parcours classique de l'astrophysique ou la cosmologie. Mais pour moi, c'était presque le moyen de me rapprocher de ces thématiques-là, puisque c'est une des seules écoles qui propose... Alors, c'est une école qui se veut généraliste, mais qui propose vraiment cette spécialisation qui a une forte... composantes aérospatiales et aéronautiques. Et en fait, c'est un peu Donc c'est pour ça que je l'ai choisi. Et très rapidement, dès la première année, j'avais la possibilité, et ça je le savais même avant d'y rentrer, de choisir des options plus orientées astrophysique, cosmologie, etc. Donc moi j'avais pris physique stellaire en première année, physique des particules, cosmologie, donc j'avais toute la totale. Et même en dernière année, on a des domaines, des filières. Dès que je pouvais, j'avais pris en filière observation de la Terre et sciences de l'univers. Tout ce que je pouvais prendre plutôt orienté à astrophysique, je l'ai fait. Maintenant, c'est vrai que dans le choix plus professionnel, j'ai eu d'autres opportunités. Je ne me suis pas forcément orientée vers la thèse et la recherche. Je cherchais aussi et j'avais des choses très intéressantes, notamment par le biais du master. que j'ai fait en dernière année. Mais j'ai eu d'autres opportunités. Donc voilà, c'est ce que pour l'instant, j'ai choisi. Mais je ne suis pas à l'abri d'une réorientation.
Alors, ça reste très, très... Les deux cheminements sont extraordinaires, qu'on se voit clair et explicite. Mais c'est vrai que quand on connaît un petit peu le monde de la recherche dans le domaine de l'astronomie et de l'astrophysique, et en parallèle, le domaine... de l'aérospatiale, on peut se poser effectivement cette question. Alors, peux-tu nous présenter cette entreprise qui est MEDES et qui n'est pas forcément connue du grand public, mais également les relations qu'elle a avec Airbus, le Airbus A300-0G et l'Agence spatiale européenne ?
Oui, bien sûr. Alors, MEDES… Étymologiquement, c'est médecine espace. Tout simplement, ça peut se résumer comme ça. Maintenant, dans des termes un peu plus formels, c'est l'Institut de médecine et de physiologie spatiale. C'est une compagnie qui promeut les applications de la recherche spatiale dans le domaine de la santé, qui a un peu plus de 35 ans. Elle a été fondée en 1989, si je ne me trompe pas. Et elle est centrée sur trois axes. Donc le premier, c'est la recherche clinique. Donc elle a une clinique spatiale qui a été fondée en 1996 et en fait dans laquelle cette clinique-là, elle est justement à Toulouse. Et au sein de la clinique, il y a des études qui sont menées pour simuler au sol les effets de la microgravité ou de la pesanteur pour développer des moyens préventifs ou des contre-mesures. Donc ça, c'est un des grands axes du MEDES. Le second, et c'est celui dans lequel je travaille, c'est le support aux missions spatiales. Ça, c'est depuis 2006 environ. Et ça a lieu au sein du CNES, le Centre National d'Études Spatiales, dans un département qui s'appelle le CADMOS. C'est le Centre d'Aide au Développement des Opérations en Microgravité et Opérations Spatiales. C'est un centre dans lequel on a ce support aux missions spatiales et dans lequel intervient le MEDES. Et le troisième grand axe, c'est l'application, l'innovation. Il y a tout un pôle de développement au MEDES qui va permettre de la mise au point d'expérience à travers le développement de hardware et de software, donc des logiciels ou de matériel. propres à la réalisation de ces expériences. Et donc, voilà, ça c'est le troisième pôle qu'on a au MEDES. Tu parlais des différentes relations avec les autres agences. Un des grands collaborateurs, disons, du MEDES, c'est bien l'agence spatiale européenne. Et ce, à différents niveaux. Il y a de la collaboration, par exemple, on parlait du pôle développement. Il y a ce qu'on appelle les payload developers, des personnes qui sont responsables du développement de matériel qui sera utilisé dans le cadre d'expériences. Et ces expériences, il y en a beaucoup qui sont européennes et qui sont choisies par l'ESA, et dans lesquelles le MEDES intervient en mettant à disposition un matériel et un logiciel. Ça, c'est au niveau de développement.
Petite parenthèse, enfin, petite rupture. À l'international, ça doit être... C'est très concurrencé ou pas du tout ? Parce que c'est vrai qu'on n'a pas forcément, nous, la visibilité de tous ces aspects. On se dit, par exemple, sur l'actualité, il y a Thomas Pesquet, Sophie Adnault qui vont dans l'espace, mais on n'a pas conscience de toutes ces expériences qui sont menées en amont et qui permettent, qui favorisent, bien entendu, ces réalisations humaines pour les astronautes.
Alors, il y a énormément de niveaux qui interviennent là-dedans, parce qu'en fait, dans... dans les expériences, et là on parle d'expériences spatiales, c'est-à-dire qui ont lieu dans l'espace. Dans l'espace, oui. Voilà, c'est ça. Avec comme sujet des astronautes, dont Thomas Pesquet, dont prochainement Sophie Adnault. Donc de base, il y a énormément de projets d'expériences. Ces expériences ne voient pas toujours le jour. Et c'est l'ESA, en tout cas au niveau européen, qui est chargée de sélectionner... certaines expériences en fonction des budgets, en fonction de l'intérêt scientifique aussi, de ce vers quoi porte la recherche scientifique sur le moment. Et donc, il y a une sélection qui est faite par l'ESA et ensuite l'ESA fait appel à ce qu'on appelle les USOC, qui est en fait un centre qui va permettre l'application, la mise en place de ce concept opérationnel-là. donc là il y a différents usos au niveau européen, dont l'USOC français, c'est le CADMOS au CNES. Et on va avoir également l'appel à des payloads développeurs, donc des gens qui vont permettre de mettre à disposition le matériel. Donc, en fait, il y a toute une collaboration. Et là, je parle seulement au niveau européen parce qu'après, bien sûr, au niveau international, ça complexifie encore la chose. Mais voilà, il y a tout cet agencement, cette collaboration, en fait, entre différents acteurs, avec l'ESA en tête. d'épingle et qui va choisir les scientifiques, l'expérience, et puis ensuite, le centre qui va implémenter opérationnellement cette expérience, et puis le centre qui va fournir le matériel dédié. Donc voilà, il y a ces différents acteurs qui rentrent en jeu. Donc c'est une énorme collaboration, en fait, sur le plan, ne serait-ce qu'européen.
Sur du très haut niveau, il faut le rappeler.
Oui, c'est sûr. Et après, je ne sais pas si tu voulais approfondir. Non,
il n'y a aucun problème. C'était une petite précision juste.
Parfait. Et après, tu parlais des relations avec Airbus, le R0G. Alors ça, c'est une collaboration qui est plus ponctuelle. Donc l'Air 0G, déjà, c'est l'avion qui permet de faire des vols paraboliques. Il y a une entreprise qui s'appelle Novespace et qui est donc responsable de ces campagnes de vols paraboliques. Nous, dans le cadre du MEDES et de nos activités, on fait appel de temps en temps, on participe aux campagnes de vols paraboliques dans le but de soit tester, donc pour ma part en tant qu'opératrice vol habité, je vais venir tester des protocoles expérimentaux en apesanteur. Pourquoi ? Parce qu'on met au point des procédures, on met en point tout un concept opérationnel, mais quand nous, on les met en place, on est au sol et on n'a pas tout cet impact de l'apesanteur, justement. Et donc, on a beau se projeter, on a beau s'imaginer comment ça va être, c'est jamais la même chose qu'en apesanteur. Donc, du coup, venir tester ces protocoles-là... dans une campagne de vol parabolique, ça peut avoir un certain intérêt. Ce n'est pas du tout fait à chaque fois, mais ça peut avoir un intérêt en fonction de l'expérience. Ça, c'est la partie opérationnelle. Et sinon, toujours dans le cadre de développer du matériel qui sera utilisé dans les expériences, ces matériels-là, ça prend en compte des capteurs qui peuvent se comporter différemment en apesanteur et donc venir tester les différents outils qui vont être utilisés. dans le cadre des campagnes de vols paraboliques. Pareil, ça peut avoir un intérêt pour nous. Donc, dès que s'il y a une application qui est nécessaire, on peut faire appel à Novespace.
Très bien. Alors, peux-tu nous faire part d'une à deux grandes missions, un à deux grands projets actuels dans le domaine de ta spécialité ?
Alors moi, ma spécialité, ce qu'il faut comprendre un peu, comment s'articule ce travail-là d'opératrice volabité, l'idée c'est qu'on a certaines expériences. Donc on parlait tout à l'heure de l'ESA qui fait appel à un centre qui vient implémenter un concept scientifique dans l'espace, dans la Station Spatiale Internationale. Donc nous, on travaille pour faire ce biais-là. en tant que... opératrice, moi je vais être responsable de certaines expériences et cette responsabilité là elle s'articule sur deux axes différents la préparation très opérationnel et les opérations, la phase opérationnelle. Donc la phase antérieure, elle va avoir lieu à peu près de un an à un mois avant que la première expérience avec le premier sujet voit le jour. Et donc elle consiste à comprendre un peu quelles sont les contraintes scientifiques, comment on va les mettre en place, quelles sont les procédures qu'on va utiliser, etc. Donc tout ça, ça a lieu à peu près un an. avant le début de l'expérience. Et ensuite, il y a la phase opérationnelle, donc de un mois au temps réel, où là, on va être plus en termes de planning. Comment est-ce que le jour J, on va gérer l'opération au support temps réel, quand en fait l'astronaute est en train de réaliser l'expérience et a des questions ou s'il y a des problèmes, nous, on est là en support. Donc, il y a ces deux grandes phases-là. Et nous, en tant que responsable d'expérience, du coup, on a un petit pool de, disons, Merci. trois, quatre, cinq expériences différentes qu'on gère sur des durées de parfois plusieurs années jusqu'à ce que le dernier sujet ait fait sa dernière session d'une expérience donnée. Donc moi, si je dois citer deux grands projets sur lesquels je travaille, je dirais que le premier, c'est le premier qui m'a été attribué, qui s'appelle Muscle Stimulation, la première expérience pour laquelle j'étais responsable. Muscle stimulation, c'est un projet européen qui étudie des moyens de contre-mesure à l'atrophie musculaire. L'atrophie musculaire, normalement, c'est un sujet qui parle au grand public puisque c'est une des composantes les plus connues des effets de la microgravité sur le corps humain. Comment le corps étant sollicité différemment, perdre rapidement la masse musculaire. Et Massive Stimulation, donc, Le principe de cette expérience-là, c'est de venir appliquer des stimulations électriques au niveau des jambes sur différents groupes musculaires. L'astronaute va avoir une anode et trois cathodes pour stimuler trois grands groupes musculaires. Il va suivre pendant une trentaine de minutes un protocole donné qui va venir compresser les différents muscles. Et ce, six fois, juste avant son retour sur Terre. Donc on va avoir six sessions espacées de quelques jours qui commencent à peu près un mois avant son retour, pendant lesquelles l'astronaute va appliquer ces stimulations-là. C'est assez connu parce que beaucoup de personnes ont l'occasion de tester ces stimulations dans le cadre du kiné ou ce genre de choses, ou même en ce genre d'appareil à la maison. Et donc voilà, ça c'est un des premiers grands projets sur lesquels j'ai travaillé.
Et le lien avec la médecine, parce que l'idée c'est d'étudier tout l'aspect physiologique, et notamment au niveau des éléments essentiels, oligo-éléments et autres, qui vont permettre l'activité optimale des muscles, et notamment des enzymes musculaires qu'on appelle les CPK, pour ne pas rentrer un peu plus dans un domaine de spécialité, Toutes ces choses-là, vous avez cette grille de lecture pour tous les astronautes. Par exemple, je vais donner un exemple. Nous, pour rester terre à terre, quand on regarde les spécialistes, les grands sportifs, on voit que quand ils font du sport, les professionnels, ils vont avoir de l'explosion de leur propre enzyme musculaire. Mais tout ça, c'est la résultante d'une diversité de réactions chimiques entre 300 et 500, si ma mémoire ne fait pas défaut, qui vont permettre, bien entendu, cet apport énergétique. Or, ce que tu as parfaitement indiqué, c'est que quand on est dans l'ISS, on fait beaucoup moins d'efforts, il y a beaucoup moins d'efforts musculaires. Donc, on peut être lié à ce qu'on appelle la... perte de masse musculaire, de la sarcopénie ou d'autres domaines.
C'est ça. Et donc, c'est pour ça qu'il y a aussi une recherche médicale assez importante pour trouver des moyens de contre-mesure. Aujourd'hui, ce qu'il faut savoir, c'est que dans l'ISS, dans le planning des astronautes, il y a entre une heure et demie et deux heures et demie de sport par jour pour compenser un peu le manque d'activité dû au simple fait que notre corps n'est plus en résistance contre la gravité. en continu. Et donc, il y a aussi la recherche d'autres moyens parce que faire du sport deux heures et demie par jour, ça prend beaucoup de temps, un temps qui est cher aussi pour les astronautes. Et donc, avoir certains moyens, notamment des stimulations électriques qui pourraient être appliquées alors même si ce ne serait pas le plus confortable, j'en conviens, pendant le sommeil ou pendant une phase où où l'astronaute pourrait... continuer à travailler sur un écran ou même se détendre, ça pourrait avoir un certain avantage. Donc là, on reste sur un plan assez général, puisqu'on parle de procédés assez simples, mais l'idée, c'est de venir les tester pour développer des choses qui pourront être utilisées, que ce soit dans l'ISS ou même dans le cadre de futures missions, si pendant plusieurs mois, des astronautes se retrouvent à voyager entre la Terre et Mars. Et donc ça, c'était un premier projet. Et le deuxième dont j'aimerais parler, parce qu'il est très actuel, c'est une expérience qui s'appelle Physiotool, qui a été mise en place pour justement la deuxième astronaute française, Sophie Adnaud, qui va partir dans quelques jours dans la Station Spatiale Internationale. Donc là, c'est un projet qui est français, pas européen, mais bien français, qui a été aussi développé par le CNES et qui a pour but d'étudier en parallèle différents signaux physiologiques. Ce qui est assez intéressant dans cette expérience-là, c'est que ça fait une bonne vingtaine, voire trentaine d'années qu'on fait des expériences dans l'espace. Donc on a une vision plus ou moins poussée des changements de différents signaux physiologiques, de la température, des électrocardiogrammes, etc. Mais il y a... relativement peu, voire très peu d'études, qui étudient en parallèle ces signaux. Et donc là, le principe même de Physiotool, c'est d'avoir toute une panoplie de capteurs un peu partout sur le corps pour mettre en corrélation des électrocardiogrammes, des électromyogrammes, l'activité électrodermale, l'aplatismographie, tout un tas de signaux différents, et venir observer ça pendant une certaine période et mettre en corrélation. les signaux observés avec des activités spécifiques, des phases ambulatoires, de l'exercice, des tâches neurosensorielles, donc tout un tas d'activités différentes, et venir étudier très précisément ces changements-là en microgravité en comparaison avec ce qu'on peut avoir sur Terre. Donc, on a les opérations dans quelques semaines qui commencent avec Sophie.
Ça va prendre beaucoup de temps pour Sophie Adnaud, par exemple ?
Alors, dans le cas de Physiotool, on a trois sessions qui sont requises, quatre sessions qui sont désirées. Donc, pour l'instant, on est sûr d'avoir les trois sessions requises qui ont lieu au début, en milieu et en fin de son vol. Et chaque session prend à peu près quatre heures de temps astronautes qu'on répartit avec le rassemblement du matériel, ce qu'on appelle le don. donc l'installation de tous les capteurs, la phase ambulatoire, donc là on ne compte pas ça en tant que crew time, en tant qu'astronaute, le moment où on enlève tous les capteurs et le transfert des données.
D'accord. Alors, est-ce que tu as eu durant ton parcours d'étudiante une rencontre particulière qui t'a… qui a favorisé ton orientation dans le domaine de l'astronomie et du spatial en particulier ?
Alors, des rencontres, c'est difficile d'en citer une seule. Je pense que... Dans mon insertion professionnelle, mes choix en termes d'éducation aussi, ma prof de maths de terminale a eu une influence assez extraordinaire sur moi puisqu'elle a été celle qui m'a poussée à aller voir des classes préparatoires en dehors de Montpellier, qui est quand même une bonne classe prépa, mais je pense que c'est aussi une... un beau défi personnel et une belle ouverture que d'aller voir ailleurs. J'avais demandé la prépa du parc à Lyon, j'avais demandé aussi des prépas parisiennes. Donc, ça m'a donné un peu cet élan d'aller voir un peu plus loin que ce qu'il y avait juste à côté de chez moi. Maintenant, même si ce n'est pas des rencontres physiques, je ne peux pas ne pas citer Hubert Reeves, qui est du coup le premier astrophysicien que j'ai lu. puisque quand même je pense que ça a eu un impact assez fort sur moi.
Très médiatisé à l'époque et il a la particularité lui d'avoir, de très bien vulgariser, de rendre la connaissance très accessible au grand public et avec une dimension un petit peu philosophique. Ce qui fait que beaucoup de personnes pouvaient s'intéresser à l'ensemble de ses propos. et voire même s'engager dans un contexte humain, ce qu'on ne trouve plus aujourd'hui pour différentes raisons parce qu'il y a une rapidité d'informations ou même les astrophysiciens vont parler dans un domaine précis mais raconter, présenter la recherche et nos connaissances dans le domaine de l'astrophysique et de l'astronomie en général, c'était vraiment ultra intéressant. On rappelle qu'il était spécialiste de la nucléosynthèse, Hubert Ries, un expert reconnu mondialement, ce que peu de gens ont plutôt connaissance, puisque quand il parlait, on disait, oui, c'est un astrophysicien. Il nous montrait les belles nébuleuses, les galaxies et toutes ces choses-là, mais on oublie qu'il a été un très, très grand expert dans le domaine de la nucléosynthèse, les débuts de l'univers.
Oui, c'est vrai. D'ailleurs, je trouve qu'aujourd'hui, il y a une très belle relève avec Christophe Galfard, dont j'ai lu beaucoup de romans, de vulgarisations, notamment « L'univers à portée de main » . Et je trouve que justement, on retrouve, moi aussi, ce qui m'a beaucoup attirée quand j'étais petite, le lien entre... l'astrophysique, la cosmologie et la composante un peu plus philosophique, puisqu'on en vient à l'origine de la vie, l'origine de l'univers. Et je trouve que Christophe Galfard arrive à adresser ces sujets d'une très belle manière.
C'est vrai, c'est vrai. Alors, quels sont... Oups, ouais. Quels sont les challenges de ta spécialité en ce début du XXIe siècle ? Peux-tu nous en citer une ou deux ?
Oui, bien sûr. C'est vrai qu'il y a énormément de challenges liés à la recherche spatiale. C'est difficile d'en citer que deux. Disons qu'en premier, je dirais la composante même de la recherche spatiale, l'idée même derrière, c'est vraiment... la compréhension et la protection du corps humain dans l'espace. Aujourd'hui, on vise à mettre au point des missions qui seront de plus en plus longues et qui visent à aller de plus en plus loin. Donc, il est essentiel dans le cadre de la recherche spatiale de bien comprendre à la fois les effets de la microgravité, mais aussi ceux des radiations, pour garantir la santé des astronautes et aussi développer les technologies qui vont leur permettre une certaine indépendance. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, quand on fait de la science dans la Station Spatiale Internationale, on est en mesure d'avoir de la vidéo, d'avoir des communications presque en temps réel avec eux. S'il y a besoin de fournir un support médical, même si c'est à distance, on va pouvoir communiquer en temps réel, ce qui ne sera pas possible de faire dans le cadre de missions plus lointaines, où il y aura nécessairement besoin d'une certaine indépendance. donc voilà il y a Il y a une forte composante qui est liée à la compréhension même du corps humain et des effets du vide stellaire ou des atmosphères hostiles de Mars. Ça, c'est le premier. Le second, je pense que ce qui est important de noter, c'est comment, en tant que recherche spatiale, on fait face ou on peut faire face au changement de contexte politique et économique. Aujourd'hui, et on en a un peu parlé, la recherche spatiale, c'est le fruit d'une collaboration internationale qui repose sur un équilibre assez fragile d'entente et de travail commun. entre différentes puissances. Sur l'ISS, ce qu'il faut savoir, c'est qu'on a les agences spatiales américaines, canadiennes, européennes, russes, japonaises qui travaillent ensemble dans le but de la recherche scientifique et de l'apport de la connaissance au niveau international. Mais aujourd'hui, quand on a des changements de stratégie, même politiques, on peut avoir de gros impacts sur cette recherche-là, que ce soit au niveau du... budget qui va être choisi pour de nouvelles expériences, le choix des missions, le choix des priorités, le choix des astronautes au sein de ces missions. Tout ça, ça peut avoir un fort impact sur la recherche elle-même. Alors, peux-tu nous citer trois femmes scientifiques modèles, vivantes ou non vivantes ?
Oui, et c'est important de citer des femmes. Donc, la première, je dirais Sophie Adnaud, puisque c'est une thématique très actuelle, puisqu'elle part pour l'instant vendredi dans la station spatiale. Et voilà, c'est la deuxième femme astronaute française. après Claudie et Nirey. Et j'ai grandi, j'ai fait mes dernières années d'études et mon début de carrière professionnelle avec Sophie en formation. Moi-même, j'étais en formation en tant qu'opératrice quand elle faisait sa formation en tant qu'astronaute. Je l'avais rencontrée au Centre européen des astronautes à Cologne pendant ma formation. Et puis moi, je suivais un peu émerveillée quand elle s'apprêtait à faire des sortes, des entraînements pour les sorties extravéhiculaires. Donc voilà, pour moi, c'est une grande source d'inspiration et j'ai hâte de travailler avec elle.
Tu la connais un peu plus, enfin de près, si je puis dire, dans le sens où tu connais l'excellence de ces investissements.
C'est ça, c'est ça. Et puis, donc moi, j'avais observé, mais vraiment... En tant qu'observatrice, c'est son entraînement à elle en tant qu'astronaute. Et puis là, un peu plus récemment, comme elle est suivie sur des expériences qui sont gérées par le CNES, le CADMOS et le MEDES, en fait, on a eu l'occasion de communiquer avec elle. On a fait ce qu'on appelle des BDC, donc Baseline Data Collection. C'est des prises de mesures qui ont lieu avant et après le vol des astronautes pour pouvoir comparer avec les mesures qu'on a à bord. Et donc, dans ce contexte-là, elle a pu venir sur Toulouse. On a eu l'occasion de la rencontrer, puisque comme on va être amené à travailler avec elle, c'est toujours plus facile de travailler avec quelqu'un avec qui on a déjà eu un contact. Donc, voilà. Voilà pour mon premier modèle. En second, j'aimerais bien citer Catherine Johnson, qui est mathématicienne, physicienne et ingénieure spatiale américaine. Elle a longtemps... tant été invisibilisées car femmes et femmes afro-américaines dans un contexte où les femmes étaient déjà assez invisibilisées elle a participé au calcul des trajectoires notamment sur l'émission Mercury Apollo et moi j'avais lu le livre qui a ensuite été adapté en film pour les figures de l'ombre et voilà c'est aussi un très beau film qui met bien en avant et cette femme-là et d'ailleurs c'est collaboratrice donc c'est une belle inspiration aussi et en troisième je dirais Emmanuel Charpentier pour sortir un petit peu du cadre du spatial qui est une microbiologiste française qui travaille donc sur la régulation, l'expression des gènes du point de vue de l'ARN microbien et qui a participé à la mise au point technique de Merci. CRISPR, pour lequel elle a eu un prix Nobel de chimie en 2020, je crois.
Et qui est aujourd'hui à l'Institut Max Planck, il me semble, si même moi on ne fait pas défaut. Et c'est le lieu d'une très grande révolution du côté médical, sur toutes les problématiques des grandes maladies, bien entendu, et françaises.
Donc voilà, deux grandes femmes, oui c'est ça, et françaises.
C'est important. Très bien, très bien. Trois grands et beaux modèles.
Oui, c'est ça.
Alors, au regard de ton expérience, en fait, quelles sont les idées, l'esprit que tu souhaiterais que les femmes aient en tête pour réussir ?
Je pense que ça peut être assez naturel de se mettre des barrières. On évolue dans un contexte social qui est relativement complexe. On est souvent bombardé d'images de personnes qui sont mises en lumière, qui s'expriment très bien, qui réussissent très bien. Et ça peut être impressionnant, notamment quand on est une jeune fille, dans le cadre des études ou en début de carrière professionnelle. Et je pense que cette confiance-là en ses capacités, ça vient énormément de l'encouragement qu'on reçoit en tant que jeune personne. qui peut être malheureusement un peu moins présent chez les jeunes filles que chez les jeunes garçons qu'on a tendance à toujours pousser vers le haut, à qui on apprend à courir vite, à être le plus fort si on rentre dans les stéréotypes. Et ça, ce genre d'encouragement, ça se traduit en grandissant sur le fait d'avoir confiance en soi, confiance dans ses capacités. C'est très bien de douter, c'est un signe d'intelligence, mais quand ça se transforme, en enfreint, et notamment en enfreint au niveau des choix de parcours, là, ça peut devenir un problème. Donc, c'est important de réussir à s'affranchir de ces barrières-là, de tenter, au pire, échouer et apprendre. Mais voilà, pour moi, la clé de la réussite, c'est vraiment avoir confiance en ses capacités et tenter. Et pour les jeunes filles en particulier, on est en train de véhiculer de plus en plus ce message-là, de les encourager. de les inviter à se mettre le moins possible de barrières, mais ça vient petit à petit. Et je pense que c'est vraiment très important d'accentuer ça chez les jeunes femmes et leur dire qu'il faut tenter et elles en sont capables.
Les associations scientifiques et techniques sont-elles pour toi une nécessité au sein de notre société ?
Alors, je peux répondre que par l'affirmative, parce que les associations scientifiques, c'est vraiment des organisations qui vont permettre de rendre les connaissances accessibles. Le but même de la science, c'est la transmission. Sinon, sans transmission, quel est l'intérêt ? Donc, ça va permettre à cette transmission-là de lutter aussi contre la désinformation. Aujourd'hui, on est submergé d'informations et c'est important d'avoir... des associations scientifiques envers lesquelles on a confiance pour apprendre. Ça va être aussi des espaces d'échange et de transmission. On a aussi besoin de modèles. On a parlé tout au long de ce meeting de personnes à admirer, de sources d'inspiration qui sont importantes déjà dans l'apprentissage, mais aussi dans les choix de carrière. Donc voilà, ça va permettre en fait tout un... tout un panel pour faire rayonner aussi les activités scientifiques et inciter, et aussi notamment chez les plus jeunes, leur faire ouvrir les yeux vers ces milieux-là, les inciter, leur donner des modèles à suivre dans les choix aussi de carrière.
Alors, pour finir, quels sont les conseils que tu pourrais donner aux étudiantes qui souhaitent s'engager dans les domaines scientifiques ? mais dans une dynamique de réussite collective. Je m'explique. Aujourd'hui, l'une des spécificités paradoxalement de notre société, c'est la spécificité de notre époque, c'est la brisure de tous les couples sur tous les domaines, à la fois dans le domaine scientifique, on voit la physique nucléaire, etc., mais dans notre réalité sociale. Et aujourd'hui, quand on valorise des personnes, on les valorise. d'une manière individuelle. Quand je dis on valorise, c'est plutôt l'aspect médiatique qui crée une dynamique de valorisation individuelle. Alors que l'objectif, c'est véritablement valoriser le collectif. C'est-à-dire que quand je vais dans une entreprise, je vois bien qu'il y a la présence de femmes. Des femmes qui sont très investies, je vais discuter, elles vont m'orienter, elles vont me conseiller, etc. Mais dans notre réalité à l'extérieur, on a plus une affirmation très individuelle d'hommes, majoritairement avec peu de femmes à l'extérieur, et qui n'est pas forcément le véritable écho de notre réalité.
Oui, c'est vrai. Alors, bien sûr, je pense que ce genre de problème que tu soulèves, c'est des choses contre lesquelles il faut toujours se battre en tant que... femme et en tant que personne qui veut faire avancer les choses. L'invisibilisation des femmes, elle est présente depuis très longtemps et elle est toujours présente aujourd'hui, malgré les différents combats qu'il y a sur le féminisme. Maintenant, à titre personnel, dans le cadre scientifique, on est amené à travailler en tant que groupe. Je le vois, nous, on est une équipe, on travaille sur l'implémentation d'expériences et tout. Il y a des personnes qui, à titre individuel, sont mises en avant. Femme ou homme, ça arrive, mais quand on travaille au sein d'une équipe, ce qui est aussi important, c'est de regarder un peu comment bien mettre en corrélation les différents atouts qu'ont ces différentes personnes. Ça, c'est une thématique qu'on apprend souvent en fin d'études, mais moins au cours d'un parcours scolaire. Donc, il y a toutes ces composantes-là. On arrive dans la vie professionnelle, on se retrouve à travailler souvent dans le cadre d'équipe. donc il faut réussir à... faire avec les différences de chacun. Maintenant, quand on va ensuite sur le regard de la société ou la réussite de certaines personnes au sein de ces collectifs, je pense que c'est aussi dépenser peut-être trop d'énergie si, à titre personnel, on prend à cœur les injustices qu'il peut y avoir. On peut... peut-être trouver des hommes plus mis en avant que de femmes, ou même de femmes ou de personnes simplement, mises plus en avant que d'autres sur des travaux collectifs. Malheureusement, ça, c'est quelque chose qui arrive et qui arrivera toujours et qui est en fait une certaine forme d'injustice parce qu'on aime, comme tu dis, valoriser des individus parfois plus que le collectif qu'il y a derrière. Peut-être aussi parce que c'est plus compliqué de citer 15 personnes là où un an, ça se retient plus facilement. Mais il faut en fait jouer avec ces dynamiques-là. C'est ce qui est un peu difficile quand on arrive dans la vie professionnelle parce que on se retrouve dans un tout nouveau monde avec des injustices aussi. Donc ce qui est important, c'est de toujours faire valoir son travail et qui on est et être pour moi un droit dans la personne et dans les valeurs qu'on veut véhiculer. Maintenant, c'est vrai qu'il faut réussir en parallèle à ne pas dépenser trop d'énergie et se faire aussi bouffer parfois par ce genre de problème qui peut être résiduel et avoir lieu tout au long de la vie professionnelle.
Description
L'interview d'exception de Julie Nadal, opératrice de vol habité chez MEDES.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Alors, je m'appelle Julie Nadal, j'ai 25 ans et ça fait donc deux ans maintenant que je travaille pour une entreprise qui s'appelle le MEDES. En tant que, donc c'est un titre assez générique, qui est le poste d'ingénieur vol habité. On reviendra, je pense, un peu plus tard au cours de la réunion sur ce que ça implique. Et donc, je travaille sur Toulouse, ça fait maintenant cinq ans, un peu plus de cinq ans que j'y suis. Je viens de Montpellier originairement et j'ai fait quelques années par-ci par-là, notamment à Toulouse, à Lyon d'abord, et puis à l'étranger et ensuite à Toulouse.
Alors, quel a été votre parcours d'étudiante en fait ?
Donc moi, comme je le disais, j'ai commencé à Castelnau-le-Lest, donc juste à côté de Montpellier. Pour reprendre à peu près au niveau du bac, j'ai passé mes années de lycée au lycée Georges Pompidou à Castel-Lolulès, sur des études qui correspondent à un bac scientifique, donc aujourd'hui l'équivalent ce seraient les spécialités maths et physique. Donc j'ai fait mes années là-bas, je suis partie ensuite pour deux ans à Lyon en classe préparatoire, où j'ai fait une première année en MPSI, donc maths, physique, sciences de l'ingénieur. une deuxième année en PSI, physique et sciences d'ingénieur, avant de passer mes concours grandes écoles. Et après quoi, j'ai intégré l'ISAE Super Hero. C'est là que je suis arrivée à Toulouse. J'ai fait quatre ans à l'ISAE, dont un an de césure, donc trois ans effectifs sur l'école. Et sur la dernière année en particulier, j'ai fait un double master, qui est le master... ASEP avec l'université Paul Sabatier de Toulouse et donc ASEP ça veut dire astrophysique science de l'espace et planétologie et c'est comme ça que j'ai conclu mes études
Alors la question qu'on peut se poser c'est que en fait Isaeus Super Hero est très orienté à l'aérospatiale en lien avec l'astronomie et l'astrophysique mais pleinement sur les grands projets aérospatiaux et aéronautiques. La question, c'est pourquoi avoir enchaîné, s'être engagé au sein d'ISAE Supaéro, alors que plutôt dans le domaine de l'astronomie, de l'astrophysique, il y avait une possibilité de s'orienter vers un cursus de recherche, comme l'Observatoire de Midi-Pyrénées ou l'Observatoire de Paris ou plein d'autres observatoires.
Oui, alors c'est une bonne question. C'est vrai que j'ai assez tôt eu une appétence vers les domaines de la cosmologie et de l'astrophysique. Déjà quand j'étais enfant et assez simplement par le biais de regarder le ciel étoilé l'été avec ma famille. Ça s'est traduit aussi assez jeune dans mes lectures. J'étais peut-être une des seules à 12-13 ans. à voir mes livres d'Hubert Reeves, mes copains ne comprenaient pas forcément trop, que moi non plus, je ne comprenais pas vraiment, mais qui parlaient d'étoiles et donc qui me faisaient un peu briller les yeux. Notamment, il y a de très bonnes lectures, comme l'univers expliquait à mes petits-enfants, qui se comprennent très bien pour les plus jeunes. Et donc, c'est vrai que j'avais cette appétence-là, mais qui était restée, disons... parallèle à mon éducation et donc à la scolarité. Et au lycée, j'avais de plutôt bons résultats en maths physique. La suite logique, c'était la classe prépa. Pas que la voie universitaire ne me tentait pas, mais plus parce que ça permettait de me garder aussi plus de portes ouvertes. Et donc, après la classe prépa... La voie un peu logique, c'était les concours aux grandes écoles et derrière, une grande école. Et en fait, au contraire, là où c'est vrai que ce que tu dis, c'est que ça dénote un peu avec le parcours classique de l'astrophysique ou la cosmologie. Mais pour moi, c'était presque le moyen de me rapprocher de ces thématiques-là, puisque c'est une des seules écoles qui propose... Alors, c'est une école qui se veut généraliste, mais qui propose vraiment cette spécialisation qui a une forte... composantes aérospatiales et aéronautiques. Et en fait, c'est un peu Donc c'est pour ça que je l'ai choisi. Et très rapidement, dès la première année, j'avais la possibilité, et ça je le savais même avant d'y rentrer, de choisir des options plus orientées astrophysique, cosmologie, etc. Donc moi j'avais pris physique stellaire en première année, physique des particules, cosmologie, donc j'avais toute la totale. Et même en dernière année, on a des domaines, des filières. Dès que je pouvais, j'avais pris en filière observation de la Terre et sciences de l'univers. Tout ce que je pouvais prendre plutôt orienté à astrophysique, je l'ai fait. Maintenant, c'est vrai que dans le choix plus professionnel, j'ai eu d'autres opportunités. Je ne me suis pas forcément orientée vers la thèse et la recherche. Je cherchais aussi et j'avais des choses très intéressantes, notamment par le biais du master. que j'ai fait en dernière année. Mais j'ai eu d'autres opportunités. Donc voilà, c'est ce que pour l'instant, j'ai choisi. Mais je ne suis pas à l'abri d'une réorientation.
Alors, ça reste très, très... Les deux cheminements sont extraordinaires, qu'on se voit clair et explicite. Mais c'est vrai que quand on connaît un petit peu le monde de la recherche dans le domaine de l'astronomie et de l'astrophysique, et en parallèle, le domaine... de l'aérospatiale, on peut se poser effectivement cette question. Alors, peux-tu nous présenter cette entreprise qui est MEDES et qui n'est pas forcément connue du grand public, mais également les relations qu'elle a avec Airbus, le Airbus A300-0G et l'Agence spatiale européenne ?
Oui, bien sûr. Alors, MEDES… Étymologiquement, c'est médecine espace. Tout simplement, ça peut se résumer comme ça. Maintenant, dans des termes un peu plus formels, c'est l'Institut de médecine et de physiologie spatiale. C'est une compagnie qui promeut les applications de la recherche spatiale dans le domaine de la santé, qui a un peu plus de 35 ans. Elle a été fondée en 1989, si je ne me trompe pas. Et elle est centrée sur trois axes. Donc le premier, c'est la recherche clinique. Donc elle a une clinique spatiale qui a été fondée en 1996 et en fait dans laquelle cette clinique-là, elle est justement à Toulouse. Et au sein de la clinique, il y a des études qui sont menées pour simuler au sol les effets de la microgravité ou de la pesanteur pour développer des moyens préventifs ou des contre-mesures. Donc ça, c'est un des grands axes du MEDES. Le second, et c'est celui dans lequel je travaille, c'est le support aux missions spatiales. Ça, c'est depuis 2006 environ. Et ça a lieu au sein du CNES, le Centre National d'Études Spatiales, dans un département qui s'appelle le CADMOS. C'est le Centre d'Aide au Développement des Opérations en Microgravité et Opérations Spatiales. C'est un centre dans lequel on a ce support aux missions spatiales et dans lequel intervient le MEDES. Et le troisième grand axe, c'est l'application, l'innovation. Il y a tout un pôle de développement au MEDES qui va permettre de la mise au point d'expérience à travers le développement de hardware et de software, donc des logiciels ou de matériel. propres à la réalisation de ces expériences. Et donc, voilà, ça c'est le troisième pôle qu'on a au MEDES. Tu parlais des différentes relations avec les autres agences. Un des grands collaborateurs, disons, du MEDES, c'est bien l'agence spatiale européenne. Et ce, à différents niveaux. Il y a de la collaboration, par exemple, on parlait du pôle développement. Il y a ce qu'on appelle les payload developers, des personnes qui sont responsables du développement de matériel qui sera utilisé dans le cadre d'expériences. Et ces expériences, il y en a beaucoup qui sont européennes et qui sont choisies par l'ESA, et dans lesquelles le MEDES intervient en mettant à disposition un matériel et un logiciel. Ça, c'est au niveau de développement.
Petite parenthèse, enfin, petite rupture. À l'international, ça doit être... C'est très concurrencé ou pas du tout ? Parce que c'est vrai qu'on n'a pas forcément, nous, la visibilité de tous ces aspects. On se dit, par exemple, sur l'actualité, il y a Thomas Pesquet, Sophie Adnault qui vont dans l'espace, mais on n'a pas conscience de toutes ces expériences qui sont menées en amont et qui permettent, qui favorisent, bien entendu, ces réalisations humaines pour les astronautes.
Alors, il y a énormément de niveaux qui interviennent là-dedans, parce qu'en fait, dans... dans les expériences, et là on parle d'expériences spatiales, c'est-à-dire qui ont lieu dans l'espace. Dans l'espace, oui. Voilà, c'est ça. Avec comme sujet des astronautes, dont Thomas Pesquet, dont prochainement Sophie Adnault. Donc de base, il y a énormément de projets d'expériences. Ces expériences ne voient pas toujours le jour. Et c'est l'ESA, en tout cas au niveau européen, qui est chargée de sélectionner... certaines expériences en fonction des budgets, en fonction de l'intérêt scientifique aussi, de ce vers quoi porte la recherche scientifique sur le moment. Et donc, il y a une sélection qui est faite par l'ESA et ensuite l'ESA fait appel à ce qu'on appelle les USOC, qui est en fait un centre qui va permettre l'application, la mise en place de ce concept opérationnel-là. donc là il y a différents usos au niveau européen, dont l'USOC français, c'est le CADMOS au CNES. Et on va avoir également l'appel à des payloads développeurs, donc des gens qui vont permettre de mettre à disposition le matériel. Donc, en fait, il y a toute une collaboration. Et là, je parle seulement au niveau européen parce qu'après, bien sûr, au niveau international, ça complexifie encore la chose. Mais voilà, il y a tout cet agencement, cette collaboration, en fait, entre différents acteurs, avec l'ESA en tête. d'épingle et qui va choisir les scientifiques, l'expérience, et puis ensuite, le centre qui va implémenter opérationnellement cette expérience, et puis le centre qui va fournir le matériel dédié. Donc voilà, il y a ces différents acteurs qui rentrent en jeu. Donc c'est une énorme collaboration, en fait, sur le plan, ne serait-ce qu'européen.
Sur du très haut niveau, il faut le rappeler.
Oui, c'est sûr. Et après, je ne sais pas si tu voulais approfondir. Non,
il n'y a aucun problème. C'était une petite précision juste.
Parfait. Et après, tu parlais des relations avec Airbus, le R0G. Alors ça, c'est une collaboration qui est plus ponctuelle. Donc l'Air 0G, déjà, c'est l'avion qui permet de faire des vols paraboliques. Il y a une entreprise qui s'appelle Novespace et qui est donc responsable de ces campagnes de vols paraboliques. Nous, dans le cadre du MEDES et de nos activités, on fait appel de temps en temps, on participe aux campagnes de vols paraboliques dans le but de soit tester, donc pour ma part en tant qu'opératrice vol habité, je vais venir tester des protocoles expérimentaux en apesanteur. Pourquoi ? Parce qu'on met au point des procédures, on met en point tout un concept opérationnel, mais quand nous, on les met en place, on est au sol et on n'a pas tout cet impact de l'apesanteur, justement. Et donc, on a beau se projeter, on a beau s'imaginer comment ça va être, c'est jamais la même chose qu'en apesanteur. Donc, du coup, venir tester ces protocoles-là... dans une campagne de vol parabolique, ça peut avoir un certain intérêt. Ce n'est pas du tout fait à chaque fois, mais ça peut avoir un intérêt en fonction de l'expérience. Ça, c'est la partie opérationnelle. Et sinon, toujours dans le cadre de développer du matériel qui sera utilisé dans les expériences, ces matériels-là, ça prend en compte des capteurs qui peuvent se comporter différemment en apesanteur et donc venir tester les différents outils qui vont être utilisés. dans le cadre des campagnes de vols paraboliques. Pareil, ça peut avoir un intérêt pour nous. Donc, dès que s'il y a une application qui est nécessaire, on peut faire appel à Novespace.
Très bien. Alors, peux-tu nous faire part d'une à deux grandes missions, un à deux grands projets actuels dans le domaine de ta spécialité ?
Alors moi, ma spécialité, ce qu'il faut comprendre un peu, comment s'articule ce travail-là d'opératrice volabité, l'idée c'est qu'on a certaines expériences. Donc on parlait tout à l'heure de l'ESA qui fait appel à un centre qui vient implémenter un concept scientifique dans l'espace, dans la Station Spatiale Internationale. Donc nous, on travaille pour faire ce biais-là. en tant que... opératrice, moi je vais être responsable de certaines expériences et cette responsabilité là elle s'articule sur deux axes différents la préparation très opérationnel et les opérations, la phase opérationnelle. Donc la phase antérieure, elle va avoir lieu à peu près de un an à un mois avant que la première expérience avec le premier sujet voit le jour. Et donc elle consiste à comprendre un peu quelles sont les contraintes scientifiques, comment on va les mettre en place, quelles sont les procédures qu'on va utiliser, etc. Donc tout ça, ça a lieu à peu près un an. avant le début de l'expérience. Et ensuite, il y a la phase opérationnelle, donc de un mois au temps réel, où là, on va être plus en termes de planning. Comment est-ce que le jour J, on va gérer l'opération au support temps réel, quand en fait l'astronaute est en train de réaliser l'expérience et a des questions ou s'il y a des problèmes, nous, on est là en support. Donc, il y a ces deux grandes phases-là. Et nous, en tant que responsable d'expérience, du coup, on a un petit pool de, disons, Merci. trois, quatre, cinq expériences différentes qu'on gère sur des durées de parfois plusieurs années jusqu'à ce que le dernier sujet ait fait sa dernière session d'une expérience donnée. Donc moi, si je dois citer deux grands projets sur lesquels je travaille, je dirais que le premier, c'est le premier qui m'a été attribué, qui s'appelle Muscle Stimulation, la première expérience pour laquelle j'étais responsable. Muscle stimulation, c'est un projet européen qui étudie des moyens de contre-mesure à l'atrophie musculaire. L'atrophie musculaire, normalement, c'est un sujet qui parle au grand public puisque c'est une des composantes les plus connues des effets de la microgravité sur le corps humain. Comment le corps étant sollicité différemment, perdre rapidement la masse musculaire. Et Massive Stimulation, donc, Le principe de cette expérience-là, c'est de venir appliquer des stimulations électriques au niveau des jambes sur différents groupes musculaires. L'astronaute va avoir une anode et trois cathodes pour stimuler trois grands groupes musculaires. Il va suivre pendant une trentaine de minutes un protocole donné qui va venir compresser les différents muscles. Et ce, six fois, juste avant son retour sur Terre. Donc on va avoir six sessions espacées de quelques jours qui commencent à peu près un mois avant son retour, pendant lesquelles l'astronaute va appliquer ces stimulations-là. C'est assez connu parce que beaucoup de personnes ont l'occasion de tester ces stimulations dans le cadre du kiné ou ce genre de choses, ou même en ce genre d'appareil à la maison. Et donc voilà, ça c'est un des premiers grands projets sur lesquels j'ai travaillé.
Et le lien avec la médecine, parce que l'idée c'est d'étudier tout l'aspect physiologique, et notamment au niveau des éléments essentiels, oligo-éléments et autres, qui vont permettre l'activité optimale des muscles, et notamment des enzymes musculaires qu'on appelle les CPK, pour ne pas rentrer un peu plus dans un domaine de spécialité, Toutes ces choses-là, vous avez cette grille de lecture pour tous les astronautes. Par exemple, je vais donner un exemple. Nous, pour rester terre à terre, quand on regarde les spécialistes, les grands sportifs, on voit que quand ils font du sport, les professionnels, ils vont avoir de l'explosion de leur propre enzyme musculaire. Mais tout ça, c'est la résultante d'une diversité de réactions chimiques entre 300 et 500, si ma mémoire ne fait pas défaut, qui vont permettre, bien entendu, cet apport énergétique. Or, ce que tu as parfaitement indiqué, c'est que quand on est dans l'ISS, on fait beaucoup moins d'efforts, il y a beaucoup moins d'efforts musculaires. Donc, on peut être lié à ce qu'on appelle la... perte de masse musculaire, de la sarcopénie ou d'autres domaines.
C'est ça. Et donc, c'est pour ça qu'il y a aussi une recherche médicale assez importante pour trouver des moyens de contre-mesure. Aujourd'hui, ce qu'il faut savoir, c'est que dans l'ISS, dans le planning des astronautes, il y a entre une heure et demie et deux heures et demie de sport par jour pour compenser un peu le manque d'activité dû au simple fait que notre corps n'est plus en résistance contre la gravité. en continu. Et donc, il y a aussi la recherche d'autres moyens parce que faire du sport deux heures et demie par jour, ça prend beaucoup de temps, un temps qui est cher aussi pour les astronautes. Et donc, avoir certains moyens, notamment des stimulations électriques qui pourraient être appliquées alors même si ce ne serait pas le plus confortable, j'en conviens, pendant le sommeil ou pendant une phase où où l'astronaute pourrait... continuer à travailler sur un écran ou même se détendre, ça pourrait avoir un certain avantage. Donc là, on reste sur un plan assez général, puisqu'on parle de procédés assez simples, mais l'idée, c'est de venir les tester pour développer des choses qui pourront être utilisées, que ce soit dans l'ISS ou même dans le cadre de futures missions, si pendant plusieurs mois, des astronautes se retrouvent à voyager entre la Terre et Mars. Et donc ça, c'était un premier projet. Et le deuxième dont j'aimerais parler, parce qu'il est très actuel, c'est une expérience qui s'appelle Physiotool, qui a été mise en place pour justement la deuxième astronaute française, Sophie Adnaud, qui va partir dans quelques jours dans la Station Spatiale Internationale. Donc là, c'est un projet qui est français, pas européen, mais bien français, qui a été aussi développé par le CNES et qui a pour but d'étudier en parallèle différents signaux physiologiques. Ce qui est assez intéressant dans cette expérience-là, c'est que ça fait une bonne vingtaine, voire trentaine d'années qu'on fait des expériences dans l'espace. Donc on a une vision plus ou moins poussée des changements de différents signaux physiologiques, de la température, des électrocardiogrammes, etc. Mais il y a... relativement peu, voire très peu d'études, qui étudient en parallèle ces signaux. Et donc là, le principe même de Physiotool, c'est d'avoir toute une panoplie de capteurs un peu partout sur le corps pour mettre en corrélation des électrocardiogrammes, des électromyogrammes, l'activité électrodermale, l'aplatismographie, tout un tas de signaux différents, et venir observer ça pendant une certaine période et mettre en corrélation. les signaux observés avec des activités spécifiques, des phases ambulatoires, de l'exercice, des tâches neurosensorielles, donc tout un tas d'activités différentes, et venir étudier très précisément ces changements-là en microgravité en comparaison avec ce qu'on peut avoir sur Terre. Donc, on a les opérations dans quelques semaines qui commencent avec Sophie.
Ça va prendre beaucoup de temps pour Sophie Adnaud, par exemple ?
Alors, dans le cas de Physiotool, on a trois sessions qui sont requises, quatre sessions qui sont désirées. Donc, pour l'instant, on est sûr d'avoir les trois sessions requises qui ont lieu au début, en milieu et en fin de son vol. Et chaque session prend à peu près quatre heures de temps astronautes qu'on répartit avec le rassemblement du matériel, ce qu'on appelle le don. donc l'installation de tous les capteurs, la phase ambulatoire, donc là on ne compte pas ça en tant que crew time, en tant qu'astronaute, le moment où on enlève tous les capteurs et le transfert des données.
D'accord. Alors, est-ce que tu as eu durant ton parcours d'étudiante une rencontre particulière qui t'a… qui a favorisé ton orientation dans le domaine de l'astronomie et du spatial en particulier ?
Alors, des rencontres, c'est difficile d'en citer une seule. Je pense que... Dans mon insertion professionnelle, mes choix en termes d'éducation aussi, ma prof de maths de terminale a eu une influence assez extraordinaire sur moi puisqu'elle a été celle qui m'a poussée à aller voir des classes préparatoires en dehors de Montpellier, qui est quand même une bonne classe prépa, mais je pense que c'est aussi une... un beau défi personnel et une belle ouverture que d'aller voir ailleurs. J'avais demandé la prépa du parc à Lyon, j'avais demandé aussi des prépas parisiennes. Donc, ça m'a donné un peu cet élan d'aller voir un peu plus loin que ce qu'il y avait juste à côté de chez moi. Maintenant, même si ce n'est pas des rencontres physiques, je ne peux pas ne pas citer Hubert Reeves, qui est du coup le premier astrophysicien que j'ai lu. puisque quand même je pense que ça a eu un impact assez fort sur moi.
Très médiatisé à l'époque et il a la particularité lui d'avoir, de très bien vulgariser, de rendre la connaissance très accessible au grand public et avec une dimension un petit peu philosophique. Ce qui fait que beaucoup de personnes pouvaient s'intéresser à l'ensemble de ses propos. et voire même s'engager dans un contexte humain, ce qu'on ne trouve plus aujourd'hui pour différentes raisons parce qu'il y a une rapidité d'informations ou même les astrophysiciens vont parler dans un domaine précis mais raconter, présenter la recherche et nos connaissances dans le domaine de l'astrophysique et de l'astronomie en général, c'était vraiment ultra intéressant. On rappelle qu'il était spécialiste de la nucléosynthèse, Hubert Ries, un expert reconnu mondialement, ce que peu de gens ont plutôt connaissance, puisque quand il parlait, on disait, oui, c'est un astrophysicien. Il nous montrait les belles nébuleuses, les galaxies et toutes ces choses-là, mais on oublie qu'il a été un très, très grand expert dans le domaine de la nucléosynthèse, les débuts de l'univers.
Oui, c'est vrai. D'ailleurs, je trouve qu'aujourd'hui, il y a une très belle relève avec Christophe Galfard, dont j'ai lu beaucoup de romans, de vulgarisations, notamment « L'univers à portée de main » . Et je trouve que justement, on retrouve, moi aussi, ce qui m'a beaucoup attirée quand j'étais petite, le lien entre... l'astrophysique, la cosmologie et la composante un peu plus philosophique, puisqu'on en vient à l'origine de la vie, l'origine de l'univers. Et je trouve que Christophe Galfard arrive à adresser ces sujets d'une très belle manière.
C'est vrai, c'est vrai. Alors, quels sont... Oups, ouais. Quels sont les challenges de ta spécialité en ce début du XXIe siècle ? Peux-tu nous en citer une ou deux ?
Oui, bien sûr. C'est vrai qu'il y a énormément de challenges liés à la recherche spatiale. C'est difficile d'en citer que deux. Disons qu'en premier, je dirais la composante même de la recherche spatiale, l'idée même derrière, c'est vraiment... la compréhension et la protection du corps humain dans l'espace. Aujourd'hui, on vise à mettre au point des missions qui seront de plus en plus longues et qui visent à aller de plus en plus loin. Donc, il est essentiel dans le cadre de la recherche spatiale de bien comprendre à la fois les effets de la microgravité, mais aussi ceux des radiations, pour garantir la santé des astronautes et aussi développer les technologies qui vont leur permettre une certaine indépendance. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, quand on fait de la science dans la Station Spatiale Internationale, on est en mesure d'avoir de la vidéo, d'avoir des communications presque en temps réel avec eux. S'il y a besoin de fournir un support médical, même si c'est à distance, on va pouvoir communiquer en temps réel, ce qui ne sera pas possible de faire dans le cadre de missions plus lointaines, où il y aura nécessairement besoin d'une certaine indépendance. donc voilà il y a Il y a une forte composante qui est liée à la compréhension même du corps humain et des effets du vide stellaire ou des atmosphères hostiles de Mars. Ça, c'est le premier. Le second, je pense que ce qui est important de noter, c'est comment, en tant que recherche spatiale, on fait face ou on peut faire face au changement de contexte politique et économique. Aujourd'hui, et on en a un peu parlé, la recherche spatiale, c'est le fruit d'une collaboration internationale qui repose sur un équilibre assez fragile d'entente et de travail commun. entre différentes puissances. Sur l'ISS, ce qu'il faut savoir, c'est qu'on a les agences spatiales américaines, canadiennes, européennes, russes, japonaises qui travaillent ensemble dans le but de la recherche scientifique et de l'apport de la connaissance au niveau international. Mais aujourd'hui, quand on a des changements de stratégie, même politiques, on peut avoir de gros impacts sur cette recherche-là, que ce soit au niveau du... budget qui va être choisi pour de nouvelles expériences, le choix des missions, le choix des priorités, le choix des astronautes au sein de ces missions. Tout ça, ça peut avoir un fort impact sur la recherche elle-même. Alors, peux-tu nous citer trois femmes scientifiques modèles, vivantes ou non vivantes ?
Oui, et c'est important de citer des femmes. Donc, la première, je dirais Sophie Adnaud, puisque c'est une thématique très actuelle, puisqu'elle part pour l'instant vendredi dans la station spatiale. Et voilà, c'est la deuxième femme astronaute française. après Claudie et Nirey. Et j'ai grandi, j'ai fait mes dernières années d'études et mon début de carrière professionnelle avec Sophie en formation. Moi-même, j'étais en formation en tant qu'opératrice quand elle faisait sa formation en tant qu'astronaute. Je l'avais rencontrée au Centre européen des astronautes à Cologne pendant ma formation. Et puis moi, je suivais un peu émerveillée quand elle s'apprêtait à faire des sortes, des entraînements pour les sorties extravéhiculaires. Donc voilà, pour moi, c'est une grande source d'inspiration et j'ai hâte de travailler avec elle.
Tu la connais un peu plus, enfin de près, si je puis dire, dans le sens où tu connais l'excellence de ces investissements.
C'est ça, c'est ça. Et puis, donc moi, j'avais observé, mais vraiment... En tant qu'observatrice, c'est son entraînement à elle en tant qu'astronaute. Et puis là, un peu plus récemment, comme elle est suivie sur des expériences qui sont gérées par le CNES, le CADMOS et le MEDES, en fait, on a eu l'occasion de communiquer avec elle. On a fait ce qu'on appelle des BDC, donc Baseline Data Collection. C'est des prises de mesures qui ont lieu avant et après le vol des astronautes pour pouvoir comparer avec les mesures qu'on a à bord. Et donc, dans ce contexte-là, elle a pu venir sur Toulouse. On a eu l'occasion de la rencontrer, puisque comme on va être amené à travailler avec elle, c'est toujours plus facile de travailler avec quelqu'un avec qui on a déjà eu un contact. Donc, voilà. Voilà pour mon premier modèle. En second, j'aimerais bien citer Catherine Johnson, qui est mathématicienne, physicienne et ingénieure spatiale américaine. Elle a longtemps... tant été invisibilisées car femmes et femmes afro-américaines dans un contexte où les femmes étaient déjà assez invisibilisées elle a participé au calcul des trajectoires notamment sur l'émission Mercury Apollo et moi j'avais lu le livre qui a ensuite été adapté en film pour les figures de l'ombre et voilà c'est aussi un très beau film qui met bien en avant et cette femme-là et d'ailleurs c'est collaboratrice donc c'est une belle inspiration aussi et en troisième je dirais Emmanuel Charpentier pour sortir un petit peu du cadre du spatial qui est une microbiologiste française qui travaille donc sur la régulation, l'expression des gènes du point de vue de l'ARN microbien et qui a participé à la mise au point technique de Merci. CRISPR, pour lequel elle a eu un prix Nobel de chimie en 2020, je crois.
Et qui est aujourd'hui à l'Institut Max Planck, il me semble, si même moi on ne fait pas défaut. Et c'est le lieu d'une très grande révolution du côté médical, sur toutes les problématiques des grandes maladies, bien entendu, et françaises.
Donc voilà, deux grandes femmes, oui c'est ça, et françaises.
C'est important. Très bien, très bien. Trois grands et beaux modèles.
Oui, c'est ça.
Alors, au regard de ton expérience, en fait, quelles sont les idées, l'esprit que tu souhaiterais que les femmes aient en tête pour réussir ?
Je pense que ça peut être assez naturel de se mettre des barrières. On évolue dans un contexte social qui est relativement complexe. On est souvent bombardé d'images de personnes qui sont mises en lumière, qui s'expriment très bien, qui réussissent très bien. Et ça peut être impressionnant, notamment quand on est une jeune fille, dans le cadre des études ou en début de carrière professionnelle. Et je pense que cette confiance-là en ses capacités, ça vient énormément de l'encouragement qu'on reçoit en tant que jeune personne. qui peut être malheureusement un peu moins présent chez les jeunes filles que chez les jeunes garçons qu'on a tendance à toujours pousser vers le haut, à qui on apprend à courir vite, à être le plus fort si on rentre dans les stéréotypes. Et ça, ce genre d'encouragement, ça se traduit en grandissant sur le fait d'avoir confiance en soi, confiance dans ses capacités. C'est très bien de douter, c'est un signe d'intelligence, mais quand ça se transforme, en enfreint, et notamment en enfreint au niveau des choix de parcours, là, ça peut devenir un problème. Donc, c'est important de réussir à s'affranchir de ces barrières-là, de tenter, au pire, échouer et apprendre. Mais voilà, pour moi, la clé de la réussite, c'est vraiment avoir confiance en ses capacités et tenter. Et pour les jeunes filles en particulier, on est en train de véhiculer de plus en plus ce message-là, de les encourager. de les inviter à se mettre le moins possible de barrières, mais ça vient petit à petit. Et je pense que c'est vraiment très important d'accentuer ça chez les jeunes femmes et leur dire qu'il faut tenter et elles en sont capables.
Les associations scientifiques et techniques sont-elles pour toi une nécessité au sein de notre société ?
Alors, je peux répondre que par l'affirmative, parce que les associations scientifiques, c'est vraiment des organisations qui vont permettre de rendre les connaissances accessibles. Le but même de la science, c'est la transmission. Sinon, sans transmission, quel est l'intérêt ? Donc, ça va permettre à cette transmission-là de lutter aussi contre la désinformation. Aujourd'hui, on est submergé d'informations et c'est important d'avoir... des associations scientifiques envers lesquelles on a confiance pour apprendre. Ça va être aussi des espaces d'échange et de transmission. On a aussi besoin de modèles. On a parlé tout au long de ce meeting de personnes à admirer, de sources d'inspiration qui sont importantes déjà dans l'apprentissage, mais aussi dans les choix de carrière. Donc voilà, ça va permettre en fait tout un... tout un panel pour faire rayonner aussi les activités scientifiques et inciter, et aussi notamment chez les plus jeunes, leur faire ouvrir les yeux vers ces milieux-là, les inciter, leur donner des modèles à suivre dans les choix aussi de carrière.
Alors, pour finir, quels sont les conseils que tu pourrais donner aux étudiantes qui souhaitent s'engager dans les domaines scientifiques ? mais dans une dynamique de réussite collective. Je m'explique. Aujourd'hui, l'une des spécificités paradoxalement de notre société, c'est la spécificité de notre époque, c'est la brisure de tous les couples sur tous les domaines, à la fois dans le domaine scientifique, on voit la physique nucléaire, etc., mais dans notre réalité sociale. Et aujourd'hui, quand on valorise des personnes, on les valorise. d'une manière individuelle. Quand je dis on valorise, c'est plutôt l'aspect médiatique qui crée une dynamique de valorisation individuelle. Alors que l'objectif, c'est véritablement valoriser le collectif. C'est-à-dire que quand je vais dans une entreprise, je vois bien qu'il y a la présence de femmes. Des femmes qui sont très investies, je vais discuter, elles vont m'orienter, elles vont me conseiller, etc. Mais dans notre réalité à l'extérieur, on a plus une affirmation très individuelle d'hommes, majoritairement avec peu de femmes à l'extérieur, et qui n'est pas forcément le véritable écho de notre réalité.
Oui, c'est vrai. Alors, bien sûr, je pense que ce genre de problème que tu soulèves, c'est des choses contre lesquelles il faut toujours se battre en tant que... femme et en tant que personne qui veut faire avancer les choses. L'invisibilisation des femmes, elle est présente depuis très longtemps et elle est toujours présente aujourd'hui, malgré les différents combats qu'il y a sur le féminisme. Maintenant, à titre personnel, dans le cadre scientifique, on est amené à travailler en tant que groupe. Je le vois, nous, on est une équipe, on travaille sur l'implémentation d'expériences et tout. Il y a des personnes qui, à titre individuel, sont mises en avant. Femme ou homme, ça arrive, mais quand on travaille au sein d'une équipe, ce qui est aussi important, c'est de regarder un peu comment bien mettre en corrélation les différents atouts qu'ont ces différentes personnes. Ça, c'est une thématique qu'on apprend souvent en fin d'études, mais moins au cours d'un parcours scolaire. Donc, il y a toutes ces composantes-là. On arrive dans la vie professionnelle, on se retrouve à travailler souvent dans le cadre d'équipe. donc il faut réussir à... faire avec les différences de chacun. Maintenant, quand on va ensuite sur le regard de la société ou la réussite de certaines personnes au sein de ces collectifs, je pense que c'est aussi dépenser peut-être trop d'énergie si, à titre personnel, on prend à cœur les injustices qu'il peut y avoir. On peut... peut-être trouver des hommes plus mis en avant que de femmes, ou même de femmes ou de personnes simplement, mises plus en avant que d'autres sur des travaux collectifs. Malheureusement, ça, c'est quelque chose qui arrive et qui arrivera toujours et qui est en fait une certaine forme d'injustice parce qu'on aime, comme tu dis, valoriser des individus parfois plus que le collectif qu'il y a derrière. Peut-être aussi parce que c'est plus compliqué de citer 15 personnes là où un an, ça se retient plus facilement. Mais il faut en fait jouer avec ces dynamiques-là. C'est ce qui est un peu difficile quand on arrive dans la vie professionnelle parce que on se retrouve dans un tout nouveau monde avec des injustices aussi. Donc ce qui est important, c'est de toujours faire valoir son travail et qui on est et être pour moi un droit dans la personne et dans les valeurs qu'on veut véhiculer. Maintenant, c'est vrai qu'il faut réussir en parallèle à ne pas dépenser trop d'énergie et se faire aussi bouffer parfois par ce genre de problème qui peut être résiduel et avoir lieu tout au long de la vie professionnelle.
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