Speaker #1Mercure ! Un roman plein du charme énigmatique de la romancière Amélie Nothomb porte ce nom « Mercure » . Pour ceux qui l'ont lu et sans divulgacher pour les autres, ce précieux liquide est au cœur d'une énigme où une jeune fille atrocement défigurée vit cloîtrée dans une maison où tous les objets réfléchissants ont été soigneusement éliminés depuis les miroirs bien entendu, jusqu'aux petites cuillères. Pour ceux qui l'ont lu encore, c'est du mercure que viendra la lumière sur la maison et sur la clé de l'énigme. Le mercure est un métal étrange. Il est représenté dans le tableau de Mendeleïev au numéro 80 et avec comme symbole HG. En effet, son ancien nom était hydrargyre, dérivé du grec avec hydre, pour définir le caractère liquide, et argir pour définir l'argent, une sorte d'argent liquide sans aucun rapport avec le sens qu'on pourrait lui donner aujourd'hui ou avec une quelconque crypto-monnaie. Le mercure est le seul métal qui se présente sous forme liquide à la température ambiante des humains. Comme tous les métaux, il se dilate avec la chaleur et se rétracte avec le froid. Aussi, il a été utilisé largement pour fabriquer des thermomètres. La colonne de mercure pouvait monter ou descendre dans un fin tube de verre pour indiquer la température. En 1999, en France, il fut totalement interdit du fait de sa toxicité et d'autres liquides sont venus le remplacer pour se dilater ou se rétracter dans les thermomètres. Pourtant, il reste dans le vocabulaire des bulletins météo de toutes les radios et télévisions. "Aujourd'hui, le mercure affichera". Nous entendons régulièrement cette périphrase. Le mercure est éminemment toxique et surtout pour le système nerveux. Pour faire encore quelques instants d'histoire, il est à l'origine de l'expression « travailler du chapeau » . En effet, les chapeliers utilisaient pour fabriquer un feutre de qualité un sel de mercure et étaient ainsi plus exposés que les autres à sa toxicité. Ils étaient victimes d'hydragyrisme par action toxique sur leur système nerveux. Pour le dire simplement, ils devenaient fous. L'expression « travailler du chapeau » pour indiquer que quelque chose ne va pas bien dans la tête vient de là. Souvenez-vous d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Le Chapelier est précisément cet être fantasque, visiblement très dérangé, qui aide Alice à franchir le mur des apparences, en compagnie du lapin. Mercure c'est aussi le nom latin du vieil Hermès des Grecs. Comme Hermès, il est le dieu des marchands, des voyageurs et des voleurs. Drôle d'amalgame ! Cette fois-ci... Pas du tout un amalgame dentaire que d'associer les marchands et les voleurs. C'est donc un dieu qui bouge, qui se déplace et qui est le messager des dieux. En langage politiquement correct d'aujourd'hui, on dirait qu'il fait du lien. En tout cas, il s'agite. Ce qui est amusant, sans voir autre chose qu'un clin d'œil du symbolique au réel, c'est que la toxicité du mercure sur le système nerveux se manifeste très souvent par une agitation et même des tremblements. Le mercure est toxique pour le système nerveux, principalement, mais il attaque aussi les muqueuses respiratoires et digestives, et encore même urinaires. On nomme hydrargyrisme l'intoxication au mercure. Cette intoxication est plus ou moins grave selon qu'il s'agisse de mercure métallique, c'est du liquide certes, mais cela reste un métal, du sel de mercure et surtout de composés organiques du mercure, comme le méthylmercure, que l'on trouve actuellement principalement dans les poissons. Le mercure est donc toxique pour le système nerveux. Il affecte aussi bien les fonctions les plus hautes, cérébrales, la mémoire, l'humeur, que les nerfs proprement dit. Il est toxique pour le rein, il est aussi un grand toxique des glandes endocrines : un perturbateur endocrinien. Il est globalement toxique pour toutes les cellules de notre corps et peut même induire certains cancers. Les sources d'intoxication aujourd'hui sont surtout alimentaires, avec les poissons. Et bien que le poisson soit dans l'absolu une excellente source de protéines et de bonne graisse, cette présence, liée à la pollution bien sûr, n'est pas naturelle et elle oblige à la modération surtout pour les poissons dits prédateurs, c'est-à-dire les poissons qui se nourrissent d'autres poissons et qui de ce fait accumulent le poison. ce qui ne sera pas le cas avec les poissons se nourrissant de plancton. Parmi les poissons prédateurs et donc qui accumulent le mercure, un poisson célèbre est très abondamment, trop abondamment consommé, le thon. Une autre source de contamination est très médiatisée et pour cause, les amalgames dentaires, appelés bien improprement plombages. Le mercure a en effet longtemps été utilisé pour fabriquer les amalgames dentaires et boucher les caries, associés à l'étain, à l'argent et au cuivre, mais jamais au plomb, malgré le fait de parler de plombage. Le mélange constituait une solution très malléable et pratique, très résistante une fois durcie, mais la toxicité était au rendez-vous à titre individuel pour le propriétaire de la bouche, pour le dentiste chroniquement exposé aux vapeurs de mercure et pour l'environnement. De ce côté-là, la France est un bien mauvais élève, puisque c'est seulement depuis le 1er janvier 2025 que le mercure est interdit dans les amalgames dentaires. Et encore, une sorte de tolérance floue jusqu'à fin 2029 autorise les chirurgiens dentistes à l'utiliser si le cas particulier du patient l'oblige, ce qui, bien évidemment, ne veut rien dire du tout. Il existe bien d'autres sources de pollution au mercure, moins quantitatives, comme les ampoules fluorescentes. Certes, on ne les mange pas, mais il arrive qu'on les casse et que le mercure se libère dans l'environnement. Pour finir sur la toxicité, le thio-mersal, un dérivé du mercure, a longtemps été utilisé comme additif à un bon nombre de vaccins. Si la toxicité du mercure est un fait établi, cette présence a alimenté la polémique concernant la toxicité des vaccins tout court. Depuis 2009, il n'y a plus aucun vaccin courant, excepté des vaccins contre des infections rares, en France qui contiennent du thio-mersal. Vous le savez, si vous êtes fidèle à nos podcasts, dès qu'il y a toxicité de quelque chose, cela nous intéresse au plus haut point, pour éviter de se faire intoxiquer en premier lieu. mais aussi parce qu'un principe pharmacologique permet de transformer un poison en quelque chose qui guérit, ou en tout cas qui soigne, qui améliore les symptômes et aide à combattre des maladies. Ce principe, connu de façon très générale en biologie mais aussi en radioactivité, porte le nom d'hormésis. Avec un H hormésis, il établit que l'action d'une substance sur les organismes que nous sommes peut s'inverser eb fonction de la dose. En médecine, un cas particulier de ce principe d'hormésie s'est plus connu sous le nom de thérapeutique homéopathique. Il établit qu'une substance qui peut provoquer des symptômes chez un sujet sain peut soigner, apaiser ou guérir les mêmes symptômes chez un sujet malade. Très intéressant donc de porter son regard sur l'utilisation du mercure de ce poison dès lors qu'il est préparé selon une méthode qui transforme son côté poison en médicament. Pour cela, pour que l'on puisse bénéficier de cette inversion d'effet d'un poison devenu médicament, il faut bien évidemment qu'il soit totalement dénué de toxicité. Et justement, le deuxième principe de la thérapeutique homéopathique est d'utiliser des ultra-dilutions de la substance de départ. On parle de dilution et de dynamisation. De quoi s'agit-il ? La substance, poison d'origine, ici une préparation de mercure un peu complexe, connue dans la pharmacopée européenne et internationale sous le nom de Mercurius Solubilis, un mercure soluble en quelque sorte. Oui, on utilise les noms latins en homéopathie, ce qui est bien pratique pour une communication internationale. Pour ne pas être toxique, elle devra être diluée un certain nombre de fois et entre chacune de ces dilutions, elle sera dynamisée, c'est-à-dire que le tube sera secoué un certain nombre de fois. On sait aujourd'hui que cette série de secousses que l'on appelle dynamisation, est essentielle. Sans cela, nous n'avons qu'une simple dilution et effectivement, la substance, comme l'effet, disparaisse. Des travaux récents montrent que la substance ne disparaît pas totalement mais forme des nanobulles que l'on repère par résonance magnétique. L'idée qu'une information biologique puisse ainsi être transmise alors que la substance d'origine est indosable est difficile à accepter pour une communauté scientifique qui, en médecine, n'est pas et n'a jamais été très ouverte. Pourtant, de nombreuses études montrent la réalité du phénomène et l'avenir confirmera cela et apportera l'adhésion d'une communauté très exigeante en termes de niveau de preuve. Ce mercure, Mercurius solubilis, est donc dilué au centième et dynamisé au moins quatre fois, ce qui fait une dilution au dix-millième. Mais le plus souvent, on utilise des dilutions dynamisation effectuées 9, 15 ou 30 fois au centième. Donc, des dilutions avec 18, 30 ou 60 zéros après la virgule. Aucune toxicité à ces doses, mais la persistance d'une information biologique qui, elle, est très active. Le médicament obtenu pourra aider à améliorer bon nombre de symptômes qui ressemblent à ceux observés de façon toxique. Cela ira des irritations des muqueuses, sinusites, maux de gorge, infections de la bouche et des dents, en passant par des symptômes digestifs à type de brûlure d'estomac, mais aussi de diarrhée brûlante. En fait, tout se passe, vous l'avez compris, comme si les muqueuses étaient attaquées par le mercure, alors qu'il s'agit en réalité d'un virus respiratoire ou digestif par exemple. La personne ressent une soif intense, un goût métallique, a une salivation trop abondante, comme une tendance à baver. La langue est très chargée et garde l'empreinte des dents. Du côté de l'estomac, c'est une sensation de brûlure. Plus bas, il peut y avoir une alternance de diarrhée et de constipation, parfois des selles comme de l'eau avec la sensation de n'avoir jamais vidé son intestin. Du côté ORL, il y a, au moindre froid humide, un écoulement aqueux du nez, abondant et excoriant dans les accès aigus. Mais souvent, cela vire au chronique avec un écoulement épais, jaunâtre et une toux sèche la nuit et grasse le jour. Ce sera aussi sur la sphère psychique et nerveuse que les médicaments Mercurius Soluilis va exercer ses meilleurs talents. Le médicament sera une aide précieuse dans des tableaux de tremblements par exemple. mais aussi d'agitation. Il correspond au psychisme très anxieux et agité avec tempérament très précipité qui donne l'impression d'une intelligence vive mais pour lesquelles, chez l'enfant par exemple, les résultats scolaires ne sont pas au rendez-vous. Les personnes qui ressemblent à ce médicament mercuriel, qui seront les plus sensibles, sont souvent aggravées la nuit et à la chaleur du lit et ne supportent pas les variations de température dans un sens comme dans un autre. Des sujets un peu thermomètres en somme, clin d'œil au mercure qui les remplissait. On retrouve là beaucoup de symptômes qui sont en miroir de la toxicité du mercure sur le système nerveux dont nous parlions au début de ce podcast. Bien entendu, notre conseil est de ne jamais jouer à l'apprenti sorcier. Ce podcast est destiné à aiguiser la curiosité, mais nécessite bien plus d'informations pour se lancer à l'utilisation des médicaments homéopathiques. Le médicament en lui-même est sans danger, trop dilué pour être toxique. Mais se soigner tout seul est toujours périlleux. Les professionnels de santé, médecins, sages-femmes, vétérinaires aussi, car cela marche très bien sur les animaux, sont nombreux à être formés à cette thérapeutique. L'accès au conseil le plus simple et direct est sans nul doute celui du pharmacien, chez lequel on pourra trouver le médicament et surtout les conseils avisés. Vous le voyez, cette thérapeutique est passionnante et donne un regard global sur l'être humain qui intègre autant les signes très physiques et visibles que des traits de personnalité ou des modalités de rythme biologique. Pour en savoir plus et si vous êtes un professionnel de santé, la FFSH, Fédération française des sociétés d'homéopathie, organise des formations dans cette thérapeutique, en présentiel autour de cas cliniques filmés ou aussi en ligne. Le site ffsh.fr vous donnera toutes les informations. Si vous voulez en savoir plus mais que vous n'êtes pas un professionnel de santé, pour satisfaire votre légitime curiosité sur le sujet, une revue est éditée dont vous trouverez certains articles sur ce même site ffsh.fr. La revue s'appelle les cahiers de biothérapie. Elle est destinée aux professionnels de santé comme au grand public averti. A très bientôt pour un nouveau podcast sur ces poisons qui peuvent soigner.