- Speaker #0
Ceci est un podcast des chaires Mutations agricoles et agriculture aux féminins de l'école supérieure des agricultures, réalisé dans le cadre de l'exposition Femmes et agriculture. Un projet qui vise à mettre à l'honneur des femmes ayant œuvré pour l'agriculture, qu'elles soient issues ou non de ce milieu. Je suis Annie SIGWALT, enseignante chercheuse en sociologie à l'École supérieure des agricultures d'Angers et vous allez découvrir le parcours de Chantal Casal, agricultrice avéronnaise. Bonne écoute ! Chantal CASAL est agricultrice en production laitière dans l'Aveyron. Elle me reçoit chez elle, dans la ferme familiale occupée depuis de nombreuses générations.
- Speaker #1
Cela fais neuf ans, que je suis agricultrice aujourd'hui et je suis née sur une ferme qui était la propriété de mes parents, qui était agriculteur et qui est agriculteur de génération en génération. Donc voilà, c'est un patrimoine familial que j'ai reçu.
- Speaker #0
Chantal est issue d'une famille agricole. Dans son enfance, comme souvent dans cette région, les productions de la ferme sont diversifiées. Son père reprend la ferme en 1962, mais dès 1984, si la politique agricole commune, instaurée face à la surproduction de lait européenne, réfrène la production de lait en instaurant des quotas de production, elle permet aussi à certains agriculteurs d'envisager le lait comme une voie de spécialisation grâce à la stabilisation des prix du marché.
- Speaker #1
Quand mon papa est venu ici, puisque c'est lui qui est venu ici en épousant ma maman, il a développé des vaches allaitantes, des brebis viande, il y avait déjà des cochons, de la volaille et des vaches allaitantes. Donc il y avait un panel assez important. Et puis dans les années 80-84 il y a eu les quotas, là mon papa est parti sur la production laitière, et à foncer, je dirais, grâce, je dirais, en tout cas parce qu'il y avait le contexte aussi local d'agriculteurs qui travaillaient ensemble depuis 1962 en Cuma. Donc, ils avaient adhéré à la Cuma quand il était arrivé. Et donc, tous ensemble, ils se sont dit, il faut qu'on aille dans la production laitière. Et donc, ils ont tous fait des plans de développement, et ils ont beaucoup développé leur production laitière sur le territoire de ma ville, qui nous intéresse.
- Speaker #0
L'enfance de Chantal est donc aussi déjà marquée par l'idée d'un travail et d'une réflexion collective autour de l'agriculture, grâce à la dynamique de la coopérative d'utilisation du matériel agricole, la Cuma locale, et du groupe des producteurs laitiers du Ville-Franchois.
- Speaker #1
La ferme s'est spécialisée progressivement, parce qu'il y a eu aussi des vôtres batteries, il y a vraiment eu un panel de production, c'était un petit peu en fonction de la mode on va dire ça et puis donc après dans les années 90 donc la ferme était spécialisée pour un lait et il y a eu quelques blonds de vaquitaine mais ça c'était pour le plaisir parce que mon papa savait joindre les vaches. Joindre les vaches ça veut dire ? C'est à dire pour les faire travailler ensemble pour tirer la charrue.
- Speaker #0
Son père lui transmet aussi l'amour des bovins qu'il cultive d'une manière bien particulière sur ses temps de loisirs toujours au service de la communauté.
- Speaker #1
Donc là on avait des bovins et donc il a appris à les joindre parce que ça lui à été demandé par un foyer rural. Nous sommes ici sur un petit point où on a un foyer rural qui est très dynamique. Et l'idée, c'était de rentrer des sous au foyer. Et donc, en joignant les vaches et en tirant une charrette ou un truc comme ça, ils allaient dans les fêtes de village et ramasser quelques deniers qui permettaient de faire des animations ou des activités au sein du foyer.
- Speaker #0
Chantal évoque un territoire dynamique du temps de ses parents grâce à la présence et à l'action de curés membres de la Jeunesse Agricole Catholique, un mouvement d'action catholique fondé dès 1917 qui a à cœur d'améliorer les conditions de vie des jeunes paysans. La JAC leur propose alors beaucoup d'animations qui sont autant de moments de rencontres, de discussions permettant à ces jeunes paysans et paysannes de réfléchir à l'avenir de leur ferme et à l'avenir de l'agriculture en s'émancipant de la tutelle paternelle.
- Speaker #1
Ça a commencé par la CUMA, parce que le lieu, ça je crois que c'est fondamental, en relisant un petit peu l'histoire, mes parents, enfin ma maman, puis puisque c'était elle qui était ici, à fait partie de la JAC. Et ils avaient beaucoup d'animations locales. Il y avait un curé qui était très, très dynamique et qui les a promenés vers la France pour voir des choses. Ils faisaient des soirées théâtrales. Ils faisaient le collectif. Ils travaillaient le collectif. C'est pour ça qu'il y a eu la Cuma. Une des premières Cuma dans les année 60.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et toujours, l y a eu cette préoccupation de faire le lien entre la religion, parce que ça baignait là-dedans, et le travail, et le fait de vivre ensemble. Et ça, c'est encore vrai aujourd'hui. Ça s'est transmis de génération en génération, parce depuis les générations passées.
- Speaker #0
Cette dynamique collective Chatal l'estime qu'elle se poursuit aujourd'hui avec toujours des activités diverses portées par les habitants. Ici, le vivre ensemble est une valeur que l'on continue à transmettre.
- Speaker #1
Et voilà, ça c'est perpétueux. Mais parce que je crois clairement que... il y a quelque chose qui s'est transmis et on en est conscients nous au sein de la CUMA que c'est important que ces valeurs c'est même au-delà des valeurs il y a quelque chose dans le vivre ensemble que l'on doit continuer à transmettre d'accord ça nous donne une vie de village très particulière parce qu'on est imbriqués tous dans les différentes institutions que ce soit la paroisse, la cuma, le foyer rural, les foulées vertes, c'est-à-dire c'est un groupe de gens qui courent, une ferme au Burkina Faso qui est soutenue. Les gens interagissent à différents niveaux.
- Speaker #0
Chantal grandit donc à la ferme avec ses parents et sa sœur et c'est très tôt qu'elle succédera à ses parents comme agricultrice. un métier qu'elle a toujours envisagé.
- Speaker #1
Comme deux soeurs, je suis la deuxième. J'ai été le garçon manqué, parce que mes parents, ils ont dit qu'ils allaient avoir un garçon pour reprendre la ferme. Ils m'ont toujours dit que non, qu'ils étaient très contents d'avoir une fille. Mais bon, je le vois parce que maintenant, en regardant, j'avais toujours les cheveux très courts. J'étais petite, je ne vivais pas très bien. Et puis, je pense que c'est quand même quelque chose qui m'a habiter vraiment le fait de se lier aux animaux et à la terre, parce que j'ai jamais été forcée. Et donc c'est un choix vraiment. Ma soeur est médecin, elle a fait sa route.
- Speaker #0
Chantal s'oriente donc vers des études agricoles. D'abord un bac d'éprime au lycée Beauregard, à côté de Villefranche-de-Rouergue, puis en poursuivant des études supérieures à l'école supérieure d'agriculture de Purpan à Toulouse. Ces études lui permettent d'obtenir un diplôme d'ingénieur en agriculture en 1991. Elle commence sa carrière professionnelle au sein d'une coopérative avéronaise où elle s'occupe de la diversification des productions des éleveurs laitiers pendant deux ans. La rencontre avec son mari, originaire d'Andorre, va la conduire quelques temps dans cette principauté à cheval entre la France et l'Espagne.
- Speaker #1
Et donc là, je suis partie à Andorre. En Andorre. Pour aller apprendre le catalan. Travailler un petit peu. Et puis après, Donc là, c'est là que j'ai vu que... que je ne voulais pas m'éloigner trop longtemps de ma terre. Et donc vraiment, il fallait que je revienne me prendre à la ferme. J'ai travaillé un petit peu en Andorre, e t puis mon souhait, moi depuis toute petite, je voulais être agricultrice. Je ne me suis jamais posé la question d'autre chose. C'était évident.
- Speaker #0
Retour au pays donc, pour Chantal, qui reprend seule la ferme laitière de ses parents en 1995.
- Speaker #1
En fait, j'ai eu ma première fille en mars 1995 et je me suis installée au 1er octobre 1995. Donc là, j'ai repris la ferme de mes parents, ils ont pris la retraite, donc que du lait.
- Speaker #0
Installer en tant que femme chef d'exploitation n'est à l'époque pas très commun, mais Chantal bénéficie néanmoins d'un accueil local favorable. Porteuse d'idées nouvelles, elle est écoutée et reconnue comme une fille du coin.
- Speaker #1
Non, ce n'était pas très courant. J'en connaissais une dans les villages un peu plus loin, donc je me disais que ça existait. J'avais une amie d'études qui avait, elle était une fille, donc qui s'était installée un peu plus tôt que moi. Donc j'ai des exemples. Mais localement, bon ça a été bien vu parce que ça voulait dire que l'affaire continue. Mais j'ai été testée par mes amis de la Cuma régulièrement. Mais écoutez, moi j'ai beaucoup apprécié parce que j'avais une façon de voir les choses qui était différente. On est forcément humain. différents, on ne prend pas les choses dans le même angle de vue. Et même si c'était des fois un peu décalé, c'était écouté. Et aujourd'hui, j'avoue que je sens qu'il y a du respect. On se respecte mutuellement.
- Speaker #0
Trois ans après son installation, Chantal améliore ses conditions de travail en faisant construire une stabulation libre pour les vaches. Dans la poursuite du système agricole de ses parents, Chantal est est à la tête d'une exploitation en système conventionnel, faisant la part belle aux maïs irrigués et aux raies gras pour l'alimentation du troupeau.
- Speaker #1
En 1998, j'ai fait un bâtiment, une installation libre qui était pour faciliter le travail parce que mes parents avaient aménagé des bâtiments et donc c'était pas super pratique, opérationnel. Donc, j'ai construit le bâtiment en 1998. Mon deuxième, mon fils est arrivé en janvier 1998 Et ensuite, on a continué le système très classique, rédra maïs, tout ce qui était courant à l'époque, avec irrigation puisque mon père avait fait un lac collinaire.
- Speaker #0
Sa troisième grossesse marque une évolution dans sa structure d'exploitation. Du fait de problèmes de santé, un collègue agriculteur, Philippe, vient régulièrement l'aider aux côtés de son père. Chantal et Philippe décident ensuite d'adjoindre leurs deux fermes pour en faire un GAEC, un groupement agricole d'exploitation. en commun à partir de mai 2002.
- Speaker #1
Donc, mon fils, en 1998, j'ai fait le bâtiment. J'ai légèrement augmenté le nombre de vaches, c'est de 30 à 35. et puis j'ai attendu mon troisième bébé mais là problème de grossesse donc j'étais obligée de m'arrêter au troisième mois et donc là j'avais un des adhérents de la Cuma qui était jeune qui était installé hors cadre sur une autre ferme qui venait aider mon père tous les jours pour faire tout ce qu'il avait à faire tous les jours tous les jours tous les jours et un jour on s'est dit enfin j'ai dit quand même là Philippe tu viens tous les jours je suis gênée que ça Oui. Il me dit, c'est pas compliqué, on fait un GAEC. Et donc, au 1er mai 2002, nous avons fait un GAEC.
- Speaker #0
Avec d'autres producteurs laitiers, Chantal réfléchit à l'adaptation de son système vers des pratiques plus autonomes. Au sein du groupe des producteurs laitiers du Ville-Franchois, dont elle est d'abord présidente et actuellement toujours trésorière, la réflexion se poursuit sur l'autonomie protéique des exploitations. Parallèlement, elle fait le choix de traiter ces animaux par homéopathie tant en préventif qu'en curatif.
- Speaker #1
Et donc là nous on était dans une réflexion, on n'était pas hyper productiviste, c'était pas notre façon de voir les choses. On a démarré les soins par homéopathie en 2000, on a travaillé avec d'autres agriculteurs sur le Ville-Franchois, sur la zone de ville frangois, on se retrouvait dans un groupe qui s'appelle le groupe des producteurs de laitier de Ville-Franchois. Et on avait des réflexions sur comment produire autrement. Voilà, on essayait de se poser des questions.
- Speaker #0
Le gaec fonctionne plusieurs années. La propriétaire des terres de Philippe le met ensuite en demeure d'acheter ses terres, ce qu'il refuse. Cet épisode conduit à la rupture du gaec et enclenche une nouvelle évolution du système.
- Speaker #1
Donc il est parti sur un projet de diversification dans les Pyrénnés, avec sa compagne et son petit. Et donc moi je me suis retrouvée avec un peu plus... j'ai gardé des locations qu'il avait. Un peu plus de vaches, ce qui fait que je me suis un peu réinstallée, puisqu'il fallait que je rachète, mes matériels, des choses comme ça.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il en avait pris une part.
- Speaker #1
Et donc, ça a été compliqué dans ma tête un peu, parce que j'étais partie pour être dans une phase de croisière, et il fallait remettre un coup de collier sur... Sur le financement ? Financement, oui.
- Speaker #0
Avec une structure de production un peu plus importante que lorsqu'elle exploitait en individuel, Chantal décide de convertir son système à l'agriculture biologique en novembre 2009.
- Speaker #1
Et donc j'ai profité, moi je me suis dit, moi là il faut que je rebondisse. Et je me suis dit, c'est le moment de passer à la bio. Parce que vraiment ça avait mûri. Et puis bon, ma soeur est médecin mais elle est aussi homéopathe. Donc voilà, c'est une histoire de relation aussi. De rencontres qui font que l'esprit s'ouvre à autre chose.
- Speaker #0
Aujourd'hui, la ferme laitière est toujours en agriculture biologique et Chantal, éleveuse proche de ses animaux, explore une approche relationnelle nouvelle avec ses vaches au travers de la kinésiologie. Elle nous compte à ce propos un épisode marquant avec l'une de ses vaches.
- Speaker #1
Par exemple, un jour, une vache qui était en train d'avoir un bébé, je voyais que ça ne marchait pas super bien. Et donc, je dis, écoute, je vais te aider. Je tire le petit veau, très bien. Puis elle se lève, je fais les premiers soins, je leur donne de l'eau chaude. un petit truc à la vache pour la bichonner puis je vais pour partir et elle m'attrape, par le pull là et elle me lâche pas. Je lui dis qu'est ce qu'il y a ? Tu veux me dire quelque chose ? Et puis elle tourne la tête vers la vers son arrière-trein. J'ai dit, il y a quelque chose de particulier. Il y avait un jumeau. Je ne savais pas. C'est à ce jour-là que j'ai compris qu'on pouvait entrer en dialogue.
- Speaker #0
La reconversion vers l'agriculture biologique conduit Chantal à reconsidérer aussi ses assolements. Elle s'oriente vers un système plus herbagé avec une quarantaine d'hectares en prairie pour 38 vaches. Toujours avec le groupe des producteurs du Ville-Franchois, beaucoup d'essais sont faits à cette époque sur les espèces à privilégier dans les prairies. Ses collègues et elle travaillent aussi sur l'autonomie protéique des fermes, ce qui lui vaut d'être interpellé par le ministère de l'Agriculture pour présenter leurs travaux.
- Speaker #1
Et oui, parce qu'à un moment donné j'étais présidente de ce groupe aussi et on a travaillé sur l'autonomie protéique. On a fait un GI2E aussi. Et donc à un moment donné et... On a travaillé beaucoup avec la Chambre de l'agriculture aussi pour faire des essais dans le cadre des bio. On faisait des essais de mélange de cultures. On a travaillé aussi avec Anton Ziegler.
- Speaker #0
Vous aurez noté, tout au long de cet entretien, que le parcours de Chantal Casal s'effectue souvent dans une dynamique collective territoriale. Il était donc intéressant de revenir sur ce qui l'a ouverte à cette dimension collective présente dès l'enfance.
- Speaker #1
Donc très jeune... On allait au groupe fripouner et compagnie. C'était des groupes où on se retrouvait des enfants. On était petits. On se retrouvait ensemble, faisaient des activités. Et après, par contre, un peu plus grande, donc là j'étais ado, c'est le curé du coin qui nous a regroupés. Parce qu'on ne se retrouvait pas toute l'année. Mais on faisait des camps d'été. Et on se retrouvait... Ben voilà, on partait à vélo. On partait à vidéo et puis on campais. Mais l'idée, c'est ça, c'était que les jeunes se retrouvent. On était beaucoup de fils de paysans. Ça nous permettait de sortir aussi.
- Speaker #0
Oui. Des filles, des garçons ?
- Speaker #1
Oui, des filles et des garçons. Oui, des filles et des garçons. Voilà. Donc, on a fait des camps. Et oui, parce que juste avant, entre les fripouner et ces camps où on partait à vélo, on avait, pareil, un autre curé qui s'occupait de... qui a effectivement monter des espèces de bungalows au bord du Vior et on allait passer 15 jours genre de colo. Et l'hiver, on allait sur le braque à la guiole faire du ski. Tous les mercredis matin.
- Speaker #0
On retrouve dans son témoignage l'importance de la dynamique impulsée par la JAC comme au temps de ses parents.
- Speaker #1
Je pense qu'ils ont joué un rôle très moteur. Parce qu'ils ont joué le rôle moteur. pour la JAC, et après on est tombé sur des curés qui étaient volontaires et dynamique. Donc le fripouner, les camps, Le petit colo, puis après ces espèces de vacances d'été à vélo, toujours avec le curé. Et puis après, ça a été les études et donc un petit phare.
- Speaker #0
L'ouverture se poursuit aussi d'une autre façon, au cours de ses études supérieures, grâce aux voyages entrepris dans le cadre de sa scolarité.
- Speaker #1
Après c'était des voyages pour les stages, dans le cadre des stages.
- Speaker #0
Vous êtes allée à l'étranger ? Eh oui, j'ai fait l'Inde, j'ai fait l'Angleterre, et puis après j'ai fait un Erasmus au Québec, à l'université Laval. Je trouve que c'est le gros intérêt des écoles d'ingénieurs, c'est cette ouverture sur le monde. Après son mariage, et lors du retour en Aveyron, Chantal et son mari décident de se joindre à une équipe locale du CMR, l'association Chrétien en Monde Rural, une équipe qui comptera beaucoup dans son parcours et dans son investissement local.
- Speaker #1
C'est une association à l'éducation populaire. L'idée, c'est de regrouper des gens et d'appartir de faits, de faits de vie, comme un fait de vie qu'on pose sur la table. c'est de partager et de voir, on dit voir, discerner et agir. Donc peut-être une problématique ou quelqu'un dit quelque chose de compliqué, je ne sais pas. Ensemble, on réfléchit, on prend un peu de distance et puis qu'est-ce qu'on peut mettre en place ? Soit individuellement, soit collectivement aussi. À partir de cette équipe, nous avons monté des groupes de paroles de parents autour de l'école. On sentait qu'il y avait vraiment des parents qui étaient en difficultés dans le cadre éducatif parce qu'ils étaient isolés ils n'avaient pas les grands-parents pour s'occuper des petits et donc on a dit on va faire ça donc on a monté des groupes de paroles de parents nous on y a passé peut-être plus de 20 ans et ça continue encore il y a encore un groupe qui tourne et vraiment très très enrichissant on a fait aussi on fait des réveillons partage c'est à dire qu'on organise des réveillons pour le premier de l'an, où on envoie une invitation au grand public, et bien qui veut. On amène un plat pour quatre et on passe une soirée. C'est le vivre ensemble qui nous importe.
- Speaker #0
Agricultrice, Chantal assume aussi diverses responsabilités professionnelles en dehors de l'exploitation. Elle se trouve ainsi être la plus jeune administratrice de la coopérative laitière Tempélé, devenue ensuite Sodial, à seulement 26 ans.
- Speaker #1
Oui, en fait, c'est une articulation, comme vous dites, parce que j'ai été aussi administratrice de la coopérative Tempélé à l'époque.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
J'y suis rentrée... j'y suis rentrée dans les années 98, par là. Puis ensuite, la coopérative Stampele a adhéré à la coopérative Sodial. Donc, j'étais administratrice aussi de ma section.
- Speaker #0
Alors, c'est pareil, ça vous devait être une des premières femmes administratrices, non ?
- Speaker #1
Pas tout à fait. J'étais la plus jeune, ça c'est sûr, parce qu'à l'époque, j'avais 26 ans. Oui, j'étais la plus jeune, mais non... Il y avait déjà, on n'était pas nombreuses, peut-être on était 2, 3 maxi sur les 21, mais il y avait eu ce souci-là déjà.
- Speaker #0
Ce mandat l'a conduit aussi à assurer des responsabilités de niveau national au service du développement de la production laitière en agriculture biologique. Cela lui vaut de riches rencontres avec des déplacements fréquents à Paris.
- Speaker #1
Et après, ça a été la coopérative Solier, mais du coup, c'était la section, c'était nos aires Avayron-Tarne. Et là, à ce moment-là aussi, comme j'étais passée en bio, j'ai été mandatée pour représenter les producteurs bio de notre région. Donc là, je faisais partie du copil bio de Soliane, donc à Paris. Et donc là, pendant de longues années, je suis allée défendre les producteurs.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ce qui m'a valu quand même d'être pas mal absente. Et en plus, en 2015-2016, On a eu l'ambition au niveau de Soudial de développer la production bio. Et donc on a lancé vraiment une phase de développement au sein de la COP. Et donc là, il a fallu être très moteur avec la chambre agricultures. le conseil régional, toutes les instances des régions pour lancer ce développement. Mais du coup voilà, moi je suis amenée à monter à Paris régulièrement, à défendre sur toute la région sud-ouest, beaucoup de déplacements, beaucoup de relations, de contacts avec les entreprises, les usines, donc c'était très très riche. J'ai rencontré beaucoup de paysans au niveau national, de toutes les régions.
- Speaker #0
L'exercice de ses responsabilités est parfois difficile, car l'avenir de la profession et de ses collègues dépend parfois des décisions prises. C'est là que la posture adoptée au sein du mouvement chrétien en monde rural, avec la maxime « discerner, juger, agir » est traduite en actes.
- Speaker #1
Et donc j'ai appris qu'il ne fallait pas la circulation. En fait, le CMR permet cette prise de recul sur ce que l'on vit. et donc c'est qu'il y a des pas facile à prendre au niveau professionnel, il y a comme un automatisme qui permet de dire attend je ne veux prendre plus. Alors, quoi c'est positif, qu'est-ce que c'est qui est négatif, ça engage qui ?
- Speaker #0
Et puis d'en discuter à plusieurs peut-être ?
- Speaker #1
Oui, alors on ne peut pas discuter de tout à plusieurs, mais on peut se redire qu'est-ce que c'est qui est important. Et ça vraiment sur sur quoi on ne peut pas transiger. Ça, c'est fondamental. D'accord. Ça, c'est ce qui permet d'être assis après, autour de la table, et de se dire, c'est plus qu'une conviction. Là-dessus, je ne peux pas passer.
- Speaker #0
En conclusion du déroulé de son parcours, nous avons demandé à Chantal comment elle l'avait vécu en tant que femme, tant dans la conduite de son exploitation que dans les responsabilités assumées au niveau local et national.
- Speaker #1
Je crois que fondamentalement, une femme, moi je le vis comme ça, je le constate bien autour de moi, des agricultrices, quand on travaille la terre on est un C'est comme si on était en gestation de quelque chose, en fait. On est des mères. Et donc on porte en nous la vie. Et ça, dans la façon d'être et de prendre les choses, ça nous met quelque chose de différent en avant. Parce qu'il y a un respect qui nous habite de cette vie. Je ne suis pas du tout féministe pour autant, mais c'est simplement quelque chose qui nous habite et qui nous permet de voir les choses un peu différemment, de prendre le rapport aux animaux. il y a des hommes qui ont un très très bon rapport avec les animaux il n'y a aucun souci là-dessus mais ce côté féminin est intuitif parce que je dirais il y a une intuition que peut-être on développe plus et moi je crois beaucoup à ça c'est que on est porteur de vie et d'intuition. Je pense que les deux vont de paire, et ça, il faut le cultiver.
- Speaker #0
Chantal est aujourd'hui à l'aube de la retraite, après une vie familiale et professionnelle bien remplie, même s'il lui reste encore quelques projets. Dernièrement, elle a ainsi réalisé une journée porte ouverte sur sa ferme pour expliquer son métier au grand public et l'importance qui revêt le contact avec le vivant. Dans cet esprit, nous lui avons demandé quel serait le message qu'elle aimerait faire passer à des jeunes femmes prêtes à s'investir dans le milieu agricole.
- Speaker #1
Moi je crois qu'il faut être convaincu qu'on a beaucoup à apprendre du vivant. Les vivants c'est les animaux, c'est les plantes, c'est la terre, c'est l'eau, c'est le cosmos, c'est tout ça. On vit là-dedans et donc en tant que femme on a une place particulière à tenir, à vivre. et à s'accomplir, je dirais, là-dedans.
- Speaker #0
Voilà, vous venez d'écouter le parcours de Chantal Casal, agricultrice dans l'Aveyron. Un parcours marqué par son engagement au service du collectif et de la vie, qu'elle révèle par petites touches, avec beaucoup de modestie. Elle nous montre ainsi l'importance de s'engager à l'échelle locale, familiale, dans son territoire, mais aussi à l'échelle plus large de la coopérative ou du national, là où on vit. Si cela vous intéresse, vous pouvez retrouver tous les podcasts de l'exposition Femmes et agricultures sur le site de la chaire Mutation agricole de l'École supérieure des agricultures. Merci de votre écoute et à bientôt.