- Speaker #0
Ceci est un podcast des chaires Mutations agricoles et agriculture aux féminins de l'École supérieure des agricultures, réalisé dans le cadre de l'exposition Femmes et agriculture. Un projet qui vise à mettre à l'honneur des femmes ayant œuvré pour l'agriculture, qu'elles soient issues ou non de ce milieu. Je suis ANNIE SIGWALT, enseignante chercheuse à l'école supérieure des agricultures et vous allez découvrir le parcours de Lucie MAINARD. Bonne écoute ! Lucie MAINARD est née et a grandi à Fontenay-le-Comte dans le sud Vendée dans une famille dont le père est ouvrier et la maman mère au foyer pour s'occuper de ses trois filles. Dans ses jeunes années, Lucie ne connaît pas le milieu agricole et elle perçoit avant tout la campagne comme un lieu de vie et d'amusement.
- Speaker #1
C'était un beau tableau en fait, parce que moi je suis bien du milieu rural, il n'y a pas de souci, mais je n'ai pas grandi dans un milieu agricole. Pour moi l'agriculture c'était les champs de maïs dans lesquels on courait quand on était gamin. pour arracher les touffes, on appelait ça comme ça, qui étaient situées en haut. Et en fait, on s'amusait à ça. C'était courir après les vaches dans les champs. Mais je ne voyais pas l'acte de production. Pour moi, ça n'avait pas d'autre sens que celui de l'amusement. Le monde agricole, pour moi, c'était vraiment de l'amusement. C'était ça, quoi. Vraiment, c'était braver l'interdit quasiment en allant là où on n'avait pas le droit d'aller. Et on embêtait les animaux. Et voilà, c'était vraiment ça, quoi.
- Speaker #0
Sensible à l'art et aux arts plastiques en particulier, Lucie envisage d'abord de mener des études dans ce domaine. Mais un grave accident à l'âge de 15 ans lui vaut d'expérimenter plusieurs mois d'hospitalisation qui la déscolarisent. A l'âge où l'on se construit, elle découvre la philosophie en terminale qui lui permet d'esquisser des réponses aux questions qu'elle se pose. Et cette matière lui plaît beaucoup, au point que pour ses études supérieures, elle s'engage d'abord dans une licence de philosophie à la faculté de Nantes.
- Speaker #1
Donc la licence de philo, et puis il s'est passé un truc encore assez incroyable, la tempête Zintia. Alors ici on n'a pas été touché, en Fontenay on est quand même assez loin de la côte entre guillemets, mais sur la partie marais et puis surtout littoral ça a été une catastrophe, puisqu'il y a eu quand même des morts, et je me suis retrouvée en fait à redescendre ici, en disant il faut que j'aille donner un coup de main, il faut que je fasse quelque chose, je ne peux pas rester à Nantes en faisant comme si il n'y en avait pas. Et en fait, je me suis greffée à un groupe. Alors j'avais des cousins-cousines qui avaient déjà formé un petit groupe de bénévoles. Je me suis greffée à ce groupe-là. Et c'est comme ça qu'en fait, j'ai rencontré mon mari. Parce qu'Alexis, lui, en fait, s'était impliqué dès le lendemain de la tempête, je crois bien, dans un groupe de bénévoles. Il s'était parti louer des pompes vide-cave pour intervenir dans les maisons, aider les pompiers, etc.
- Speaker #0
Lucie termine sa licence de philosophie à Nantes. mais envisage désormais de revenir dans le sud Vendée pour rejoindre son futur mari, déjà installé sur une exploitation agricole en grande culture. Elle se rapproche d'abord en poursuivant ses études à La Roche-sur-Yon, en Vendée.
- Speaker #1
Je suis revenue sur La Roche pour faire un master enseignement du premier degré. Là aussi, j'ai bifloqué, ce n'est pas vraiment ça que je voulais faire. Je me voyais bien aller jusqu'au doctorat en philo, parce que ça me plaisait beaucoup, je me débrouillais très bien. Et puis voilà, l'envie de me rapprocher, je me suis dit finalement, l'enseignement, ça peut être un truc potentiellement intéressant. On peut faire un peu de philo aussi dès le plus jeune âge, il y a peut-être des choses à faire. J'ai découvert quand même une passion pour la pédagogie, c'est vrai.
- Speaker #0
Après avoir décroché ce premier master en pédagogie, Lucie poursuit ses études avec un master en formation de formateur centré sur l'analyse de l'activité professionnelle. Elle utilise des outils issus de la didactique professionnelle et de l'ergonomie au travail qui passent par des entretiens et des observations. L'objectif de cette discipline est d'arriver à créer des formations répondant aux besoins des formateurs. Pour son master, elle réalise son stage dans le réseau des maisons familiales rurales, réseau qu'elle connaissait déjà. pour y avoir été scolarisée après son accident.
- Speaker #1
Et donc, dans le cadre du master qui était par alternance, je me suis retrouvée à faire mon stage en maison familiale rurale. Je connaissais les maisons familiales rurales parce que j'avais été moi-même élève. Donc après mon fameux accident, j'avais été déscolarisée, etc. C'est un milieu qui, je trouve, a des... apporte énormément à des jeunes qui ne se retrouvent pas dans le milieu classique scolaire, parce que par le biais de l'alternance, ça permet de se plonger un peu dans des projets professionnels et donc de reprendre confiance en soi, d'acquérir des compétences, etc. Et je me suis dit, les MFR, ça peut être pas mal pour faire mon stage, parce qu'observer les moniteurs en maison familiale, observer leurs multiples casquettes, parce que quand on est enseignant en maison familiale, On est en classe, mais on est aussi au repas avec les jeunes. On est le matin à les lever et le soir à les coucher. On fait tout en fait au sein d'une journée. Donc on est formateur, mais un peu éducateur et papa et maman en même temps.
- Speaker #0
Ce stage lui plaît beaucoup et Lucie s'investit, au point qu'une autre maison familiale rurale vendéenne, située à côté de Fontenelle-Comte cette fois, lui propose un poste salarié avant même la fin de son stage. Elle accepte le poste. tout en négociant de pouvoir terminer son master.
- Speaker #1
La maison familiale de Saint-Martin-de-Freniaux, c'est à côté de Fontenay. Et donc une maison où moi j'avais été en tant qu'élève. Je me retrouve du coup avec, comme collègue, mes anciens formateurs. Ça c'était juste génial de pouvoir être avec eux et de leur montrer un peu le chemin que j'avais fait aussi depuis que j'avais été élève. Parce que c'était pas gagné d'avance, même si je suis équipée. on va dire intellectuellement, il y avait plein d'autres choses, plein d'autres problématiques dans ma vie qui faisaient que ce n'était pas donné d'avance. Donc je fais ça, et en fait je prends un poste de responsable 4e, 3e d'orientation, donc j'ai face à moi des petits loulous de 14, 15 ans, qui sont en pleine recherche d'eux-mêmes, qui sont aux premières étapes de la construction de leur projet, Pour certains, ben... Pour aller vers le milieu agricole, justement. Et là, je découvre en fait, par le biais des visites de stages, quand je vais les visiter eux, je découvre mon territoire.
- Speaker #0
Alors monitrice en maison familiale rurale, Lucie suit ses élèves qui effectuent un cursus en alternance entre l'école et les exploitations agricoles où ils sont en stage. Et les visites de stages sont autant d'occasion de découvrir de près l'agriculture de son territoire.
- Speaker #1
La chance que j'ai, c'est que comme j'ai été outillée pour l'analyse, observation, etc., quand je vais dans une exploitation, je vois énormément de choses aussi. Et ça me permet de découvrir l'agriculture avec diverses facettes, parce que je vais vraiment voir une multitude d'exploitations avec des productions très différentes, et puis des personnes très différentes aussi face à moi.
- Speaker #0
Ces visites de stage sont aussi l'occasion de découvrir les difficultés auxquelles certains agriculteurs font face, dans un contexte de crise des prix, de remise en cause des systèmes agricoles et plus encore de découvrir l'isolement de certains agriculteurs.
- Speaker #1
Et puis, en fait, je me dis, mais si ces personnes que je vois dans les fermes se sentent isolées, se sentent parfois incomprises, il y avait la gribe à Chine aussi, on parlait beaucoup de ça à l'époque, et en fait, mon mari, comment il se sent, lui ? Soudainement, je me suis dit, en fait, lui, comment il se positionne ? Parce qu'il peut me dire sans cesse que ça va, et en même temps, ce n'est pas vraiment ce qu'il me disait non plus, mais je me dis finalement comment lui, il le vit.
- Speaker #0
Lucie réalise que, même mariée depuis 5 ans à un agriculteur, elle ne sait pas vraiment de quoi sont faites ses journées.
- Speaker #1
Moi, j'adorais énormément, encore une fois, mon métier, la pédagogie, etc. Je ne comptais pas mes heures à la maison familiale et lui, il ne comptait pas ses heures à la ferme. Donc, du coup, on avançait comme ça, tous les deux, mais c'est vrai que je ne prenais pas conscience de ce qui se passait non plus à la ferme. Et le fait de découvrir le monde agricole, c'est lui que j'ai découvert aussi. En fait, il ne suffit pas d'être marié à un agriculteur pour savoir ce qu'est l'agriculture. Il faut vraiment aussi y aller, il faut participer. Finalement, je me suis rendu compte que je passais un peu à côté de ça depuis quelques années.
- Speaker #0
De plus, le couple accueille en 2017 leur premier enfant, ce qui génère aussi d'autres réflexions, d'autres envies.
- Speaker #1
La dimension familiale a pris la pole position, c'est devenu la priorité. Et on s'est questionnés sur ce qu'on allait laisser aussi, c'est-à-dire que mon mari avait sa ferme. On est devenu parent, mais qu'est-ce qu'on fait pour demain ? Comment on agit pour la prochaine génération ? Et tout ça est arrivé d'un coup, en fait. Je sais rien, qu'on pensait pas à ça. Qu'est-ce qu'on fait demain ? Quel monde on laisse à nos enfants ?
- Speaker #0
Confrontée à la difficulté de laisser sa première née à d'autres pour retourner au travail, Lucie décide de changer d'orientation. Et cette fois, c'est pour s'installer en agriculture. Elle choisit d'implanter sur la ferme familiale un atelier de poules pondeuses en agriculture biologique, tout en rejoignant la coopérative locale, la CAVAC.
- Speaker #1
Et du coup, ça, ça fait que... Et en fait, comme j'avais aussi vu plein d'exploitations, des modèles très différents, je savais à peu près ce vers quoi je voulais aller, ce qui me bottait. Et du coup, je me suis dit, la volaille, c'est bien. Qui va dehors. Voilà, c'est ça que je veux. Bio, c'est vraiment ça qui me va aussi, pour tout un tas de raisons. les densités, le fait de sortir en extérieur, enfin c'est plein de choses, l'usage moindre des traitements, etc. Et donc on s'est tournés vers la coopérative, parce que ça nous semblait une valeur sûre, de se tourner vers un groupement et des gens qui savaient faire, et c'est comme ça que je me suis installée.
- Speaker #0
Non originaire du milieu agricole, Lucie rejoint la coopérative, rejoint ainsi une ferme dans laquelle les agriculteurs se sont succédés depuis plusieurs générations, en y apportant ses propres façons de considérer l'agriculture et son rôle dans la société.
- Speaker #1
Je pense que mon installation n'est qu'un exemple parmi plein d'autres, mais on remarque que quand traditionnellement, historiquement, les fermes sont transmises de père en fils, lorsqu'une femme intègre le processus à un moment donné, Elle peut ! effectivement elle a les leviers pour amener une réflexion autre qui vient un peu casser une dynamique qui était en place depuis parfois plusieurs générations ici sur la ferme c'est un peu ça, alors Alexis avait quand même mis sa patte en arrêtant l'élevage laitier parce qu'il avait un peu chamboulé sa grand-mère et son père mais le fait d'amener des poules Le fait de réfléchir à l'agriculture biologique, on a fait la conversion des 50 hectares de plaine, on est même passé en agriculture régénérative en plus d'agriculture biologique, on voit bien, puis la vente directe, c'est tout ça aussi, on voit bien comment le fait d'avoir une femme qui intègre une ferme, ça peut apporter un plus par rapport à ce qu'il se faisait en amont.
- Speaker #0
Sensible aux questions de bien-être animal, Lucie a opté pour une production d'œufs en agriculture biologique, ce qui impose que les poules pondeuses puissent disposer de terrains en plein air où elles peuvent s'ébattre librement. Mais les épisodes de grippe aviaire contraignent les éleveurs à confiner leurs poules pour qu'elles n'attrapent pas le virus de l'influenza, possiblement apporté par des oiseaux sauvages. Qu'à cela ne tienne, Lucie choisit d'équiper ses bâtiments avicoles d'auvent, recouverts par des panneaux photovoltaïques, une innovation dans ce secteur.
- Speaker #1
Ils sont équipés de panneaux photovoltaïques pour pouvoir apporter une certaine rentabilité. et pas des moindres, parce qu'aujourd'hui c'est vraiment une réelle plus-value. En fait, là dans notre secteur, on est en ZRP, en zone à risque particulier au niveau de l'influence aviaire. Notamment parce qu'il y a 200 hectares à côté de parcs naturels qui servent de réservoirs ornithologiques pour les oiseaux. Et la LPO est d'ailleurs souvent rendue ici. C'est formidable. Simplement, le risque, c'est effectivement, quand on met des poules dehors, d'attraper quand même un peu plus facilement le virus. Et moi, si j'ai choisi l'agriculture biologique, Si on a un parc de 4 hectares qui est arboré, si on a misé sur ce parc-là, ce n'est pas pour enfermer nos poules. La réglementation nous oblige à le faire, mais je pense qu'il y a moyen de créer des choses pour trouver un juste milieu entre le confinement et la vie en extérieur. Et donc les hauts vents, c'est apparu comme une solution que nous on a trouvée. C'est 2400 m² de surface à l'extérieur. qui sont couverts par un toit et par des filets. On a entouré deux filets. Ce qui fait que quand on est en confinement, les poules peuvent sortir en dessous sans être au contact des oiseaux à l'extérieur. On a quand même des poules qui voient le soleil qui sont en extérieur. mais en étant protégée. Et ça c'est assez innovant parce qu'en pondeuse, je ne suis pas sûre qu'il y ait beaucoup de projets comme nous.
- Speaker #0
Néanmoins, en s'installant, Lucie a aussi découvert que le regard des acteurs de l'agriculture vis-à-vis des femmes n'est pas toujours simple. On lui demande de faire ses preuves avant de lui faire totalement confiance.
- Speaker #1
Il y a un point sur lequel je reviens parfois, c'est le fait que la banque m'ait demandé de m'associer avec mon mari pour que je puisse faire mon projet. En soi, ça ne m'a pas dérangée parce que finalement, être associée à lui, je me suis associée à lui pour la vie. Mais je me suis dit, mince, je me suis quand même fait mes preuves, j'ai quand même prouvé des choses. Enfin, la banque, je pense qu'ils avaient confiance quand même. Il a quand même fallu qu'on me demande de m'associer à mon mari.
- Speaker #0
Mais les difficultés ne sont pas de nature à freiner Lucie. Pour nous en convaincre, elle nous livre ici ce poème écrit par Nelson Mandela lorsqu'il était en prison, titré Inlectus, qu'elle chérit particulièrement.
- Speaker #2
Dans les ténèbres qui m'enserrent, noires comme un puits où l'on se noie, je rends grâce à Dieu, quel qu'il soit, pour mon âme invincible et fière. Dans de cruelles circonstances, je n'ai ni gémis, ni pleuré. Meurtri par cette existence, je suis debout, bien que blessé, en ce lieu de colère et de pleurs. Ce profil l'ombre de la mort, et je ne sais ce que me réserve le sort. Mais je suis, et je resterai sans peur, aussi étroit soit le chemin. Nombreux les châtiments infâmes, je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme.
- Speaker #0
Tout en gérant son atelier de poule pondeuse, pour lequel elle assure une partie de la vente des œufs en direct, elle s'engage dans une valorisation médiatique de ses activités d'agricultrice en tenant un blog, les Jolies Rousses, où elle raconte sa vie. C'est pour elle une façon de montrer l'agriculture de l'intérieur et d'inciter d'autres jeunes à s'installer.
- Speaker #1
Moi je fais toute ma partie communication au nom des jolies russes aussi. Je ne suis pas rémunérée pour le faire, c'est normalement du pur plaisir mais c'est beaucoup de temps aussi. Je suis très sollicitée. Quand ce n'est pas des journalistes, c'est des événements,
- Speaker #0
c'est les écoles.
- Speaker #1
J'ai décidé d'être à peu près sur l'ensemble des gros réseaux. À l'époque où Twitter existait, sur Twitter, beaucoup. C'est même là que j'ai percé vraiment très vite. Depuis que ça a changé, j'y suis beaucoup moins, je me retrouve moins. Instagram, énormément, parce que c'est un réseau qui est très bienveillant. Je suis allée sur Facebook aussi, et puis effectivement YouTube, et j'ai un blog à côté pour écrire. Et là, on retrouve, en fait, parce que moi, je suis une fan de pédagogie, je suis une fan de la transmission, j'adore apprendre aussi. Quand je me suis installée, je me suis dit mais qu'est-ce que je vais faire finalement ? Parce que je ne peux pas rester avec mes poules là, il faut bien que je fasse autre chose. Ça me paraissait évident et je repensais à mes élèves et je me disais mais il faut que je leur montre en fait comment je procède avec ma reconversion et mon installation. C'est parti de là, je voulais montrer à mes anciens élèves comment je m'étais reconvertie, etc. pour qu'ils se rendent compte que tout est possible.
- Speaker #0
Ces activités ne s'arrêtent pas à la ferme. rapidement. Lucie Mainard prend des responsabilités au sein de la coopérative CAVAC. Elle s'engage au sein du conseil d'administration de la coopérative qui compte parmi ses administrateurs des agriculteurs représentant les 11 différents territoires de la coopérative. Elle est ainsi la première femme à être administratrice remontante d'un territoire, celui du Bas-Poitou.
- Speaker #1
J'en ai eu des engagements à l'extérieur, notamment à l'école, pour les enfants. Mais en fait, à un moment donné, il a fallu que je me reconcentre quand même sur certaines choses. Donc, mon engagement, il est principalement à la coopérative. Je suis administratrice remontant du territoire. Je suis la seule administratrice de la CAVAC remontant du territoire. Il n'y en a pas eu encore.
- Speaker #0
Convaincue que la parole des femmes est importante et que celle-ci doit davantage peser, elle crée aussi un groupe dédié aux agricultrices de la CAVAC qui souhaitent s'investir dans leur territoire et se former à la prise de parole. Ce groupe est pensé comme un tremplin qui permet à ses participantes de se former entre elles et d'échanger sur leurs réussites et leurs difficultés. Non sans humour, ce groupe choisit de s'appeler Les Beautés.
- Speaker #1
Le conseil a toujours émis, notamment Jérôme Callot, le président, Alors quand je dis toujours, c'est que moi depuis que j'y suis au moins, je l'ai entendu dire ça. Je sais qu'il tenait déjà ce discours-là bien avant. D'ailleurs s'il est venu me trouver, c'est en partie aussi pour ça. Pour lui, la féminisation, c'est absolument essentiel. Parce qu'il y a une part... des agriculteurs qui n'est pas représenté aujourd'hui au sein du conseil. Alors si on parle du genre, parce que si on parle des productions, toutes les productions sont représentées, mais quand même sur le genre, quand on sait toutes les questions qui sont liées à cela, il est important quand même que des personnes puissent faire remonter au niveau du conseil aussi les problématiques liées au genre. Et pour ça, c'est vrai qu'être une femme, ça paraît quand même plus opportun. Les hommes oublient vite ces questions-là quand même.
- Speaker #0
Pour bien comprendre, nous avons demandé quel était, selon elle, l'apport spécifique des femmes par rapport à celui des administrateurs hommes. Lucie insiste sur le fait que les femmes ont souvent davantage envie de faire bouger les lignes et d'innover.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a une bonne représentation des productions, encore une fois, au niveau du conseil. Mais c'est vrai que les femmes, elles pourraient apporter un regard peut-être un peu différent sur l'élevage, mais sur les décisions prises aussi par rapport à l'élevage. comparé à leurs homologues masculins. Peut-être que les femmes ont besoin de plus de temps de réflexion aussi, que ça mènerait à trancher des dossiers un peu moins rapidement, parfois. Parce qu'on est pris souvent par le temps, et c'est vrai que les hommes, ils ont tendance parfois à foncer, à dire « allez, on y va » , alors que les femmes sont peut-être un peu plus sur la retenue, en disant « on va peut-être y réfléchir un peu plus, peut-être mettre les choses un peu plus à plat » .
- Speaker #0
Un groupe constitué uniquement de femmes dans une coopérative, c'est original. Nous avons demandé à Lucie de nous décrire les activités de ce groupe, son fonctionnement et ses résultats.
- Speaker #1
Et le fait de, comme ça, avec les beautés, faire le tour du département, visiter les fermes, découvrir de multiples productions, et puis là encore, mais voir ce qu'elles ont pu mettre en place, certaines dans leurs fermes, en termes de vente directe, en termes de production, d'innovation, C'est juste dingue de découvrir ce qu'elle peut faire. Et en plus, elle ne se rend même pas compte à quel point c'est formidable. Donc c'est chouette qu'on puisse leur dire aussi. Et ça, c'est formateur. Donc en fait, ça ne coûte pas cher à la COP. Et en même temps, ça nous forme et ça nous fait un bien fou. Et derrière, on a quand même des agricultrices qui ont intégré des instances de décision.
- Speaker #0
Finalement, Lucie estime qu'en devenant agricultrice, elle a réussi à concilier tout ce qu'elle apprécie dans la vie. Au travers d'un cheminement original, passant par la philosophie, les arts plastiques qui lui servent dans son blog, son expérience en tant que formatrice en maison familiale rurale, sa rencontre avec son mari agriculteur et avec deux enfants enfant de 4 et 8 ans, Lucie s'épanouit dans sa vie professionnelle et familiale.
- Speaker #1
J'ai réussi à apprendre tout ce qui m'avait plu à un moment donné dans ma vie et tout mon parcours finalement, même si ce n'est pas celui qui m'a menée à l'agriculture, aujourd'hui il me sert à faire, et même dans mes engagements. En tout cas, tout ça pour dire que tout ça, ça m'a servi. Avoir été enseignante, avoir fait des arts plastiques, avoir fait de la philo, aujourd'hui, je m'y retrouve. Et on peut associer tout ça au fait de collecter des oeufs et de faire de la vente directe. Voilà.
- Speaker #0
Et avec son appétit de vivre, Lucie s'engage encore dans de nouvelles découvertes.
- Speaker #1
Mais au sein de la famille, on a des enfants, Lucie, et eux, ils ont leurs activités. Et nous-mêmes, on s'est mis à nos activités. Moi, je me suis mise à la danse depuis l'année dernière. Rêve de gosse non réalisé. Et mon mari s'est mis aux trombones cette année. Rêve de gosse non réalisé. Et donc, nous voilà comme des gamins à vouloir réaliser nos rêves, en même temps que nos enfants réalisent les leurs. Et donc, ça pour nous, c'est important aussi de se dire qu'à la fois, on arrive à s'engager, en même temps, on arrive à gérer nos deux entreprises et à avoir un élevage qui nous demande en permanence de la présence. Et en même temps, on vient d'avoir une vie tout à fait équilibrée avec chacun de ces activités.
- Speaker #0
Pour finir cet entretien, nous lui avons demandé si elle avait un message à faire passer aux hommes et aux femmes de sa génération. Voici sa réponse.
- Speaker #1
Je ne suis pas sûre d'avoir un message distinct entre les hommes et les femmes. Je ne suis pas une féministe pure et dure. Non, loin de là. Je pense que quand on a un message pour autrui, c'est un message pour l'humain avant tout. C'est de croire... Moi, ce qui m'a guidée et ce qui, je pense, fonctionne, c'est simplement de croire qu'en chacun de nous, il y a des ressources nécessaires, il y a les ressources suffisantes pour avancer et pour aller là où on a envie d'aller. C'est de la détermination et après, c'est effectivement la capacité à s'entourer aussi des bonnes personnes à un moment donné. de savoir demander de l'aide, mais vraiment c'est juste savoir se poser et de savoir qui on est, et de savoir se faire confiance pour pouvoir ensuite effectivement avancer.
- Speaker #0
Elle nous a aussi partagé ce texte de Jacques Brel, prononcé sur Europe 1 en 1968, un texte qui garde toujours sa fraîcheur.
- Speaker #2
Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns. Je vous souhaite d'aimer ce qu'il faut aimer. et d'oublier ce qu'il faut oublier. Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences, des chants d'oiseaux au réveil et des rires d'enfants. Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir. Je vous souhaite de résister à l'enlisement, à l'indifférence, aux vertus négatives de notre époque. Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à l'aventure, la recherche, à la vie, à l'amour, car la vie est une magnifique aventure, et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille. Je vous souhaite surtout d'être vous, d'être fiers de l'être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable.
- Speaker #0
C'était l'histoire du parcours de Lucie Mainard, une agricultrice qui a su mettre à profit son parcours original pour conjuguer l'agriculture au féminin, dans son exploitation et au-delà, au travers de son blog et de ses engagements professionnels. Si cela vous intéresse, vous pouvez retrouver tous les podcasts de l'exposition Femmes et agriculture sur le site de la chaire Mutation agricole de l'École supérieure des agricultures. Merci de votre écoute et à bientôt !