- Myriam Sellam
L'essence de la danse, le podcast qui met de la conscience dans le mouvement. Il y a des départs qui ressemblent à des deuils. A 14 ans, Johanna Malédon quitte sa Guyane natale pour Paris. Elle a un rêve, devenir danseuse professionnelle. Son parcours l'amène ensuite à New York, dans la prestigieuse école... Alvin Ailey, puis en Israël. Mais entre les rêves et la réalité, il y a parfois des désillusions, des obstacles et cette question, comment trouver sa place sans renoncer à ce que l'on est ? Aujourd'hui danseuse et chorégraphe, elle dirige la compagnie Malle qu'elle fonde en 2019, après avoir remporté avec sa pièce « À bientôt » le concours Sobanova, un tremplin pour les jeunes chorégraphes. Dans cette première partie, elle raconte son enfance en Guyane, les choix qui ont marqué son parcours, ses doutes, ses échecs aussi, et comment la danse est devenue pour elle une façon de prendre sa place et de transformer ce qu'elle a vécu. Un échange très chaleureux, ponctué de beaucoup de rire avec une artiste aussi spontanée que déterminée. Je suis Myriam Selam, journaliste et créatrice du podcast « L'essence de la danse » . Si cette conversation vous plaît, Surtout, pensez à vous abonner au podcast et à me dire ce qu'elle vous inspire. J'adore prolonger ces échanges avec vous. Bienvenue dans cette première partie de ma conversation avec Johanna Maledon. Bonjour Johanna. Bonjour. Comment vas-tu ? Bien et toi ? Disons qu'on est déjà en symbiose, c'est déjà chouette. Petite question toujours un peu d'échauffement. Comment tu te sens physiquement, mentalement, spirituellement ?
- Johanna Malédon
En réflexion et diesel.
- Myriam Sellam
Diesel ? Pour lequel ?
- Johanna Malédon
Je pense que le mental est en diesel et le corps est en réflexion. D'accord. Et peut-être l'inverse.
- Myriam Sellam
Et spirituellement ?
- Johanna Malédon
Spirituellement, sur le chemin.
- Myriam Sellam
D'accord.
- Johanna Malédon
Tout est en transition, je crois.
- Myriam Sellam
Intéressant.
- Johanna Malédon
Et toi ?
- Myriam Sellam
Écoute, c'est moi qui pose les questions. Mais si, je peux te le dire. J'aime bien. T'as raison, t'as raison. Je vais répondre. Comment je me sens physiquement ? Je me sens bien, moi. Je me sens bien, spirituellement, très connectée, mentalement fatiguée, un peu, tu vois. Mais très contente d'être là. Petite question rituelle. Si tu veux bien, j'aimerais que tu fermes les yeux. Tu les ouvriras quand tu veux. Je voudrais que tu repenses à la petite Joanna, justement. Je voudrais que tu me dises si je te demande ton premier souvenir de danse. tout premier, la petite Johanna qui est en train de danser. C'est où ? C'est comment ? Qu'est-ce que ça fait dans le corps ?
- Johanna Malédon
Ce qui me vient directement, c'est un dimanche en particulier, mais je dirais les dimanches en famille. D'accord. Je suis la plus petite d'une sororité de trois et ma grande sœur qui fait des spectacles tous les jours. À chaque fois, on préparait des spectacles à présenter à la famille et on attendait le dimanche pour pouvoir les présenter à la famille, mais c'était... Le noyau proche, mais aussi le gros noyau quand même éclaté. Et je me souviens de ces moments à la suivre, à faire un peu les pas sur le côté, là, comme ça, avec les Hauts-Brésiliens. J'ai cette image-là en tête. Et personne ne danse dans ma famille. Personne n'a fait, en tout cas, de carrière dans ça, ou même en formation, je dirais. Mais j'ai toujours ma très grande sœur qui me dit, c'est grâce à moi, si t'es là, OK ?
- Myriam Sellam
jusqu'à aujourd'hui. C'est grâce à moi.
- Johanna Malédon
À chaque fois, ça reste notre running gag.
- Myriam Sellam
D'accord. Et c'est un peu vrai ou pas ?
- Johanna Malédon
Bien sûr, je pense que ça vient bien de quelque part, et puis même quelque part au pluriel. Et pourquoi pas ma grande sœur aussi.
- Myriam Sellam
Et quand tu repenses justement à ce moment, qu'est-ce que ça t'évoque comme émotion ? Et puis dans le corps, c'est comment ?
- Johanna Malédon
Je pense que c'est ce qui continue à me guider aujourd'hui. C'est la sensation d'être en mouvement, la sensation d'être connectée, d'avoir une voix aussi et de se sentir vue également. Donc, voix V-O-I-X ou V-O-I-E ? V-O-I-X. Ok. V-O-I-X. Je pense qu'il y a toujours eu cette question-là, en tout cas depuis petite, en étant la dernière, en étant très petite.
- Myriam Sellam
de se sentir écouté. C'est vrai que c'est l'endroit où j'ai la première à ouvrir la porte et qu'il y avait un peu de place. Parce que quand on est la dernière, comme tu dis, trois sœurs, comment ça se passe ? C'était difficile pour toi d'avoir ta place ?
- Johanna Malédon
Je pense comme la plupart aussi des familles, il y a une sorte de fonctionnement, de hiérarchie. Il y a des plus grands d'abord aussi. En tout cas, nous, c'est ce qu'on avait dans la manière de fonctionner.
- Myriam Sellam
D'accord.
- Johanna Malédon
Et... Je pense à la fois avoir pris énormément de place avec la danse, comparé à mes sœurs, avec le temps, et l'investissement de mes parents aussi sur mon parcours, leur accompagnement et leur soutien. Je pense qu'à la fois aussi, tout n'était pas gagné non plus. Il y a eu des preuves aussi à faire, et limite à convaincre, et continuer à convaincre, ou en tout cas, maman, à rassurer.
- Myriam Sellam
Toujours. Encore là ?
- Johanna Malédon
Oui, toujours.
- Myriam Sellam
Ok. Et donc c'était en Guyane à cette époque-là. Exactement. Comment c'était ton enfance, tu la qualifierais de... Parce que la Guyane qui est quand même un très grand territoire où il y a beaucoup de cultures, beaucoup de langues, beaucoup de musique, beaucoup de danse. C'était comment chez toi ?
- Johanna Malédon
C'était chaud.
- Myriam Sellam
Dans quel sens ?
- Johanna Malédon
C'était chaud au niveau de la température. C'est quelque chose que je retiens vraiment dans le corps et que je le... que je reçois à chaque fois aussi que je vais en voyage dans des pays chauds. Il y a quelque chose qui se repose et qui retourne un peu à zéro. Donc, il y a un peu une base aussi de température ambiante dans laquelle j'ai grandi qui me poursuit. Moi, je vois énormément de couleurs, énormément de verdure aussi. Et jamais de silence. J'en parlais la dernière fois parce qu'il y a une pièce où on parle de la douceur. Et je réfléchissais un peu dans mon enfance si je considérais que j'avais eu droit à la douceur. En quelque sorte, oui, mais pour parler de chez moi, ce n'est pas un mot du tout que j'emploierais. Je pense que j'emploierais quelque chose de plein, de toujours en train de grouiller, de présence, on ne se sent jamais seul. Et puis du coup, c'est aussi ce rapport-là au son, avec la forêt qui est juste dans mon jardin, qui amène une certaine douceur, mais qui ne serait pas la même douceur que quelqu'un d'autre aussi. dans nos territoires.
- Myriam Sellam
Donc, le mot que tu mettrais quand même pour ton enfance, ce serait quoi ? Ce serait... Plein. D'accord. Plein de choses. Pleine. Et en même temps remplie, c'est ça ? C'est ça. Ok. Donc, tu disais qu'il n'y avait pas de danse quand même, en tout cas dans ta famille. Mais est-ce que si ça grouille, ça bouge, c'est quand même en mouvement quelque part ? Tout le temps.
- Johanna Malédon
Tout le temps, ma mère avec la radio. La radio jamais éteinte. qui fait son propre show toute seule dans le salon, ou mes sœurs qui se mettent à chanter alors qu'on n'a aucun don pour ça, et ça je le regrette. Le corps est présent, la musicalité est présente, on invente des musiques, on tape la table, c'est toujours là, on écoute, on regarde des clips, il y avait toujours ce rapport-là à la musique, et du coup du corps qui répond à la musique aussi. Et assez jeune, j'ai commencé d'abord par le sport. Oui,
- Myriam Sellam
tu en as fait pas mal en plus.
- Johanna Malédon
Oui, j'ai plutôt une famille sportive. Donc, je pense que c'est là aussi où le corps entre en jeu et où aussi le mental, je pense aussi. Mais je suis passée par le tennis et la natation avant de trouver foyer dans la danse.
- Myriam Sellam
Avant de trouver ton foyer dans la danse. C'est joli. Et quand tu entres dans ce premier cours de danse, tu t'en souviens ? C'était comment ? C'était un cours adulte-enfant.
- Johanna Malédon
D'accord. Oui, mais c'est qui ces gens déjà ? Je me souviens, d'ailleurs, c'était un cours d'éveil, donc il n'y avait pas forcément d'étiquette à premièrement parler de jazz, classique, hip-hop au contemporain. Et je me souviens d'une énorme récréation, de rire constamment, de déjà penser au costume avec le professeur et d'attendre le spectacle, le moment où on va pouvoir montrer tout ce qu'on a fait toute l'année. Je me souviens de ça.
- Myriam Sellam
D'accord. et Pourquoi est-ce que tu as choisi finalement la danse ? Parce que donc, tu aurais pu continuer dans la natation, le tennis. Qu'est-ce qui a fait que là, tu as trouvé justement ton foyer, comme tu le dis ?
- Johanna Malédon
C'est une bonne question. Je pense qu'il y a un rapport à la créativité que je ne retrouvais pas forcément dans la natation. Il y avait l'effort physique que j'aime beaucoup. Mais pour moi, ça peut-être amplifié mon tempérament très compétitif avec moi-même. Et pour l'anecdote, parce que tu as mis les anecdotes, j'ai arrêté la natation. J'ai très honte parce que j'ai fait ma première compétition, que je suis arrivée première et que je n'ai pas eu de médaille. Et j'ai dit, j'arrête.
- Myriam Sellam
Attends, attends, attends. C'est trop lent. Non, mais pourquoi trop lent ? Mais non. Parce que je me dis,
- Johanna Malédon
mon enfant, si moi j'ai un enfant devant moi, je suis là, mais c'est pas ça qui compte. Mais bien sûr, là, il y avait l'envie de, ah, j'arrive première. Donc, en gros, t'es arrivée première, tu te dis, allez-y, où est ma médaille ? Et en fait, il n'y en avait pas. Il n'y en avait pas. J'étais trop petite pour ça. Notre catégorie ne comptait pas encore.
- Myriam Sellam
D'accord. C'est ça, surtout.
- Johanna Malédon
Ça ne comptait pas encore. C'est ça, Johanna. Je suis sûre que c'est ça.
- Myriam Sellam
Peut-être. J'en sais rien. C'est hyper drôle. Je t'équipe.
- Johanna Malédon
J'en parle rarement. Mais voilà, il y avait un rapport en tout cas à la créativité, parce que j'adore les vêtements, j'adore les affaires de ma mère, j'adore les couleurs, j'adore m'occuper des autres. Pour moi, ça rassemblait un peu toutes ces petites choses que je faisais naturellement à la maison. J'étais l'infirmière, c'est moi qui habillais ma sœur, je fouillais dans les affaires de ma mère, je mettais ses chaussures. Ça rassemblait un peu toute cette sensibilité-là, en plus de mettre le corps aussi en jeu. juste pour te donner une réponse parce que sinon je ne sais pas après tu peux très bien me dire j'en sais rien, arrête avec tes questions il n'y a aucun problème pour ça ça me permet tu vois de peut-être essayer de voir aujourd'hui ce que j'en pense et pourquoi je suis restée dans la danse je ne sais pas,
- Myriam Sellam
mon coeur il partait super fort comme tous ceux que tu as sur ton super gilet t'as vu ? pour ceux qui ne le voient pas il va falloir le regarder sur Youtube elle a des super coeurs sur son gilet rose Tu vas faire ce premier cours, apparemment ça se passe bien, et tu vas aller plus loin, tu vas aller à ce qui va devenir un peu le conservatoire. Comment ça se passe là-bas ? Parce que là, autant c'est sympa quand on a de l'éveil, etc., je pense qu'après ça peut être effectivement peut-être un peu plus compliqué, à moins qu'on soit comme toi, très compétitive et où on y va.
- Johanna Malédon
Alors c'était encore l'école nationale à ce moment-là.
- Myriam Sellam
Mais ça va devenir le conservatoire.
- Johanna Malédon
Mais ça va devenir, ils commençaient justement à créer une sorte de prototype. type formation, sup-sup, cycle spécialisé en Guyane. Donc on commençait déjà à avoir un sort de rythme plus soutenu. Ça a été une demande énorme de ma part, j'en avais pas assez. Il fallait que j'y passe tout mon temps. Forcément, c'était pas en horaire aménagé, donc je finissais à 16h en moyenne. Et puis après, je terminais jusqu'à 23h du soir. Avec mon papa qui m'attendait sur le parking les jours jusqu'au samedi. Et je faisais tous les cours que je pouvais prendre. Et ma professeure aussi, elle me poussait dans ce sens-là. Puis il y a eu un moment où ce n'était plus assez. On s'est posé la question aussi de ce qu'il ne faudrait pas partir.
- Myriam Sellam
Parce que ce n'était pas possible en tout cas de rester en Guyane ?
- Johanna Malédon
Non, ce n'était pas possible. C'est possible, bien sûr, on peut y rester. Je pense que, c'est drôle, j'en parlais hier. Je me pose la question sur ce qui est possible de mettre en place là-bas, parce qu'il y a plein de choses qui se sont proposées, qui ont du mal aussi à durer par rapport aux moyens, par rapport aux conditions réelles, politiquement aussi. Et je me suis dit en tout cas que j'aimerais bien pouvoir penser à quelque chose, alors je n'ai pas encore la réponse, mais pour pouvoir changer la raison pour laquelle on part. Et je disais que ma raison n'était pas forcément la plus belle des raisons, parce qu'il fallait que j'aille voir ailleurs pour pouvoir pousser, en faire mon métier. et développer ce que je sentais en tout cas important, imminent à ce moment-là. Et j'ai eu la chance de le faire parce que tout le monde n'a pas la chance de le faire. Et quand certains ont la chance, parfois c'est très difficile. Le choc, il est affreux et il rentre aussi à la maison. Donc il y a quand même ce tri qui est fait malheureusement qu'on ne peut pas contrer. Et puis je pense qu'il y avait une envie d'en faire mon métier, une envie de pouvoir Ouais, développer ça. Et en fait, vu ce que tu me dis, il y a une espèce de boulimie. C'est jamais assez. Non ? Jusqu'à aujourd'hui, c'est je me soigne. Je me soigne.
- Myriam Sellam
Je n'ai pas dit que c'était une maladie.
- Johanna Malédon
Parfois, c'est compliqué.
- Myriam Sellam
Parce que c'est un secteur où tu travailles pour les six prochains mois.
- Johanna Malédon
Et puis, tu vis les six prochains mois, mais tu penses déjà aux six autres. Et oui, il y a une certaine boulimie et puis il y a une certaine rage d'y arriver, une envie aussi de pousser un peu les murs qu'on peut parfois ne pas te mettre directement, mais que tu sens, que tu imagines.
- Myriam Sellam
Tu l'as ressenti comment ?
- Johanna Malédon
Je l'ai ressenti à plein de stades différents. Je pense que je l'ai ressenti déjà naturellement par la distance, c'est super loin. je l'ai ressenti aussi par La différence qu'il y avait aussi, parce que j'ai dû changer d'école, même si c'est l'éducation nationale, la transmission n'est pas la même. Et le choc aussi que c'est de passer d'une école privée, Kato, en Guyane, où tu es première de la classe et tu arrives en France et tu es la dernière.
- Myriam Sellam
C'est ça qui t'est arrivé ? Oui, oui, oui. Alors attends, justement, alors attends, je voudrais quand tu me dis que tu es boulimique et tout, que tu n'en as pas assez, donc ça se pose la question, tu vois ça avec tes parents, j'imagine qu'effectivement, tu es encore super jeune. Ils disent, bon, on y va, parce qu'effectivement, c'est des frais. Il y a aussi tout ça que j'ai mis derrière. Et pourquoi Paris ?
- Johanna Malédon
Parce que ma sœur était à Paris.
- Myriam Sellam
Ah, ouais, OK.
- Johanna Malédon
Pourquoi Paris ? Donc, ma mère effrayée, mais OK, on va essayer, qui commence à regarder du côté des internats, les écoles qui sont possibles. Les freins qu'il y a pu avoir aussi, c'est d'essayer de pouvoir même avoir un peu de contact avec des artistes qui sont déjà partis et de ne pas réussir à créer du lien. et de se retrouver un peu seule dans la mer Atlantique, l'océan Atlantique, tu vois. De se dire, bon, comment on va faire ? Ma mère, bon, c'est ma mère, donc on a un peu ce truc-là aussi. Ce truc-là ? Ouais, cette rage. Un peu. J'essaie de savoir, en tout cas, de pouvoir justement solliciter ma grande sœur, qui n'a que 17 ans, 18 ans à cet âge-là, à ce moment-là, en tout cas, et qui devient ma tutrice légale. Ça aussi, c'était une autre anecdote hyper drôle. Elle était trop con. Elle m'a dit, je vais te faire la piste.
- Myriam Sellam
Tu es sous mon neutralité.
- Johanna Malédon
Exactement. Donc, on est passés devant le juge, etc. Mais voilà, pour qu'elle puisse s'occuper de moi. Et puis, au final, je pense qu'on s'est occupés de nous deux.
- Myriam Sellam
Oui.
- Johanna Malédon
Pendant huit ans, on a vécu ensemble. Et on a grandi ensemble avec des chemins quand même très, très, très différents. Et je suis ravie d'avoir pu avoir... cette chance-là.
- Myriam Sellam
Vous avez combien d'années de différence ? Cinq ans. Oui, donc suffisamment et en même temps, je vois. Donc, vous vivez ensemble à Paris. Tu me disais que c'était quand même un choc, notamment à l'école où tu étais première en Guyane et là, tu deviens dernière. Comment ça se fait ?
- Johanna Malédon
Bonne question. J'arrive avec toute mon assurance. Donc, c'est une grosse remise à zéro et un boost en même temps. Comment ça se fait ? Je pense que ça touche aussi à tout cet écart et une marginalisation que je ressens, qui existe vraiment et qui touche aussi à la possibilité d'aller vers des métiers dont tu peux rêver et qu'en fait, on te dit non parce que tu n'as pas les compétences forcément ou alors tu n'es pas allé peut-être assez loin. Puis quand tu veux aller assez loin, l'université ne te permet pas d'y aller et tu n'as pas les sous pour... Enfin,
- Myriam Sellam
voilà. Pas mal de barrières.
- Johanna Malédon
Pas mal de barrières, oui. Et en même temps, j'ai eu la chance aussi d'être quand même dans un cursus qui ralliait beaucoup de danseurs. Donc, il y avait quand même un langage en commun où j'ai pu faire mon petit chemin petit à petit jusqu'à remonter la pente jusqu'en terminale et que ça se passe super bien.
- Myriam Sellam
Tu étais dans quel établissement du coup ?
- Johanna Malédon
J'ai commencé au lycée Racine qui est du côté de Saint-Lazare dans le 7e ou le 8e arrondissement. Donc, c'est un lycée qui est quand même assez strict et prestigieux et que j'ai pu aller parce que mon collège était privé. J'ai un peu fait à ma sauce. C'est ce truc où j'ai poussé un peu les murs. Parce qu'en première, je suis passée en S. Alors comment, je ne sais pas. Mais ma sœur est passée en S. Donc moi, je vais en S. Il n'y a pas de question, quoi. Je vais être danseuse. Donc L, S ou S, on y va. Peu importe. Et ça se passe très, très mal. Je suis dans une classe de musiciens. Que des musiciens. La seule danseuse. Et là, c'est un vrai choc. Donc la seconde année est encore plus difficile. Et j'ai l'opportunité de passer en terminale L. J'étais au lycée Brassens, qui est du côté de Pantin, qui était un lycée extraordinaire. On était neuf dans la classe. Quoi ? Oui, que des danseurs du CNSM, du Chiricodome, du Conservatoire.
- Myriam Sellam
Wow.
- Johanna Malédon
Et des professeurs qui, en philo, on va au cimetière par la chaise pour parler de la mort, quoi. Et ça, oui, ça me parle. Et ça, oui, ça donne de bons résultats. Et mes parents sont contents. Et tes parents sont contents. Et la danse,
- Myriam Sellam
comment est-ce que ça résonne dedans ? Comment ça grandit à ce moment-là ?
- Johanna Malédon
Comme une éducation. Moi, c'était le centre de ma vie. C'était vraiment le pourquoi du comment. J'allais en cours pour aller à la danse. J'allais à la danse et après, je devais aller en cours. Ça a été comme un entraînement, je pense, sportif. avec bien sûr les amitiés qu'il y a, les opportunités, les spectacles que je peux aller voir, c'était pas possible, ça n'existait pas. Mon premier souhait qui était à l'âge de 14 ans, quand je suis arrivée en France, et je crois que c'était West Side Story, au Châtelet, j'étais là, wow. Non ! Maggie Marin, maybe.
- Myriam Sellam
J'ai détesté ! Bah ouais, mais bon.
- Johanna Malédon
Je suis arrivée, anecdote, avec un burger. dans la salle, au théâtre. Et on m'a dit, ah ouais ? Et je te jure que cette création que j'ai détestée en sortant de mes égois, ça m'a suivi tout mon parcours. Pourquoi ? J'adore. Ça m'a suivi jusqu'à aujourd'hui. Je scrute la plupart de ces créations aussi. Je trouve qu'il y a une brutalité magnifique. et un sens du timing et j'ai l'impression qu'elle prend soin des spectateurs. À quel point elle peut un peu tailler notre parcours pendant chaque spectacle. Je trouve qu'il y a toujours... Je sens que je vais être emmenée dans des endroits où peut-être que je n'ai pas envie d'être emmenée, mais tu sais que ça a été pensé. Et ça, ça me...
- Myriam Sellam
Donc, c'est intéressant. Donc, grande chorégraphe. Tu dis que tu n'aimes pas et en même temps, tu adores.
- Johanna Malédon
Oui. Je pense que ça a été le choc des cultures. Ça a été le choc de me dire que ça existe, ça. Je n'ai jamais vu ça de ma vie. Je n'ai jamais entendu ça de ma vie. Dans cet espace-là, on n'a pas le droit de manger. On rigole.
- Myriam Sellam
What ?
- Johanna Malédon
Non, ça a été, je pense, l'inconnu. La plupart des réactions, quand on ne connaît pas, des fois, on dit qu'on n'aime pas. Et puis après, la rencontre. L'affinité, puis l'intérêt, essayer de comprendre. Et aujourd'hui, j'adore. Et je l'ai revu cette année. Ah ! Après 14 ans. Waouh ! Ouais.
- Myriam Sellam
Et donc là, t'as adoré, tu t'es dit, mais comment est-ce que j'ai pu détester ?
- Johanna Malédon
Bah oui, et puis j'ai essayé d'y aller sans trop d'attente, parce que des fois, t'en fais tout un plat. Je me suis dit, vas-y. Je me suis dit, non, bien sûr. Bravo.
- Myriam Sellam
Quand tu arrives à Paris, c'est là où tu as l'impression que tu es différente. Est-ce que tu te souviens justement d'un moment précis ? J'en ai un qui est moins récent et un peut-être plus récent,
- Johanna Malédon
mais ça a été le déclenchement du solo. Le moins récent, ce n'est pas moi qui l'ai remarqué et c'était un parmi tant d'autres. On allait juste au supermarché avec toute ma classe de danseurs et je suis la seule qu'on a fouillée. Et ils étaient tous en train d'attendre à côté. Et moi, je n'ai pas remarqué tout de suite. Et il y a juste un collègue qui m'a dit, ce n'est pas possible, il a commencé à s'énerver. Je me dis, mais qu'est-ce qu'il y a ? Il me dit, mais tu te rends compte, tu l'as ? Ah ouais. Et je pense qu'il y avait une certaine... J'essayais de me protéger aussi. Pour moi, j'essayais de ne pas voir et aussi de forcément effacer, atténuer, contourner, me dire que c'était autre chose. Et donc, pour que ça ne soit pas reprochable, il fallait que je sois parfaite. que ça fonctionne et que ça soit super et que je sois la meilleure. Donc,
- Myriam Sellam
des grandes attentes et puis être dure avec soi-même.
- Johanna Malédon
Dure avec soi-même, je suis contente quand même de ne pas tant que ça, parce qu'après, des fois, on regarde un peu notre passé d'enfant et on se dit qu'on était des enfants affreux entre nous. Je pense que j'ai quand même su gérer pour que ça soit au maximum dirigé vers moi et pas mes camarades. Et du coup, c'était vraiment... Peut-être que ça pouvait venir de « Ah, elle a réussi. Pourquoi t'as pas réussi ? » « Ok, il faut que tu bosses plus, quoi. » Vraiment diriger vers moi. Et c'était pas tout le temps hyper simple, mais... Moteur.
- Myriam Sellam
Moteur, mais difficile. Ça veut dire que tu... En gros,
- Johanna Malédon
tu ne te pardonnais pas ou c'était... Ça allait jusqu'où ? Ça allait jusqu'à, je pense, la colère envers moi. La colère. La colère, à ressasser pourquoi, à me dire ok, il faut travailler sur ça et puis à penser à l'après directement.
- Myriam Sellam
Et quand tu pensais à ça, notamment à la danse, où est-ce qu'il a fallu que tu travailles le plus ? C'était quoi ta plus grande difficulté où tu disais il faut que j'arrive et que j'ai l'impression que je n'en suis pas encore là où j'ai envie ?
- Johanna Malédon
C'est une bonne question ça.
- Myriam Sellam
Ça me fait penser aussi à autre chose,
- Johanna Malédon
je reviens sur ce que je disais juste avant, c'est qu'il y a aussi, très rapidement, dès que je suis arrivée en France, j'ai fait beaucoup de compétitions. J'en faisais énormément quand j'étais en Guyane et ça me permettait de partir en France déjà. Donc je faisais déjà des allers-retours pour être dans la Confédération Nationale dedans. Je pense que ma génération connaît très très bien ce concours-là. On s'est beaucoup croisées à ces endroits-là et on se rencontre 15 ans plus tard. Ce qui permettait d'aller voir certaines villes en France et puis aussi de voir où tu te positionnais aussi par rapport à ce niveau-là. Et j'ai continué à faire ça quand j'étais en France, mais d'autres concours où j'avais en fait mon objectif chaque année de me créer mon petit solo et d'aller proposer chaque année mon concours à différents concours que je trouvais sur Internet. Ça, c'est un truc que je faisais seule et je pense qu'il m'a un peu nourrie de ce côté-là où j'avais besoin et que quand ça marchait, ça me nourrissait aussi et ça m'aidait à avancer dans ce sens-là. Et ça,
- Myriam Sellam
entre quel âge et quel âge ? Parce que tu étais super jeune, du coup. Ouais, alors ? Tous ces concours-là.
- Johanna Malédon
Tous ces concours, j'ai commencé à 8 ans.
- Myriam Sellam
waouh
- Johanna Malédon
J'ai arrêté la scie à nez dès que je suis partie en France,
- Myriam Sellam
donc à 13 ans. C'est ça. Et après, j'ai continué de 14 ans jusqu'à Sobanova. C'est ça.
- Johanna Malédon
Même pas Sobanova, ce n'était pas le dernier. Il y en a eu d'autres. Mais ce n'était plus moi directement. Mais il y a toujours eu ce challenge-là.
- Myriam Sellam
Du confort. Allez, je vais présenter et je vais aller finalement face au regard de l'autre.
- Johanna Malédon
Confrontée. Tu te confrontes à toi-même, à tes décisions. Et en fait, je pense que ce qui a eu à travailler, comme tu disais par exemple, c'était la réception. Ma réception, justement, de me mettre dans ces conditions-là, je l'ai décidé. Ma mère me disait tout le temps, c'est toi qui as décidé de venir, donc t'as pas à t'énerver. Et du coup, c'est de voir à quel point j'ai continué à le faire, mais mon rapport à ça a vraiment beaucoup changé. Et ça continue d'évoluer, j'espère. C'est mon choix. Et qu'est-ce qu'il y a de bon à prendre à ça ? Si tu sens que ce n'est pas du tout le bon moment au bon endroit et que ça ne t'apporte pas du bon, il faut arrêter. Si tu sens que ça te pousse encore, ça te permet de rencontrer des gens, vas-y. Et je pense que c'est ça que j'ai travaillé aussi. Comment accepter la critique ? Comment accepter l'échec ? Comment passer à autre chose quand ça ne marche pas ? Les petites hontes, les choses où tu te dis « Pourquoi j'ai fait ça ? »
- Myriam Sellam
Genre les hontes, tu en as eu beaucoup ?
- Johanna Malédon
Oui, j'en ai. J'en ai d'autres, j'ai des anecdotes sur ça.
- Myriam Sellam
Vas-y, je veux ! Non,
- Johanna Malédon
je ne peux pas !
- Myriam Sellam
Allez, Johanna ! Allez,
- Johanna Malédon
je raconte. Mes amis très proches sont courants, parce que quand je le raconte, je suis juste par terre en train de rigoler très fort. Donc je vais essayer d'être... Mais c'est un exemple aussi d'un peu mon tempérament, et en même temps, j'ai l'impression d'avoir les deux extrêmes dans ma tête, un peu le fou et puis l'autre qui te calme et qui te dit non. Première anecdote qui n'est pas si drôle, mais qui est normale, c'est que quand j'étais petite, on allait au parc Disneyland et il y avait l'épée du roi Arthur. Du roi Arthur, exactement. On faisait la queue, tout le monde essayait de l'enlever. C'est à notre tour avec ma grande sœur avec qui j'habitais. Et moi, je suis sûre que je vais y arriver. Vraiment, je suis là. C'est moi, quoi.
- Myriam Sellam
C'est genre easy, quoi. De toute manière, l'essai.
- Johanna Malédon
Je devais avoir même pas huit ans, même pas... peut-être moins, quoi. Et on arrive avec ma soeur, on a une photo en plus de ce moment-là, on tire, je tire, ça ne sort pas, je m'écroule de pleurs, de sanglots, de tristesse en disant à ma soeur, c'est à cause de toi, t'as pas mis assez de force et tout. Et j'adore cette histoire parce qu'à la fois ça montre ce truc compétitif dont j'en parle et qui, du coup, j'ai fait beaucoup de chemin par rapport à ça. Et puis l'autre côté, euh... Je pense que j'ai une certaine confiance aussi. J'ai cru que je crois que je peux voler des fois. Et il y a ça aussi qui me pousse vraiment de ce côté aussi enfant de tout est possible. Donc, pourquoi pas moi ? Oui, ça te porte. Exactement.
- Myriam Sellam
C'est chouette. Et effectivement, en même temps, jusqu'où ça va, ça va des fois très loin. C'est ça. Donc, ce n'est pas possible. Et quand ce n'est pas toi, c'est l'autre en plus. Ben ouais, elle a tout pris ma soeur. Ben, elle n'a pas assez tiré. Je suis sûre. C'est une évidence. Et la deuxième ?
- Johanna Malédon
La deuxième, ça rejoint ça et c'est les surplombs de confiance que j'avais quand j'étais petite. Quand je te parlais d'espace et de voix et d'enfin trouver mon espace, la danse était mon truc. J'étais la danseuse à l'école.
- Myriam Sellam
C'est ton précaré, c'est le mien.
- Johanna Malédon
Ouais, mais relou. Relou la petite. Et du coup, on est en voyage scolaire au collège avec mes amis et on rencontre un autre collège. Et tout le monde, ils sont là, oui, c'est un petit temps qu'on partage, quoi. Vous voulez nous montrer quelque chose ? Ah oui, on a une danseuse qui veut faire sa danse. Je suis là, non,
- Myriam Sellam
Genre ?
- Johanna Malédon
Ouais, genre. Et donc, j'y vais et je suis là, bon, d'accord. Je mets la dernière musique de mon dernier cours de hip-hop. Et Nick Minaj, d'ailleurs. Et je fais ma petite choré à fond. Et en fait, mon jean, il se craque tout son long. Et genre, il y a vraiment, je pense, 80 personnes autour de moi, tu vois. Et genre, toute la journée, on avait la visite de Londres à faire et mes potes qui rigolaient, mais j'étais vraiment mal, mal. Et je me suis dit, donc j'avais 13 ans, 12 ans, ma petite, il faut que tu te calmes. Je me suis vraiment dit ça. Arrête, calme-toi. Ok, c'est bien, tu danses, tata.
- Myriam Sellam
Ne fais plus jamais ça. Ou prends un autre pantalon et en change. Non, mais je pense que ça m'a mis... Pas que ça, mais c'est des petits rappels. Je trouve ça bien de vivre ça et de te dire... Tranquille. Ouais, non. Rien n'est fait. Rien du tout. Vas-y à fond, oui. Arrête. Et je remine tout le temps ce truc. Ah, c'est intéressant. Et comme tu dis, t'as les deux. Tu as le côté un peu foufou et l'autre qui dit,
- Johanna Malédon
bon, on se calme maintenant. Mais c'est peut-être ce qui te porte aussi, ce qui t'amène aussi loin maintenant. Parce que quand même, c'est chouette ce qui se passe.
- Myriam Sellam
Je trouve qu'aujourd'hui, j'ai un peu plus de mal à garder ce petit... Le petit foufou, c'est plutôt dans l'idée des projets. Allez, on y va. Mais après, de garder une confiance, un appelant aussi fort qu'avant, c'est difficile.
- Johanna Malédon
Pourquoi ?
- Myriam Sellam
J'ai l'impression qu'il y a déjà... beaucoup plus d'impact si ça ne fonctionne pas. Je travaille avec des personnes aussi. Je sens une certaine responsabilité. Il n'y a pas que moi en jeu. Et puis en face, il y a aussi le concret du secteur aussi. J'ai l'impression que c'est rare d'avoir droit à l'erreur, même si je trouve que ça arrive et je pense que des fois, ça vient de nous. C'est comment on passe à travers ça et comment on trouve un autre moyen. Mais le vivre, c'est dur. Et de l'entendre aussi de collègues ou de mentors pour... C'est cool de l'entendre, mais c'est vrai qu'ils le disent aussi que c'est difficile. Donc, je pense qu'il y a toujours ce petit stop là de faire attention quand même. Prends ton temps, même si ça va vite.
- Johanna Malédon
Donc, tu parlais de hip-hop. Est-ce que tu vas faire différents styles ? Tu vas commencer un peu par le jazz, c'est ça ?
- Myriam Sellam
Je commence et je continue et je termine par le jazz. Jusqu'à mes études supérieures, c'était en jazz, de Guyane jusqu'à Paris. Après, je rencontre le contemporain plutôt à New York et en Israël. Ah oui, mais on va y aller justement. Donc voilà, effectivement, tu es 2012. Tu es à Paris et tu vas aller à New York. Comment est-ce que tu vas aller ?
- Johanna Malédon
Et tu ne vas pas aller n'importe où en plus. Tu vas aller dans The École Alvin Ailey. Donc, comment est-ce que tu y vas ? Pourquoi ? Je veux tout savoir.
- Myriam Sellam
Tu sais ou pas ?
- Johanna Malédon
Non, je ne sais pas. C'est vrai ? Ah non, je ne sais pas.
- Myriam Sellam
en Guyane, c'est une institution.
- Johanna Malédon
Ah mais, bien sûr que c'est une institution.
- Myriam Sellam
Danser Noir, Excellence, et Yannick Lebrun aussi, qui est danser en Guyane et qui est là-bas depuis bien 20 ans. Pardon Yannick, si ce n'est pas le cas. Depuis longtemps. C'est un chemin tout tracé d'Amérique du Sud, d'Amérique du Nord, on va là-bas. Premier voyage à Newark est à 10 ans. Avec mon école, on est tous allés à Lunay-Lay et à Baudouin Dance Center aussi. Et d'ailleurs, anecdote, j'ai perdu mon passeport avant le départ. Donc, je suis partie une semaine après tout le monde. Et on a genre remué toute la Guyane pour retrouver mon passeport. Ma mère à la radio. Voilà. La rage. Insupportable. Il me faisait bouger. Insupportable, cette petite surtout. Et ils l'ont retrouvée du coup. Ils l'ont retrouvée exactement. Du coup. Et je suis partie quand même. Toute seule. J'ai fait Guyane, Suriname, New York. J'avais 10 ans. Tout seul. Tu m'étonnes qu'après tu voyages. C'est facile, à 10 ans, tu fais ton premier voyage. Je suis là, New York, je ne vois que ça. Ne me parlez pas, je ne vois que ça.
- Johanna Malédon
Parce que c'est aussi une institution en France.
- Myriam Sellam
Mais peut-être pas effectivement avec ce... C'est le point à atteindre en fait. C'est le point à atteindre et c'est le point, alors je ne dirais pas atteignable, parce que c'est un niveau extrêmement prodigieux, prestigieux, mais à d'autres gagnées qui ont réussi. Et donc tu te dis, ouais, il faut que je bosse. mais je pense que c'est là ma place. Donc j'y vais, surtout amoureuse de la technique Horton par Magali Vérin, qui elle aussi est guénaise, mais elle était mon prof à Paris. D'accord !
- Johanna Malédon
Et qu'est-ce qui te plaît ? Et pour ceux qui ne connaissent pas un peu cette méthode, qu'est-ce qu'elle a de particulier ?
- Myriam Sellam
Elle est très dans les postures, les positions, assez géométriques, c'est très physique, il y a un rapport au sol un peu antigravitaire aussi. complètement différent du gramme, où je trouve que c'est beaucoup plus organique. Et je trouve que c'est une pratique un peu comme la danse classique, où tu vois les progressions de manière concrète. Et c'était quelque chose de très satisfaisant et performant aussi. Donc, je me suis dit, je vais être prof de Horton aussi. J'aimerais bien passer mon diplôme, donc j'ai envie d'aller aussi à New York pour aller rentrer dans l'école. Et ça a été la désillusion totale. Je n'ai pas trop aimé. Ça arrive. Je respecte parce que c'est une école incroyable, c'est une compagnie aussi que je continue aussi à aller voir. Qui passe là en ce moment. Incroyable également, mais ça ne me correspondait pas du tout. Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? Tu y vas avec plein d'entrains où tu te dis que ça va être génial, etc. Tu pouvais y aller comme ça ou il y avait des concours ? C'était sur audition. Ah oui, en plus. Audition, vidéo, et puis sur place aussi. Et tu y vas et donc tu es sélectionnée. Tu peux avoir une bourse ou non. Moi, je n'ai pas eu la bourse. Donc déjà aussi, financièrement, il fallait quand même débourser quand même pas mal d'argent. Et voilà, je ne me sentais pas spécifiquement, spécialement en fait, de demander ça à mes parents. Et puis aussi simplement, c'était de me retrouver dans cette magnifique école. Les locaux sont juste magnifiques. Arriver dans la salle de classe en collant 8h du matin à la barre. J'ai dit, waouh, mais ce n'est pas ça moi que je veux faire. Ce n'est pas ça du tout qui... Je suis en train de dépérir de jour en jour. Et pourquoi ?
- Johanna Malédon
Puisque toi, tu adores ça. Qu'est-ce qui est compliqué de faire la barre à 8h ?
- Myriam Sellam
Je pense que c'était l'académisme, le côté très académique. Et même si on retrouve le dépassement de soi, on retrouve la rigueur, le travail, il y avait quelque chose pour moi qui lissait un peu les corps et je n'avais pas forcément le corps qui rentrait dans toutes les cases. Donc là, tu le vois davantage et tu te concentres parfois que sur ça, sur ce que tu n'arrives pas à faire, ce que tu pourrais mieux faire. Et pourtant,
- Johanna Malédon
c'est une compagnie effectivement où c'est le corps noir qui est mis en avant dans toute... sa splendeur. Et pourtant, à t'entendre, c'est comme si tu ne rentrais pas dans cette case-là.
- Myriam Sellam
C'est quand même une case. C'est quand même une case. Je pense que j'aimerais bien, d'ailleurs, en discuter avec des artistes qui y sont passés, mais il y a des critères quand même pour y rentrer dans cette compagnie qui, parfois, correspondent aux critères européens aussi. De par l'histoire, de par aussi un peu, pour moi, la réponse que ça a été de créer aussi l'excellence avec des corps noirs. Et donc, On parle de corps noir, oui, mais on ne parle pas forcément de tous les corps noirs. Il y a des critères, il y a des choses où il faut répondre à des attentes. Et puis, tout simplement, dans la compagnie aussi, ça, ce sont des choix artistiques. S'il y a une personne noire qui sort, c'est une personne noire de cette teinte-là. Ah ouais ? Il y a deux endroits aussi. C'est comme ça, par exemple, en comédie musicale, pour des rôles. Oui, mais je ne savais pas, tu vois, que c'était aussi... En Israël, c'était ça aussi. Ah bah justement.
- Johanna Malédon
Donc, comment est-ce que tu pars effectivement de New York en Israël ?
- Myriam Sellam
Alors, je finis New York. New York, c'était pour...
- Johanna Malédon
Tu restes combien de temps ?
- Myriam Sellam
Je reste même pas six mois.
- Johanna Malédon
Mais quand même, tu fais quand même six mois. Donc quand même suffisamment pour... Je pense que t'as quand même appris des choses. Ah non !
- Myriam Sellam
Ah oui ! Je parle uniquement de qu'est-ce qui m'animait dans la danse que j'ai pas retrouvée. mais au niveau de... Techniquement, est-ce que ça m'a apporté la construction du corps ? Rien à dire. Du genre, quoi,
- Johanna Malédon
par exemple ?
- Myriam Sellam
Du genre, je pense qu'il y a déjà l'endurance mentale, il y a les lignes, il y a la lecture, et pouvoir passer d'un corps qui est hyper lisible à un corps qui ne l'est pas, vers l'improvisation.
- Johanna Malédon
Donc il y avait quand même beaucoup d'improvisations ?
- Myriam Sellam
Il y en avait un petit peu, surtout en West African, qui était du coup la partie traditionnelle, on l'adorait avec des percussions. Et puis après, c'est aussi une des entrées au classique. J'ai pris du temps à... a accepté d'intégrer dans mon parcours. J'ai un peu essayé en Guyane et puis ça a été vraiment chez Rico Domso. J'ai eu une année entière où c'était tous les matins. Donc, je m'y suis collée. Et puis après, c'est devenu quelque chose que j'aimais bien. J'étais mes petites demi-pointes couleur chair noire. Je suis très contente.
- Johanna Malédon
Tu sais, quand j'avais des pointes noires, j'étais hyper contente, je te jure. J'étais la seule dans mon cours, j'avais des pointes noires. Tout le monde avait... C'était trop stylé.
- Myriam Sellam
Mais ça, c'est encore... C'est encore...
- Johanna Malédon
On est d'accord.
- Myriam Sellam
C'est genouillère. Je ne trouve pas des lumières de ma couleur, toujours. Il faut que j'aille chercher aux Etats-Unis, je ne sais pas où. Sinon, tu as les lumières noires. Ou le fer-fer. Et ça reste encore...
- Johanna Malédon
Ça commence un petit peu à changer, mais c'est très compliqué, effectivement. Très compliqué.
- Myriam Sellam
Les pansements à la pharmacie.
- Johanna Malédon
Oui.
- Myriam Sellam
Toutes les crevasses et tout, avec ton pansement beige, là. C'est vrai.
- Johanna Malédon
Donc, tu apprends quand même pas mal de choses. Là, ce qui te sert encore le plus de cette expérience, qui a été compliquée quand même, ce serait quoi ? Il y a quand même beaucoup de rigueur. Il y a quand même un côté très strict. Il y a un côté aussi, effectivement, comme tu disais, très...
- Myriam Sellam
C'est exactement ça. C'est le côté très strict de... Parfois, c'est bien par de bons soldats. J'ai encore ça, que j'essaie de déconstruire aussi, quand ce n'est pas nécessaire, mais en tant que chorégraphe aussi. J'ai ce truc, je commence à écrire un mail, je fais « Attends » . De posture aussi, d'éducation. Ça va dans un sens et tu dois te coller à ce sens-là. Et en création, j'ai conscience que c'est pas forcément... Parfois, c'est cool. d'avoir, je pense, des danseurs qui te suivent à 100%. Ils ne posent pas de questions, mais c'est un moment... Et je pense qu'il faut avoir un peu des deux et je pense que c'est quelque chose... C'est un de mes points positifs où je vois mes limites. Quand je suis interprète, je suis interprète et je saurais dire ce que je pense, mais je ne dépasserais jamais les limites parce que je sais ce que ça fait d'être à cette place-là. Et en tant que chorégraphe aussi, de pouvoir avoir cette attente-là, essayer de changer de rôle, mais c'est quelque chose qui, je pense, peut me qualifier en tant qu'artiste quand tu travailles avec moi. Peut-être...
- Johanna Malédon
Très bien. Et en fonction, effectivement, de là où tu es, finalement, tu n'as pas du tout la même posture et tu n'attends pas la même chose. Et c'est un peu ça la beauté du truc.
- Myriam Sellam
C'est génial et c'est ce qui est tellement difficile. Et je pense que le moment, ça dévie tout le temps. Donc, à chaque fois, il faut ramener un peu sur les rails et c'est ce que j'aime. Ce moment, tu es là, là, on n'est pas bien là. Il va falloir remettre tout sur le chemin. Quand tu es chorégraphe. Quand je suis chorégraphe, oui. Et comment tu vas en Israël ? Une audition du kibbutz à Paris, à Micadance, je m'en souviens. Je repasse à Paris, je rentre au pôle supérieur Paris-Boulogne-Biancourt, qui est la licence et le DNSP. Mes parents sont ravis que je retourne à la fac aussi. Paris 8, oui, ça les sécurise, toujours. Et je passe à peu près, peut-être que j'extrapole, mes trois années à faire des auditions partout.
- Johanna Malédon
Mais comme quoi, c'est important en fait. C'est hyper important. Ça fait ton passeport à chaque fois, en fait.
- Myriam Sellam
Et ça, c'est vrai. Je le dis aussi aux jeunes danseurs quand j'en rencontre aussi. C'est des premières rencontres. OK, ça ne marche pas. Souvent, on te dit que tu es trop jeune. Mais par contre, dans quatre ans, il se passe toujours quelque chose. Pas forcément avec tout le monde. Il y a des graines qui ont été aussi apposées un peu à cette époque-là. où moi du coup j'étais quand même triste de ne pas être prise de ne pas trouver du travail alors que j'étais toujours en formation donc j'ai commencé à faire des auditions et du coup ça m'a aussi entraîné aux auditions et j'ai allé parfois juste comme ça pour voir et puis je tombe sur celle-ci et je dis maman il faut que j'aille en Israël, dit ma fille jamais de la vie et je suis là si si si tu comprends pas tu peux pas comprendre et je fais une lettre de motif à ma mère tu fais une lettre de motivation à tes parents pour leur expliquer ta motivation ? Oui. pourquoi je voulais aller là-bas.
- Johanna Malédon
Alors, c'était pourquoi ?
- Myriam Sellam
Je pense que je parlais de la créativité, de ce que j'ai ressenti, de ce que j'imagine. OK, c'est compliqué là-bas, mais n'ayez pas peur. Regardez, je suis partie là, je suis partie là. Enfin, essayer de rassembler un peu tout ce qui s'était déjà passé en si peu de temps aussi avec mon jeune âge, de me faire confiance et que je ne vais pas disparaître. Par contre, mon deuxième problème, c'est le pôle supérieur qui n'est pas du tout d'accord. Oui,
- Johanna Malédon
parce que tu ne l'as pas terminé. Oui,
- Myriam Sellam
je dis, moi, je quitte si vous n'acceptez pas. Ce n'était pas une menace, il fallait que j'y aille. Et en fait, on a trouvé un moyen de créer un Erasmus qui n'est pas Erasmus parce qu'on n'est pas en Europe. Pour que j'ai des cours de la fac à distance et que je rate un semestre entier là-bas. C'était la première fois qu'ils le faisaient. Et aujourd'hui, ce n'est pas pour me balancer des fleurs parce que je trouve que c'est hyper important. Plein d'étudiants partent. Il y a plein d'étudiants. Tu as ouvert la voie. Arrête, ne dis pas ça. Écoute,
- Johanna Malédon
j'ai le droit de le dire.
- Myriam Sellam
Je ne sais pas si j'ai ouvert la voie, mais en tout cas, le fait que ça se soit bien passé, je pense qu'ils se sont dit, OK, c'est possible.
- Johanna Malédon
Tu es un bon soldat pour ouvrir la voie.
- Myriam Sellam
Mais ça a été life-changing. C'était trop bien. Alors, qu'est-ce qui, à la base, t'avais tellement convaincu ? Le corps. Le corps, oui. Comment ils voyaient la danse, ce qu'on a fait en audition. ça me parlait, je trouve que c'était un langage qui fonctionnait dans mon corps, le rapport au pli le bassin qui touche le sol donc là explique-nous, c'était quel type de danse comment ça se passait c'est pas du gaga, c'est autre chose parce qu'il y a des gens qui, comme Israël on pense souvent à voilà explique-nous comment c'est et en quoi est-ce que tu t'es reconnue là-dedans pour moi c'était un peu du modern jazz je trouve En tout cas, par rapport à l'éducation dans ce que j'avais et aussi par rapport... J'essaie de faire vite parce que c'est complexe. Mais par rapport à la situation du jazz, du modern jazz en France, même au niveau des subventions, c'est toujours un discours qui a été présent dans nos formations. Comment le défendre ? Qu'est-ce que c'est le jazz ?
- Johanna Malédon
Et pourquoi il faut le défendre ?
- Myriam Sellam
Parce que je pense qu'il peut avoir un côté un peu uniquement divertissement qui ne le sert pas. pas ou du coup il n'est pas subventionné non plus pour la création contemporaine et du coup même à l'inverse les créations quand tu fais des créations même en ayant une formation jazz, t'es pas forcément accepté par tes pères et mères il y a une histoire de de crédibilité et de conserveur conserver un peu le produit tel qu'il est alors que ça évolue avec les personnes qui passent à travers. Et ça, ça a été toujours un conflit aussi à l'intérieur. Du coup, je me suis beaucoup plus rapprochée avec le temps, avec ma culture. J'ai essayé de me laisser un peu d'espace avec le jazz, même si ça fait partie de moi. Et dès que je suis en créa, même en tant que danseuse, je suis là « Hum, ben, je suis bien de jazz. » Il y a cette lecture-là. Et on se voit entre nous, on est là « Toi, t'es jazz. » « Ouais. » « J'ai pris le jeu cash quand même. » D'accord.
- Johanna Malédon
Le nom ne pêche pas l'autre. Et puis ce n'est pas effectivement n'importe où.
- Myriam Sellam
C'est ça. Et du coup, il y avait un langage qui me parlait par rapport. Au rapport à la musique, c'était très musical, c'était très percussif, c'était hyper dynamique, contrasté. Le rapport au sol aussi, qui était vraiment vernaculaire. Il y avait des cuisses, du poids, de la force dans les jambes. Tu sais, les grandes quatrièmes, avec le bassin qui touche complètement le sol.
- Johanna Malédon
C'est possible, ça ?
- Myriam Sellam
Oui. Tu me le feras la prochaine fois ? Avec plaisir. OK.
- Johanna Malédon
Donc, ça veut dire que tu t'y chaufferas et tout. Jogging. Jogging. Tu te mets en jogging la prochaine fois. Très bien. Parfait. OK.
- Myriam Sellam
Et ça, c'était quelque chose qui te… Tu avais l'impression qu'il y avait peut-être la rencontre de tout ce que tu étais ? Exactement. Parce qu'il y a aussi des lignes classiques en dehors. Parce que j'ai des facilités aussi de hanches. Mais du coup, je n'ai pas un corps classique non plus. Et moi, j'aime bien plier, j'aime bien aller au sol. Il y avait un mélange de ça où je me suis dit, ça me parle, mais je crois que c'est vraiment ça que j'aime et il faut que j'y aille. Et en étant là-bas, ce qui m'a le plus marquée, c'est qu'on venait de, je pense, une vingtaine de pays différents. Et on avait chacun des particularités, chacun et chacune. Mais par contre, ils arrivaient vraiment à te faire comprendre et rencontrer tes particularités et les déployer davantage. et je sais que Moi, c'est là où j'ai beaucoup plus travaillé vraiment dans le plié, à détendre aussi au niveau de l'articulation et à travailler moins en musculature. Même si je suis très musclée, j'étais très tonique. Et du coup, c'est ce qui, je pense, est un peu plus étonnant dans ma manière de voir le corps aussi et d'être en mouvement. C'est qu'il y a aussi une grande laxité et une disponibilité qui devient articulaire. Et c'est à cet endroit-là que j'ai commencé à me dire « Ah, mais je peux vraiment l'utiliser différemment » . Et parce que j'ai les muscles qui sont aussi là et présents, ça me permet de pouvoir justement lâcher prise davantage aussi. Donc, c'est là où ça commençait à émerger.
- Johanna Malédon
C'est énorme. En fait, et puis c'est intéressant, contrairement peut-être à Alvin Ailey où il faut rentrer vraiment dans les cases, là, ils te disent ton unicité pour que tu la puisses la mettre en avant et la déployer, comme tu dis. Donc, si je résume...
- Myriam Sellam
Et tu dois créer une pièce aussi. Ah ouais. Affal,
- Johanna Malédon
c'est ça que t'as fait. Oh my god !
- Myriam Sellam
Pour 21 danseurs.
- Johanna Malédon
Danseuse ? Danseuse,
- Myriam Sellam
pardon. Ouh là là, mais c'est un secret, ça ! Ok. Pourquoi c'est un secret ? Non, j'ai gâle parce que j'en parle plus, ça fait longtemps, et les images, elles ont fait ça.
- Johanna Malédon
Et c'est quoi comme images qui arrivent ?
- Myriam Sellam
Des femmes qui courent dans tous les sens. On avait travaillé sur des trajets, elles étaient genre juste 21, elles rentraient, elles sortaient tout le temps, et elles couraient pour de vrai, quoi. Et ça veut dire quoi,
- Johanna Malédon
AFAL ?
- Myriam Sellam
Afal, c'est... Un groupe de révolutionnaires féministes d'Israël.
- Johanna Malédon
D'accord.
- Myriam Sellam
Ok.
- Johanna Malédon
Et toi, tu as voulu en faire pour une pièce de 21 danseuses. Oui,
- Myriam Sellam
toutes les filles de...
- Johanna Malédon
Tous. Tu as dit, allez, on y va.
- Myriam Sellam
Oui. Et pourquoi, alors ? Je ne sais pas, on est magique un peu, non ?
- Johanna Malédon
Bien sûr, évidemment.
- Myriam Sellam
On s'est simplement dit, je ne sais pas pourquoi. J'ai grandi entourée de femmes. Il y a quelque chose qui, pour moi, qui n'est pas explicable. Je n'ai pas envie de trouver une raison. Bien sûr, j'ai des revendications, j'ai des engagements, j'ai des pensées aussi. Mais il y a une force, en tout cas, chez ces femmes-là que j'ai rencontrées, que j'avais envie de mettre en commun et de voir ce que ça donne au plateau. Voir comment ça converge et qu'est-ce que ça crée toute cette émulsion, cette envie d'aller dans cette même direction. Mais en tout cas,
- Johanna Malédon
21 personnes sur le plateau, pour une première création,
- Myriam Sellam
c'est ambitieux. Tu parlais de syndrome. C'est un syndrome, ça s'appelle le syndrome de Napoléon. Tu connais ou pas ? Alors,
- Johanna Malédon
j'en ai entendu parler, effectivement.
- Myriam Sellam
Ça, c'était justement avec ma pièce « Dire » , la dernière, qui est sortie. C'est un appareil. Qui a le même syndrome. Ah ouais ?
- Johanna Malédon
J'ai découvert que ça se fait comme ça, parce qu'elle est pareille. Ça, on en parlera à Avignon. Donc, en tout cas, tu vas faire un phall, et c'est ta première création. qui se passe plutôt bien. Hein ? T'es contente ?
- Myriam Sellam
Qui se passe bien, du défi. Ouais, je suis contente. Je suis contente, il faut la finir, je suis fière. Ouais ? Ouais. Ok.
- Johanna Malédon
Donc, tu restes finalement un semestre en Israël.
- Myriam Sellam
Après, tu rentres. Je rentre.
- Johanna Malédon
Tu termines.
- Myriam Sellam
Ta dernière année. Ta dernière année,
- Johanna Malédon
tu l'as, tout va bien. Et après ?
- Myriam Sellam
Eh bien, c'est plutôt pendant. Je suis là-bas et je crée à bientôt pour la fin des...
- Johanna Malédon
Ah oui, mais alors attends, moi, je n'ai pas ça. Donc, tu vas me dire. Pour moi, tu ne crées pas tout à fait à bientôt, tu crées...
- Myriam Sellam
Bifni Amcheli.
- Johanna Malédon
Voilà.
- Myriam Sellam
Alors,
- Johanna Malédon
c'est un peu un avant-goût de à bientôt. Exactement. Ok.
- Myriam Sellam
Je crée Bifni Amcheli, donc je rentre en 2017. je crée Biffini & Micheli que je présente aussi à différentes plateformes toujours les concours et festivals je commence à m'intéresser aux festivals aussi et on passe du coup en dernière année où j'ai eu envie en fait de pouvoir créer justement autour de ce solo là en me disant moi je ressens c'est encore une fois le fait d'être déracinée et je le sens comme un deuil à chaque fois je le sens comme un deuil quand je quitte un endroit quand je quittais la Guyane il y a un truc où j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui meurt Pas encore, mais qui est sur le point de mourir.
- Johanna Malédon
Quand tu pars d'un endroit...
- Myriam Sellam
Quand je quitte un endroit, ouais. Quand je me déplace. Mais vraiment, quand je sens que c'est ma maison. Donc, j'en fais ma maison. Et il y a eu encore cette expérience-là d'être arrachée, de se sentir arrachée, de devoir partir. Pour des raisons différentes, d'ailleurs. Et j'arrive, je rentre. Donc, je crée ce solo-là pour pouvoir me le mettre quelque part. Prendre le temps d'en faire quelque chose. te le mettre quelque part. Ouais. Ah ah. Ouais ? Ça veut dire quoi pour toi ? Hum... Exemple... Est-ce que c'est un bon exemple ? Exemple simple, ça je vais pas trop dans l'émotionnel, c'est... On me demande là, prochainement, de quoi t'inspirer pour ta pièce. Donc, je parle du marronnage, on en parlera plus tard. Et j'ai dit que j'aimerais bien travailler avec les rideaux. On me dit, mais pourquoi travailler avec les rideaux pour le marronnage ? Je trouve que... Enfin... Moi, je vois l'acte de créer, de proposer un support, créer une pièce. Pour moi, c'est y mettre aussi. Y mettre des choses, c'est comme faire une traduction, c'est comme lui donner une autre vie, c'est comme le transformer. Et du coup, par rapport à cette émotion-là, il fallait que je la transforme et qu'il fallait passer par quelque chose pour que je puisse vivre avec aussi et que ça ne reste pas uniquement ce que c'était à ce moment-là. Donc, tu es obligatoirement un vent. ce que t'amènes là-dedans c'est la création, c'est vraiment de le transformer et de pouvoir vivre avec en fait pouvoir vivre avec, parfois pouvoir m'en souvenir garder une trace, ça c'était 40 ma deuxième pièce et parfois de souvenirs, je parlais beaucoup de Madeleine de Proust avec A bientôt et beaucoup d'enregistrements de ce voyage-là de musique aussi que j'ai pu entendre là-bas Et puis les cinq danseuses, on était un peu, pour moi, comme des pleureuses aussi. Et comment Bifne Msheli s'intégrait à l'intérieur. C'est une étape, mais il y en avait d'autres avant. Et comment créer un peu autour de ce solo qui disparaisse un peu dans la pièce. Et il n'existe plus dans la pièce maintenant.
- Johanna Malédon
Ah bon ? Qu'est-ce qui n'existe plus ?
- Myriam Sellam
Bifne Msheli.
- Johanna Malédon
Ah oui ? Parce que donc, c'était quoi Bifne Msheli ?
- Myriam Sellam
C'était la partie, le solo que je me suis créée dès que je suis rentrée.
- Johanna Malédon
Ah, d'accord.
- Myriam Sellam
Et j'ai créé à bientôt autour de ça pour articuler. pas autour, mais en tout cas, il s'est intégré à Abianto. C'est devenu Abianto.
- Johanna Malédon
Et après, le solo,
- Myriam Sellam
il est ressorti.
- Johanna Malédon
Il n'avait plus besoin, en fait. Donc, il y a un vrai processus de création et de réparation. Et c'était bon. Et donc, il pouvait sortir.
- Myriam Sellam
Il est sorti.
- Johanna Malédon
Et on en reparlera parce que ce n'est pas la première fois que tu fais évoluer tes pièces et qu'en fonction de là où tu en es, elles vont prendre différentes formes. on sent du coup que pour toi la création est un vrai,
- Myriam Sellam
ouais c'est une vraie guérison une guérison et des fois même un challenge, que des fois je fais des trucs, je suis là, pourquoi j'ai proposé ce truc là c'est hyper galère, on en reparlera mais c'est vrai j'ai pas remarqué trop bien, et bah merci merci beaucoup,
- Johanna Malédon
et à la prochaine en joking C'est cette volonté d'avancer, d'essayer, de se confronter à l'inconnu, même lorsque les choses ne se passent pas comme prévu. Et puis, il y a cette idée qui me touche, la création comme une manière de transformer ce que l'on a vécu, de lui donner une autre forme, parfois même de mieux vivre avec. Merci à Joanna pour cet échange si généreux, plein de rire et de sincérité. Et notre conversation est loin d'être terminée. Dans la deuxième partie, nous poursuivrons notre rencontre. pour découvrir comment elle affirme son identité de chorégraphe et développe son univers artistique. D'ici là, dites-moi en commentaire ce qui vous a le plus marqué dans son parcours et pensez à vous abonner pour ne pas manquer la suite. A dimanche prochain pour un nouvel épisode d'Essence de la danse.