- Speaker #0
L'essence de la danse, le podcast qui met de la conscience dans le mouvement. Aujourd'hui, je reçois une figure majeure du voguing en France, la Sandra exclusive Lanvin. Dans le monde de la ballroom, elle est aujourd'hui legend. Et ce mot compte. Legend, c'est un titre, une reconnaissance. Celle d'un parcours, d'une transmission, d'une trace laissée dans une communauté. Mais avant tout ça, il y a eu une adolescente qui grandit en Guyane. Elle danse déjà beaucoup. Elle commence par une formation très classique, très cadrée. Avec de la technique, de la rigueur, des règles. Puis à 12-13 ans, lors d'un séjour à New York. elle découvre un tout autre univers, la ballroom. Si vous ne connaissez pas encore ce mot, je vous explique. La ballroom est une culture née aux Etats-Unis, au sein des communautés noires et LGBTQ+. A l'origine, elle offre des espaces à des personnes qui subissent le racisme, l'homophobie, la transphobie, parfois même le rejet de leur propre famille. Dans ce qu'on appelle les balls, on se retrouve pour concourir, on danse, on défile. On joue avec les codes de la mode, du genre, de la beauté. Et autour de ces soirées se forment des « house » , des familles choisies, avec des « mothers » , des « fathers » , des « kids » , des personnes qui ne transmettent pas seulement une danse. Elles accompagnent, elles conseillent, elles poussent, parfois elles protègent. Et c'est dans cet univers qu'est né le voguing. Une danse très codifiée, très expressive, mais chez la Sandra, il y a une chose essentielle, la personnalité. Elle le dit elle-même dans l'entretien, sans personnalité, le voguille ne danse pas. Et je crois que ça raconte déjà beaucoup d'elle, parce que cette danse va lui permettre de sortir du cadre, de s'affirmer, de prendre sa place, puis plus tard d'aider d'autres. Elle va devenir mother, une mère, elle transmet, et elle participe à faire connaître et à structurer la culture ballroom en France. Dans ce premier épisode, on revient donc sur ce parcours, la Guyane, New York, puis Paris. mais surtout sur ce que la danse peut changer quand elle devient bien plus qu'une pratique. Un espace de liberté, une famille, une manière d'exister pleinement. Avant de commencer, j'ai juste une petite faveur. Si vous aimez l'essence de la danse, pensez à vous abonner et surtout à laisser des étoiles, plein d'étoiles. Ça prend quelques secondes, mais pour le podcast, ça compte énormément. Je suis Myriam Selam, vous écoutez. l'essence de la danse, et aujourd'hui j'ai le grand plaisir de recevoir Lassandra exclusive l'an 20. Bonjour Lassandra. Bonjour, bienvenue à nous avoir. Ça va et toi ? Super. Je suis ravie, je voudrais un petit peu que tu me dises, c'est un peu... J'ai quelques questions rituelles. Je veux savoir là, comme ça, comment tu te sens physiquement, émotionnellement et spirituellement ?
- Speaker #1
Physiquement, ça va, on va dire l'entre-deux. émotionnellement, ça va.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et spirituellement, on va dire qu'on est en reconstruction.
- Speaker #0
En reconstruction, spirituellement ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ah oui ? Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
On va en parler si c'est OK pour toi.
- Speaker #1
Oui, aussi.
- Speaker #0
OK. Je vais te demander de fermer les yeux. Et c'est la première, vraiment la toute première question un peu rituelle. Si je te demande le premier souvenir de la Sandra, toute petite, avec son premier souvenir de danse, qu'est-ce qui apparaît ? Qu'est-ce que tu vois, qu'est-ce que tu ressens dans ton corps ? Tu peux ouvrir les yeux quand tu veux.
- Speaker #1
Le premier truc, on va dire, c'est bizarrement, je vois famille.
- Speaker #0
Je vois famille ?
- Speaker #1
Oui, la famille, parce qu'on était à la danse.
- Speaker #0
T'étais où ?
- Speaker #1
Alors moi, j'étais en Guyane, j'ai commencé dans une petite association qui s'appelait l'Adaclam. C'était vraiment le cocon familial, en fait.
- Speaker #0
C'était en Guyane ?
- Speaker #1
Oui, c'était en Guyane. Et on était vraiment... Alors, non seulement j'avais aussi de la famille...
- Speaker #0
Aux Etats-Unis ?
- Speaker #1
Non, je veux dire dans la nation.
- Speaker #0
Ah, pardon.
- Speaker #1
La famille aussi de sang, mais il y avait aussi d'autres qui sont devenus aussi la famille.
- Speaker #0
De chœur ?
- Speaker #1
De chœur, oui, après, oui.
- Speaker #0
D'accord. Tu te souviens un peu ce que c'était ? Qu'est-ce que tu dansais ?
- Speaker #1
On va dire qu'on a commencé avec le classique, donc du coup, c'était plutôt ça. Mais ce n'était pas vraiment le cours de classique, de danse qui revient. En premier, plutôt, moi, ce qui revient en premier en souvenir, c'est plutôt les rires. C'était plutôt ça, quand on allait à la danse, c'était plutôt pour se retrouver.
- Speaker #0
C'est donc une famille, déjà ?
- Speaker #1
Oui, c'est bête de dire ça, mais on n'avait pas vraiment pour danser. On avait pour danser, oui, mais le cours de danse, c'était vraiment plutôt le... On se retrouvait après les cours, alors qu'on s'est vu à l'école, mais ce n'est pas pareil.
- Speaker #0
Pas pareil. Et qu'est-ce qui est justement différent ?
- Speaker #1
Déjà, plus de proximité dans le cours, et puis on se connaît, et puis aussi avec les profs qui deviennent des figures familiales aussi. Ah oui,
- Speaker #0
c'est important.
- Speaker #1
Oui, à la fin, ça devient comme des mamans, des tantes, dans le rapport. On a pu, on va dire que dans cet endroit-là, c'était un peu notre bulle, on va dire notre safe space à l'époque. On pouvait être soi-même, alors qu'à l'école, c'était plus différent.
- Speaker #0
T'es obligé d'être un peu, d'avoir un statut et tout, c'est un peu... Et dans ta famille, il y avait beaucoup de danse, c'était comment ?
- Speaker #1
Non, alors non, pas du tout. Ma famille, elle est super grande. Donc oui, il y a toujours eu... Des chanteuses, des danseuses. Mais tout le monde a quand même un côté artistique.
- Speaker #0
Oui, ça danse beaucoup quand même à la maison.
- Speaker #1
Oui, après, c'est comme ça aussi là-bas. Tout le monde danse un peu, tout le monde danse. C'est la culture, c'est culturel.
- Speaker #0
Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est quoi ? Il y a de la musique tout le temps, les gens dansent ?
- Speaker #1
La culture guyanaise, déjà, c'est vaste parce que la Guyane, c'est assez grand. C'est plusieurs... Nîmes aussi. Plusieurs langues parlées sur le même territoire. Et d'ailleurs,
- Speaker #0
toi, tu parles beaucoup de langues du coup ?
- Speaker #1
Oui, du coup, par rapport à chez nous, le minimum, c'est trois langues. Pour tout le monde. On a le rapport à la musique. La musique est présente partout. Elle peut être dans la rue, elle est partout. Donc du coup, forcément, ça danse aussi. C'est aussi à l'école, puisqu'on avait aussi ces trucs de cheerleading, ce genre de choses-là. C'est tout le temps, c'est partout. là danser les Présente aussi, non seulement culturellement, mais aussi présente partout, même à l'école.
- Speaker #0
Et tu faisais aussi pas mal de sport, il me semble. Moi, je sais que tu as fait des arts martiaux, non seulement.
- Speaker #1
J'ai fait des arts martiaux. J'ai fait... Basket. En arts martiaux, j'ai fait taekwondo, j'ai fait du karaté et on avait commencé boxe-thai.
- Speaker #0
Ah, quand même !
- Speaker #1
Oui, la boxe-thai aussi. Ensuite, j'ai fait du basket. Mais comme je n'étais pas très, très grande, j'en ai eu marre. Après, on va dire, trois ans, j'en ai eu ras-le-bol. Et en fait, parfois, on faisait plusieurs sports en même temps aussi. Donc, ma mère, elle en avait marre de nous emmener à droite, à gauche. Je faisais de la gymnastique aussi.
- Speaker #0
Donc, tu étais quand même super sportif.
- Speaker #1
Ah oui, oui. Parce qu'on est presque tous comme ça.
- Speaker #0
Vous êtes combien dans la famille ?
- Speaker #1
Avec ma maman, on était trois et un peu plus.
- Speaker #0
D'accord. D'où la grande famille. Tu as donc à la base un parcours assez académique Tu as fait danse classique C'était comment tout ça ? J'aimerais bien savoir comment ça résonnait dans ton corps C'était bien ? C'était ok ?
- Speaker #1
La vision qu'on avait On va dire A l'époque Avec l'académie c'était La danse Alors que ce qu'on faisait C'était plutôt de l'amusement pour eux Bon, après, ça va changer au fur et à mesure du temps. Mais au départ, c'était ça quand même. Donc, de l'académique, ça restait de...
- Speaker #0
C'est la vraie danse, quoi.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Le reste, c'est pas... Voilà,
- Speaker #1
c'était un peu ça.
- Speaker #0
Mais toi, toi, t'étais comment dans cette danse classique ?
- Speaker #1
On va dire que moi, j'ai toujours des facilités, on va dire physiques, puisque je suis hyper laxe et ce genre de choses. Mais j'ai jamais vraiment adhéré au... On va dire au concept. On va dire ça comme ça. Pourquoi ? Parce que... que, je ne sais pas, il y avait un truc qui me dérangeait. Moi, j'aime bien que ça bouge. Je trouve que la musique ne bouge pas assez. Pour moi, ça manquait un peu de vie, le classique. Et puis, je trouvais que c'était assez rigide quand même.
- Speaker #0
Mais tu as fait après d'autres danses. Tu as fait notamment de l'afro-jazz. Oui,
- Speaker #1
l'afro-jazz, ça s'est arrivé après. Mais au départ, on a quand même... Quand on était en Guyane, c'était plutôt classique. On avait un cours de jazz, mais on avait un cours de jazz, oui. Mais on avait aussi un cours où on était un peu plus, on va dire, chorégraphique. Mais on avait beaucoup plus d'influence hortone dans ce groupe. On va dire que l'école forme beaucoup. Il y a quand même du lâcher prise. Ça reste quand même un safe space, comme je dis. On vit parce qu'on reste quand même des gosses à ce moment-là. Mais on apprend une rigueur qu'on n'apprend pas à l'école, par exemple.
- Speaker #0
Oui. Et ça, ça t'a servi,
- Speaker #1
ça ? Ça sert tous les jours, jusqu'à aujourd'hui.
- Speaker #0
Ah oui ? Tu le trouves, tu sens ça ?
- Speaker #1
Oui, parce que ça apprend à travailler, tout simplement, parce que ça apprend à avoir vraiment un objectif. Pour l'atteindre, il faut cadrer les choses. On apprend à être cadré là-bas.
- Speaker #0
C'est justement au cours d'un stage, tu pars... Aux Etats-Unis, pour justement les sommers.
- Speaker #1
Là, j'étais parti avec une amie et tout. Et là-bas, je rencontre une autre personne, qui est dans ma classe, qui n'est pas très, très... Voilà, qui m'emmène justement dans un club où il y avait justement du voguing à ce moment-là.
- Speaker #0
Raconte-moi, parce que là, je veux savoir les sensations. Je veux tout savoir. donc t'as 12-13 ans t'arrives à New York du coup t'es dans un stage assez académique c'est ça avec une
- Speaker #1
amie qui avait peut-être un an ou deux ans de plus que moi et qui me dit oui il y a une soirée à tel endroit elle m'a dit je viens te chercher on bat de l'immeuble à partir de minuit je fais comment pour sortir parce que voilà quoi Bon, on a trouvé une solution, on a fait le mur. Et puis on est partis à cette soirée qui n'était pas très très loin dans Harlem. D'ailleurs, je ne sais même pas comment on a fait pour rentrer. Ça, c'est le mystère. Le mystère est boule de gomme.
- Speaker #0
Et c'est le mystère, mais ce qui t'a permis quand même de découvrir quelque chose d'exceptionnel.
- Speaker #1
Oui, parce qu'il ne faut pas oublier qu'aux Etats-Unis, on ne peut pas rentrer dans les clubs. Il faut avoir 21 ans. Oui. On n'était pas du tout...
- Speaker #0
12 ans.
- Speaker #1
12-13 ans. Elle est d'accord. Elle est 13-14.
- Speaker #0
Elle est 13-14.
- Speaker #1
Mais pas du tout. tout l'âge. Et puis, on voyait bien sur notre tête que c'était pas... Non. Mais bon, on a réussi à rentrer. On est allés tôt quand même parce que, bon, tôt parce que, bon, en général, les gens, ils viennent tard. Ils viennent pas à l'heure dite. Puis, on a commencé à regarder. On n'est pas restés non plus très, très longtemps parce qu'on ne pouvait pas non plus. On est partis au moment où ça m'intéressait.
- Speaker #0
Et c'est-à-dire, qu'est-ce que t'as vu ? Qu'est-ce que t'as...
- Speaker #1
J'ai vu plein de choses. J'ai tout vu. J'ai tout vu, mais je n'ai pas tout compris. On va dire ça comme ça. J'ai tout vu sans comprendre.
- Speaker #0
Dis-moi.
- Speaker #1
C'est la première fois que je vois des femmes transgenres. C'est la première fois que je vois un monde gay, tout simplement. Ce ne sont pas des questions que je me posais non plus à cette époque-là. Je vois un monde où on est tranquille, enfin tranquille entre guillemets, mais on peut vivre ce côté bien. On est bien. J'arrive dans un endroit où mon cerveau se calme. Il n'est pas dans un truc à chercher à ne pas faire comme ci, faire comme ça, faire attention à ce genre. Non, là, tranquille. Et du coup, je regarde les choses se faire. Et c'est comme ça que j'ai commencé à aimer la... J'ai aimé Vogue Femme, surtout. J'ai essayé Vogue Femme.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il y a trois styles de voguing.
- Speaker #1
C'est ça. Donc,
- Speaker #0
il y a le hold.
- Speaker #1
Oui. New Way et Vox Femme bon je ne connaissais pas ça avant du tout je ne savais pas c'était quoi, qui était quoi,
- Speaker #0
qui faisait quoi est-ce que tu avais quand même dans le corps, tu te souviens ce que tu t'es dit par rapport à c'est quand même très impressionnant comme danse est-ce que tu as essayé un petit peu déjà d'imiter ou tu avais juste regardé non on essaie de comprendre déjà on essaie de comprendre comment
- Speaker #1
ça se fait Merci. Et ensuite...
- Speaker #0
Ta copine, elle connaissait celle qui t'avait... Non, rien du tout.
- Speaker #1
Elle connaissait, oui, mais...
- Speaker #0
Comme ça, quoi ?
- Speaker #1
Oui, c'était pas son... Elle ne dansait pas ça non plus. Oui. Mais au moins, à ce moment-là, je ne savais pas non plus qu'elle ne dansait pas. Parce que pour moi, je pensais qu'elle savait...
- Speaker #0
Où elle t'amenait.
- Speaker #1
Voilà. Elle savait où elle m'amenait, mais je pensais qu'elle savait danser ça aussi, mais pas vraiment. Maintenant que je regarde et tout...
- Speaker #0
Parce que tu n'as pas... Là, ce jour-là... Est-ce que tu as quand même osé ? Parce qu'à 12-13 ans, on n'ose pas trop, j'imagine. Tu as quand même essayé de danser ou c'était plutôt tu te cachais dans le couloir en train d'essayer de voir comment ça se passait ? Ah non,
- Speaker #1
je n'ai pas dit que je voulais essayer de danser. Non, non, non. Quand on arrive, on comprend bien que n'importe qui ne rentre pas n'importe comment. Déjà, vous le voyez déjà, on arrive en deux ans. Oui. En plus, surtout qu'on n'est pas censé être là. Donc on ne va pas aller encore se montrer. Non, pas du tout.
- Speaker #0
Tu vois ça ou tu me dis quand même, tu as l'impression que finalement, là, il y a ton cerveau qui est en off. En fait, tu peux être qui tu es. Qu'est-ce que tu en fais de ça ?
- Speaker #1
Je ne pouvais pas vraiment me poser de questions. Parce que pour moi, ce n'est pas un truc qui allait durer. Parce que ce n'est pas un truc où j'avais accès non plus.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Comme ça. Donc, j'ai eu accès là. Mais après, ce n'est pas resté dans ma tête.
- Speaker #0
Comme une obsession ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu fais ? Et comment est-ce que tu vas, à un moment donné, finalement retourner dans ce monde du voguing ?
- Speaker #1
Je vais y retourner bêtement, en fait. C'était à l'avènement de YouTube, déjà. C'est quand je reviens sur Paris.
- Speaker #0
On est en 2005, donc, du coup.
- Speaker #1
Oui. En 2005, je reviens sur Paris, les gens commencent à avoir un intérêt pour ça. Et du coup, moi, comme je savais déjà danser aussi, mais bon, je n'étais pas non plus une féru. Puis j'avais fait deux, trois, on va dire deux, trois functions à l'époque. Vous avez eu le temps de refaire deux. Avec Mami Spider m'avait emmené justement à un boule. J'étais Legendary Mimidior dans la Woman's Scene, si je ne me trompe pas. C'est Aïcha, qui est Legendary Spider Tableau 7, qui m'avait ramené là justement. Puisqu'à l'époque, je faisais Runway.
- Speaker #0
Donc, la catégorie Runway. Voilà,
- Speaker #1
Runway. Et je dirais que ce soir-là, j'avais gagné d'ailleurs en plus.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Oui, j'avais gagné.
- Speaker #0
Alors que tu venais de commencer quand même.
- Speaker #1
Oui, je venais de commencer, oui et non, puisqu'on s'entraînait quand même.
- Speaker #0
Ah,
- Speaker #1
d'accord. Donc, il y avait quand même du monde, on s'entraînait et tout. Mais j'avais fait aussi Vogue Femme, c'est le même soir que j'avais gagné aussi. J'ai gagné deux catégories.
- Speaker #0
Donc ça veut dire que si tu arrives quand même à cette soirée à 12-13 ans, mais malgré tout, tu vas commencer à t'entraîner pour réveiller tout ça.
- Speaker #1
Oui, parce qu'à chaque fois, on se voit. Quand je pars dans les vacances, on se voit pour rigoler. Et après, comme je dis, Spider, elle me voit et me dit qu'on va aller à tel endroit. dans un bar, où il y avait un étage, et c'est que ça se passait en haut. C'est là qu'elle m'a dit, tiens, il y a un truc, vas-y, on le fait. Et quand elle m'a dit qu'on le fait, du coup, ben...
- Speaker #0
Ben oui, tu suis, quoi.
- Speaker #1
Voilà, on a fait un, on a fait deux, et puis voilà, c'est parti comme ça.
- Speaker #0
Mais tu sais, donc ça veut dire que tu t'es lancé comme ça, sans trop savoir, c'est...
- Speaker #1
Sans trop savoir, oui et non, puisque je n'étais pas seul. Oui. Déjà, et puis en plus, ce n'est pas de la prétention, mais bon, quand vous dansez un peu déjà... Vous savez quand vous êtes bon ou c'est pas bon. Et là, je savais que j'étais pas la meilleure non plus, mais je savais que j'allais pas non plus être dégagée au premier truc. Donc du coup, je me suis dit, vas-y, on y va. Mais du coup, je l'ai fait et bon, il s'avère que j'ai gagné.
- Speaker #0
Et le realness, pourquoi est-ce que t'as choisi le realness ? Ça, c'était plus tard. C'était plus tard.
- Speaker #1
« Realness » , pourquoi ? Mais ce n'est pas moi, en fait. « Realness » , en général, ça ne parle pas vraiment de vous, au départ, pour ce genre de catéchorie-là. Parce que « realness » , c'était « drag realness » , déjà. Donc, « drag realness » , c'est quoi ? C'est travesti, c'est-à-dire que vous passez dans la rue, mais jamais on ne pourrait penser que vous êtes de l'autre genre.
- Speaker #0
Voilà. C'est faire en sorte de croire qu'on est hétéro ou qu'on est normal, entre guillemets, la normalité de...
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'on est hétéronorme, et c'est-à-dire de faire penser à tout le monde qu'on est dans ce... qu'on se fond dans la société. On se fond complètement dans la société. Et c'est-à-dire que si je passe, jamais vous vous poserez une question et de... On ne voit pas mon passé. On ne voit pas du tout mon passé masculin ou la masculinité. Si vous êtes juste une personne qui croise le seigneur.
- Speaker #0
Oui, parce que toi, à l'époque, ça t'a quand même amené, si j'ai bien compris, comme tu me disais, avant ce monde-là, tu ne connaissais pas du tout le monde LGBT.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Et ça t'a quand même ouvert des choses sur toi, en fait.
- Speaker #1
Oui, ça m'a ouvert sur moi, mais ça m'a ouvert des choses sur le monde.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Simplement aussi. Que moi, c'est que vous êtes moins inculte, on va dire ça comme ça.
- Speaker #0
Être inculte sur quoi ?
- Speaker #1
Un trait culte sur vous-même, un trait culte sur la société, tout simplement. Parce qu'il y a des choses dont on ne parle pas. Et puis surtout, en Amérique du Sud, et je mets tous les pays d'Amérique du Sud dans le même truc, c'est des pays très, très pieux, où le christianisme est omniprésent. Donc, qui dit christianisme, dit aussi toutes ces lois anti-LGBT. Donc, ce n'est pas du tout une communauté que l'on voit. dans la rue ou autre. Il faut oublier que la Magie du Sud, elle a quand même un passé assez lourd, non seulement avec l'esclavage, mais aussi avec le racisme, et aussi avec d'autres pays qui ont ouvert leurs portes. aux nazis pour pouvoir faire augmenter leur population européenne. Dans l'Argentine. Bref, il n'y a pas que l'Argentine, il y en a plein. Mais voilà, on a tout ça. Donc du coup, c'est ce qui aussi amène à une population qui est extrêmement homophobe, transphobe, tout ce que vous voulez. Je pense que les gens n'ont pas cette vision-là parce qu'ils pensent que... Je ne sais pas pourquoi la Mecque du Sud a toujours... Ce côté dans la tête des gens où, c'est limite, on serait tous nus dans la rue avec des pubs dans les fesses. C'est la musique dehors, on danse, ça nuit, et que tout le monde vient, c'est la fête.
- Speaker #0
Oui, comme au Brésil quoi.
- Speaker #1
Voilà, alors que pas du tout, le Brésil c'est pas du tout ça. Bien sûr,
- Speaker #0
bien sûr.
- Speaker #1
Donc, je ne sais pas d'où ce genre de clichés viennent. Et du coup, c'est dans le monde, les gens ont une vision comme ça.
- Speaker #0
Exotique un peu ?
- Speaker #1
Complètement exotisé et complètement fantasmé. Et quand vous êtes sur le terrain, c'est pas du tout ça. Le Brésil est le pays où il y a le plus de femmes transgenres tuées au monde. Et surtout pour des trucs religieux. On a aussi la montée des trucs évangéliques, évangélistes et tout. Les premières thérapies de conversion, elles sont en Amérique du Sud. Donc bref, c'est tout un climat qui fait que... Vous n'avez pas accès à ce monde-là. Vous arrivez dans un truc où vous avez accès à un truc, vous voyez que ça existe en fait, tout simplement. Puisque dans notre réalité, ça n'existe pas. Et si toutefois ça existe dans notre réalité, elle n'est pas du tout représentée comme on la voit aux Etats-Unis, puisqu'on va plutôt avoir des gens dans une précarité.
- Speaker #0
Et donc du coup, quand toi tu l'as vu aux États-Unis, ça t'a donné par rapport à toi la connaissance de quoi finalement ?
- Speaker #1
La connaissance que justement vous pouvez vivre comme vous voulez. Voilà, ça fait que vous n'avez pas de tard parce que vous êtes dans la communauté LGBT tout simplement. Voilà, et ça met plutôt le doigt sur ça. C'est pour ça que je dis qu'un culte, je parle d'un culte, parce que dans notre culture, il n'y a pas ça. On ne voit pas ça.
- Speaker #0
C'est pour ça, d'où j'imagine le fait que quand tu es arrivé là-bas, dans cette première soirée, tu t'es dit, waouh, ça c'est possible en fait.
- Speaker #1
Oui, waouh, ça c'est possible, mais quand même, il ne faut pas oublier non plus, comme je viens d'un endroit, c'est aussi ça qui est paradoxal. Il y a quand même ce préjugé-là aussi. On rentre avec ça aussi.
- Speaker #0
Comment est-ce que je vais être vue ?
- Speaker #1
Voilà. Il y a un conflit. Voilà, donc oui, oui. C'est pour ça que je parle culturellement.
- Speaker #0
Oui, c'est dur.
- Speaker #1
Oui, c'est un choc.
- Speaker #0
Oui, quand tu décides de passer et de faire justement cette danse en drague, j'imagine qu'il y a eu tout un cheminement que tu as fait dans ta tête pour arriver à ça.
- Speaker #1
Alors moi, je suis quand même assez, on va dire, casse-cou et je fais ce que j'ai envie de faire. On va dire ça comme ça. J'ai toujours été comme ça, mais ça devait être un défi, un truc comme ça. Parce que bon, ça marche souvent avec moi, ce genre de choses. Et je pense plutôt que c'était ça. Mais en même temps, je pense aussi que j'avais envie de le faire, mais que je n'avais pas le courage de le faire aussi.
- Speaker #0
Quand finalement, tu rentres dans cette culture ? parce qu'il y a toute une culture derrière le voguing. Quand tu rentres là-dedans, qu'est-ce qu'en tout cas, au niveau de la danse, qu'est-ce que ça va t'amener ? Parce que comme tu disais, tu fais du Vogue Fame, où c'est très féminin, on peut exagérer. Qu'est-ce que toi, ça va t'apporter tout ça ? Quand on disait du realness, qu'est-ce que ça va t'apporter pour toi dans ta danse ? Et comment est-ce que tu vas te sentir ?
- Speaker #1
Ce ne sera pas dans le mouvement au départ. On va dire que ce qui va m'importer maintenant, c'est plutôt comment m'affirmer moi-même, on va dire dans le sens, dans un cours académique. Puisqu'en fait, dans l'académie, tous les gestes un peu féminins, c'est extrêmement mal vu.
- Speaker #0
Oui, il faut un peu rentrer dans le code. Il faut être juste... Il ne faut pas déborder, moi je trouve.
- Speaker #1
Donc du coup, moi ça m'a donné un peu... Bon, désolé du langage, mais rien à foutre. Je m'en foutis, moi. Et je fais ce que je veux. Si je n'ai pas envie de mettre la main comme ça, si j'ai envie de faire ça, je vais faire ça. Sans changer la chorégraphie pour autant. Mais ça m'a permis d'affirmer mon style, on va dire ça comme ça. Si j'ai envie de mettre un style particulier sur une danse, pouvoir danser moi et pas exécuter les mouvements de quelqu'un d'autre. C'est plutôt ça que ça m'a donné comme chose. Ce qui m'a aussi fait faire un volte-face sur la carrière académique, puisque après ça ne me plaisait plus, puisque j'avais goûté autre chose où on était un peu plus libre. Il y avait la complication de ce que j'aimais bien. C'est-à-dire technique, mais en même temps, liberté de faire ce que tu as envie avec cette technique. Ce que je ne retrouvais pas dans le... Alors, c'est personnel, mais je ne retrouve pas ça dans l'académique. C'est-à-dire que pour moi, dans l'académique, on exécute les mouvements de quelqu'un d'autre. C'est-à-dire qu'à partir du moment où vous changez un pied ou un truc en classique, ce n'est plus du classique, ça va partir autre part. Alors que vous, la technique, elle est là, mais avec cette technique. Je peux mettre mon style dessus, ce qui fait que mon voguing va être propre à moi. Alors qu'au classique, non. On ne peut pas avoir un classique qui est propre à quelqu'un. Le classique est le classique. Et c'est pour ça que pour moi, c'est une danse morte. C'est une danse qui est vouée à disparaître à un moment parce qu'elle ne peut pas évoluer. Elle n'évoluera plus.
- Speaker #0
C'est intéressant. En tout cas, on peut y mettre beaucoup plus de sa personnalité et de qui on est, selon toi. Et j'imagine que pour toi, effectivement, quand on goûte à cette liberté, on ne peut pas faire marche arrière.
- Speaker #1
Non, on n'a pas envie. Déjà, vous ne dansez plus pareil. Donc du coup, quand vous dansez en groupe, vous devez être dans un groupe. Vous ne pouvez pas être plus que le groupe puisque ça dénote du groupe. Donc moi, je n'ai jamais pu danser dans un groupe parce que je dénotais trop du groupe. C'est-à-dire qu'on m'a toujours vue comme la personne qui va être... soit trop forte dans le groupe, alors que ce n'est pas du tout être trop forte dans le groupe. C'est en fait la personnalité qui n'arrive pas à se fondre dans ça. Donc même si ce sont les mêmes mouvements, on va peut-être me voir plus par rapport à un fait de personnalité. Alors qu'un groupe normalement, vous devez être pareil. C'est-à-dire que c'est une unité. Et là, on n'arrive pas à avoir une unité, même quand je regarde avec tous ensemble. Un groupe tous ensemble, c'est compliqué de faire tous ensemble. On a tous des grosses personnalités. Donc du coup, ce qui peut marcher aussi, parce qu'on voit chacun et que ça marche, parce qu'on a déjà fait des choses ensemble avec les cousines et tout, et ça a marché super bien. Et on restait dans... Mais dès qu'on parle du truc, on a tous eu ce problème-là avec les groupes.
- Speaker #0
Tous dans ceux du voguing ?
- Speaker #1
Non, non, c'est quand j'étais en académie avec les...
- Speaker #0
Avec tes cousines ?
- Speaker #1
Ouais, ouais. Et des notes, tous.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça. C'est en fait... Le voguing permet en tout cas de mettre notre unicité, notre singularité. C'est ça qu'on peut le dire ?
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'elle est plus appréciée. Et que ça donne plus de sens aussi à votre danse. Puisqu'on vous voit vous et on ne vous voit pas juste. C'est-à-dire que le voguing, s'il n'y a pas de personnalité, ça ne danse pas. Et du coup, ça fait juste du mouvement. Et n'importe qui, même une personne qui ne connaît pas cette danse, va regarder, ça ne va pas tout l'intéresser. Puis ça reste quand même une danse qui est assez, on va dire, la technique est assez redondante. Donc du coup, ça va être redondant et c'est pas intéressant. Alors que s'il y a de la personnalité, il n'y a plus cette redondance.
- Speaker #0
Et c'est là où ça devient intéressant. Et c'est ce qui va faire la différence quand il va y avoir finalement ces compétitions, ces balls qu'on appelle, avec ces différentes catégories, dont ce que tu disais, la realness ou le runway. Et là, c'est plutôt du défilé.
- Speaker #1
Alors realness, c'est juste, il n'y a rien à faire. Realness, c'est à quoi vous ressemblez.
- Speaker #0
Ah, tu marchais un peu quand même, non ? Pas du tout ?
- Speaker #1
Pas forcément.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Ça dépend. Vous vous êtes juste posé là, on regarde et on vous dit oui ou non.
- Speaker #0
D'accord. Comment est-ce qu'on fait avec le jugement des autres parce que ça peut être hyper dur quand même ?
- Speaker #1
Mais c'est hyper dur, mais en même temps, si vous êtes allé sur scène, vous savez pourquoi. Si vous allez dans une compétition, vous comprenez bien que vous allez être jugé. Donc on ne va pas dans une compétition sachant qu'on va être jugé et on n'est pas prêt à être jugé.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que... tout le monde est prêt à être jugé même quand il va en compétition ?
- Speaker #1
Non, parce que les gens ne comprennent pas la compétition. La compétition, c'est-à-dire qu'à partir du moment que tu rentres sur scène, tu autorises le jury à avoir un avis sur toi. Et c'est toi qui l'autorises, parce que c'est toi qui es le jury. Donc après, t'es obligé de prendre que ça te plaise ou pas.
- Speaker #0
Et il y a eu des moments où toi ça t'a pas plu, où c'était difficile ?
- Speaker #1
Alors chez nous, un peu ça choppe. C'est quand tu te fais éliminer... Ce qui peut être très violent, parce que... C'est pendant la performance qu'on t'élimine. Ce qui peut être aussi un peu humiliant pour... Je n'ai pas vécu ça, mais je n'ai pas vécu ça. Donc je ne peux pas parler pour les gens qui l'ont vécu. Mais comment moi je le vois, c'est vrai que parfois ça peut être violent.
- Speaker #0
de recevoir un rejet direct comme ça, et on n'attend pas. Il n'y a pas de délibération du jury, c'est tout de suite là maintenant.
- Speaker #1
Oui, c'est boum, c'est la preuve. Voilà,
- Speaker #0
voilà, c'est ça. C'est un point de facture. Mais en même temps, si on vient sur scène, comme je l'ai dit, c'est qu'on autorise le jury à avoir un avis sur la performance. Dans ce cas-là, il n'y a pas à être énervé, il n'y a pas à faire des sclandres, c'est prendre son truc et s'en aller. Et revenir après. en ayant peut-être plus bossé.
- Speaker #1
Oui, avec cet apprentissage de peut-être que ça va. À côté de, c'est une compétition, mais le voguing, c'est aussi tout un univers avec des familles, des houses.
- Speaker #0
Ah, la ballroom.
- Speaker #1
Le ballroom. Ah bon, excuse-moi, oui.
- Speaker #0
Le voguing et la danse. Donc du coup, c'est que de la danse. La ballroom, oui, dans la ballroom, vous allez avoir des familles, des houses, comme on dit des familles, mais c'est aussi un gang, c'est plein de choses, une house. On va dire que c'est un regroupement de personnes qui s'entendent sous un même nom et sous une même bannière. Pour l'époque, c'était souvent les houses qui recueillaient les petits qu'on mettait dehors, par rapport à leur orientation sexuelle. ou leur identité. Donc, ils se retrouvent à la rue. Et du coup, la house, ils sont occupés de la grandmother, donc la mère de l'époque.
- Speaker #1
Oui, parce qu'il y a aussi carrément des rôles. Il y a... Il y a une hiérarchie.
- Speaker #0
Oui, donc vous avez le père, la mère, vous avez aussi la même cellule familiale, en fait, qui est reprise.
- Speaker #1
C'est un vrai, comment dire, un rôle social qui est... hyper important pour des gens.
- Speaker #0
C'est un refuge social aussi, dans le sens de dire, je dis refuge social, c'est-à-dire que c'est un peu pour... Alors pour l'époque, c'était aussi peut-être une seconde chance pour des personnes qui se retrouvaient à la rue de retourner à l'école et beaucoup avaient des métiers, mais grâce aussi à leur house. Pas que ça aussi, c'est aussi dans l'orientation sexuelle aussi, c'est de voir des gens qui ont... vécu la même chose, qui peuvent conseiller à ce moment-là. Et je pense que ça va aussi être important puisque ce ne sont pas vos parents biologiques qui vont vous apprendre sur tout ce qui est transidentité ou homosexualité. Donc, s'il y a des gens qui vous ressemblent, c'est déjà un peu plus facile.
- Speaker #1
Comment ça a été pour toi, justement ? Comment est-ce que tu as accédé à ta house ?
- Speaker #0
Alors moi, j'ai passé dans ma house tout de suite. J'ai accédé dans ma house très très tard. Et c'est... La deuxième pionnière, Nikki Gorgios-Gucci, à l'époque, qui était avec moi, on s'était rencontré en 2009. Un soir, il y avait Javier Ninja avec Benny Ninja qui étaient là. Et bon, je les connaissais depuis un moment aussi. Et Nikki m'a dit qu'elle est partie les voir pour leur dire, mais comment ça se fait-il ? Vous n'avez toujours pas pris la petite depuis le temps que vous connaissez ? Et puis, elle m'a dit qu'elle lui a dit « Mais j'ai déjà fait de quoi tu parles » . En fait, elle ne savait pas que j'étais déjà…
- Speaker #1
Ah, tu avais déjà intégré quand même.
- Speaker #0
J'avais déjà intégré la house. On avait été deux ce soir-là, intégrer la house aux ninjas à l'époque. Et c'est comme ça que je suis rentré, en fait, tout simplement.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des choses à faire pour rentrer dans une house ?
- Speaker #0
Non, c'est la house qui vous choisit en général. Vous pouvez aussi choisir une house et demander. Mais à mon époque, ce n'était pas très bien vu de faire ça. Ça se voit, c'est plutôt l'inverse. Une house vient...
- Speaker #1
Et elle vient te voir parce qu'il y a, j'imagine, d'abord une affinité ?
- Speaker #0
Non, je pense que ce n'est pas forcément une affinité au départ. Je pense que ça va être plutôt au niveau du talent.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
C'est intéressé par vous et votre talent. Ils viendront vous voir.
- Speaker #1
La manière dont tu danses.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Et à partir du moment où toi, tu es rentré dans la house, qu'est-ce que ça a changé dans ta vie ? J'imagine qu'il y a un avant, un après ?
- Speaker #0
Au départ, ça n'a pas trop changé grand-chose, puisque ça restait un environnement underground. Donc moi, à cette époque-là, je dansais en compagnie. Non, ça n'a pas vraiment... Tout de suite, non.
- Speaker #1
Et ça a changé parce que... J'imagine quand même que tu... t'entraînes avec des gens de ta house ? Il y a des exigences aussi peut-être au niveau du father ou de la mother ?
- Speaker #0
Alors pas tout de suite parce que... Moi, je rentre, je suis à Paris.
- Speaker #1
Et oui.
- Speaker #0
Donc c'est...
- Speaker #1
Et ta house, elle est aux Etats-Unis.
- Speaker #0
Elle est aux Etats-Unis. Donc du coup, et c'est aussi nouveau pour les housemen aux Etats-Unis, d'avoir des membres extérieurs sur une autre continent, c'était pas...
- Speaker #1
Oui, c'était pas très courant.
- Speaker #0
Non, on ne veut pas. Au départ, on n'était que deux, donc ça allait. Et après, un an après, je deviens la mother du Paris Raptor.
- Speaker #1
Ça, c'est un truc... Incroyable, non ? En fait, c'était quelque chose qui t'a surpris ou pas du tout ? Oui,
- Speaker #0
parce qu'en fait, j'ai voulu faire rentrer quelqu'un avec moi à Paris. Et au moment où je présente la personne, la mode de la house à l'époque fait « Ah, donc, j'ai pas besoin d'écouter ce que tu vas me dire. Moi, je te fais confiance. » Et puis d'ailleurs, c'est la mode... de Paris. On se disait, oui, oui, oui, j'ai décidé. Tu es la mode de Paris. C'est pas comme ça. Tu es la mode de Paris et puis elle a pris, pendant qu'elle me parlait, elle a posté dans le groupe officiel.
- Speaker #1
Ah bah, by the way, c'est un peu comme ça.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Et pourtant, il y a quand même des responsabilités quand tu...
- Speaker #0
Oui, c'est pour ça qu'en général, personne ne veut faire ça. C'est du boulot. C'est du boulot de s'occuper des autres. Et puis, en plus, pour moi, c'est mon avis, on ne peut pas s'occuper des autres si on n'est pas bien soi-même.
- Speaker #1
J'imagine quand même que si elle t'a nommée, c'est qu'elle a vu en toi aussi quelque chose où tu étais prête. Oui,
- Speaker #0
je pense que tout le monde voyait ça aussi. Mais est-ce que moi, j'étais vraiment prête ? Je n'en sais rien vraiment. Parce que moi, je suis un peu la fille qui a le challenge. Tu vas me donner un truc, je vais le faire. Mais je me demande si j'étais vraiment prête.
- Speaker #1
Avec le recul, tu ne sais pas ?
- Speaker #0
Non, parce que j'étais vraiment jeune. Oui, c'était en début vingtaine.
- Speaker #1
Oui, pour être une mother.
- Speaker #0
Oui, donc je ne sais pas. Je n'avais pas fait la moitié de mes conneries que j'avais envie de faire.
- Speaker #1
Du coup, ça t'a empêché de faire aussi des bêtises ?
- Speaker #0
Aussi, oui, parce que tu dois tenir une certaine position.
- Speaker #1
Concrètement, pour les gens qui ne connaissent pas forcément, Ça veut dire, donc Mother, de fait, tu t'occupes de personnes, de danseurs, pour qu'eux, ils puissent évoluer. C'est quoi exactement ?
- Speaker #0
Mon rôle, c'est pas seulement, c'est d'évoluer dans la ballroom. Donc je vais leur passer le savoir dans leur catégorie, que ce soit Runwave, Voxem, Oldway ou autre, parce que j'essaie de danser, donc je vais passer ça. Mais aussi, c'est pas que la ballroom. C'est aussi éduquer à la vie, au lieu de jouer au viol en ce moment, sur la sexualité aussi.
- Speaker #1
Oui, t'es une seconde mère.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
C'est-à-dire, c'est aller voir quand ça ne va pas, quand on doute de soi, quand...
- Speaker #0
Téléphoner sans être non plus trop invasive dans certaines choses. Tout le monde ne reçoit pas les informations de la même façon, ne les digère pas de la même façon non plus. Donc c'est aussi à moins de... connaître tout le monde et leur chemin de pensée. En bref, c'est assez lourd quand même comme boulot.
- Speaker #1
Oui, et ça t'a appris j'imagine aussi beaucoup sur toi, non ?
- Speaker #0
Je ne sais pas, parce que j'ai tellement fait les choses naturellement.
- Speaker #1
Oui, de manière un peu instinctive.
- Speaker #0
Voilà, on va dire que ça m'a plutôt appris des choses sur la maternité.
- Speaker #1
Oui, sur le fait d'être une mère pour les autres en fait, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui, d'être une mère pour les autres, de comprendre qu'en fait, il n'y a pas de mère parfaite, ça n'existe pas. Et qu'il n'y a pas de bouquin qui peut vous expliquer comment élever un gosse. Donc ça se fait avec vous. Et malheureusement, ce que ça m'a appris aussi, c'est que votre premier gosse, c'est un peu votre cobaye. Avec le premier, on tâtonne un peu, le deuxième, c'est un peu plus facile. Le troisième, c'est... Ça glisse. Mais les deux premiers, ils vont prendre un peu cher.
- Speaker #1
Tu te souviens que ça les a pris un peu ?
- Speaker #0
Oui, parce que moi, tous ceux que j'ai eus, tous les kids que j'ai eus, ils vont vous dire, modèle à Sandra, elle fait dur.
- Speaker #1
Mais t'étais dur dans quoi ? Dans la danse ? Dans le comportement ? Dans tout. Oui.
- Speaker #0
Dans tout, parce que pour moi, il faut qu'il soit... meilleur que moi dans tout, que ce soit extérieurement. ou que ce soit à l'intérieur avec... Peu importe, mais il doit être mieux que moi.
- Speaker #1
Le challenge, il est... La barre est haute.
- Speaker #0
Je ne sais pas si la barre est haute, puisque c'est plutôt un challenge pour moi. Ce n'est pas le leur. Mais aussi, c'est des façons de penser aussi. Ils sont pour moi logiques. Je ne peux pas avoir des gosses qui sont moins bons que moi. Qui veut ça ? Personne. Donc moi, je veux qu'ils soient mieux, qu'ils acceptent plus de choses, qu'ils aient un meilleur boulot. C'est ça, le bon rôle.
- Speaker #1
Et tu penses que tu l'as réussi ?
- Speaker #0
Sans prétention, oui.
- Speaker #1
Ok. Génial.
- Speaker #0
Puisqu'ils sont tous maintenant des têtes de leur catégorie, même en dehors de la ballroom, c'est des gens qui travaillent. Et qu'une stabilité.
- Speaker #1
Donc, tu as réussi à les porter. Et on est toujours mother ?
- Speaker #0
Toujours mother. Même si vous n'êtes plus...
- Speaker #1
Dans la house.
- Speaker #0
Dans la house, mais vous l'étiez toujours.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est jusqu'à la mort, ça.
- Speaker #1
C'est fort ce que tu dis.
- Speaker #0
Ben oui. On n'élève pas des gens qu'on n'aime pas.
- Speaker #1
C'est vraiment quand même, dans la danse, en tout cas la ballroom, ce qu'elle a amené de justement toute cette famille, c'est quand même quelque chose qui est assez unique, non ?
- Speaker #0
Unique, je ne sais même pas si on peut dire ça, que c'est unique. Parce que c'est juste que les gens n'ouvrent pas les yeux, mais vous le retrouvez un peu partout aussi.
- Speaker #1
Dans le milieu de la danse.
- Speaker #0
C'est juste qu'il n'est pas officiel.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais quand je vous ai dit, quand nous on était petits, qu'on était dans notre sensation, ça fait la même chose qu'une house.
- Speaker #1
Oui. Je ne sais pas s'il y avait autant ce rôle de mother.
- Speaker #0
Alors, moins parce que les gens ont nos parents.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Mais là, je dis avec des gens qui ont leurs parents, oui, mais pour certains, ils ne sont pas out. Pour d'autres, ils ne sont plus avec les parents. D'autres, ils sont bien avec les parents, ça va. Mais voilà, il y a des profils différents.
- Speaker #1
En tout cas, tu as à un moment donné décidé, pas je crois pareil, ça n'a pas été si conscientisé que ça d'amener le voguing en France alors que finalement...
- Speaker #0
Alors je n'ai pas emmené le voguing en France parce qu'il y avait des gens qui voguaient déjà avant Oui ! Dans les années 90, 80-90, il y avait Gio Brooks, il y avait Louis, je ne me souviens plus de son nom exact, son famille. Il y avait Niki Gordesgucci qui était là aussi. Voilà, moi je ramène la ballroom en France avec Niki Gordesgucci.
- Speaker #1
Et comment ça se passe ?
- Speaker #0
Au départ, c'était un peu des clashs. Ça m'a été facile au départ parce que... Il fallait aussi cadrer. Les gens n'aimaient pas forcément être cadrés.
- Speaker #1
Oui, parce qu'il y a plein de catégories différentes.
- Speaker #0
Oui, il y en a une tonne. Oui, il y en a une tonne. Mais il a fallu aussi leur apprendre ça. C'est vrai que tout le monde avait un engouement pour ça, mais c'était plutôt l'effet de YouTube. Et là, on a réussi à tourner la chose. C'est qu'on a pu emmener les gens vers la culture au lieu juste de cette vitrine YouTube où ils ne voyaient que la danse, que Vogue Femme. Il n'y a pas d'autre chose. On voyait que du voguing. Au fur et à mesure, quand on leur a fait la catégorie, ils ont commencé à chercher. Et là, les catégories sont sorties et on voit qu'il n'y a pas que de danser. Il y a de marcher, il y a à quoi vous ressemblez. Il y a une multitude de catégories et de sous-catégories. Le nombre est incalculable. Mais voilà, c'est ça qui va faire que les gens vont adhérer aussi.
- Speaker #1
Oui, donc c'est amener toute la culture et pas que le côté effectivement danse et YouTube.
- Speaker #0
C'est ça. Et Niki avait vraiment ce truc-là aussi, de leur apprendre la culture en fait. Parce que toute la terminologie est en anglais. Et Niki, elle arrive à transmettre ça aux gens. Et du coup, elle va leur parler en anglais. Alors que moi, il faut que ce soit bien fait. Un truc à côté, ce n'est pas bon pour moi. Elle est beaucoup plus souple.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc on avait ces deux énergies-là, moi qui est beaucoup plus stricte, et elle beaucoup plus souple. Donc ça a toujours... Oui,
- Speaker #1
c'est complémentaire.
- Speaker #0
Voilà, et c'est comme ça que ça a commencé. Ces deux énergies-là, la ballroom est la plus nette, puisqu'elles ont pu avoir deux côtés. Un côté qui va faire la rigueur et qui va pousser dans les retranchements, et l'autre qui est plus là, justement, au moment où on n'y arrive pas, qui va aider justement à... pousser autrement.
- Speaker #1
Oui, c'est deux angles différents qui, en fonction des personnes, peut-être que c'est là où c'était votre force, finalement.
- Speaker #0
C'est ça. Et ça a commencé comme ça.
- Speaker #1
Tu t'imaginais, à ce moment-là, l'ampleur que ça allait prendre ?
- Speaker #0
Non, pas du tout.
- Speaker #1
Et c'est peut-être ça qui me touche dans cette histoire. On ne mesure pas toujours au moment où l'on pousse une... porte tout ce qu'elle va ouvrir derrière. Pour la Sandra, il y a une première découverte à New York, puis la danse, la ballroom, les rencontres, la transmission. Et peu à peu, ce qui était d'abord un espace de liberté est devenu aussi un espace qu'elle a contribué à ouvrir pour les autres. Trouver sa place, parfois, ce n'est pas seulement réussir à exister pleinement, c'est aussi devenir capable de faire de la place autour de soi. Et c'est exactement là qu'on s'arrête aujourd'hui. Parce que dans le prochain épisode, On va parler de ce que devient cette culture quand elle prend de l'ampleur, de ce qu'elle gagne, de ce qu'elle risque de perdre, mais aussi du corps, de spiritualité, de santé, et de ce que danser veut vraiment dire pour la Sandra. Alors pensez à vous abonner pour ne pas manquer la suite, et si cet épisode vous a touché, laissez des étoiles, plein d'étoiles. Ça aide vraiment l'essence de la danse à être découverte et à continuer de grandir. On se retrouve. dimanche prochain pour la suite de cette conversation avec la Sandra exclusive l'envent. J'ai hâte de vous retrouver et d'ici là, prenez bien soin de vous notamment grâce au mouvement.