- Speaker #0
« L'essence de la danse » , le podcast qui met de la conscience dans le mouvement. Aujourd'hui, je vous emmène dans un lieu chargé d'histoire. Nous sommes au Ritz Paris, et plus précisément dans le Jardin. C'est ici que se tiendront les 13, 14 et 15 juin prochains les Nuits étoilées. Un nouveau festival qui réunira... des danseurs de l'Opéra de Paris, des chanteurs lyriques et des musiciens. A l'origine de ce projet, il y a Frédéric Fontan. Pendant 14 ans, il a lui-même été sur scène, danseur, chanteur, comédien. Puis peu à peu, il est passé de l'autre côté du rideau. Aujourd'hui, il imagine des expériences immersives pour certaines des plus grandes maisons de luxe, entre Paris, New York, Shanghai ou Hong Kong. Son métier consiste à créer des univers, raconter des histoires et transformer des lieux en expériences. Mais en l'écoutant parler, j'ai eu le sentiment qu'au fond, il n'avait jamais vraiment quitté la scène. Alors j'ai voulu comprendre comment un enfant qui dansait dans les rideaux de la maison familiale, au pied des Pyrénées, est devenu l'un des directeurs artistiques les plus reconnus de son secteur. Et pourquoi, après avoir fait rêver des marques aux quatre coins du monde, il a eu envie de réunir ici au Ritz Paris des artistes qu'il connaît parfois depuis plus de dix ans pour créer ce nouveau rendez-vous autour de la danse. de la musique et du spectacle vivant. Je suis allée à la rencontre de Frédéric Fontan. Comme toujours, vous retrouverez dans les notes de cet épisode les références, les artistes et œuvres évoquées au cours de notre conversation. Si cet épisode vous plaît, surtout n'hésitez pas à vous abonner au Sens de la Danse sur votre plateforme d'écoute préférée, à lui laisser plein d'étoiles et à le partager autour de vous. C'est ce qui permet au podcast de continuer à grandir et à faire découvrir ses parcours hors du commun. Je suis Myriam Selam et vous écoutez l'essence de la danse. Je vous souhaite une très belle écoute.
- Speaker #1
Bonjour Frédéric.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #1
Comment vas-tu ?
- Speaker #2
Très bien.
- Speaker #1
Comment tu te sens ? De manière assez concise, je voudrais que tu me dises comment tu te sens physiquement, mentalement et spirituellement.
- Speaker #2
Ça fait beaucoup. Ça fait beaucoup,
- Speaker #1
mais c'est à différents niveaux, tu vois.
- Speaker #2
Physiquement, j'ai un petit peu chaud là. parce qu'on va bientôt aborder l'été. Mentalement, c'est quoi ? C'est un peu, je me dis, on a abordé cette conversation. Il y a un côté un peu nostalgique aussi. J'ai plein, plein de flashbacks. Spirituellement, j'essaie d'être aligné.
- Speaker #1
Oui, ça, c'est important. Et tu essaies d'être aligné comment ?
- Speaker #2
Depuis que je suis petit, on me dit, recentre-toi. C'est peut-être un peu le lot de... de tous ces petits enfants rêveurs ou agités. Et donc, s'ils ressentent toi, tu vas faire chauffer la myélite. Je ne savais pas ce que ça voulait dire quand j'étais petit. Et du coup, j'ai toujours pris des temps de respiration, et puis de regarder le ciel, de sentir autour de moi, sentir derrière moi. J'aime bien ça. Et j'aime bien ça, et à un moment donné, je l'ai perdu, et là, je l'ai retrouvé.
- Speaker #1
On va en parler, on va en parler. Et en plus, on a la chance d'être au Ritz, un endroit juste incroyable. C'est quoi pour toi le Ritz, cet endroit un peu magique ?
- Speaker #2
C'est plein, plein de choses. T'habites là ?
- Speaker #1
Ouais, j'ai plein de temps et je suis hyper contente. Donc, d'abord, merci de nous recevoir. Première question qui est une question rituelle. Je voudrais que tu fermes les yeux, que tu me dises, si je te demande Frédéric, là, le premier, le tout premier souvenir que t'as du Frédéric enfant qui danse. C'est où, c'est quand et c'est comment ?
- Speaker #2
Alors c'est simple, c'est moi dans les rideaux en voile, c'est mes parents m'entourant dans les rideaux comme ça. Je devais avoir 4-5 ans et je tournais, je tournais jusqu'à ce que je perde un peu la tête et puis ça retournait dans l'autre sens et là je me sentais un petit peu flotté. Et c'est un peu ça la danse, c'est de... De se déconnecter du réel dans une espèce de tourbillon.
- Speaker #1
Ouais. Et la danse chez toi, c'était très jeune.
- Speaker #2
Je ferme toujours les yeux.
- Speaker #1
Non, tu peux les ouvrir. Je vais peut-être faire un concept, tu sais, on t'a vu complètement les yeux fermés.
- Speaker #2
Je peux faire ça.
- Speaker #1
Toi, tu es né en Haute-Garonne ?
- Speaker #2
Oui, bien vu.
- Speaker #1
J'ai même dans un village, ça s'appelle à Saint-Gaudens, c'est ça ?
- Speaker #2
Saint-Gaudens.
- Speaker #1
Saint-Gaudens. Je n'ai pas l'accent.
- Speaker #2
Alors moi je le prends dès que j'appelle ma famille On a un petit accent, c'est pas très très fort Mais je suis né à Saint-Gaudens Pas un village Attention Excuse-moi C'est une soupe préfète Il y a quand même 4 moulins d'étang, puis on est là-bas, il y a un conservatoire, c'est là où j'ai commencé le chant, la danse, le piano. C'est mon éducation artistique de départ.
- Speaker #1
C'est dans les Pyrénées ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Donc c'est au niveau de la montagne, on parle de la nature ?
- Speaker #2
Ah ouais, mais là on est en plein, on est au milieu de la nature et des montagnes, et en fait c'est vrai que moi ça m'inspire beaucoup. D'ailleurs là on est dans le jardin du Ritz, et d'être là en fait c'est... Ça m'émeut parce que ça me reconnecte. Je trouve que les arbres, là, il y a des beaux tilleuls. Ça me reconnecte aux tilleuls de ma grand-mère, par exemple. C'est drôle, c'est un souvenir que je viens juste d'avoir à l'instant. Oui, je suis très connecté à la nature.
- Speaker #1
C'est important, et d'autant plus que toi, tu es né là-dedans. C'était comment l'enfance ? Il y avait beaucoup de danse. Je sais que le papa était plutôt scientifique.
- Speaker #2
scientifique, sportif, rugbyman, etc. Donc on était dans un univers assez masculin.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #2
Maman était plutôt... Elle organisait des événements, elle dansait, le rock, les basses, plein de styles de danse. Donc avec elle, j'ai appris pas mal de choses.
- Speaker #1
Ça a été une opération pour toi ?
- Speaker #2
Oui, disons que du côté de chez maman, tout le monde danse et chante. Et dans les Pyrénées en général. On entend parler souvent des Basques, des Corses. Moi, je viens des Pyrénées-Centrales. Et c'est là où les montagnes sont les plus hautes. On est au-dessus de 3000. Donc, les gens chantent. On parle fort, là, je ne parle pas trop fort. Les gens chantent, en fait, pour projeter la voix aussi. C'est des gens qui ont du coffre, en fait, en général. Donc, il y a... Il y a aussi des danses. Oui, il y a des danses aussi, les danses folkloriques. Bien sûr. Les humainjoises, avec les sabots. En fait, c'est... What ? Quand on voit le ballet, quand on voit le pas de bourré, les pas de bourré, c'est pas comme ça, le pas de basque, tout ça, ça vient des régions. Donc notre cher ami Louis XIV nous a appris les positions, mais tous les petits pas, les interpas, en fait, sont des pas qui sont... Et c'était un hommage, en fait, pour lui, un hommage aux différentes régions. Il ne faut pas l'oublier.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Donc les danses communjoises, c'était comment les chanteurs du commun, les danseurs du commun. Moi, je sais là, on s'est dans un univers où on dansait, tu vois.
- Speaker #1
Tu dansais pour quoi ? Tu dansais pour célébrer ? C'était tous les jours ? Comment ça se passait ?
- Speaker #2
Moi, j'avais besoin de bouger. Tu as vu ? Et donc, déjà, à l'âge de 5 ans, des mots de ma grand-mère, en fait, je faisais des arabesques sur les tables. Je faisais arabesques parce que j'avais dû voir à la télé Chazot, il disait, je fais Chazot. C'est le souvenir. Et puis, quand j'étais petit, on me mettait sur une table. On allait chanter des chansons du commerce, en fait. C'est canto, des choses comme ça, en fait. Et qu'on a en général dans les Pyrénées. Ouais, c'était un lieu de liberté. Au moins, à mon endroit, la danse et le chant étaient un espace de liberté. Dans un monde qui n'était pas le pays de Gandhi, pas du tout. Moi, je me prenais pour Gandhi, mais autant dire que le petit prince des collines, il était très très loin. Je l'ai trouvé ici.
- Speaker #1
Et pourquoi alors ? Explique-moi un peu.
- Speaker #2
Ah bah, parce que du coup, je... Petit merci à Jesse pour... qui vient de faire son... un livre en fait sur son... sur l'enfer qu'il a vécu pendant son enfance en fait. Et je l'ai envoyé à ma mère en fait. Parce que c'est infernal en fait d'être là-bas. J'avais plein de... J'avais plein... J'avais plein de rêves en fait, mais c'est infernal quand on est un petit enfant aspirant gay en fait on va dire, parce que faut pas chanter, faut pas danser justement, faudrait faire du rugby, et quand on est un petit peu original comme ça on évite la cible de garçons plus virils, qui s'intéressent au foot et pas moi, j'ai quand même essayé, mais non, non. Moi je vois les gens danser, je vois les gens danser en fait partout, Et dans le foot, moi je voyais les gens danser.
- Speaker #1
Ah c'est génial !
- Speaker #2
Oui en fait, je trouve que c'est très beau en fait. Il y a une gestuelle. C'est bien que les gens parlent, tu vois. Parlent de la santé mentale, parlent du harcèlement à l'école. T'imagines en fait, on attend parfois 30 ans avant d'en parler tellement la honte et la blessure est forte quoi en fait.
- Speaker #1
Et donc pour toi, l'échappatoire c'était quoi ? C'était la danse ?
- Speaker #2
Ouais c'était le rêve.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #2
Le rêve, mais je danse même maintenant en fait. Si tout le temps...
- Speaker #1
T'es tout le temps en mouvement, tout le temps...
- Speaker #2
Ouais, en fait, je m'éclate tout seul, quoi.
- Speaker #1
Ouais, mais qu'est-ce que je...
- Speaker #2
T'es un enfant assez solitaire, tu vois.
- Speaker #1
T'es fils unique ?
- Speaker #2
Non, non, j'ai une petite sœur qui est handicapée. D'accord. Et du coup, bah... Du coup, quand tu... Quelqu'un qui a aussi des problèmes comme ça, en fait, tu ne fais pas de bruit. Donc, il faut le faire en toi, le bruit ou les valses.
- Speaker #1
Il faut le faire de manière intérieure. Tu faisais comment ?
- Speaker #2
Oui, oui.
- Speaker #1
Tu jouais comment ? Tu te souviens ?
- Speaker #2
Je me ressentais beaucoup, en fait. En fait, je pense que je faisais des trucs que les enfants ne sont pas censés faire, en fait. D'être en méditation ou quoi. J'ai compris plus tard, en fait. Ça s'appelle une méditation, tu vois.
- Speaker #1
C'est ce que je faisais avant.
- Speaker #2
Oui, de focusser, d'être sûr. D'être sur un... S'imaginer en aigle, voir le lac, voir... Tu vois, c'est...
- Speaker #1
Donc, en tout cas, tu as la danse qui est déjà très présente. J'imagine quand même que ta mère, elle qui est danseuse, ou en tout cas qui danse, comment est-ce qu'elle voit tout ça ?
- Speaker #2
Ben oui, parce qu'en plus, mon père ne danse en pas, et en trois pieds gauche. Apparemment, d'après maman, je sais pas.
- Speaker #1
C'est pas tout.
- Speaker #2
et du coup en fait j'étais un partenaire idéal voilà parce qu'on a peu de différence comme elle m'a eu à 20 ans en fait et donc à 13-14 ans en fait j'ai eu une période où j'étais plus petit que tout le monde et d'un coup je sais pas pourquoi j'avais pris 15 cm et là plus personne ne m'a embêté j'ai eu des épaules comme ça en fait et du coup vraiment ils m'ont foutu la paix après
- Speaker #1
Oui, parce qu'au départ, quand même, tu as... Ah,
- Speaker #2
mais je me suis fait insulter, tabasser, harceler, et pire, pendant 5 ans.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #2
c'est énorme. 5 ans, et je me demande ce que fait l'Église Christiane Nationale dans ce genre de cas. Je vois qu'encore aujourd'hui, il y a des gamins qui se suicident. Moi, j'y ai pensé, en fait, vraiment, vraiment fortement, parce qu'il n'y aurait pas eu ma petite sœur, et je suis censé la protéger, puisque je suis le grand frère. Je pense que j'aurais pu tenter... Et du coup, ma vie a été plus belle parce que j'avais mes cours de solfège, mes cours de chant, j'allais faire de la danse. Avec ma mère, je faisais des portées acrobatiques et tous les danseurs qui travaillaient avec moi savent que j'adore les portées, vraiment les portées comme ça. Ma mère faisait 45-46 kilos, donc je la portais comme ça et on faisait vraiment des choses impressionnantes. les gens se disent, mais qui est... Et en fait, quand je suis allé dans... Quand j'ai débuté ma carrière, je savais déjà faire beaucoup de choses. Et je me mettais en scène tout le temps.
- Speaker #1
En fait, c'était ton quotidien, finalement.
- Speaker #2
Ce n'était pas mon quotidien, mais c'était au moins le week-end. C'est ça. Oui, oui. Et puis, on chantait, on dansait. Et puis après, d'un autre côté, j'avais cette scolarité.
- Speaker #1
Oui, très scientifique, finalement.
- Speaker #2
Mon père ne me pardonnait pas si je n'avais pas des bonnes notes. Je crois que j'ai eu 19 au bac en maths. Waouh ! Par contre, j'ai eu zéro en philo, je ne me suis pas rendu de copie. Étant donné qu'on ne faisait pas de philo, on jouait aux cartes. Sorry, il ne faut pas le faire.
- Speaker #1
Mais en tout cas, tu as ces deux polarités qui vont être quand même finalement peut-être quelque chose d'extrêmement important qui va te permettre d'être ce qui tu es aujourd'hui, c'est-à-dire le côté très artistique, mais aussi le côté très mathématique, minutieux. Ça, tu aimais ça ?
- Speaker #2
J'aimais ça et en fait, mon père faisait passer ça aussi pour quelque chose de... de très créatif, donc je n'ai pas de barrière entre les deux. Par exemple, le petit exemple que j'aime bien donner, autant je faisais Ausha sur la table basse, autant en fait j'étais très fier quand mon père a fait un... on a dû faire un truc sur la prise soir.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Avec son pape. Et les enfants amènent des trucs, je ne me rappelle plus en fait, mais mon père a fait une cité lacustre, ouais, avec des petits... Vraiment très belle, ils l'ont gardée dix ans. Moi je suis là trop fier. C'est peut-être pour ça qu'ils m'ont fait la misère après. Non mais du coup c'était devoir très grand dès le départ. Les portées avec ma mère c'était des grands portées. Et effectivement une modélisation d'un univers comme je peux faire maintenant en fait.
- Speaker #1
Parce que finalement c'est déjà du décor.
- Speaker #2
Ouais mais complètement. Et ça j'avais six ans.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #2
Voilà.
- Speaker #1
Et tu en gardes déjà un souvenir extrêmement marquant.
- Speaker #2
C'est hyper précis. Je sais exactement où il était, dans quelle classe. Après, je passais devant la cage, c'est là, c'est mon père qui l'a fait. Non, mais c'est vrai.
- Speaker #1
Mais oui, mais tu m'as dit qui tu devais être. Je ne suis pas claire.
- Speaker #2
Et puis pour moi, en fait, c'est ça le niveau qu'il fallait atteindre déjà, en fait. C'est-à-dire qu'en fait, je ne pouvais pas faire comme les exemples qu'avaient fait les papas. Je ne sais pas ce qu'ils avaient fait, en fait. Je ne m'en rappelle même pas. Et du coup...
- Speaker #1
On va barrer autre, quand même.
- Speaker #2
Ouais, ouais, ouais. La barre est haute. La barre est haute et puis mes parents voulaient que je les dépasse, que je me dépasse, que je les dépasse. Et c'est vrai que moi, clairement, j'ai eu mon bac, j'avais 16 ans et demi, et j'avais envie de repiquer et refaire. Parce que je ne savais pas ce que je voulais faire en fait, parce que je savais vraiment, il y avait dix mille trucs et en même temps je savais que profondément je voulais être sur scène.
- Speaker #1
Parallèlement, toi tu vas donc faire de la danse pendant ta scolarité, tout le temps, et tu vas aussi décider de faire des études de bioingénierie.
- Speaker #2
Nuance. J'ai fait de la danse en cachette avec mes cousines et mes meilleurs amis. Et j'allais observer des cours où je n'avais pas accès en fait. Mais je faisais de la gymnastique parce que je me suis dit qu'il faut que je sois hyper souple. Donc j'avais accès à certains cours, pas d'autres.
- Speaker #1
Et pourquoi tu n'avais pas accès à d'autres ?
- Speaker #2
Parce que dans le sud-ouest, on n'avait pas de la danse, on faisait du rugby. Sorry. Non mais alors, thanks God, maintenant il y a Paul-Marc. qui vient de Dax, qui vient de Sète, Florent Mélac qui vient des Hautes-Pyrénées. On est beaucoup à avoir eu ça. C'est quand même un dépassement de soi dans une région que j'adore, mais qui est... On est un peu des originaux quand même.
- Speaker #1
En tout cas, il ne faut effectivement pas sortir trop de... Out of the box, c'est un peu compliqué.
- Speaker #2
Oui, parce que c'était... Bah aussi, dans, je voulais dire, être homo, et l'homosexualité, c'était vraiment pas... Faut pas oublier que la dépénalisation, c'est 81. Moi, je suis né un petit peu avant, et donc franchement, il y en a pour certains qui étaient très conservateurs, qui n'ont pas aimé ça, et c'est également les années 80, fin 80, et depuis 83. Les 90 et les années Sida, donc les années Sida, le cancer gay, certains s'en souviennent en fait, c'est la mort de George Donne, danseur, c'est beaucoup de choses en fait, on a vraiment beaucoup souffert, notre communauté de danseurs, de gays, de jeunes gays en fait qui se découvraient, de jeunes danseurs.
- Speaker #1
Et pourtant ça ne t'empêche pas, tu te dis tant pis, j'y vais.
- Speaker #2
Non mais alors moi de toute façon depuis l'âge de 5 ans c'était ça ou rien. Mais par contre, j'avais une fierté de vouloir aussi être ingénieur. J'ai dit docteur, non. On fera quand même me laisser tranquille. Et puis du coup, j'ai eu mon bac tôt.
- Speaker #1
Mais tu disais que tu ne savais pas trop. Tu voulais repiquer que tu ne savais pas trop.
- Speaker #2
Non, mais alors franchement, les cours, on peut en parler à mes collègues. Je sais, j'ai tous les cours. J'allais prendre les cours au Ballet Studio, chez James Carles. Et puis après, j'ai eu une ouverture au Toulouse.
- Speaker #1
C'est l'Université de Toulouse, Londres.
- Speaker #2
Londres et Bâle, en Suisse alémanique. Mais je prenais tout le temps des cours. Même si j'allais faire un stage d'ingénieur, mon maître de stage en Suisse alémanique m'a dit « Allez-y, je sais que vous piétinez ! » Du coup, j'allais prendre les cours avec Joachim Schlömer au Théâtre de Bâle. Je suis tout le temps à vélo. Ici, vous pouvez me voir, je suis tout le temps à vélo. Je fonçais les cours de thermodynamique ou des cours de simi-organique. Je fonçais, je prenais mon vélo, j'allais prendre les cours. Et dès que j'ai eu des opportunités de danser, de faire de la figuration, de chanter au Théâtre du Capitole.
- Speaker #1
Tu fonçais.
- Speaker #2
Je me voyais plus en fait. Et vraiment, c'est honteux pour d'autres. J'ai suivi mon diplôme avec mention de bien en fait.
- Speaker #1
Oui, c'est que t'as eu des facilités. Merci papa. Merci papa. Bah écoute.
- Speaker #2
Non mais du coup, je fais un passage au Capitole pour des choses très classiques. En parallèle, je dansais avec Bertrand de Jean-Pétry qui nous a quittés il n'y a pas si longtemps que ça, qui avait fait le ballet intemporel qui était une inspiration. de mélanger Chopino, Fortsight, etc. D'ailleurs, il y avait des danseurs de Fortsight qui venaient à Toulouse. C'était chouette.
- Speaker #1
Après, tu vas commencer à voyager partout. Tu vas être quand même très demandé.
- Speaker #2
Oui, parce que moi, je dévore la vie. Du coup, ce n'était pas prévu. Moi, je l'avais prévu. Donc, je continue à faire mon chemin et je me dis, on est à Toulouse, on fait tout ce qui est classique, etc. à Londres, hop, d'accommoder musicale, des claquettes et tout. Ensuite, ça allait manique. Je profite, stand-theater, moderne-gramme, etc. Il y avait une super école de gramme. Et à chaque fois, j'ai un contrat ici et là, un peu de télé, un peu... Et du coup, je n'arrêtais jamais. J'ai jamais eu de...
- Speaker #1
De pause ?
- Speaker #2
De pause. En fait, moi, je ne savais pas ce que c'était les vacances.
- Speaker #1
Ben oui.
- Speaker #2
Mais moi, je m'acclatais tellement, en fait. Donc, quand j'ai eu mon diplôme...
- Speaker #1
Lequel ? Parce que tu en as eu plusieurs !
- Speaker #2
Donc l'ingénieur.
- Speaker #1
L'ingénieur.
- Speaker #2
Je l'ai donné à mon père et je lui ai dit maintenant je vais danser. Et vraiment, je savais que ça allait lui briser le cœur. Mais je me suis dit, mission accomplie. dans dix ans, peut-être que je pourrais reprendre.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #2
Parce que je me suis dit, je ne veux pas... On peut se faire mal, en fait. Donc, Bertrand me l'a appris parce qu'il s'était blessé sur ce qui l'a empêché de continuer une partie de sa carrière.
- Speaker #1
Tu peins de Bertrand ?
- Speaker #2
Bertrand de Jean-Pétri.
- Speaker #1
Tu savais qu'il fallait avoir un plan B, quoi.
- Speaker #2
En fait, tu viens d'avoir une discussion avec Thomas Cicelé, justement, sur l'idée du plan B ou pas plan B.
- Speaker #1
Eh oui.
- Speaker #2
Lui, il a voulu vraiment... ne pas avoir de plan B, je fonce, je n'ai pas de plan B, on y va. C'est son énergie.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #2
Moi, je me suis dit, il faut que j'assure un jour. Comme je t'ai dit, j'ai une petite soeur handicapée. Je me suis dit, un jour, il faudra que je m'en occupe. Et du coup, c'est mon petit enfant en moi qui a dit, on va organiser le truc. Donc, au cas où. Et donc, je me suis dit, peut-être dans 10 ans, je reprends mes études. Ce que j'ai fait, en fait. Mais du coup, il m'a dit, je ne te donne même pas un an et tu vas... Tu vas revenir ici en rampant, t'auras pas de boulot, etc. Je suis là, forget it. Et je lui ai dit, comme ça, je me donne 10 ans. Et c'est ce que j'ai fait. C'était mon pari.
- Speaker #1
Tu donnais 10 ans pour arriver à quoi ?
- Speaker #2
10 ans à en vivre et à faire le tour du monde et à pas arrêter. Et après, peut-être passer à une autre étape. Et c'est ce que j'ai fait, en fait.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. Parce que c'est pas le... Je me donne 10 ans juste pour en vivre. Parce que la barre, elle était haute.
- Speaker #2
Moi, c'était être... dans les têtes d'affiches. Et du coup, c'est vrai que quand je pense, moi, je verrais quelqu'un comme ça, j'en vois des gens, il y a tellement d'énergie, tellement d'envie. Et c'est vrai que j'avais des capacités. Je suis tombé peut-être aussi à un bon moment, à une bonne époque où il fallait des mecs grands qui puissent porter, qui chantaient un peu, tac, tac. Et puis du coup, dans des programmes, on me disait, c'est un artiste à l'américaine. Je me rappelle le programme de Lampes d'un géant à Mogador, un artiste à l'américaine, je suis là. J'étais pas allé aux Etats-Unis, mais du coup j'étais à Londres, et du coup à Londres, tout le monde fait au moins 5 matières.
- Speaker #1
C'est ça, c'est qu'en fait t'étais pluridisciplinaire et c'était ta qualité en fait.
- Speaker #2
Ouais, donc je suis pas excellent sur tout, je danse, je danse, j'ai fait des claquettes, j'ai fait de la danse contemporaine, classique, du jazz. Romain Guernic me met dans l'électro de temps en temps. Je joue la comédie, j'ai joué en anglais, en français. J'ai pris tout ce qu'il y avait.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu as préféré en termes de danse ? Il y avait un souvenir qui te revient où vraiment tu dis « waouh » . Ça, c'est un moment en tant que danseur, en tant qu'interprète.
- Speaker #2
Moi, j'adore les pas de deux. Et je trouve que c'est... Mais aussi les duos en chant. Je trouve qu'il y a un moment, en fait, de fusion, une emphase qui est magique. Puis il y a une confiance qu'on se donne l'un à l'autre. J'ai dansé beaucoup de pas de deux et j'adore monter des pas de deux. Parce que je sais qu'il va y avoir une histoire entre ces deux personnes. On ne ressort pas de la même façon. Et les solos, j'en ai fait pas mal. Je me rappelle le concours de Paris. J'avais fait le solo de l'ange dans Ricard de Grumachon-Lamarche. Ça, je trouvais ça très, très beau aussi. Mais les pas de deux, c'est très émouvant. Ou alors c'est l'enfer.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #2
Ou alors c'est l'enfer.
- Speaker #1
Il faut vraiment aussi avoir confiance en l'or.
- Speaker #2
Sur une comédie musicale, je ne dirais pas la personne ni la comédie musicale, mais sur l'onde. C'est Molly Molloy qui avait monté ça et on s'insultait en coulisses tellement on se détestait. On était les deux principal. Enfin, il y a des jours ça passait. Il y a des jours elle me déchirait le dos comme ça. J'étais là mais bon ben c'était des tempéraments de feu qui se rencontrent en fait. Je dis pas que ce soit un tempérament de feu mais là il fallait... Mais en même temps c'était hyper excitant d'être sur scène comme ça. Je trouvais qu'il y avait quand même quelque chose de...
- Speaker #1
En tout cas c'était vivant.
- Speaker #2
Ah ouais, des arts vivants ouais. Et après, moi, ce que j'ai adoré, et j'ai eu un cadeau, mais immense, j'ai eu un seul en scène que m'a fait Mayer Roussoub, qui habitait à Londres.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Donc, je l'ai fait pendant trois ans.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
À Londres, je suis venu le faire à Paris, mais personne ne l'a jamais...
- Speaker #1
À Paris, c'était plus compliqué.
- Speaker #2
En plus, je jouais en anglais, en français et en arabe, en fait, parce qu'elle était libanaise. Je suis un personnage central, Jamil Jamila. C'était il y a plus de 20 ans, début 2000. Et je jouais un personnage trans et elle m'a fait comprendre comment... Ça, ça a été un pivot dans ma vie. Un pivot dans ma vie d'artiste. Jusqu'à présent, j'ai eu des rôles dramatiques, des rôles funs. plein plein de choses avec des sous-entendus aussi en dessous. Mais là, c'était de parler d'une...
- Speaker #0
Une cause que je connaissais, en fait, mais de façon magnifiée, en fait. Je trouvais que les personnes trans étaient des demi-dieux et des demi-dées. C'était un dépassement de soi et un dépassement presque de l'humanité. Donc, je l'ai déissue, on va dire. Et là, elle m'a offert une pièce formidable, en fait. Parce que c'était...
- Speaker #1
Ça t'a émue ? Ça t'émeut encore ? Parce que tu sens qu'il y a quelque chose où elle t'a vue, en fait, c'est ça ?
- Speaker #0
Parfois, on se rencontre avec quelqu'un, avec un metteur en scène qui nous lit. Et on est ça. Oui, en fait, elle faisait des sculptures aussi. Elle a créé la maison de Zaki Books, qui est une maison d'édition anglaise. Donc, beaucoup, beaucoup d'autres choses, en fait. C'est un monde que je ne connaissais pas, le Moyen-Orient aussi. Et du coup, j'ai été... J'étais touchée parce qu'en fait, je jouais ce personnage qui voulait se dépasser pour son amour et devenir une diva. Mais des divas où je n'étais pas allée aussi profondément dans chacune d'elles. En fait, dans Billie Holiday, Janis Joplin, Oum Koulsoum, Edith Piaf et Joséphine Baker.
- Speaker #1
Rien que ça.
- Speaker #0
Rien que ça. Donc, j'étais à la fois le petit copain, la personne. Et donc, j'avais 12 personnages à jouer. À la base, ça devait être... De sur scène. Et je l'ai joué partout en Angleterre, à Londres, à Beyrouth, à Paris. Et le fait d'être seul et de jouer des personnages aussi forts, de se mouvoir d'un personnage à l'autre, d'avoir de la danse, du chant, de la comédie en plusieurs langues, et d'être très proche des gens, c'était poétique et c'était profond.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça.
- Speaker #0
Et on se sentait pas dans l'entertainment.
- Speaker #1
Exactement. Et que c'était à un moment donné où tu pouvais aussi déployer. tous tes talents et en même temps ta personnalité.
- Speaker #0
C'est un cadeau énorme. Énorme. Je n'avais pas prévu ça. Et du coup, mon parcours, je ne l'avais pas prévu en fait.
- Speaker #1
À quel moment tu t'es dit « Ok, je vais commencer à regarder des lieux, à faire de l'événementiel. » Qu'est-ce qui t'a attiré et quel a été le switch s'il y en a un ? Hermès, non ?
- Speaker #0
Non, c'est la cité de l'Acusre. La scénographie !
- Speaker #1
Ah bah ça d'accord !
- Speaker #0
J'avais dansé et tout ça, maintenant il fallait faire un écran, d'accord ? Non mais du coup...
- Speaker #1
C'est fou le pouvoir des souvenirs et des petites ressources quand on est petit.
- Speaker #0
Ouais, ouais.
- Speaker #1
C'est incroyable.
- Speaker #0
Oui, oui. Malgré certaines choses en fait qui peuvent arriver, tu te raccroches à des choses positives aussi. Et je pense que c'est important de voir le positif parfois.
- Speaker #1
Mais alors qu'est-ce qui va te faire justement dire ok, là c'est sympa.
- Speaker #0
J'avais essayé mes 10 ans. Rappelle-toi, le contrat.
- Speaker #1
Donc,
- Speaker #0
je suis arrivé à mes 30 ans. Et je me suis dit... Non, il y a plusieurs choses, en fait.
- Speaker #1
Bien sûr, j'imagine.
- Speaker #0
J'arrivais à la fin d'un cycle. Et puis, je jouais à Londres. Et du coup, je voulais rentrer à Londres. Il y a un jeune homme qui est...
- Speaker #1
C'est toujours des histoires d'amour.
- Speaker #0
Avec qui je suis toujours. Donc, tu avais le coup, quand même.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et il m'a proposé un café. Et puis, on a fait notre vie ensemble. Mais je me suis dit... pas réussir à être heureux avec ce que je fais là, en fait. Il y avait plein, plein de choses. C'est... Moi, j'ai toujours voyagé dans le monde entier. Et donc, en Asie, en Europe, tout ça. Et j'avais pas l'intermittence. Enfin, j'avais l'intermittence, mais j'arrivais à naviguer. C'était, je pense, une autre époque. J'arrivais à avoir une vie riche tout le temps. Et de rester non-stop à Paris. De courir le cachet. Quand tu me dis, ah non. Non, non, ça. Et du coup, tu fais des choses, tu acceptes des choses qui sont... Bon, ce n'est pas moi, mais OK, je vais le faire. Et ça, ça s'enchaîne. Et je me suis dit, je vais... Oui, je n'étais pas bien, en fait. Je n'étais pas bien. Et du coup, j'ai cherché à voir comment... Justement, j'avais ces 10 ans. Comment utiliser ce diplôme d'ingénieur pour reprendre des études. Donc, j'ai fait un... Merci,
- Speaker #1
papa.
- Speaker #0
Merci, papa. Donc j'ai fait un DESS en marketing et com à la Sorbonne. Juste avant j'ai fait une petite formation, SIFAP, très bonne formation dans la production de spectacles. Et du coup je me suis dit, ça ça m'intéresse, ben visons le top. Donc en fait on devait rechercher des stages et du coup j'ai rencontré le directeur de l'opéra de l'époque. On ne les rencontre pas en général. Et du coup, plus le tic-tac, C'était Mortier à l'époque. Je rencontre Olivier Massard pour la mode animage. C'est énorme. Je le rencontre et je me dis, wow, Even, mon ciel, Marc Delu, ça a l'air cool, j'avais fait. Quelques événements comme ça pour Nike. Nike, je fais un événement rapido. Il y avait Pascal Gentil, Tony Parker, tu sais pas. Moi, j'assistais et en même temps, j'étais là. Et je disais, hop, Moi, je m'intéressais pas au sport, mais j'avais vu que ça pouvait être intéressant et créatif. Ouais, c'est ça. Du coup, je me suis dit, Olivier Massard, c'est ça que je veux faire. Ah, non. Moi, je veux être Olivier Massard.
- Speaker #1
Tu avais Nike et donc tu t'es dit que l'événementiel, c'était finalement quelque chose de parfait. Oui,
- Speaker #0
j'ai commencé à faire quelques événements. Je me suis dit, mais en fait, ça, c'est cool. Je rencontre Olivier Massard, je me dis, son job, il est cool, c'est celui-là que je veux. Et donc, c'est comme à l'opéra, c'est quand même très haut. Tu débutes là, tu es assistant de prod ou même tu es stagiaire. Et puis, tu vas petit à petit, le goal, il est là-haut. Donc, à l'époque, je suis allé chez Young & Rebeccam. J'étais au planning stratégique, je me suis dit trop dans le bureau là, pour être intellectuellement intéressant, mais à faire, non. Et je me suis dit, c'est en fait, c'est DC que je veux être, c'est directeur de création. Mais ce n'est pas forcément le même job quand tu es DC en directeur de création, et c'est DA pour un show par exemple. Et donc, j'ai eu un moment de flottement là-dessus, mais je suis passé par le publiciste. système hopscotch. Ça a de suite matché l'art. Parce que mon DESS, mon Master 2, je l'ai fait avec une spécialisation où j'ai fait mon mémoire autour du lien entre l'art et le luxe. À l'époque, Louis Vuitton venait de faire un lancement avec Vanessa Blycroft. Donc c'était vraiment le moment de l'art contemporain, pas du tout de la danse. Donc moi, du coup, je me suis dit ça c'est hyper intéressant. Je rencontre Valérie Collin qui faisait les étés de la danse. Le festival n'existe plus malheureusement. On tentait vraiment d'être en plein air. Et là, on a invité Alvin Helle, le ballet de puba, etc. Donc des super compagnies l'été. Et donc moi, j'aimerais bien comprendre comment faire. Et comme j'avais fait avec le public système le lien avec les marques, mais aussi j'ai compris que les partenariats, ça pouvait être cool. J'ai trouvé Hermès. Et là, fall in love. J'ai rencontré Martine Calveau, qui m'a pris sous son aile. Et à un moment donné, elle m'a dit, ça s'est bien passé cet événement. On a un événement, c'était genre en juin ou juillet. En septembre, on a un lancement Hermès-Georges V. Je n'étais pas dans cet univers luxe, moi j'étais dans l'univers... En fait,
- Speaker #1
tu ne te sentais pas forcément très...
- Speaker #0
Je n'étais pas légitime.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Mais par contre, ils trouvaient... Non, mais c'est vrai. Mais ils trouvaient que ma vision artistique était légitime. Donc là, elle m'explique le brief en fait. Et du coup, je fais mes croquis. Ah mais c'est génial. On a fait tout un concept cavalcade avec des chevaux sur trois niveaux. qui est plat, des petits échassiers, des grands échassiers. Et en fait, quand tu vois sa deck avec ses mouvements, c'était ça en fait, mais sur échasse, au lieu d'être sur des chaises. Et donc, on a tourné aux États-Unis. On est allé à Atlanta, Charlotte, Palm Beach. On a fini à Wall Street. Et c'est ça qui m'a déclenché le truc. C'est que du coup, je me suis dit, ce n'est pas la peine de te traverser, de te mettre en costume et tout. Reste-toi. et c'est ça qui m'a mis à avoir... Mon meilleur coaching.
- Speaker #1
Ça t'a amené à couvrir les événements des plus grandes marques. Pour les 125 ans du Ritz, tu vas faire un énorme gala qui va être, je pense, un point d'orgue aussi dans ta carrière. Raconte-moi un peu comment c'était, comment tu as pu accéder à cet événement aussi prestigieux.
- Speaker #0
Alors, j'avais déjà fait un événement pour Grand Luxury. J'avais mis mon golfière là, à l'intérieur. Moi, il faut toujours que ce soit des trucs d'enfants, en fait. D'enfants que mon petit enfant intérieur éclate. Si je trouve ça boring, je ne le fais pas. Et du coup, j'avais mis Rossi Di Palma à l'intérieur, des danseurs autour. Non, c'est création. C'est ça, en fait. J'essaie de faire vibrer mon enfant intérieur. Et si ça marche sur moi, je me dis qu'il y a des chances que ça marche en face. Donc, on avait fait cet événement. Et puis, pour les 125 ans, il y avait un appel d'offres. Et je n'étais pas dans l'appel d'offres. Donc, parce qu'il y avait tout un changement d'équipe, j'envoie ma carte de vœux et puis j'avais une petite plaquette. Et il y a cette montgolfière.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et il y a Mélanie Huber qui dit à son assistante, on ne l'a pas briefé, c'est lui. C'était là, donc il m'appelle. C'est le destin, franchement.
- Speaker #1
Exactement. Là, je viens. Exactement.
- Speaker #0
Si, j'ai envoyé la carte. Oui, il y avait quand même une idée derrière. Mais c'est quand même quelqu'un qui me pousse. Et du coup... Oui, en fait, les appels d'offres, on se clore. On vous donne une semaine, dix jours, un truc comme ça. Je dis, je prends. Donc, je reçois le truc et je me suis éclaté.
- Speaker #1
J'ai essayé un grand... C'est un succès ces enjeux.
- Speaker #0
Énorme. Et puis, il faut y aller à fond, sinon ça ne sert à rien.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Non, mais tu vois, l'entre-deux. Et du coup, si j'allais à fond... Il y a quelqu'un qui a fait une remarque. C'est le Gold Gala. Un confrère a fait une remarque à une amie. Il lui a dit, c'est vraiment très gold. What the fuck ? Qu'est-ce que tu veux ? Gold Gala, tu t'attendais à quoi que ce soit vert ?
- Speaker #1
Voudrait pour finir... qu'on voit un peu, parce que là, dans quelques jours, il va y avoir les nuits étoilées, il va y avoir Roxane Stoyanov, qui va être la marraine, il va y avoir trois soirées. Comment est-ce que c'est venu ? Qu'est-ce que tu vises ? Et comment est-ce que t'as mis ça en place ?
- Speaker #0
Là, j'ai...
- Speaker #1
C'est beaucoup plus intime. On avait 800 personnes plus ou moins pour les 125 ans. Là, on est sur 300.
- Speaker #0
315.
- Speaker #1
315.
- Speaker #0
C'est... Écoute, en fait, moi, ce jardin, je l'imagine comme un bosquet, comme un bosquet de Versailles. Quand je suis sur un sujet, j'essaie vraiment de faire des... Ça, c'est peut-être le truc scientifique, de faire mes archives, d'aller chercher, de fouiller. Et César Hitz adorait... Le château de Versailles. Celui qui a créé. Adorait le château de Versailles. Et donc, quand vous êtes à l'intérieur, les appartements, il y a des appartements qui reprennent des choses de Versailles. La suite impériale, en fait, il y a la... La chambre de Marie-Antoinette est faite à l'identique. Il y a les cols de cygne, la robinetterie qui sont dorées. Et donc je me suis dit, ce jardin qui a été fait après les travaux, et qui a été fait dans un mode le nôtre, je veux absolument que ce soit un bosquet. Et donc à chaque fois, j'ai envie que ce soit une surprise. On rentre là, et ces personnes vont voir. Comme un bosquet, on va dire, et avec les artistes qui sont un peu comme ce qu'on peut voir dans les bosquets, des choses magiques où en fait on peut les voir. Alors mais simple, je n'aime pas offrir de la technologie juste pour qu'il y ait de la technologie. C'est assez simple parce qu'on s'imagine un peu de baroque là, une danse là, un chanteur là. Et ça va être exactement ça. Et je veux qu'ils aillent proche des gens. Donc tu vas avoir Tamara Bounazou qui va chanter à côté des gens. Tu vas avoir Paolo Marco qui va courir dans l'allée.
- Speaker #1
Il faut que ce soit hyper immersif et qu'on ait l'expérience.
- Speaker #0
Oui, c'est vraiment l'expérience. Et je pense que les marques ont besoin de ça parce qu'on s'est beaucoup éloigné de l'essence des gens et de l'émotion. Et je ne pense pas qu'une scénographie puisse être émouvante si elle n'est pas habitée. Et moi, je parie sur les artistes. Je préfère ne rien avoir. Être juste avec des artistes, ça suffit.
- Speaker #1
Et puis en plus, c'est une famille, ce n'est pas que des artistes. C'est des gens qui peuvent... Moi, c'est ma famille.
- Speaker #0
Oui. Mais c'est ma famille, mais c'est... En fait, pour avoir travaillé dans le monde entier, on n'est jamais très loin d'un contact, en fait. Soit au Japon ou en Italie, je sais que je peux être en contact avec le directeur du ballet ou avec une étoile parce qu'on a des amis communs, en fait. Et là, c'est un peu ça. Par exemple, je ramène Maya Makateli avec... avec André Assari parce que je suis allé les voir à l'Opéra de Palerme. J'ai rencontré André Assari parce qu'il est venu aux Hommes de l'année que je faisais. Du coup, je... Je suis allé les voir là-bas. C'est une région où je vais souvent. Je me suis dit que je les veux absolument. Je les veux absolument. Et Roxane ? Roxane, ça fait 10 ans qu'on se connaît. Elle venait de rentrer dans le ballet. C'est Agnès Letassu que je refais danser aussi. Qui... qui me l'a présenté. On est partis ensemble avec un gars là qu'on a Paris Ballet Légende qui est allé au Japon, à Hong Kong, au Vietnam, en Inde. On a fait du super festival et Roxane était de l'aventure. Mais Roxane en a fait plein de choses. On a fait des shootings. Elle et Mickaël l'a font pour mon expo Ballet Couture.
- Speaker #1
Elle était là aux 125 ans.
- Speaker #0
Elle était là aux 125 ans. On a fait pour un sponsor des Jeux Paralympiques, dans la F1. Un pas de deux avec elle et Amida Loach, qui est donc sur un fauteuil roulant, et qui est un de mes plus grands amis. Donc, il est paradanceur, magnifique. Et Roxane, elle est partante. Donc, ils ont fait un méga pas de deux. Et c'est ce que j'adore avec elle. Là, on lui fait une création aussi avec Florent Mélac.
- Speaker #1
C'est ça, ça va être chorégraphié par forme.
- Speaker #0
Oui, donc il y a des chorégraphies qu'on reprend de Presse de Jocasse, de Nourieff, etc. On a aussi des créations. On fait une création avec Lou Marco pour Alice Rénavant sur le signe de Saint-Saëns. Je voulais avoir complètement autre chose, avoir une proposition plus contemporaine. Et donc c'est ce qui clôt le festival. Et on est sur trois soirées. La première soirée, c'est Diamant. On est sur la place Vendôme et un diamant gros comme le Ritz. Donc forcément, on parle de ces maisons-là. Et je travaille avec Chomé, Tazaki, plein de belles maisons. Le deuxième soir, on est sur les romantiques. Donc Maya avec Andrea pour le pas de deux du lac des signes. Mais aussi... Michael Laffont avec Andréa Sari pour Le combat des anges de Roland Petit. Et ça, tu auras compris mon parcours. Je trouve que c'est toujours important d'envoyer des messages subliminaux ou directs à voir. Mais je trouve que l'art peut nous permettre vraiment de ça. Donc là, je le fais. Les romantiques, c'est des romances sous toutes leurs formes.
- Speaker #1
Et ça se termine par ?
- Speaker #0
Et ça se termine par... La nuit claire de lune.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et moi qui fais beaucoup d'insomnie, je vis ça aussi dans les hôtels. Et j'ai voulu en fait me dire, tiens, une nuit de claire de lune, qu'est-ce qui se passerait au Ritz si on avait Alice en train de dormir et Mathieu de l'autre côté ? Tiens, peut-être qu'il reviendrait le parc. On sait ce qui va se passer.
- Speaker #1
Dans l'Angelin, après je le connais.
- Speaker #0
Dans l'Angelin, après je le connais. Agnès Le Testu qui vient faire un... Tu reviens avec son grand manteau, l'enlève et en chemise de nuit et danses un solo de Galota. On a l'excellentissime Bruno Dassa, qui est un sopraniste. On n'a pas parlé trop des...
- Speaker #1
Non, mais on est plus un podcast de danse, tu vas bien.
- Speaker #0
Mais la voix de Bruno Dassa, c'est à tomber dans les pommes. Et donc, il sera la voix dans le signe de Saint-Saëns. Et c'est une chorégraphie que je fais avec Lou Marco. Et là, on relie toutes les générations. Et c'est un vrai bonheur de pouvoir présenter ça.
- Speaker #1
Juste, ça serait ma dernière question. Qu'est-ce qu'on fait après avoir fait le Ritz ? Tu as déjà, j'imagine, plein de projets.
- Speaker #0
Alors, qu'est-ce qu'on fait ? C'est exactement ce que m'a posé comme question celle qui a été ma assistante, mais qui m'a... qui me supporte et que j'ai porté avant, Jeannick, et on continue. Je crois au dessin, il va y avoir d'autres choses. Peut-être un opéra, peut-être un grand ballet, je ne sais pas. On est prêts en tout cas.
- Speaker #1
Génial. Merci beaucoup Frédéric. Merci pour ton temps.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #2
Pendant cette conversation, j'ai eu l'impression de rencontrer plusieurs Frédéric Fontan. L'enfant qui tournait dans les rideaux de la maison familiale. Le jeune homme qui trouvait dans la danse un espace de liberté. L'ingénieur passionné de science, le danseur qui a parcouru les scènes du monde. Et puis le directeur artistique qui imagine aujourd'hui des expériences immersives pour certaines des plus grandes maisons de luxe. Mais au fond, j'ai l'impression qu'ils racontent tous la même histoire. Celle d'un homme qui n'a jamais cessé de créer des mondes. Et peut-être que les nuits étoilées en sont aujourd'hui l'une des plus belles illustrations. Trois soirées où la danse, la musique et les voix... vont se rencontrer dans ce jardin du Ritz-Paris. Trois soirées imaginées par un ancien danseur qui, des années après avoir quitté la scène, continue de faire circuler du mouvement, de l'émotion et du vivant. Merci Frédéric Fontan, et merci à vous d'avoir écouté cet épisode d'Essence de la danse. Si cette conversation vous a plu, vous pouvez soutenir le podcast en vous abonnant, en laissant plein d'étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée et en partageant cet épisode autour de vous. Je vous dis à dimanche prochain. Et d'ici là, prenez bien soin de vous.