- Speaker #0
Hello à tous et bienvenue sur le plateau de l'étincelle. Dans chaque trajectoire, il y a un moment d'audace, un instant où l'on quitte le confort pour l'inconnu, par conviction plus que par certitude souvent. Mon invitée du jour est de celle qui ose avec grâce et exigence. Chantal Baudron, pionnière de la chaise de tête en France, business angel engagée, jardinière de talent et d'entreprise, incarne une vision rare, celle d'un leadership éclairé, éthique et profondément humain. Dans cet épisode, vous allez découvrir comment elle a bâti envers et contre les crises une maison indépendante qui fête aujourd'hui ses 45 ans. Pourquoi elle regarde l'âme avant le CV ? Comment elle investit dans les projets avec la même exigence que dans les jardins qu'elle façonne ? Si vous êtes entrepreneur, dirigeant, simplement en quête de sens dans votre parcours professionnel, restez avec nous. Cet échange est à concentrer de lucidité, de foi en l'humain et bien sûr, d'étincelle. Bonjour Chantal Baudron. Bonjour Marie-Caroline. Je suis enchantée de vous retrouver aujourd'hui. Après une conversation il y a quelques semaines, on avait abordé l'éventualité d'une discussion ensemble. Et autant vous dire que je n'ai pas laissé passer cette occasion. Et j'avais très envie en fait de revenir sur votre parcours, de parler de pas mal de sujets d'actualité, notamment dans une période de crise qui touche les startups encore plus fort que les autres, puisque ce sont de jeunes pousses un petit peu plus... sensible à la météo. Fragile. Voilà, c'est ça. J'avais vraiment envie d'aborder tous ces points-là avec vous, puisque vous êtes aussi business angel, en plus d'être chasseuse de tête. Alors, on va commencer par vous. Moi, j'aime toujours revenir à l'histoire fondatrice. Qu'est-ce qui a fait que vous avez quitté, assez jeune finalement, dans votre carrière, le cabinet référent de Bernard Kreef en vous disant « j'ai envie de monter ma propre structure, mon propre cabinet de chasse » .
- Speaker #1
Alors... La genèse est la suivante. J'ai effectivement fait une carrière dans ce cabinet qui était important à l'époque, un des premiers d'ailleurs, où j'ai été formée et où j'ai progressé puisque j'en ai été le directeur général en finale. J'étais très reconnaissante à la structure de m'avoir donné cette formation, plus que cette formation d'ailleurs, parce que Bernard Krièf n'hésitait pas à... à promouvoir la jeune dirigeante que j'étais. Il n'y avait pas beaucoup de femmes dans la profession à l'époque. Donc, j'étais un peu une sorte de fille spirituelle. Donc, ce n'était pas facile de quitter le père.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais je crois qu'à un moment, ça s'est lié à la maturité, je pense. J'ai éprouvé le besoin de faire ce métier selon mes conceptions. C'est ça qui était la motivation essentielle. Je savais ce que je perdais puisque... J'ai recommencé à zéro, en n'emportant aucun dossier, aucun client, aucun consultant. Alors que j'étais la dirigeante du plus grand cabinet de l'époque, on était deux d'être à peu près la même taille, j'étais très courtisée par les journalistes, etc. Donc, si on a un égo fort, c'est un peu difficile de repartir à zéro. Mais je pense que les femmes, d'ailleurs, le font plus facilement que les hommes.
- Speaker #0
tout à fait possible. Est-ce que vous aviez l'intuition que vous alliez pouvoir apporter quelque chose de différent et faire un peu à votre façon ?
- Speaker #1
C'était ça, la motivation. C'est-à-dire que j'ai beaucoup de respect pour ce que Bernard Kriyev faisait, mais j'avais une conception peut-être plus élitiste du métier qu'il ne l'avait lui-même. Il était un homme de marketing, alors c'était un peu plus mass market, si je puis dire. D'accord. J'avais envie peut-être d'un métier plus sur mesure, plus luxe, etc. Enfin, luxe au sens pas nécessairement en termes de secteur, mais d'approche plus délicate. Voilà, c'est ça.
- Speaker #0
D'accord. Qu'est-ce que vous avez eu le sentiment de risquer à ce moment-là ? Parce que vous aviez le vent en poupe, comme vous le dites vous-même, ça marchait bien. Vous décidez de partir sans client, ce qui est quand même assez osé, assez audacieux. Et j'ai même envie de vous poser la question, est-ce que c'est possible ? Parce qu'eux, vous devez forcément avoir envie de vous suivre. Donc, ça veut dire qu'il faut leur dire non.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Donc... Donc, est-ce que vous avez vraiment mesuré ce que vous laissiez derrière vous ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Alors, je dois dire qu'après, il y a des problèmes de contexte familial. Mon mari m'avait dit en riant, il m'a beaucoup poussé à faire ce pas, à franchir ce pas, en me disant « je te nourrirai toujours » . C'est vrai qu'il y avait donc d'autres revenus dans la famille. Et puis, je crois honnêtement que j'avais assez confiance en moi, pensée que j'allais réussir. Ça n'a pas été vraiment des cas de conscience terribles. Et puis, dans les arguments que j'avais donnés à Bernard Kreff et qui étaient vrais, je venais d'avoir un troisième enfant. Et je m'étais dit aussi que peut-être, étant indépendante, je pourrais mieux m'organiser en termes de temps de travail. Ce n'était pas tout à fait vrai dans la réalité parce que quand on est dans le business,
- Speaker #0
voilà. Ça devient un peu tout le temps. Aujourd'hui, vous avez trois enfants ?
- Speaker #1
J'ai trois enfants et huit petits-enfants.
- Speaker #0
Huit petits-enfants. Et vos trois enfants, en quel âge ?
- Speaker #1
Je n'ose pas le dire parce que je suis un peu de vieux terrible.
- Speaker #0
D'accord, on passe cette question. Vous êtes éternellement jeune de toute façon. Qu'est-ce que vous étiez, justement, en passant ce pas, qu'est-ce que vous n'étiez pas prête à sacrifier ? Est-ce que vous étiez posée la question en ces termes, d'ailleurs ?
- Speaker #1
Oui, alors non, j'avais quand même une préoccupation de vraiment de respect de mes engagements, c'est-à-dire de ne pas... prendre des clients, je ne voulais pas, si vous voulez, piquer, entre guillemets, du petit d'affaire à une structure et un homme qui m'avait formé, qui m'avait permis d'être là où j'étais en termes de maturité professionnelle. Donc ça, c'était un peu pas difficile à gérer, mais c'est vrai que beaucoup de clients sont venus vers moi en me disant, mais on a envie de travailler avec vous, etc. Et j'ai dit, ce n'est pas possible, j'ai pris et j'ai donné ma parole et certains d'entre eux, au moins deux, m'ont dit, mais on ne va pas vous laisser sans client et ils m'ont présenté. à d'autres structures qui ont été mes premiers clients. Donc, je trouve ça très... Bon, vous savez, j'ai une valeur, enfin, pas une valeur, mais une croyance plutôt, c'est que l'honnêteté paye.
- Speaker #0
J'allais dire exactement, l'éthique est payante.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Ça a été très bien passé. Ça a été la croissance douce. Je n'ai pas du tout cherché les volumes, les effectifs. J'ai voulu plutôt faire un choix d'équipe de qualité, fidélisée, de clients. L'objectif étant d'avoir l'estime de nos clients et aussi des candidats. Parce qu'on oublie souvent que dans notre métier, on a deux types d'interlocuteurs. Et on reproche parfois au cabinet de ne pas toujours avoir le comportement qu'il faudrait avec les candidats. C'est-à-dire que selon que vous êtes puissant ou misérable, vous êtes client ou candidat, il n'y a pas tout à fait le même comportement en face.
- Speaker #0
Complètement. Alors, cette valeur d'honnêteté, concrètement, dans votre métier, à qui vous avez donné l'occasion ? À quel moment vous avez trouvé qu'elle était particulièrement mise à l'épreuve, qu'elle était potentiellement mise en tension ? Est-ce que c'est un métier dans lequel il est parfois difficile ? J'ai un cas concret à vous donner. Le feedback, ce n'est pas toujours facile. Vous avez dû en donner énormément. Vous avez dû dire non. Est-ce que votre valeur d'honnêteté a nourri aussi des feedbacks parfois pas faciles à donner ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Mais bon, alors... Déjà, on a un peu un leitmotiv qui est de dire, nous faisons ce que nous disons et nous disons ce que nous faisons. Donc, valeur de transparence et valeur de fiabilité. Ça, ça s'applique, disons, plutôt dans la relation avec nos clients. Mais pour ce qui est justement, alors aussi, l'autre valeur, c'est de toujours donner, informer les candidats que nous voyons des raisons du refus. Quand on les présente, là, il n'y a pas de problème. Ils sont contents, mais beaucoup se plaignent de ce que les cabinets n'assurent pas de survie. Et ça, ça engendre une frustration terrible. Donc, nous essayons. On n'y arrive pas toujours parce que quelquefois, il y a les volumes, etc. où les gens sont difficiles à joindre. Mais on essaye. Et vous voyez, quand on reçoit des candidatures spontanées, qui est un autre volant, quand on reçoit des personnes pour les aider, qui ne correspondent pas nécessairement à une mission en cours, environ deux mois après, on reprend contact avec eux pour savoir où ils en sont. Je dois dire que ce suivi-là est très apprécié, parce que je crois qu'il n'est pas très général.
- Speaker #0
Je vous le confirme, et je vous le confirme d'autant plus que vous m'avez reçu dans le cadre d'un entretien exploratoire, et vous avez pris des nouvelles, et vous m'avez mise en relation. Alors, ça ne doit pas être évident, parce que vous avez, je ne sais pas si on peut parler en termes de base client, mais vous gérez combien de... candidats, de profils ?
- Speaker #1
Alors,
- Speaker #0
on ne gère pas les candidats parce qu'ils vont venir.
- Speaker #1
On a en revanche une base de données de candidats qui est importante, qui doit être 120 000.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et qui nous sert à alimenter justement nos missions. Quand on a une nouvelle mission, on va commencer par regarder dans la base. Oui. On est riche de cela, c'est important. Après, les clients, le nombre de missions qu'on accepte est tout à fait adapté. à notre capacité de production. Et même parfois, on est un peu en sous-production parce que le marché n'est pas très bon, etc. Il y a des hauts et des bas là aussi. Mais enfin, 45 ans plus tard, ça va toujours.
- Speaker #0
Mais c'est ça, vous fêtez vos 45 ans de cabinet. Ça fait quoi ?
- Speaker #1
Eh bien, je suis plus... Ça me donne un coup de vieux, mais en même temps, je suis assez fière. Pourquoi ? Parce que je suis le seul cabinet qui a survécu dans cette époque des années 80. Les autres se sont vendus pour certains, soit ont déposé, parce qu'on a traversé au cours de ces décennies beaucoup de crises. Et donc, en sortir indemne et avec, je pense, j'espère, une bonne réputation. j'en suis heureuse et fière.
- Speaker #0
Est-ce que ça a correspondu à une volonté de garder cette indépendance du cabinet, un cabinet incarné, avec votre nom ?
- Speaker #1
Oui, plutôt, parce que j'ai eu beaucoup de propositions de rachat. On me disait, et je pense que c'est un peu vrai, qu'on est devenu une marque. Et donc, beaucoup de cabinets avaient envie, enfin beaucoup de confrères ou d'industriels, que ce soit dans l'intérim ou je ne sais quoi, avaient envie de racheter cette marque. Moi, je n'ai pas voulu vendre. Après, il y a quelques fois, on est obligé de vendre parce qu'on a des besoins financiers, ce n'était pas mon cas. Mon mari est industriel, a vendu ses entreprises, etc. Donc, il n'y avait pas de souci. Et parce que j'avais remarqué que mes confrères qui avaient vendu, ça s'était généralement mal passé. Et les boutiques fermaient quelques temps plus tard. Et puis, il y avait des changements aussi de philosophie, de stratégie, etc. Donc, je me suis dit, je vais essayer de garder ça pour une solution que je suis en train de mettre en place, c'est-à-dire que j'ouvre le capital à des consultants. D'accord. Voilà. Donc, ce sera plutôt une succession en interne.
- Speaker #0
Oui, c'est ce que j'allais vous demander, parce que jusqu'à présent, aujourd'hui, vous êtes solo. Oui, tout à fait. Il n'y a pas de Chantal Baudron et Partners.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
C'est comme ça que ça se passe. Mais la succession est en train de se préparer. Alors, vous avez parlé de crise, de moments difficiles. Est-ce qu'il y a eu des moments où vous avez pensé à tout arrêter ?
- Speaker #1
Jamais. Jamais. Non, parce que d'abord, les difficultés que j'ai pu rencontrer, vous savez, lors des grandes crises, je ne sais plus quoi. 2008, par exemple, c'était une grande crise. Ensuite, les tours de New York.
- Speaker #0
Donc, 2001, 2008.
- Speaker #1
Ça a commencé par Mitterrand, vous savez, créé en 80, 80 élections. Il y avait une panique à bord. Il y avait des gens qui...
- Speaker #0
Le choc pétrolier, l'inflation. Oui,
- Speaker #1
et puis surtout l'arrivée de ministres communistes ou gouvernements. Je vous assure que ça fait peur. J'ai certains confrères qui sont partis aux États-Unis à ce moment-là, d'ailleurs. Moi, je démarrais, je n'avais pas des frais fixes importants. Et puis après, à l'occasion des crises, elles n'ont jamais été très violentes. Parce que ça, c'est aussi peut-être... Ma sagesse d'avoir gardé une structure qui n'était pas démesurée. Pourquoi mes confrères ont eu beaucoup de mal ? C'est qu'ils étaient, pour certains d'entre eux, souvent des hommes, même des hommes, voulant absolument un développement très fort. Donc, dans nos métiers, quand on a une crise, il faut licencier. Et ça coûte très cher de licencier. Moi, je n'ai jamais licencié parce que j'avais gardé une structure plus bien adaptée à notre clientèle. Donc, je crois que c'est ça qui m'a vraiment sauvé la vie. Et donc, je n'ai jamais eu de moment de crise, de panique au moment du Covid. Quand même, le chiffre d'affaires a baissé, mais il y avait des aides. Il y avait des... On pouvait imputer une partie des salaires, etc. Donc, ça n'a pas été dramatique non plus. Donc, honnêtement, je n'ai pas honte de dire que je n'ai pas vécu de moment tragique. Oui.
- Speaker #0
Et au maximum de la masse salariale, j'ai envie de dire, au maximum de personnes que vous avez été dans le cabinet, Chantal Baudron, aujourd'hui, c'est combien de collaborateurs ?
- Speaker #1
C'est 13 personnes. D'accord. On n'a jamais cherché à…
- Speaker #0
J'ai appelé ça la croissance douce. En privilégiant peut-être la qualité, la fidélité des équipes. D'accord. Super. Alors, vous êtes une révélatrice de talent. C'est comme ça, c'est surnom.
- Speaker #1
C'est joli, ça, oui.
- Speaker #0
J'ai fait un peu de travail sur vous et ce mot revient beaucoup. Une chasseuse qui regarde l'âme avant de regarder le CV. C'est aussi...
- Speaker #1
Ah bon ?
- Speaker #0
Alors, il y a une phrase... On y reviendra aussi parce que je crois que c'est un petit peu votre façon d'être business angel. Donc, on y reviendra après. Là, on va s'intéresser à la chasse. Mais ce que vous dites souvent, c'est que vous placez le savoir-être avant tout. Alors, concrètement, à quoi vous voyez le savoir-être d'un candidat ?
- Speaker #1
Alors, d'abord, pourquoi je fais ce choix-là ? Alors, je suis psychologue de formation.
- Speaker #0
Ce que j'ai vu.
- Speaker #1
J'ai envie d'ajouter, nul n'est parfait. Donc, si vous voulez, ici, l'ADN que j'ai mis en place, il est vraiment centré sur l'évaluation. C'est-à-dire que dans notre métier, il y a deux temps. Il y a le temps où il faut trouver un candidat qui ait les savoir-faire, les hard skills qui correspondent aux besoins du poste qu'il a pour voir. on sait que ça ne suffit pas. Donc, il y a le deuxième temps qui est justement l'évaluation de cette personne, c'est-à-dire comment elle fonctionne, quelles sont ses motivations, quel est son comportement dans l'entreprise, son style de management et même ses valeurs. Et c'est cette appréhension-là qu'on soigne particulièrement, parce qu'on sait que l'échec dans l'entreprise est rarement un déchessite de compétences, mais presque toujours un problème. d'intégration et d'adaptation à une culture d'entreprise. Et comme beaucoup de nos clients sont plutôt des PME et des ETI, et souvent à forte culture parce que souvent à capital familial, avec un fondateur, etc., il est indispensable de bien faire le tour de la personne pour s'assurer que ça va matcher avec la culture de l'entreprise. Alors, comment on fait ? Alors, on a appris plein de techniques, on peut même utiliser des tests, mais surtout, en dehors des entretiens qu'on peut multiplier, On fait un contrôle de référence très particulier à 360 degrés, c'est-à-dire qu'on interview des hiérarchiques, des pairs et des collaborateurs. On le fait devenir assez ample puisque, par exemple, pour des membres du comité de direction, on peut interroger jusqu'à 10-12 personnes. C'est très consommateur de temps, mais franchement, ça minimise beaucoup le risque d'échec.
- Speaker #0
D'accord. Et est-ce que quand un candidat arrive devant vous, on dit souvent la première impression ? Oui ! Est-ce que vous vous fiez à cette première impression ?
- Speaker #1
Alors, on ne peut pas ne pas avoir de première impression, déjà, c'est vrai. Mais j'avais un client avec lequel j'ai beaucoup travaillé, qui était président de Sony France, qui me disait, Chantal, dans les 10 minutes de l'entretien, vous savez si c'est pour nous ou pas, mais vous passez ensuite 40 minutes à vérifier votre première impression. Alors, ce n'est pas tout à fait exact dans tous les cas. Quelquefois, on peut avoir une petite... réactions négatives dans les dix premières minutes et qui peuvent se dissiper parce que justement on prend le temps d'écouter les gens voilà il faut pas aller trop vite quand même non plus et avec toute cette expérience
- Speaker #0
45 ans c'est quand même pas rien vous avez dû en voir un nombre de candidats tout notre métier a beaucoup changé alors vous m'apportez la question sur le plateau qu'est ce Qu'est-ce qui a changé dans la... Alors, dans votre métier, mais j'avais aussi envie de parler de la relation entre le candidat et le cabinet.
- Speaker #1
Alors ça, je crois qu'elle n'a pas changé du tout. Parce que depuis le début, j'ai beaucoup insisté pour que justement, on considère que nous sommes vraiment les interlocuteurs des deux parties. Et donc, nous essayons, pas toujours facile, d'avoir cette relation de qualité, de considération pour les candidats. Entre parenthèses, c'est aussi les clients de demain. Donc, Ce qui a changé, c'est les méthodes. C'est-à-dire que moi, quand j'ai commencé, c'était un métier de sélection. La notion de chasse existait à peine. Les Américains arrivaient tout juste. Et donc, on passait des annonces dans la presse.
- Speaker #0
Oui, c'est ce que je disais.
- Speaker #1
Impressionnant d'ailleurs. On avait des dizaines et des dizaines, même quand j'ai commencé en 80 le cabinet. Et donc, on recevait des dossiers. Donc il n'y avait pas de chasse, il n'y avait pas de sourcing, les gens venaient à nous. Et après c'était surtout un travail encore une fois d'évaluation. Donc ça, ça a quand même beaucoup évolué. C'est-à-dire qu'à un moment donné, peut-être ce grand mouvement anglo-saxon de chasse de tête, terme que je n'aime pas du tout parce que je le trouve très réducteur, il a fallu aller chercher les candidats potentiels. Et ça a beaucoup perturbé d'ailleurs les structures, je me souviens. Je me souviens de ce consultant qui disait, écoutez, c'est un drôle de métier, parce que ça devenait presque pas commercial, mais il fallait approcher des gens qui n'étaient pas nécessairement disposés à vous entendre. Alors qu'avant, le métier de sélectionneur, c'est confortable. On reçoit des dossiers, on dit oui, non, voilà. Donc, il y avait une espèce d'attitude qui était fondamentalement différente et ça a pu perturber certains consultants qui avaient du mal à se faire à ça. Donc il y a ça, il y a cette... nécessité de sourcing, c'est-à-dire de trouver des candidats qui a quand même pas mal... Voilà. Le deuxième grand bouleversement, c'est LinkedIn. Parce que...
- Speaker #0
Il est arrivé en quelle année, LinkedIn ?
- Speaker #1
Il y a 10-12 ans, je dirais.
- Speaker #0
C'est fou, on a l'impression, c'est comme un enfant, on a l'impression qu'il n'a toujours été là. Mais 10-12 ans seulement.
- Speaker #1
Et ça a vraiment disrupté le marché, c'est-à-dire que c'est devenu à la fois... le meilleur outil pour nous, parce que ça nous sert aussi à trouver, pour le sourcing, à trouver des candidats. Mais c'est en même temps le plus grand concurrent. C'est-à-dire que beaucoup de structures... Avant, les entreprises venaient vers nous parce qu'elles n'avaient pas la possibilité d'approcher les candidats. Ça ne se faisait pas ou ce n'était pas évident. Et quand LinkedIn est apparu, les entreprises ont pris conscience qu'elles pouvaient faire ça, ce travail d'approche. On recrutait beaucoup de talent acquisition, etc. et donc on a eu une diminution quand même à mon avis assez drastique de missions qui ont été faites par les entreprises elles-mêmes.
- Speaker #0
Changement de profil aussi peut-être, on réservait aux cabinets spécialisés des profils peut-être plus seniors ?
- Speaker #1
D'une part et d'autre part aussi les postes qui sont en tension, c'est-à-dire qu'il est difficile de trouver ou quand il y a des problèmes de confidentialité dans la recherche. il nous restait ça. Mais c'était beaucoup moins que...
- Speaker #0
Donc, le marché a vraiment... C'est vraiment contracté, en fait, le marché de l'achat.
- Speaker #1
Et continue. J'ai les statistiques de la profession, là, je suis membre de Syntec. L'an dernier, ça a été moins 13. Et cette année, on est au moins 18.
- Speaker #0
D'accord. Alors, effectivement, ces chiffres résonnent avec des chiffres qui m'ont été donnés. Et à côté de ça, il paraît qu'il y a une branche du recrutement qui est en croissance et... Et c'est intéressant de se pencher dessus et de savoir aussi ce que vous en pensez. C'est le management de transition.
- Speaker #1
Oui, alors vous avez raison. D'ailleurs, c'est un savoir-faire qu'on n'avait pas, mais que j'ai acquis il y a quatre ans, que j'ai créé il y a quatre ans, en recrutant à l'extérieur quelqu'un qui savait. Et vous avez raison, ça marche plutôt bien. Pourquoi ? Parce que... Et beaucoup d'entreprises, d'abord, il y a plusieurs raisons. Mais la première, une des raisons, c'est que d'autres entreprises ont fait des plans sociaux il y a quelques années. Donc après, c'était difficile de recruter. Donc recruter un manager de transition, ça leur permettait d'avoir une solution. Ensuite, beaucoup d'entreprises sont en transformation. Et donc, il y a un certain nombre de postes ou de talents dont elles ont besoin un certain temps pour des missions. Et donc, ce n'est pas la peine de créer un poste pérenne. pour un enjeu qui est ponctuel ou en tout cas limité dans le temps. Et enfin, et là c'est très complémentaire de notre activité de conseiller d'encrutement, c'est que quand un poste tout à fait important, quand une personne occupant un poste important démissionne, on nous confie certes la mission de le remplacer, mais on sait qu'il va falloir de l'ordre de six mois. Et donc on nous demande de trouver un manager de transition pour cette période-là. Et donc, en ce sens, c'est bien complémentaire de notre activité.
- Speaker #0
Très bien. Et alors, en discutant avec ces cabinets que j'ai rencontrés, parce que moi, j'avais une image assez négative, je vous avouerais, du management de transition. En fait, longtemps, pour moi, ça a été les fins de carrière gérées un peu. Voilà, on termine avec du management de transition parce qu'on a un beau bagage d'expertise.
- Speaker #1
Et parce qu'on ne trouve pas CDI, parce qu'on est trop vieux.
- Speaker #0
Voilà, un peu la gestion des vieilles branches, comme on me disait à un moment donné dans mes cours de sciences économiques. Et en fait, en discutant avec l'un de ses cabinets de management de transition, il m'expliquait effectivement cette croissance de cette branche du recrutement qui se porte très bien. Et aussi peut-être pour des raisons générationnelles. C'est-à-dire qu'il expliquait maintenant que parfois, les candidats préféraient honnêtement finalement passer d'une boîte à l'autre, arriver avec leur boîte à outils. Être trois intenses pendant, c'est le trois jours, trois mois, trois jours, trois semaines, trois mois, trois jours pour arriver, trois semaines pour le diagnostic, trois mois pour l'implanter. Après, ça peut être des missions plus longues quand même. Mais finalement, être un peu en stop and go comme ça.
- Speaker #1
Vous avez raison, je vous le confirme. Et d'ailleurs, ça a généré toute une génération de managers de transition qui sont beaucoup plus jeunes. Vous aviez raison quand vous évoquez autrefois, quand on est plus de 55 ans, on pouvait avoir un peu de mal à trouver un CDI. Donc, je vais faire du management de transition. Aujourd'hui, il y a des 35-45, par exemple, qui ont choisi vraiment cela, pour les raisons que vous indiquiez aussi, c'est-à-dire qu'on n'est plus intégré dans une structure au sens hiérarchique du terme, rendre compte, etc. Enfin, il faut rendre compte de sa mission, mais ça donne, je ne sais pas, une sorte d'autonomie, avec la possibilité aussi de parler de manière plus franche, etc. Et puis, ça permet de, alors ce que me disent ces managers, ils me disent, voilà, chaque fois, il y a un enjeu et c'est intéressant d'aller jusqu'au bout de cet enjeu, de réussir. Et c'est varié, on passe d'un enjeu à un autre. Donc, cette notion de variété est importante et aussi d'organisation de son temps de vie. C'est-à-dire que certains font un petit voyage entre deux missions, etc. Voilà, donc ça correspond bien à ces mentalités-là.
- Speaker #0
Et alors, le corollaire de ça, c'est la question du CDI. Il est difficile de parler, on a parlé de luxe ensemble, difficile de parler de luxe sans parler de désirabilité. Est-ce que le CDI reste encore désirable ?
- Speaker #1
Oui, oui. Mais ce n'est pas général, ce n'est pas aussi général que ça l'était, où avant c'était vraiment le graal, avoir un CDI. Aujourd'hui justement... J'ai vu le cas, par exemple, de managers de transition que nous avons mis en place pour des fonctions, par exemple, récemment de DRH. L'entreprise a proposé à la personne de rester. Autrefois, on répondit là-dessus. Et bien, la personne a dit non, je préfère repartir avec des missions. Donc, il y a les deux comportements. Ceci étant, le CDI reste quand même important, la sécurité de moins en moins assurée. Ce n'est pas parce qu'on a un CDI qu'on va faire une carrière dans une entreprise. Donc ça,
- Speaker #0
ça bouge aussi. D'accord. Alors, qu'est-ce que vous aimeriez dire, j'aime bien ces cas un peu pratiques, à un cadre, un dirigeant, un entrepreneur, qui a l'impression que les postes qu'il aimerait briguer lui échappent ? Vous savez, il y a ce truc de « ah, je n'ai pas été retenue, ah, j'étais en… » Moi, j'ai toujours un peu la conviction que ça vient de nous, en fait, qu'il y a un moment… Voilà. Donc, qu'est-ce que vous avez à nous apporter là-dessus avec votre regard ? Alors, vous échappez. Pourquoi ? En fait, il y a des schémas répétitifs où on se retrouve en lice en tour final. Et on vous dit. Oui, et en fait, ces cas-là, chez certaines personnes, ça revient souvent, ce cas-là. Oui,
- Speaker #1
je comprends. Alors déjà, il vous échappe, il faut bien préciser ce que c'est. Il y a aussi tout un marché dit gris, c'est-à-dire qui ne passe pas par des chasseurs, et qui est le marché de la cooptation. Alors celui-là, il vous échappe si vous n'êtes pas concerné. Et c'est pour ça que dans les conseils que je donne, Moi, je demande toujours d'exploiter... à fond le réseau professionnel et personnel, parce que beaucoup de recrutements se font comme ça aussi. Alors après, vous échappez, ça veut dire que vous êtes candidat, vous faites la démarche et puis ça n'aboutit pas. Alors, ça arrive à tout le monde. Oui, ça arrive à tout le monde. Alors c'est vrai, quand c'est répétitif, c'est un peu anxiogène. On se dit, qu'est-ce qu'il y a en moi qui fait qu'on ne veut pas de moi ? Bon, après, il faut faire des analyses objectives de l'adéquation. Je pense que les procès sont assez justes dans l'ensemble. Vous voyez, donc, si on vous dit non, c'est qu'il y a quelqu'un à côté qui est mieux mentionné que vous pour le poste, enfin, mieux adapté. Il ne faut pas, je crois, en faire une affaire personnelle. Je pense que dans l'ensemble, les gens du recrutement, que ce soit en entreprise ou dans les cabinets, font correctement leur métier. Donc, il faut plutôt avoir une réflexion sur, justement, est-ce que je cherche bien ce qui me convient ? Ou est-ce que je conviens bien ? aux différents postes pour lesquels je suis candidat. Il y a peut-être un travail de réflexion à faire là-dessus.
- Speaker #0
Est-ce que ça vous fait basculer parfois un petit peu dans le coaching ? Je pense notamment à des candidats dont vous trouveriez qu'ils ont tout à fait le talent, mais que peut-être ils ne savent pas vraiment se vendre à la fin. Est-ce que ça vous est arrivé ?
- Speaker #1
Oui, ça peut arriver. C'est tant nous, on a choisi de ne pas faire de coaching, on sous-traite cette opération-là, ce que nous aurions. On essaie, vous savez, même en une heure, on peut donner des bons conseils. Puis aujourd'hui, beaucoup de gens qui ont perdu leur emploi sont quand même entre les mains d'outplacers.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et les outplacers, normalement, ils sont là pour ça, pour les aider. Oui,
- Speaker #0
chacun a son métier. Alors, moi, je vous vois aussi comme une semeuse d'avenir. Et vous investissez chez les autres. En 2018, vous avez été élue première Business Angel.
- Speaker #1
Femme.
- Speaker #0
Femme. Femme pour des startups pas seulement montées par des femmes, pour des startups montées par des femmes et des hommes. Est-ce que ça a été un projet prémédité ? Comment est-ce que ça s'est fait, cette bascule ?
- Speaker #1
Oui, alors c'est une prise de conscience. J'étais amenée, un petit fonds m'avait demandé de participer, d'être dans le jury de sélection des startups dans lesquelles ils souhaitaient investir. Donc j'ai rencontré chaque mois 4 ou 5 entrepreneurs, et c'est en les écoutant, en les voyant, que j'ai pris conscience qu'il y avait en France une grande richesse d'entrepreneurs, de créatifs. Et je me suis dit, j'ai quatre sous d'économie après tant d'années de travail, et je pense que ce serait mieux de les investir dans ces startups. Voilà, c'est vraiment comme ça, une prise de conscience. Alors j'ai commencé doucement, puis ça s'est un peu emballé, puisque aujourd'hui j'ai 114 participations. 114,
- Speaker #0
c'est ce que j'étais restée le dernier article, mais qui data effectivement un peu. Vous étiez à 75. Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Vous étiez à 74.
- Speaker #1
Oui, quelquefois, je ne résiste pas. Je devrais. Je dis parfois, en voyant, l'angel l'emporte parfois sur le faible.
- Speaker #0
C'est ça. Mais on ne voit pas toujours. Et j'en suis l'un des exemples. Parce qu'à l'époque, je ne vous avais pas que mon cul. On y reviendra. Parce que j'ai trouvé que c'était un exemple. Enfin, c'était apprenant, en tout cas pour moi. Est-ce que vous diriez qu'il y a un peu deux mondes, d'ailleurs ? Le monde des salariés et le monde des entrepreneurs ? Alors, ils se mixent de plus en plus. C'est-à-dire que je vois aussi des personnes qui ont créé une start-up, ça n'a pas toujours marché et qui vont revenir dans une structure d'entreprise. Et d'ailleurs, là, je fais un aparté pour dire que les mentalités ont beaucoup changé. Autrefois, il y a, mettons, 15 ans, nous n'aurions pas pu présenter quelqu'un qui avait échoué. Notre client nous aurait dit, c'est un loser. Ça, ça a bien évolué, je trouve, en disant, on est conscient que l'échec... est une espèce d'expérience accélérée et qu'on apprend beaucoup de l'échec. On est plus riche, plus mature. Et donc aujourd'hui on n'a pas de mal, vous voyez, ils n'ont pas de mal trop à se réinsérer dans des structures même après un échec pour une start-up. Donc ça c'est l'aparté. Votre question c'était ?
- Speaker #1
Ma question c'était est-ce qu'il y a un peu de monde, les entrepreneurs, les salariés ?
- Speaker #0
Je ne vais pas interpréter pour les raisons que je viens de vous donner, mais vous avez raison. Moi je crois fondamentalement qu'il y a des Merci. tempéraments d'entrepreneurs que certains ont et que d'autres n'ont pas. Vraiment. Et puis, il ne faut pas vouloir le bonheur des gens malgré eux. S'ils n'ont pas envie, ils n'ont pas envie. Ils peuvent très, très bien réussir une carrière plus linéaire dans une entreprise, etc. Il y en a qui sont... J'interviewais hier une jeune femme qui venait me présenter sa start-up. Elle avait déjà eu une start-up qui avait failli très bien marcher, mais il y a eu un incident de marché, etc., qui fait qu'elle a échoué. Ensuite, elle a elle-même formé des start-upers pour les aider à lever de l'argent ou améliorer leurs projets, etc. Et elle vient de recréer. Donc vraiment ça, une mentalité d'entrepreneur. Rien au monde n'aurait pu l'empêcher de le devenir. C'est un peu le cornel.
- Speaker #1
Et en fait, je trouve que c'est effectivement, je vous le confirme pour l'avoir aussi vécu, puisque aujourd'hui, j'ai créé Petite Reine, l'aventure a duré trois ans et demi. J'ai beaucoup discuté avec des chasseurs de tête, même si on n'aime pas cette expression, il va falloir que vous m'en proposiez une autre.
- Speaker #0
Des conseils en recrutement.
- Speaker #1
Des conseils en recrutement qui m'ont dit, en fait, vous savez, pour nous maintenant, c'est comme un MBA. C'est-à-dire qu'on aime bien savoir que vous avez fait ça. Ça veut dire agilité, ça veut dire que vous avez été dans le dur, ça veut dire que vous vous êtes remotivé vous-même, etc. Et effectivement, ça fait écho à... à un livre que j'ai lu à un moment de ma carrière où je pense que je n'avais pas encore, ce n'est pas du tout un fort égo qui dit tout ça, mais je n'avais pas encore connu de vrais échecs. Et à un moment, j'ai eu un accident de vie en 2017 et j'ai dû rentrer un peu précipitamment des États-Unis et j'ai lu « Les vertus de l'échec » de Charles Pépin. Et franchement, le titre même m'a... M'a apaisée, en fait. Et c'est vrai que ça, c'est le bon côté de l'américanisation du marché du travail. C'est de considérer aussi que c'est là-dedans qu'on apprend et je ne peux que le confirmer. Donc, si on revient un petit peu, parce que j'imagine que vous avez quand même votre œil aguisé à la fois de conseil en recrutement et de Business Angel. En fait, les deux s'activent quand vous rencontrez un nouveau projet, un nouveau fondateur. Qu'est-ce qui compte pour vous le plus ? Est-ce que c'est la clarté de la vision ? Est-ce que c'est l'adéquation avec le marché, un insight que vous trouvez pertinent ? Est-ce que c'est le tempérament du fondateur, le tempérament de l'équipe ? Qu'est-ce que vous mettez en premier ?
- Speaker #0
Alors, je commence quand même par me faire une idée du concept et du marché, parce que ce serait un peu suicidaire si je pensais qu'il n'y avait ni l'un ni l'autre, que le projet n'était pas bon et qu'il n'y avait pas de marché. Donc je commence quand même à valider un tout petit peu ça, mais c'est presque plus de l'intuition. Un jugement qui ne s'appuie pas nécessairement sur des données statistiques, etc. Voilà. Enfin, ça me permet quand même de franchir la première étape, dire oui, j'ai envie d'en savoir plus et de rencontrer l'entrepreneur ou les entrepreneurs, parce qu'il y a souvent des duos, voire des trios. Et là, alors, c'est là que ça se passe. C'est-à-dire qu'au cours des entretiens que j'ai, j'ai la conviction ou pas que ces personnes sont vont réussir ce projet. Vous voyez ? C'est un peu, oui, c'est de l'ordre de l'intuition plus que d'autre chose, mais c'est aussi peut-être le fruit de mon métier, d'habitude d'évaluer.
- Speaker #1
Complètement, mais ce qui est intéressant, c'est que ça résonne avec ce que vous avez dit tout à l'heure sur la réussite dans l'entreprise. Il y a un côté soft skills quand même.
- Speaker #0
Bien sûr, exactement. Donc si vous voulez, alors, c'est ça. Alors je ne fais pas des... Vous savez, on n'a pas trop le temps. le temps de faire des analyses poussées comme on peut le faire avec les candidats. Là, c'est assez intuitif. C'est-à-dire qu'au bout d'une heure, j'ai ou pas la conviction que cette personne pourrait réussir son projet. Alors, si on décomposait, il y a plein de choses. Il y a la conviction, il y a... La qualité intrinsèque, il y a la motivation, il y a plein de choses. Mais voilà, au global et de manière un peu intuitive, je me dis oui, j'y vais parce que j'y crois. C'est un peu ça.
- Speaker #1
Et c'est d'autant plus, l'intuition est d'autant plus forte dans cette phase-là qu'au moment où on lève des fonds auprès de Business Angel, en général, parfois, on n'a qu'un PowerPoint.
- Speaker #0
Mais c'est ça.
- Speaker #1
On n'a pas de chiffre d'affaires. Le principe même du Business Angel, c'est qu'il intervient avant plutôt une levée de fonds.
- Speaker #0
Ce n'est pas le business plan qui peut le convaincre. Un peu, parce qu'on projette dans l'avenir. Et voyez, quelques fois, pour vous montrer à quel point je mise sur les entrepreneurs, et je peux citer le nom parce que c'est une réussite, j'ai deux fondatrices de ce qui s'appelle aujourd'hui la Bonne Brosse.
- Speaker #1
Oui, mais on les adore ! Et donc,
- Speaker #0
elles sont venues me voir et elles m'ont présenté leur brosse. Moi, je leur ai dit, écoutez, votre brosse, je ne crois pas du tout, personne ne mettra jamais 120 euros, c'est le prix minimum, sur une brosse qui peut se trouver à monoprix, c'était désagréable, à 20 euros. Et j'ai dit, mais vous, vous êtes des bonnes, donc je viens, j'investis parce que je crois en vous. Et si la brosse ne marche pas, vous saurez pivoter. Si vous dire que j'ai vraiment la misée sur les entrepreneurs. Alors, j'ai eu raison, mais j'ai eu temps pour ce qui était du produit. Parce que je n'ai jamais vu une startup se développer à cette vitesse. Elles sont impressionnantes. Elles sont très très bonnes, elles font le buzz qu'il faut. Et vous savez, avoir cette brosse, c'est devenu comme pour les sacs. Il y a le heat bag pour l'année.
- Speaker #1
C'est la heat brosse.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Alors c'est assez étonnant, je n'aurais jamais pronostiqué ce sujet. Donc vous voyez, je n'étais pas bonne pour le produit, pour l'évaluation des prix, mais j'étais bonne pour le choix des entrepreneurs.
- Speaker #1
Et effectivement, elles ont fait un pop-up chez We Are en décembre dernier. Et donc, je les ai vues. Alors déjà, ce que j'ai trouvé super, c'est que ça fait déjà 3-4 ans. C'est le quatrième exercice. C'est le quatrième exercice, voilà. Et en fait, elles étaient là le week-end, un samedi et un dimanche, toutes les deux. Et elles expliquaient leur brosse. Et en fait... Moi, ça, je trouve qu'elles ont la passion chevillée au corps. Elles font les choses très bien parce qu'elles viennent de backgrounds où elles ont fait de très bonnes écoles de marketing. Mais en plus, elles sont là. Et en fait, elles sont là pour leurs clientes. Elles sont passionnées. Et je pense que ça... Et puis,
- Speaker #0
elles sont très bonnes en marketing digital. Et puis, elles ont choisi, alors c'était un choix amusant, à peu près 20 femmes investisseurs. Oui, des femmes. Alors qu'elles ont plutôt des positions qui font d'elles. un peu des modèles, et qui font beaucoup de buzz. Je pense que ça a contribué.
- Speaker #1
Ce sont des très bonnes ambassadrices. Alors, on va parler un petit peu de Petite Reine, parce que moi, je n'ai pas de honte à revenir sur nos discussions, au contraire. À l'époque, vous n'aviez pas investi. Petite Reine, c'était des paniers de vélo. Un peu la bonne brosse au vignis du marché, c'est-à-dire un panier de vélo à 195 euros, parce qu'il a une bride maroquinière. Et en fait, je m'étais demandé, parce que j'étais arrivée tout feu, tout flamme. Et je vous avoue, j'en ai converti plus d'un quand même sur ma levée de fonds, parce qu'au final, j'ai levé 400 000 euros. Et donc, j'étais ressortie de là en me disant, mais qu'est-ce qui a fait que Chantal Boudron n'a pas mis ? Comment est-ce que j'aurais pu la conquérir,
- Speaker #0
en fait ?
- Speaker #1
Et donc, c'est un petit moment de débrief.
- Speaker #0
Parce que c'était un peu ancien et je n'ai pas relu mes notes de l'écho. Donc, je ne vais pas être très précise. Merci. à la décharge, il arrive parfois aussi, comme ce n'est pas mon métier principal, que j'ai déjà fait des investissements récents et que je suis moins prête à réinvestir. Je ne dis pas quelle que soit la qualité du projet, mais un petit peu. Je ne suis pas sûre d'avoir bien étudié votre projet, vous voyez. Peut-être parce que j'étais aussi dans une phase où j'étais très très prise par d'autres sujets professionnels. C'est un peu la limite aussi de l'exercice, c'est-à-dire que je ne suis pas une pro. de l'investissement. Je suis une business angel artisanale et donc je peux aussi peut-être passer à côté de sujet.
- Speaker #1
Bien sûr. Bon, là, en l'occurrence, l'histoire vous a donné raison parce que Petite Reine, ça a été compliqué. Le marché était compliqué, mais aussi j'ai fait pas mal d'erreurs qui m'ont appris beaucoup. Mais du coup, ce que je me suis demandé, en fait, c'est plus généralement au-delà de Petite Reine, j'étais curieuse de comprendre d'où naissaient vos convictions. En fait, qu'est-ce qui faisait que pour vous, un projet passe de c'est bien à j'y vais ? Parce qu'en fait, à un moment, il faut faire des choix quand même. Je ne sais pas combien vous recevez de dossiers par...
- Speaker #0
Une quinzaine par semaine.
- Speaker #1
Oui, voilà.
- Speaker #0
Mais je ne regarde pas tous. Je regarde surtout ceux qui me sont recommandés. Aujourd'hui, je connais beaucoup de B.A. Et donc, quand un B.A. que j'estime me dit « Regardez ça de près » , je regarde. Sinon, je n'ai pas le temps. Je me dis que je suis vraiment un artisan. C'est tout. Donc cette conviction que moi...
- Speaker #1
C'est bien, j'y vais.
- Speaker #0
Je ne sais pas très bien vous le dire. Alors je laisse décanter un peu. Quand j'ai vu, je ne réagis pas avant qu'un jour. Je regarde quand même un peu en détail le deck. Et puis je passe quelques coups de fil aussi. S'il y a déjà des clients, ou plutôt des investisseurs que je peux connaître en disant qu'est-ce qui vous a motivé à venir, etc. Mais vraiment, j'insiste sur cette notion de... Alors, il y a du contexte, c'est-à-dire que si, effectivement, je suis parfois moins encline à investir parce que je suis trop prise par d'autres sujets, parce que j'ai beaucoup investi ces derniers temps et quand même mes moyens ne sont pas limités. Donc, il y a ce contexte-là qui fait que peut-être je peux passer à côté. Je peux aussi faire des mauvais choix. J'ai quelques startups au tapis là. Je ne sais pas. Alors, dans votre cas, je n'ai honnêtement pas assez de souvenirs. Maintenant que je connais la personne, je trouve que j'aurais dû peut-être réfléchir et approfondir.
- Speaker #1
En tout cas, vous m'auriez sûrement aidé avec de très bons conseils parce que je trouve que c'est ce que vous donnez volontiers. Quand on s'est revus, vous m'avez donné une heure de votre temps et toutes les mises en relation, notamment une que je cite parce qu'elle a été extraordinaire de Émilie Viergue.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
c'est super. Je vous remercie parce que ça a été une très belle connexion, une très belle conversation c'est une très belle personnalité et elle a l'art du feedback alors elle ne lui va pas par quatre chemins mais c'est génial parce qu'en fait ça fait partie de ces conversations qui font grandir donc moi j'ai adoré ça et en fait du coup certainement ce que j'imagine et dans mon cas ça m'aurait certainement servi parce qu'une de mes erreurs a été de ne pas bien m'entourer je pense Est-ce que vous voyez aussi votre rôle de business angel au-delà du ticket que vous mettez qui est entre 25 000 et 50 000 selon les projets ? Est-ce que vous vous faites fort de donner des conseils qui sont liés aussi à votre expertise, donc le recrutement ?
- Speaker #0
Alors, il y a deux catégories de start-up. Il y a celle pour lesquelles j'ai accepté un poste de participer au comité stratégique ou au board. Et là, je suis beaucoup plus impliqué, je participe aux réunions, etc. Mais il n'y en a pas beaucoup parce que je n'ai pas le temps. Il y en a huit. Pour les autres, je réponds à la demande. Donc cette demande c'est quoi ? C'est souvent, surtout dans l'univers du B2C, des mises en relation. Donc ça, comme j'ai un portefeuille quand même de relations importantes avec des clients, je peux vraiment rendre de vrais services. Et puis après, c'est des demandes d'aide, essentiellement des conseils RH.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et je réponds à la demande. Oui,
- Speaker #1
et ça fait déjà beaucoup. Je vous vois entre les 120 000 candidats d'un côté, on s'est dit 115, 114 investissements aujourd'hui, ça va faire beaucoup. Alors, la nature étant toile de fond de votre carrière, et je pense que j'imagine qu'elle ne vous a jamais quitté, vous avez des origines dans le Périgord ?
- Speaker #0
Oui, absolument. Alors, elle m'a quitté, c'est assez amusant. Donc je suis née dans ce petit village du Périgord. Ma famille est installée depuis l'origine des temps, si je puis dire. J'ai fait mes études secondaires à Sarla. Donc vous voyez, mes racines périgordines sont très profondes. Enracinées dans cette région. Et quand j'étais, je ne sais pas, mes parents m'ont rappelé ça, j'avais 14-15 ans, j'avais demandé à avoir un petit coin du jardin pour moi et j'avais planté. Je me rappelle même des rosiers anciens à l'époque, ce qui était un peu... pionniers.
- Speaker #1
Certaines demandaient une chambre à soi et vous aviez un jardin à vous.
- Speaker #0
Il est toujours là et donc je revois les plantations que j'avais faites. Et puis après, je suis venue faire ma thèse supérieure à Paris. Et là, j'ai oublié la campagne et la nature. Et vraiment, j'étais un peu frustrée. Surtout à ma génération, il n'y avait pas beaucoup de culture dans ces petites villes de province, etc. Et donc, Paris m'a appris
- Speaker #1
Vous avez fait vos études en 68 ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
En plus, dans ces eaux-là. Donc, un Paris, en plus, un peu tumultueux quand même.
- Speaker #0
Ce n'est pas ça qui m'a affectée, mais c'était surtout découvrir la culture. C'était formidable. Donc, j'étais ivre de tout ça, de toutes ces sollicitations, ces rencontres, cette intelligence, etc. Donc, je n'ai complètement oublié. Et puis... Ensuite, c'est revenu progressivement et en particulier, bien sûr, quand mon mari et moi avons fait l'acquisition d'une propriété pour nous, sachant que ma maison familiale allait à une de mes sœurs. Et donc, cette propriété que nous avons reprise il y a 30 ans était en déshérence depuis une cinquantaine d'années. Donc, en dehors des travaux à l'intérieur de la maison, on a décidé à un moment de recréer des jardins. On n'avait pas d'archives, donc ça a été fait avec... ami, je le cite parce qu'il a été important dans la création, qui était le créateur des jardins d'Eriniax. Ce sont des jardins assez célèbres qui sont dans le Périgord. Et donc, il nous a accompagnés pour nous aider. Moi, je savais ce qu'on voulait, mais après, c'est un métier, il y a des problèmes de proportion, de dimension, etc. Et là, il a été très, bien.
- Speaker #1
Et cette nature qui vous a suivi le long de vos parcours, est-ce que, même si elle était parfois plus enterrée, Est-ce que vous avez senti que c'était une ressource ? qui étaient là. On a tous besoin et j'imagine le stress que vous avez vécu quand même, même si vous aviez un mari qui renouvelait le contrat de vous nourrir en cas de problème. Voilà, quand on prend les choses un peu au sérieux, on se réveille. Les réveils de l'entrepreneur, on connaît bien. Les tempêtes, etc. Est-ce que ça a été votre soupape ?
- Speaker #0
Il y a eu cet éclipse qui a été plutôt compensé par des voyages, des découvertes du monde. C'était plus dans ce... Oui, il faut venir après. D'accord.
- Speaker #1
Et donc, c'est revenu après avec en particulier la propriété. Et on va y revenir un petit peu plus tard. Mais là, j'ai envie de vous ramener dans la tempête. Parce que cultiver en temps de tempête, c'est aussi quelque chose que vous faites très bien. Et on s'est parlé là, vous l'avez mentionné rapidement, quelques startups sont parties au tapis. Moi, je voulais parler de ça parce qu'aujourd'hui, quand même, on vit une véritable crise. J'ai connu la période quand j'ai lancé Petite Reine, j'ai fait ma levée en deux semaines. 400 000 euros en deux semaines. C'est quand même rapide. Je vous fais le pari qu'il y avait exactement la même présentation et la même passion. J'ai envie de faire un arrêt sur image sur cette période de crise. Comment est-ce que vous, vous la vivez en tant que business angel ?
- Speaker #0
Je la vis mal. Je la vis mal non pas à cause de la perte des investissements que j'ai faits, mais de voir parfois au tapis des startups. qui, structurellement, auraient pu survivre, mais à cause du contexte, c'est-à-dire des crises de trésorerie liées au fait qu'il y a en ce moment beaucoup de remboursements de PGE, de dettes bancaires qui sont difficilement renégociables et d'investisseurs, même les historiques, qui hésitent à remettre au pot. Donc moi, je me suis dans un certain nombre de cas battue pour arriver à convaincre d'autres investisseurs de faire un bridge pour aider la startup. à passer ce mauvais cap. Vous voyez, alors, moi, je distingue le conjoncturel du structurel. Si on voit que le produit ne marche pas, qu'il n'y a pas de marché, etc., bon, il faut accepter. En revanche, si c'est vraiment une crise de trésorerie, je trouve ça tellement dommage.
- Speaker #1
Et c'est souvent le cas, en fait.
- Speaker #0
Oui, en ce moment, oui. Particulièrement.
- Speaker #1
Je partage mon expérience une fois de plus là-dessus. En fait, moi, j'avais un tout petit tout petit chiffre d'affaires les deux premières années, mais lié au fait que mon développement était un développement industriel. Donc, j'avais complètement sous-estimé la phase d'industrialisation qui est en fait énorme. Et moi, venant du marketing, j'avais ma maquette. Pour moi, tout allait bien dans le meilleur des mondes, jusqu'à ce que des gens me disent, ton Nathalie Rosworski, je me suis dit, mais t'as pensé à tout fabriquer ? Je me suis dit, non, mais ça, je vais trouver, je vais aller à une nouvelle industrie. Et en fait... 400 000 euros, ça part assez vite quand même, surtout quand vous commencez à payer du design, des freelances, etc. pour avancer, des maquettes qui coûtent très cher. Et un des problèmes que j'ai eu, effectivement, c'est ce bridge, parce que c'est dur de bridger entre un business angel, un niveau business angel et le niveau qu'on appelle précide. Quel conseil vous donneriez à ces entrepreneurs qui doivent le faire et qui sont un peu justes ? Est-ce qu'il faut anticiper ? qu'il faut Levé plus dès la première levée auprès de Business Angels parce qu'on dit que ça peut être un ennemi.
- Speaker #0
C'est vrai que certaines pêchent par des levées trop faibles. Or, ça prend beaucoup de temps de lever. Donc, s'il faut recommencer peu de temps après, ce n'est pas très bon. Il y a ça. Et puis aussi, je crois que souvent, les entrepreneurs ne pensent pas au non dilutif. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a quelquefois des solutions, mais qu'on ne connaît pas nécessairement. Et je sais qu'il y a même des organismes qui sont créés, qui aident les startups à lever du nom d'inutif. Donc ça, je le dis comme message, il faut aussi y penser.
- Speaker #1
Et effectivement, dans mon cas, alors je n'y ai pas été pour une raison. J'ai été super bien accompagnée par le CIC Pays de Loire, qui est très, très dynamique. Et je me souviendrai toujours de ma conseillère qui avait été très accompagnante, qui voulait faire un tandem aussi avec la BPI. Donc tout ça fonctionne assez bien. et qui m'avait ouvert une ligne de trésorerie de 300 000 euros. Le problème de ça, c'est que vous garantissez quand même. Donc quand vous avez déjà mis 150 000 euros parfois, en vous disant c'est le ticket que je mets, on hésite à remettre au pot.
- Speaker #0
Mais jamais je n'ai vu, mon expérience n'est pas si longue, elle a 8 ans, une période aussi difficile qu'aujourd'hui.
- Speaker #1
Et est-ce que vous la voyez se prolonger ? Est-ce que vous voyez des signes à bon cours d'une sortie de crise ? Donnez-nous un peu d'étincelle là !
- Speaker #0
Je pense qu'il y a des modèles qui vont disparaître. Vous savez, il y a eu une période où ce qu'on a appelé DNVB,
- Speaker #1
Digital Native Vertical Brand,
- Speaker #0
c'était facile, il n'y avait pas beaucoup d'investissement. C'était par exemple dans la cosmétique, c'était du marketing, on créait une marque, on faisait fabriquer en sous-traitance. Donc après, c'était du marketing. Mais le marketing digital a coûté de plus en plus cher. Donc, du coup, il n'y avait plus les moyens de faire... Et quand vous ne faites plus de DATS, Google, je ne sais pas quoi, le budget d'affaires baisse. Donc, moi, je pense que ces modèles-là vont disparaître. Vous voyez ? Enfin, je pense. Vous voyez ? Ça fait aussi un peu de ménage. Oui,
- Speaker #1
parce qu'il y a eu un vrai... Est-ce qu'en termes de secteur, vous allez à peu près sur tous les types d'investissements ?
- Speaker #0
Oui. Tech,
- Speaker #1
boutique...
- Speaker #0
Il faut que je comprenne quand même. Mais encore que j'ai investi, j'ai appris dans la blockchain par exemple, dans le no-code, dans l'intelligence artificielle maintenant. Au contraire, même d'ailleurs, dans ce métier de business angel, il y a ce côté stimulation intellectuelle de découvrir des concepts qui sont souvent innovants, voire disruptifs. Je trouve ça très excitant. Donc en termes de secteur, c'est une liste à la prévère que je pourrais vous donner. Sachant que j'avais une petite concentration sur la beauté, mais j'en suis revenue, à part la bonne brosse. Et puis là, en ce moment, j'investis dans la restauration.
- Speaker #1
Génial.
- Speaker #0
Parce que j'ai commencé par... Voilà, et puis d'autres sont venus, etc. Et donc, ça c'est du sûr, c'est du tangible, si ça marche. Par exemple, j'ai investi dans une boulangerie qui s'appelle Trancher. Et bien franchement, les Français mangeront toujours du pain. Et comme ils ont un concept qui est intelligent, ça marchera très bien. Il y a deux ans, ils ont fait quatre points de vente. Déjà,
- Speaker #1
ils ont le sens du branding.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tranché. Il y a eu quelques petits succès comme ça. Oui, on en parle. Déjà, ça montre qu'on est à la croisée des chemins entre le marketing et la boulangerie. Et donc, c'est un métier qui se réinvente. Et c'est super intéressant. Je comprends ce côté bulle d'oxygène. Alors, si on termine sur ce petit chapitre. On pourrait y passer deux heures. Je savais que ça allait être très frustrant, Chantal, mais on s'est dit une heure, donc ça sera une heure. Un piège à éviter quand on lève des fonds ?
- Speaker #0
Il y en a peut-être plusieurs. Vous avez trois à plusieurs. Déjà, ça commence à s'assurer. Vous savez, il y a souvent, je vous le disais, des trios ou des duos. S'assurer que ça va bien. C'est difficile, mais ça va bien se passer. Parce que moi, ce que je vois, c'est l'éclatement de ces équipes. C'est un des sujets. Et beaucoup de startups sont mises à mal parce qu'il y en a un qui part et qui était indispensable au truc, etc. Donc, il y a un peu dans tout, c'est-à-dire parfois on fait une équipe, etc. Et ce n'est pas toujours du très solide, voilà ce que je veux dire. Après, moi je pense qu'il ne faut pas hésiter à lever assez d'argent pour. pour que la deuxième levée ne soit pas dans six mois.
- Speaker #1
Surtout peut-être en ce moment, effectivement.
- Speaker #0
Alors, éventuellement, ça peut se faire en deux fois maintenant. C'est-à-dire que vous avez besoin, par exemple, de 800 000, mais vous closez au bout de 400 000, parce que ça vous permet de commencer à faire des choses. Et puis, dans la suite, vous allez finir par lever les 400 000, mais c'est un peu la même levée, sauf qu'elle se fait en deux temps. Et c'est parfois nécessaire. L'autre conseil que je donne aussi, c'est quand même, Peut-être parfois, pour ceux qui n'ont pas nécessairement un grand réseau de BA, c'est de confier la levée à un professionnel, genre club de Business Angel. Moi, par exemple, je connais bien Angel Square, je trouve qu'ils sont très performants, très beaux. Et donc, ça fait gagner du temps. Et le temps, c'est de l'argent pour une startup. C'est-à-dire que toute l'énergie qui est utilisée à convaincre des BA d'investir, c'est du temps. Et consommateur d'énergie, c'est autant qui ne va pas au business.
- Speaker #1
Exactement. Écoutez, c'est très précieux. Merci pour tout ça. J'en avais une dernière qui était en fait un témoignage que j'avais envie de vous livrer, un peu brut de fonderie, sans la nommer parce que voilà, mais elle se reconnaîtra. C'est une entrepreneuse qui aujourd'hui fait plusieurs millions d'euros de chiffre d'affaires avec une très belle innovation dans la beauté. Je vais rester large. Elle s'est lancée il y a déjà un peu plus de dix ans. Et en fait, son projet a été très consommateur de fonds. Donc, elle a fait des levées de fonds les unes après les autres. Et en fait, j'étais hyper surprise quand on a discuté toutes les deux, qu'elle me dise, écoute, moi, il y a un message quand même que j'aimerais passer auprès de, notamment peut-être des femmes qui entreprennent, c'est de faire attention à leur dilution. Parce que j'ai été tellement driveée par le projet.
- Speaker #0
qu'en fait, il ne me reste pas grand-chose de ma boîte. Est-ce que ça,
- Speaker #1
c'est quelque chose ? C'est un peu d'ailleurs le défaut des startups. C'est-à-dire que le désir de se développer vite est synonyme de consommateur de cash et oubliant que ça se traduit par de la dilution. C'est pour ça que tout à l'heure, je disais, ils oublient trop le nom dilutif au moment du départ. Parce que la dette,
- Speaker #0
ça fait peur. En fait, la dette, on se dit qu'il va falloir la rembourser. Alors que si on échoue, tout le monde perd son argent.
- Speaker #1
C'est vrai. Mais bon, il n'y a pas que des dettes. Il peut y avoir des subventions, il peut y avoir des tas de choses. Je vous dis, il y a des organismes qui sont spécialisés là-dedans. Et donc...
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un comportement féminin qui vous emmène un peu vers ça aussi ? Est-ce qu'il y a un comportement assez féminin de driver par le projet particulièrement ? Je vous emmène un peu volontairement là-dessus parce que c'est une question que je me suis posée. Non.
- Speaker #1
J'ai vu aussi des choses de cette nature avec des entrepreneurs hommes. Mais c'est un peu un défaut. C'est-à-dire qu'il y a une espèce de course au développement. On brûle le cash, on en relève. C'est un peu un travers quand même. C'est comme si lever de l'argent était un signe de réussite. Vous voyez ? Oubliant que la contrepartie, c'est la perte. au niveau du capital.
- Speaker #0
Je suis très affinitaire d'un très beau podcast entrepreneurial qui est né en 2017, je crois, de Mathieu Stéphanie qui s'appelle Génération Do It Yourself. Et à un moment, je me perfusais littéralement à ces épisodes qui en plus durent 3-4 heures, donc on a le temps de voir venir et de s'en faire un tous les jours quasiment d'une heure. Et en fait, il y avait cette espèce de « Ah ouais, toi, t'as fait une série A, t'as fait une série B. » J'ai l'impression qu'on se parlait de BMW. Et alors qu'en fait, en soi, c'est pas... Enfin oui, c'est une étape.
- Speaker #1
Et à tel point que des modèles de start-up qui se mettent à gagner de l'argent très vite, dès la première année, si elles sont rentables, elles oublient les levées. C'est-à-dire qu'elles vont financer leur développement par leurs résultats. On a oublié ça. C'était aussi un schéma possible, une option.
- Speaker #0
Et le plus beau. Magnifique. Alors, on va parler de nouveau un peu de vous et retour dans le Périgord. Maintenant, vous y passez quand même un petit peu de temps.
- Speaker #1
J'y vais quatre jours tous les quinze jours, toute l'année, pour justement mon rôle de chef jardinier. Et puis aussi de plaisir à retrouver les jardins, à réfléchir aux projets, etc. Donc, ça, c'est un vrai bonheur.
- Speaker #0
Et vous arrivez maintenant à très bien jongler parce que vous êtes quand même... Peut-être un peu le velqué, mais honnêtement, ça ne se voit pas, si c'est le cas.
- Speaker #1
Pour mon entreprise ? Oui. Sauf que je ne fais pas de recrutement moi-même. D'accord. Mais je suis en première ligne pour le développement commercial, parce que les temps deviennent difficiles. Et puis, j'anime quand même la petite équipe. Je suis quand même très sollicitée. Plus mon métier de business angel. Donc, il ne reste pas beaucoup de place pour le Périgord. Parce que le Périgord, j'y vais aussi parfois pour des vacances. Enfin, je prends... Je fais beaucoup de télétravail. Maintenant que j'ai des petits-enfants, je commence à prendre une semaine des petites vacances, vous savez, et je les passe là-bas, parce qu'il faut profiter aussi de sa famille.
- Speaker #0
Alors, il y a une jolie chose que vous m'avez remise sur votre carte de visite lors de nos dernières rencontres, c'est une rose qui porte votre nom. C'est quand même pas comment ?
- Speaker #1
Je suis très fière de ça. La République m'a honorée en me faisant chevalier dans les gens d'honneur et officier de l'ordre du mérite, donc je pourrais dire c'est de grande satisfaction. Mais avoir une rose à son nom, je trouve que c'est quand même très chic. Pourquoi ? Oui, c'est ça. Tout le monde me dit, mais pourquoi ? Alors, d'abord, parce que le monde de la rose est un monde qui m'est familier, dans le sens où j'ai 1100 variétés différentes de roses dans ma propriété. Donc, c'est-à-dire mon amour des rosiers. Et donc, de ce fait, j'ai été amenée à connaître un peu l'ensemble de l'écosystème, c'est-à-dire ce qu'on appelle les obtenteurs, ceux qui commercialisent des variétés, etc. Et l'un d'entre eux, je lui rends hommage, j'en prie. Pierre Guillot, qui était d'ailleurs la sixième génération d'obtenteurs de roses. Je le connaissais bien. Il a découvert mon métier, ce qui à mon avis a joué un rôle important parce que dans la plupart des cas, les marraines ou les parrains des roses, c'est des people. Catherine Deneuve, Sonia Radkiel, un grand couturier, un grand... Et donc, moi je ne suis pas un people, mais mon métier a vraiment scotché. Il a dit Et d'ailleurs, dans son catalogue, il avait marqué « Cette grande chasseuse de têtes valait bien une rose » .
- Speaker #0
Exactement, c'est ce que j'ai lu.
- Speaker #1
Et vraiment, il s'est pris d'amitié. Ça existe comme ça pour moi. C'est lui qui m'a dit « Je serais heureux de faire votre rose » .
- Speaker #0
Alors, est-ce que cette rose vous ressemble et en quoi ?
- Speaker #1
Non, ça, je ne sais pas faire de bien bonne analogie. C'est une rose et une personne, mais je l'ai choisie. En vrai, j'ai choisi la couleur. Elle est rose. Pour moi, c'est la couleur de la rose. Ensuite, cette obtenteur fait des roses qui ressemblent, modernes, mais qui ressemblent à des roses anciennes, très feuillues, un peu comme une pivoine. Et enfin, elle est parfumée. C'était ça mes choix.
- Speaker #0
Oui, d'accord.
- Speaker #1
Elle s'appelle, la famille à laquelle elle appartient s'appelle Générosa. Alors peut-être que ça, c'est un petit clin d'œil pour moi.
- Speaker #0
Est-ce que vous trouvez aujourd'hui que c'est plus facile d'être libre ? Oh là là, c'est philosophique ça. Oui, d'être libre. Et vous pouvez prendre la question comme vous l'entendez. Oui, d'être libre. Est-ce que c'est sur le plan des mœurs ? Moi, je pense à... En fait, je me représente qu'il n'a pas dû être si facile de monter son cabinet dans les années 80.
- Speaker #1
Non, vous vous trompez.
- Speaker #0
D'accord. Pourquoi ? C'est qu'à l'époque,
- Speaker #1
les femmes étaient... Enfin... je trouve que leur vie était plus facile dans leur relation avec leurs collègues masculins. Autrement dit, moi, je donnerais à lire, j'ai réécrit un chapitre qui s'appelle « Merci messieurs » dans un livre qui s'appelle « Paroles de dirigeants » . J'ai plutôt été aidée par mes collègues masculins qui m'ont soutenue, qui m'ont donné des conseils, etc. Et je trouve que cette rivalité, cette concurrence qu'il y a aujourd'hui dans les générations entre hommes et femmes n'existait pas à mon temps, vraiment. On était suffisamment peu nombreuses. trop exotiques pour être des dangers. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc, ce n'était pas difficile. Ensuite, le marché était excellent, à part 81. Le marché était bon, il était beaucoup moins nombreux. Et moi, j'avais une petite réputation, parce que j'avais réussi chez Bernard Kriel, on avait fait le premier cabinet. Donc, je partais avec cette notoriété. Et c'est pour ça que j'ai appris C'est pas par narcissisme, mais j'appelais mon cabinet de mon nom. Il aurait fallu que je dise que derrière un autre nom, il y avait moi. Ça aurait été dommage. Donc franchement, ça a été facile.
- Speaker #0
On doute qu'il y a eu beaucoup de travail en vous voyant, en vous écoutant quand même. Mais j'entends...
- Speaker #1
Des convictions aussi, vous savez. Oui,
- Speaker #0
je pense que c'est des valeurs. Qu'est-ce que vous protégez aujourd'hui dans votre vie ?
- Speaker #1
J'ai toujours fait la famille. Quand on est en groupe, petits milieux familiales, enfants, petits-enfants, gendres, on est 16 personnes. Et donc, je trouve que ça, c'est un phallonster qui est très précieux à mes yeux. Et je ne veux pas que mes différentes activités nuisent à cela. Donc j'essaie de protéger ça, soit en prenant du temps avec, je vous le disais, les petits-enfants, en faisant aussi, alors on a un peu une habitude que je trouve agréable, enfin quand je dis habitude, ce n'est pas tous les ans. D'amener tout le monde en voyage. Le dernier voyage, c'était la Jordanie pendant une semaine. On vit groupé parce qu'on est tous ensemble. C'est des moments merveilleux. J'ai beaucoup aimé le confinement parce qu'on était tous... J'adorais... J'exagère de dire ça.
- Speaker #0
Il y a beaucoup de gens qui...
- Speaker #1
En plus, c'était le printemps, il faisait beau. C'était... moments d'échange et de... Je ne sais pas, c'est merveilleux. Je mets quand même la famille un peu au centre des intérêts auxquels j'accorde de l'importance.
- Speaker #0
Parce que avant de finir sur une dernière question, cette famille, vous avez eu l'impression que ce n'était pas toujours facile de concilier la carrière que vous avez eue et trois enfants.
- Speaker #1
Oui, alors je... objectivement aussi, alors j'étais bien aidée, j'avais une personne à temps complet, et puis, peut-être parce que les temps étaient plus faciles, je ne sais pas, mais je rentrais chez moi très tôt, c'est-à-dire dans le genre 18 heures, j'emportais jamais de dossier, alors que maintenant j'en apporte, parce que je ne sais pas comment je débrouille, mais j'en apporte, mais parce que j'ai plus de disponibilité aussi, et je sais que mes enfants disent qu'elles n'étaient pas souvent là, parce que j'avais aussi des voyages, etc., mais quand elles étaient là, elles étaient toutes à nous. J'aimais bien cette phrase, c'est la disponibilité qui compte.
- Speaker #0
Ok, super. J'ai envie de terminer par une dernière question. Qu'est-ce qui vous émerveille, Chantal ? Ah,
- Speaker #1
qu'est-ce qui me merveille ? Beaucoup de choses. C'est déjà une très belle réponse. Les rencontres. Vous savez, je trouve que c'est un enrichissement permanent. Et je dois dire que justement, le fait d'investir dans des startups me permet d'élargir mon écosystème de relations, de rencontrer des gens passionnants qui ont bien réussi. Donc les rencontres. Maintenant, fortement, la nature. Je fais chaque année plusieurs voyages pour découvrir des jardins avec des amis. Donc, la nature, c'est important. Je vous ai déjà parlé de la famille. Qu'est-ce qui m'émerveille, c'est les œuvres d'art aussi. Je veux dire, je peux, oui, je visite quand même, quand je vais voir des jardins, on voit aussi les musées, les palais, etc. Donc,
- Speaker #0
la beauté. écoutez je vous remercie Vraiment, de votre confiance, de l'enthousiasme avec lequel vous avez répondu à mon invitation à partager tout ça. C'est d'une richesse incroyable. Je vous souhaite surtout de poursuivre sur cette lancée parce que 45 ans, ce n'est que... Ce n'est que ! Voilà, il y aura une suite et on aura plaisir à découvrir vos prochains paris avec les prochaines startups qui auront le plaisir d'être accompagnées par vous. Merci Chantal.
- Speaker #1
Et merci Marie-Caroline d'avoir pensé à moi pour ce podcast.
- Speaker #0
Je vous en prie et à très bientôt.
- Speaker #1
Au revoir.
- Speaker #0
J'espère que cette conversation vous a donné comme à moi le goût du temps long, du soin porté aux personnes et aux convictions, et cette envie folle de cultiver dans la tempête comme dans les sorts. Chantal Beaudron nous rappelle que la réussite dans le recrutement, comme dans tous les domaines, y compris l'investissement, repose sur un socle invisible. L'intuition, l'éthique, le courage de rester fidèle à soi. Alors, si cet épisode vous a touché, partagez-le. Ou,
- Speaker #2
si vous avez aimé cet épisode, mettez 5 étoiles sur Apple Podcasts.
- Speaker #0
Voilà, la vérité sort de la bouche des enfants. Alors, je vous souhaite d'ici là une très bonne semaine et on se retrouve pour un prochain épisode très bientôt. Bye bye !
- Speaker #3
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