Speaker #1Bienvenue dans Ligne de code, une anecdote, une analyse, une ligne à la fois, jamais plus de 5 minutes. Tout commence souvent par une ligne de code, cette fois ce n'était pas cette ligne. C'était une ligne dans un email. Il y a 4 ans, deux colocataires décident d'écrire à Sam Altman. Pas de réseau particulier, pas d'introduction par un grand fonds de la Silicon Valley, un simple cold email. L'un s'appelle Gabe Pereira, il est chercheur chez Meta. L'autre, Winston Weiberg, est avocat, spécialisé notamment dans les contentieux antitrust et financiers. A l'époque, Gabe aide Winston à expérimenter avec GPT-3 dans son travail quotidien. Et très vite, ils ont une intuition. L'intelligence artificielle pourrait profondément transformer le métier d'avocat. Ils écrivent donc à Sam Atman et quelques semaines plus tard, OpenAI leur verse 5 millions de dollars. C'est le début de Harvey. Mais au départ, Harvey n'est pas encore la plateforme d'IA juridique que l'on connaît aujourd'hui. L'idée est beaucoup plus simple, prendre la puissance de grands modèles de langage et l'appliquer au quotidien des avocats. Analyser des milliers de documents, rechercher une information dans une masse de dossiers, rédiger, synthétiser, comparer. Harvey commence à transformer ses tâches longues en conversations avec une IA. Et surtout, les fondateurs ne construisent pas seulement un chatbot pour avocats. Progressivement, ils développent une véritable plateforme de travail juridique, capable de s'appuyer sur les documents et les connaissances des cabinets, puis d'exécuter des tâches de plus en plus complexes. En quelques années, l'expérience menée entre deux colocataires avec GPT-3 devient ainsi un outil utilisé par des milliers de clients. Et c'est là que l'histoire change d'échelle. Alors 4 ans plus tard, l'anecdote serait déjà belle si elle s'arrêtait là. Mais ce qui se passe ensuite est probablement encore plus intéressant. En février 2025, Harvey valorisait 3 milliards de dollars, puis 5, puis 8, 11 milliards en mars 2026 et aujourd'hui 15 milliards et demi de dollars après une nouvelle levée de 550 millions. Harvey revendique désormais plus de 3000 clients dans 70 pays. En 4 ans, deux colocataires qui testaient GPT-3 sont donc passés d'un email envoyé à Sam Atman. à l'une des entreprises les plus valorisées de l'IA appliquée. Mais derrière les milliards, il y a peut-être une autre histoire, une histoire de vitesse. Winston Weiberg aime utiliser une formule assez étrange, on ne peut pas calculer la racine carrée de la météo. Autrement dit, à un moment, il faut arrêter d'essayer de tout prévoir et agir. Chez Hervé, les salariés sont encouragés à montrer des travaux imparfaits ou prendre des décisions avec des informations incomplètes. et surtout à reconnaître rapidement lorsqu'une idée ne fonctionne pas. L'entreprise n'est pas organisée autour du consensus, elle privilégie la décision. Parce que dans un marché qui avance aussi vite que l'intelligence artificielle, attendre peut parfois coûter plus cher que de se tromper. Plus de 70% de l'équipe aurait d'ailleurs rejoint Harvey cette année. Pas vraiment le temps de créer une vieille garde. D'ailleurs, il y a environ 350 salariés mi-2025, un peu plus de 1 400. en août 2026 sur 16 implantations dans le monde. Mais il y a un paradoxe. Harvey vend de l'intelligence artificielle à des avocats, un secteur où l'approximation peut coûter extrêmement cher. Comment concilier cette culture du testons vite avec un métier fondé sur la précision et la confiance ? La réponse de Harvey est intéressante. Chaque réunion générale de l'entreprise commence par l'interview d'un client. Des avocats travaillent également directement dans différentes équipes de l'entreprise, notamment aux côtés des équipes proches. produits et ingénierie, l'idée est simple, pour aller vite, sans perdre le contact avec le réel, il faut garder l'utilisateur dans la boucle. Et c'est peut-être là que se trouve la véritable leçon de Harvey, la ligne derrière l'histoire. On pourrait raconter Harvey comme une nouvelle success story de l'IA, GPT-3, OpenAI, des centaines de millions levés, une valorisation de 15 milliards et demi, mais ça serait passer à côté du détail le plus intéressant. Tout a commencé par deux personnes qui ont utilisé une technologie encore avant. imparfaite sur un problème métier extrêmement concret. Puis, elles ont envoyé un email. Elles n'avaient probablement aucune certitude sur ce qui allait suivre. Et c'est précisément l'une des valeurs que Harvey revendique aujourd'hui. Le travail n'est jamais terminé. Jobs not finished. Dans la tech, certaines entreprises commencent par une ligne de code. Harvey, elle, a peut-être commencé par une simple ligne dans un email, dans la boîte mail de Sam Atman. Merci d'avoir écouté Ligne de Code. Si cet épisode vous a plu, pensez à vous abonner, à laisser un commentaire et rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel éclairage sur l'univers de la tech. A bientôt.