- Speaker #0
Bonjour Stéphane Gilles.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Alors, vous avez vraiment créé la surprise en vous rencontrant. À l'instant, je me remémore les conditions de ce recrutement au domaine d'eau. Vous avez créé la surprise au jury. On ne vous attendait pas, comme quoi les pronostics sont toujours déjoués et c'est très bien. À votre avis, pourquoi vous l'avez emporté sur les autres candidats ?
- Speaker #1
Alors, je ne sais pas répondre à la question de sur les autres candidats parce que... Une candidature est un moment très solitaire. On est seul dans son bureau, dans sa maison, en train d'écrire un dossier pendant plusieurs semaines. Après avoir fait plein d'entretiens, en essayant de comprendre l'environnement, de ce qui se passe, ce qui est attendu localement, nationalement et ainsi de suite. Et je pense que l'exercice, c'est surtout pas se mettre en concurrence ou en comparaison. Parce qu'on n'y arrive pas. Et moi-même, au début, quand j'ai vu la shortlist, je pouvais me dire, c'est foutu. il y aura soit des personnes qui sont plus compétentes ou des situations qui sont de désignation ou quoi que ce soit. Et de ce plus compétent, j'en suis arrivé à la conclusion de autant compétent. Ce qui était plutôt à mon avantage de me dire, ben oui, ils sont différents, ils savent faire des choses, mais je suis aussi différent, je sais faire des choses. Je pense que ce qui a fait la distinction, en tout cas ce qui a plu au jury et de ce qui m'a été raconté après Le jury, dans le retour qui m'était fait avec sincérité de comment ça s'était déroulé et tout ça, il y avait deux éléments qui revenaient régulièrement. Le premier, et qui est un peu intrinsèque à ma personnalité, je croyais que j'aurais du mal à me vanter sans être un peu prétentieux, c'était une sorte d'énergie et de joie, et ces mots-là m'ont été utilisés, comme quoi il y avait chez moi une sorte de certitude, d'envie, d'engouement, d'enthousiasme qui s'est reflétée pendant tout l'entretien. Et moi-même, pendant l'oral, il y avait un endroit de certitude presque, comme quoi j'avais envie de travailler pour eux, avec eux, ici, à ce moment-là. Donc, une sorte de synergie qui circule, qui certainement donne envie. Parce qu'il ne faut pas oublier que pendant l'oral, en fait, on n'est pas en train de vérifier la teneur de votre dossier. Nous sommes tous de grands professionnels et professionnelles, donc nous avons tous écrit des choses qui étaient... pertinente, voire intelligente si on pouvait le dire, mais en tout cas on n'est pas à l'endroit de vérifier si on sait faire ou pas faire. On est juste à l'endroit de vérifier si on a envie ou pas de se voir tous les jours, de se parler toutes les semaines, d'affronter ou de corriger ou de créer des choses ensemble. Et donc c'est vraiment une rencontre de cohabitation d'une certaine façon. C'est comme si vous aviez passé une annonce pour chercher un colocataire dans votre appartement, que vous avez tous les CV et tous les gens que vous recevez, vous êtes d'accord qu'ils vont tous correspondre à vos critères de base. Mais c'est le jour du rendez-vous, vous allez savoir si vous avez envie de les croiser au petit déjeuner et si vous allez supporter les chaussettes qui vont traîner.
- Speaker #0
Alors évidemment vous avez un antécédent à la tête du CDN de Toulouse, une expérience majeure qui est une grande référence dans votre CV. Mais à la fois, on vous connaît assez peu. Alors là moi j'apprends, on discute que vous êtes albigeois, que vous avez... grandit dans cette ville, etc. Vous aimez Mylène Farmer. On va faire connaissance. Mais c'est vrai que vous êtes comme un personnage discret dans le paysage culturel.
- Speaker #1
C'est un peu plus complexe que ça. En fait, dans le paysage culturel français, il a été décidé d'avoir des... Les entités culturelles sont distribuées à deux endroits. Soit vous êtes un artiste et vous accédez à des maisons de création et... Un centre chorégraphique, un centre national dramatique, enfin un centre dramatique national, pardon. Soit vous êtes plutôt considéré comme un programmateur. Et dans les deux configurations, vous êtes très sollicité et vous êtes beaucoup dans un jeu de séduction. Puisque un vous donne le pouvoir de programmer, donc d'avoir les clés de la maison et de dire qu'as-tu à me vendre, que veux-tu me proposer, vends-moi ton spectacle. Et moi, je déciderai à quel niveau hiérarchique je le place ou quel est l'intérêt. Donc, c'est un rapport très fort de domination d'une certaine façon. Et de la même façon que quand vous êtes artiste, on vous donne des outils pour pouvoir déployer votre travail. Vous devez donc porter une esthétique, une dramaturgie et donc avoir une entité. Et en plus, l'artiste aujourd'hui en France est quand même très respecté parce qu'il est fondateur de plein de choses en termes de la relation à la culture, de la relation à l'art et ainsi de suite. Moi, je ne suis ni l'un ni l'autre. Oui, c'est ça. Donc, n'étant ni l'un ni l'autre, je me retrouve un peu dans ce que vous appelez la discrétion, mais qui est un peu des deux, en fait. C'est-à-dire, j'ai un grand appétit de culture, mais je ne suis pas artiste et j'ai un désir profond de production et non pas de diffusion. J'aime être à l'endroit et je pense que ça... Ça vient beaucoup de ma formation, de là où on permet que les choses éclosent, que les choses existent, que ça soit possible. Vous êtes un accoucheur. Voilà, un accoucheur, mais je pourrais presque vous reprendre toute l'affiliation, c'est-à-dire que je suis prêt à entendre le besoin de gestation, presque, si on reprenait votre métaphore ou votre analogie, que je puisse trouver les outils pour permettre cette gestation, cette fécondation. de l'accompagner pour qu'elle se passe au mieux et d'aller jusqu'à l'accouchement et surtout de m'assurer de ses premiers mois, voire de ses premières années de naissance.
- Speaker #0
Alors, on voit dans votre profil que vous avez tout cela, beaucoup de choses. Et quand vous êtes nommé, un communiqué vous présente comme un candidat solide, capable d'aborder l'ensemble des enjeux artistiques, managériaux et financiers de l'établissement, c'est un petit peu ce que vous dites. Et donc... On a eu l'impression aussi que vous étiez là pour rassurer, pour gérer, ça c'est sûr, et pour réparer aussi.
- Speaker #1
Réparer, c'est certain. Je pense que ces dernières années, pour le public, pour les artistes et pour l'équipe interne, ont été très difficiles. Par de l'abandon, par de l'arrêt. Le fait de supprimer une saison ou plusieurs mois d'activité, c'est abandonner quelque chose. C'est oublier, c'est disparaître d'une certaine façon. que les difficultés financières ont mis les deux structures et la nouvelle structure dans une tension économique très forte. Et donc, il y avait un endroit où il fallait en effet réparer. Mais parmi les mots que vous avez utilisés, je pense qu'il y avait plutôt un besoin d'exemplarité. Et que ce besoin, il pouvait se traduire de plein de façons. Comment on se comporte en interne, comment on se comporte en externe, comment on se comporte sur un territoire. à qui on s'adresse, qu'est-ce qu'on propose, comment on s'ouvre, comment on accueille les artistes, comment on accueille le public. Et à cet endroit-là, c'est des valeurs qui me rejoignent parce que, étant moi-même un grand spectateur, je suis très attentif de comment je suis reçu, ce que je vois, dans quelles conditions je le vois. Donc je suis toujours très précautionneux que ce que je demanderai pour moi, je puisse le proposer aussi aux autres et que si j'attends et que je suis exigeant dans le fait que les toilettes soient propres, par exemple, dans un lieu public, parce que C'est utile. Je vais m'exiger que quand j'ai la charge et la responsabilité de quelque chose, j'ai le même niveau d'exigence qui soit proposé pour qu'on y réponde.
- Speaker #0
Alors comment on se comporte en interne et comment on se comporte vis-à-vis d'un territoire ? Est-ce que ce sont des choses qui ont manqué jusqu'ici ?
- Speaker #1
Alors j'ai pas assez le passé. J'étais à Toulouse depuis 9 ans. Je vivais le territoire de Montpellier à travers mes yeux de professionnel. de façon très opportune, c'est-à-dire le train, la salle de spectacle, l'hôtel, et je n'étais pas imprégné de ce qu'était la ville, de comment elle fonctionnait, et quelles étaient les relations interpersonnelles. De l'extérieur, moi j'ai vu la candidature pour la capitale européenne de la culture 2028 comme un endroit d'enthousiasme, d'engouement, d'unité. Et depuis Toulouse, on pouvait même en être jaloux parce qu'on voyait qu'il y avait un désir politique, un désir de cohésion, de collaboration. qui a mené à cette candidature. Donc pour moi, c'était ça les dernières références. Et je n'avais aucune idée, et je pense que chacun reste un peu dans son précaré, parce qu'on ne veut pas se mêler forcément des affaires des autres, de ce qui se passait en interne ou localement dans les échanges. Ce que je peux constater et regretter, c'est que par exemple, le domaine d'eau ne soit pas au cœur des partenaires de la Binelle des Arts de la Seine en Méditerranée. Que chaque festival qui passe ici l'été, le fait de façon autonome et n'a pas pris le domaine d'eau comme un endroit de filiation. De manière isolée,
- Speaker #0
sans connexion.
- Speaker #1
Donc c'est plutôt ça que je constate. Et ces manques, moi, au contraire, ont généré des envies de faire ensemble, de dialoguer et tout ça. Et c'est peut-être ce dernier mot qui est le plus important. Vous me demandez comment on fait. Avant qu'on commence l'interview, vous m'avez dit, j'ai beaucoup de questions, il faut faire des réponses courtes. Et je vous ai dit, je ne sais pas faire des réponses courtes. dans le sens où j'ai... besoin de dialoguer. J'ai besoin d'énoncer, d'exprimer, d'apprendre, de comprendre, d'entendre tous ces verbes qui m'assurent que on n'est pas simplement dans un opportunisme ou dans une situation de rendu de service réciproque ou de consensus. Je le disais hier aux représentants du personnel, je serai tout le temps avec vous dans le compromis. Mais je ne veux pas aller vers le consensus. Je veux aller vers l'endroit où nous serions l'un et l'autre d'accord que nous avons perdu ou gagné quelque chose, mais que nous avons trouvé un compromis que nous assumons réciproquement. Alors que le consensus me met un peu toujours dans une situation où on dit bon, ok, mais est-ce qu'on est sûr qu'on assume, qu'on va défendre, qu'on va après porter la parole de ça ? Pas certain.
- Speaker #0
Mais aujourd'hui, la situation, comment vous l'avez analysée ? Parce que vous avez quand même des élans pour cette nouvelle direction.
- Speaker #1
Je l'ai sentie comme un consensus à plusieurs endroits. Et mon travail est de la mener au compromis plutôt.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il faut faire d'urgence au domaine d'eau ?
- Speaker #1
Il faut créer l'unité. Il faut créer l'objet unique qui est le domaine d'eau, en le réappelant le domaine d'eau. Je pense que la Cité Européenne du Théâtre est un très joli sous-titre, mais ne peut pas être un titre à part entière. Il peut être regardé,
- Speaker #0
mais en sous-titre.
- Speaker #1
Je le garde en sous-titre. Ces deux constats, je ne sais pas si vous êtes venus en train, mais on s'arrête à la rime Malbosque-Domendo. Et si déjà le transport public vous dit que vous arrivez au Domeno, il ne vous dit pas que vous arrivez à la Cité Européenne du Théâtre. Je pense que Cité Européenne du Théâtre, dans ces trois mots, il y a la définition de ce qu'on a à faire. Être une cité, et je pense que c'est une marge de progression importante. Européenne, c'est un territoire de jeu qui existe et qui restera passionnant. et du théâtre. Ce qui m'intéresse, c'est derrière le théâtre, de montrer toutes les facettes, et c'est pour ça qu'on dit théâtre et art associé. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, théâtre, il y en a 50 différents, dans les disciplines, dans les déclinaisons, dans les façons de faire. Et art associé,
- Speaker #0
ça veut dire cirque, musique, ça peut dire tout ce qu'on veut ?
- Speaker #1
Alors, art associé, c'est une définition étatique, qui met la marionnette, le cirque, l'espace public et les arts de la rue. Ce sont ces quatre disciplines-là qui sont associées au théâtre, toutes partant a priori d'une démarche dramaturgique. et utilisant de près ou de loin le texte. Après, la question que vous me posez, c'est est-ce qu'il y a du pluridisciplinaire ? C'est-à-dire, est-ce qu'on va vers la danse, vers la musique, et ainsi de suite ? Cette maison a une histoire pluridisciplinaire. Il y a toujours eu au domaine d'eau porté par le département, puis par la métropole, une politique de cinéma, une politique de musique, une politique de danse, toujours, toujours. Pourquoi j'arrêterais ça alors que c'est un élément fédérateur, que ça a permis d'élargir les publics ? En revanche, ce qui m'intéresse, c'est de... de relier les projets entre eux, d'expliquer pourquoi il y a de la danse. Est-ce que c'est parce que la thématique est abordée ou la façon de le faire fait écho à un spectacle de théâtre qui va peut-être aborder la même thématique ou la même façon d'aborder ? Et quand je dis façon d'aborder, par exemple la présence de la vidéo ou la présence du texte ou l'adresse du public ou la configuration de l'espace. Donc je vais chercher les ponts et les traits d'union avant d'être dans le pluridisciplinaire qui ne serait que de l'addition de discipline.
- Speaker #0
Vous avez parlé d'hospitalité, c'est le mot-clé de votre profession de foi. Vous avez dit aussi que vous considérez le spectacle vivant comme un espace de joie, d'émancipation et de partage. Pardonnez-moi, mais ce sont un peu les mantras habituels de la culture. Moi, j'ai toujours un peu entendu ces mots-là.
- Speaker #1
C'est rassurant qu'ils existent encore.
- Speaker #0
Oui, on ne fait pas de la culture pour être triste ou plié. Mais du coup, qu'est-ce qui vous démarque complètement ? vraiment du projet qui vous a précédé, qu'on comprenne bien.
- Speaker #1
Je crois que dans le mot hospitalité, il y a une ambiguïté. Si je viens manger chez vous, je suis votre hôte. Mais vous qui m'accueillez, vous êtes également mon hôte. Et j'aime beaucoup cette double dimension et cette double lecture de ce mot hospitalité. C'est-à-dire qu'il est impossible... de dire si c'est moi qui accueille, qui vais déterminer comment ça va se passer, ou si c'est vous qui venez, qui allez déterminer comment ça va se passer. Et pour autant, ensemble, on va devoir avoir un rapport d'hospitalité, d'écoute, de respect, d'entente, d'équilibre. Et je pense que c'est ça qui va distinguer. Et je pense que c'est ça qui doit aussi tous nous distinguer à partir de maintenant, dans les années qui viennent. Nous ne pouvons plus avoir une pratique descendante qui déterminerait ce qu'il devrait être fait et comment ça devrait être fait. Il est important de garder une direction artistique en termes d'exigence et de création et d'innovation, mais la façon dont on se présente à l'usager, au consommateur, pour utiliser les termes les plus péjoratifs, que n'utilise pas notre secteur, qui chez nous se traduisent par spectateur et spectatrice, doit passer par la question du respect de la personne que l'on accueille. Qu'est-ce qu'elle attend ? Qu'est-ce qu'elle consomme ailleurs ? Comment elle se comporte ? Quelle est la concurrence ? Et je fais exprès devant vous d'utiliser ce vocabulaire commercial pour montrer que je suis aujourd'hui dans un champ concurrentiel qui n'était pas le cas il y a encore quelques années. Et ce champ concurrentiel, il est venu pour deux conséquences. La première, c'est que depuis la Covid, on nous a dit qu'on n'était plus essentiel. Donc on nous a dégradé. On nous a... J'essaye de trouver un mot encore plus virulent que dégradé parce qu'au fond de moi je pense que c'est encore plus violent que ça mais en fait on nous a déclassé d'une certaine façon. Et la deuxième chose c'est qu'aujourd'hui l'accès à la culture s'est énormément banalisé. Tout le monde peut voir du spectacle vivant. Tout le monde fait du spectacle vivant. Aujourd'hui, n'importe qui, de n'importe où, accède à de l'information, à du spectacle, quel qu'il soit. On parlait de musique, on parlait de danse, enfin... Donc cette familiarité fait que je ne peux plus poser le théâtre comme un élément d'intelligentsia qui serait au-dessus de tout et qui ferait « venez à moi parce que c'est moi qui ai la connaissance » . Donc c'est là où l'hospitalité... Concrètement,
- Speaker #0
ça pourra se traduire comment ? Donnez-moi un exemple de cette hospitalité.
- Speaker #1
Concrètement ? Je vais vous prendre un exemple et qu'il faut qu'on travaille dans les trois ans qui viennent. J'aurais pris la direction d'un lieu comme celui-ci il y a quelques années, j'aurais écrit un programme d'action artistique et culturelle, disant, pour former le public, pour intéresser les gens au spectacle, il faut faire ça, il faut qu'ils m'écoutent, il faut qu'ils apprennent, il faut qu'ils lisent, il faut qu'ils aient pratiqué cela, parce que sinon ils n'auront pas mes codes et ne pourront pas comprendre. Donc un jugement de valeur de ma part. C'est-à-dire que jusqu'à présent nous étions dans une fonction très descendante de dire Nous pensons que pour éduquer à la culture, il faut être passé par tel et tel process. Moi, dans ce que j'ai écrit dans le projet, j'ai dit, je vais commencer simplement par écouter de quelles sont les pratiques culturelles. J'aimerais qu'on constitue un comité de spectateurs, mais aussi un comité de citoyens qui me disent très clairement, en fait, ce n'est pas pour moi, je ne viendrai jamais. Mais en revanche, je peux comprendre que ça existe. Première étape, l'acceptation. Puis... Qu'est-ce qu'il faudrait pour que tu puisses toi-même t'y intéresser et y participer ? Est-ce qu'on passe par le bénévolat ? Est-ce qu'on passe par de la coprogrammation ? Est-ce qu'on passe par de l'atelier ? C'est-à-dire partir de ce qu'on essaye de nous inculquer depuis maintenant dans notre secteur, mais que l'on fait de façon extrêmement maladroite, voire déplacée, les fameux droits culturels.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'à un moment, nous ne pouvons pas considérer que nous sommes sur un territoire acquis et gagné, ces territoires sont abîmés et attaqués. Donc il faut qu'on s'interroge de où on est et pour quel service public on rend. Et donc c'est ça qui changera. Et dans les actions que nous mènerons, nous irons d'abord à l'écoute avant d'être dans la protection des citoyens. C'est là votre révolution ? Ce n'est pas une révolution. Pour moi, cette réflexion n'est que le résultat de mes propres pratiques et de mes propres maladresses. C'est parce que j'ai essayé d'une certaine façon, que je ne m'y suis pas retrouvé, que je n'ai pas vu les résultats, qu'aujourd'hui j'ai un endroit de... d'autocritique aussi, qui est possible en prenant la direction d'un établissement, parce qu'il y a quelque chose qui est de l'ordre de la nouveauté et donc de l'opportunité. Mais ça part principalement de ma propre défaillance. Ça part de mon autocritique de dire, je n'ai pas bien fait pendant des années. Donc maintenant, il faut que, quand on me donne les clés d'un outil aussi important, avec un enjeu aussi fort de service public, je me dois de me questionner, qu'est-ce que c'est que 2026 ?
- Speaker #0
Quel est le théâtre qui vous intéresse, vous ?
- Speaker #1
C'est un théâtre de l'émotion. Je ne suis pas forcément à la recherche de... Comment je vais vous expliquer ça sans être maladroit ? Je ne suis pas à la recherche forcément du texte ou des grands textes. Il me semble essentiel, mais dans une fonction un peu plus pédagogique. Un peu comme en musique, quand on écoute un rappeur ou quand on écoute quelqu'un qui fait de la pop, on va s'apercevoir qu'il y a des références. Et que ces références, elles sont soit individuelles, soit de son éducation, soit de ce qui l'environne. Et un peu, pour moi, le répertoire fait partie de cet environnement-là. On comprend, et on est avec William dans cette pièce, on faisait la référence à William Shakespeare.
- Speaker #0
Notre technicien en son.
- Speaker #1
Voilà, ce qui m'importe c'est pourquoi Shakespeare ? Pourquoi 400 ans après, encore, toujours, 500 ans après même, pourquoi encore et toujours ? C'est parce que derrière ça il y a quelque chose de fondamental. La question de l'espace, la question des acteurs, la question de l'unité, du rapport au pouvoir, du rapport à l'amour et ainsi de suite. Et ces fondamentaux-là, moi j'en ai besoin parce qu'ils me permettent justement de raconter qu'il y a quelque chose depuis 2000 ans qui est pérenne. En fait, le théâtre ne fait que raconter la vie.
- Speaker #0
Vous voulez vibrer.
- Speaker #1
Voilà. En revanche, je suis à la recherche de quelque chose où je m'assure qu'un fil se tisse, se noue entre la scène et le public. Je ne suis pas client de ces spectacles froids. qui mettent à distance où le quatrième mur est posé comme un principe.
- Speaker #0
Par exemple ? On a beaucoup parlé de Bérénice. Ça, c'est l'emblème des années Varela. Vous l'avez vu ?
- Speaker #1
Je ne l'ai pas vu. On me l'a raconté. J'ai lu les critiques. Mais là, vous allez sur un terrain glissant, puisqu'il y a Romeo Castellucci qui fait sa création de France dans 15 jours. Pour moi, ça fait partie, Roméo Castellucci, de ces grands fondamentaux. Votre saison,
- Speaker #0
celle que nous allons voir, ce n'est pas vous qui l'avez produite. C'est Eric Barthes qui l'a écrite, avec l'accident de l'Opéra de la Conférence. C'est ça, il faut le savoir, c'est vraiment une saison de transition.
- Speaker #1
Mais ça, ça me va très bien parce que j'ai écrit la saison du Théâtre de la Cité et je l'ai laissée à Émilie Capliez et Mathieu Crochigny. Donc, je sais très bien ce que ça fabrique dans l'autre sens. Et ça ne me pose aucun problème parce que je pense que pour le grand public, ce sont des affaires internes qui n'intéressent pas. le public veut savoir si on assume ou pas les spectacles et si on les défend. Et moi, je les défends. Romeo Castellucci, pour moi, est ce qu'on appelle une figure. Et il faut avoir vu Romeo Castellucci parce que son esthétique est tellement puissante, son rapport justement au nom de texte. Et vous parliez de Bérénice ou à un autre texte qui prend d'autres codes de lecture, qui demande d'autres attentions, qui demande une concentration hyper pointue. Pour moi, ce sont des éléments qui sont fondamentaux et fondateurs. Mais l'accès à cette œuvre C'est un peu comme un restaurant gastronomique, ne peut pas être une première fois ou une fois unique. Vous me disiez que j'aimais Mylène Farmer, soit, mais j'aime autant Mozart que la pop que tout le reste. Et je crois que c'est le dosage que l'on fait des uns et des autres, et le fait qu'on s'autorise à pouvoir tout consommer qui rend la chose digeste. Et de la même façon que vous pouvez pour un grand événement de famille, aller dans un restaurant... cossu, où vous allez très bien manger, où vous allez être servi peut-être, parce que l'événement s'y prête et que vous cherchez cette atmosphère-là, vous pouvez trois jours après aller au cinéma, à l'Odyssée Hume, et avoir envie d'aller manger au McDo juste après.
- Speaker #0
Donc vous allez faire une cuisine plus familiale ? En fait,
- Speaker #1
je vais m'assurer qu'il y ait plusieurs cuisines. Et que dans chaque plat, il y ait plusieurs façons de faire, mais que surtout... Vous m'autorisez une sorte de... Je dirais la métaphore de ça ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
En fait, je vais essayer qu'il y ait plusieurs menus. Et un peu comme un restaurant qui ferait de la bonne cuisine, parce qu'il veut défendre certaines valeurs du locavore, du bio, de saison, qu'on pourrait remettre en lien avec le spectacle vivant, sur les questions d'exigence, de création d'aventure et de respect. Moi, je vais vous proposer deux entrées de plats et de desserts seulement. Dans les entrées, je vais vous mettre en bouche, je vais vous amuser à vous dire, là vous allez trouver une saveur, vous allez trouver un ingrédient qui va vous mettre en appétit, mais qui ne sera pas suffisant à lui tout seul. Mais, vous allez retrouver les codes, et peut-être qu'il y aura un oeuf mimosa un peu punchy à l'intérieur de ça. Le plat, je vais m'assurer que vous vous y retrouviez, que si vous ne preniez que ça, vous ayez assez fait avec ce plat-là. Et que dans ce plat, vous ayez peut-être des éléments de langage qui vous rappellent des choses que vous savez cuisiner, que vous avez déjà mangé. Que ce soit votre grand-mère qui vous les faisait ou vous-même qui les préparait. Donc je vais nommer à l'intérieur de ces plats des ingrédients qui ne vont pas vous perdre. Et pour autant, dans l'assiette, je vais essayer de m'assurer qu'il y ait assez à manger et que ce soit surprenant.
- Speaker #0
D'accord. Par exemple, quelque chose qui répond à tous ces critères et qui est cher à votre cœur, comme production théâtrale récente, ou peut-être une idée de ce que vous allez programmer au domaine d'eau ?
- Speaker #1
Je trouve que Lorraine de Sagazan, par exemple, que vous avez vu cette année avec Léviathan, que vous reverrez très bientôt. plusieurs fois. Très bien. Parce que c'est une amie et que je trouve que professionnellement, elle m'émeut profondément. Fait partie de ces fameux plats où il y a tout ce qu'il faut dans l'assiette pour que vous soyez satisfait, mais qui pour autant a pris une attention, a pris le temps d'être cuisinée de façon exigeante pour que vous ne vous retrouviez pas avec un barbecue ou avec un hachis parmentier. Parce qu'il y a à l'intérieur de son travail quelque chose de pointu, d'exigeant. Mais il y a ce qu'il faut. Il y a du texte, il y a de l'acteur, il y a de la scénographie. Il y a un sujet, il y a une proximité qui fait que vous vous retrouvez. Et je finis juste l'analogie. Je ne sais pas si vous aurez encore faim, mais pourtant, j'ai des desserts à la carte. Donc, il faut que dans ce que je vous propose à manger, je vous donne la possibilité, un peu comme quand on irait au restaurant tous les deux, et que le serveur viendrait nous dire un dessert et que vous feriez... Je ne sais pas, j'ai quand même bien mangé. Et là, vous me regarderiez pour savoir si j'en prends un. Parce que vous n'en prendrez un que si j'en prends un. Et au mieux, on en prendra un à deux et on se partagera avec deux cuillères. Il faut que j'ai dans mon menu également des desserts qui, eux, ne sont pas là pour vous nourrir, ne sont pas là pour vous satisfaire. Ils sont là juste pour vous émerveiller.
- Speaker #0
Vous parliez d'urgence, l'urgence de l'unité. Il y a aussi l'urgence financière au domaine d'eau. Je crois que le déficit frôle le 1 million d'euros, c'est ça ?
- Speaker #1
Alors c'est plus compliqué que ça. Il y a eu un déficit dans cette envergure-là, mais dont la collectivité, la ville et la métropole ont pris leurs responsabilités et ont permis d'affaire une avance de trésorerie au domaine d'eau pour rembourser le déficit. Et que donc les statuts, pas les statuts pardon, que la structure reparte à zéro. mes situations Un prêt à taux zéro.
- Speaker #0
Et oui, il faut rembourser donc.
- Speaker #1
Il faut rembourser. Ce que je trouve d'une grande loyauté est l'égalité absolue. La collectivité n'est pas là pour rembourser une défaillance structurelle, budgétaire ou je ne sais trop quoi qui aurait produit autant de déficits. Parce qu'en effet la somme est abyssale. Mais grâce... Ça vous choque ? En fait je ne le comprends pas. Ça ne me choque pas, mais je ne comprends pas... qu'on arrive à ce montant-là sans alerte, interne et externe. Je gère mon budget familial, je gère des budgets de structure. nous gérons tous de l'argent parce que notre société capitaliste nous oblige à être dans un rapport à l'argent très pointu, très attentif, voire très pressurisant. Vous le savez si vous n'allez pas passer. Vous le savez si ça vous coûte plus cher. Vous le savez que si vous devez faire réparer la voiture, c'est vos vacances qui ne seront pas les mêmes que celles que vous avez rêvées et que vous avez même prévisionnées. Vous le savez que si à l'anniversaire des 20 ans du petit, vous allez devoir faire des économies pour pouvoir le financer. On le sait tous. Donc, qu'est-ce qui s'est passé Pour qu'à un moment, l'addition soit à ce point-là disproportionnée pour moi. Et ce n'est pas le fait de faire du déficit, parce qu'on peut tous faire du déficit. On peut, une année, être en dessous si on sait que l'année d'après, on va être au-dessus. On peut, une année, être en dessous si on sait que les années précédentes, on a été au-dessus. Donc, on peut, dans notre quotidien de gestionnaire, avoir cette fluctuation budgétaire. Mais c'est plus sur le montant, en effet, que sur la raison même.
- Speaker #0
Est-ce que vous pensez que les collectivités locales ont une responsabilité parce que des alertes ont été données, la direction avait été relativement déjugée, mais la réponse a été longue ?
- Speaker #1
Non, parce qu'il n'existait pas d'instance de gouvernance qui permettait d'avoir cette traçabilité, cette transparence-là. Donc je ne peux pas, a posteriori, nommer un coupable. Alors qu'un des constats qu'Alexis Gangloff a fait par exemple en arrivant, c'est comment... Qui a été administrateur provisoire. Comment ? En fait, il n'y avait pas de traçabilité, donc c'est ça qui était compliqué. En fait, la fusion des deux structures a fait qu'il a fallu fusionner deux structures, deux budgets, deux équipes, deux fonctionnements différents, deux logiques différentes. Les pics étaient sur une fonction vraiment annuelle, alors que l'association fonctionnait sur des prévisions de recettes. avec des potentiels de rendu et de retour sur investissement, ce qui s'appelle la production, à plus long terme. Sauf qu'à un moment, quand vous réunissez les deux, vous les réunissez à une date et la photographie s'arrête à cette date-là. Donc c'est là où se crée l'écart en fait.
- Speaker #0
Ce qui est difficile pour vous, j'imagine, c'est aujourd'hui de développer un projet dans un tel contexte financier. Comment vous allez faire ? Est-ce que vous vous permettez de l'ambition pour ce domaine d'eau ?
- Speaker #1
que de l'ambition.
- Speaker #0
Oui, mais est-ce que vous en avez les moyens ?
- Speaker #1
Alors, on va continuer ma métaphore. On ne peut plus tout compte fait partir en vacances là où on devait partir. Est-ce que pour autant, on ne part pas en vacances ? Est-ce que pour autant, on ne se pose pas la question de faire autre chose et autrement ? Est-ce qu'on n'est pas capable, parce qu'on sera ensemble, de passer malgré tout de très bonnes vacances ? En fait, c'est la même situation. J'ai peut-être plus les moyens d'acheter des spectacles qui, en effet, à l'unité, sont extrêmement coûteux et viennent de l'autre bout du monde. Et de le faire tout seul. Par contre, j'ai la possibilité de arriver toujours à ces spectacles, mais de le faire avec plus de cohésion au niveau national et au niveau européen, pour amortir les déplacements internationaux, par exemple. Je peux avoir envie de créer...
- Speaker #0
C'était le cas de Bérénice, qui faisait l'objet d'une coopération internationale assez solide.
- Speaker #1
De coproduction. C'est ce fameux retour sur investissement dont je parlais dans la logique du printemps, qui avait une visibilité à plus long terme que celle de la photographie au moment où c'est arrêté. C'est ça. De la même façon, je peux aussi imaginer que... la création peut se faire à des endroits où la mobilisation des moyens n'est pas concentrée que sur cette création. Et que peut-être la primeur n'est pas une feuille en soi. En revanche, l'exigence, l'originalité, l'innovation, tout ce qui serait un peu innovant et ambitieux doit rester dans l'ADN de ce lieu. J'allais dire sans dramatique, vous voyez le lapsus ? Parce que je retrouve les fonctions de producteur en fait. C'est ça,
- Speaker #0
vous allez collaborer avec le CDN de Montpellier ?
- Speaker #1
Alors, je l'espère profondément. Je m'entends très bien avec Nathalie et Olivier qui quittent la direction à la fin de l'année. Et je serai très attentif et très aidant pour l'arrivée de la nouvelle direction. Ils font partie de l'écosystème, nous nous répartissons et maintenant en plus avec la prise en charge de l'école, ils sont au cœur de la filière, donc c'est un partenaire incontournable.
- Speaker #0
Alors, il y a beaucoup de... Juste une chose, j'ai encore du mal à visionner ce que vous allez faire. Donc, Lorraine de Sagazan, je crois que ça situe quand même bien vos goûts. Et vous avez fait par exemple à Toulouse cette Biennale des Arts Vivants où des centaines d'artistes du monde entier partageaient l'espace comme ça. C'était une de vos grandes signatures, vos grands faits d'armes. Est-ce que vous pouvez nous annoncer là quelque chose qui peut être frappant, qui peut dire allez, il va y avoir dans cette direction un truc comme ça, fort ? Parce que pour l'instant on a énoncé des... Je vais vous laisser voir,
- Speaker #1
je vais vous dire non, tout simplement parce que je suis là depuis trois semaines.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
et que vous faire des annonces, ce seraient des annonces de Gascon. Bon, tant pis alors. Mais par contre, ça me ferait très plaisir de vous les raconter au fur et à mesure qu'ils s'inventeront. Ce que je ne peux pas vous dire au bout de trois semaines, c'est que je ne suis pas un faiseur, je ne suis pas un magicien. Donc je n'arrive pas avec cette formule en disant, regardez, je claque des doigts, il existera quelque chose que vous attendez tous, qui sera formidable. En revanche, je me suis engagé à ce que, par exemple, Saperlipopette, qui est un festival aujourd'hui de deux jours au mois de mai, toute son envergure en le déplaçant à l'automne, en travaillant avant et pendant les vacances de la Toussaint, et en redonnant une place à la création, et à tout ce qui était le rapport de l'enfance, qui en plus à Montpellier, avec ce projet de la ville à hauteur d'enfants, est très important, retrouve une dimension du sapin à l'hypopète que vous avez pu aimer, il y a 10, 15 ans, 20 ans, et dont vous êtes peut-être tous passés, ou vous avez amené vos enfants. Donc j'ai de l'ambition, de la même façon que j'ai de l'ambition, que le festival devienne plus festivalier, et qu'il y ait plus de festivité, par exemple. C'est-à-dire ?
- Speaker #0
Là, vous parlez du printemps des comédiens,
- Speaker #1
donc ? J'estime que, par exemple, dans un festival, il faut que je vive une expérience que je ne peux pas vivre le reste du temps dans la saison. À l'heure à laquelle j'arrive, comment je suis accueilli, qu'est-ce que je peux trouver comme service sur place, le temps que j'y passe et qu'est-ce qui s'y passe. Le rapport à l'espace, le rapport au jour, le rapport à la nuit, tout ça. Tout ça fait partie de comment nous, nous allons sur des festivals et pourquoi nous aimons autant les festivals. C'est qu'il nous décale, c'est qu'il nous déplace, c'est qu'il nous change nos habitudes. Sinon, on continuerait à aller dans des théâtres, même l'été, où on nous enferme dans une salle, dans une boîte noire et on verrait des spectacles. Donc, je vais chercher cette festivité qui va forcément transformer le profit du festivalier, qui lui-même ne viendra pas simplement voir un spectacle, mais viendra chercher, je l'espère, une expérience plus globale.
- Speaker #0
Le monde culturel est en crise, les compagnies régionales souffrent. Elle s'en demande d'un rapport avec les institutions, en particulier celles qui s'occupent de théâtre, d'un rapport plus coopératif. J'imagine que vous avez du coup un peu la pression. Qu'est-ce que vous comptez faire pour elle ? En tout cas, comment répondre à cette demande ?
- Speaker #1
Il y a une double injonction. Il y a celle de l'État qui dit mieux produire, mieux diffuser. Et dans cette formule, le constat est... Mieux produire, diffuser, mais moins de monde, plus longtemps. C'est ça la conséquence. Donc il y a une sorte de décrémage qui va se générer avec le temps, mais qui est que nous nous concentrons à plus sur les mêmes projets pour les consolider, pour qu'ils durent plus longtemps et qu'on garantisse l'emploi artistique et technique d'équipe. Et la double injonction, c'est que, alors qu'il faut mieux produire, mieux diffuser, il y a, vous parlez de...
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça veut dire, pardonnez-moi, mieux produire, mieux diffuser ? Ça veut dire qu'on va réduire le nombre de compagnies aidées ?
- Speaker #1
Il est ambigu cette formule parce que... En fait, je vais faire une comparaison avec le public et le nombre de représentations que je peux faire dans le mieux produire, mieux diffuser. Actuellement, il y a 15 spectacles en saison d'hiver au domaine d'eau. Pour à peu près 20 000 spectateurs, j'ai le souhait d'augmenter la fréquentation du lieu en nombre de spectateurs et de spectatrices. J'ai deux solutions. Soit je continue à jouer 15 spectacles que je joue plus longtemps, et donc j'aurai mon public captif et actif qui viendra sur les premières représentations et les suivantes, il faudra que j'aille chercher du monde, et sur un temps très long. On va pouvoir élargir et augmenter les fréquentations, mais il n'y aura toujours que 15 spectacles.
- Speaker #0
C'est une solution idéale, en tout cas très prisée.
- Speaker #1
Soit j'ai une solution plus efficace, plus immédiate. Je passe à 20 spectacles. Je continue à m'appuyer sur mon public actif et captif, qui vont remplir les 5 spectacles de plus. Donc j'aurai plus de monde. Mais en termes de profil, j'aurai toujours moins de monde. Et il faut faire une distinction parce que ce sont des éléments de langage qui sont très intéressants. Et que j'ai beaucoup critiqué moi à Toulouse, quand on annonce par exemple 100 000 spectateurs. Non, ce n'est pas 100 000 spectateurs, c'est 100 000 billets vendus, qui représentent potentiellement 10 000 spectateurs qui ont acheté chacun des billets. Et donc, il faut rapporter toujours le rapport du service public au nombre de bénéficiaires et d'usagers, et non pas au nombre de prestations que vous avez rendues au final. Je suis très attentif à ça, de ne pas confondre le fait de toujours aller vers les mêmes. Même Jean, en leur proposant toujours plus de propositions, mais de ne pas renouveler et d'entretenir ce qui est important, les réseaux, les fidèles, et je serai au rendez-vous pour eux, mais de me poser la question par exemple sur une Lorraine de Sagazan qui a joué trois ou quatre fois, est-ce qu'il ne faut pas jouer six fois et que les deux suivantes doivent être remplies avec des gens qui ne savent pas encore, qui ne connaissent pas encore, et qu'est-ce qu'il faut que j'ai fait avant ? pour qu'ils viennent à ce spectacle-là.
- Speaker #0
D'accord. Les compagnies régionales, vous répondez quoi à cette demande ? Alors,
- Speaker #1
je pourrais vous répondre mon bilan. Il vous suffirait de regarder ce que j'ai fait à Toulouse sur les compagnies régionales. Il vous suffirait d'écouter mes partenaires et les compagnies régionales elles-mêmes pour vous dire que j'ai un immense respect et une attention et un accompagnement très fort pour les compagnies. En revanche, principe de réalité, je ne peux pas, dans le cahier des charges qui m'est donné, être au début de la filière. Je ne suis pas l'interlocuteur, je ne suis pas la structure, je n'ai pas l'outil qui permet d'être à l'endroit de l'émergence. Et il y a à Montpellier un écosystème qui répartit ces rôles-là.
- Speaker #0
Ce n'est pas au cœur de votre mission, c'est ce que vous dites.
- Speaker #1
Ce n'est pas au cœur de ma mission et ce n'est pas ma mission même. Il faut qu'il y ait une répartition des rôles dans les différentes structures et une complémentarité des structures pour que nous soyons tous au rendez-vous. Le travail du domaine d'eau, au vu des équipements qu'il a, 600 places pour le théâtre Jean-Claude Carrière. Je ne peux pas mettre une compagnie en difficulté devant une salle de 600 places où je n'aurai que 200 spectateurs. Donc il faut que je sois à un moment de la chaîne où mon intervention est la plus pertinente par rapport à ces compagnies régionales, parce qu'il y a une offre qui va correspondre à leurs besoins. Et là, nous accueillons Katia Ferreira ou Julien Bouffier. Oui, j'ai déjà vu. Et là, je pense que nous avons toute notre place. Katia a produit plusieurs choses. Katia a monté un projet très pertinent. Elle s'est assurée d'une distribution excellente. Elle a réuni les coproducteurs. Nous l'accompagnons en résidence. Et donc là, il y a un endroit où le domaine d'eau a toute sa place d'être au rendez-vous pour Katia. Sous la forme de résidence d'artiste éventuellement. Sous la forme de résidence et sous la forme de la présenter ici. Parce qu'il y a un vrai potentiel de public qui peut suivre Katia et être présent au rendez-vous. Donc ma place auprès des compagnies, c'est d'être au bon moment dans la chaîne et d'être en complémentarité avec l'écosystème montpellierien ou occitan.
- Speaker #0
Ok. Donc on comprend bien que vous êtes rationnel et raisonnable. Pour autant, on ne sait pas... Et ambitieux, vous m'avez dit. Et ambitieux, malgré la situation financière. On n'aura pas davantage à visualiser de ce que vous pourrez apporter, mais on va être patients. Mais j'aurais juste une dernière question. Beaucoup de la ville de Montpellier et beaucoup d'opérateurs n'ont pas caché leur positionnement anti-RN. Est-ce que vous allez rejoindre ce combat ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a déjà le combat. Donc, en fait, je ne le positionnerai pas au même endroit. Je ne suis pas anti quelque chose, puisque ça veut dire que je considère qu'il y a à ce jour 35% de la population qui vote mal, qui pense mal, qui a trouvé a priori dans ce parti-là une réponse qui n'est pas la bonne. Donc je ne suis pas anti quelque chose. Par contre, je ne serai pas anti-parti ou anti-organisation. Par contre, je suis vraiment anti-idées. Et ce qui m'intéresse, c'est de décortiquer les idées, les déconstruire, les démolir et apporter une réponse à ces idées qui me semblent, En effet, intolérable, insupportable, décalé, de mauvaise foi et ainsi de suite. Donc il y a chez moi plutôt une recherche, pas de juger, mais d'accompagner, d'être une contre-proposition. Et il y a dans le secteur culturel, et je ne le cacherai pas, et je pense que nous déployons un endroit de culture. Cet endroit de culture est un endroit de pensée, de vivre ensemble, d'émancipation. Et donc il faut qu'on réfléchisse. à ces solutions de comment on vit ensemble, de comment on pense ensemble, de comment on projette ensemble. Et c'est ces idées-là que moi, je veux défendre.
- Speaker #0
Merci Stéphane Gilles.
- Speaker #1
Merci à vous.