Speaker #0Vous écoutez Ludivine Journal, un podcast à cœur ouvert où l'on ose parler de ce qui fait mal. Je m'appelle Ludivine, j'ai longtemps fait semblant alors que je traversais la période la plus sombre de ma vie, et ici j'enlève le masque. Je partage mon histoire, ce que j'ai vécu, mais aussi des témoignages de vie d'autres personnes qui ont chuté et trouvé leur propre chemin pour se relever. J'ai à cœur de partager tout ce que j'ai appris en chemin, et de te donner des clés pour t'aider à comprendre et à surmonter ce que tu vis. Si toi aussi tu traverses des tempêtes, si tu souffres en silence, si tu te sens seul, incompris, éteint, et que tu cherches à retrouver ta lumière, tu es au bon endroit. Ici on parle vrai, ici on apprend ensemble, pour guérir ensemble. Il faut que ça s'arrête. Il faut que ça s'arrête. Cette phrase me la répète. Tous les jours. Sans cesse. Pitié. Il faut que ça s'arrête. Je travaille dur, je veux pas décevoir. Je mange pas trop. Je veux pas prendre du poids. Je fais du sport. Je dois compenser les excès par l'effort. Et je dors pas. J'y arrive juste pas. Il faut travailler dur, il faut performer, il faut réussir, il faut faire du sport, il faut être mince, être belle, être forte, il faut être à la hauteur. Et il y a cette peur qui revient, de ne jamais faire assez, de ne jamais être assez. Alors je m'agite, je m'épuise, je m'oublie, j'anticipe, je contrôle, je planifie. Toujours une longueur d'avance sur la vie. jamais dans le présent, parce que penser à ici et maintenant, c'est confrontant. Je risquerais de voir les dégâts, de voir ce qui ne va pas chez moi. Alors je crois que je préfère la fuite en avant, voir les jours défiler sans vraiment les habiter. J'écris, je fais des to-do list, je priorise, mais je ne barre même pas la moitié de ce que j'ai noté. Il me faut du temps, donnez-moi du temps. Et même quand je fais, même quand j'accomplis, j'ai l'impression de brasser du vent, d'agiter du vide. Rien ne s'allège, rien ne s'apaise. Je me sens vide, je ne comprends pas ce qui se passe. Mais qu'est-ce qui m'arrive ? Mais j'ai l'impression de tout porter sur mes épaules. Ma famille, mon travail, mon foyer. Et les miettes des relations que j'essaie de sauver, mais dans lesquelles je ne suis déjà plus vraiment là. J'ai l'impression que tout s'effondre autour de moi, que tout s'effrite, lentement. Les messages non lus qui restent en suspens, les liens qui s'abîment, les relations que je n'ai plus la force de porter. En fait, j'ai juste plus d'amour à donner. Ni à moi, ni aux autres. Je suis vidée. Je lutte, je m'accroche, je résiste. Et il faut tenir. Au tennis, on m'a appris à rien lâcher. On m'a appris à m'arracher sur chaque balle, chaque amorti, à me battre jusqu'au dernier point, parce que jusqu'à la balle de match, rien n'est joué. Allez, tu lâches rien, lui dit. Tu vas toutes les chercher, tu t'arraches, quitte à tomber. Mais mon médecin me dit qu'il faut s'arrêter. Je refuse, c'est hors de question. Je ne fais pas partie de ces gens-là, moi, qui prennent des certificats, qui s'absentent sans raison. Lâcher, c'est abandonner. S'arrêter, c'est échouer. Moi, je suis solide. Alors je tire toujours plus, toujours plus fort, toujours plus loin. Je cours, je roule, je cavale sur cette pente que je dévale. Je travaille toujours plus, je dors toujours moins. Je fais toujours plus de sport et j'en demande toujours plus à mon corps, en lui donnant toujours moins. Moins de nutriments, moins d'aliments, moins de carburant. Moins de sommeil, parce que les nuits je les passe à me retourner. À chercher. À chercher le sommeil qui ne vient jamais. J'étais contre les heures, jusqu'au moment où le réveil va sonner. Et où il faudra à nouveau affronter ce quotidien qui ne rime plus à rien. Je scrolle sur Instagram. Mon fil est rempli de contenus noirs et obscurs. On me dit d'arrêter de regarder. Que ça ne fait qu'alimenter les idées noires, les renforcer. Mais je ne peux juste pas m'en empêcher. J'ai l'impression que c'est les seuls qui me comprennent. Ces voix inconnues qui parlent de solitude et de peine. Ça parle de désespoir. Le même que je crois entre voix. Ces voix résonnent en moi comme le tube de l'été. Je ne peux juste pas m'empêcher de les écouter. La nuit, je réfléchis. Je me torture l'esprit. Et la journée, je survis. Et on lit sur mon visage au creux de mes cernes la courte durée de mes nuits. Mais le sourire que j'affiche rassure quiconque oserait penser que cette fille est en train de sombrer. Et il faut sourire, même quand le cœur n'y est plus. Il faut construire l'avenir, même quand le présent n'a plus de sens. J'arrête pas de pleurer. Je pleure chez moi, à l'abri des regards, quand il n'y a plus personne pour le voir. Je pleure au volant de ma voiture, quand je me retrouve avec mon désespoir pour seul passager. Je pleure en pleine nuit, quand ma tête refuse de lâcher, quand ma tête empêche mon corps de se reposer, alors je laisse l'épuisement déborder. en silence et les larmes les larmes inondent ce que je tais en permanence plus rien n'a de sens je suis vidé de tout amour-propre de toute once d'espoir d'un jour me relever je tombe je dégringole je sombre peut-on encore tomber plus bas ici il fait noir ici le gouffre est profond il n'y a personne ici-bas juste ma souffrance et moi et mon médecin me répète il faut s'arrêter et le mot tombe la sentence est prononcée c'est la dépression madame faut se faire soigner La dépression depuis l'enfance, j'y suis confrontée, à travers les autres, ceux qui partagent mon foyer, sans jamais avoir pu les sauver. Mais je pensais naïvement qu'à moi ça n'arriverait pas. Je pensais que moi ça ne pouvait pas me toucher. Je les avais toujours regardés avec mépris ces gens-là, en me disant que moi j'étais plus forte que ça. Alors je fais moins la fière. Je comprends enfin ce qu'ils enduraient, ces gens dépressifs que je jugeais. Pendant que moi je les regardais, de haut, de loin, vivre la souffrance, dont rien je ne comprenais. Je comprends enfin la montagne qu'ils décrivaient, impossible à gravir. En fait, ce n'est pas une montagne, c'est un glacier, une masse froide, interminable, insurmontable. Le sommet est si loin, j'arrive à peine à le distinguer. Pour remonter, il faudrait des crampons, des piolets, des cordes, des bâtons. En fait, on n'est juste pas équipé pour une telle ascension. À chaque pas, je glisse. Je m'accroche. Je crois monter, mais je redescends. Toujours plus bas, toujours plus profondément. Et il va me falloir de l'oxygène. Parce que là, je suis en train d'étouffer. Ici, je m'asphyxie. Je n'arrive plus à respirer. Et on me dit de prendre des médocs, que quelques pilules bien dosées pourront me sortir de là. Mais moi je prends pas ça. Je suis pas folle alliée. Trop peur que ma vie en dépende, trop peur de pas savoir m'arrêter. Mais je me reconnais pas, je suis plus moi. Je me rappelle plus de comment j'étais avant, quand je réfléchissais pas autant. Et mes seules pensées tournent autour de quand et comment ça va s'arrêter. Mais je ne peux pas leur faire ça. Au dernier membre de ma famille, seul survivant de tant de décès et d'enterrements, dans cette famille, on a déjà perdu trop de gens. Papa, aide-moi. Faut me sortir de là. Parce que seul, j'y arriverai pas. Pourtant, tu le sais, moi, je me bats. Je ne suis pas du genre à laisser tomber. Je ne lâche pas l'affaire, je suis une guerrière. Mais où sont passées ma force, ma foi, ma positivité, ma joie de vivre et ma lumière ? Qui faisait de moi cette fille solaire ? Cette fille-là s'en est allée. Comme un lointain souvenir, partie en fumée. Le vide est intersidéral, la douleur est viscérale. J'en peux plus, je veux crever. À ce rythme-là, c'est ma propre tombe que je suis en train de creuser. Papa, aide-moi, donne-moi la force de continuer. De là-haut, tire-moi. Sinon je crois qu'on se retrouvera plus tôt que prévu, toi et moi. Ce cachet blanc, je dois l'avaler. Si je veux pas finir comme j'ai imaginé. Faut se rendre à l'évidence. Seule, je peux pas faire face à cette souffrance. Et c'est dingue l'efficacité de ce mélange chimique, presque magique. Ces pilules qui t'injectent les hormones du plaisir, celles que t'arrivais juste plus à produire. C'est pas le bonheur, mais ça fait respirer, sortir la tête de l'eau, empêcher de se noyer. Mais faut pas se leurrer, lui dit. Les pilules, ça dure un temps, ça donne un sursis, une période de préavis. Mais tu sais que si t'agis pas en profondeur, tu retomberas dans le malheur et la noirceur. Et moi, je veux pas finir comme ces gens, qui avalent des cachets toute leur vie, machinalement, quelques comprimés avec la tartine et le café, qui donnent l'illusion que tout est réglé. Mais moi, je ne veux pas ça, je ne veux pas subir. Ma vie, je veux la choisir. Hors de question d'être spectateur. Moi, ma vie, j'en suis l'auteur. La dépression, aujourd'hui, toute ma chair en est imprégnée, et avec elle tout s'est déformé, ou plutôt tout s'est transformé. Le corps, les liens, le temps. Parce que la dépression, elle isole. Ce combat, je l'ai mené, en silence, seule, isolée. Pourtant j'étais entourée par des personnes aimantes et bienveillantes, qui ont fait de leur mieux pour m'aider. Mais comment se sentir comprise par ceux qui n'ont pas traversé ? Comment expliquer ce que ça fait de manquer d'air à quelqu'un qui a toujours pu respirer ? La dépression use. Elle lève des traces. Aujourd'hui, mon visage et mon corps sont marqués, gravés par les insomnies, par toutes ces nuits amputées, rongés par le mal-être et l'anxiété. Mes cellules ont pris du vent, ça se lit sur mes rides et mes cheveux blancs. À même pas trente ans, le miroir me reflète que la dépression laisse des traces, des cicatrices, muettes. La dépression vole du temps, des années qu'on ne vit pas, qu'on traverse en apnée, des années qu'on ne récupère pas, qu'on ne peut ni rejouer ni rattraper. Et la dépression est invisible, silencieuse, insidieuse. On dit que la partie droite du visage est liée à la raison, et que la gauche trahit l'émotion. Et c'est fou de se dire que pendant toutes ces années, personne n'a regardé la bonne moitié. C'est fou de se dire que toutes ces années, j'ai joué un rôle, sans que personne ne s'en rende compte. C'en est presque drôle. En fait, on n'a aucune idée de ce que vivent les gens. On est combien à faire semblant. On est combien à sourire pendant que tout s'écroule à l'intérieur. J'espère qu'on n'est pas tous des acteurs. Ça me fait presque peur, cette idée qu'on puisse passer les uns devant les autres sans jamais vraiment se voir. Et j'aurais peut-être mérité un César pour toutes ces années à tenir un personnel. Être moi-même maintenant, c'est presque bizarre. Désormais, je suis juste moi, avec toutes mes failles et mon courage. J'apprends à être moi, parce que c'est tellement plus agréable. J'apprends à être vrai, parce que c'est tellement plus respirable. La dépression enseigne aussi. Elle m'a appris à ne plus juger ceux qui souffrent, qui ne savent pas par où commencer, ou qui n'ont plus la force de lutter. J'ai aussi compris que la force, la vraie force, ce n'est pas de tenir coûte que coûte. La vraie force, c'est de s'écouter, c'est de ravaler sa fierté, et de s'autoriser à juste s'arrêter. Aujourd'hui, j'ai connu la détresse, la noirceur, la douleur, celles qui dévorent de l'intérieur, celles qu'on ne peut qu'imaginer tant qu'on ne les a pas traversées. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui je prends la parole. Je veux tendre la main aux âmes qui errent, esselées, incomprises, solitaires. Je ne peux que porter mon aide à ceux qui ne voient plus d'issue, plus de remède. J'ai envie de leur dire de ne pas perdre espoir, qu'il y a toujours une lueur au bout du couloir, aussi faible soit-elle. Et je sais que c'est difficile à croire. J'ai mis du temps, moi aussi, à la voix. Et surtout la dépression façonne, elle forge, elle transforme. Elle transforme l'âme qui parvient à s'en extraire, celle qui réussit à rompre les chaînes, à s'en défaire, celle qui à force de luttes acharnées, finit par se relever. Aujourd'hui j'ai souffert, de tout mon corps, de toute ma chair, mais j'en suis sortie, et j'en suis fière. Merci la vie, maintenant je sais, qu'est-ce que tu mets sur mon chemin, c'est pour me guider, vers ma voie, parce qu'il me fait vibrer. De cette épreuve, je me suis relevé. Merci la vie, tu m'as montré, que je pouvais vraiment tout affronter. Si cet épisode t'a touché, t'a inspiré, partage-le avec un ami ou un proche qui a peut-être besoin de l'entendre. Et prends quelques secondes pour laisser un avis, c'est le meilleur moyen de soutenir ce podcast. Et surtout, n'hésite pas à me partager ton histoire, ce que tu as vécu toi aussi, sur Instagram sur la page at ludisjournal. J'ai hâte de te lire. On se donne rendez-vous jeudi prochain pour apprendre ensemble et guérir ensemble.