- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Maison Conquête. Je suis Gaëlle Dumourat et je pars avec vous à la rencontre de nos manières d'habiter le monde. C'est quoi la maison ? Et être chez soi, au fond, cela veut dire quoi ? Quel lien doit-on avoir avec notre environnement ? Ce sont des exemples de questions que j'aime poser à mes invités. Aujourd'hui, c'est Mathalie Crassé qui y répond. Mathalie est designer internationale. Elle a sorti récemment un livre co-écrit avec David Bionic intitulé « Matrice » aux éditions Atom. Ils s'interrogent ensemble sur la façon dont le design et l'architecture peuvent favoriser des manières de vivre où le lien étroit avec la nature est préservé. Mathalie nous invite à sortir de la maison cocon pour y mettre le mouvement nécessaire à la création. C'est donc chez elle, à Belleville, que je me suis rendue dans sa maison atelier-bureau pour enregistrer notre conversation. Alors, bonne écoute !
- Speaker #1
Bonjour Nathalie !
- Speaker #2
Bonjour !
- Speaker #1
Donc aujourd'hui je suis à Paris, à Belleville, chez vous, enfin dans mon bureau. Vous m'accueillez, donc vous êtes Nathalie Crassé, et j'ai voulu vous rencontrer. suite à la parution d'un livre qui s'appelle Matrice, que vous avez co-écrit. Vous m'arrêtez si je dis des bêtises.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #1
Et j'ai beaucoup aimé ce petit essai, on va l'appeler comme ça cet essai, sur la matière d'habiter aujourd'hui et votre vision de l'habitat aujourd'hui. Et c'est pour ça que je suis là. Vous avez répondu oui à mon invitation, donc je me voilà. Nathalie, est-ce que vous pourriez vous présenter dans un premier temps, nous dire un petit peu qui vous êtes,
- Speaker #0
ce que vous faites ?
- Speaker #2
Donc je suis Mathalie, je suis femme, je suis mère et je suis designer.
- Speaker #1
Très jolie présentation. Comment vous aujourd'hui vous vous êtes construit votre métier ? Donc qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce que c'est que le métier de designer aujourd'hui ? Et qu'est-ce que vos différentes branches en fait ? Et notamment donc il y a le design d'objet mais il y a le design maison, on va l'appeler comme ça. Pouvez-vous nous en parler un petit peu plus ?
- Speaker #2
Alors j'ai jamais trop... Essayer de travailler dans des catégories comme ça, je me sens assez libre en fait. Et un projet, il va comprendre justement plusieurs matérialisations. Ça peut être de l'espace, ça peut être de l'objet dans le même projet. Je trouve que cette façon de catégoriser le design, elle ne me correspond pas vraiment. Donc en fait, moi je fais des projets qui sont souvent dans un contexte avec un commanditaire. Et dès le départ, j'ai voulu faire un pas de côté, c'est-à-dire que je ne m'inscris pas dans des projets qui sont dans la continuité, mais plutôt dans des projets de rupture ou en tout cas de pas de côté. C'est comme ça que je pourrais le définir. Et ça, je l'ai établi dès l'école parce que je me suis aperçue déjà que je n'avais pas envie de mettre en avant l'esthétique. J'ai l'impression qu'un designer ne fait que de l'esthétique. C'est vrai. Et ce n'est pas ça qui me porte. Moi, ce qui m'importe, c'est la vie justement, c'est les scénarii de vie. Donc ça peut être des scénarios d'usage, ça c'est le premier niveau, après des scénarios de vie et puis maintenant c'est plutôt des logiques, changer les logiques puisque comme on le sait, le design que je définissais encore il y a très peu de temps comme l'idée d'améliorer l'habitabilité du monde, aujourd'hui on sait très bien que c'est un peu vain, c'est pas du tout ça qui convient de faire maintenant, ça serait plutôt de changer le système. Donc changer le système c'est aussi ambitieux mais ça peut être fait dans des endroits bien particuliers. avec des commanditaires qui sont déjà dans cette même idée, avec qui on partage les mêmes valeurs. Donc c'est un peu sur ce mode de fonctionnement-là que je me porte aujourd'hui et je porte toute mon énergie.
- Speaker #1
Ok. Donc en fait, on pourrait dire que vous êtes un électron libre, quoi.
- Speaker #2
On peut dire. J'ai plutôt une âme d'artiste, c'est-à-dire depuis le départ, il y a cette dominante d'artistique qui est dans mon travail. Voilà, puisque je fais un travail singulier, j'ai toujours pensé que c'était intéressant de mélanger le social et l'artistique, ce qui est en France très intéressant. Quand je montre mon travail à l'étranger, par exemple aux États-Unis, ils ne comprennent pas parce que c'est complètement séparé. On ne peut pas faire les deux. Donc en retour, ça m'a fait comprendre qu'en France, on a encore cette possibilité de le faire et qu'il faut justement que nous, designers, nous soyons conscients de ça et qu'on... on tisse ce travail finement, mais qu'on le garde. C'est une spécificité française.
- Speaker #1
Est-ce que ça vient faire écho, par exemple, au projet que vous avez en ce moment, enfin qui n'est plus en projet maintenant, mais qui est les maisons de design pour tous ?
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Donc, c'est un travail pour un bailleur social. Et donc on est sur des maisons qui vont être louées, des maisons qui vont être louées à loyer modéré. Et nonobstant, ce sont des maisons qui sont toutes en bois, qui sont faites hors site et qui permettent en fait aussi d'avoir une petite serre. Parce que j'ai décidé que la légitimité d'une maison individuelle aujourd'hui, c'était d'avoir un retour à la terre. c'est-à-dire de la connexion avec la terre, mais plus qu'avec l'extérieur, parce qu'on a toujours considéré que c'était important d'avoir des fenêtres et une vision sur le paysage, et ça c'était aussi un gros problème. Il faut qu'on aille plus loin que ça dans notre façon d'interagir avec l'extérieur. Et là, il s'agit d'une serre de 9 mètres carrés, de façon à gagner un petit peu d'autonomie. On sait que la chose la plus facile aujourd'hui... en termes d'écologie, c'est d'essayer de comprendre, c'est de changer son mode d'alimentation, tout simplement. Et donc, je pense que quand on fait pousser des légumes chez soi, d'un seul coup, on voit que les légumes qui sont dans le supermarché, ils sont un peu...
- Speaker #1
Ils ont pas la même saveur. Voilà.
- Speaker #2
Donc, à la fois pas la même saveur, pas la même forme, etc.
- Speaker #1
Voilà. Ok. Si on en vient, justement, on continue sur le chemin de la maison. Aujourd'hui, c'est quoi la maison pour vous ?
- Speaker #2
Alors, la maison, c'est... C'est à la fois un endroit où on doit être quelque peu protégé, mais il faut être vigilant de ne pas l'être trop, justement. Et aujourd'hui, avec l'éco-anxiété qui augmente énormément, la maison qui était déjà définie comme une espèce de coucon, parce que ça c'est vraiment quelque chose qui appartient à notre quotidien, c'est-à-dire... il faut au contraire la challenger, il faut la réouvrir et il faut en faire un endroit où on va se projeter. Et on peut se projeter que si on a quelque part, si on se sent bien à la maison en fait. On ne peut pas, c'est quelque chose d'essentiel en fait. Donc je me suis aperçue que depuis que je fais ce métier, je me battais pour faire un... Un habitat évolutif en fait. Et en fait, cette idée d'activité, elle est extrêmement importante. C'était quelque part donner une puissance d'agir, mais à l'échelle domestique. C'était ça. Et en fait, cette puissance d'agir, aujourd'hui, il faut qu'on l'ait globalement, pas simplement au niveau domestique. Mais si on ne l'a pas chez soi, on ne l'aura pas à l'extérieur non plus. Donc, je me suis aperçue que c'était quelque chose qui... qui faisait sens. Et on s'est bien rendu compte pendant le confinement, par exemple, que si on pouvait changer les meubles, si on pouvait créer un espace en plus pour que les enfants jouent, si on pouvait rajouter un bureau, puisque le télétravail aussi s'invite à la maison, toutes ces créations d'espaces supplémentaires, c'était important. Donc, je pense que... La perception de la maison, elle est en train de changer. Elle est en train de retirer, on va dire, on perd des codes qui sont plutôt des codes bourgeois, qui sont des codes qui figent. Je pense, j'aimerais plutôt. Et on va gagner justement en souplesse, en fluidité, en modularité.
- Speaker #1
Dans le livre et puis même sur votre page Instagram, vous êtes très présente. C'est bien parce qu'on peut suivre un peu tous vos projets. Vous parlez de scénarii de vie ou bien de projet de vie. C'est quoi l'idée que vous mettez derrière ? Est-ce que vous avez des exemples ?
- Speaker #2
Oui, les projets de vie, c'est simple en fait. C'est la première pièce de mobilier que j'ai faite, ça s'appelle « Quand j'y monte à Paris » . Donc ça, c'est un scénario de vie, c'est-à-dire on est à Paris, on a des petits espaces, on n'a pas forcément la capacité d'accueillir quelqu'un pour dormir chez soi parce qu'on n'a pas de chambre d'amis. Mais on aimerait bien faire un geste d'hospitalité. Et donc, c'est une colonne qui ne prend pas de place, puisqu'elle fait 35 cm sur 35 cm sur 2 m de haut. Et après, on la bascule, on l'ouvre, on trouve un lit à l'intérieur, il y a une petite lampe, un petit réveil. Donc, on fait vraiment ce geste d'hospitalité et c'est en quoi l'objet devient un espace à part entière. Et en fait, je pense qu'on fait peut-être même plus ce geste d'hospitalité avec ces structures, parce qu'on crée l'espace pour la personne que... Par exemple, avoir une chambre d'amis qui en fait, voyez, quelque chose, voilà, l'anxiété, ça s'accompagne avec un geste et on partage son espace. Donc c'est quelque chose que, voilà, donc ça c'est le premier, c'est le premier. C'est la première pièce de mobilier que j'ai fait autour de Scénarii. En fait, c'est ça. C'est pour moi, ramener des choses qui sont essentielles dans l'habitat, c'est-à-dire l'hospitalité, le partage, qui sont un peu le commun. Il y a beaucoup de... Et ces éléments-là, je les traite aussi, bien sûr, pas simplement dans le cadre domestique, mais aussi à l'extérieur de la maison, bien sûr, pour la ville, pour... Voilà. pour les lieux particuliers.
- Speaker #1
Justement quand vous avez quelqu'un qui s'approche de vous parce qu'il a envie de travailler, il a un lieu, cette personne a un lieu, elle a envie de vous le confier quelque part. Là, on ne sait pas, c'est pas une pièce de mobilier mais c'est vraiment un lieu. Comment vous travaillez aujourd'hui sur un... comment vous allez détailler tous les scénarios de vie qui peuvent être dans ce lieu ? Comment ça se passe en fait ?
- Speaker #2
En fait c'est déjà comprendre finement où on est. où on est et ce qui se joue dans ce lieu. C'est-à-dire que dans chaque lieu se joue quelque chose de différent. Et dans chaque lieu aussi, on peut quelque part expérimenter un peu quelque chose de différent. Donc en fait, c'est se mettre d'accord sur ce potentiel avec les commanditaires avec qui je travaille et très rapidement, ça devient une logique. Et cette logique, elle est partageable. Et c'est ce qui fait que les lieux sont différents. sont intéressants je pense puisque une logique c'est plus que voilà ça s'invente au quotidien c'est que ça se réactive au quotidien et du coup ça donne une richesse du vécu qui n'a rien à voir avec les structures qui sont là et qui proposent quelque chose voyez ce que je veux dire donc c'est un peu ça l'idée.
- Speaker #1
D'accord donc ça va être des gens qui vont avoir essentiellement des gens qui vont accueillir du... publique ou est-ce que ça va être plutôt des lieux privés ?
- Speaker #2
Ça peut être aussi des lieux privés. J'aime bien accompagner des personnes qui ont envie de changer aussi. Il y en a beaucoup en ce moment. Je ne fais pas beaucoup de projets pour privés, mais j'aime bien accompagner ces moments où on décide de passer de la ville à la campagne, mais on a envie de garder un certain dynamisme urbain. C'est... Ces notions qui sont... Voilà, c'est un peu la tension qu'on a envie. J'aime bien accompagner ces changements de vie. Ou quand on se sépare, on a besoin de se restructurer autour de... La maison peut servir aussi à ça. Et je dirais même aujourd'hui, l'idée d'essayer d'y voir un peu plus clair avec son projet de vie. Et là encore, la maison peut le faire.
- Speaker #1
D'accord. Donc ça veut dire après, dans le terme d'espace, entre guillemets, une maison designée par Mathilde Grasset. Aujourd'hui, ça va être une maison où vous allez avoir obligatoirement cuisine, séjour, plan stéréotypé. Voilà, j'imagine que non. Mais c'est quoi la vision sur un plan de cette maison ? C'est vraiment dans le détail. Qu'est-ce que vous allez faire ?
- Speaker #2
Je vais travailler en mètre carré. J'essaie de ne pas travailler. J'essaie de travailler plutôt... avec du ressenti. C'est-à-dire, il doit y avoir un cœur. On est un peu dans Bachelard, là. Il doit y avoir un cœur dans la maison. Et ce cœur, il va dépendre un petit peu des commanditaires avec qui je travaille. Bien sûr, ça peut être souvent la cuisine, mais pas que. Il y a des endroits qui sont plus chauds, des endroits qui sont plus froids, dans le sens où ils vont préserver un peu plus l'intimité. J'ai toujours fait porter une grenade. L'importance, c'est aux limites d'intimité, parce qu'on peut faire beaucoup avec ça. Déjà, on peut gagner énormément d'espace en faisant des limites d'intimité qui ne sont pas permanentes, qui vont se déclencher.
- Speaker #1
Et l'intimité, pour vous, ce n'est pas uniquement la chambre, j'imagine ?
- Speaker #2
Non, ça peut être la salle de bain, parce que j'ai fait le premier projet avec Patrick Elouargui et Philippe Chaplet d'hôtel. J'ai considéré que la salle de bain pouvait être ouverte à l'époque où il n'y avait aucun hôtel qui travaillait sur ces notions-là. Parce que dans une chambre d'hôtel, on arrive normalement avec quelqu'un qu'on connaît. Et voilà, je ne vois pas pourquoi. Et j'aimais bien aussi travailler cette notion d'intimité avec la personne avec qui on vit. Et donc comme c'est un hôtel où justement il est question de ce type d'expérience, on le proposait consciemment, c'est-à-dire qu'on n'avait pas le même notion d'intimité quand on est à la maison et quand on est dans un hôtel. C'est vrai. Et donc, on joue avec les lignes, on joue avec les limites, et on apprend quelque part des choses de la relation avec l'autre.
- Speaker #1
Vous parliez tout à l'heure d'hospitalité. C'est un mot que j'adore moi. Et comment dans la maison, vous arrivez à créer cette atmosphère d'hospitalité ? Est-ce qu'il y a des codes ? Alors le mot n'est pas approprié parce que j'ai bien compris que l'idée c'est de sortir de ces codes-là et de se laisser surprendre un petit peu partout. Mais voilà, comment dans une maison, on arrive hormis donc effectivement la colonne que vous avez ? Alors, Comment on arrive à créer l'hospitalité chez soi ?
- Speaker #2
Ça peut prendre plein de formes. Je prends l'exemple de la Higo. C'est une maison qu'on a faite justement dans le cadre de la ferme hybride. C'est une petite maison qu'on peut louer. Et en fait, j'ai décidé de rentrer dans une serre. C'est le centre de la maison. C'est un peu comme si la nature venait rentrer à l'intérieur de la maison. Et on rentre. par cet espace-là, c'est-à-dire qu'on n'arrive pas directement dans l'espace intime, mais on arrive dans un espace intermédiaire entre l'extérieur et l'espace intime, qui est constitué par une serre. J'aimais bien cette idée d'avoir un entre-deux, entre l'intérieur et l'extérieur, qui nous permet aussi de faire une place. au végétal. Alors, ce n'est pas le même que végétal qu'on met à l'intérieur et qu'on met à l'extérieur, bien sûr. Mais un peu. Donc, ça peut prendre plein de formes différentes, en fait, l'hospitalité.
- Speaker #1
D'ailleurs, à propos de la ferme hybride, est-ce que vous pouvez nous en parler un petit peu plus ?
- Speaker #2
Oui, donc la ferme hybride, c'est un lieu... C'est d'abord un territoire. C'est-à-dire que j'aime bien présenter la ferme hybride comme ça. Puisque c'est... On ne va pas simplement parler de bâti, c'est le territoire dans lequel on vient s'inscrire. C'est un territoire qu'on essaie de décrypter, de comprendre. Donc c'est un travail sur le long terme et c'est un lieu en transformation, un lieu qui prend sa part justement. On a tous un travail de reconfiguration. de réapprendre ou en tout cas d'essayer de se connecter à la culture du vivant. Et en fait, c'est un lieu qui propose ça. Et quand on se pose dans la ferme hybride, c'est aussi cette idée de regarder comment un lieu se transforme, regarder y participer si on veut, et trouver un peu cette autre relation à la terre, cette autre relation au vivant, sachant que c'est... en fait qu'il y a une partie patrimoniale donc c'était une tour de garde. Donc en fait c'est un peu l'opposé, une tour de garde c'est fait pour défendre en fait.
- Speaker #1
C'est marrant parce que moi quand je regarde les images de la ferme, j'avais le mot observation.
- Speaker #2
Oui il y a une tour pour observer mais c'est aussi quand on voit le bâtiment... L'inspiration que j'ai eue, c'est un peu l'idée d'un monastère, parce qu'en fait, il fallait redonner une cohérence à des morceaux de bâtiments, qui étaient en fait la tour qui est accolée avec la ferme juste derrière. Et il n'y avait pas eu de cohérence architecturale, on va dire. Et donc, quelque part maintenant, avec les ouvertures qu'on a aménagées, c'est l'idée de faire penser un petit peu à un monastère. Parce qu'un monastère, ce qui est beau... C'est qu'à l'origine, un monastère, c'était aussi l'endroit où on gardait l'aliment. Et on le sait, dans les monastères, il y avait une espèce d'expérimentation au niveau culinaire. On en a gardé quelques traces, que ce soit au niveau de vin. Donc j'aimais bien cette idée, parce que ça implique aussi une certaine partie spirituelle. On n'est pas dans le religieux, on est dans le spirituel. Et je pense que c'est important aussi de le signifier.
- Speaker #1
Et de toute manière, c'est le projet par rapport à cette ferme. C'est aussi, il y a quand même une dimension spirituelle qui est importante, puisqu'il y a des événements, des choses comme ça qui sont prévues pour faire vivre ce lieu, au-delà de personnes qui peuvent venir le louer ponctuellement. Donc c'est vraiment cette dimension-là qui est importante aussi dans ce lieu.
- Speaker #2
C'est un lieu qui s'invente en fait, aussi, parce qu'on ne sait pas trop ce que... On sait qu'on peut y loger. On sait qu'il y a cette relation particulière au territoire, mais l'idée c'est aussi de créer un potentiel et puis de faire assez l'ouvrir ce lieu pour qu'il puisse accueillir plein de choses dont on n'a pas encore l'idée aujourd'hui.
- Speaker #1
Vous laissez surprendre.
- Speaker #2
Voilà. Par les rencontres, parce qu'il y a souvent les rencontres qui font beaucoup.
- Speaker #1
Clairement. Aujourd'hui, quand vous rencontrez un nouveau lieu, ou que vous ne connaissez pas, comment vous abordez, alors lieu, encore une fois, que ce soit un lieu privé ou un lieu public, ou un lieu historique, ou ce genre de choses, comment vous appréhendez ce lieu ? En fait, qu'est-ce que... J'ai le sentiment que vous faites beaucoup de recherches, vous laissez inspirer beaucoup par les lieux.
- Speaker #2
Oui, ça va dépendre complètement des lieux. Ça peut être en effet essayer de voir qui habite sur le lieu déjà. D'accord.
- Speaker #1
Vous intéressez à la vie des gens. Voilà,
- Speaker #2
la vie des gens, mais la vie de pas simplement des gens, du vivant, de l'environnement. Et donc ça, c'est important. Et puis il y a des lieux où il va y avoir justement un enjeu de, pas de reconversion, mais de... donner une autre direction. Donc en fait, il faut comprendre comment cette greffe peut s'opérer. Ce n'est pas tout à fait une greffe, mais c'est l'idée de réinvestir le lieu en apportant une logique un peu différente du lieu. Donc ça, c'est quelque chose d'assez délicat parce qu'il faut que ça fonctionne ensemble.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Mais il faut partir de... Il faut savoir d'où on part et il faut savoir la direction qu'on veut donner et voir comment ça peut s'opérer cette transition.
- Speaker #1
D'accord. Donc ça veut dire que vous allez vous intéresser par exemple déjà aux fondations quelque part, c'est l'histoire du lieu, ce qu'il a été, et vous inspirer après de ce qu'il y a autour pour pouvoir l'amener ailleurs on va dire.
- Speaker #2
Voilà,
- Speaker #1
tout à fait. C'est ça ? D'accord.
- Speaker #0
Ok,
- Speaker #1
est-ce que vous voyez des choses importantes à dire par rapport à votre vision de la maison ?
- Speaker #2
Alors on a parlé tout à l'heure un petit peu de cette idée de cocon, de cette idée de... Inactivité quand même, on va le dire, parce qu'en fait on est...
- Speaker #1
De sédentarité. Oui,
- Speaker #2
voilà. L'idée de la nécessité de sortir de cette inactivité, puisque aujourd'hui on a énormément de challenges, et en fait c'est pas simplement une inactivité physique, c'est aussi une activité mentale en fait. C'est très important, je pense qu'aujourd'hui il y a tellement d'enjeux et de complexités. pour décrypter le monde qu'on doit tous se mettre, de nouveau réfléchir, on doit tous se mettre en questionnement. Alors on le fait un petit peu, mais on le fait plutôt par anxiété. Alors que ça devrait être quelque chose de, un moment justement où on s'ouvre aux idées. On a en France, et on l'oublie beaucoup, un système de pensée qui est très performant. Et ça aussi je m'en suis aperçue en faisant mes conférences à l'extérieur. Et... Finalement, je pense que dans cette période, c'est ce qu'on devrait réactiver. Malheureusement, ce n'est pas exactement comme ça que les choses sont en train de se passer. Parce qu'on fait moins appel aux philosophes que à des personnes qui font plutôt une lecture avec des courts-circuits. Vous voyez ce que je veux dire ?
- Speaker #1
On va faire plus appel à des gens qui font. plutôt qu'aux gens qui sont ou qui pensent et qui amènent de nouvelles façons de penser en fait.
- Speaker #2
Non mais par exemple je trouve que, je peux citer un exemple, la lecture des livres de Bruno Latour m'a beaucoup aidé en période de Covid. Il a cette générosité d'ouvrir des portes et de faire un constat sur l'état du monde mais aussi de nous donner des pistes en fait de... des indications sur comment dépasser cet état de sidération en quelque sorte. Et ça, c'est quelque chose d'important. Et moi, j'ai aimé cette période où, quelque part, il faut chercher, il faut se remettre à penser, il faut le faire. Alors, j'ai un métier qui le permet, donc c'est assez formidable. Oui, bien sûr. Parce que c'est ma matière, en fait. C'est ce qui va me permettre d'évoluer, mais aussi de, quelque part, quand je me lève le matin, de me dire si les choses restent possibles, ou en tout cas une partie des choses restent possibles. Donc je pense que c'est, et on l'a vu pendant le Covid, ceux qui avaient cette trame d'ancrage par rapport à un métier ou par rapport à une passion, l'ont passé peut-être. peut-être un peu plus sereinement, vous voyez, ces périodes de Covid. Donc, il ne faut pas négliger cette notion de comment on se donne la possibilité de penser aujourd'hui. Et je sais que c'est compliqué parce qu'en fait, on est dans une roue,
- Speaker #1
etc.
- Speaker #2
C'est pas l'air d'une société où... où tout est fait un peu à leur porte-pièce maintenant, les pensées sont un peu faites à leur porte-pièce, où on n'a pas forcément le temps non plus, puisqu'on est dans des systèmes...
- Speaker #0
chronophage au niveau du temps. On n'a pas beaucoup de temps pour soi parce que c'est du temps pour soi. Donc voilà, mais j'ai encore un espoir parce que je pense qu'on a cette capacité de bien penser en France.
- Speaker #1
Oui, oui, oui, j'en suis certaine. Les choses évoluent malgré tout, mais on oublie vite aussi.
- Speaker #0
C'est plus facile à déconstruire qu'à construire.
- Speaker #1
Mais comme je le dis, je le répète dans le podcast et quand je fais mes accompagnements, c'est observer et prendre conscience des choses. observer tout ce qu'on a autour alors ça veut pas dire que la maison bien sûr ça va bien au delà de la maison mais c'est s'observer soi et s'observer tout ce qu'on peut avoir autour de nous pour voir tout simplement s'il y a quelque chose qui cloche ou qui cloche pas qui
- Speaker #0
nous fait nous lever tous les matins ou pas c'est très très important et puis le faire ensemble c'est à dire en discuter avec ses amis parce que ça permet aussi d'aller plus vite de s'échanger les lectures c'est intéressant
- Speaker #1
Donc vous nous avez conseillé Bruno Latour, est-ce qu'il y a d'autres auteurs, ça peut être dans tous les domaines, des films, etc. qui aujourd'hui vous inspirent et toutes ces réflexions ?
- Speaker #0
Oui, je voudrais citer aussi les personnes qui m'ont beaucoup aidée pendant le confinement, il y a Augustin Berck aussi qui est géographe et qui lui parle de mésologie, donc c'est la relation au milieu. Et voilà, j'ai beaucoup aimé aussi... Oui ?
- Speaker #1
c'est quelqu'un qui a vécu au Japon et qui fait souvent une comparaison entre la France et le Japon c'est aussi intéressant de ce point de vue là par rapport aux maisons cette modularité de l'habitat japonais est juste fascinant,
- Speaker #0
enfin moi je trouve ça fascinant oui tout à fait c'est très codifié aussi donc on se retrouve dans des choses intéressantes tout à fait je vous ai coupé donc vous aviez
- Speaker #1
Vous vouliez me parler d'un autre point de vue ?
- Speaker #0
J'ai beaucoup aimé Croire aux fauves. Je pense que je le recommande à tout le monde. Je ne sais jamais prononcer son nom, d'Astagia Martin, je crois.
- Speaker #1
Je mettrai toutes les références de toute manière et les photos des livres.
- Speaker #0
Des écrits comme Ce à quoi nous tenons, d'Emilie Hache. Voilà, donc, bien sûr, Baptiste Morisot. qui aussi arrive à avoir toujours une position optimiste par rapport à... Donc c'est assez encourageant en fait aussi de...
- Speaker #1
Je pense qu'il faut avoir une position optimiste.
- Speaker #0
Et qui emprunte justement tout un tas de personnes dans son sillage, donc c'est assez intéressant. Un peu comme Bruno Latour d'ailleurs.
- Speaker #1
Ok. Moi j'avais une dernière question. C'est quoi être chez soi pour vous ?
- Speaker #0
Alors, être chez moi, c'est avoir du temps pour lire, pour penser, pour pourquoi pas inviter des amis. C'est ça,
- Speaker #1
plutôt. Est-ce que ça veut dire que chez vous, ça peut être partout,
- Speaker #0
du coup ? En même temps, chez moi, comme vous l'avez vu, il n'y a pas de différence entre travailler et vivre. C'est un lieu qui propose les deux. Comment ? Donc, j'ai du mal à faire cette séparation puisque mon travail, c'est aussi ma passion. Et donc, je viens d'un milieu où on fait corps avec son métier. Donc, j'ai gardé cette relation au travail.
- Speaker #1
D'accord. Est-ce que ça veut donc dire que chez vous, ça peut être partout ? par rapport à ce que vous dites ?
- Speaker #0
Oui, parce que je peux penser partout. C'est le seul petit problème que je pourrais avoir, c'est qu'à un moment donné, il faut que j'arrête de penser.
- Speaker #1
Le bouton off, vous ne l'avez pas trouvé encore.
- Speaker #0
D'ailleurs, un médecin m'a dit ça une fois, et je n'en ai pas du tout compris. J'ai dit, mais pourquoi ? Parce qu'il faut avoir des moments où on arrive à vivre l'instant présent un peu plus profondément.
- Speaker #1
C'est un retour à soi aussi, peut-être ? Mais bon, d'un autre côté, votre métier, c'est la passion. Donc, ça veut dire que... Enfin, c'est une passion. Donc, ça veut dire aussi que c'est une partie de vous aussi. Donc, quelque part, vous êtes connectée à vous. Oui,
- Speaker #0
tout à fait.
- Speaker #1
Comme tous les métiers passion. Votre actualité aujourd'hui, est-ce qu'il y a des projets ? Donc, on a vu, il y a les Maisons pour Tout.
- Speaker #0
La ferme hybride, oui.
- Speaker #1
La ferme hybride. Et puis, il y a... Est-ce qu'il y a d'autres projets ?
- Speaker #0
Oui, il y a le Nouveau Printemps à Toulouse. Puisqu'il y a un nouveau fonctionnement pour ce nouveau printemps. Avant, il s'étalait sur toute la ville. Maintenant, l'idée, c'est d'intervenir ce festival juste sur un quartier. C'est le quartier de Saint-Cyprien. Je ne vais pas pouvoir en parler beaucoup plus en dehors. Il y a l'idée d'inviter un artiste. C'est moi qui suis invitée pour cette première version du nouveau festival.
- Speaker #1
Qui se tient quand ?
- Speaker #0
Au printemps. En juin. Tout le mois de juin.
- Speaker #1
D'accord. L'autre actualité, c'est Matrice. Oui. Qui est sortie il y a... quelques mois.
- Speaker #0
Oui, au mois de novembre.
- Speaker #1
Oui, voilà, c'est ça. Qui est hyper inspirant. Donc, voilà, à lire dans la liste de lecture. Je vais rajouter celui-là. Je pense que vous ne l'auriez peut-être pas rajouté. Oui,
- Speaker #0
puis je peux peut-être vous renvoyer une petite liste un peu plus complète.
- Speaker #1
Oui, avec plaisir. Je la partagerai avec grand plaisir. Merci beaucoup, Nathalie.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Merci à vous. Pour votre accueil et pour ce moment, parce que je trouve que vous avez une vision des choses optimistes. Et puis, il y a et différencier. Moi, c'est vrai que je vais beaucoup sur la psychologie de l'habitat, etc. Avec mes invités, on fait beaucoup. Et c'est une certaine ouverture, je trouve, qui est intéressante aussi, parce que, comme vous, je n'aime pas trop cloisonner les choses et dire, voilà, je pense ça et achin, voilà, j'aime bien m'ouvrir à d'autres choses pour apporter d'autres visions et d'autres inspirations avec mes invités. Donc, merci pour le moment.
- Speaker #0
Merci à vous, c'était très agréable.
- Speaker #1
Merci, au revoir.
- Speaker #2
Merci d'avoir écouté ce nouvel épisode de Maison Conquête. J'espère que cette conversation vous aura permis d'envisager votre maison différemment. Sans oublier, bien sûr, le lien avec la nature dont nous faisons partie. Je tenais à remercier Nathalie pour sa chaleur et sa générosité, qui n'a pas hésité à nous partager ses lectures inspirantes. Vous pouvez la suivre sur Instagram, arrobase matalicrassé, ou bien sur son site www.matalicrassé.com. Quant à moi, si vous voulez m'aider à faire connaître le podcast, c'est très simple. Un partage de l'épisode sur vos réseaux sociaux ou un avis sur vos plateformes d'écoute préférées seront juste parfaits. Je suis Gaëlle Dumourat. Si vous souhaitez découvrir mon travail et mes accompagnements autour de vos lieux de vie, et de travail, vous pouvez me rendre visite sur mon site www.maisonconquête.fr ou bien sur Instagram à très bientôt !