- Speaker #0
Bonjour, bonjour ! Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouvel épisode du podcast Maison Conquête. Ici, nous parlons des lieux dans lesquels nous vivons et ceux que nous fréquentons. Ce sont tour à tour des refuges, des miroirs, des lieux qui nous confrontent. Mais ils ont tous un point commun, c'est leur capacité à nous faire évoluer. Ce podcast, je l'imagine comme un laboratoire alchimique où je viens chercher seule ou bien avec mes invités, la réponse à plusieurs questions. Ça veut dire quoi, habiter le monde ? Quel environnement est idéal pour mon développement ? Au fond, où est-ce qu'elle est ma place ? Qu'est-ce que ma maison dit de moi ? Je suis Gaëlle Dumora et je vous accompagne dans votre relation avec vos lieux. Vous pouvez tout retrouver et découvrir dans mon schéma digital maisonconquête.fr ou bien sur Instagram, arrobase Maison Conquête. Alors, c'est parti pour ce nouvel épisode où je reçois Yves Gatet, directeur artistique et céramiste. Yves a une spécialité, les maisons, qu'il façonne comme des petits îlots oniriques. Dans cet épisode, nous parlons de sa découverte de la terre, de créativité, d'inconscient et de maison bien sûr. Alors, suivez-moi et bienvenue chez Yves. Bonjour Yves.
- Speaker #1
Bonjour Gaëlle.
- Speaker #0
Merci de m'accueillir chez toi.
- Speaker #1
Je t'en prie.
- Speaker #0
Alors, pourrais-tu d'une part te présenter, dire qui tu es et ce que tu fais dans la vie, ou pas que d'ailleurs, mais voilà, peux-tu te présenter pour que nos auditeurs puissent savoir qui tu es ?
- Speaker #1
Alors, je suis à la fois... Jeune et à moins jeune, puisque j'ai 49 ans, mais je ne suis céramiste que depuis 3 ans. C'est une activité qui vient s'ajouter à mon activité de directeur artistique et graphiste. Et les gens disent de ce travail que je fais des petites maisons. Donc je pense que c'est un gros résumé de mon activité de céramiste. Je fais des petites maisons.
- Speaker #0
Alors les gens disent que tu fais des petites maisons, et toi tu dirais que tu fais quoi alors ?
- Speaker #1
Je pense que je fais des petites maisons, mais j'essaye de concevoir un univers assez global, où la petite maison est au centre, mais tout un univers d'éléments vient s'agréger autour en fait.
- Speaker #0
D'accord. Comment tu as rencontré la céramique ?
- Speaker #1
J'ai rencontré la céramique au sens où je mets les mains dans l'argile totalement par hasard. Je suis tombé sur, via une collègue, sur le studio primitif qui venait d'ouvrir.
- Speaker #0
A Bordeaux donc.
- Speaker #1
A Bordeaux. J'ai trouvé le lieu tout de suite très beau, très inspirant. J'y suis allé pour faire du tournage. Calisson Thierryon et je pense que au bout de trois heures de tournage, quand je suis rentré chez moi, je voulais m'acheter un tour.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ça a pris tout de suite. Ensuite, très vite, et c'est un peu ce que j'aime dans le travail que je fais aujourd'hui, très vite, en fait, j'ai dessiné des pièces. C'est-à-dire que j'ai tendance à rattacher ça à mon métier de... de directeur artistique, c'est-à-dire qu'en fait, ce qui m'amuse, c'est de concevoir tout un univers. Et donc, je tourne très peu aujourd'hui, mais le fait de tourner un bol m'intéresse moins que d'imaginer un service.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et donc, très vite, j'ai été confronté à un problème de réalité, qui est que dessiner des pièces, c'est bien, mais savoir les réaliser, c'est plus difficile. Donc je suis assez vite sorti de l'idée que j'arriverais à faire les pièces que je n'imaginais. Et donc je me suis penché sur le problème de comment aligner mon niveau et mes attentes. En me disant, il doit y avoir des choses qui vont me correspondre et qui vont correspondre à ce que je suis en capacité de produire. Et donc c'est plus ça qui m'intéressait que de me dire, bon bah puisque c'est ça, il faut que je me perfectionne à fond jusqu'à ce que j'arrive à faire les pièces. que je dessine. Et la question arrive, comment les maisons ? Je ne sais pas beaucoup. Je pense que j'aime l'architecture depuis toujours, j'aurais aimé être architecte. Donc... Très vite, cette petite forme m'est apparue. Et dans son dessin, pour le coup, aussi facile à faire, parce que je fais du modelage au couteau, en fait. Je la découpe dans la matière. Et donc, très vite, j'ai fait cette petite maison. Et ça m'a tout de suite parlé, en fait. Et du coup, tout de suite, surtout ce qui... Au même titre que quand j'avais commencé, ça m'a tout de suite permis d'imaginer plein d'œuvres différentes. Ça m'a ouvert un autre univers que celui qui était celui de la céramique utilitaire. Dès que je dessinais un bol, je voyais un service complet. Dès que j'ai commencé à faire une maison, j'imaginais plein de pièces avec des maisons.
- Speaker #0
Ok. Qu'est-ce que tu as ressenti la première fois que tu as mis la main dans la terre ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #1
Alors j'ai eu cette espèce de moment magique du débutant qui fait que j'ai pas eu de problème à centrer ma quille. Donc j'étais assez content. Depuis, dès que ça devient plus cérébral, forcément,
- Speaker #0
c'est le plus utile.
- Speaker #1
Tu désactes ? Oui, j'ai trouvé ça assez magique. Forcément plus magique que le modelage. qu'il n'y a pas ce côté, il n'y a pas l'eau, au même titre, et il n'y a pas le côté hypnotique aussi de la... Du tour. Du tour, oui. En revanche, à mon niveau, ce qui m'intéresse dans le modelage me permet plus de me projeter sur ce que je vais créer, alors que dès que je tourne, je suis plus dans les gestes, c'est-à-dire comment positionner mes mains, c'est-à-dire que du coup, On est moins dans la partie création que dans la partie technique de là, il faut que je me mette là, là, il faut que je change la vitesse. Donc, j'aime bien aussi le modelage pour ça. C'est-à-dire que la pièce, pour le coup, je suis vraiment dans de la création quand je fais du modelage.
- Speaker #0
Quand tu crées une maison ou une île, parce que les assemblages que tu proposes, c'est toutes petites maisons, mais tu crées aussi des îles où on va retrouver des petits arbres. et tout ce genre de choses.
- Speaker #1
C'est qu'au départ, j'ai fait que des maisons. Et donc, j'ai fait plusieurs échelles, mais globalement, elles ne sont pas très grandes. Elles ne font même pas deux sur deux. C'est des grosses maisons monopolies, mais pas beaucoup plus grandes. Quand je ne mettais que les maisons ensemble, je trouvais ça un peu froid, en fait. C'était trop urbain, trop dur. Et donc, comme j'ai un... très grand jardin sous le nez, à côté de ma baie vitrée avec des grands arbres. J'ai eu tout de suite l'idée de me dire, mais il faut rajouter des arbres. Et je me voyais, j'ai pas envisagé une demi-seconde de faire les troncs de ces arbres autrement qu'avec du bois. C'est-à-dire que j'ai eu l'idée de rester que avec de la céramique. m'a pas semblé opportun surtout que j'aurais pas pu faire des choses aussi fines en céramique pure donc j'ai coupé des petits morceaux d'arbres, j'ai fait des petits arbres ronds ou pointus, je fais un trou dedans et puis du coup pour qu'ils tiennent debout il m'a fallu des socles. Donc les premiers socles c'était un simple cercle comme si c'était un petit rond point avec un ou deux arbres comme ça dessus Puis les socles ont été un peu plus grands, et c'est comme ça que petit à petit est apparu le concept de l'île. Puisqu'effectivement, au final, ça devient des formes un peu qui flottent comme ça. Et aujourd'hui, tout mon travail, il est sur la taille de ces îles, la hauteur de ces îles, la forme.
- Speaker #0
Et la couleur.
- Speaker #1
Et également la couleur. Mais j'ai plus de... problématique de taille. Pour l'instant, je ne m'autorise pas encore à faire de très grosses pièces avec de très grandes pièces. Et je n'arrive pas non plus à trancher. J'aime l'idée aussi de faire des pièces très plates. qui sont au moins plus des champs ou des parcelles, en fait, avec des formes géométriques. Oui,
- Speaker #0
sur Instagram, tu avais montré le cadastre, j'ai envie de dire, avec une partie vigne, une partie, etc. C'est ça,
- Speaker #1
j'ai des pièces comme ça. Et puis j'ai des pièces plus petites et qui sont plus ou moins hautes, où là, j'appelle ça plus effectivement rochers, falaises, galets. Volcans et l'un des choses.
- Speaker #0
Alors un céramiste qui fait des tasses, on ne va jamais lui poser la question pourquoi il fait des tasses, parce que ça semble faire partie du quotidien, donc pourquoi pas faire des tasses. Mais quelqu'un qui fait des maisons souvent, je n'ai pas envie de dire tout le temps, mais souvent.
- Speaker #1
Il dit tout le temps.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça vient dire de toi, de faire des maisons tout le temps ? Qu'est-ce que c'est la maison pour toi ?
- Speaker #1
Alors, il y a deux questions. Il y a le tout le temps. Parce qu'effectivement, on me demande souvent, tu ne te lasses pas, tu n'en as pas marre de faire des maisons. Et pour moi, cette petite maison, c'est un vocabulaire. C'est-à-dire qu'au final, je peux faire plein de choses avec. Je ne me sens pas frustré à faire que ça. Et au contraire, je trouve même ça un peu vertigineux, tout ce que je peux faire, entre les formats, les tailles. Il peinture aussi un peu avec, etc. Donc, tout le temps ne me dérange pas. Parce qu'en fait, c'est très varié, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer. Et le pourquoi est plus compliqué. Donc, je vois dans la vraie vie des maisons. Je pense que j'aime ça. Mais en définitive... Mon travail, souvent le mot qui revient, c'est plutôt poétique. Tout à fait. Et donc, c'est ce qui me plaît dans ces pièces-là. Alors, il y a une petite particularité aussi dans ces pièces que là, tu ne vois pas, mais je vais te montrer en fait. C'est que normalement, quand tu reçois la pièce, elle est comme ça. Et donc, il y a un deuxième terme.
- Speaker #0
On la monte.
- Speaker #1
c'est que c'est celui qui la possède qui la monte.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc c'est à toi de planter les arbres.
- Speaker #0
C'est beau comme intention.
- Speaker #1
C'est ça. Et donc, du coup, les gens trouvent ça aussi un peu ludique.
- Speaker #0
Carrément. Super.
- Speaker #1
Donc chacun va mettre les arbres là où il le souhaite. Donc en général, il y en a 3, 4, 5.
- Speaker #0
Et on peut même les changer,
- Speaker #1
du coup.
- Speaker #0
On peut
- Speaker #1
Et ensuite, sur la pièce que tu viens de poser, il y a deux maisons. Et c'est là où on rentre dans ce qui, moi, m'intéresse dans la maison, c'est ce qu'elle représente en tant qu'archétype. Donc là, sur la pièce que tu viens de faire, comme souvent, les arbres permettent deux options, à minima, c'est de mettre les deux maisons côte à côte, ou de mettre les maisons séparées par les arbres. ou de mettre les maisons une en haut, une en bas. Et je trouve que, pour le coup, je ne sais pas ce que ça raconte de moi, mais ça raconte de la personne qui assemble l'île.
- Speaker #0
Alors par exemple, là, tu dirais quoi de moi ?
- Speaker #1
La question, c'est que je... Alors elles sont souvent au bord, donc ça renvoie à l'idée de... On aime bien être dans un petit coin quand même. On pourrait aussi dire que c'est dangereux, finalement, de mettre la maison au ras de la falaise. Mais en fait, ça participe de l'idée de la maison refuge, la maison au sens isolé. C'est la maison isolée. Et pour moi, la maison isolée,
- Speaker #0
c'est... Ça parle beaucoup de moi, là. Par contre, effectivement, la maison refuge, on ne se connaît pas, Yvan, mais c'est vrai.
- Speaker #1
Et pour moi, la maison isolée, ça... C'est la maison refuge au sens où on prend plaisir à s'isoler, à s'isoler des bruits du monde et à s'isoler des autres. Alors que je trouve souvent que les maisons côte à côte, c'est plus la maison hospitalité, c'est-à-dire l'idée d'être ensemble. Parce que la même maison peut servir à être seule, à son bon gré, mal gré, ou à être nombreux.
- Speaker #0
Oui, oui, tout à fait.
- Speaker #1
Ça, on ne compte pas la même chose. Les arbres racontent... moins de choses je trouve, c'est-à-dire qui participent pour le coup un peu du décor et de cette idée d'un peu de voyage, d'une île rêvée, d'une maison idéalisée. Mais la position de la maison, je trouve, raconte beaucoup de choses.
- Speaker #0
Et l'arbre, ça fait partie aussi à l'accueil et à l'hospitalité, je pense aussi.
- Speaker #1
Oui, l'arbre est un peu vivant. Ce n'est pas du tout mon intention de départ, mais j'ai des personnes qui ont acheté les îles en faisant en sorte que le nombre d'arbres correspondait au nombre de membres dans la famille.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
J'aimais bien cette image.
- Speaker #0
Toutes ces observations par rapport au positionnement de la maison, etc., c'est quelque chose que tu as... Comment dire ? Ça faisait partie du projet de base, ou tu t'en es rendu compte avec l'utilisation qui a été faite de l'objet ?
- Speaker #1
C'est plutôt... Je m'en suis rendu compte après coup. Parce qu'en fait, au départ, comme je ne faisais que les maisons, ce que je trouve magique, c'est que quand on l'a dans la main, c'est un tout petit truc. Oui, oui. C'est pas très très gros.
- Speaker #0
Moi, je l'utilise pour mes photos Instagram maintenant. Je sais.
- Speaker #1
Je suis ravi. Mais par contre, dès qu'on la pose quelque part, n'importe où, elle a aussi ce que je trouve magique, c'est qu'elle a une aura. C'est-à-dire qu'immédiatement, comme une petite lumière, tout ce qui est autour lui appartient. Et si on la met dans des endroits différents, elle va interagir différemment. C'est vrai. Je trouve que c'est... Ce petit archétype a beaucoup de force en fait.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu y mets derrière la définition d'archétype toi ? J'ai l'impression qu'il y a autre chose que ce qu'on y met couramment.
- Speaker #1
Pour moi, mes maisons, on les toit en couleur souvent, émaillées. Mais je parle d'archétype dans le sens où elles n'ont ni fenêtre, ni porte de dessinée, ni cheminée. Avant, je parlais plus d'icônes, parce que je pense que je suis un graphiste, ou de pictogramme. C'est-à-dire que pour moi, c'est la maison en tant que concept. C'est-à-dire, chacun va se projeter dedans à sa manière. Donc, j'aime bien qu'elle ait une certaine neutralité. Mais par contre, on imagine tout de suite en la voyant que c'est une maison. Que c'est une maison de vacances, que c'est une maison de famille, que c'est une maison refuge, que c'est de la maison un peu légende au bord de... du précipice, que c'est la maison de campagne près des champs, etc.
- Speaker #0
D'accord. C'est toutes les images de la maison qu'on peut se représenter les uns les autres.
- Speaker #1
Et elles sont nombreuses, en fait.
- Speaker #0
Et pour toi, la maison, c'est quoi ? Pour toi, Yves ?
- Speaker #1
C'est tout. En fait, le problème, c'est que c'est toutes ces maisons à la fois. J'aime bien l'idée de la maison solitude. Et j'aime l'idée de la maison hospitalité aussi où on peut accueillir plein de monde à l'intérieur. Donc ce que j'aime c'est qu'en fait l'objet ne change pas mais elle s'adapte à nos besoins et à notre vécu et notre état d'esprit du moment. Et on n'a pas besoin forcément de se déplacer dans une maison. éloigné pour se sentir seul dans une maison, etc.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. La même maison peut être multiple et répondre à tout ça.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
En ce qui concerne l'objet, comment toi tu imagines que les gens le vivent, en fait, cet objet ? Ou est-ce que peut-être que tu as eu des retours des personnes qui ont adopté certaines de tes pièces ?
- Speaker #1
Alors oui, j'ai la gentillesse des fois de les poster ou de m'envoyer des images de leur maison. Je pense qu'ils conçoivent ça beaucoup comme un objet décoratif qui a une petite place parce que c'est pas très grand. Et j'ai vu aussi des gens qui les agrandissent en rajoutant un petit galet à côté et en déplaçant les maisons. J'ai des personnes comme toi qui n'ont que les maisons, donc du coup c'est aussi un peu un gris-gris, un voyage. Ils sont très loin à l'étranger aussi. Et je ne sais pas. C'est-à-dire qu'en même temps, je ne sais pas jusqu'où ils se projettent dans cet objet.
- Speaker #0
Et toi, tu le crées en ayant une... Quelle est ton intention derrière, en fait ? Comment tu aurais envie que les gens le vivent ? Si tu devais dire... Mettre une notice. Parce qu'on pourrait imaginer qu'il y ait une notice quelque part.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
explicative dans la petite boîte que tu m'as montré, mais comment les gens pourraient le vivre ? Tu mettrais quelle intention derrière ?
- Speaker #1
Qui déplace la maison.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
J'aime bien l'idée qu'elles ne soient pas...
- Speaker #0
Qu'elles ne passent voyage à la maison.
- Speaker #1
C'est-à-dire que techniquement, à part les arbres, les maisons pourraient être scellées dans la céramique. Elles pourraient être en position précise et avec aucune option. Donc j'aime l'idée que le champ des possibles reste ouvert et que ça se déplace. Et moi, je déplace, j'en ai. J'en ai sorti pas mal pour te les montrer, mais je déplace les maisons dans ma maison. J'aime bien l'idée que l'objet ne soit pas toujours au même endroit.
- Speaker #0
C'est le cas avec d'autres objets chez toi ou pas ?
- Speaker #1
Pas tant que ça, mais ça devrait. Plus.
- Speaker #0
Ça pourrait. C'est marrant parce que ce matin, comme je te disais tout à l'heure, j'ai reparcouru tout ton Instagram et tout ça. Et effectivement, tu fais des photos des maisons individuelles, on va dire, que tu amènes dans le fond de ta poche et que tu sors dans des endroits XY. Et ça m'a fait penser à Amélie Poulain.
- Speaker #1
Oui, on m'a beau qui dit ça, que c'était le nain d'Amélie Poulain. C'est ça. Et quand je fais ça, je trouve que ça renvoie pour le coup à ce que j'expliquais tout à l'heure sur le fait que ce petit objet prend... Il prend tout en fait. Il prend tout. C'est la magie. Il prend tout. Peut-être. Et ce que je trouve, alors forcément chez les photos de très près, dès qu'on s'éloigne, elles disparaissent dans le paysage. Quand les photos sont faites de près, j'en ai fait près d'une cascade, etc. Ce genre de choses, en fait, on ne voit que la maison. C'est-à-dire que derrière, il peut y avoir un torrent gigantesque des Pyrénées avec des tonnes d'eau qui passent. Tout s'arrête en fait. On voit que la petite maison qui est posée au bord du rocher. Donc je suis... Je reste émerveillé par la capacité qu'un si petit objet si neutre prenne autant d'une telle aura. Voilà.
- Speaker #0
Très bien. Est-ce que ces îles, ces maisons, etc., il y a d'autres projets ? Est-ce que tu peux les amener ailleurs ? Qu'est-ce que tu as en tête aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors, il y a plusieurs idées en parallèle que j'aimerais mener. J'aime l'idée de faire des pièces beaucoup plus grandes et je me pose pour le coup des questions de taille de pièce, de maison. Est-ce que je reste à cette échelle ? J'ai envie de rester à cette échelle. J'ai envie de faire des plus grandes pièces, notamment ce que j'ai appelé parcelles, qui sont effectivement des pièces plus plates et qui ressemblent à une vue du ciel, de champs, où on voit que chaque champ est collé avec l'autre, mais il n'est pas dans le même angle, il n'est pas orienté de la même manière. Donc j'ai envie de faire des grandes pièces comme ça, des îles plus grosses. Et j'ai envie aussi de continuer ce que j'appelle les empreintes, parce que assez vite, quand j'ai fait mes premières îles, consciente du fait que c'était un petit objet, je me suis dit ça n'habille pas beaucoup dans une maison. Je vais faire quelque chose de plus visible et le tableau me semblait un bon moyen. D'abord de me réapproprier les peintures que j'avais et que je n'utilisais jamais. Il y a eu une chute de maison. Et ensuite... Après du pression. C'est ça, voilà. C'est le côté dangereux. Et donc, du coup, ça me permettait de réapproprier la peinture et de faire quelque chose qui reste avec la céramique puisque l'idée n'était pas de peindre des maisons. L'idée de ce que j'appelle les empreintes, c'est en fait je mets de l'acrylique sur la forme de la maison en céramique et je l'utilise comme un tampon. C'est elle qui marque la feuille et le jeu c'est un peu un jeu de pression. Si je tamponne trois fois sans remettre de la peinture, forcément au fur et à mesure la forme s'estompe. Si j'appuie fort, on voit la maison parfaitement dessinée. Et j'aime bien l'idée d'empreinte parce que ça participe à l'idée du souvenir et donc de quelque chose qui est là ou qui reste et qui s'estompe. Et comme je trouve que la maison, c'est un lieu qui a un lieu de souvenir aussi, je crois que ça... ça fonctionnait.
- Speaker #0
C'est marrant parce que moi, j'y vois autre chose, en fait. J'ai l'impression que ton travail est très en lien avec l'inconscient, en fait. Alors, je ne sais pas si c'est le tien ou celui qui adopte, on est bien d'accord. Mais oui, parce que tout ce que tu racontais tout à l'heure par rapport à l'île où tu positionnes effectivement la maison à tel endroit et que, voilà, ça peut évoquer... la maison refuge, etc. Mais de la même façon, les empreintes, moi ça me fait penser à tout le travail psychanalytique que tu fais avec les...
- Speaker #1
Les tests de recherche.
- Speaker #0
Et ça me fait penser à ça. L'impression qui fait différent et qu'est-ce que tu vois dans une tâche d'encre, ça va être un papillon, enfin bref. Et donc je trouve qu'il y a ça en filigrame dans ton travail aussi. Je sais pas si c'est... Là aussi, conscient ou inconscient.
- Speaker #1
C'est assez inconscient. Je n'ai pas fait que de psychanalyse ce jour. Mais elles sont là-bas, donc elles sont un peu loin du micro. Mais les dernières que j'ai faites, j'ai fait des empreintes. Donc c'est une pièce en céramique qui est plus grande pour le coup. Et donc moi, je me contente d'appuyer dessus. C'est-à-dire qu'il n'y a aucun mouvement. Au contraire, j'essaye de ne pas bouger, ne pas glisser pour ne pas que ça déborde. et ce qui est vrai c'est que le tracé de la maison a énormément d'énergie, il y a beaucoup de mouvements dedans, je penserais que c'est presque des coups de pinceau, on voit des traits, alors que la pièce est totalement immobile, c'est vraiment la manière dont je vais appuyer par-dessus, par-dessous, et j'aime bien ça aussi, cette idée que, encore une fois, c'est un travail très immobile. mais qui est assez puissant dans le résultat de l'empreinte, qui est toujours différente, alors que c'est toujours le même objet.
- Speaker #0
Et toi, tu es dans quel état d'esprit quand tu fais ça ? Est-ce que tu as constaté des différences dans ton humeur, dans ton état d'être, etc., quand tu fais ou bien une pièce en céramique, ou bien l'impression ? Est-ce que tu as déjà constaté ça ?
- Speaker #1
Je suis beaucoup plus concentré quand je fais les impressions.
- Speaker #0
Faut pas baver ?
- Speaker #1
Faut pas baver. Je me lave les mains souvent parce que du coup j'ai besoin de la peinture sur la gueule, donc j'essaie de pas baver. Donc c'est un travail que je trouve plus précis. C'est aussi très différent parce que c'est un travail que je fais tout seul, chez moi, sur ma grande table, alors qu'il y a une partie du travail de céramique que je fais au studio primitif, donc je suis avec d'autres personnes, ce que j'aime bien. On discute, on fait des blagues, enfin c'est un travail qui est beaucoup moins... beaucoup moins concentré que celui-ci. Donc c'est assez différent. Et puis là pour le coup le choix de la couleur est immédiat. Il faut avoir conscience, les gens ne se rendent pas forcément compte mais quand j'utilise du bleu en peinture, je vois le bleu, je mets le bleu, ça donne le bleu qui est dans le tube. Quand j'utilise du bleu en céramique, c'est une des rares arts dont on travaille la couleur sans jamais la voir. Puisqu'en fait le bleu est globalement une couleur gris foncé avant la cuisson. Et donc on plonge les pièces dans les émeaux et c'est à teint liquide. Ça devient tout de suite très poudreux mais ça ressemble à une farine foncée. Et ce n'est qu'après la cuisson qu'on ne voit pas, et donc après deux jours de cuisson, à 1280°, que la couleur apparaît, avec ses joies et ses échecs. Dans les deux cas, il y a un travail de couleur qui est très particulier. C'est pour ça que dans les empreintes, le travail de la couleur est beaucoup plus précis. On le voit tout de suite, si ça match, si ça ne match pas. Si c'est trop sombre, trop clair, etc.
- Speaker #0
Aujourd'hui, c'est les empreintes, tu n'utilises que le bleu, non ?
- Speaker #1
J'utilise beaucoup le bleu.
- Speaker #0
Beaucoup le bleu, oui.
- Speaker #1
En effet, un peu...
- Speaker #0
Un bleu clin.
- Speaker #1
Oui, un peu clin. J'ai un bleu plus noir aussi. Mais beaucoup de bleu. Je suis très très bleu.
- Speaker #0
C'est vrai, chez toi il y a beaucoup de bleus. Ok. Aujourd'hui, si on veut voir de près tes œuvres ou en adapter, tout simplement, comment on les rencontre ?
- Speaker #1
Alors, pour l'instant c'est un peu compliqué. Ça peut être par Instagram, puisque j'ai un compte et il y a toutes mes îles dessus.
- Speaker #0
Que je partagerai, bien sûr.
- Speaker #1
Si. Et donc, c'est comme ça en général qu'elles voyagent, qu'elles dérivent. Des fois, j'utilise ce terme-là. Et puis, on peut les trouver sur d'autres sites. Je n'ai pas de site internet, j'ai que Instagram.
- Speaker #0
Ça sera un projet ou pas ?
- Speaker #1
Pas vraiment.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc il y a Alcove Edition aussi qui... Elodie. Elodie qui m'a fait la joie de distribuer mes maisons.
- Speaker #0
Et c'est grâce à elle que je t'ai rencontrée.
- Speaker #1
Voilà. Donc là, il n'y a que les maisons. Et du coup, c'est assez simple, parce que du coup, j'ai une autre idée avec... que les maisons, puisqu'elle en a même fait des porte-couteaux, ce que j'avais fait aussi au tout départ, j'avais une série où j'ai fait quelques pièces utilitaires, j'utilisais les maisons en porte-couteaux je trouvais ça rigolo et puis j'ai un autre projet aussi dans un vrai lieu physique à l'automne je pense à Bordeaux ? Oui et après il y a chez moi c'est à dire qu'il y a aussi des personnes qui veulent voir les pièces et donc du coup j'organise un mini showroom on peut venir voir les pièces en vrai. Et c'est ce qui est le plus sympa d'ailleurs. Oui,
- Speaker #0
oui, tout à fait.
- Speaker #1
Parce que c'est vrai que la dimension rencontre et pour moi était aussi un élément de départ de mon travail. C'est-à-dire que je n'ai jamais envisagé ça comme un loisir au sens où je fais des pièces, je les range, ou je les donne et basta. C'était pas tellement la dimension financière de vendre les pièces qui m'intéressait, parce que comme c'est pas mon activité principale, les enjeux sont pas les mêmes, c'est moins nécessaire disons. Par contre j'aimais l'idée qu'elle rencontre, qu'elle ait une vie à elle, et cet élément pour moi, et je me rends compte, c'est un des plus agréables, parce que forcément... On a des retours, c'est toujours... En général, les gens sont quand même bienveillants. Et surtout, les rencontres amènent les rencontres. Je ne serais pas là en train de discuter avec toi si je faisais mes pièces pour moi et que je les mettais dans une étagère. Et il y a un certain nombre de rencontres, c'est ça aussi. C'est la volonté de montrer son travail qui fait qu'on fait rencontrer des gens.
- Speaker #0
Oui, puis on est dans le domaine de la maison. Et de la transmission du coup. Et peut-être que tes pièces, elles se transmettent.
- Speaker #1
Oui, oui, oui, sans doute. Et puis j'aime l'idée, alors là peut-être c'est de dire que ça reste, et me survivront. Techniquement, c'est peu fragile, donc me survivront.
- Speaker #0
Aujourd'hui, qu'est-ce qui t'inspire, Yves ?
- Speaker #1
Euh... Tu veux dire pour mes créations en général ?
- Speaker #0
Oui, pour les créations. Si tu devais dire, aujourd'hui je m'inspire de la nature, je ne sais pas.
- Speaker #1
Aujourd'hui, mes grandes questions, c'est vraiment la taille, les dimensions. C'est beaucoup les dimensions.
- Speaker #0
Les proportions.
- Speaker #1
Les proportions. c'est à dire que Je veux faire des pièces beaucoup plus massives et en même temps je suis convaincu que cette petite maison a atteint son nombre d'or à elle. C'est-à-dire que plus elle sera grande, moins elle perdra un peu de cette énergie. Donc c'est ça que je travaille. Je me pose des questions des grands tableaux que j'ai fait récemment. Comme ils sont beaucoup plus grands, j'ai utilisé des empreintes plus grandes. Mais du coup le résultat n'est pas pareil. Forcément, c'était plein de petites maisons. Donc voilà, moi c'est l'idée de proportion qui me travaille. Du coup je regarde aussi beaucoup de... Et alors j'aime aussi l'idée... Je regarde beaucoup de... Ce qui m'inspire c'est les visuels que je trouve dans des galeries qui sont des galeries qui présentent plein de travaux différents. Parce que mon travail est aussi assez multiple. Et ça revient à mon envie de départ, c'est créer un univers complet. Comment elle se parle entre elles d'avoir un grand tableau, un petit, un dessin, un croquis, une grande île, une moyenne, une haute, une basse.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est créer un univers assez complet qui m'intéresse. Plutôt, j'essaye de travailler plus ça que pièce par pièce.
- Speaker #0
D'accord. Oui, c'est plus dans l'idée de la maquette que tu peux voir à différentes échelles. Alors, pas dans le standardisé de la maquette. mais plus dans l'idée de changer d'échelle. En tout cas,
- Speaker #1
c'est surtout l'idée de variation de gamme. C'est de créer que des choses qui se répondent aussi entre elles, au-delà de ce qu'elles répondent à ce qu'on projette ou à l'environnement qui sont autour. C'est comment elles fonctionnent entre elles. Et c'est là où on revient un peu sur l'idée du service. C'est-à-dire que l'intérêt du service, c'est comment l'assiette fonctionne avec le... plat qui fonctionne et comment tout ça crée un tout. Et moi, voilà, en fait,
- Speaker #0
j'essaie de créer un service de maison.
- Speaker #1
Un service de maison, qui n'est pas un lotissement, attention.
- Speaker #0
Ah non, on est très très loin du lotissement. Chaque maison est unique.
- Speaker #1
Absolument, pas de raquettes. Non.
- Speaker #0
Super. Écoute, peut-être que tu pourrais nous lire, parce que tu m'as avoué que tu avais préparé cet entretien, ça m'a été un peu stressé. Et hier, tu étais sur la plage.
- Speaker #1
J'étais sur la plage.
- Speaker #0
Et tu as lu des passages ou un livre. Tu t'es replongé dedans.
- Speaker #1
J'ai replongé dedans.
- Speaker #0
Est-ce que tu voudrais nous lire un petit passage ? Parce que j'ai vu que tu avais mis un peu de stabilo.
- Speaker #1
Oui, j'ai mis du stabilo.
- Speaker #0
Tu fais partie des gens comme moi qui écrivent sur les livres. Ah,
- Speaker #1
mais là, c'était parce qu'effectivement, ça m'intéressait de voir des choses précises. Donc, c'est un bouquin qui me parle beaucoup pour plein de raisons. Alors, je connaissais l'auteur il y a longtemps, mais... J'ai étudié quand j'étais plus jeune, donc c'est Gaston Bachelard. Donc déjà, le titre c'est La poétique de l'espace. Forcément, le terme poétique qui revient beaucoup sur mon travail me parle, et l'espace aussi. Et donc c'est un livre qui a tout un chapitre. D'abord, il y a un chapitre qui s'appelle Miniature, il parle plutôt de miniature dans les descriptions, et il y a plusieurs chapitres sur la maison. Il y a maison et univers. Et la maison tout court, c'est là où on retrouve plusieurs définitions de maison. Effectivement, c'est ce qu'on appelle la maison hutte. La hutte, c'est la maison de l'ermite, la maison des seuls. Il y a la maison rêvée, c'est la maison qu'on aimerait avoir, qui n'est pas la maison idéale, qui devient trop descriptif. Et il y a la... Il y a la maison natale aussi, qui est la maison souvenir d'enfance. Et donc, il y a pas mal de... Et c'est très bien écrit.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Donc, il écrit... Alors, c'est pas... Les extraits que je vais lire ne sont pas à la suite, mais j'aime bien quand il dit que la maison est un autre coin du monde. Et après, il dit... Bien fait, le plus précieux de la maison. La maison abrite la rêverie. La maison protège le rêveur. La maison nous permet de rêver en paix. Et j'aime bien ça, l'idée que c'est un lieu où on peut rêver en paix.
- Speaker #0
Ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup,
- Speaker #1
Yves. Je t'en prie.
- Speaker #0
J'espère que cet épisode avec Yves Gatet vous aura donné envie de découvrir son travail et de peut-être même adopter une de ses pièces. Inutile de vous dire que j'ai craqué. Vous retrouverez tous les renseignements concernant Yves dans les notes de l'épisode. Si vous avez des questions concernant mes accompagnements, et bien sûr, n'hésitez pas à me contacter sur Instagram. ou sur mon site maisonconquête.fr. Nous pourrons poser ensemble tous les contours de vos lieux pour qu'ils viennent nourrir tous vos projets. En attendant, si cet épisode vous a plu, faites-le savoir en lui mettant une note 5 étoiles ou en le partageant sur vos réseaux sociaux. C'est le seul moyen pour donner de l'envol à ce podcast entièrement auto-édité. Alors un grand merci à vous et à très bientôt.