- Speaker #0
1,50€ et un chinois à 1,90€, c'était le nom qu'on donnait au glace dans le dernier zoo humain qui se trouvait à Nantes. D'ailleurs ce zoo, si vous ne saviez pas, il a fermé ses portes seulement en 1994. C'était hier. Un jour en France, des hommes non-noirs se sont dit, et si on explosait comme des animaux, des femmes, des enfants et des hommes ?
- Speaker #1
Un zoo humain en France, en 1994, à Nantes. Comment c'est possible, et surtout, comment ça a pu exister sans provoquer de réaction immédiate ?
- Speaker #2
L'idée de base semblait pourtant être noble, faire découvrir la culture et le folklore de la Côte d'Ivoire. Et on voit bien que ce type de démarche existe ailleurs aujourd'hui, de façon bien meilleure. Comme au château de Guédelon par exemple, avec la reconstitution médiévale, ou alors au musée au parc Alésia. pour l'époque gauloise. Sauf qu'ici, il y a un basculement majeur. Ce ne sont pas des acteurs, ni des figurants. Ce sont des personnes réelles, venues de Côte d'Ivoire, installées dans un zoo. Le problème, ce n'est pas l'idée de montrer une culture. Le problème, c'est le cadre dans lequel on la montre. Dans un musée, on observe un patrimoine. Dans un zoo, on observe des êtres humains comme des curiosités. Et là, on bascule dans quelque chose qui rappelle directement les zoos humains coloniaux. Un glissement qui, à l'époque, a pu sembler invisible, mais aujourd'hui est très évident.
- Speaker #3
Et ce qui est encore plus troublant, c'est qu'en 1994, personne ne semble choqué. Ni les organisateurs, ni le parc, ni les visiteurs, personne. Parce qu'il existe encore un regard colonial très ancré à cette époque-là. Voir l'Afrique comme exotique. folkloriques différentes. Ils ne se disent pas on expose des humains. Ils se disent on montre une culture africaine authentique. Et c'est là que le problème devient invisible. Le racisme ici n'est pas forcément de la haine. C'est un regard irrité. Une façon de voir le monde qui paraît normal à l'époque.
- Speaker #1
Posez-vous les vraies questions. Est-ce que l'intention de départ efface la réalité finale ? Est-ce que c'est l'idée ou la mise en pratique qui est problématique ? Si ça arrive aujourd'hui, est-ce qu'on réagirait immédiatement ? Et surtout, une appropriation culturelle de ce type peut-elle devenir un acte raciste ?
- Speaker #3
Une intention de faire découvrir une culture peut parfois rendre invisibles des conséquences graves. Et c'est là que tout bascule, quand on ne voit plus de problème alors que l'intention semble bonne.
- Speaker #2
Le racisme ne commence pas toujours par une insulte, il commence souvent par un regard. Une mise en scène qui paraît logique pour ceux qui l'organisent. Quand on installe des êtres humains dans un zoo, même avec une intention culturelle, on ne montre plus une culture. On montre des personnes comme des curiosités, presque comme des animaux. Et le plus inquiétant, c'est que sur le moment, il paraît que personne ne s'est dit que c'était choquant. Parce que le racisme ne repose pas seulement sur la haine, il repose sur ce qui paraît normal parce que ça a toujours été vu comme ça. Mettre une culture dans un musée, c'est en préserver la mémoire, la mettre dans un zoo, c'est en faire une attraction. Ça produit des personnes qu'on observe avant de les considérer, des personnes auxquelles on enlève la parole sans même s'en rendre compte. Aujourd'hui, on peut faire un parallèle avec l'appropriation culturelle. Prendre une culture, la sortir de son contexte, la simplifier, la transformer, puis la représenter selon son propre regard. Et dans ce cas-là, on ne représente plus une culture, on la déforme.
- Speaker #1
Le racisme ne prend pas toujours la forme d'insultes ou de violences.
- Speaker #2
Il peut prendre la forme d'une action bien intentionnée mais détournée,
- Speaker #3
qui humilie une culture et des êtres humains sans même s'en rendre compte.
- Speaker #2
Make racism work again !