Speaker #0Est-ce qu'on devient vraiment parent le jour où l'on prend son bébé dans les bras ? Ou est-ce que finalement, on le devient un peu plus chaque jour ? Parce qu'avoir un enfant, ça change beaucoup de choses. Notre façon de voir le monde, notre couple, nos habitudes, et surtout, ça fait naître mille questions. Pourquoi fait-il ça ? Est-ce que je fais bien ? Est-ce que j'en fais trop ? Comment trouver notre équilibre à deux quand on est aussi devenu parent ? Et puis, il y a toutes ces petites choses auxquelles on ne s'attendait pas. Les moments... où l'on doute, ceux où l'on rit, ceux où l'on se demande « mais pourquoi personne ne m'avait prévenu ? » Et puis, il y a ces moments où l'on se surprend à penser « mais comment était ma vie avant d'être parent ? » Comme si, sans même s'en rendre compte, nos enfants avaient pris tellement de place dans nos vies qu'on avait presque oublié ce qu'était notre quotidien avant eux. Bienvenue dans Mama Bloom, le podcast où l'on parle de tout ce qui gravite autour de la parentalité. Nos enfants, leur éducation. Notre couple, nos relations, nos choix, nos contradictions, nos petites victoires et nos grands questionnements. Je suis Marie, et après quelques mois loin du micro, je suis très heureuse de vous retrouver pour une nouvelle saison. Et si, depuis le début de Mama Bloom, beaucoup de mamans se sont reconnues dans mes réflexions, j'ai aussi eu la jolie surprise de découvrir que des papas écoutaient, réagissaient, réfléchissaient, et parfois même, changeaient leur regard sur certaines choses. Parce qu'au fond, Mama Bloom c'est un espace pour tous ceux qui essaient, tant bien que mal, de comprendre ce drôle de métier qu'est celui de parent. Alors, on se prend ? Je suis tellement heureuse de vous retrouver après ces longs mois d'absence. Et en même temps, je ne vais pas vous mentir, je suis un peu émue, un peu stressée aussi. Ça fait des semaines que je pense à ce moment, que je me dis il faut que je reprenne le micro, j'ai tellement de choses à vous raconter, et pourtant à chaque fois, je repousse. Peut-être parce que je ne sais pas vraiment par où commencer, ou peut-être que raconter ce qu'on traverse, quand on est encore en train de l'apprivoiser soi-même, ce n'est pas si simple. Depuis le tout premier épisode de Mama Bloom, j'ai fait le choix de me livrer à vous sans filtre. Je vous ai raconté mon histoire, ma maternité, mes émotions, mes doutes, mes pensées parfois un peu décousues. Mes galères et mes petites victoires aussi. Et puis, au fil des épisodes, vous avez appris à connaître Aaron, mon petit Aaron, sa personnalité, son caractère qui s'affirme, ses habitudes, ses progrès, ses régressions aussi, toutes ces petites choses qui font de lui l'enfant qu'il est aujourd'hui. Et quelque part, j'ai l'impression que vous l'avez vu grandir avec moi. Dans le dernier épisode, je vous racontais la venue de Véronique, une psychologue qui était venue observer Aaron à la maison. Une rencontre qui, sans que je le sache encore, allait marquer un véritable tournant dans notre histoire. Ce jour-là, pour la première fois, quelqu'un a prononcé devant nous le mot autisme. Véronique nous a expliqué qu'elle observait chez Aaron certains signes qui pouvaient évoquer un trouble du spectre de l'autisme, ce qu'on appelle aussi un TSA. À ce moment-là, il ne s'agissait encore que de doutes, mais pour moi, ces quelques mots ont eu l'effet d'un tsunami. Je me suis posé des milliers de questions. Est-ce que j'étais passée à côté de quelque chose ? Est-ce que j'aurais dû remarquer certains signes plus tôt ? Est-ce que tout ça allait changer quelque chose pour nous, pour notre avenir, pour Aaron ? Je crois qu'avant de devenir parent, on se raconte tous un peu une histoire. On imagine des moments, des étapes, une certaine idée de la vie de famille. Et puis, on devient maman et on découvre que la maternité ne ressemble pas toujours à ce qu'on avait imaginé. Alors je me demande, est-ce qu'on est vraiment préparé à voir l'histoire qu'on s'était racontée ? quand elle prend un chemin différent ? Et est-ce qu'on peut aimer son enfant plus que tout au monde, tout en ayant peur de ce que l'avenir lui réserve ? Aujourd'hui, plusieurs mois ont passé depuis cette rencontre. Il s'est passé énormément de choses. Beaucoup de rendez-vous, des réponses, de nouvelles questions, des moments difficiles, mais aussi de très belles surprises. Et si je reprends ce micro aujourd'hui, c'est parce que j'ai envie de vous raconter tout ça. Pas avec toutes les réponses, ni forcément avec le recul sur tout. simplement avec mes mots, mon regard de maman, mes émotions, et cette envie de continuer à partager notre histoire avec vous, là où je l'avais laissée. Et pour reprendre là où je m'étais arrêtée, il faut que je vous ramène à ce fameux vendredi soir. Véronique était venue chez nous, et pas n'importe quand, puisque c'était le début du week-end de Pâques. Autant vous dire qu'on ne s'attendait pas vraiment à commencer ce long week-end avec une nouvelle pareille. Parce que concrètement, ce soir-là, elle venait de nous lâcher une bombe. Elle avait évoqué la possibilité qu'Aaron soit sur le spectre de l'autisme, et la prochaine étape, c'était d'attendre que le pôle autisme à Genève prenne contact avec nous pour organiser un bilan. Et en attendant, eh ben rien. On devait attendre. Attendre un appel, un rendez-vous, des réponses à des questions qu'on n'avait même pas encore eu le temps de formuler. Et je crois que c'est ce qui m'a le plus déstabilisée. Quelques heures plus tôt, dans notre quotidien, tout semblait ordinaire, et voilà qu'on se retrouvait chez nous, seules avec cette nouvelle, sans vraiment savoir quoi en faire. Je me souviens très bien de cette soirée. J'avais couché à Ron et je suis allée retrouver Nance dans son bureau. J'étais complètement perdue. J'avais besoin de parler, de revenir sur ce que Véronique nous avait dit, de comprendre ce que ça signifiait, et surtout je crois que j'avais besoin d'être rassurée. J'avais besoin qu'on me dise que ça allait aller. Sauf que Nance, lui, n'était pas du tout dans le même état d'esprit. Enfin, si, il était tout autant sous le choc que moi. Mais il ne le vivait pas du tout de la même manière. Là où moi j'avais besoin de parler, lui il avait besoin de silence. De temps pour digérer ce qu'il venait d'entendre. Et sur le moment, je l'ai très mal vécu. Je me suis sentie seule, terriblement seule même. Je crois que j'attendais inconsciemment qu'il ressente la même chose que moi, au même moment. Qu'il ait les mêmes peurs, les mêmes doutes, les mêmes questions. Le même besoin d'en parler finalement. Mais ce n'était pas le cas. et sa réaction à ma blessée. Avec du recul, je comprends qu'il ait essayé simplement, lui aussi, de faire face à cette nouvelle, à sa manière, et je trouve ça important d'en parler, parce que ça aussi, c'est la parentalité. On parle beaucoup de ce que l'arrivée d'un enfant change dans un couple. Des nuits écourtées, de la fatigue, du manque de temps à deux. Mais on parle peut-être moins de ces moments où la vie nous met face à quelque chose qu'aucun d'entre nous n'avait anticipé. Ces moments où l'on est censé former une équipe, mais chacun essaie de comprendre déjà ce qu'il ressent. Parce qu'avant d'être un couple, on reste deux personnes, avec notre histoire, notre sensibilité, nos peurs et notre propre façon de gérer les émotions. Et c'est pas parce qu'on s'aime qu'on doit obligatoirement réagir de la même manière. Alors je me suis posé cette question. Quand deux parents traversent la même épreuve, mais ne la vivent pas de la même façon, comment fait-on pour ne pas se perdre de vue ? Et est-ce qu'on peut comprendre la réaction de l'autre tout en ayant été profondément blessé par celle-ci ? Je crois que oui. En tout cas... c'est ce que cette soirée m'a appris. Que parfois, dans un couple, on peut se sentir très seul, même quand on est deux. Et que ça ne veut pas forcément dire qu'on ne se soutient pas ou qu'on ne s'aime pas assez. Simplement, on n'a pas toujours les mêmes besoins au même moment. Ce soir-là, oui, j'aurais aimé que Nance me prenne dans ses bras, qu'on parle pendant des heures, qu'on essaie de trouver des solutions et des réponses ensemble. Mais Nance n'avait pas encore les mots pour pouvoir s'exprimer sur ça. Et puis moi, je n'avais pas encore le recul nécessaire pour le comprendre. Le reste du week-end de Pâques, on a essayé de profiter des moments en famille. On a fait notre petite chasse aux oeufs avec Aaron, comme prévu. Mais dans ma tête, les paroles de Véronique continuaient à tourner en boucle, Et une fois les chocolats ramassés, j'ai fait ce que je pense beaucoup de parents auraient fait à ma place. J'ai ouvert Google. Alors, autant vous dire que ce n'était vraiment pas l'idée du siècle. J'ai commencé à chercher des informations sur l'autisme, à lire des témoignages, à regarder des documentaires, des émissions. Je voulais comprendre, savoir à quoi m'attendre et surtout trouver quelque chose qui pourrait me rassurer. Sauf que plus je cherchais, plus j'avais peur. Parce que sur internet on trouve de tout, et moi à ce moment-là, j'avais l'impression de tomber surtout sur les témoignages les plus difficiles. Vous connaissez peut-être l'émission « Ça commence aujourd'hui » présentée par Faustine Bollard. Moi j'adore cette émission. Alors forcément, je suis allée regarder les épisodes consacrés à l'autisme. J'ai découvert des témoignages de parents qui racontaient leur quotidien avec leur enfant. Certains enfants avaient très peu d'autonomie, d'importantes difficultés de communication, dans leurs relations aux autres ou encore sur le plan psychomoteur. Et je me souviens à quel point ça m'a bouleversée. Je découvrais des réalités que je ne soupçonnais même pas, et j'avais beaucoup de mal à imaginer ce que tout cela pouvait signifier pour Aaron, bien sûr. Aujourd'hui, je sais que l'autisme est un spectre avec des profils, des besoins, et des parcours très différents. Mais à cette époque, je n'avais pas de recul, je ne savais absolument pas quoi penser. Et je regardais Aaron jouer dehors, comme il l'a toujours fait, et soudain, je me posais des questions qui ne m'avaient jamais traversé l'esprit. Je me demandais, est-ce qu'il aura une vie comme les autres ? Est-ce qu'il aura un métier qu'il aime ? Est-ce qu'il va se faire des amis facilement ? Est-ce qu'il tombera amoureux un jour ? Et surtout, est-ce qu'il sera heureux ? C'est vraiment la question qui me faisait le plus peur, parce qu'au fond, c'est tout ce qu'on souhaite pour nos enfants, non ? Qu'ils soient heureux. Et c'est fou de se poser ces questions-là pour un enfant de 20 mois, c'est terrifiant. Tout à coup, j'avais peur qu'Aaron rencontre plus de difficultés que les autres sur son chemin. Ce qui était particulièrement déstabilisant, c'est que jusque-là, rien ne m'avait préparé à envisager cette possibilité. Quand Aaron est né, les médecins nous ont dit que tout allait bien. Et dans mon cas, après tous les examens et les tests génétiques que j'avais pu faire pendant ma grossesse, j'avais le sentiment d'avoir été rassurée sur tellement de choses. Bien sûr, aujourd'hui, je sais que ces examens ne permettent pas d'écarter un trouble du spectre de l'autisme. Mais à l'époque... Cette possibilité ne m'était tout simplement jamais venue à l'esprit. Et voilà qu'à 20 mois, encore une fois, je me retrouve à m'interroger sur l'avenir de mon petit garçon d'une façon dont je n'aurais jamais imaginé. Et je ne vous cache pas que c'était extrêmement difficile à vivre. Avant de poursuivre notre histoire, j'aimerais prendre quelques minutes pour vous parler de l'autisme. Parce qu'aujourd'hui, après tous ces mois, les rencontres avec les professionnels, les lectures, les recherches, j'ai appris énormément de choses sur le sujet. Et je me rends compte qu'avant tout ça, finalement, j'en savais très peu. Alors je me dis que ce serait intéressant de partager avec vous ce que j'ai appris, notamment pour ceux qui m'écoutent et qui se demandent peut-être, mais au fond, c'est quoi exactement l'autisme ? Parce que c'est une question qu'on me pose souvent, tout comme, mais Aaron, il a quelle forme d'autisme ? Et justement, je crois que pour comprendre pourquoi cette question est plus complexe qu'elle n'en a l'air, il faut d'abord comprendre ce que signifie réellement le mot spectre. Mais avant ça, je voudrais vous partager une petite découverte. Il existe un podcast qui s'appelle Atipi, que mes amis Simon et Taïna m'ont fait découvrir. Et franchement, quelle pépite ! Alors déjà, merci à eux, parce que ce podcast m'a vraiment aidée à y voir plus clair et à mieux comprendre certaines choses. Je vous invite d'ailleurs à aller l'écouter si le sujet vous intéresse. Je ne vais évidemment pas vous refaire tout le podcast, mais je vais essayer avec mes mots de vous expliquer ce que j'ai compris sur l'autisme. Et je précise, je ne suis pas une professionnelle de santé, je suis simplement une maman qui a dû apprendre à connaître un univers qu'elle ne connaissait pas et qui a envie de partager ses découvertes. Alors, commençons par le commencement. Quand on parle d'autisme, je pense que beaucoup de personnes ont encore en tête deux images assez opposées. D'un côté, celle d'un enfant qui ne parle pas, qui se balance et qui a de grandes difficultés à communiquer ou à être autonome. Et de l'autre, celle d'un petit génie des mathématiques avec une mémoire extraordinaire, mais qui aurait du mal à entrer en relation avec les autres. Deux images qu'on a beaucoup vues dans les films, les documentaires et à la télévision. Et même si ces profils peuvent exister, ils sont loin de représenter toutes les personnes autistes, parce qu'entre ces deux représentations, il existe une diversité immense de personnes avec des personnalités, des capacités, des difficultés et des besoins complètement différents. Et c'est justement ça qui est important à comprendre. L'autisme n'est pas une ligne droite. Ce n'est pas une échelle sur laquelle on viendra placer quelqu'un entre un peu autiste et très autiste. Et ça pour moi ça a été une véritable découverte. Parce que quand on entend le mot spectre, on imagine assez naturellement une ligne avec un début et une fin. Mais en réalité, c'est beaucoup plus complexe que ça. Pour vous donner une image, imaginez plutôt une sorte de sphère avec plein de dimensions différentes. Il y aurait la communication verbale, les interactions sociales, la régulation des émotions, la sensibilité au bruit, aux lumières, aux textures, la capacité à gérer les imprévus, les intérêts très spécifiques et bien d'autres choses encore. Chaque personne autiste a son propre profil, avec des facilités dans certains domaines et des difficultés dans d'autres. Prenons un exemple. Une personne autiste peut avoir un langage parfaitement développé, une intelligence dans la moyenne, voire même au-dessus, et très à l'aise sur certains sujets. Et pourtant, cette même personne peut être complètement dépassée par un changement de programme de dernière minute, ou rentrée épuisée d'une journée de travail simplement parce qu'elle a passé des heures dans un environnement bruyant à devoir gérer toutes les stimulations autour d'elle. A l'inverse, Une autre personne peut avoir beaucoup de difficultés à communiquer verbalement, mais posséder d'excellentes capacités de repérage dans l'espace, une très bonne mémoire et des compétences remarquables dans un domaine particulier. Et puis il y a tous les autres profils avec des combinaisons complètement différentes. D'ailleurs, il y a une phrase que j'ai découverte que je trouve particulièrement juste. Quand vous avez rencontré une personne autiste, vous avez rencontré une personne autiste. Et non toutes les personnes autistes. Une seule. Et je trouve que cette phrase, elle résume énormément de choses. Parce que parfois, on a tendance à vouloir mettre les gens dans des cases, à chercher des points communs pour comparer, alors que deux personnes qui ont exactement le même diagnostic peuvent avoir des quotidiens et des besoins radicalement différents. Et c'est aussi pour ça que la question « Quelle forme d'autisme a Aaron ? » n'a pas forcément la réponse qu'on imagine. Il faut savoir qu'en 2013, avec la publication DMS-5, un manuel de référence utilisé pour les diagnostics, plusieurs catégories qui existaient auparavant ont été regroupées sous une même appellation, le trouble du spectre de l'autisme, ou TSA. Avant, on entendait parler du syndrome Asperger, d'autisme infantile, ou encore d'autres troubles envahissants du développement. Aujourd'hui, dans cette classification, on parle de troubles du spectre de l'autisme. Mais attention, ça ne veut pas dire que toutes les personnes autistes ont les mêmes difficultés ou les mêmes besoins. Dans le cadre du diagnostic, les professionnels peuvent notamment préciser différents niveaux de soutien. Il y en a trois qui correspondent à des besoins d'accompagnement plus ou moins importants. Il y a certaines personnes qui vont avoir besoin d'un accompagnement relativement ponctuel ou très ciblé, par exemple dans leur scolarité. ou pour leur organisation, ou l'interaction sociale. D'autres auront des besoins beaucoup plus soutenus dans différents domaines de leur vie. Et puis, il y a certaines personnes qui vont avoir besoin d'une aide très soutenue au quotidien, notamment pour communiquer ou réaliser des gestes simples de la vie courante. Mais ce que je trouve essentiel de comprendre, c'est qu'un niveau ne va pas raconter toute l'histoire de la personne. Il résume ni l'intelligence, ni la personnalité, non, tout ce dont la personne est capable. Surtout, les besoins ne sont pas figés dans le temps, pour toute la vie. Un enfant peut développer de nouvelles compétences, gagner en autonomie, apprendre à communiquer autrement, trouver des stratégies qui l'aident au quotidien. Et à l'inverse, une personne qui a longtemps réussi à s'adapter à son environnement peut traverser une période de vie plus difficile, un deuil, un épuisement professionnel, une accumulation de stress. et à ce moment-là, avoir besoin davantage de soutien. Et c'est aussi pour ça que je trouve important de ne pas réduire une personne à un niveau ou à une étiquette. Parce qu'au fond, ce qui compte, c'est de comprendre comment elle fonctionne et ce dont elle a besoin. Ou alors justement, pourquoi est-ce que les personnes autistes peuvent fonctionner différemment ? Pour comprendre ça, il faut revenir sur ce qu'est l'autisme. L'autisme, c'est ce qu'on appelle un trouble du neurodéveloppement. Dit comme ça, c'est un peu technique, je vous l'accorde, mais pour simplifier, ça signifie qu'il existe différentes manières dont le cerveau se développe et va traiter certaines informations. Et ça, dès les premières étapes du développement. Et je trouve important de préciser une chose, on ne devient pas autiste à cause d'une éducation, d'un événement traumatisant ou parce qu'on aurait eu de mauvais parents. Ça, c'est complètement faux. Pendant des années, on a entendu toutes sortes de théories sur les causes de l'autisme. Certaines accusaient même les mères en laissant entendre que leur façon d'élever leur enfant pouvait être responsable de leur autisme. Vous imaginez un peu la culpabilité qu'on a pu faire porter à ces femmes ? C'est ultra violent. Et puis, il y a eu d'autres théories, comme les vaccins. Alors, je vous vois déjà arriver les débats sur les vaccins, mais non. Les études scientifiques, de grandes ampleurs, elles, ont bien montré il n'y a pas de lien causal entre la vaccination et l'autisme. On sait que l'autisme a des origines complexes, avec une part génétique importante, mais aussi certains facteurs environnementaux qui peuvent intervenir très tôt dans le développement. D'ailleurs, j'avais repris contact avec Mediagenome, le centre spécialisé en génétique à Genève, pour essayer d'en savoir un peu plus. Ils m'avaient expliqué que, dans beaucoup de cas, l'autisme serait lié à plusieurs prédispositions génétiques, parfois transmises par les deux parents. Dans l'autre cas, il peut être associé à des anomalies génétiques plus précises, comme des petits fragments d'ADN, en plus ou en moins sur certains chromosomes. Bref, vous l'avez compris, il n'existe pas une seule cause à l'autisme, et chaque situation est différente. Et même si la recherche a beaucoup avancé, il reste encore énormément de choses à découvrir sur le sujet. Et ce n'est pas parce qu'on n'a pas encore toutes les réponses qu'il faut donner du crédit à des théories qui ont été réfutées par le passé. Mais revenons à quelque chose de plus concret. Parce que ce qui m'a particulièrement intéressée en découvrant l'autisme, c'est de comprendre à quel point certaines choses qui nous paraissent anodines peuvent être très différentes à vivre pour des personnes autistes. On parle souvent de personnes neurotypiques et neuroatypiques. Pour faire simple, une personne neurotypique a un fonctionnement neurologique qui correspond davantage à ce qu'on considère comme habituel dans la population. Si j'ose dire une personne normale. Une personne neuroatypique Elles présentent des fonctionnements qui s'en écartent sur certains aspects, et l'autisme fait partie de cette neurodiversité. Sauf que dans notre société, nos écoles, nos lieux de travail, nos espaces publics, tout est encore organisé autour des besoins les plus courants. Et dans un monde où tout va toujours plus vite, où on est constamment entouré de bruit, de lumière, d'écran, de sollicitations, on peut imaginer à quel point certains environnements deviennent épuisants pour les personnes qui sont particulièrement sensibles à ces stimulations. Je vais vous donner un exemple qu'on m'a expliqué un jour et qui m'a beaucoup marqué. Imaginez, vous êtes tranquillement installé à la terrasse d'un café avec une amie. Il fait beau, vous discutez, vous passez un bon moment. Autour de vous, il y a des passants. un chien qui aboie parce qu'il en a aperçu un autre, la machine à café, elle, qui fonctionne, des éclats de rire à la table d'à côté, des voitures qui passent, bref, une terrasse, tout ce qui est plus ordinaire. Et pourtant, votre cerveau fait, lui, un travail assez incroyable. Il arrive en général à donner la priorité à la voix de votre ami, pendant que les autres sons passent plus ou moins au second plan. Vous les entendez, bien sûr, mais ils deviennent des bruits de fond. Maintenant, imaginez que votre cerveau ait beaucoup plus de mal à faire ce tri. Que la voix de votre ami, les aboiements du chien, le bruit des tasses et les conversations autour sollicitent toute votre attention. Vous essayez de suivre la discussion, de répondre, de rester concentré, mais en parallèle vous devez gérer toutes les autres informations sonores. Vous imaginez l'énergie que ça peut demander ? Et bien certaines personnes autistes vivent ce type de difficultés de traitement sensoriel. Et ce qui est intéressant, c'est que ce n'est pas forcément visible. De l'extérieur, vous voyez simplement quelqu'un assis à une terrasse en train de discuter. Mais vous ne voyez pas forcément les efforts que cette personne fournit pour rester concentrée. Et ça, c'est un exemple parmi beaucoup d'autres. Parce que les particularités sensorielles peuvent aussi concerner la lumière, les odeurs, les textures de vêtements, le contact physique. Et elles ne se manifestent pas toutes de la même façon. Certaines personnes vont être hypersensibles à certaines sensations. tandis que d'autres vont au contraire les percevoir moins intensément et rechercher davantage de stimulation. Encore une fois, tout dépend du profil. Et je trouve que cet exemple permet de comprendre quelque chose d'essentiel. Ce qui nous paraît facile ou anodin ne l'est pas forcément pour tout le monde. D'ailleurs, aujourd'hui, on parle de plus en plus d'autisme. Sur les réseaux sociaux, à la télévision, dans les écoles, on entend aussi parler de personnes qui découvrent leur autisme à l'âge adulte. Certaines ont passé une grande partie de leur vie à essayer de s'adapter, parfois sans comprendre pourquoi des situations qui semblaient si simples pour les autres leur demandaient autant d'efforts. Et c'est là qu'intervient une notion que j'ai découverte, le masking, ou camouflage social. C'est le fait de masquer certaines particularités autistiques, ou d'adopter consciemment, parfois même inconsciemment, des comportements pour correspondre davantage aux attentes sociales. Par exemple, se forcer à regarder quelqu'un dans les yeux alors que ça demande un effort, Préparer mentalement ses conversations, imiter certains codes sociaux ou dissimuler son inconfort. Et pour certaines personnes, faire tout ça toute la journée peut être extrêmement fatigant. Parce que derrière une apparente facilité à s'intégrer, il peut y avoir un travail d'adaptation permanent. Et puis à l'inverse, il y a aussi cette tendance que l'on voit parfois sur les réseaux sociaux à présenter l'autisme comme une sorte de super pouvoir. Alors oui, certaines personnes autistes ont des compétences exceptionnelles dans un domaine particulier, Mais ce n'est pas le cas de toutes, loin de là. Et surtout, avoir une capacité remarquable dans un domaine ne fait pas disparaître les difficultés que l'on peut rencontrer dans d'autres. Je trouve qu'il faut faire attention à ne pas tomber d'un cliché à l'autre finalement. Parce qu'entre l'image de la personne autiste forcément très dépendante et celle du génie doté de capacités extraordinaires, il y a une immense diversité de réalités. Et je crois que c'est finalement ce que j'aimerais que vous reteniez de tout ce que je viens de vous raconter. L'autisme ne définit pas à lui seul une personne. Il fait partie de son fonctionnement, mais il ne raconte pas toute son histoire. Et si je tenais à prendre le temps de vous expliquer tout ça aujourd'hui, c'est aussi parce que j'aurais aimé comprendre ces choses-là plus tôt. Quand Véronique nous a parlé d'autisme pour la première fois, je ne connaissais pratiquement que les représentations que j'en avais vues à la télévision. Et vous vous souvenez de ce que je vous ai raconté tout à l'heure, sur ce fameux week-end de Pâques, passer à chercher des réponses sur Internet ? Eh bien avec le recul... Je comprends mieux pourquoi certains témoignages m'avaient autant effrayée. Je découvrais des parcours très différents sans encore comprendre toute la diversité qui existait derrière ce même mot. Aujourd'hui, je sais qu'un diagnostic ne permet pas à lui seul de prédire l'avenir d'un enfant. Et surtout, je sais qu'il y a encore énormément de choses que nous allons découvrir en grandissant avec Aaron. Parce qu'au fond, comme tous les parents, on apprend à connaître notre enfant un peu plus chaque jour. Et c'est peut-être ça aussi finalement qui a changé dans ma façon de voir les choses. Je ne cherche plus seulement à comprendre ce que signifie le mot autisme, j'apprends surtout à comprendre ce qu'il va signifier pour Aaron. Et ça, c'est une histoire qui lui appartient. Dans le prochain épisode, je vous raconterai comment se déroule un bilan pour un enfant de moins de deux ans, et je vous parlerai aussi de ce qu'on appelle l'intervention précoce. Je partagerai avec vous les différentes étapes que nous avons traversées avec Aaron, les rendez-vous, les questionnements, et tout ce que nous avons découvert au fil de ce parcours. Mais avant de vous quitter... J'avais envie de vous dire une dernière chose. Je ne voudrais pas que Mama Bloom devienne un podcast qui parle uniquement d'autisme, parce que même si ce sujet fait aussi partie de notre quotidien, il ne résume pas Aaron, et ne résume pas non plus notre vie de famille. Je reste une maman, une femme, une amoureuse, avec mes joies, mes doutes, mes contradictions, et toujours autant de questions sur la parentalité, le couple, l'éducation, et la vie en général. Et croyez-moi, j'ai encore beaucoup de choses à vous raconter. Mais si j'ai choisi de partager... Cette partie de notre histoire, c'est aussi parce que je sais à quel point on peut se sentir perdu lorsqu'on rentre dans un univers qu'on ne connaît pas. Alors si mon témoignage peut aider ne serait-ce qu'un parent à se sentir un peu moins seul, à trouver quelques réponses ou simplement à porter un autre regard sur l'autisme, je me dis que ça vaut la peine d'en parler. Et puis au fond, je crois que c'est ça aussi l'essence de Mama Bloom. Partager l'expérience, se poser des questions, parfois ne pas avoir les réponses, mais continuer à avancer. à apprendre et à grandir avec nos enfants. Parce que finalement, est-ce qu'être parent, ce n'est pas aussi apprendre à découvrir son enfant plutôt que de chercher à savoir à l'avance qui il deviendra ? Merci du fond du cœur de m'avoir retrouvée pour ce nouvel épisode et merci à ceux qui sont toujours là après ces quelques mois d'absence. Prenez soin de vous, de vos petits et de ceux que vous aimez et on se retrouve très vite pour la suite de notre histoire. A bientôt sur Mama Bloom.