- Diane Cantan
Bonjour et bienvenue. Vous écoutez Marker, votre podcast 100% PME et marketing durable. Pourquoi ? Parce que le marketing durable, c'est le marqueur de la bonne santé de votre PME. Je m'appelle Diane Quentin et je vous propose de vous évader dans cet épisode avec un invité et nous évoquerons sa vision du marketing durable et sa vision de l'avenir des entreprises liées aux enjeux RSE. Bonjour Benoît, merci beaucoup, c'est un immense honneur de vous avoir aujourd'hui pour cet épisode de Marqueur. Je vous ai connu grâce à Régis Rossi, qui est dans un précédent épisode, qui est conférencier et lisionniste, et quand je lui ai demandé qui pourrait être mon prochain invité, il a spontanément cité votre nom. Et on va échanger avec nos auditeurs sur la thématique, évidemment, du marketing durable. ou de la communication responsable, mais notamment par rapport à vous, votre sujet de prédilection autour de la transition énergétique, de la transition écologique. Sans plus attendre, je vais vous laisser directement vous présenter pour nos auditeurs. Et puis après, on va enchaîner toute la flopée de questions que j'aime vous poser aujourd'hui.
- Benoit Lebot
Très bien. Bonjour Diane, très heureux d'être devant vous. Merci à Régis Rossi de vous avoir indiqué mes contacts. Je suis Benoît Lebeau. L.E.B.O.T. Je suis ingénieur de formation dans le génie civil et j'ai complété ma formation d'ingénieur par un séjour à l'université de Berkeley en Californie où finalement j'ai séjourné pendant 4 ans. Et c'est à Berkeley dans les années 80, quand j'étais dans un laboratoire de recherche, que pour la première fois j'ai touché le changement climatique et le lien entre énergie consommée et émission de gaz à effet de serre. Depuis, En 1987 précisément, je n'ai fait que creuser ce sillon de la dimension entre énergie et émission de gaz à effet de serre, avec l'axe de moins consommer. Donc ma première spécialité, ça a été d'abord d'encourager les économies d'énergie dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. En revenant en France, j'ai travaillé pour l'ADEME. l'agence de la transition pendant un certain nombre d'années. Et comme j'étais à l'aise en anglais, j'étais impliqué dans les premiers programmes européens de lutte contre le changement climatique. C'était dans les années 90. Et dans les années 90, c'est là qu'on a mis en place l'étiquette énergie sur les frigos, les lave-linges, les appareils d'air conditionné. Je peux tout vous dire sur cet outil de politique publique très lié au marketing, parce qu'on va mettre sur le produit un indice qui indique... pour le consommateur, la performance énergétique. Et ça a eu un très bon impact. Je suis ensuite revenu à l'international. J'ai intégré l'OCDE, précisément l'Agence internationale de l'énergie, mais pour parler, pour travailler sur les politiques publiques. J'ai travaillé 12 ans pour l'OCDE et 10 ans après pour les Nations unies. Les Nations unies, où là, j'étais plutôt dans les pays en voie de développement, accompagné, les pays en voie de développement, à s'engager. dans la transition et venir soutenir les aspects politiques, techniques et financiers pour ces pays. Je travaille aujourd'hui, depuis quelques années, au ministère de la transition écologique. En un mot, mon parcours, c'est la transition écologique. Ma spécialité, ce sont les économies d'énergie pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et aujourd'hui, je suis très heureux de partager... des informations sur la réalité du changement climatique et l'impératif de la transition. Il faut bien comprendre le monde dans lequel on est pour accepter de changer beaucoup de nos pratiques à tout instant.
- Diane Cantan
Et c'est justement la volonté pour les auditeurs qui nous écoutent, que ce soit les équipes marketing, de communication, que ce soit les dirigeants d'entreprises, de PME ou de TPE, d'avoir la chance d'écouter votre discours aujourd'hui. pour peut-être les faire réagir en disant, oui, il y a un changement qui doit être opéré au sein de mon entreprise par rapport à ces thématiques-là. Donc, c'est aussi ce qu'on va voir ensemble ce matin. Donc, vous vous préoccupez du sujet de l'efficacité énergétique, de la RSE depuis le début de votre carrière. Comment avez-vous vécu les changements de mentalité de vos collègues, puisque vous avez travaillé majoritairement dans le secteur public ? Moi, j'ai fait toute ma carrière dans le secteur. Privé, donc on est dans deux niveaux différents. Et également de vos proches, de votre famille, amis sur le sujet, entre les années 90 et là, 2023. Comment est-ce que vous avez vécu un peu tout ça ?
- Benoit Lebot
J'ai clairement vu une évolution. Effectivement, dans les années 80, on parlait d'économie d'énergie plus pour des questions. On craignait que l'ère du pétrole allait toucher à sa fin dans les 40 ans qui ont suivi. on avait des problèmes de... pollution de l'air, mais typiquement le thème du changement climatique était à tous ses tout débuts. Je me souviens très bien dans les années 90 des conversations avec Greenpeace qui n'étaient pas certains. de l'importance de ce thème du changement climatique. Ils préféraient se concentrer sur d'autres pollutions de certaines activités industrielles. Donc je suis passé par là et je n'ai vu que progresser ce thème dans les esprits. J'ai vu beaucoup de changements à tous les niveaux. D'abord, ce thème du changement climatique se confirmer. Aujourd'hui, au-delà du changement climatique, c'est les limites planétaires qui sont à prendre en compte. La biodiversité, la qualité de l'air, la couche d'ozone, c'est tous ces éléments qui viennent compléter les enjeux environnementaux après le changement climatique. Et j'ai vu beaucoup d'évolutions autour de moi, au niveau de mes collègues. Effectivement, le thème, on a dû se muscler, aller de plus en plus dans des études fines, dans des propositions à hauteur de ce qu'il faut. Et on n'est toujours pas à hauteur de ce qu'il faut, mais on y travaille. Et puis au niveau amical. Alors là, j'ai vu des très très grandes évolutions entre ceux qui essayaient de m'expliquer qu'ils ont lu un livre ou ils ont entendu un interview de quelqu'un qui disait que le changement climatique a toujours eu lieu, depuis toujours. Rien de tout ça n'a survécu à la réalité du changement climatique aujourd'hui. Il n'y a aucune ambiguïté aujourd'hui sur le fait que nous sommes, nous les hommes, les premiers responsables d'un dérèglement climatique qui va ne faire que s'amplifier. et qu'il est absolument impératif de comprendre les enjeux pour se mettre en route. Et désormais, j'essaie de convaincre tout un chacun qu'on est tous concernés, parce qu'on est tous des consommateurs. Derrière ce qu'on consomme, il y a des impacts environnementaux, et que ce soit dans notre vie individuelle à la maison en tant que consommateur, que ce soit dans nos activités professionnelles, je suis certain qu'on a besoin de... tout le monde et tout le monde doit bouger. Ça passe d'abord par la compréhension des enjeux. Après, la façon dont on bouge, ce qu'on fait en tant qu'individu ou en tant que professionnel dans son environnement, il y a beaucoup, beaucoup de choses à bouger. Mais c'est à chacun de se mettre en route. La première étape, c'est d'accepter la réalité et de comprendre.
- Diane Cantan
Et alors justement, par rapport à ça, comment on peut agir ou quels sont les enjeux pour ces générations futures, sachant qu'on a un rapport population énergie entre 1900 et 2000, qui a fait x4 en population, mais qui a fait x16 en dépense d'énergie. Comment on doit réagir pour les années qui viennent ? En tout cas, pour ceux qui n'ont pas encore pris conscience qu'il faut bouger dès maintenant.
- Benoit Lebot
Alors, la première chose qu'il faut reconnaître, c'est l'importance de l'énergie dans notre vie, aujourd'hui. C'est l'élément le plus important dont toute la dynamique. L'énergie, c'est le sang dans les veines de l'économie. S'il n'y a pas d'énergie, il n'y a pas d'activité, il n'y a pas de développement, ni développement humain, ni développement économique. Et donc l'énergie est au cœur du tout. Au niveau d'un bilan d'une société ou d'une société individuelle, d'une entreprise ou d'un pays, l'énergie c'est quelques points d'activité PIB. Mais vous enlevez ces points-là, tout s'écroule. La mobilité, la production de quoi que ce soit, la production agricole, l'accès au confort, tout n'est qu'énergie. Et on a besoin d'énergie. Une population qui croit a besoin d'énergie. Effectivement, en un siècle, la population a été multipliée par 4 et l'énergie consommée est multipliée par 16. Et de façon très inégale, la différence entre un pays développé, un pays en voie de développement, un pays développé a eu accès à des ressources énergétiques. Le problème, c'est que l'énergie dont on a besoin est basée aujourd'hui à plus de 80-85% sur des ressources fossiles. Jusqu'à 80-85% sur des ressources d'énergie fossile qui sont par nature limitées, mais qui surtout aujourd'hui dégagent des problèmes environnementaux majeurs. Il y a la pollution de l'air quand on brûle. Mais également, il y a surtout le changement climatique, il faut bien comprendre. Donc l'enjeu aujourd'hui, c'est de savoir comment on continue de vivre, d'avoir des activités quotidiennes, collectives, productives, engagées vers la prospérité, le confort, le bonheur, mais en étant conscients des limites planétaires. et des limites de ce fondamental qu'est l'énergie dans notre société. Il faut impérativement au moins décarboner l'énergie. Et donc là, il y a un long chemin et on sait comment y parvenir. C'est la difficulté, c'est comment on se met en route pour y parvenir.
- Diane Cantan
Et alors justement, je profite de votre expertise et connaissances d'un point de vue scientifique et de formation ingénieure, peut-être pour expliquer rapidement à nos auditeurs Toute cette notion d'équivalent de CO2, de gaz à effet de serre, de température qui augmente, mais finalement, est-ce que 1,5 c'est beaucoup ou pas beaucoup ? Pourquoi est-ce qu'on parle de 2050 ou de 2100 et qu'il faut bouger maintenant, mais davantage là, dès cette année ? Est-ce qu'il y a un petit condensé explicatif scientifique, on va dire, dans la minute scientifique ?
- Benoit Lebot
S'il n'y avait pas de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, si la Terre n'avait pas de gaz à effet de serre ? la température à la surface du sol serait de moins de 18 degrés Celsius. Partout ? Partout, uniformément, température moyenne, moins de 18 degrés Celsius. Parce qu'on a une fine couche de gaz autour de la planète Terre qui font l'effet d'une serre. L'effet de serre, c'est ce que vous observez quand vous laissez votre véhicule au soleil, quand vous rentrez dedans, il fait plus chaud, les rayons solaires traversent les vitres de votre véhicule et une partie se trouve captée et emprisonnée. On a exactement le même effet autour de la planète Terre avec non pas un vitre, mais une fine couche de gaz à effet de serre sur toute la planète Terre. Et en moyenne, la température sur Terre est de 15 plus 15 degrés Celsius. Donc, vous voyez la différence entre effet de serre et pas d'effet de serre. Quels sont les gaz à effet de serre ? Bien comprendre que le plus important gaz à effet de serre, c'est la vapeur d'eau. Et de très loin. Est-ce que l'eau pose problème ? Non, parce que... L'eau participe à un cycle naturel d'évaporation, transport, précipitation, ruissellement, retour à l'océan. Mais une molécule d'eau, quand elle fait son cycle, elle dure dix jours. Entre son évaporation et sa précipitation, dix jours. Donc éventuellement, si la planète se réchauffe, par exemple, il y aura plus d'évaporation, donc plus de sécheresse d'un côté, plus de transport et plus de précipitation, mais en dix jours le cycle est bouclé. Le problème, c'est qu'il y a d'autres gaz à effet de serre. Le CO2, le méthane, le protoxyde d'azote, et même des gaz qui n'existaient pas il y a un siècle, des gaz fluorés, naturels, qui nous rendent de grands services. Et chacun de ces gaz à effet de serre, qui sont infimes par rapport aux molécules d'eau, mais prenons le CO2 que nous émettons, nous humains, en absorbant d'oxygène, notre respiration nous fait... lâché du CO2, et le CO2 est absorbé, lui, par les plantes et la biomasse. Il est dans un autre cycle de respiration du vivant, de captation par la biomasse. Mais une molécule de CO2, lorsqu'elle part dans l'atmosphère, elle peut rester des centaines d'années. En moyenne, on dit entre 80 et 1 millier d'années. Donc on voit la différence entre une molécule d'eau qui est réduite du jour et une molécule de CO2. Pour le méthane, c'est 30 ans. Pour le protoxyde d'azote, c'est une centaine d'années. Et pour les gaz florés, il y en a qui durent peu de temps, il y en a qui durent, on ne sait pas trop, plusieurs milliers d'années. Et donc on voit qu'il y a un effet cumulatif quand on émet du CO2. Et quand on va chercher, pour les besoins énergétiques de notre machine économique, des ressources carbonées comme le pétrole, le charbon et le gaz sous la croûte terrestre, on en fait la combustion pour faire tourner la machine économique. Mais ça se transforme en CO2 et ça se retrouve dans l'atmosphère. Donc ça se cumule dans l'atmosphère. Et au même moment, la population s'accroît. On étend les villes, on réduit la forêt, parce qu'on en a besoin pour l'agriculture et pour étendre les villes. Et donc, les possibilités de capter naturellement par la photosynthèse, ce qu'on appelle les puits de Carman, diminuent. Donc d'un côté, on va chercher de plus en plus d'énergie fossile. qui se transforment en CO2 et ont réduit la capacité de la croute terrestre, donc la biomasse terrestre, de capter. Et donc, ça s'épaissit. L'épaisseur de gaz à effet de serre se mesure en ppm, partie par million, donc partie, vous voyez, par million. C'est l'équivalent entre l'impact d'une molécule de CO2 et l'impact de l'eau. Et on s'aperçoit que plus on épaissit la couche de gaz à effet de serre, plus haut. réchauffe la surface de la planète Terre. Et la science aujourd'hui est une équivoque. Il y a bien eu un réchauffement de 1,2 degré depuis 1750, depuis le jour où on a commencé à extraire du sous-sol du charbon minéral. Charbon minéral qui a permis la première révolution industrielle, puis la découverte du pétrole, très pratique, puis du gaz, deuxième révolution, troisième révolution industrielle. Donc on doit à l'énergie le monde dans lequel on vit. Malheureusement, il y a effectivement cette dimension environnementale très importante à comprendre, et notamment l'impact sur le changement climatique.
- Diane Cantan
On a beaucoup parlé ces derniers temps des rapports du GIEC, et je pense que... Ils sont davantage pris en compte par les Français, notamment la phase Covid et confinement, soit depuis les dérèglements climatiques, notamment de l'été ou de l'année 2022, puisque l'année 2022 est aussi une année record en température, 14,5 degrés en moyenne en France, qui fait partie des dix années les plus chaudes en France entre 1900 et le son depuis 2011. donc là on commence à... À le sentir, et puis on le voit, il y a eu les incendies, la sécheresse, les inondations, les canicules. Finalement, comme les Français se disent, ça se rapproche, c'est chez nous, on s'en rend compte davantage. Est-ce qu'il y a eu un moment où vous vous êtes rendu compte qu'il y a eu un basculement dans la mentalité des Français qui disent, ah oui, il y a un truc, il va falloir qu'on commence à bouger maintenant ?
- Benoit Lebot
Alors clairement, on est dans le mur. Clairement, le changement climatique est une triste réalité. Les informations qui étaient mensuelles sont devenues hebdomadaires et maintenant c'est au quotidien que quelque part dans le monde il y a un impact climatique. Aujourd'hui des éboulements de terrain qui tuent des centaines de personnes au Congo, des incendies massifs au Canada et même en Russie, une sécheresse incroyable en France chez nous avec des restrictions jamais vues dans l'histoire de notre pays. on est confronté à un changement climatique. J'espère qu'il n'est pas trop tard. Il faut bien comprendre que si on n'agit pas sur la cause qui est l'émission de gaz à effet de serre, tout ne va faire que s'amplifier. Et un monde qui se réchauffe d'un demi-degré, d'un degré, c'est un monde complètement nouveau, avec des dérèglements à tous les niveaux. Dans les précipitations, on l'a vu, plus d'évaporation, plus de chaleur, plus de précipitations, c'est à la fois de la sécheresse et également Plus d'inondations et d'éboulements de terrain, avec toutes les perspectives de dérèglement de la production agricole. On a en France, par exemple, avec la sécheresse, une menace des sols argileux qui se dérobent et des maisons qui se fendent. Peut-être pas s'effondrer, mais se fendre. Et vous perdez toute la valeur de votre principal... capital et je crois savoir que plus de 10 millions de maisons sur notre territoire sont à terme à risque. Et bien quand vous avez votre principal capital qui est affecté par le changement climatique, il n'y a pas du tout vraiment de panique à bord. Il faut comprendre que pour limiter l'impact du changement climatique, il y a une chose à faire, c'est réduire les gaz à effet de serre. Il faut s'adapter à un climat qui va se réchauffer. Il va falloir changer les pratiques. notamment de production agricole, d'usage de l'eau, parce qu'il va faire plus chaud, plus froid. On peut avoir des épisodes de froid, effectivement, mais on va principalement avoir plus d'épisodes de chaud, des régimes de pluie qui nous imposent une nouvelle production agricole. Mais pour limiter, il faut absolument réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et aujourd'hui, la mathématique est la suivante. Il ne faut pas plus émettre de gaz à effet de serre, parce que la nature est capable d'absorber. Et la nature est capable d'absorber, pour un pays comme la France, 2 tonnes par habitant. Donc ça, c'est ce que la nature, en France, est capable d'absorber. On est aujourd'hui à 10 tonnes par habitant et par an, en France. Et il faudrait arriver à ces 2 tonnes à 2050, si on est raisonnable par rapport au réchauffement. Il y aura réchauffement, mais on peut le limiter, si on arrive en gros à 2 tonnes par habitant. en France.
- Diane Cantan
Et alors comment les entreprises ou les dirigeants d'entreprises qui nous écoutent peuvent se dire l'équivalent de 2 tonnes par habitant, comment je le retransforme moi au niveau de mon entreprise, des produits et services que je propose et que je vends à mes collaborateurs salariés, est-ce qu'il y a un calcul à faire par rapport à j'arrive à 2 tonnes par salarié ou j'arrive à changer Salut ! Mon offre, mes prestations, qu'est-ce que vous en pensez ?
- Benoit Lebot
Je crois que la première étape, c'est de savoir Quel est l'impact environnemental de l'entreprise ? Il y a le CE2, donc il faut faire des bilans carbone, il y a des accompagnements qui existent, l'ADEME, l'agence de la transition, est capable de développer les outils et accompagne. Donc ça, la première étape, c'est effectivement d'avoir une bonne idée de l'impact environnemental de son activité. Il y a les émissions de gaz à effet de serre sur un site particulier. Il y a des émissions de gaz à effet de serre sur l'énergie que l'on consomme, qui est peut-être produite très loin. Et puis, il y a l'émission de gaz à effet de serre qui sont liées à l'usage de ce qui est produit. Et donc, on parle de scope 1, scope 2, scope 3. Scope 1, c'est ce qui est émis sur place, sur le lieu de l'activité, que ce soit une entreprise, un particulier, une ville. Scope 2, c'est quand on prend en compte les émissions de gaz à effet de serre. Lié à l'énergie consommée, le site, l'énergie peut être produite très loin. Vous savez, encore 60% de l'électricité dans le monde est produite avec des énergies fossiles. Ce n'est pas le cas en France, mais l'électricité, on ne la voit pas.
- Diane Cantan
En Allemagne, c'est encore...
- Benoit Lebot
En Allemagne, aux États-Unis, en Chine, en Inde, majoritairement dans le monde, on est encore aux énergies fossiles. Et puis le scope 3, c'est l'impact de toutes les activités quand on produit un... Quand on produit du pétrole, on émet des gaz à effet de serre pour l'extraire, mais surtout le pétrole va être lui-même brûlé et il va émettre des gaz à effet de serre. Donc il faut avoir bien en tête les bilans. Aller au-delà des bilans CO2, carbone, et voir si effectivement dans les activités il y a d'autres bilans environnementaux sur l'usage de l'eau, les émissions polluantes de l'air, du sol et de l'eau. Donc avoir une bonne idée. La première étape, c'est la connaissance. Le défi de notre monde, c'est d'entrer dans l'économie de la connaissance. Nous n'avons plus le droit d'ignorer et cela passe par des bilans. Effectivement, il peut y avoir un coût de se mettre en perspective, d'avoir les tableaux de bord. Il y a un coût de faire ces analyses sur les bilans environnementaux, mais c'est indispensable pour se mettre en route. Et après, je pense que toutes les solutions existent, c'est la bonne nouvelle, toutes les solutions existent pour décarboner. Mais pour savoir par quoi on commence, il faut savoir quel est son impact.
- Diane Cantan
Quel est son niveau actuel.
- Benoit Lebot
Voilà, avoir le tableau de bord de départ.
- Diane Cantan
Et alors quand on a fait le bilan carbone et qu'on se rend compte que potentiellement il y a des éléments qui doivent être complètement changés ou chamboulés, Comment faire comprendre aux dirigeants d'entreprises qui ont de toute façon un objectif de croissance pour dégager des marges, payer les charges, payer les collaborateurs, les salariés, en fait qu'ils doivent quand même réfléchir à leur offre, peut-être disrupter complètement cette offre, leurs produits et services. Vous parlez d'intelligence collective pour innover dans cet axe-là. qu'est-ce qui peut faire changer les dirigeants d'entreprise par rapport à à leur offre de produits et services.
- Benoit Lebot
Curieusement, quand on fait ces bilans, on voit qu'on a des opportunités de rentabilité immédiate. Il y a d'énormes gaspillages qu'on ignore tant qu'on n'a pas fait les bilans. Et donc, il y a...
- Diane Cantan
Il y a des économies à réaliser déjà.
- Benoit Lebot
De nommer une personne en charge de l'énergie, de lui donner les moyens d'aller chercher l'information, qu'elle transforme cette information, par exemple les bilans environnementaux, en radar, en tableau de bord... Eh bien, souvent, il y a des rentabilités immédiates. On s'aperçoit que telle pompe ou tel système d'éclairage tourne alors qu'il n'y a aucune activité. On s'aperçoit que dans les bâtiments tertiaires, 40% en moyenne de l'électricité est consommée l'année quand il n'y a aucune activité. Eh bien, si on ne sait pas, et donc il y a une rentabilité immédiate, curieusement. Donc, il faut d'abord se mettre en route. Après, il faut aller probablement au-delà et établir... des trajectoires pour savoir si on est dans une entreprise qui a un process de réfrigération, un process d'air conditionné, un process de déplacement de l'air, un process de mécanique. Sur toutes ces solutions, il existe des alternatives pour moins consommer. Et je crois qu'il y a une énorme rentabilité. Ce qui compte, c'est de préserver la prospérité. Et la prospérité ne fait pas bon ménage avec le gaspillage. Or, le gaspillage, on l'ignore. Et l'avantage de la démarche que j'évoque, de prendre les moyens de rassembler les données, de faire les bilans environnementaux à tous les niveaux, permet justement de prendre des décisions qu'on n'aurait pas prises auparavant. Il peut y avoir des investissements, mais la plupart des investissements aujourd'hui peuvent être hautement rentables. Et j'encourage vraiment à être pionnier. Ce n'est pas toujours facile, mais il est important de comprendre que tout le monde doit y passer. Alors, soit les démarches sont volontaires, mais quand c'est volontaire, c'est forcément limité. Soit il faut que la puissance publique, et ça, c'était mon métier, ça reste mon métier, de mettre en place les cadres institutionnels, juridiques, politiques, pour qu'on encourage... le changement de pratique, les changements de technologie. Il va falloir passer par des réglementations, des obligations, des certifications, des labellisations, des normes. Mon expérience, c'est qu'il faut accepter les normes environnementales comme règle du jeu collective. Et mon expérience me montre que plus on impose des normes environnementales, énergétiques, sévères, plus il y aura d'innovation. Et ce n'est pas l'inverse. L'innovation est beaucoup stimulée par les cadres incitatifs, collectifs, qu'on accepte de se mettre en place. La difficulté, c'est mentalement d'accepter qu'il faut que les règles du jeu changent pour tout le monde, parce qu'on est tous concernés. Et c'est là où on a des fois des difficultés. Le gouvernement a des difficultés à imposer une taxe qui va mettre tout le monde d'égalité. sur les émissions de carboné, des exigences réglementaires dans la construction, dans la production, dans la réduction de tel intrant chimique dans les produits. Mais il faut accepter, je pense, que des règles du jeu soient communes, et si possible communes au sein d'un marché, la France, si possible marché européen. Et c'est là où on a vraiment besoin de collaboration internationale aussi pour qu'on embarque l'ensemble de la communauté humaine dans la transition.
- Diane Cantan
Alors justement, est-ce que les mesures prises par le gouvernement sont suffisantes aujourd'hui pour faire bouger les lignes dans cette notion de décarbonisation ou de sobriété énergétique d'ici 2050 ? Vous qui êtes dedans, au cœur, nous on est en extérieur, on ne se rend pas forcément compte. Est-ce que selon vous, les choses vont suffisamment vite ?
- Benoit Lebot
Il y a des bonnes nouvelles, comme le gouvernement aujourd'hui. a fait de la planification écologique une stratégie nationale. Un secrétaire général à la planification écologique a été mis en place au bureau du Premier ministre, avec une équipe qui, pour la première fois, planifie toutes les décisions gouvernementales liées au pays, avec la dimension écologique. Donc cette planification écologique est une bonne nouvelle pour justement permettre d'avoir les radars, les tableaux de bord qui vont permettre la décision publique. En revanche, par rapport aux enjeux environnementaux, on n'est pas encore à hauteur de ce qu'il faut faire. Et il y a mille exemples qui montrent qu'on a du mal à engager la politique publique à hauteur de ce qu'il faut faire. Regardez, il y a quelques années, la difficulté qu'a eue ce gouvernement. Le gouvernement, il y a quelques années, a imposé une taxe carbone. à la haute type Mal expliquée probablement, et elle est apparue comme un mur pour la population, et on a connu un mouvement incroyable des Gilets jaunes. Et donc, pour un gouvernement, c'est tout ce qu'il faut éviter. Donc, malheureusement, je pense qu'on n'a pas encore mis en route tout ce qu'il faut. Il faut, pour cela, faire preuve de pédagogie. Les gens ne veulent pas de la taxe carbone, parce qu'effectivement, immédiatement, près de la pompe, bon, très bien. Mais est-ce que les gens veulent des maisons qui se fendent parce que le sol va se durcir et il va y avoir des perturbations ? Est-ce que les gens veulent des restrictions d'eau ? Est-ce qu'on a le choix ? Et je pense qu'il faut faire preuve de pédagogie pour embarquer tout le monde. Bien sûr, on n'a pas envie de ces sécheresses, de ces inondations, etc. Et pourtant, pour les réduire, il va falloir qu'on prenne des décisions collectives et accepter des politiques publiques, qu'elles soient nationales ou européennes, mais à hauteur des enjeux. Et donc, inévitablement, il va falloir qu'on garde haut le prix de l'énergie. Donc, soit ça se fait par la taxe, soit ça se fait par le marché. Il va falloir accepter plus d'encadrement, mais... Ces encadrements, ces politiques publiques, ces réglementations, ces obligations doivent être élaborées justement dans le cadre d'une planification énergétique avec un jeu d'acteurs. Je pense sincèrement que toutes les solutions sont à notre portée. Il n'y a pas à attendre de rupture technologique majeure. Le GIEC l'a dit, la solution technologique ne suffira pas. On a déjà tout à notre portée. En revanche, c'est le volume et... le rythme qu'il faut désormais impulser pour y aller. Et comme la technologie ne suffira pas, c'est là où cette notion de sobriété, qui est au cœur de la politique publique nationale, qui a été introduit ce terme dans la loi Climat et Résilience de 2015, et qui aujourd'hui s'applique à coups de plans de sobriété, cette dimension humaine, cette volonté d'accompagner la technologie par des changements de comportement. est indispensable.
- Diane Cantan
Justement, vous qui êtes en lien avec le G20 et les autres pays européens, comment se situe la France ? Pionnier, mais quel niveau ? Et les autres, on parle des États-Unis, ils sont encore loin sur certaines réglementations qui sont effectives pour nous en France. Comment ça se passe au niveau G20 ?
- Benoit Lebot
Au niveau G20, aucun pays n'est à... Auteur de ce qu'il faut faire. On sait très bien que dans le G20, il y a les pays développés, les pays avancés. Eux, ils veulent maintenir leur confort. On parle des États-Unis, de la France, de l'Australie, du Japon et l'Europe de l'Ouest. Au G20, il y a ces pays émergents qui veulent justement atteindre des niveaux de vie, offrir à leur population le confort que nous connaissons. On ne peut pas leur en vouloir, c'est ainsi. Mais... Le dialogue est important et c'est pour ça que je suis très heureux de voir que le G20 est une instance où sont discutés ces enjeux énergétiques et environnementaux de plus en plus. C'est plus facile de s'entendre avec le G20, les 20 pays les plus avancés, qui représentent 80% de tous les problèmes qu'on a, 80% des émissions de gaz à effet de serre, de l'énergie consommée, des enjeux environnementaux, à 20 plutôt qu'à 200 au niveau des Nations Unies. Donc si les pays du G20 se mettent d'accord sur des grands axes, des accords commerciaux pour dire je vais introduire une taxe à la frontière, mais c'est accepté par le pays qui est susceptible de le subir, de se mettre d'accord sur des normes qui soient harmonisées pour les véhicules, pour les produits, que ce soit un appareil déconditionné, un téléphone portable ou un véhicule qui est produit dans un continent, qui est vendu sur l'autre. Plus il y aura d'échanges et d'accords internationaux pour harmoniser les normes, pour qu'on aille tout dans la même direction. C'est un souhait profond de ma part. Je pense que c'est incontournable. Sauf que le G20 est une instance d'échange. C'est un forum d'échange. Ce n'est pas un gouvernement international comme les Nations Unies ne sont pas un gouvernement international. C'est une réunion de pays qui discutent. Et je crois que l'environnement nous impose qu'aujourd'hui, on aille... un peu plus loin dans cette gouvernance des politiques à mener. Il faut au moins qu'on ait de l'échange, si possible, voir de là les opportunités d'harmoniser des règles du jeu et d'aller peut-être, ça serait plus facile d'avoir, dans l'idéal, ça serait plus acceptable si une taxe sur le CO2, si elle était mondiale, parce que comme ça, il n'y aurait pas de distorsion. Et la difficulté aujourd'hui, c'est qu'il n'y a pas de gouvernement international qui soit prêt à le faire.
- Diane Cantan
Oui, c'est toujours logique. C'est de dire pourquoi moi et pas les autres. Et au final, quand on est au niveau de l'entreprise ou de collaborateurs, il peut aussi se dire pourquoi moi je dois bouger et faire changer alors que le gouvernement pourrait nous imposer des choses ou que les autres entreprises continueront d'avancer dans cette voie-là. Pourquoi est-ce que moi je dois reculer ou changer de direction ?
- Benoit Lebot
Exactement. Exactement, ce que je viens d'écrire sur les pays, c'est la même chose au niveau des entreprises.
- Diane Cantan
Alors si j'en reviens un peu à l'aspect marketing ou produits, vous avez cité dans votre présentation que vous aviez participé, en tout cas à l'époque, de l'outil de normalisation des appareils électroménagers avec les lettres de A à G en 90. 92 exactement. 92, quelles avaient été les réactions à l'époque ?
- Benoit Lebot
Ah, écoutez, les réactions, elles étaient très opposées. Je rappelle que c'était les premiers efforts européens de lutte contre le changement climatique. L'Europe a décidé de s'attaquer au changement climatique. Et la première réponse était de dire, sur l'énergie, on va mettre en place un système pour informer le consommateur. Et l'idée d'une étiquette à poser sur les appareils électroménagers s'est imposée. Mais... Ça n'a pas été du tout facile. D'abord, il a fallu se mettre d'accord sur un format d'étiquette. Je pourrais vous en parler en long et en large. Est-ce qu'on a fait vertical, horizontal ? Est-ce qu'on met des catégories ? Est-ce que c'est graduel ? Est-ce que c'est une échelle qui flotte ? Est-ce qu'on met des limites d'un côté comme de l'autre ? Quels sont les indices ? Il a fallu inventer toute cette ingénierie-là et j'ai eu plaisir à le faire dans des coopérations européennes. On a finalement un coût d'études marketing précises identifié que cette catégorie de couleur, classé de A à G, était le signal que le consommateur européen comprenait le mieux. Toutes les études ont été faites. Après, il a fallu l'imposer. Je me souviens de discussions très très tendues avec à la fois les industriels et les distributeurs d'électroménagers, qui étaient très très opposés à la mise en place d'un outil qui allait perturber forcément. Parce que c'était le but. Oui,
- Diane Cantan
c'était nouveau, donc nécessité de changement, nécessité de remettre en cause surtout une catégorie de produits qui, du coup, allaient devenir dans le rouge et n'allaient plus être dans le vert.
- Benoit Lebot
Exactement. Il y avait des fabricants de produits électroménagers qui n'avaient jamais eu d'incitation à fabriquer des appareils qui consomment peu. Ils fabriquaient des jolis frigos ou lave-linges ou ce que vous voulez. Mais effectivement, cette dimension aux consommateurs n'était pas du tout importante pour leur marketing à eux. Et soudain, on leur dit « Ah non, il y a une dimension importante. » Plus important que le prix d'achat, c'est le prix de fonctionnement pendant les 10 à 15 ans qui compte. Et donc, en se basant sur ces sept arguments et à coup d'interventions et de débats, l'idée de mettre une étiquette qui soit imposée sur l'ensemble du territoire européen, qui s'intéresse, qui s'applique à tout. les opérateurs. Et il y a des constats très intéressants. On a défini cette étiquette pour le consommateur final. On a pris toutes les précautions pour que cette étiquette soit bien comprise, avec des jolies couleurs, des catégories. Si vous me demandez quel est l'impact de cette étiquette sur le consommateur, eh bien c'est très difficile à évoluer. En revanche, je peux vous dire que l'étiquette a eu un énorme impact sur les fabricants électroménagers. Du jour au lendemain, ils se sont mis en route à mettre et développer des recherches et développements de l'innovation pour ajuster et ils ont très rapidement changé leur gamme de produits. Deuxième impact sur la distribution, tous les distributeurs d'électroménagers se sont vus responsables d'imposer cette étiquette et ils ont changé la gamme. Et on a vu une transformation très rapide du marché, une transformation qui était supérieure à ce que nous on avait imaginé. Nous, dans nos études, on avait dit, la moyenne va être en... D et F, et hop, ça va rebasculer en A. On a basculé dans les catégories supérieures très, très rapidement. Pas forcément en raison. du consommateur, parce qu'il y a toujours plein d'autres arguments quand vous achetez un appareil électroménager, la marque, ce que vous dit le vendeur, votre fidélité à tel produit ou la couleur. Mais le principal, c'est qu'on a vraiment basculé, au point que, très rapidement, tout était, dans certaines catégories de frigos de lave-linge, tout était passé en A, donc on a inventé les A+, A++, ce qui a été une catastrophe pour la visibilité. Désormais, depuis deux ans, La Commission européenne a reventilé, on est revenu à A, B, C, 2, F, G. Il est très difficile d'avoir des appareils en A, mais c'est le signal qu'il faut donner.
- Diane Cantan
Est-ce qu'aujourd'hui, quand on parle... d'appareils électroménagers ou de déchets électroniques qui atterrissent pas forcément qu'en France dans des circuits de recyclage classiques qui peuvent atterrir à l'autre bout de la planète et on en connaît après les conséquences dramatiques sur place de pollution, de crise humaine, etc. Est-ce qu'on peut faire quelque chose pour éviter l'obsolescence programmée des fabricants sur ces appareils-là et donc aller dans un esprit de consommer. Moins mais mieux, sous-entendu, je conserve mon appareil plus longtemps parce qu'il évite d'avoir une pièce qui est défectueuse que je ne peux pas changer au bout de deux ans, trois ans ou cinq ans. Est-ce qu'il y a des choses au niveau du gouvernement là-dessus ou en réflexion ?
- Benoit Lebot
Oui, tout à fait. Le point de départ, c'était la consommation d'énergie de, par exemple, ces appareils électroménagers. Mais très rapidement, on a fait un bilan par rapport à ce qui était émis comme pollution ou dégradation environnementale au niveau de la production. au niveau de l'usage et au niveau de la mise en rebut. Et on a fait des bilans et on a vu que, par exemple, sur la plupart des appareils électroménagers, la partie la plus importante, ce n'était pas la production, ce n'était pas la mise en rebut, c'était bien pendant les 10 à 12 ans, 15 ans d'usage de l'appareil qui va consommer de l'énergie. Et dans les bilans environnementaux, c'est là qu'il y avait la dégradation environnementale les plus fortes. Donc on a mis en place cette étiquette qui est apportée sur la consommation d'énergie. Mais dans les études qui sont désormais faites, qui sont faites, ont été faites, on a réduit la consommation d'énergie pendant l'usage et du coup est apparu le poids de la consommation de ressources et d'énergie pendant la fabrication et pendant la mise en rebut. Donc l'Union Européenne est le marché le plus avancé dans le monde. Il y a une directive, une loi européenne qui s'appelle l'éco-conception. Eco-design, éco-conception en français qui... Tout ce qui est mis sur le marché, il y a une monnaie nette analytique qui impose que dans la fabrication, on va essayer de réduire le recours à tout ce qui n'est pas renouvelable, tout ce qui est, on fait attention aux produits chimiques, ça c'est dans la conception, dans le design. Bien sûr, on conserve les impératifs pour consommer l'énergie moins avec les étiquettes et de plus en plus, on va s'intéresser effectivement à la mise en rebut. Je suis quand même très heureux de voir que les choses avancent. Bien sûr, ça ne va pas assez vite, mais il y a quand même des grandes avancées sur l'obsolescence programmée. Je pense qu'on ne conçoit plus, j'espère, des appareils de reménager comme des véhicules, comme tout un tas de systèmes, sans concevoir le démantèlement à la fin et sans un souci de ressources. Pour aller plus loin, il y a... Une nouvelle forme de marketing qui apparaît liée au service rendu. Et on ne parle plus d'acheter un produit, mais d'acheter un service. Et on s'aperçoit qu'il y a un champ nouveau pour vous autres, ce du marketing et de la mise sur le marché, qu'aujourd'hui ce qui compte, c'est de revenir au service dont on a besoin. On a besoin de quoi ? De chaud, de froid, de lumière, de communication. d'action mécanique, de se déplacer, mais de posséder un produit qui coûte cher et finalement pour satisfaire des besoins. C'est remarquable ce qui s'est passé par exemple dans les photocopieurs. On ne vend plus des photocopieurs aujourd'hui, on vend un service à la copie qui est facturé à la page et celui qui reste propriétaire du photocopieur, c'est le fabricant. et ils vont à un service. Et curieusement, la prospérité est au rendez-vous. Aujourd'hui, je pense qu'on va basculer vers le véhicule électrique. Tout le monde ne va pas être en mesure d'acheter un véhicule électrique qui doit être avant tout léger et petit pour être compatible avec les enjeux. Mais il y a un coût à basculer de son véhicule thermique vers un véhicule électrique. Et je me réjouis de voir les réflexions actuelles d'un tarif social. pour qu'il y ait du leasing, y compris sur les véhicules électriques. Et voyez, cette économie de services fait partie des changements de modèles, de paradigmes qui méritent... pleinement l'attention de tous et qui peuvent être une solution à cette transition écologique. De reconnaître les services dont on a besoin et de mettre en route les solutions technologiques, mais surtout l'accompagnement, on va dire marketing financier, pour qu'on puisse bénéficier des services. C'est ça qui compte.
- Diane Cantan
Oui, alors il y a deux choses du coup, enfin plein évidemment que vous avez évoquées. sur lesquels j'aimerais revenir. D'une part, vous avez cité le côté véhicule électrique, donc dans cet esprit de mode de transport. Est-ce qu'il y a des changements de transport qui doivent être effectués ou décidés par le gouvernement dans les villes du futur afin d'optimiser ce mode de vie d'habitants qui voudraient se déplacer peut-être sans leur voiture ? On sait que les transports publics, notamment à Paris, ne sont pas encore d'un nombre suffisant. Les bus, les métros qui sont encore bondés, les gens se disent maintenant je continue de garder ma voiture. Est-ce que vous avez eu vent ou est-ce que vous savez qu'il y a des choses qui vont bouger là-dessus ?
- Benoit Lebot
J'ai de l'espoir et je vois que ça bouge. Tout le monde constate que le vélo est de plus en plus présent et c'est un formidable mouvement. Le gouvernement a des objectifs précis de multiplier l'usage, de dupliquer l'usage du vélo. On a compris également ce qui permet... De multiplier l'usage du vélo, c'est de mettre en place des pistes cyclables. Donc la priorité des priorités pour toute collectivité, pour toute communauté, c'est d'investir dans des pistes cyclables sécurisées, quitte à prendre de l'espace sur la voie publique, sur certains axes, de réduire la place de la voiture et de donner au mode de déplacement doux. Une très bonne nouvelle pour le vélo, c'est l'assistance électrique. Si vous n'avez pas fait usage d'un vélo électrique, je vous encourage vivement à tester. Une fois qu'on y a goûté, c'est un changement radical dans l'usage du vélo. Les reliefs sont aplanis, les distances sont raccourcies. Vous combinez un vélo électrique avec des aménagements de pistes cyclables pour traverser les rues et que tous puissent être en mesure d'aller faire notre commerce en vélo, je pense qu'on a vraiment une vraie solution d'avenir. le vélo électrique en passant par des pistes cyclables et la sécurité après pour éviter les vols et puis les aménagements nécessaires pour que les uns et les autres, quand ils se rendent au travail par le mode doux, puissent avoir garé leur vélo en sécurité et avoir des vestiaires pour se changer, prendre des douches et ne pas arriver en sport. Donc je suis très heureux de ce qui se passe au niveau de la mobilité active, de la priorité donnée au vélo et à la marche. À la réponse publique qui est de reconnaître que ça passe par des aménagements, alors ça coince un petit peu contre ce qui était habitué à avoir une voie double pour le véhicule, mais tout indique qu'on y gagne à tous les niveaux. La santé y gagne, la pollution de l'air y gagne, le bruit dans la ville, donc priorité au mode doux. Viennent ensuite les transports en commun, et là toutes les solutions existent pour le transport en commun. Il y a également... Dans les transports en commun, un lien avec la digitalisation qui permet d'avoir accès à l'information en temps réel. On sait que pour se déplacer d'ici à là, on a des applications vraiment formidables qui vous disent non seulement à quelle heure vous pouvez prendre le premier bus, la durée totale du parcours, l'heure à laquelle vous allez arriver. Il manque, et c'est en travaux, de combiner cette information avec un tarif unique. Et il y a beaucoup d'efforts. On appelle ça Mobility as a Service. Pour encourager davantage, rendre plus facile, tout un chacun. Vous quittez votre domicile en région parisienne, vous avez rendez-vous à Lyon, qu'en un seul clic, vous ayez l'information qui va vous conduire au bus le plus proche pour vous amener à la gare, mais sur un seul ticket, tout ça sur votre application. Et ça, c'est l'étape qui est envisagée pour les prochaines années. On a l'information, il faut simplement harmoniser, la combiner avec les différents opérateurs. Mais vous voyez l'importance, la réponse que la digitalisation peut apporter pour la mobilité, et la mobilité douce et compatible avec les enjeux. J'ai beaucoup d'espoir. Ça avance, peut-être pas assez vite, mais il va falloir accepter que la voiture, désormais, c'est du second rang. Je mise beaucoup sur les décisions actuelles, sur la digitalisation et les technologies sont au rendez-vous.
- Diane Cantan
On parle de digitalisation ou de numérique responsable. On sait que le numérique prend de plus en plus de poids en France et dans le monde. On sait qu'également ça prend de plus en plus de poids dans les émissions de gaz à effet de serre. Qu'en est-il de l'impact de la 5G si je prends un exemple ? Sur la transition énergétique ?
- Benoit Lebot
Alors clairement, effectivement, la multiplication des espaces numériques, des usages, de la digitalisation, pèse sur les consommations d'énergie. Il n'y a rien d'immatériel dans l'envoi d'un message, que ce soit un SMS ou d'un email ou du streaming. Il y a au contraire beaucoup de matériel, il y a du stockage dans des data centers. Et il y a un impact environnemental qui est de plus en plus cerné. Il y a 2, 3, 4, 5% de l'électricité dans le monde est désormais réservé à ça et tout indique que ça va se multiplier. Alors là, il faut faire preuve de sobriété. Il y a des solutions, par exemple, regarder en streaming une vidéo en 4G consomme beaucoup plus d'énergie et de ressources que de la regarder en Wi-Fi ou la communication. Ou d'avoir téléchargé, exactement. Donc il y a des ajustements de cet ordre-là. Je crois savoir que plus de la moitié des emails dans le monde sont des spams, donc il y a beaucoup de circulation inutile. Il y a moyen d'avoir une plus grande sobriété dans la pratique, dans les usages. Très bien. Je fais le pari cependant que la digitalisation peut être et doit mettre... être mise au service de la transition. Sur la mobilité, c'est évident. Regardez Blabla Car qui remplit les véhicules. C'est arrivé très rapidement et personne n'y avait imaginé il y a 15 ans. Ce qu'on était en train d'évoquer, mobilité as a service, c'est un exemple. La 5G fait beaucoup de bruit parce qu'on est tous fascinés par nos téléphones portables. Mais l'impact de la 5G, ce n'est pas pour les individus. qu'elle va être importante. L'impact, ça va être surtout pour les machines complexes. La 5G peut permettre, dans les industries, d'avoir des contrôles en temps réel. Là où la 5G était un petit peu plus lente, il y avait des délais. Puisque la 5G est là, elle est développée, elle est partie. Mettons-la au service de la transition. La gestion de l'énergie. On vit dans une période où l'énergie... va être chamboulé à la production d'énergie. Il va falloir basculer vers les énergies renouvelables. Tout le monde le sait, le soleil et le vent sont intermittents. Mais la digitalisation, notamment la 5G, peut nous permettre en temps réel de recueillir les informations pour appréhender le nuage qui passe, le vent qui baisse, mutualiser sur les réseaux électriques les approvisionnements et assurer que les électrons produits à un endroit seront disponibles là où on en a besoin précisément pour faire tourner un lave-linge, un chauffe-eau ou recharger les véhicules. Et là, on a besoin d'informations en temps réel. Et c'est là où la digitalisation, et notamment la 5G, permet d'arriver à une gestion en temps réel très complexe. Et donc, mettons la digitalisation au service de cette transition.
- Diane Cantan
Mon podcast se nomme Marqueur et aborde le marketing durable, marqueur de la bonne santé des entreprises et des PME. Parce que quand on fait du marketing avec le cœur, on embarque tout le monde de façon plus durable. Du coup, ça vous inspire quoi ?
- Benoit Lebot
Ça m'inspire que j'ai compris depuis un certain temps que les décisions qu'on prenne ne sont pas toujours aussi rationnelles. Elles sont basées sur les émotions, les émotions, celles qui viennent de là, du cœur. Et si on n'a pas compris ça dans ce monde, on passe à côté de beaucoup de choses, de décisions, de compréhensions, voire d'opportunités, d'affaires, de prospérité. Et il n'y a qu'une chose qui m'intéresse, c'est d'écouter mon cœur et de faire sien. Je fais bien les enjeux environnementaux et c'est mon cœur qui parle quand je parle de mon métier. Donc je suis très heureux de participer à un podcast qui s'appelle « Marcœur » avec le cœur. de l'émotion, ce n'est pas ouvert à tout le monde, il faut se mettre en route, il faut accepter que dans notre décision, dans notre esprit, on est bourré de croyances, on a beaucoup de cloisons dans nos esprits, et il va falloir désormais aller chercher ce qui fait vivre, qu'est-ce qui nous fait dans ces deux joies, ne pas faire des gestes, des activités qui sont contraires à l'intime. La conviction à aller chercher ce qui fait vibrer, ce qui fait vibrer les cœurs, ce qui fait vibrer l'âme, ce qui nous fait vibrer collectivement. Et je souhaite que ce genre de podcast, d'émission, soit l'occasion de faire des liens entre notamment la réalité de ce monde et la réalité triste et grave du changement climatique pour que tout le monde fasse sien les solutions apportées et tout le monde se mette en route. Mais si ça ne passe pas par le cœur, on n'y arrivera pas.
- Diane Cantan
On en est convaincus. Merci pour cette réponse. Est-ce que vous auriez un éco-geste que vous aimeriez partager ou que vous conseillez peut-être à des enfants ou à une future génération ? L'éco-geste est un geste au quotidien qui permet d'améliorer l'impact sur l'environnement. Donc là, j'imagine qu'il y en a plein auxquels vous pensez sur la notion énergétique. S'il y en a un à transmettre à nos auditeurs, ce serait lequel ?
- Benoit Lebot
J'en ai un qui vient à l'esprit, que je pratique et qui va vous surprendre et je ne suis pas sûr que vous allez le garder dans votre podcast.
- Diane Cantan
Ah bon, on va voir.
- Benoit Lebot
C'est d'apprendre à se doucher à l'eau froide, d'apprendre d'abord à terminer toute douche par de l'eau froide. C'est très très bon pour la santé, ça crée un frisson. Et d'apprendre progressivement à se doucher à l'eau froide. Personnellement, je pratique la douche froide, glaciale, avant de me coucher. Et je peux vous dire que ça revigore, ça donne le signal à mon corps que je vais me coucher. J'encourage beaucoup cette pratique. qui n'est pas évidente à entendre, mais qui est, je crois, il y a une vérité scientifique et scientifique. J'ai lu ça dans les espaces, j'ai eu de la formation. Donc, apprendre d'abord à terminer la douche avec du froid, c'est ce petit stress-là qui est salutaire. Et le jour où vous le pratiquerez, vous comprendrez que finalement, c'est un geste qui est salutaire, ça et tellement bon pour la santé. Mais il est surprenant, je veux bien en convenir.
- Diane Cantan
Et limiter le temps sous la douche ? Ah bah forcément,
- Benoit Lebot
je veux vous dire qu'en vous, vous limitez à la fois la consommation d'eau et la consommation d'énergie pour le chauffage.
- Diane Cantan
Les deux sont combinés. Quel futur invité est-ce que je pourrais convier à mon podcast ?
- Benoit Lebot
Le premier nom qui vient à l'esprit, c'est ma grande amie Yamina Saheb qui est Merci. l'une des autrices du dernier rapport du GIEC et Yamina a réussi le tour de force d'introduire le terme sobriété dans le rapport du GIEC. C'est la première fois en 2022 que le terme et la notion de sobriété est inclus dans les rapports scientifiques. Elle a mené un combat formidable pour expliquer que la recherche de l'efficacité énergétique de la performance ne suffit pas s'il n'y a pas cette dimension humaine, de la sobriété, du geste, mais également de l'accompagnement du geste. Et Yamina est en train de poursuivre ses travaux à l'Institut de sciences politiques à Paris, dans un réseau international, pour consolider au niveau de la science ce terme de sobriété. Sobriété qui fait partie de la politique publique française. mais qui a vocation à se répandre. Et vous avez là quelqu'un qui connaît parfaitement les enjeux environnementaux, climatiques, et qui désormais base sa science, son approche scientifique, sur rendre concret la sobriété dans les politiques publiques et dans l'économie de marché.
- Diane Cantan
Si je terminerais par une dernière question, si vous aviez une baguette magique, Qu'est-ce que vous aimeriez mettre en place pour que les... Les lignes bougent plus vite.
- Benoit Lebot
Le gouvernement a décidé de former 25 000 hauts fonctionnaires aux enjeux environnementaux et climatiques. L'idée était peut-être qu'ils aient chacun 20 heures de formation. Je rêve que tout responsable, où qu'il se trouve, quelle que soit l'activité, puisse bénéficier d'une formation à hauteur de ce qui est proposé pour la fonction publique. Il n'y a que l'économie de la connaissance, le partage de la connaissance, qui va nous permettre de se mettre en route. Donc oui, mon rêve serait qu'on rende obligatoire, du moins systématique, une formation de tout le monde. La Convention citoyenne climat a été un exemple magnifique, extraordinaire, unique au monde, où on a transformé 150 citoyens tirés au hasard en spécialistes. Ils avaient un objectif, dites-nous comment la France peut décarboner à l'horizon 2030 de 40% son économie. Avec, pour méthode, l'accès à l'information. Ils ont pu prendre le temps d'aller écouter, d'aller interviewer les spécialistes, de s'approprier par une démarche collective cette connaissance. Ça n'a pas été évident, mais les méthodes existent d'intelligence collective. Et ils ont après pu répondre à la question et ils ont pondu 150 propositions qui étaient parfaitement en ligne et qui allaient au-delà de bien... qu'attendait, que revendiquait des... Zongi environnemental, parce qu'une fois qu'on a la connaissance, on est plus à même de mettre en route les propositions. Mon souhait profond, c'est qu'on mette dans nos esprits la connaissance au niveau des enjeux de tous les responsables. On va commencer par les responsables, comme dans la fonction publique, puis après on décline. On devrait tous avoir une formation approfondie, sympathique, ludique. vous avez évoqué L'atelier de Thône, il y a des fresques d'intelligence collective, il y a la fresque du climat, la fresque des mobilités, la fresque du numérique, la fresque des horizons décarbonés, il y a plus de 50 fresques différentes qui proposent justement par des ateliers collectifs. Mais prenons le temps de ça et revenons-y régulièrement, parce que la science évolue et je pense que là on aura une vraie déclinaison. Alors bien sûr... l'éducation nationale, mais au-delà de l'éducation nationale, toute la formation professionnelle doit prendre à bas le corps ces enjeux environnementaux.
- Diane Cantan
C'est un peu l'objet aussi du podcast, c'est d'informer, de former, de sensibiliser, d'être dans cet axe de pédagogie sur toutes ces thématiques. On va faire en sorte que tous les dirigeants d'entreprises qui nous écoutent vous entendent avec ce vœu qui doit être exaucé et qui puisse former. Eux-mêmes, leurs collaborateurs qui se forment eux et qui puissent former l'ensemble de leurs équipes sur cette connaissance autour de cette transition énergétique, écologique vers laquelle on doit aller. un grand merci infiniment Benoît pour ce temps d'échange passionnant que je suis persuadée nos auditeurs vont adorer ou ont adoré merci beaucoup Benoît pour ce temps passé.
- Benoit Lebot
Merci Diane pour la proposition, merci pour la qualité de l'échange et longue vie à votre podcast et merci de participer et de devenir un acteur par ce podcast à la diffusion. C'est l'ignorance qui nous met dans le mur, c'est l'économie de la connaissance, du partage qui nous permet de comprendre les solutions, de se les approprier et de les mettre en route.
- Diane Cantan
Merci d'avoir écouté ce podcast par cœur. J'espère que les propos de mon invité vous ont inspiré. Si vous avez apprécié ces échanges, n'hésitez pas à vous abonner à Marqueur et à liker l'épisode. A très vite !