Speaker #0Bonjour à toutes et merci d'être avec moi aujourd'hui pour ce nouvel épisode. Je l'ai nommé « Somatique et féminisme, retrouver son corps après des années de conditionnement familial et social » , mais je vous avoue que j'avais aussi deux autres titres en tête. Il aurait très bien pu s'appeler « Revenir dans sa chair, un acte profondément féministe » ou encore « Réparer la relation au corps féminin, un chemin somatique de décolonisation intime » . Bienvenue dans Mauvaise Fille, le podcast pour oser te regarder vraiment, t'accepter dans toutes tes parts et t'aimer entière un peu plus chaque jour. En te libérant des injonctions, mais aussi en éclairant tes ombres. C'est un espace pensé pour toutes celles qui ne veulent plus faire semblant, qui ne rentrent pas dans les cases mais qui ne se contentent pas de les rejeter, qui veulent comprendre, questionner, libérer au quotidien, avec simplicité, en douceur, sans complaisance. Ce podcast, c'est une invitation à t'aimer, pas parfaite, pas lisse, mais vivante, lucide, en chemin. Alors, bienvenue dans Mauvaise Fille. Je suis heureuse de vous retrouver donc pour cet épisode. J'espère que vous êtes confortablement installés. Si ce n'est pas complètement le cas, je vous invite à reporter votre attention sur votre respiration. On se rend compte souvent qu'on est en apnée et que ça fait plusieurs minutes que l'on a oublié d'expirer. Alors je vous invite à reprendre votre respiration. Et enfin, si vous êtes assise, de vous enfoncer un peu plus profondément. dans votre chaise, dans votre siège de voiture ou dans votre fauteuil. Et si vous êtes en position debout, de sentir un peu mieux le sol sous vos pieds. Maintenant qu'on a toutes atterri ici, je vais pouvoir commencer et c'est parti pour l'épisode du jour. Comme vous le savez, l'une de mes plus profondes ressources, l'un de mes plus grands canaux de transformation, le lieu au cœur de mon travail d'accompagnante, c'est... Le corps. Et dans cet épisode, je vais parler uniquement du corps physique. Comme vous allez le voir, le corps sera très souvent abordé dans ce podcast. Et aujourd'hui, j'avais envie de vous parler, à travers mon histoire, de la manière dont nous les femmes perdons très vite notre relation au corps, des écueils à conscientiser, et de ces pas qui sont en notre pouvoir aujourd'hui pour penser notre relation au corps autrement et le diffuser autour de nous. Cet épisode va être un peu plus intime que les autres, dans le sens où je vais surtout partager mon expérience personnelle en espérant qu'elle puisse vous inspirer et vous aider aux prises de conscience nécessaires pour vous aujourd'hui, ou en tout cas qui sont les plus justes pour vous. Je crois que mon corps ne m'a jamais vraiment appartenu jusqu'à mes 23 ans environ. Et lorsque je dis ça, je veux dire à la fois que mon corps appartenait aux regards, aux croyances et aux projections des autres, mais aussi que de moi à moi, je n'habitais pas mon corps en conscience avant cet âge. En ce qui concerne le premier point, celui qui me fait affirmer que mon corps appartenait davantage aux autres qu'à moi, c'était le fait que petite, je me souviens que je voyais ma mère courir, faire du vélo d'appartement et acheter des bouteilles de jus d'artichaut en pharmacie. Je la voyais passer des heures hebdomadaires à bronzer. La seule chose que je voyais d'une relation au corps, c'était le désir de le maintenir mince avec un teint allé. Et puis il y avait également le soin à porter aux cheveux pour qu'il soit long et brillant, et à la peau pour qu'elle reste ferme et élastique. Et ce modèle ne s'arrêtait pas qu'à elle. Il était, il est, présent chez toutes les femmes qui étaient dans mon cercle proche. Le corps était entièrement sous contrôle. Il fallait contrôler tout ce qui était assimilé pour l'éliminer. Il fallait contrôler les kilos, les rondeurs, le ventre, les moindres imperfections, comme on les appelle, pour que tout soit le plus lisse possible. Et dans cet environnement, ma relation au corps s'est construite selon deux axes principaux. D'une part, ma relation au corps s'est établie uniquement dans le sport. Je faisais beaucoup de sport petit. et beaucoup de compétition. Mon corps était mon outil de performance et je ne sentais mon corps que dans l'effort, dans les muscles déployés, les articulations et éventuellement les courbatures. D'autre part, ma relation au corps s'est construite dans le regard de l'autre qui passait essentiellement par des remarques. Alors beaucoup de la part de commentaires non désirés d'hommes de garçons inconnus, mais aussi essentiellement de commentaires non demandés non plus des femmes autour de moi. Ainsi, à chaque interaction avec une femme de ma famille, j'intégrais sur mon corps que j'étais trop blanche, trop mince, un peu maigre, jolie dans cette robe, que je ressemblais à telle ou telle actrice, que j'avais grossi et que ça m'allait bien, que j'avais maigri et qu'il faudrait que je reprenne du poids, etc. Il ne s'agissait pas uniquement de jugement sur mon corps, mais également de conseils, non sollicités, sur ce que j'étais censée faire après ce diagnostic. Non sollicité non plus. Et au final, état des lieux. Mon corps est devenu un outil de performance et le lieu de toutes les projections de mon entourage sans mon consentement. Je parle ici de ma famille parce que c'est mon histoire, mais je suis sûre que c'est aussi le cas dans beaucoup d'autres familles également. Et la famille, ou du moins le cercle proche, n'est que le premier niveau. Puisqu'ensuite... Nous passons également au filtre des rouages suivants, c'est-à-dire à l'échelle d'une culture ou communauté qui a ses propres standards et injonctions corporelles selon la zone géographique où l'on est. Par exemple, les standards de beauté ne sont absolument pas les mêmes au Japon ou au Nigeria. Et ensuite, on passe à l'échelle des standards d'une société occidentalisée et d'un marketing uniforme. Autant vous dire... que si ces trois niveaux ne concordent pas, c'est-à-dire que si dans votre famille, il faut être mince et bronzé, dans votre culture, il faut avoir des hanches imposantes et des grosses fesses, et dans la société, il faut être hyper mince, le teint aller pas trop bronzé et avoir des gros seins, vous n'êtes pas sorti de l'auberge pour convenir. Mais revenons-en à ce que je disais. Finalement, mon corps était devenu un lieu étranger. Ce lieu lointain. qui devait ressembler à quelque chose qui n'existerait jamais et qui ne serait jamais suffisant. Il y a notamment trois types de remarques qui vous dépossèdent de votre corps en général. Le premier, celles qui le prennent en morceaux. Et je vous renvoie à mon épisode numéro 2, ton corps n'est pas une pièce de bouchée. On va vous faire un commentaire sur une partie uniquement de votre corps pour... La mettre en valeur ou la juger négativement, cette partie. T'as perdu du ventre, t'as pris des fesses. Le deuxième type de remarque, les faux constats qui cachent des injonctions qui sont souvent décelables dans le ton employé. Ah, t'as perdu du ventre ! Ou ça te va bien ce petit teint bronzé ? Troisième type de remarque, les comparaisons qui vous enlèvent votre unicité. Tu ressembles à telle actrice. Ou tu as ça en plus ou en moins que telle personne. Je me souviens, quand j'étais ado, j'avais une femme de ma famille qui, à chaque fois qu'elle me voyait, essayait de me trouver une ressemblance avec une actrice différente à chaque fois. « Hum, tu as un air d'Eva Green, tu as le même visage qu'Angelina Jolie. À qui tu ressembles encore ? » elle m'a demandé une fois. Je lui ai répondu « À moi-même, non ? C'est déjà bien. » Le problème avec ces différents types de remarques, c'est qu'elles partent rarement d'une mauvaise intention. Et que de ce fait, non seulement on culpabilise de réagir, et surtout on nous a fait intégrer et croire qu'il fallait être flatté. Pour une fois que quelqu'un nous dit quelque chose de positif, tout est bon à prendre pour l'estime de soi. Sauf que, de 1, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de mauvaise intention derrière une remarque que la remarque est juste et bonne pour nous. De 2, c'est la répétition de ce type de remarque parfois tous les types combinés, et en plus par des rôles modèles autour de nous, que se construit insidieusement une relation au corps faussé. Et ce que vous prenez pour un compliment qui renforce votre confiance en soi va en arrière-plan, en fait, essentiellement renforcer une injonction et un lien avec votre corps qui sera loin de faire du bien à votre confiance en soi. Exemple, et je l'ai vu, je le vois à l'œuvre tellement de fois autour de moi. Cette remarque d'un proche ou d'une vendeuse dans un magasin de boutique. Cette robe vous va bien, elle vous affine la taille. Hop, petit shoot de dopamine, de reconnaissance sur le moment. Mais qu'est-ce que vous entendez là-dedans ? Je suis belle quand j'ai la taille fine. Je vais donc continuer à perdre ou à muscler mon ventre. Parce que ça fait du bien ces shoots de reconnaissance. Et que je ne peux pas les avoir. Autrement qu'en ayant la taille fine. C'est un shoot de reconnaissance. conditionnelle. Et sachant que ces shoots de reconnaissance sont des shoots, donc ils ne durent pas longtemps, puisqu'ils ne s'appuient pas réellement sur une profonde estime de soi, on en veut encore et toujours plus. Alors que si la personne vous avait dit « cette robe te va bien, point » , il n'y a pas de condition. Ce compliment concerne une globalité, donc toi entière, il n'y a pas d'injonction et pas de comparaison avec qui que ce soit. Donc je peux construire mon estime de moi sereinement sans penser à mon prochain cours d'abdos. Ce qui rend le processus tricky, c'est donc cette subtilité entre compliments et faux compliments, entre shots de dopamine et réelle estime de soi. Mais c'est aussi la reproduction de ces injonctions tout autour de nous qui peut nous faire sentir prise au piège. En effet, tout à l'heure, je parlais des standards d'une société occidentalisée. Fatima Mernissi a publié un ouvrage en 2001 qui s'appelle « Le harem et l'Occident » . C'est un ouvrage qui m'avait énormément marquée quand j'étais ado. Son propos est que selon elle, l'Occident a réinventé le concept de harem. Le harem occidental n'est pas un espace physique, comme dans l'imaginaire oriental, mais est un espace symbolique. Elle parlait à l'époque de harem taille 38. J'imagine qu'aujourd'hui ce serait plutôt harem taille 36. Elle voulait dire par là que le harem occidental opérait par des normes esthétiques, des tailles imposées, des corps idéaux véhiculés par des images publicitaires, des représentations, des stéréotypes. Cette métaphore du harem, selon elle, montrait que les femmes occidentales étaient enfermées dans un espace symbolique de contrôle et de domination subtile, dans lequel elles devaient se soumettre à des normes corporelles pour être accepté, aimé, désiré. On a mis le doigt depuis un moment sur la place de la société dans les injonctions envers les femmes à travers le marketing, les films et tous les autres outils culturels et commerciaux possibles. Et quand on dit société, c'est tout autant le grand patron d'une grosse chaîne de vêtements, l'équipe marketing masculine d'une salle de sport ou encore les producteurs masculins du cinéma, mais ce sont aussi les femmes elles-mêmes. Celles qui sont à l'œuvre dans ces différents secteurs de marché que je viens de vous citer. mais aussi ces femmes qui sont à la source, dans le noyau familial, dans le noyau proche. Ces injonctions se transmettent de mère en fille, et se nourrissent entre mère et fille, et sœur, et cousine, et tous les liens féminins du cercle proche. J'ai cet exemple notamment autour de moi de trois femmes, la grand-mère, la mère et la fille de mon âge. La grand-mère... a mis une pression sans fin sur sa fille par rapport à son poids. Donc sa fille en a fait une obsession et intégrée le fait de devoir perdre quelques kilos à chaque fois qu'elle allait voir sa mère. Et, immanquablement, elle a mis cette pression sur sa propre fille, qui a, elle, eu des problèmes de poids et a un rapport au corps difficile. Et aujourd'hui, la grand-mère n'est plus là. Mais la mère et la fille se renvoient chacune la balle et le rapport s'est même inversé. C'est... aujourd'hui la fille qui fait des commentaires à sa mère dès qu'elle prend du poids. Bref, on ne s'en sort plus. Et ce que j'ai envie de dire ici, ce n'est pas un jugement. C'est surtout que nous avons tout ce pouvoir, une fois que l'on en a pris conscience, de transmettre ou non, de reproduire ou non des schémas qui sont durs, injustes et non alignés dans notre relation à notre corps. Pour finir sur ma petite histoire, vers l'âge de 23 ans, je n'avais donc aucune image ou idée de mon corps qui parte de moi-même. Je ne savais pas voir mon reflet dans le miroir autrement qu'à travers les yeux du monde autour de moi. Je n'avais aucune idée des sensations présentes dans mon corps, autres que des sensations externes liées à de l'activité physique ou au stimuli basique de mes cinq sens. Et je vous raconterai dans des épisodes prochains comment cette reconnexion à mon corps, cet étranger, s'est progressivement faite. Aujourd'hui, j'aimerais surtout vous donner quelques clés pour clôturer cet épisode. Avant ou même pendant la replongée dans le corps, c'est vraiment précieux de vous questionner et d'observer, à votre rythme, selon ce que vous êtes prête à révéler en vous bien sûr. Déjà avec cette question simple mais cruciale. Quelle est la relation de votre mère avec son corps ? Quelle est la relation des femmes qui vous ont entouré ou qui vous entourent avec leur corps ? Soyez la plus précise et vaste possible dans votre réponse. Ensuite, qu'est-ce que vous reproduisez à votre échelle ? Observez-le dans vos routines quotidiennes, dans les pensées que vous avez, dans les croyances que vous avez aujourd'hui sur ce sujet. Enfin, si vous voulez amorcer un changement, commencez par filtrer ce qui vient à vous. Prenez du recul sur les modèles qui vous sont donnés, publicitaires, cinématographiques ou autres. Observez les remarques. que l'on vous fait et passez-les au filtre des trois types de remarques qui vous dépossèdent de vous-même, dont on parlait précédemment. Donc pour rappel, 1. Les remarques qui prennent votre corps en morceaux, uniquement pour mettre une partie de votre corps en valeur ou la juger négativement. 2. Les remarques qui sont des faux constats, qui en réalité cachent des injonctions que vous pouvez repérer souvent dans le ton employé. et trois, les remarques qui sont des comparaisons qui vous enlèvent votre unicité. Et déjà là, en remettant de la conscience à ces endroits-là, vous récupérez un peu de pouvoir personnel. Si vous voulez aller encore plus loin, vous pouvez également parfois, quand la situation est adéquate, mettre un holà à ces remarques en précisant que vous n'avez pas consenti à les recevoir. Vous n'avez sollicité ni un jugement sur votre apparence, ni un conseil sur la direction à prendre. Ce sont pour moi des premières étapes de nettoyage extérieur, avant et pendant la plongée vers l'intérieur. Ce déconditionnement vis-à-vis de notre corps est pour moi hyper important parce qu'il recèle beaucoup de notre puissance. Lorsque l'on s'appuie sur l'extérieur pour penser et ressentir ce qui constitue un de nos fondements, c'est-à-dire notre corps, On peut. père en pouvoir personnel. Le pouvoir de ressentir, le pouvoir d'avoir du plaisir, le pouvoir d'habiter pleinement et d'incarner pleinement cette vie. Le pouvoir de sentir au plus profond de nous-mêmes une confiance et un amour qui ne seront pas corrélés à une opinion mouvante et extérieure à nous-mêmes. Le conditionnement et la colonisation de nos corps de femmes est en œuvre depuis si longtemps. et elle est au cœur même d'une stratégie patriarcale de longue haleine depuis des millénaires. Et c'est normal que le chemin vers la réappropriation de nos corps soit difficile et long, et je vous envoie beaucoup de douceur si vous êtes en chemin, ou si vous souhaitez l'emprunter. J'espère que cet épisode vous a plu, ou en tout cas qui vous a permis de ressortir avec des petites graines à planter. N'hésitez pas à me faire vos retours, réellement, j'insiste, je suis... tout à fait heureuse de vous lire et de pouvoir savoir comment ça a résonné. N'hésitez pas aussi, si vous voulez soutenir le podcast, à vous abonner ou à laisser 5 étoiles si vous êtes sur Apple Podcast. Je vous souhaite une très douce journée ou soirée. Prenez bien soin de vous, prenez bien soin de votre corps et je vous dis à la semaine prochaine pour l'épisode suivant. À très vite !