Speaker #0 Bienvenue dans Mauvaise Fille, le podcast pour oser te regarder vraiment, t'accepter dans toutes tes parts et t'aimer entière un peu plus chaque jour, en te libérant des injonctions mais aussi en éclairant tes ombres. C'est un espace pensé pour toutes celles qui ne veulent plus faire semblant, qui ne rentrent pas dans les cases mais qui ne se contentent pas de les rejeter, qui veulent comprendre, questionner, libérer au quotidien, avec simplicité, en douceur, sans complaisance. Ce podcast, c'est une invitation à t'aimer, pas parfaite, pas lisse, mais vivante, lucide, en chemin. Alors, bienvenue dans Mauvaise Vie. Salut à toutes, je suis très contente de vous retrouver pour cet épisode sur les sens et le sens, donc deux thèmes qui sont très importants pour moi. Et j'avais envie, autour de ce sujet, de vous partager une anecdote. Donc c'est une anecdote qui m'est arrivée il y a deux ans. C'était environ 3-4 mois après le décès de ma mère, et je fonctionnais en mode automatique au quotidien. C'est-à-dire que je gérais ce qu'il y avait à gérer administrativement et matériellement, donc les papiers, le notaire, comme on dit, remettre les affaires en ordre. Je le faisais plutôt bien et de manière organisée. Je gérais aussi assez l'aspect social, donc j'allais au repas et événements auxquels j'étais invitée, et je jouais le jeu. Bon, après je pense pas que pour ceux qui me connaissaient très bien, j'étais si convaincante que ça. Mais en tout cas, je donnais le change, et j'y mettais de l'intention. Je me souviens que j'ai même été à un mariage un mois après son décès, j'ai mangé, j'ai été là, j'ai discuté, et j'ai souri. Bref, tout ça pour vous dire que je faisais les choses qu'il fallait faire, par devoir, ou qu'on me demandait ponctuellement de faire. Mais par contre, à l'intérieur, c'était mort. Moi qui dansais beaucoup, Je ne dansais plus, moi qui écoutais de la musique quotidiennement, je n'écoutais plus de musique, moi qui écrivais, je n'écrivais plus. Et je ne prenais plus vraiment soin de moi. Et quand je me retrouvais seule, ou face à moi-même, ou sans avoir rien à faire de spécial, c'était soit de la souffrance, psychologique et même physique, donc mon cœur, toute la zone de ma poitrine, cage thoracique, était physiquement douloureuse. Donc c'était soit cette souffrance-là, soit c'était un vide abyssal. Donc je n'avais envie de rien, je ne sentais plus rien, et il n'y avait plus de sens à rien. C'était éteint. Donc si on prend un pas de recul pour résumer et pour le voir sous un aspect psychologique, j'étais en fait la plupart du temps dans un état de dissociation, comme on l'appelle. Un état de dissociation, c'est un état de détachement dans lequel on est en déconnexion de ses émotions, de son corps, de ses pensées, de son environnement. Cet état me permettait de donner plus ou moins le change et de gérer les urgences matérielles et en quotidien. Et parfois, j'avais des états de reconnexion à la réalité qui, eux, étaient très douloureux. Pour information, cet état de dissociation est d'ailleurs hyper fréquent. C'est un mécanisme de défense psychologique très puissant qui survient généralement après un événement traumatique. Lorsque l'individu n'a pas les capacités d'adaptation et d'assimilation suffisantes, pour traiter l'événement traumatisant, pour l'intégrer à sa personnalité. Ce qui est le cas très souvent dans les deuils, puisque la personne endeuillée a du mal à intégrer sur tous les plans cette nouvelle réalité sans l'être cher qu'elle a perdue. J'étais dans cet état de dissociation la plupart du temps, et dans un sens c'était un bon mécanisme de protection pour moi qui s'était mis en place. Et heureusement qu'il était là. Mais voilà, le problème, c'est que comme tout mécanisme de protection psychologique, ça s'élimite surtout dans le temps. Puisque là, dans mon cas très précis, je commençais intérieurement à m'éteindre. En tout cas, c'est comme ça que je le ressentais. Et quand je repense à cette période-là, c'est aussi comme ça que je le ressens. J'étais en train de perdre le vivant en moi. Je perdais le goût, la saveur et le sens de la vie. et donc pendant cette période Un jour, en faisant les courses, j'ai décidé d'acheter un gel douche à la rose. Donc il faut savoir que j'adore la rose, j'adore d'autant plus aujourd'hui ce qu'elle représente pour moi spirituellement, mais à l'époque j'adorais déjà sa forme, son odeur et sa symbolique. Et donc le soir même, j'ai commencé à ouvrir ce tube de gel douche et à me nettoyer avec. Et là, je me souviens nettement que ça a eu l'effet d'une déflagration. Bon, le gel douche était bon marché, l'odeur elle n'était pas folle, elle était même plutôt chimique. Mais me doucher avec ça a réveillé puissamment deux de mes sens. D'abord, l'odorat. L'odorat est intimement relié au circuit de la mémoire. Et chez moi, cette odeur, elle ne m'a pas ramenée à des souvenirs précis, mais à une mémoire latente de... plaisir et de joie. Et le deuxième sens que ce gel douche a éveillé, c'est le toucher. La douceur du gel associé à cette odeur, la fine mousse qui se crée sur ma peau, rien que ça, ça a suffi à éveiller mon corps. Et en gros, ce gel douche à la rose, bon marché. a réveillé brutalement deux de mes sens et m'a reconnectée à des sensations agréables et surtout vivantes. Des sensations de mon corps de femme, autres que celles de mon cœur qui lance. Et c'est comme si ce moment avait relancé dans un instant mon circuit de sensations. Comme s'il avait ravivé le feu de la vie qui s'éteignait doucement à l'intérieur. Et à partir de ce moment-là, j'ai commencé doucement, chaque jour, à réintégrer des mini-choses à mon quotidien. destinées à honorer mon corps, à m'honorer et à honorer ma vie. Et ces mini-choses, elles étaient toutes simples, toutes basiques, mais à chaque fois, elles me reconnectaient à l'un de mes sens. Par exemple, un bon chocolat chaud pour le goût, des musiques douces et paisibles pour Louis, des vêtements agréables au toucher, de la soie ou du coton très doux, des beaux paysages pour la vue, j'étais à la Réunion, des couchers de soleil, par exemple, c'est incroyable. des huiles essentielles pour l'odorat. Et je crois que la reconnexion au sens est tellement sous-estimée dans notre capacité à nous sentir vivantes et à savourer de l'être. Alors évidemment, attention, cette reconnexion au sens, elle s'est faite par petites touches, délicatement. Il faut savoir que dans le cadre d'un événement traumatique comme celui-ci, les stimuli doivent se refaire progressivement, dans une sorte d'aller-retour, avec à certains moments... un petit peu plus d'intensité, et puis des moments où l'on reste dans le confort, pour ne pas surcharger notre système nerveux. On ne va pas aller se faire un atelier où on va tout expulser dans des grosses décharges de libération qui peuvent juste retraumatiser encore plus le corps et le système nerveux. Non, là, ça doit se faire par petites touches délicates. Aller voir jusqu'où on peut aller, ensuite refaire un pas en arrière pour revenir dans la zone de confort et repartir. Et c'est pour ça qu'en fait au début, j'ai pas écouté des musiques trop émotionnelles, pour ne pas être submergée par mes émotions de tristesse. J'ai pas mangé, j'ai pas remangé non plus tout de suite mes plats préférés que ma maman me préparait. J'ai pas non plus senti des parfums qui me faisaient penser à elle. Tout ça, ça a pu faire partie des choses que j'ai pu faire, et d'ailleurs ça a été important. Mais à une autre étape du deuil. Là, dans ce moment très précis, donc les quelques mois qui suivent le décès. C'est une phase qui est quand même très proche de celle du déni, même si je ne suis pas non plus pour ce processus hyper cadré, structuré du deuil en cinq ou sept étapes, mais ça reste généralement un moment où on a besoin de mettre en place des mécanismes de protection psychologique, comme je vous le disais, pour pouvoir tenir. Et donc dans ce moment très précis où j'étais écorchée vive, où sa mort était hyper récente, Me reconnecter à mes sens s'est fait de manière délicate et douce. Et ça a été important parce que ça m'a permis de me redonner un élan de vie, un peu plus de sens en fait, dans le fait d'être là, juste là, de savourer le fait d'être simplement vivante. Et déjà, rien que ça, c'est énorme dans ce genre de moment. C'était tout de se sentir vivante. Et d'ailleurs, dans mes accompagnements avec les femmes qui traversent un deuil, je propose du coup aujourd'hui toujours ce retour aux cinq sens parce que je le trouve essentiel. Et d'ailleurs pas toujours dans ce contexte de deuil, je pense que de manière générale, nous sommes peu connectés à nos sens, nous sommes peu connectés à ce vivant très simple en nous. Et c'est normal, c'est complètement normal parce qu'on est surchargé de stimuli. On a des odeurs de produits à tout va autour de nous, de parfums, on a des superpositions de bruit dans l'espace public, on prend des repas à la va-vite, et on ne peut plus distinguer les subtilités, on n'arrive plus à apprécier les nuances distinctement, et honnêtement on n'y pense même pas. Parce que pour ça, il faut remettre de la lenteur et nettoyer le surplus, remettre de la simplicité. Et je ferai évidemment un autre épisode là-dessus puisque c'est une de mes valeurs phares, la lenteur. Je me demande si ça a pu vous parler, est-ce que vous avez traversé des expériences similaires ? Est-ce que vous êtes connecté à vos cinq sens de manière générale ? C'est pour moi hyper chouette et je suis. hyper curieuse de savoir comment vous traversez les choses de votre côté, quel est votre rapport à tout ça. Donc n'hésitez pas à m'écrire sur Instagram ou à me laisser un témoignage ici sur cette plateforme d'écoute. J'ai hâte d'avoir vos retours et de vous retrouver la semaine prochaine. A très vite !