Speaker #1Bonjour à tous, je suis Mélanie Legendre et vous écoutez le premier épisode de Mesdames, le podcast dans lequel je dresse chaque semaine le portrait d'une femme inspirante qui a changé le monde. Pour ce premier épisode, bah en fait j'ai hésité un petit moment. Parce que déjà j'avais une liste assez longue de noms que j'avais envie de présenter, mais la question étant par lequel commencer ? Est-ce que je vais vous parler de Simone de Beauvoir et de l'impact de ses livres sur la libération des femmes ? Est-ce que je vais vous parler de Simone Veil et de sa lutte pour le droit à l'avortement ? Ou est-ce que je vais carrément vous parler de Cléopâtre qui a inventé le tout premier vibromasseur avec du papyrus et des abeilles ? Je aurais aussi pu vous parler d'Adda Lovelace qui a inventé... la base du MOTHERFUCKING code informatique qu'on utilise tous les jours sans s'en rendre compte. Alors déjà, pas de panique, je vous entends et je compte bien vous parler du vibro de Cléopâtre dans un prochain épisode. Et puis au final, le choix s'est fait de façon complètement anodine. Je vous explique. En fait, pour un test de couleur sur les pochettes du podcast, moi et le brave homme qui m'a gentiment aidé à sa création, on avait besoin de portraits pour voir quelle couleur irait le mieux sur plus ou moins tous les types de supports. Des peintures, des gravures, des dessins, des photos, tout ça, tout ça, pour la simple et bonne raison qu'en fait, il y a certaines femmes dont on va parler qui vont provenir d'époques où il n'y avait pas forcément de photos, d'autres où on n'a que des dessins, des personnages fictifs, etc. Donc, il fallait quelque chose qui aille plus ou moins avec tout. Et puis, en faisant plusieurs essais, on a testé avec une gravure d'Anne Bonny. Et là, bim, en fait, la pochette, elle rendait trop bien. De toute façon, vous allez vous en rendre compte en écoutant cet épisode. Et puis, je me suis dit que rien que pour ça... J'allais donc parler piraterie et seins nus pour ce premier épisode de Mesdames. Anne Bonny donc, écumeuse des mers, impitoyable aventureuse qui a su s'imposer dans l'univers masculin de la flibuste. Notre histoire commence au XVIIe-XVIIIe siècle, j'ai donc pas vraiment besoin de vous rappeler qu'à ce moment-là, la piraterie qui sévissait beaucoup à cette époque, puisqu'on parle bien sûr de l'âge d'or de la piraterie, c'est une histoire plutôt masculine. Et si on aimait... pas beaucoup les femmes dans la piraterie, c'est surtout parce qu'on pensait qu'elles portaient malheur sur les bateaux. Et en fait, on pensait surtout qu'elles portaient malheur un peu partout. Les pirates devaient donc tous signer un code de la piraterie avant de monter sur un navire et bien sûr, les femmes, elles étaient complètement exclues de signer le dit code. Cependant, et c'est ce qui est très cool dans notre histoire, c'est que malgré cet univers impitoyable, certaines femmes bien téméraires n'ont pas hésité à écumer les mers, prêtes à tout défier pour demeurer libres. Et ce fut le cas de notre pirate du jour, Anne Bonny. Anne Bonny est née en Irlande à la fin du XVIIe siècle sous le nom d'Anne Cormac. Elle est la fille illégitime d'un procureur, William Cormac, qui se voit fuir avec elle quand toute la vie l'apprend qu'il l'avait plus souvent le nez dans le lit de sa maîtresse que dans celui de ses dossiers. Alors j'aimerais dire... Ça se fait pas ! Mais notre Cormac s'en sort plutôt bien puisqu'après s'être enfui de honte avec Anne, il refait fortune avec une très grande plantation et éduque sa fille comme un homme en fait. Peut-être que cette décision était due au fait qu'elle avait les cheveux roux très courts, un visage rarement propre, qu'elle ne faisait pas hyper riche sur elle et qu'elle plantait des domestiques au couteau à l'âge de 13 ans. Le fait étant que plus elle grandit, plus elle fréquente des tavernes à la main lourde sur la bouteille et s'intéresse de très près à la jante masculine. Il y a une petite légende urbaine au sujet d'Anne que j'aime beaucoup, à l'époque où elle commençait à fréquenter les tavernes, qui serait qu'elle aurait déshabillé son propre maître d'armes à l'épée bouton par bouton dans une auberge. Je ne sais pas vous, mais je trouve que ça sonne à la limite entre une scène d'action stylée et un roman un peu hollé à l'eau de rose. Mais bon, pour ce qui est de cette petite anecdote, la source, elle nous vient de Daniel Dufault, l'auteur de Robinson Crusoe, et comme il écrivait quand même beaucoup d'histoires-dramas où les gens meurent tout le temps, on va dire que l'exactitude de ses écrits n'est pas très très avérée. Je disais donc qu'Anne Cormac, dès son adolescence et à partir du moment où elle fréquente pas mal le taverne, elle commence à enchaîner les conquêtes. Après quelques peintes, elle épouse le jeune pirate James Bonney, dont elle s'éprend certes, mais qui n'a pas vraiment les mêmes intentions qu'elle. Lui, ce qu'il veut, c'est la moula. N'oublions pas qu'Anne Cormac reste la fille d'un riche propriétaire de plantation et que ça vaut beaucoup, mais alors beaucoup, beaucoup d'argent. Malheureusement, son plan y fait rapidement plouf puisque le père d'Anne, pas super content d'apprendre que sa fille fricote avec un pirate, la désirite. Et donc pour avoir son argent, ben c'est mort. Anne, maintenant Anne Bonny, et visiblement très peu rancunière, partira quand même avec son mari pirate, non sans avoir pris le temps de mettre le feu à la plantation de son père. Le petit couple part donc à l'aventure et s'installe à New Providence au Bahamas, un lieu victime de beaucoup d'actes de piraterie. Mais la plot twist. James Bonney devient informateur pour le gouverneur en place à l'époque. Il est donc chargé de dénoncer au maximum toutes les personnes étant suspectes d'actes de piraterie. Et oui, le mec y retourne complètement sa veste et n'appréciant pas beaucoup le geste, et ben Anne le jette tout simplement. Anne Bonney devient ensuite la pirate impitoyable et éprise de liberté qu'on connaît. Elle aura des liaisons avec un bon nombre d'hommes riches et de pirates dans les années 1700 jusqu'à se retrouver sur le Seahorse, un bateau sous le commandement du pirate Pierre Bousquet et du capitaine Calico Jack. Rakam. Les trois loustis qui iront d'acte de piraterie en acte de piraterie à New Providence jusqu'à ce qu'une escale leur fasse rencontrer Mary Reed. Et en fait j'aurais pu faire un épisode spécialement sur la relation entre Anne Bonny et Mary Reed parce qu'en fait ce sont deux personnages que l'on associe beaucoup bien que leur caractère ait été très différent. Mary Reed est donc aussi un pirate qui se travestit en homme et qui se fait appeler Wee Reed pour des raisons évidentes et les deux deviennent très amis et part. Très amis, les historiens s'accordent quand même à dire qu'elle faisait un peu plus que jouer aux cartes dans la cale du bateau. Les membres de l'équipage, prenant donc Anne pour une femme et Mary pour un homme, cette petite lésion va rapidement rendre Rakam jaloux, très très jaloux. Enfin bref, après des menaces au couteau, les deux femmes restent très amies et le trio continue de terroriser et de piller les navires de New Providence, le gouverneur à leur trousse. Entre séduction risquée d'ennemis et combat redoutable à l'épée, Anne Bonny refusera toujours de se rendre. Et sa relation avec Mary Read reste aujourd'hui très populaire dans la culture queer. Mais en 1720, après un énième combat acharné sur leur navire attaqué par les troupes du gouverneur, Mary Read, Rakam et Anne Bonny, qui a alors 23 ans, se rendent. Et à partir de ce moment-là, on va pas se mentir, l'histoire ne va pas vraiment aller en s'arrangeant. Déjà, Anne Bonny, qui a quand même bien la mort de s'être battue contre les troupes du gouverneur pendant que Rakam se laissait un peu trop capturer facilement selon elle, passera devant sa cellule en lui décochant. un petit, je regrette de vous avoir vu dans un tel état, mais si vous vous étiez battu comme un homme, vous n'auriez pas à mourir comme un chien. Comme dirait l'autre, ambiance délétère. L'accord de presque au coup, Mary Read et Anne Bonny vont se proclamer enceintes lors de leur jugement. Un mensonge visant à profiter du droit anglais pour éviter la pendaison, et c'est surtout un mensonge qui marchera. Malheureusement, Mary Read mourra quand même de la fièvre jaune dans sa cellule peu de temps après. Pas de chance, mais bon, c'est comme ça. Et pour Anne Bonny, en fait, on ne sait pas. Allez, pour être très honnête, il y a deux hypothèses. Ou son père aurait payé sa rançon et elle aurait complètement changé d'identité et de vie, ce qui, je trouve, n'est pas hyper plausible parce qu'elle a quand même littéralement brûlé toute la fortune de son père. Ou elle serait retournée auprès de son premier mari pirate, James Bonny. Mais bon, on disait aussi qu'il était mort depuis un petit moment, alors ce n'est pas non plus l'hypothèse la plus crédible selon moi. Après, si on devait choisir entre les deux, je sais pas vous, mais mon instinct de grande romantique me pousse à croire à une fuite passionnée vers un premier amant pour une vie sur les flots et une mort à bord. Parce que ce qu'on disait surtout d'Anne Bonny, c'est qu'elle n'aurait jamais posé pied à terre à part une seule fois dans sa vie après être remontée sur son premier navire. Et ça c'est quand même un peu stylé et ça me donne envie de croire qu'elle est un peu retournée avec James Bonny quand même. Ok, alors en vrai, pourquoi j'ai décidé de vous parler d'Anne Bonny ? En dehors de la pochette du podcast, il y a deux raisons. La première, c'est l'analogie entre son personnage et la lutte féministe que je trouve très intéressante. Parce que même si elle se comprend, au vu du personnage, je pense qu'elle n'est pas vraiment juste. Je m'explique. Déjà, le travestissement d'Anne Bonny en homme et le fait d'associer l'acte de travestissement à la lutte féministe poserait aujourd'hui quelques questions de genre qui ne mettraient pas tout le monde d'accord. Même si le côté rebelle, transgressif et en désaccord complet avec la société d'Anne Bonny fait beaucoup rêver, et ça peut se comprendre quand en 2021 et quand on est une fille... On dit encore que le foot, c'est pour les garçons. Il ne faut pas oublier que ça n'avait pas grand chose à voir avec les revendications féministes à l'époque. La plupart des sources sur la vie d'Anne Bonny sont floues, inexactes, et elles proviennent de récits souvent racontés et donc enjolivés par les pirates eux-mêmes. On dit par exemple d'Anne Bonny qu'elle se serait tenue sur le devant d'un navire, seins nus, vêtue d'un simple pantalon de soie noire, la main sur le pommeau de son épée. Dans le même genre, on dit de Mary Read qu'elle montrait un sein avant d'achever chacune de ses victimes masculines. Ces mythes contribuent à l'idée d'une provocation, comme pour montrer qu'ils s'étaient fait tuer par une femme, qu'ils étaient faibles devant elle et que c'est ce qu'ils verraient en dernier avant de mourir. Et n'oublions pas, ces récits étaient souvent écrits par les pirates eux-mêmes. En vérité, le travestissement en homme d'Anne Bonny et des femmes pirates en général, c'était plutôt juste et au mot juste je mets des gros guillemets, un moyen nécessaire pour entrer dans la piraterie, qui lui, était le seul monde possible pour être totalement libre. On ne défendait pas vraiment sa féminité à bord, juste, on voulait être libre en fait. Et c'est ce que j'aime beaucoup chez le personnage d'Anne Bonny. Cette transgression, cette absence totale de limites pour aller au bout d'une ambition démesurée, une ambition que la majorité des femmes se refusait, comme vouloir être riche, vouloir... posséder beaucoup, vouloir avoir beaucoup de conquêtes. Et il n'en reste pas moins que si Anne Bonny ne pensait pas une seconde inspirer de nombreuses filles et futurs féministes à travers le monde, on retrouvera son épée et ses cheveux roux dans beaucoup d'oeuvres et d'idées d'empowerment. La seconde raison ne concerne pas directement le personnage d'Anne Bonny, mais plutôt l'idée de femme pirate plus globale. En fait, dans les eaux internationales, qui sont des eaux sous l'autorité d'aucun état, la législation appliquée en matière d'avortement est une législation qui est et celle du bateau qui y navigue. Par exemple, le bateau d'un pays où l'IVG n'est pas criminalisé peut naviguer en eau internationale et le pratiquer légalement. C'est ce que fait par exemple l'organisation Rochois Women on Waves. Le bateau de l'organisation, qui contient une clinique mobile, visite les pays où avorter reste très compliqué pour embarquer les femmes dans le besoin en eau internationale afin qu'elles puissent y recevoir les soins adaptés. Et en fait, si je vous parle d'avortements et d'organisations comme Women on Wave, c'est que je trouve le parallèle entre ce type d'actes et l'expression femmes pirates qui renvoie quand même à quelque chose d'assez transgressif, assez intéressant. Si le sujet des femmes pirates vous intéresse, je ne peux que vous conseiller le très bon livre de Marie-Eve Stenui, Femmes pirates, les écumeuses des mers aux éditions du Trésor. Alors voilà, j'espère que ce premier épisode vous aura donné pas forcément envie de devenir pirate, parce qu'en vrai c'est quand même assez chaud et vachement moins glamour, mais au moins de vous intéresser à la vie de cette femme aux ovaires quand même bien accrochée, qui n'aura reculé devant presque personne pour la liberté. Si vous avez aimé cet épisode de Mesdames, n'hésitez pas à vous abonner au podcast via l'application de podcast que vous utilisez. et à me laisser un commentaire et 5 étoiles sur Apple Podcast. C'est ce qui m'aidera à faire connaître le projet et je vous en serai grandement reconnaissante. Merci !